J111ËË lïllïlii Hlili flllil iiiii «MES ■H wÊÊ'M isii *"?■ — 1/1/ ANNALES DES SCIENCES NATURELLES NEUVIÈME SERIE ZOOLOGIE i* 7j ou o»T / 7^ ~ €r < rç*î> ANNALES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE COMPRENANT L'ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIKE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIEES SOUS LA DIRECTION DE M. EDMOND PERRIER TOME II PARIS MASSON ET C ie , ÉDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, Boulevard Suint-Germain 1905 Droits rie traduction et de reproduction réservés. 79 e ANNÉE. — IX e SÉRIE T. II. N os 1 à 3. ANNALES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE C M P H E N A N T L'ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIÉES SOUS LA DIltECTION DE M. EDMOND PERRIER TOME 11. - N os 1 à 3 PARIS MASSON ET C ie , ÉDllpURS LIBRAIRES D 15 i/ACADÉMIE DeAmÉDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (vl^k' 1905 Paris, 30 fr. — Dép,' ..tements et Étranger, 32 fr. Ce cahier a été publié en novembre 1905. Les Annales des Sciences naturelles paraissent par cahiers mensuels. Conditions de la publication des Annales des sciences naturelles HUITIÈME SÉRIE BOTANIQUE Publiée sous la direction de M. Ph. Van Tieghem. L'abonnement est fait pour 2 volumes gr. in-8°, chacun d'environ 400 pages, avec les planches correspondant aux mémoires. Ces volumes paraissent en plusieurs fascicules dans l'intervalle d une année. ZOOLOGIE Publiée sous la direction de M. Edmond Perrier. L'abonnement est fait pour 2 volumes" gr. in-8°, chacun d'environ 400 pages, avec les planches correspondant aux mémoires. Ces volumes paraissent en plusieurs fascicules dans l'intervalle d'une année. Prix de l'abonnement annuel à chacune des parties, zoologie ou botanique Paris : 30 francs. — Départements et Union postale : 32 francs. ANNALES DES SCIENCES GÉOLOGIQUES Dirigées, pour la partie géologique, par M. Hébert, et pour la partie paléontologique, par M. A. Milne-Edwards. Tomes I à XXII (1879 à 1891). Chaque volume 15 fr. Cette publication est désormais confondue avec celle <* s Annales des Sciences naturelles. Prix des collections : Première série (Zoologie et Botanique réunies), 30 vol Deuxième série (1834-1843). Chaque partie, 20 vol Troisième série (1844-1853). Chaque partie, 20 vol Quatrième série (1854-1863). Chaque partie, 20 vol Cinquième série (1864-1873). Chaque partie, 20 vil Sixième série (1874àl885). Chaque partie, 20 Septième série (1885 à 1894.. Chaque partie, 20 vul Géologie, 22 volumes (Rare). 250 fr. 250 fr. 250 fr. 250 fr. 250 fr. 250 fr. 330 fr. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES Par m. E.-L. BOUVIER. A Monsieur le Professeur E. Ray Lankester, Directeur du British Muséum of Natural History. PREFACE « Vieux habitants de la terre, apprenez- nous d'où vous êtes venus. » Albert Gaudry, Les enchaînements du règne animal. La zoo^^ie et la paléontologie sont deux sciences sœurs, qui poursuh xit un même idéal, remontent vers l'origine des êtres pour en mieux scruter l'avenir. Elles emploient ordinairement des méthodes différentes, l'une s'adressant à la faune actuelle, l'autre aux restes fossiles des animaux d'autrefois ; mais lors- que ces ancêtres ont survécu jusqu'à nous, les deux méthodes sont bien p«às de se confondre, car alors c'est directement que le zoologiste ., /ait l'étude des êtres du passé, et comme le paléon- tologiste il peut dire : « Vieux habitants de la terre, apprenez- nous d'où vous êtes venus ». J'ai toujours eu un faible pour ces êtres vivaces qui ont tra- versé, sans grandes variations, la suite innombrable des siècles ; ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 1 2 E.-L. BOUVIER plus instructifs que les formes très évoluantes, ils ramènent à l'origine des groupes, et montrent les liens qui rattachent ces derniers. Ce n'est point par accident que mes recherches zoolo- giques ont porté sur les Pleurotomaires dans l'ordre des Gastéro- podes prosobranches, sur les Actéons dans l'ordre des Opis- thobranches et sur les Dromiacés dans la série des Crabes ; c'était par un goût très vif pour l'histoire des origines et des enchaînements du règne animal. Evidemment l'histoire des origines laisse quelque part à l'hypothèse et c'est pour réduire cette part au minimum qu'on doit s'adresser, quand faire se peut, aux formes survivantes dupasse; mais devra-t-on aban- donner toute recherche qui ne conduit qu'à une simple con- ception? et le propre de la science n'est-il pas de tendre vers la vérité absolue par une suite de conceptions où se réduit peu à peu la part de l'hypothèse ? C'est par des progrès de cette sorte que la zoologie a pris corps, qu'elle forme un ensemble dont toutes les parties sont étroitement solidaires et qu'elle évolue avec sûreté vers des conquêtes nouvelles. Renoncer à connaître l'histoire du passé, ne serait-ce pas stériliser le pré- sent et fermer pour jamais les voies de l'avenir? Envisagées à ce point de vue, les recherches zoologiques ne sauraient s'exercer sur des êtres plus attrayants que ceux aux- quels est consacré le présent travail. Avec leur apparence vermi- forme,leur corps éminemment contractile, et leurs nombreuses paires d'appendices, les Onychophores présentent des carac- tères ambigus qui les rendent énigmatiques dès le premier aboi'd ; sont-ils Vers ou Articulés? se rangent-ils dans l'un ou l'autre groupe, ou tiennent-ils de tous deux à la fois? On ne saurait le dire sans étude ; ces animaux dont la structure paraît si simple et l'extérieur si modeste ne laissent pas de mettre en défaut nos systèmes de classification et, par là même, se recom- mandent aux recherches des zoologistes. Ce n'est point, tant s'en faut, le seul intérêt qu'ils présentent; leurs affinités ambiguës, ils les doivent à une ancienneté extrême que nul ne conteste aujourd'hui, encore qu'ils soient inconnus à l'état fossile. Animaux archaïques par excellence, beaucoup plus même que les Pleurotomaires parce qu'ils sont moins différen- ciés, ils recèlent dans leurs flancs l'histoire de la vie, aux âges MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 3 lointains où les êtres s'essayaient à peine vers les formes actuelles. Ce sont des ancêtres qui se sont perpétués jusqu'à nous, les survivants d'une époque depuis longtemps disparue. S'ils ont traversé les siècles en conservant intacts beaucoup de leurs caractères primitifs, ce n'est pas sans subir une évolution propre dont il est curieux de suivre les stades ; issus de formes aquatiques, ces animaux se sont adaptés à la vie terrestre et ont subi de ce fait des transformations progressives qui consti- tuent un des traits le plus singuliers de leur histoire ; au point de vue de leur nutrition embryonnaire, ils se présentent à nous comme de vrais protées, et aucun groupe du règne animal ne permet de montrer avec plus d'évidence que le possible, dans la nature, finit toujours par devenir un fait. Faut-il s'étonner dès lors du vif intérêt que provoquent les Onychophores et des nombreuses recherches dont ils ont été l'objet depuis l'époque relativement peu éloignée où ils furent découverts ; presque tous les chapitres de leur histoire sont marqués d'un nouveau progrès, et plus les progrès sont grands, plus ils soulèvent de questions captivantes. Le premier exem- plaire fut décrit en 1825 par Guilding, sous le nom de Perï- patus jidïformis, et considéré par cet auteur comme un Mol- lusque ; il provenait de Saint-Vincent, dans les Antilles. Avant cette époque, deux autres spécimens avaient été capturés dans les mêmes régions, l'un par Sloane, l'autre par un voyageur dont le nom est resté inconnu ; tous deux se trouvent encore au Musée britannique, le premier sous le nom de Nereis pedata qui lui fut donné par Shaw et sous celui à'Hunara Skawiana qui porte la signature de Leach, le second avec la dénomina- tion de Nereis viridis proposé par Adams.Lcs noms de ces exem- plaires sont restés manuscrits, mais ils indiquent suffisamment que les prédécesseurs de Guilding regardaient les Onychophores comme des Vers annelés. Après Guilding, cette opinion est également soutenue par MacLeay en 1829, par Gray en 1831 r puis par Audouin et MiLNE-EDWARDsqui, en 1883, donnèrent la morphologie d'un exemplaire de Gayenne. En 1837, Wieg- mann étudie une espèce vénézuélienne, et, àl'encontre des deux auteurs précédents, reconnaît que les Péripates sont dépourvus de tête ; à l'encontre de ceux-ci également, il observe que les 4 E.-L. BOUVIER appendices locomoteurs se terminent par des grilles au li<*u de soies, et il en conclut que le genre Peripatus établit un pas- sage des Annélides aux Myriapodes. C'est aussi l'opinion de Gervais qui, en 1837 et en 1838, d'après des notes ducs à de Blalnville, fait connaître deux espèces nouvelles : l'une provenant de la région chilienne et désignée sous le nom de P. Blainvillei, l'autre originaire du Cap et appelée P. brevis. En 1842, paraît le premier travail anatomique sur lesPéripates ; il est dû à Milne-Edwards qui décrit assez exactement le tube digestif, les cordons nerveux latéraux et les glandes muqueuses avec leur orifice d'émergence, mais qui prend ces dernières pour des glandes mâles, et considère les Péripates comme hermaphro- dites; d'ailleurs il reconnaît la viviparité de ces animaux et continue à leur donner place dans la classe des Annélides. En 1847, Blanchard les range à côté des Vers dans son groupe des Anévormes, il les classe d'après le nombre de pattes et établit de ce fait une espèce nouvelle, le P. Edwardsi, pour l'exemplaire de Cayenne qu'avaient précédemment étudié Audouin et Milne-Edwards. En 1848, et ultérieurement en 1865, de Quatrefages éloigne les Péripates des Annélides, puis se prononce en faveur de l'opinion de Gervais qui les rappro- chait des Myriapodes. En 1853, Grube publie la monographie complète d'une espèce sud-américaine recueillie aux environs de Tovar, et qu'il dési- gne sous le nom de P. Edwardsi. Ce travail fait époque et ouvre la voie aux découvertes futures : le plafond buccal, les mandi- bules, la plaque chitineuse labiale des embryons, les anastomoses nerveuses, la position du vaisseau dorsal (cœur) et les stades embryonnaires différents sont décrits avec une rigueur assez grande; mais beaucoup de lacunes subsistent encore et l'auteur conclut à l'hermaphrodisme. Ayant, comme Wiegmann et de Quatrefages, reconnu la présence de griffes chez les Péripates, il établit pour eux une classe spéciale, celle des Onychophores et les range néanmoins au voisinage des Annélides et des Hirudinées. En 1866, Grube décrit une nouvelle espèce du Cap sous le nom de P. capensis; en 1869, Sànger consacre à cette espèce une étude anatomique importante, où il conteste l'hermaphrodisme supposé des Péripates et signale pour la MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 5 première fois les néphridies ; le travail de Sànger est d'ailleurs accompagné de la description d'une espèce australienne, le P. Leuckarti. A partir de cette époque, nous entrons dans une période où les progrès réalisés sont aussi nombreux qu'importants. En 1874, M. Moseley découvre les trachées du P. capensis, décrit exac- tement les organes génitaux de cette espèce, démontre que les sexes y sont séparés sur des individus différents et que les mandibules de l'adulte proviennent d'appendices modifiés, ce qui le conduit à rapprocher les Onychophores (qu'il appelle Protrachéates) des Arthropodes terrestres. En 1876, M. Hutton décrit une espèce de Nouvelle-Zélande, le P. Novœ-Zealandiae, remarquable par ses œufs volumineux et remplis de jaune; en 1881, Oakley fait connaître la parturition dans le P. capensis , et Ernst dans une espèce sud-américaine, pendant queBALFouR réunit les éléments d'une étude fort remarquable (la plus par- faite qui existe) sur la première de ces deux espèces. Le travail du regretté embryologïste fut publié en 1883 par les soins de MM. Moseley et Sedgwick ; il complète celui de Moseley par une description précise de l'appareil circulatoire, des néphridies et des glandes salivaires, par une étude embryogénique plus serrée, et surtout par la figuration d'un long blastopore qui se ferme dans son milieu pour donner la bouche et l'anus. Alors, les œuvres maîtresses se multiplient, en discordance parfois, mais toujours suggestives : de 1885 à 1888, M. Sedgwick d'un côté et M. Kennel de l'autre étudient à fond l'embryogénie des Onychophores, le premier dans les espèces du Cap où il con- firme les vues de Balfour, le second dans les formes sud-amé- ricaines où il signale la présence d'un placenta et l'absence de tout vrai blastopore. Ces divergences, et bien d'autres qui seront signalées dans la suite, provoquent de nouvelles«recherches em- bryogôniques : celles de Sclater qui essaye de ramener le développement des espèces sud-américaines au type gastrulaire qu'on observe dans les formes du Cap, puis celles de M lle Sheldon (1888-1890) où sont retracées les divers stades embryonnaires dans une espèce à très gros œufs, le P. Nocœ-Zealandïae. Ce- pendant les recherches anatomiques continuent de plus belle, avec Gaffron qui se consacre aux espèces sud-américaines, 6 E.-L. BOUVIER où il découvre les ostioles du cœur et les cils des réceptacles séminaux (1885), avec M. Sedgwick qui voit vibrer ces prolon- gements cellulaires, avec M ,le Sheldon (1889-1890) qui étudie les organes génitaux et les œufs dans les espèces du Cap et dans celles de la Nouvelle-Zélande. Nous arrivons ainsi à une période récente où Ton découvre de nombreuses formes nouvelles et où Ton cherche à établir une classification intérieure du groupe. M. Sedgwick donne le signal de ces travaux en 1888; dans une œuvre de longue haleine, il groupe les Onychophores par région, et tente avec- un succès relatif de fixer leurs caractères spécifiques. M. Flet- cher et M. DendY se consacrent aux espèces de la région aus- tralienne où le second a l'honneur d'établir, malgré les âpres contestations du premier (1892), l'existence de formes ovipares (1891-1895, 1900-1902). En 1894, M. Pocock élabore la pre- mière classification générique des Onychophores, classification heureuse et qui sera étendue dans la suite. Puis coup sur coup sont décrites des formes nouvelles, presque toutes fort curieuses : espèces américaines signalées de 1895 à 1898 par M. Camerano, espèces de l'Afrique centrale étudiées par M. Purcell en 1900 et 1901, espèces indo-malaises à très gros œufs, découvertes par M. Evans qui en fait l'objet de plusieurs travaux remarquables (1901), sans compter l'intéressant Para- peripatus Novœ-Britanniœ où M. Willey signale une vésicule trophique embryonnaire qui occupe exactement la position du placenta des formes américaines (1898). Alors les genres proposés par les divers auteurs sont assez nombreux, et M. Evans (1901) tente de les grouper en sous-familles, ce qui nous conduit à la période actuelle. C'est en 1898 que j'ai commencé mes recherches sur les Onychophores, sans les interrompre depuis, sauf à de rares intervalles. A ceux qui pourraient penser que j'ai mis un temps bien long pour étudier un si petit groupe, je répondrai que mes loisirs au Muséum ne sont pas très nombreux, que le groupe est singulièrement varié s'il n'est pas fort étendu, qu'il est nécessaire d'opposer au flot montant des descriptions éparses des œuvres synthétiques aussi achevées que possible, enfin et surtout que les questions à résoudre dans une mono- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 7 graphie de cette nature ne sont pas toutes sans difficultés. Quels sont les caractères archaïques des Onychophores? et quels sont leurs caractères évolutifs? comment peut-on se servir des premiers pour la recherche des origines du groupe et des seconds pour la distinction de ses formes? Voilà ce que je me suis demandé tout d'abord, et la solution ne pouvait être obtenue que parl'étude minutieuse de chaque forme, souvent même de chaque exemplaire. Croirait-on que la partie la plus ardue et la plus longue de mon travail a été la recherche de caractères spécifiques exacts et précis? C'est pourtant la vérité pure. M. Sedgwick s'était heurté à la même tâche, et, en fin de compte, avait laissé sans détermination une partie considérable du riche matériel dont il disposait. Avant lui et depuis, les mêmes difficultés ont été la cause d'erreurs de spécification sans cesse renouvelées : tel auteur réunissant plu- sieurs espèces différentes sous un même nom, tel autre séparant des formes spécifiquement identiques. A combien d'espèces n'a-t-on pas donné les noms de Peripatus Edwardsi ou de P. juliformist et le nom de P. capensis ne fut-il pas appliqué, au début, à toutes les espèces du Cap? Ces diffi- cultés sont la conséquence de l'uniformité très grande, qui semble être l'apanage des Onychophores; elles sont particu- lièrement sensibles dans le groupe des Péripates américains. Je lésai rencontrées comme tout autre, et ce n'est pas sans peine que je suis parvenu à les vaincre. Que de fois je me suis trouvé dans l'embarras, en présence d'exemplaires dont je sentais les différences spécifiques sans pouvoir les formuler? et combien de reconnaissance ne dois-je pas à mon vieil ami, M. le D r Jous- seaume, qui, dans ces occasions délicates, me disait sagement de passer à un autre travail et d'attendre une orientation d'idées plus favorable? En fin de compte, je crois être arrivé à bout de cette tâche, en portant mes recherches sur de nombreux carac- tères, tant intérieurs qu'extérieurs, auxquels on n'avait pas accordé jusqu'alors d'importance spécifique. Ce résultat n'est pas aussi vain qu'on pourrait le croire, parce qu'il a rendu possible la solution de certains problèmes qui s'y rattachent directement : les enchaînements des diverses formes du groupe, les variations que ces formes ont subies depuis 8 E.-L. BOUVIER l'origine et les migrations qu'elles ont effectuées. C'est ainsi que j'ai pu résoudre, définitivement je crois, la question fort dis- cutée de la nature des œufs chez les formes primitives ; contrai- rement à M. Sedgwick, mais en accord avec M. Kennêl et M. Willey, on est en droit de penser aujourd'hui que les premiers Onychophores formaient de microscopiques œufs alécithes, et que l'accumulation de réserves ovulaires ne s'est développée qu'après coup, comme l'oviparité qui en est la conséquence. Faut-il résumer la longue série de notes et de mémoires que j'ai consacrés, depuis 1898, à l'étude des Onychophores? Entre autres faits ces travaux montrent: 1° que les Onychophores existent dans l'Afrique équatoriale, où ils étaient restés inconnus jusque- là, et qu'ils y sont représentés par une espèce (le P. Tholloni) du même type que les Onychophores américains; 2° que ces derniers se divisent en deux groupes fort distincts, les Péri- pates caraïbes etles Péripates andicoles, séparéspar la crête des Andes; 3° que les glandes génitales sont sujettes à des varia- tions remarquables dans toute l'étendue de la classe, et que celles du sexe mâle appartiennent à deux types particuliers chez les Onychophores australasiens ; 4° que certaines espèces de l'Afrique australe présentent une vésicule trophique em- bryonnaire comme le Paraperïpaîus de la Nouvelle-Bretagne; 5° qu'un mode de développement tout à fait spécial existe dans une espèce du Chili et que cette espèce appartient au même type que les Onychophores sud-africains. J'ajoute que j'ai publié, dès 1900, un essai de classification spécifique des Péri- pates américains, et que cet essai, malgré ses imperfections nombreuses, indique une orientation nouvelle dans l'étude des Onychophores. Cette monographie est avant tout un travail morphologique et systématique, en ce sens que j'y ai passé en revue, pour chaque espèce autant que je le pouvais, la structure externe, l'organisation anatomique et la forme des embryons. Pour la compléter, il faudra recourir à l'étude interne de ces der- niers, à un examen histologique des diverses formes, ce qui demandera un temps fort long et des matériaux dont je ne disposais pas. J'ai comblé cette lacune dans la mesure du MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 9 possible en exposant avee soin les travaux de mes prédécesseurs, et ceux que j'ai pu entreprendre moi-même sur ces points particuliers. Somme toute, l'ouvrage me paraît être absolu- ment au point des connaissances actuelles, ou du moins je l'ai voulu faire tel. S'il a quelque valeur et s'il embrasse la totalité des formes connues, je dois en rendre hommage aux nombreux savants qui ont bien voulu y collaborer en me communiquant des matériaux ou des renseignements scientifiques. Grâce à eux, j'ai pu étudier les types ou des cotypes de presque toutes les espèces, passer en revue la plupart des exemplaires qui existent dans les divers musées du monde, et épuiser la bibliographie du sujet. Parmi les savants qui m'ont prêté leur concours, je dois citer en première ligne, M. le Professeur E. Ray Lan- kester, auquel je suis heureux et lier de pouvoir dédier ce travail; avec une bonne grâce inoubliable, il m'a largement ouvert les collections du Musée britannique, plus riches que toutes autres en individus et en espèces, et où se trouvent réunis des matériaux singulièrement précieux, depuis l'exem- plaire de Sloane (le premier connu du groupe) jusqu'à ceux examinés ou apportés récemment par MM. Sedgwick, Pocock, Willey, Dendy et Evans. Là ne s'est point bornée sa collabora- tion bienveillante ; je lui dois un abondant matériel qu'il fit recueillir pour ce travail à la Jamaïque, de jolies aquarelles exécutées dans le même but au pays d'origine, quelques obser- vations originales qu'il avait faites lui-même, et par-dessus tout, de sages conseils donnés avec une bonne grâce toute ami- cale. Je ne saurais trop lui témoigner ma reconnaissance. Je témoigne également ma gratitude la plus vive à M. Sedg- wick qui m'a permis d'étudier sur place son intéressante collec- tion et qui m'en a offert des doubles ; à M. Dendy qui n'a pas été moins généreux et qui m'a envoyé la collection complète de ses intéressantes brochures; à M. Kennel auquel je dois un rare type de P. torquatus et des exemplaires de P. Trinita- tis, et à M. Purcell qui m'a généreusement offert la série complète des espèces de l'Afrique australe. A M. Steel je suis redevable d'un choix fort varié de Peripatoides orientaUs ; à mes savants amis M. Eugène Simon et M. Brôlemann, des 10 E.-L. BOUVIER exemplaires nombreux recueillis, par le premier/au Venezuela; à M. Wheeler, de plusieurs spécimens de Peripatus Eiseni; à M. Peringuey, d'exemplaires de l'Afrique australe; à mon excellent ami M. Geay, du fruit de ses courageuses recherches en divers points de l'Amérique du Sud; à M. Biolley, des curieuses captures qu'il a faites dans la République de Costa- Rica, et à M. le Pasteur Haug, des recherches fructueuses qu'il a bien voulu entreprendre au Congo pour y retrouver le rare et très intéressant Peripatus Tholloni, dont on doit la découverte au regretté voyageur Thollon, à la mémoire duquel je rends un douloureux hommage. Je suis heureux de consacrer une men- tion spéciale h M. Raffray, Consul général de France à Cape- Town, qui m'a mis en relations avec les zoologistes du Musée sud-africain, et auquel je dois en outre de nombreux exem- plaires recueillis dans la région, entre autres un Peripatopsis Balfouri qui m'est parvenu vivant. Je suis loin d'avoir épuisé la liste des savants qui m'ont obligé : M. Plate m'a généreu- sement confié les Opisihopatus Blaininllei qu'il avait capturés dans la région chilienne et m'a permis d'en faire l'étude la plus complète; à M. Silvestri je dois communication d'exem- plaires de la même espèce; à M. Camerano, des types qu'il a réunis au Musée de Turin; à M. Grobben et à M. Schmarda, du Peripatus quitensis conservé au Musée de Vienne ; à M. Kukenthal, de la collection du Musée de Breslau ; à MM. d'ARCY Thompson et Calman, du matériel du Musée de Dundee ; à MM. Meixert, Boas et Haxsen, de celui qui appar- tient au Musée de Copenhague, et à M. Henshaw, de la petite collection du Musée de Cambridge aux États-Unis. La très inté- ressante collection du Musée de Berlin m'a été soumise par MM. Môbius et Exderlein; celle du Musée de Hambourg (non moins instructive), par mon excellent collègue M. Kraepelln, et celle du Musée de Brème, par l'aimable M. Lexz. M. Giaud m'a confié les exemplaires de la Sorbonne, et l'éminent Direc- teur du Muséum de Paris M. Edmond Perrier, la partie de col- lection qui se trouvait dans son service. Je tiens à remercier en outre les nombreux savants qui m'ont aidé de diverses manières : M. de Zograf, qui m'a fait traduire l'instructif mémoire de Sànger; M. Jeffrey Bell, qui mit une bienveil- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 1 I lance inépuisable à me faire parvenir les matériaux du Musée britannique ; M. Willey et M. Evans, qui se sont aimablement prêtés à la communication des curieuses espèces par eux décou- vertes ; enfin MM. Ashworth, Cockerell, Packard, Sharp, Haswell, qui m'ont fourni des renseignements précieux ou m'ont communiqué de rares mémoires. A tous ces collabora- teurs aimables et à ceux que je puis oublier, je témoigne ma gratitude la plus vive. Le présent travail sera divisé en deux parties bien distinctes qui paraîtront séparément : l'une, spéciale, consacrée à la sys- tématique proprement dite, c'est-à-dire au classement et à la description des espèces; l'autre, générale, où seront décrits avec plus de détails et soumis à une étude comparative tous les faits recueillis dans la première. Dans les deux parties, j'ai consacré un soin tout spécial aux questions historiques, parfois très embrouillées, au développe- ment et aux problèmes biologiques. La seconde donnera une idée très nette de l'origine et de l'évolution des Onychophores, la première le tableau complet de nos connaissances sur chaque espèce. A ce propos, qu'il me soit permis de répondre, dès maintenant, aux observations générales formulées par M. Evans, dans son dernier mémoire, sur la manière de décrire les Péri- pates ; cet auteur trouve qu'il est vain de faire entrer dans les descriptions le détail des formes, des dimensions et de la cou- leur des spécimens conservés, attendu que tous ces caractères sont modifiés par le séjour dans les liquides, et peu propres à donner des notions vraies sur l'animal vivant. Je ne partage pas absolument cet avis; sans doute, il vaudrait mieux décrire les animaux tels qu'on les observe dans la nature, mais il faut se plier avant tout aux nécessités courantes, et bien des années s'écouleront avant qu'on ait pu décrire et comparer tous les Onychophores à l'état vivant. Au surplus, telle que je l'ai conçue et entreprise, l'étude de ces animaux peut parfaitement être menée à bien avec des animaux conservés ; on y distingue, assez mal il est vrai, la forme et la coloration, mais les caractères qu'elles fournissent sont tout à fait de second ordre, et d'ail- leurs peuvent être rectifiés par les observations faites à l'état 12 E.-L. BOUVIER de nature. Les dimensions présentent plus d'importance ; je sais combien elles sont variables dans un même exemplaire suivant l'état de contraction, mais je pense qu'il ne serait pas prudent de négliger d'en faire la mesure, parce qu'elles donnent toujours une idée approximative de la taille à l'état vivant. J'ajoute que les Onychophores sont toujours rares, que l'oc- casion d'en faire une étude comparative se présente rarement, et qu'étant données nos connaissances sur ces animaux, il n'est pas permis de négliger des caractères parce qu'ils paraissent peu importants. Si donc on trouve des longueurs dans la partie spéciale de ce travail, qu'on sache bien qu'elles ne sont pas l'effet d'une négligence, mais le résultat d'un effort que je me suis imposé. Faut-il dire, en terminant, que j'ai pris soin de critiquer moi-même certaines des conclusions que j'avais anté- rieurement formulées? Au cours de longues recherches, les idées se modifient, elles sont corrigées par les faits et c'est à la fin seulement, grâce au recul et au travail de maturation, qu'elles doivent se présenter avec la justesse désirable (1). (1) On trouve à la fin de l'ouvrage la liste des figures intercalées dans le texte et de celles qui constituent les planches; en tête de cette liste j'ai indi- qué là signification des lettres applicables à toutes les figures. Paris, le 22 janvier 1904. PARTIE SPÉCIALE NOTIONS SOMMAIRES sur l'organisation, le développement et la biologie des onychophores. Avant d'entreprendre l'étude détaillée des Onychophores, il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil rapide sur l'organisation de ces animaux, sur les groupes dans lesquels ils se rangent et sur les caractères si particuliers que présente leur développement. Cette méthode permettra au lecteur de suivre avec intérêt l'historique de la classe, et de relier entre eux les divers chapitres de morphologie générale qui constituent la présente monogra- phie ; elle aura en outre l'avantage de fixer les termes scientifiques nécessaires à l'exposition du sujet et, par là même, évitera bien des redites. 1° Sur les caractères externes. Faciès. — Les Onychophores ont le corps al- longé (fig. 1), convexe du côté dorsal, aplati ou faiblement proéminent du côté ventral, très peu rétréci en avant où il porte deux antennes, beaucoup plus à l'extrémité postérieure qui se termine en cône obtus; ils présentent au mini- mum 14 paires de pattes qui sont émises de chaque côté par la surface longitudinale obtuse suivant laquelle les flancs dorsaux se rattachent a la face inférieure ; entre les pattes de la pre- Fio . mière paire et les antennes se détachent une patus Geayî paire de tentacules buccaux (fig. JO, Tb) qui face dorsale! sont latéralement situés par rapport à la bou- Gl - ?) ' 2 - che (fig. 10, L). Cette dernière se trouve au même niveau 14 E.-L. BOUVIER XK fe a| Fi — Opisthopahis Blainvilleï Blancli., 9 de moyenne taille, capturée par M. Plate ; extrémité côté dorsal postérieure du corps, vue du côté ventral : XIX pattes de l'avant-dernière paire, XX pattes rudi- mentaires de la paire postérieure. Gr. 20. du côté ventral, tandis que l'anus occupe l'ex- tr mité postérieure du corps ; l'orifice sexuel (fîg. 2, G) est ventra- lement situé un peu en avant de l'anus (A), et chacun des deux yeux (fig. 10) se détache comme un point à la hase des antennes, du Plis et pap'illes. — La métamérisation du corps n'est rendue apparente que par la présence des appen- dices pairs. Les tégu- ments forment des plis t ra nversaux nombreux, parfois régulièrement dis posés du côté dorsal (fig. 3), toujours irrégu- lièrement subdivisés et anastomosés sur la face inférieure ; ces plis ne Fig. 3. — Peripatus torquatus Kennel, divisions segmentaires des plis du côté dorsal (l'acco- lade embrasse l'espace compris entre deux pattes consécutives). sont pas métamériques, mais ceux du côté dorsal peuvent se répéter en même nombre dans chaque segment. Des plis analogues entourent les appendices, où d'ailleurs ils ne cor- respondent nulle- ment à des articles distincts. Sur cha- que pli tégumentaire s'élèvent (lie;. 4) des Fig. 4. —Peripatus tuberculatus Bouv., 9 type ; le te- i/. gument dorsal au voisinage de la ligne médiane qui saillies appelées p&- est traversée par la ligne claire (Le) schématiquement n jll es rmi sont de représentée; entreles plis se voient 7 stigmates. Gr. 50. F 1 "^» q MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 15 toujours assez volu- deux sortes ; les unes, principales (Pp mineuses, les autres accessoires (P«) et de dimensions fort réduites. Une mince cuticule chitineuse revêt partout la sur- face du corps et se détache au moment de la mue ; on y voit une infinité de petites écailles (fig. 5, é) plus fortement chiti- nisées qui s'allongent, s'imbri- quent et prennent un développe- ment plus considérable sur les papilles. Ces dernières se termi- nent toujours par une soie spi- niforme [s] qui, dans les papilles principales, occupe souvent le sommet d'une portion apicole (t) bien distincte de la base (b). Organes tégumentaires spéciaux. — Sur l'axe médian dorsal, les écailles disparaissent totalement ou en partie, ce qui donne nais- sance à une ligne claire (fig. 4, Fig. 5. — Peripatus Edwardsi Blanch., 9 type ; une papille principale tur- gescente avec ses écailles imbri- quées e et sa soie apicale s. Gr. 4 30. Fc 0vt n ^ Le) plus ou moins apparente. A droite et à gauche de cette ligne, et presque en contact avec elle, on voit souvent au fond de chaque sillon une paire d'organes clairs (Od) éga- lement dépourvus d'écaillés. Sur la ligne médiane ventrale, entre chaque paire d'appen- dices post-antennaires , se trouve un organe ventral (fig. 6, Ovt) en forme de fossette dont Fig. 6. — Peripatus Corradoi Gam., ô de t , -n i-n , Guayaquil; extrémité postérieure du corps les écailles SOnt modlliees ; Un vue du côté ventral ; par l'orifice sexuel peu en avant de cette fossette, ^ °* voit saillir un spermatophore. r . Gr. 16. on aperçoit également une for- mation analogue, mais plus réduite, Y organe préventral (Opvt). 16 E.-L. BOUVIER Pigment. — A l'exception des lèvres de l'orifice buccal et de l'orifice sexuel, à l'ex- ception aussi de la ligne claire et des organes clairs, toutes les parties du corps sont plus ou moins colorées par un pigment qui se localise au-dessous des écailles. Dimensions. — Le corps et ses appendices sont Fig. 7. — Peripatus Tholloni Bouv., Ç type. Une extraordmairemeilt COI1- antenne dans laquelle on n'a figuré ni les pa- tractiles et, par là thème, pilles, ni ses soies. Gr. 15. l présentent des dimen- sions très variables (Voy. PL I et II). Quand l'animal est en mouvement, il peut s'allonger beaucoup ; il s'allonge également beaucoup et peut devenir turgescent quand on le tue par immersion dans l'eau ; sou- vent, au contraire, il se déforme et revient sur lui-même quand on le plonge directe- ment dans une liqueur conservatrice. Les exemplaires des collections peuvent donc se rencontrer sous les états les plus divers ; malgré tout, il n'est pas sans intérêt d'en donner les mesures, car, presque toujours, on n'a pas d'autre moyen pour fixer les dimensions approximatives de chaque es- pèce. Région frontale. — Les plis qui entou- rent les antennes (fig. 7) sont de deux sortes, les uns assez larges et recouverts de papilles ou de soies ; les autres réduits souvent à une simple saillie et intercalés Fig. 8. — Opislhopatus L Biainviiiei Bianch^exem- entre les précédents. Les premiers forment Sr^aSet™ des anneau* clos, les autres sont fréquem- son bouton sétifère et ment ouverts et par conséquent incoin - ses soies. Gr. 96. , , ~, . plets. Chaque antenne se termine par un bouton sétifère auquel font suite quelques anneaux clos con- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 17 Fig. 9. — Peripalus juliformis, var. Swainsonae Gock., exemplaire de Batli. ; schéma des arceaux de la région ocu- laire : A 1 , premier arceau antennaire : 1, arceau infra-oculaire. tigus (fig. 8) ; le reste de l'appendice est occupé par des anneaux clos bien distincts les uns des autres, et souvent sépa- rés par des anneaux de la se- conde sorte. Les yeux (fig. 9, oe) des Ony- chophores sont de simples ocelles dont le diamètre varie d'ordinaire entre 200 et 300 ;;.; ils sont au nombre de deux et se trouvent du côté dorsal, à la base même des antennes. Du bord interne de chacun d'eux naît un arceau oculaire (Oc) qui se dirige en dedans, fait le tour de l'antenne et revient sur lui- même en s'atténuant, juste au- dessous du premier grand arceau antennaire ; l'arceau oculaire se continue plus ou moins loin au-dessus de l'œil et dessine presque toujours une spire peu saillante. Du côté de l'axe médian chaque arceau ocu- laire est doublé : 1° par un arceau frontal (Fr) qui va se perdre en avant de la bouche ; 2° par un arceau infra-oculaire (I) plus réduit qui s'intercale entre les deux arceaux précédents et décrit parfois un tour com- plet. Dans beaucoup d'espè- ces, un organe frontal (of), formé par des papilles con- tiguës plus ou moins mo- difiées, occupe la partie inféro-externe de l'arceau oculaire. Orifice buccal. — L'orifice buccal présente sur son pourtour ANN. SC. NAT. ZOOL. ■ H, 2 Fig. 10. — Ooperipatus Leuckarti Siing. ; type : région antérieure avec les lèvres L et la première patte p 1 ; grossie et vue de côté. (D'après Sangbr, 1869, PL XIII, fig. 30.) 18 E.-L. BOUVIER une rangée de lobes qui constituent des lèvres (fig. 10, L). Entre celles-ci, la face antérieure (fig. 11 et 12, Pb) de l'atrium Fig. 11. — Peripatus Dominicae, var. Fig. 12. — Peripatoides Suteri Dendy, antiguensis Bouv., Ç type ; lèvres et Ç de Taranaki ; lèvres (sans saillie orifice buccal très grossis. Sa, saillie buccale antérieure) et orifice buccal, antérieure des lèvres. Gr. 76. buccal forme une saillie obtuse qui présente sur sa crête une Fig. 13. — Peripatus tor- qualus Kennel, Ç de M. Sedgwick; lame rnan- dibulaire externe, avec ses zones de croissance. Gr. 75. Fig. 14. — Peripatus torquatus Kennel, Ç de M. Sedgwick ; lame mandibulaire externe. Gr. 75. rangée de saillies chitineuses ; cette rangée médiane est située dans un plan vertical; en arrière elle se bifurque, ce qui lui MONOGRAPHIE DES OISYCHOPHORES 19 donne la forme d'un Y. Dans l'atrium buccal, à droite et à gauche, sont insérés les appendices post-antennaires qui se sont différenciés en mandibules. Cha- que mandibule se compose de deux lames en crochets, l'une interne (Mi), l'autre externe (Me) , dont la pointe est dirigée en arrière. Ces deux lames sont presque contiguës, parallèles, et sup- portées par une saillie musculeuse qui représente la base de l'appendice. Ab- straction faite du crochet (fig. 13, Dp), chaque lame externe présente ordinai- rement une ou plusieurs dents accessoi- res (Da) ; sur les lames internes (fig. 14), ces dents forment tantôt une scie con- tinue (cl) plus ou moins longue, tantôt se subdivisent en deux groupes, l'un très réduit et situé à la base du cro- chet, l'autre situé plus en arrière, sé- paré du précédent par un diastème (dia) et constitué par une sorte de scie. Dans ce dernier cas, on réserve le nom de dents accessoires (Da) aux dents du premier groupe, et on appelle denticules (d) les petites dents qui constituent la scie. Tentacules oraux. — Les tentacules oraux (fig. 10, Tb) représentent les appendices post-antennaires de la 2 e paire ; ils sont invaginables, fort peu allongés, et présentent à leur sommet le vaste orifice d'une glande muqueuse. Pattes. — A l'exception de leur paire postérieure, qui peut présenter un haut Fig _ 16 . _ Peripatus jamai- degré d'atrophie (fig. 2), les pattes censjs Gr. et Cock. 9 de . D i V o y> r Bath.; lace interne du pied. (fig. 15) se composent toutes d'une Gr. 96. hampe (H) et d'un pied (F). La hampe se présente sous la forme d'un cône obtus ; elle est fixée au corps par une base élargie et présente sur son pourtour Fig. 15. — Peripatus tubercu- latus Bouv., 9 type ; face interne d'une patte, avec une sole S à 6 arceaux (1, 2, 3, 4, 5, 6), dont le 6 e est formé de saillies sétii'ères distinc tes. Gr. 20. 20 E.-L. BOUVIER des plis papillifères complets ou incomplets ; le pied (fig. 16 et 17) s'y rattache par un pédicule fort étroit, puis se dilate et se termine par deux griffes (Gf). A la base de ces der- VppCL Fig. 17. — Peripatus jamaicensis Gr. et Cock., 9 de Bath; extrémité du pied vue par la face antérieure. Gr. 280. Fig. 18. — Peripatus Corradoi Cam., cotype ; une patte vue de trois quarts du côté interne; la vésicule coxale Vc est l'orte- ment dévaginée. Gr. 46. nières, il présente quelques papilles principales (ppa, ppd) dont la position est caractéristique; partout ailleurs il est uni, sauf sur sa face ventrale où il présente deux paires de saillies séli fèves (sa, sp). La hampe du pied mérite une mention parti- culière : sur la face interne ou ventrale, elle présente à sa base un sillon médian longitudinal dont les papilles s'atténuent ou disparaissent complètement. Très souvent ce sillon coxal (fig. 15, Fc) devient très profond, et forme une Fig. 19. — Perl- x & . ' ' f . .' patus torquatus vésicule coxale (fig. 18, v>) incolore qui peut çTq^atretoies s'évaginer sous la forme d'une poche. Sur la continues d'une même face de la hampe, mais dans sa partie Gr. 423. terminale, les plis papillifères se modifient et se transforment en une semelle ou sole (fig. 15 et 18, S) qui joue un grand rôle dans la locomotion. Cette sole est formée de plusieurs arceaux contigus et transversaux dont la surface est hérissée de soies fortes (fig. 10) et nombreuses. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 21 Les arceaux se comptent en allant du pied vers la base de la hampe ; leur nombre varie de 3 à 5 ou 6 ; les derniers sont toujours plus réduits et peuvent même complètement disparaître dans les appendices des deux extrémités. Sur la face ventrale du corps, à l'extrémité du sillon coxal, se voit un petit pore excréteur (fig. 15 et 22, U) qui sert d'ori- fice à un tube néphridien. Ces pores n'existent pas à la base des pattes génitales où ils sont remplacés par l'orifice sexuel impair (fig. 22. G) ; dans les pattes de la 4 e et de la 5 e paire, ils sont situés sur les soles pédieuses, au sommet d'un tubercule urinaire (fig. 20, tU, fig. 21) qui se trouve dans le 3 e arceau ou un peu au- dessus. D'autres pores glandu- laires peuvent se trouver sur la face interne de la hampe au voisinage des soles et, parfois, sur un certain nombre de pattes à partir de l'orifice sexuel. Ces pores glandulaires, ordinaire- ment propres au mâle, débouchent sur des saillies incolores qui portent le nom de papilles crurales (fig. 6, 20, 22, pc, Pc). Les papilles crurales sont fréquemment au nombre de deux pour chaque patte; elles avoi- sinent toujours le sillon coxal. L'orifice sexuel (fig. 22, G) ne présente rien de particulier; il affecte Fi «- 2L - Peripatus jamaicémïs Gr. et Cock. : tubercule urinaire souvent la forme d une croix et pré- sur le bord proximai du 3<= ar- genté des dimensions un peu plus <*™ des soles. Gr. 212. grandes dans la femelle que chez le mâle. L'anus (A) a la forme d'une fente verticale, sensiblement rejetée vers la face Fig. 20. — Peripatoides orieritalis FI.. <$ donné par M. Steil ; patte de la 4° paire. Gr. 72. 22 E.-L. BOUVIER V inférieure du corps. Dans son voisinage immédiat on observe, chez le mâle, une ou deux papilles anales (fig. 22, Oa et PI. 3, %. 17), au sommet desquelles viennent s'ouvrir des glandes annexes de l'appareil génital. 2° Sur les caractères Internes. Parois du corps. — Les téguments sont partout recouverts d'une cuticule chitineuse, sujette à la mue ; ils sont constitués par un épidémie et par une couche sous-épidermoïde . L'épiderme se réduit à une assise de cellules polyé- driques ; il sécrète la cuticule et cha- cune des écailles tégumentaires (fig. 23) - - Peripatus quitensis provient d'une de ses cellules. La cou- schm., cr type; extrémité c h e sous-épidermoïde qui le double est postérieure du type vue du v»i -n ■ côté ventral. Faible grossis- formée par des faisceaux fibrillaires. sement Immédiatement au-dessous des tégu- ments se trouve un revêtement musculaire assez épais qui entoure la cavité centrale. Les faisceaux qui forment ce revê- tement présentent des dispositions complexes et laissent entre eux des lacunes qui communiquent avec la cavité du corps. Deux de ces lacunes sont par- culièrement importantes et forment de chaque côté un ^i&WM espace longitudinal (PL 3, la nt les pattes, et d'ailleurs com- munique avec la cavité de ces dernières. Une mince cloison (Cl) divise chaque espace en deux chambres superposées : un sinus latéral (Se) ou externe, dans lequel s'ouvre largement la cavité de chaque patte, et un sinus neural (Si) situé au-dessous et en dedans du pré- cédent. Dans le sinus latéral se trouvent les glandes salivaires ^ : ^;^v^ : ^£ ; .^%^^ hg. 10) continu qui longe la 'f^^îvwp 1 ^&£f partie du corps ou s attachent Fig. 23. — Peripatus torqualus Kennel, cotype Ç ; écailles tégumentaires dor- sales à la périphérie des papilles. Gr. 715. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 23 et les néphridies, et dans le sinus neural les cordons ner- veux. Cavité centrale et organes de la circulation. — Le revêtement musculaire entoure une vaste cavité centrale où prennent place le tube digestif, les glandes muqueuses, les organes géni- taux et le collier nerveux. Cette cavité est continue sur toute la longueur du corps, mais un septum transversal la divise dorsalement en deux étages superposés : l'un supérieur, relati- vement réduit, qui sert de sinus péricardique (PI. 3, fig. 16, Pe), l'autre inférieur, beaucoup plus grand, qui renferme tous les organes précités. Les perforations du septum péricardique mettent en communication les deux étages et donnent accès au liquide cavitaire, qui joue le rôle de sang. C'est dans la cavité du péricarde qu'est logé le cœur (Cet) ; il affecte la forme d'un long tube qui suit toute la longueur du corps au-dessous de la ligne médiane dorsale, et présente dans chaque segment une paire d'orifices en boutonnière. Le cœur n'émet pas de vais- seaux, mais le plafond du sinus péricardique présente une série de perforations qui, au niveau de chaque pli tégumen- taire, permettent au sang de se rendre dans les muscles. Organes respiratoires. — Les organes respiratoires sont des trachées extraordinairement grêles qui se répandent dans tout le corps et présentent une très grande longueur. Ces trachées sont groupées en faisceaux ; elles se ramifient à' l'origine et restent ensuite absolument simples. Chaque faisceau trachéen se détache d'un tube court qui s'ouvre à la surface du corps, entre les papilles, par un stigmate fort étroit (Voy. fig. 4, p. 1 4). Les stigmates sont particulièrement nombreux du côté dorsal où l'on en trouve plusieurs par millimètre carré ; leur dis- tribution est absolument irrégulière. Les vésicules coxales (Voy. fig. 18, p. 20) que présentent un très grand nombre d'Onychophores doivent également jouer un rôle dans la respi- ration ; car leurs parois sont fort minces et un afflux sanguin peut les faire saillir au dehors. Ces vésicules, en d'autres termes, jouent le rôle de branchies ; les Onychophores, en effet, ne peuvent vivre que dans des milieux humides. Système nerveux. — Le système nerveux (fig. 24 (commence en avant et au-dessus du pharynx par une paire de gros gan- 24 E.-L. BOUVIER [/lions sus-œsophagiens (C) qui sont concrescents sur une partie de leur face interne; latéralement et en arrière, chaque gan- glion se continue dans un cordon nerveux (N) qui pénètre bientôt dans le sinus neural, suit ce dernier sur tout le reste de la lon- gueur du corps et s'unit à son congénère du côté opposé, Fig. 24. — Peripalus jamaicensis Gr. et Gock., 9 de Bath. ; partie antérieure du système nerveux, vue du côté dorsal; na, nerfs antennaires ; no, nerf optique et en arrière (sans lettre) le nerf labial ; np, rb, petits nerfs des parois latérales et infé- rieures ; nm, nerfs des muscles mandibulaires ; ib.n, nerfs des tentacules buccaux et des pareis périlabiales ; p^n^pt-n, nerfs des pattes 1 et 2; ns, nerfs sympathiques allant aux papilles du plafond buccal. Gr. 36. au-dessus de l'anus et du rectum (PL 3, fig. J6, Nd). Des commissures ventrales (fig. 24) nombreuses s'étendent horizon- talement entre ces deux cordons; la plus antérieure et la plus importante joue. le rôle de commissure sous-œsophagienne (cg) et rattache les deux cordons peu après leur origine antérieure MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 20 c'est à-dire avant le point où ils pénètrent dans le sinus neural. Les yeux et les antennes sont innervés par des nerfs (no, na) issus des ganglions sus-œsophagiens ; de ces ganglions et de la partie antérieure des cordons nerveux partent aussi des branches destinées aux lèvres et aux muscles mandibu- laires (nm) ; en dessous et en arrière, chaque ganglion donne aussi naissance à un nerf sympathique (ns) destiné au plafond buccal. Sur leur face externe, les cordons émettent un grand nombre de nerfs qui se rendent aux appendices post-cépha- liques et aux parois du corps ; les plus antérieurs (tb. n) de ces nerfs sont très volumineux et desservent la région des tentacules buccaux. Au niveau des pattes, les cordons nerveux se renflent très légèrement en ganglions ; ils se rétrécissent et se rapprochent en arrière, avant de se fusionner au-dessus de l'anus. Sur sa face inférieure, chaque ganglion sus -œsophagien présente une petite saillie en forme de sphérule (fig. 25), dont le rôle n'est pas connu. Nous don- nerons à ces saillies le nom de sphérules infra-cervicales ; d'après M. Kennel, ce sont les organes ventraux très développés du segment céphalique. Tube digestif. — Le tube digestif est logé dans la cavité centrale dont il occupe la plus grande partie. Précédé par l'atrium buccal dont le plafond fait saillie en haut et en avant, et où l'on voit de chaque côté une mandibule à deux lames, il commence par un pharynx assez long et à parois musculeuses, qui se rattache par de nombreux muscles aux parois avoisinantes du corps. Viennent ensuite un œsophage fort court et bien plus étroit, puis un \aste tube entérique plissé (fig. 26 et 31, Im), qui s'étend sur les trois quarts de la longueur de l'animal. Ce tube correspond à l'estomac et à l'intestin grêle des organismes plus différenciés ; il est suivi par un rectum (R) étroit et assez court qui se termine à l'anus, et qui se rattache à la paroi avoisinante du corps par des lames mésentériques (PL 3, fig. 16, Me). Fig. 25. — Peripatopsis capensis Grube, ex. de Leuekart ; vue latérale schématique indiquant les rapports de la partie antérieure du tube di- gestif et du système ner- veux. Au-dessus du gan- glion cérébroïde, l'œil avec le courtnerf optique, au-dessous la sphérule infra-cervicale. (Sanger, 1869, PI. XII, fig. 19.) 26 E.-L. BOUVIER Appareil excréteur. — L'appareil excréteur est représenté par des organes segmen- taires ou néphridies qui sont logées dans le sinus latéral, au niveau de chaque appendice post-antennaire (1) ; toutefois les organes de la paire de pattes au niveau desquelles se trouve l'orifice génital échappent à cette règle, car ils donnent nais- sance, d'après M. Ker- nel.', à une partie de l'appareil reproducteur et restent logés dans la cavité du corps. Tout organe segmentaire normal (fig. 27) com- prend successivement les cinq parties sui- vantes : 1° un conduit excréteur qui s'ouvre sur la face ventrale de l'organisme, vers le bout interne du sillon coxal ; 2° une vésicule (fig. 28, Vf) plus ou moins volumineuse située dans la partie basilaire de la patte; 3° un canal en lacet [Ct, An) très visible dans le sinus latéral; 4° un entonnoir terminal à parois fort épaisses (Ep) ; 5° un sac cœlomique (Pc) réduit dans lequel vient largement s'ouvrir l'entonnoir terminal. x\u voisinage des extrémités du corps, les or- piaire de ganes segmentaires deviennent progressivement segmentaire plus simples et finalement se réduisent au eon- d'une patte duit excréteur, à l'entonnoir et au sac cœlomique; de la G 1 ' paire. L Or. 46. . • . • . (1) lrois de ces organes sont indiques dans le sinus externe Se de la fig. 16, PI. 3. Fi 26. — Peripaloides Suteri Dendy, cf ; par Lie postérieure d'un cotype o" ouvert du côté ventral ; Pc et Vd, canaux efférents droit et gauche ; i, canal déférent; 12... 16, pattes. Gr. 6. Fig. 27. — Pe ripatus juli forints, var Swainsonae Cock., exem MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 27 ils sont alors très courts et totalement logés dans la cavité basilaire de l'appendice. Très différents et tout à fait caracté- ristiques des Onychophores sont les organes segmentaïres des Fig. 28. — Peripatus julïformis, var. Swainsonae Cock., exemplaire de Bath. ; organe segmentaire d'une patte de la 4 e paire. Ct, coude antérieur du canal en lacet; An, coude postérieur. Gr. 46. pattes de la 4 e et de la 5 e paire: avec leur vésicule étroite (Vt), leur canal excréteur réduit, leur lacet complexe (An, Ct) et leur entonnoir (Ep) plus allongé, ces organes se reconnaissent au premier coup d'œil parmi les autres; mais ce qui les distingue axant tout, c'est la place de leur pore excréteur qui s'ouvre dans les soles pé- dieuses au centre du tubercule urinaire signalé plus haut (Voy. p. 21, fig. 20, tU). Plus modifiés encore sont les or- ganes segmentaires des tenta- cules buccaux ; sans relation aucune avec ces derniers ap- pendices, chacun d'eux se présente sous la forme d'un fort tube (Voy. Sg, lîg. 29, 30, 31 et la fig. 16 de la PL 3) qui occupe la plus grande lon- gueur du sinus latéral au-dessus du cordon nerveux corres- pondant. Ils s'atténuent à leurs deux extrémités, se terminent Fig. 2.9. — Peripatus juliformis, var. Swainsonae Cock., exemplaire de Bath. ; extrémité antérieure des organes salivaires et relation de ces organes avec l'atrium buccal Bc. Gr. 10. 28 E.-L. BOUVIER en arrière par un bout aveugle, souvent forment un réservoir (fig. 29, Rv) en eul-de-sae au voisinage de l'atrium buccal (Bc); et toujours viennent s'ouvrir sur la paroi postérieure de celte cavité par un court et étroit conduit impair dans lequel ils se fusionnent. En fait, ils jouent le rôle d'annexés du tube digestif, et on les regarde comme des glandes salwaires. Glandes muqueuses. — Si les tentacules buccaux (Tb, lig. 10) ont perdu toute connexion avec leurs organes segmentaires, par contre ils donnent issue a la sécrétion d'une paire de glandes muqueuses, qui comptent parmi les appareils les plus volumineux de l'organisme. Chaque glande se compose d'un puissant réservoir (fîg. 26, RGm) et d'une partie sécrétrice abondamment ramifiée {Gm) ; chaque réservoir s'ouvre au sommet du tentacule buccal correspondant et s'étend sur un tiers environ de la longueur du corps. La partie sécrétrice fait suite au réservoir et se compose essentiellement d'un tube plus étroit qui émet en tous sens d'innombrables ra- meaux [Gm) ; elle se répand jusqu'à l'extrémité postérieure du corps et enlace de ses branches la plupart des organes. La sécrétion muqueuse de l'appareil se prend rapidement à l'air libre et, durant sa solidification, peut être étirée en fils. Organes génitaux. — Les organes génitaux sont au nombre d'une paire, et logés clans la cavité centrale dont ils occupent surtout la moitié postérieure; toujours ils passent en arrière au-dessous des cordons nerveux (Voy. la fig. 26 et dans la PI. 3, la fig. 16), toujours également, ils se réunissent dans un conduit vecteur impair qui s'ouvre sur la ligne médiane ventrale à une faible distance de l'anus. Abstraction faite de leur extrémité postérieure qui passe sous les cordons nerveux pour se rendre à l'orifice sexuel, les organes mâles (fig. 26 et 30) sont complètement libres dans la cavité centrale. Ils se composent toujours : 1° d'une paire de testicides (Ts) longs et tubuliformes où s'élaborent les cellules mères des spermatozoïdes ; 2° d'une paire de vésicules séminales (Pr) (parfois appelées prostates) dont chacune fait suite au tube testiculaire correspondant, et où les cellules pré- cédentes donnent naissance aux éléments sexuels mâles; 3° d'une paire de canaux efférents (Pr, Pd) longs et tortueux MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 29 où s'engagent les spermatozoïdes; 4° et enfin d'un conduit impair (I, i) auquel aboutissent les deux canaux précédents et qui s'ouvre au dehors par l'orifice sexuel. Il est rare que ce conduit impair reste court et localisé au voisinage immédiat de l'orifice génital; le plus souvent il s'allonge à des degrés fort divers et se diffé- rencie pour le moins en deux portions : l'une antérieure, la plus longue, qui prend le nom de canal dé- férent (I, ?') et où se constituent les sper- matophores (PI'. 3, fig. 15 et 19) l'autre postérieure, luisante et très musculeuse (D) qui sert à l'éva- cuation des sperma- tophores tout consti- tués, et qui mérite par conséquent le nom de conduit éja- culateur [ductus eja- cidatovius) . A l'appareil SOnt Fig. 30. — Peripatus-Tholloni Bouv., appareil génital d"un <3 capturé par M. Haug. c' ut c 2 , glandes cru- lOUJ OUrS annexées raies fines de la paire de pattes prégénitales ; C 1 et C 2 , deux glandes anales glandes plus grosses de la paire précédente; Pc, Pc/, •' canaux enerents. Gr. 5. (GA) symétriques et le plus souvent un certain nombre de glandes crurales (G 1 , G* 2 ; c 1 , c'). Les glandes anales sont tubulaires, parfois dilatées en avant et partout libres dans la cavité du corps, sauf en arrière où elles s'ouvrent près de l'anus, soit par un ou deux orifices ventraux (Oa, fig. ±± < b t PL 3, fig. 17)., soil 30 E.-L. BOUVIER dorsalement par un pore excréteur commun. Les (/landes crurales sont situées à la base d'un plus ou moins grand nombre de pattes; toujours réduites à un tube fort étroit, elles sont logées à la base de l'appendice et s'étendent souvent dans le sinus laté- ral; parfois elles s'allon- gent démesurément et pé- nètrent dans la cavité du corps. Elles débouchent sur une papille blanchâtre (Pc, %. 6, 22 et PL 3, fig. 17) qui occupe la face interne de la hampe ap- pendiculaire, au voisinage de la fente coxale. Il n'est pas rare d'en trouver deux dans une même patte (fig. 30). Les organes génitaux femelles (fig. 31) se com- posent de deux ovaires (O 1 , O 2 ), où s'élaborent les œufs, de deux oviductes qui, le plus souvent, se transforment bientôt en deux longs utérus où les œufs évoluent en em- Fig. 31. — Peripatus Tholloni Bouv., extrémité fipyonS ' il SC termine par postérieure d'une Ç (M. Haug), ouverte du J . , côté ventral pour montrer les organes géni- un très COUl'l VOffm, dans taux et la partie terminale (Im, R) du tube j j Yiermen t déboucher digestif. Les embryons avancés sont réunis t. dans deux chambres utérines subterminales les conduits Vecteurs et M», M 2 . Gr. 4. . , , , qui s ouvre au dehors par l'orifice sexuel (G). Les ovaires sont tubuliformes et ordinai- rement réunis côte à côte (fig. 32, 0) sous une enveloppe commune ; souvent, ils se rattachent, en outre, au plancher péricardique par des fibres issues de leur enveloppe, ou par un funicule (/', fig. 32 et fig. 16, PL 3) qui prolonge cette dernière. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 31 Abstraction faite du Perïpatus Tholloni où les deux moitiés prévaginales de l'appareil sont absolument libres et indépen- dantes (fig. 31), les deux ovaires débouchent dans un court atrium commun qui sert de point de départ aux oviductes (fig. 32, Ov), de sorte que les deux moitiés des organes se trouvent réunies près de leur origine et à leur terminaison. Le plus souvent, un réceptacle séminal (Rs) ovoïde se rat- tache à chaque oviducte par deux conduits; dans ce cas, entre le réceptacle séminal et l'atrium commun, on voit souvent chaque oviducte for- mer un diverticule qui joue le rôle de réceptacle ovu- laire (Bo). En dehors de ces parties, l'appareil génital femelle ne comprend aucun annexe, sauf parfois des glandes crurales, d'ailleurs moins développées que celles du mâle. Fig. 32. — Peripalus Sedgwicki Bouv., Ç capturée par M. Simon ; ovaires et parties avoisinantes de l'appareil génital. Gr. 35. 3° Sur les produits sexuels et le développement \ Produits sexuels. — Les spermatozoïdes ou éléments mâles mesurent environ 125 y. de longueur, dont un tiers au moins pour la tête qui est beaucoup moins grêle que la queue ; cette dernière se rattache à la tête par un segment moyen des plus courts. Les œufs se développent d'abord dans la paroi ovarienne, où ils sont entourés d'un mince follicule (fig. 36, Fol) ; quand ils ont acquis une certaine grosseur, ils abandonnent leur paroi folliculaire et passent dans l'ovaire, puis dans les oviductes où ils grandiront encore plus ou moins jusqu'au moment de la segmentation. Leur taille est fort variable : quand leur diamètre 32 E.-L. BOUVIER ne dépasse guère 40 à 60 [/., ils restent inclus (fig. 33, ov) avec leur follicule dans les parois mêmes des ovaires jusqu'au moment de leur déhiscence [œufs endogènes de M. Willey) ; quand ils atteignent des dimensions plus fortes, ils font saillie sur la surface ova- rienne (fig. 34) à laquelle ils se ratta- chent par un étroit pédoncule issu des parois folliculaires (œufs exogènes de Fig. 33. — Coupe transversale dans un ovaire ù! Opisthopatus Blainvillei Blanch., 9 de M. Plate avec des œufs ovariens endogènes à divers stades de développement : ge, épithélium ger- minatif; st, épithélium s té rite ; ca, cavité ova- rienne ; o, noyaux des jeunes oocytes, autour desquels commence à s'accumuler le proto- plasina ovulaire ; ov, œufs ovariens très avancés. Gr. 320. Fig. 34. — Ovaire, oviductes et œufs ovariens exogènes del'Eo- peripatus Weldoni Evans, Ç> type ; en haut, les deux récepta- cles séminaux ; au-dessous, les deux réceptacles ovulaires : au centre, une masse de jaune, en bas l'attache des ovaires et tout autour de ceux-ci des œufs pé- doncules. Gr. 15. M. Willey) ; dans ce dernier cas, les tubes ovariens ressem- blent quelque peu à de petites grappes. Les œufs endogènes sont réduits à leur noyau, à leur protoplasme qui est très dense, et à une mince enveloppe ; dans les œufs exogènes, au contraire, on voit le protoplasme se creuser de vacuoles (fîg. 36) à mesure que la taille augmente, accumuler du jaune MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 33 nutritif dans ces vacuoles et s'entourer d'une enveloppe plus épaisse ; les plus gros œufs d'Onychophores peuvent atteindre un diamètre de l mm ,700, ils sont alors bourrés de jaune et leur enveloppe devient une coque épaisse agrémentée d'orne- ments en saillie (fig. 35) qui leur permet d'être pondus. Quand les œufs sont plus petits, l'espèce est toujours vivipare. On appelle œufs ovariens les œufs qui sont encore dans leur follicule et œufs utérins ceux qui se trouvent déjà dans lesovi- Fig. 33. — Ooperipalus oviparus Dendy; portion de chorion d'un œuf pris dans i'oviducte avant la ponte ; la figure 2 montre, plus grossies, en vue perspective, les saillies à granulation de la surface. (Dendy, 1902, fig. 20 et 22.) Les Ooperipatus se distinguent de tous les autres Onychophores parce qu'ils sont ovipares. ductes où ils achèvent leur croissance ; cette croissance extra- ovarienne est d'autant plus grande que l'œuf lui-même est plus volumineux, elle atteint naturellement son maximum chez les espèces ovipares (Ooperipatus). Fécondation. — Les spermatozoïdes sont presque toujours réunis dans des spermatophores dont les dimensions et la forme varient beaucoup suivant les espèces (PL 3, fig. 15 et 1 9) ; après l'accouplement, dontle mécanisme reste d'ailleurs inconnu , on les retrouve en grand nombre en certains points des organes de la femelle, dans le réceptacle séminal, ou dans les ovaires quand ce dernier n'existe pas. Il est plus que probable qu'ils sont normalement introduits dans les organes par la vulve ; pourtant, les spermatophores de très petite taille semblent être simplement déposés sur le tégument de la femelle, d'où ils pénétreraient dans le corps par injection cutanée. ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 3 34 E.-L. BOUVIER ,u L'imprégnation de l'œuf parle spermatozoïde doit se produire dans l'ovaire ou les oviductes quand le réceptacle séminal n'existe pas, au passage devant ce dernier dans les autres for- mes. Après cette imprégnation, on voit l'œuf utérin former deux corpuscules polaires (lig. 36, P. b. /)qui, chez les espèces munies d'œufs très m:- volumineux, ne sont vraisemblablement pas expulsés. En- suite a lieu la fusion du pronucléus mâle avec le pronucléus femelle, c'est-à-dire l'acte intime de la fécondation. Développement . — La segmentation est Fig. 36.— Maturation des œufs dans le Peripatopsts o capensis Grube : n° 1, œuf utérin qui a expulsé un totale quand 1 œilt a corpuscule polaire (P.b. 1) et où le noyau Nu se , HÎWïPTiqionS très prépare à en former un second; n« 2, œuf ovarien «es dimensions ue& très avancé mais entouré encore de son follicule Fol petites, Superficielle pédoncule. (M". Sh™, 1890, fig. 9 et 13.) j^ ^ ^ ^^ neux et plus ou moins riche en réserves nutritives. Dans ce der- nier cas, il se forme une gastrula par épibolie, avec un blasto- pore qui s'allonge suivant l'axe longitudinal de l'embryon et qui donne ultérieurement la bouche et l'anus (fig. 38 : Bc, A) en se fermant dans la partie médiane. Dans le premier cas, les phéno- mènes sont tout autres : le blastopore semble plutôt virtuel et ne prend aucune part à la formation de la bouche et de l'anus qui se produisent indépendamment l'un de l'autre vers les deux extrémités de l'embryon. La nutrition de ce dernier s'effectue par des procédés plus divers encore : tantôt directement sans aucun accessoire embryonnaire, tantôt par l'intermédiaire d'une vésicule trop/tique, souvent môme au moyen d'un placenta. La nutrition directe se produit aux dépens des réserves de l'œuf et d'une sécrétion des parois utérines. Très rare quand l'œuf est de petite taille, elle devient au contraire de règle quand l'œuf est riche en réserves nutritives ; si l'accumulation de ré- serves est telle que l'embryon puisse y trouver tous les matériaux MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 3o Fig. 37. — Embryon de Peripatopsis Sed- gwicki Pure, enroulé en spirale et por- tant une énorme vésicule trophique insérée sur la nuque (Gr. 9). nécessaires à son développement, l'animal dépose ses œufs sur le sol avant le début de la segmentation, c'est un ovipare bien •caractérisé (fig. 35) ; sinon la viviparité s'impose et le dévelop- pement tout entier se réalise à l'intérieur des utérus (fig. 40). Dans ce cas, la quantité de nourriture empruntée à la .sécrétion utérine est d'autant plus grande que l'œuf est plus réduit. La nutrition par l'inter- médiaire d'une vésicule tro- phique se rencontre chez certains Onychophores dont les œufs n'ont qu'un volume fort médiocre, ce qui entraîne et nécessite toujours la viviparité. Aux débuts de son existence, l'embryon puise la sécrétion utérine par tous les points de son corps, mais surtout par un trophoblaste volumi- neux et vésiculiforme inséré sur la nuque (fig. 37). A me- sure que le développement progresse, la vésicule se réduit et finit par disparaître (fig. 41 ) ; après quoi l'embryon est suf- fisamment avancé pour se nourrir de lui-même aux dé- pens de la sécrétion utérine. Cette atrophie ontogénétique caractérise également l'évolu- tion phylogénétique de cer- taines formes dugroupe (fig. 38 et PI. 3, fig. 18). Alors, d'une espèce à l'autre, on voit la vé- sicule se réduire, l'œuf aug- menter de volume, et la nutrition directe se manifester. Mais c'est une nutrition directe à' origine secondaire et non point pri- mitive, comme celle que nous avons étudiée plus haut. Fig. 38. — L'un des premiers stades em- bryonnaires dans un œuf de Peripato- psis Moseleyi ; Ç de Kingwilliarnstown (M. Stenning) ; l'aire embryonnaire n'oc- cupe qu'une très petite partie à la surface de l'œuf, qui joue le rôle de vésicule tro- phique. Le blastopore commence à s'é- trangler pour produire la bouche Bc et l'anus A. Dimensions : l mm 20 sur mm 8o0. 36 E.-L. BOUVIER Chez toutes les espèces dont les œufs sont très petits et dépour- vus de réserves, la nutrition embryonnaire s'effectue au moyen d'un placenta (fig. 40 : 3 et 4) qui puise a même la nourriture dans les parois utérines où elle se produit. Le placenta se présente sous la forme d'un vaste trophoblaste très étendu qui s'applique intimement contre l'épithélium extérieur et qui se rattache à la nuque par un cordon ; abstraction faite de ces rapports avec l'utérus, il présente d'étroites ressemblances avec la vési- cule trophique. Comme cette dernière d'ailleurs, il se réduit au cours du dé- veloppement et disparait quand l'em- bryon peut ingérer lui-même la sé- crétion utérine. Quel que soit le mode de nutrition, l'évolution embryonnaire est très sensiblement la même chez tous les Onychophores. En 'arrière du blas- topore, c'est-à-dire du point où se Fig. 39. -Embryon de Peripa- formera l'anus, on voit se produire topsis càpensis Grube, à peu ime zone génératrice où les cellules près au même stade que celui _ ° de p. Moseieyi, représenté prolifèrent activement; cette zone est dans la figure 38. Ici, l'em- n 1 ni- v^v t t bryon occupe l'œuf tout entier formée de cellules mdiflerentes et se et mesure 0^740 ; ii n'y a continue sur son pourtour avec les donc plus trace de vésicule . , * trophique. (D'après a. Sed- deux teuillets déjà formés, ectodemie «wick-, 1895, pi. xxxn, fig. 24.) et endoderme . elle donne naissance en avant, de chaque côté de la ligne médiane ventrale (occupée par la fente du blastopore) à un cordon mésodermique qui s'allonge de plus en plus et où l'on voit s'isoler, d'avant en ar- arrière, des tronçons disposés en série linéaire. Ces tronçons se correspondent à droite et à gauche de la ligne médiane, et forment ainsi des paires successives, dont chacune représente un segment mésodermique primitif ; le premier fournit les lobes procéphaliques remarquables au début par leurs très grandes dimensions et par la très faible distance qui les sépare, les autres restent plus éloignés et donnent naissance aux segments suc- cessifs de l'animal. A la suite de cette métamérisation interne se produit une segmentation externe du corps, qui s'allonge de plus Silmr MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 37 1 ^ Av Pro-arthropoda. Dans le savant et très suggestif travail qu'il a consacré aux Arthropodes dans X Encyclopédie britannique (1902, 689-701), M. Ray Lankester développe avec plus de précision les mêmes idées, et fixe très heureusement les rapports zoologiques des Péripates. Dans son phylum des « Appendicidata », qui rap- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 51 pelle à certains égards les Âmielés de Cuvier, il attribue aux animaux qui nous occupent la position suivante : Sub-phylum 1. Rotifera. Chœlopodu. Degré 1. Hyparthropodu (hypothétiques reliant les Arthropodes aux Chéto- podes). Phylum : Appen- J \ Degré 2. Proarthropoda. Classe : Ony- diculata ) Sub-phylum 3. J chophora. A'thropoda. \ / Classe 1. Diplopoda. r.. , r ., { — 2. Arachnida. Degreô.Euarthro-) „ n ° , — 3. Crustacea. 1 / — 4. Chilopoda. \ — 5. Hexapoda. Chez les Chétopodes, la bouche occupe toujours le somite antérieur du corps, et ses organes masticateurs ne sont jamais constitués par les appendices faiblement chitinisés des somites suivants; chez les Arthropodes, au contraire, certains de ces somites viennent se placer en avant de la bouche au cours du développement, et les appendices de quelques-uns des segments qui leur font suite se différencient en appendices buccaux. A ces divers points de vue, la classe des Onychophores se rap- proche plus que toute autre des Chétopodes : un seul somite (celui des antennes et des yeux) se porte en avant de la bouche et le suivant fournit seul des appendices buccaux (les mandi- bules) ; d'ailleurs le groupe des Proarthropoda, exclusivement constitué par les Onychophores, est caractérisé : 1° par une cuti- cule mince qui permet l'extension et la contraction; 2° par les deux griffes appendiculaires qui sont les seules parties du corps bien chitinisées ; 3° par la transformation des appendices du troisième somite qui sont dépourvus de griffes et devien- nent des papilles orales; 4° par les appendices non ramifiés; 5° par le nombre des segments qui n'est pas encore fixé (type anomoméristique) ; 6° par les yeux et par les muscles non striés qui sont du type chétopodien; 7° par les cordons nerveux latéraux sans renflement ganglionnaire métamérique, ce qui indique un stade inférieur à celui des Chétopodes ; 8° par la paire de conduits cœlomiques située dans chacun des somites; 9° par la transformation des conduits cœlomiques du pénultième somite en conduits génitaux. M. Sedgwick a exprimé des vues analogues sous une autre 32 E.-L. BOUVIER forme (1888 b , 437-439) : « On ne saurait douter, écrit-il, que Peripatus est un Arthropode, car il possède les caractères sui- vants, tous caractéristiques de ce groupe, et tous d'une impor- tance morphologique de premier ordre : 1° la présence d'appen- dices transformés en mandibules ; 2° celle d'ostioles pairs et latéraux qui perforent la paroi du cœur et qui mettent la cavité de cet organe en communication avec le péricarde... 3° le développement d'une cavité du corps vasculaire et d'un péricarde...; 4° la réduction extrême du cœlome chez l'adulte. Finalement les trachées, encore qu'elles ne soient pas caracté- ristiques de toutes les classes d'Arthropodes, n'existent nulle part en dehors de ce groupe, et pour rattacher Peripatus à ce dernier, fournissent un argument nouveau d'importante valeur. « Peripatus, quoique indubitablement un Arthropode, dif- fère par tant de points importants des classes d'Arthropodes anciennes qu'on devait créer pour lui seul une classe spéciale, celle des Prototrmheata, de rang équivalent aux autres. Cette dissemblance avec les anciens Arthropodes est principalement due aux affinités annélidiennesqu'ilprésente(néphridies paires dans chaque segment, cils des voies génitales observés par Gaffron), mais en outre, aux particularités suivantes: 1° le nombre etla diffusion des orifices trachéens, 2° la limitation des appendices buccaux à une seule, paire, 3° la disposition des organes génitaux, 4° la structure de la peau, et 5° la sim- plicité et la similitude de tous les segments du corps et aussi de la tête... « En conséquence nous devons, avec quelque raison, consi- dérer Peripatus comme un animal qui a persisté longtemps, sans beaucoup de modifications structurales, comme le repré- sentant d'un ancien groupe, aujourd'hui largement répandu, probablement riche en espèces et en genres, et étroitement relié aux ancêtres des Arthropodes actuels. » Sauf quelques modifications de faible importance, cette manière de voir fort juste est actuellement acceptée par le plus grand nombre des zoologistes, y compris sans doute M. Ken- nel (1885, 198-199; 1888, 74) et M. Dendy (1895 a ) qui consi- dèrent les Péripates comme une forme de passage entre les Vers annelés et les Arthropodes terrestres. On la trouve d'ailleurs MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 5J exprimée, sous une autre forme, dans le Traité d'Embryologie de MM. Korschelt et Heider (1892, 677). Il nous resterait maintenant à passer en revue les opinions relatives aux enchaînements intérieurs du groupe, mais ce sujet ne pourra être utilement abordé que dans la partie générale du présent mémoire. 3° Détermination des espèces. — Le nom de Peripatus pro- posé par Guilding (1825, 444) est resté dans la science en rai- son de sa priorité, et il a servi, pendant les trois quarts d'un siècle, à désigner génériquement toutes les espèces du groupe. Longtemps, en effet, ces espèces furent peu nombreuses, et la principale difficulté consistait à les distinguer les unes des autres, ce qui n'était point chose facile, à cause de la morpho- logie en apparence très simple et très uniforme des divers Onychophores. Audouin et Milne-Edwards (1833, 411) furent trompés par cette ressemblance et identifièrent avec le P. juli- formis de Guilding, une espèce bien distincte que Blanchard décrivit ultérieurement sous le nom de P. Eclwardsi (1847* 140) ; plus tard, cette dernière dénomination fut attribuée à des formes non moins nombreuses que différentes : au P. Brôle- manni par Grube (1853), au P. Trinitatis et au P. Sedgwicki par Gaffron (1885), a la première de ces deux espèces par M. Kennel (1885), à la seconde par M. Sedgwick (1888 b ), tan- dis que Peters (1880), revenant sur l'œuvre de Blanchard, identifiait de nouveau le P. Edwardsi avec le P. jidiformis. La détermination des caractères spécifiques a été une œuvre lente et pénible. Comment distinguer les espèces les unes des autres ? on n'en sait rien au début et c'est ainsi qu'AunouiN et Milne-Edwards (1833) d'un côté, Wiegmann (1837) de l'autre, rapportent à l'espèce de Guilding des exemplaires sud-améri- cains où le nombre des appendices locomoteurs est de 30 paires au lieu de 33. Nous verrons dans la suite que des différences de cette nature, et môme des différences plus fortes, sont assez fréquentes dans un même type spécifique. Toutefois, ces écarts ont une limite, et de Blainville s'en rendit bien compte lors- qu'il établit deux espèces nouvelles pour des Onychophores où le nombre des pattes était singulièrement plus réduit : l'une de ces espèces fut appelée P. Blainvillei, elle avait 19 paires 54 E.-L. BOUVIER de pattes et provenait de la région chilienne ; l'autre était ori- ginaire du Cap, comptait 17 paires d'appendices locomoteurs et fut désignée sous le nom de P. brevis. Les observations ulté- rieures ont montré que ces deux espèces sont parfaitement distinctes Fune de l'autre ; la première n'est rien autre chose que notre Opïsthopâtus Blainvillei, et la seconde doit être con- sidérée, avec une certitude presque entière, comme identique au Peripatopsis capensis. Si de Blaikville a le mérite d'avoir reconnu la valeur spéci- fique du nombre des appendices locomoteurs, c'est à Blan- chard que révient l'honneur d'avoir fait entrer définitivement cette conception dans la science. Dans ses Recherches sur V organisation des Vers, cet éminent zoologiste a utilisé exclusivement le nombre des pattes pour dresser un tableau (1847, 140) des Onychophores peu nom- breux connus à cette époque. Voici le relevé de ce tableau dont on ne saurait contester l'intérêt historique : « 1 . — P. hdiformis Guild. 33 paires de pattes. Saint- Vincent. 2. — P. Edivardsi (P. hdiformis Aud. etEdw.) 30 paires de pattes. Cayenne. 3. — P. Blainvillei Bl. 19 paires de pattes. Chili. 4. — P. brevis Bl. et Gerv. 14 paires de pattes. Cap de Bonne-Espérance. » C'est par erreur et d'après les indications inexactes de Ger- vais que Blanchard attribuait 14 paires de pattes au P. brevis; en fait, dans cette espèce, le nombre de ces appendices est de 17 paires. En attribuant au nombre des pattes une réelle valeur spéci- fique, de Blain ville et Blanchard ont réalisé un progrès dont les zoologistes ont largement tiré profit depuis lors. Mais en posant les jalons d'une méthode nouvelle, ils ont laissé à leurs successeurs la difficulté très sérieuse de déterminer les limites où cette méthode peut être correctement appliquée. De là des tâtonnements et des erreurs, qui mirent en évidence la nécessité de recourir à d'autres caractères. Des Péripates qui présentent le même nombre d'appendices n'appartiennent pas forcément à la même espèce ; c'est une vérité d'observation actuelle- ment bien établie, mais qu'on ne soupçonnait pas au milieu MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 55 du siècle dernier : aussi Grube commit-il l'erreur d'identifier avec le P. Edwardsï (1853) des exemplaires sud-américains munis de 29 ou 30 paires d'appendices, et avec une espèce australienne, le P. LeuckartiSânger, un Péripate néo-zélandais où les appendices locomoteurs étaient au nombre de 15 paires comme dans ce dernier. Et inversement, desPéripates peuvent très bien appartenir à une même espèce malgré d'assez grandes différences dans le nombre des appendices. Ce dernier principe a été parfaitement mis en évidence par M. Sedgwick (1888 b ), après une tentative malheureuse de Peters qui l'avait entrevu, mais qui ne sut pas le défendre. Cette tentative, en effet, ne ten- dait à rien moins qu'à détruire l'œuvre de Blanchard : ayant observé (1880) qu'un Péripate de Porto-Rico présente de 27 à 32 paires de pattes, et que ce nombre varie de 30 à 32 paires dans une forme de Porto-Cabello, ayant cru constater en outre que le nombre des appendices augmente avec la taille des indi- vidus, Peters conclut à tort que P. Edwardsi Blanch. est syno- nyme de P. julïformis Guilding ; bien plus, possédant un riche matériel de Péripates sud-africains, où le nombre des appendices locomoteurs variait de 17 à 22 paires, il n'admit pas (1881) un seul instant la possibilité de plusieurs espèces dans un stock aussi disparate, et il attribua le tout au P. capmsis Grube. Ces deux notes de Peters auraient pu ruiner l'œuvre de Blanchard, d'autant qu'elles furent à brève échéance suivies d'une communication de Ernst (1881) où il était dit que les nouveau- nés d'un Péripate de Caracas (le P. Sedywicki Bouv.) n'ont que 29 paires de pattes tandis que les grands adultes en possè- dent 32. M. Sedgwick (1888 b ) n'a pas rendu un médiocre ser- vice en apportant une note juste au milieu de toutes ces dis- cordances ; après avoir établi (1888 b ) comme M. Kennel (1885), que les Péripates naissent avec le nombre complet de leurs appendices, il observe que ce nombre varie dans une même espèce à mesure qu'on s'élève dans le groupe, qu'il ne convient pas dès lors de lui attribuer la valeur d'un critérium absolu, et •qu'il convient d'appuyer la détermination spécifique sur des •caractères d'une autre valeur. M. Sedgwick chercha ces carac- tères et n'arriva pas à les découvrir ; pour les Péripates aus- traliens, l'armature mandibulaire lui fut d'un réel secours ; 56 E.-L. BOUVIER pour les espèces sud-africaines il s'en tint à peu près au nombre des pattes, et pour celles d'Amérique il préconisa l'étude mor- phologique des papilles tégumentaires. C'est ainsi qu'il rédigea la monographie remarquable (1888 1 ) où sont étudiées avec soin toutes les espèces déjà connues et plusieurs espèces nouvelles. Malheureusement, les caractères employés "par M. Sedgwick étaient trop peu nombreux pour conduire à un résultat défi- nitif; en dépit de sa compétence remarquable, le savant zoolo- giste rencontra des difficultés de toutes sortes, et finit par aban- donner sans détermination une partie du très riche matériel qu'il possédait. A lui pourtant, plus qu'à tout autre, revient l'honneur d'avoir hâté la solution du délicat problème. Les Péripates américains sont d'une détermination particuliè- rement difficile, parce que leurs appendices sont en général très nombreux et, dès lors, sujets à des variations numériques assez grandes. Incomplètement étudiés par M. Sedgwick, ils tentè- rent la sagacité de M Pocock et de M. Camerano, à des points de vue d'ailleurs très différents. M. Pocock (1894) fit surtout un travail de critique ; il se contenta de montrer combien étaient insuffisants les caractères employés jusqu'alors (nombre des pattes, forme des papilles, dentition des mandibules), mais ne parvint pas à en trouver d'autres, et, confondant deux espèces de la Jamaïque, émit cette idée fausse que, dans cer- tains cas, les mâles des Onychophores pouvaient avoir plus de pattes que les femelles. M. Cameraxo, de son côté, chercha une clef nouvelle et crut l'avoir trouvée dans l'armature man- dibulaire dont M. Sedgwick et M. Pocock avaient pourtant reconnu les variations ; il va sans dire qu'il ne fut pas plus heu- reux que ses prédécesseurs, et que les deux notes (1897", 1898) où il applique sa méthode ne conduisent pas toujours au résultat désiré. Ces efforts méritoires étaient provoqués par les découvertes des zoologistes voyageurs; grâce au zèle de ces derniers, les Péripates devenaient moins rares dans les collections, et de plus en plus se faisait sentir la nécessité d'en connaître les caractères spécifiques. Ayant entrepris la monographie du groupe, j'ai senti mieux que tout autre celte nécessité et je me suis donné pour tâche de la faire disparaître. Si j'ai pu MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES Oi y parvenir dans une assez large mesure, ce n'a pas été sans, efforts, comme le prouve la longue série de notes que j'ai con- sacrée à cette question ; après avoir fait connaître le P. T/iol- loni (1898 a , 1898 b , 1898 e ) et mis en relief ses affinités avec les Péripates américains, j'ai montré (1898 d ) que le nombre des arceauxdes soles pédieuses, la position des orifices urinairesIVetV dans ces arceaux, le nombre des papilles du pied et l'arrangement des papilles principales sur les plis fournissent des caractères importants à la systématique du groupe américain ; un peu plus tard (1899 a ), j'ai appliqué cet essai à la détermination de toutes les espèces du groupe, et à leur division en deux séries. fort distinctes, Péripates andicoles et Péripates caraïbes ; enfin j'ai repris et développé ces notions dans un travail étendu (1900°) où les caractères et les espèces sont groupés en un tableau synoptique comprenant les 15 formes connues à cette époque. Étendant ensuite ces recherches aux Onychophores de toutes, provenances, j'ai montré quelle valeur systématique on doit accorder aux variations dans la nature de l'œuf et le mode de développement (1900 e , 1900 e , 1900^, 1902 e , 1902'), à la position des glandes génitales (1902 e ), à leur structure (1902*, 1902 f ), à celle des glandes salivaires ainsi qu'aux, pattes rudimentaires postérieures (1900 d ) et aux glandes crurales, qu'on trouve chez certaines espèces de l'Afrique australe. Avant la période où parurent ces divers travaux (1900 e ) M. Fletcher (1895) s'était servi du nombre des appendices et de l'armature mandibulaire pour déterminer les Onychophores australiens; en même temps M. Dendy utilisait les mêmes, caractères pour faire connaître quelques espèces nouvelles de- la même région (1890\ 1895 e ). Depuis lors, ce dernier savant a décrit, d'après la même méthode, deux autres espèces austra- liennes (1900 a , 1900 b ), et publié un très beau travail sur les espèces ovipares qu'il avait découvertes (1902). De son côté, M. Purcell s'appliquait avec un succès égal à l'étude des. espèces sud-africaines; s'il a exagéré la valeur systématique des pattes rudimentaires postérieures qu'on observe chez ces. animaux (1899), on doit reconnaître qu'il a su fort habilement user de ces caractères, et qu'il a donné une grande étendue et une singulière précision à nos connaissances sur la faune des. 58 E.-L. BOUVIER Onychophores de l'Afrique australe (1899, 1901). Les recher- ches de M. Evans méritent d'être citées à la suite des précé- dentes ; ce \aillant zoologiste ne s'est pas contenté de décou- vrir les Onychophores dans la péninsule indo-malaise, il a su en faire une excellente étude spécifique (1901*) et utiliser dans ce but tous les caractères vraiment essentiels ; comme j'ai eu l'occasion de le montrer (1904), son étude récente sur les Péri- pates de la Guyane (1903) a été moins heureuse parce qu'elle s'adressait à un groupe plus varié ; cependant elle vaut d'être citée avec faveur, parce qu'elle est le fruit d'explorations fruc- tueuses qui ont ajouté plusieurs formes intéressantes à la liste singulièrement longue des Péripates caraïbes. 4° Groupements génériques. — L'établissement de groupes génériques n'a pas été soumis à des vicissitudes aussi nom- breuses. Grube, qui étudia successivement une espèce sud-amé- ricaine (1853) et au moins une forme de l'Afrique australe (1866, 1868), ne paraît guère avoir été frappé par les différences fondamentales qu'elles présentent, et les a rangées l'une et l'autre dans le genre Perïpatus de Guilding. Sânger (1869) a fait preuve d'une perspicacité plus grande ; ayant à étudier une espèce du Gap, le P. capensis, et une espèce australienne qu'il dé- signa sous le nom de P. Leuekarti, il a très heureusement com- paré ces deux formes entre elles et avec le P. Ëdivardsi. Le P. Leuckarti, dit-il, a T'orifice sexuel entre les pattes de la dernière paire ; ce caractère le distingue du Perïpatus Edward*} et du Perïpatus capensis. Ces différences, comme on le verra plus loin, sont d'ordre générique, mais Sànger ne les considère pas comme telles, etlesutilise seulemeut pour distinguer ses espèces. De Sanger nous arrivons directement à M. Sedgwick (188& b i : la très importante monographie de ce distingué savant établit pour la première fojs dans la classe, avec une précision extrême, des groupements d'espèces que d'autres transformeront en genres. Ces groupements sont au nombre de trois : Péripates sud-africains, Péripates australiens et Péripates néotropïcau.r ; certains des caractères sur lesquels ils sont fondés ont une valeur de premier ordre (arceaux des soles, papilles du pied, armature mandibulaire, position de l'orifice sexuel par rapport à l'anus et aux pattes, longueur du canal déférent, dimensions des œufs, MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 59 relation de l'orifice néphridien avec les arceaux pédieux des pattes IV et V et des oviductes avec les ovaires, variations dans le nombre des appendices), d'autres sont plus changeants (position des ovaires, nombre des glandes crurales) et par conséquent de moindre valeur. A l'époque où fut publié ce travail, il n'était pas possible d'établir des groupements meil- leurs et de les mieux caractériser. Aussi M. Pocock (1894) n'eut- il qu'à les reprendre tels quels et à leur attribuer des noms pour transformer ce cadre en une classification générique de valeur indiscutable. Je crois utile de relever ici la classification de M. Pocock, parce qu'elle a servi de base à tous les systèmes préconisés depuis. «. Pattes munies de quatre arceaux épineux, orifice génital toujours situé, chez Vadulle (1), entre les pattes de la pénultième paire. Région néotropicale et peut-être Sumatra. . . Ppripahis Guilding. Type : P.julif'ormis Guild. ; a' Orifice sexuel entre les pattes I de l'avant-dernière paire et bien en avant de l'anus. Aus- b. Pattes munies tralie, Nouvelle-Zélande Pcripatoides nov . seulement de l Type : P. Novae - Zealan- trois arceaux 1 dix Hutt. épineux; l'ori- ) fice sexuel en N , b'. Orifice génital en arrière de -arrière des] la dernière paire de paltes pattes de la pé- ■ complètement développée, et nultième paire. [ près de l'anus, à l'extrémité postérieure du corps. Afrique australe Peripatopsis nov. \ Type : P. capensis Grube. M. Sedgwick n'éprouva pas grand plaisir à reconnaître ses idées sous la forme nominale dont les avait revêtues M. Po- cock ; il n'accepta pas les nouveaux genres (1895) et en contesta l'utilité ; à quoi M. Pocock (1896) répondit, non sans à propos, « que la réunion dans un même genre d'un nombre d'espèces si différentes en distribution, développement et anato- mie, présente sous un jour complètement faux leurs affinités ». (1) L'auteur fait cette restriction parce qu'il aurait vu certains individus immatures de P. ira Thwmi où les pattes de la paire postérieure étaient incomplètement développées; il ajoute d'ailleurs que M. Erxst a observé des jeunes où toutes les pattes n'existaient pas encore et que M. Sedgwick, bien à tort, a prétendu le contraire. Comme M. Sedgwick, je n'ai jamais rien vu de semblable et j'ai la conviction que M. Pocock a eu entre les mains des exem- plaires où les pattes postérieures étaient mutilées ou anormales. 60 E.-L. BOUVIER M . Pocock disait juste ; il aurait même pu ajouter qu'en défen- dant son œuvre, il rendait hommage à celle de M. Sedgwick et lui donnait une consécration définitive. En fait, il est parfaite- ment vrai que les groupes génériques établis par M. Sedgwick et dénommés par M. Pocock sont « équivalents aux genres des autres ordres, ou même de plus grande valeur » ; tous les obser- vateurs l'ont reconnu depuis, ce qui justifie l'initiative de M. Po- cock, et honore grandement l'œuvre pénétrante de M. Sedgwick. Nous n'avons plus maintenant qu'à signaler des additions et des retouches à la classification générique précédente. M. Willey (1898 e , 3) accepte comme des sous-genres les groupes dénommés par M. Pocock, et sous le nom de Paraperi- patus, en établit un quatrième qu'il caractérise par le nombre des arceaux des soles pédieuses et par la position de l'orifice sexuel en arrière des pattes postérieures ; il ajoute même qu'on « devra créer un cinquième sous-genre », pour la curieuse espèce africaine que j'avais récemment décrite (1898% 1898 b ) sous le nom de Peripatus Tholloni. La découverte de cette espèce offrait un intérêt spécial parce qu'elle ébranlait singulièrement l'idée, jusqu'alors admise comme un dogme, de la localisation étroite des divers types d'Onychophores. Ce n'étaitpas la première fois, pourtant, que l'idée subissait une atteinte ; M. Horst n'avait-il pas décrit un Pét'ipate provenant de Sumatra (1886) et M. Sedgwick n'avait-il pas reconnu, dans ce Péripate, tous les caractères dis- tinctifs des espèces néo-tropicales (1888% 485)? Il est vrai qu'en attribuant à cet exemplaire le nom de Peripatus suma- tranûs, M. Sedgwick n'était pas convaincu de sa provenance; « considérant le fait que c'est le seul spécimen de Peripatus qu'on ait jamais rapporté de la région orientale, il sera pru- dent, disait-il, de suspendre notre jugement sur l'authenticité de la localité donnée par Horst. » Or, cette authenticité fut parfaitement reconnue dans la suite. Quinze années plus tard, M. Richard Evans découvrait dans la presqu'île de Malacca,. des Onychophoresdu type néo-tropical le plus net (Voy.PouLTox, 1899, 591 et Bouvier, 1900% 373) ; pour eux et pour le P. su- matranus il établissait, sous le nom iïEoperipatus, un groupe générique nouveau, enfin il réunissait dans une même sous- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 61 famille les Perïpatus, les Eoperipatus et le P. Tholloni (1901 e , 480). A peu près à la même époque, M. Purcell signalait dans l'Afrique du Sud une forme très différente des Peripàtopsis, et élevait cette forme au rang de genre sous le nom d'Opisthopatus (1899, 349) ; plus récemment encore, profitant des matériaux recueillis par M. Plate, j'ai pu établir que le Perïpatus Blain- villei de la région chilienne ne présente aucune affinité directe avec les Peripatoides, moins encore avec les Peripatus, et qu'il se rattache par tous ses caractères essentiels aux types géné- riques de l'Afrique australe. Ainsi se trouva brisé partout le cadre étroit dans lequel on avait cru enfermer chaque type pri- mordial de la classe. Pourtant les Peripatoides semblent loca- lisés jusqu'ici dans la région australasienne (Australie, Tas- manie, Nouvelle-Zélande), mais ils s'y sont eux-mêmes diffé- renciés partout de la même manière, les uns restant vivi- pares, les autres devenant ovipares dans chaque île de cette région. C'est à M. Dendy qu'on doit cette découverte (1891% 1895 e , 1900 a ), qui a servi de point de départ à la dislocation du genre Peripatoides, tel que le comprenait M. Pocock ; dans une note fort substantielle (1900 e ) l'habile zoologiste a réuni les espèces australasiennes ovipares sous le terme générique nouveau à'Ooperipatus, et il a réservé le nom de Peripatoides à un autre genre qui renferme toutes les espèces vivipares du même groupe; l'étude comparative de ces deux genres et la description complète du premier ont été faites dans un travail étendu (1902), qui résume l'œuvre persistante et laborieuse poursuivie par le même auteur pendant plus de douze années (1). J'ai consacré plusieurs notes ou mémoires aux groupe- ments génériques introduits dans la classe depuis la tentative de M. Pocock; parmi ces travaux, je crois devoir signaler par- ticulièrement ma première note sur les Onychophores du British Muséum, note qui renferme un tableau synoptique assez minutieux des cinq genres Peripatus, Peripatoides, Opisthopa- tus, Peripàtopsis et Paraperipatus (1900 e , 372); dans l'étude (1) M. FUy' Lankester accepte les groupements génériques établis dans la classe (1902, 699); mais M. Sedgwick, dans ses travaux les plus récents, con- serve le groupement par régions (1901, 1902). 62 E.-L. BOUVIER monographique relative au Peripatopsis (Opisthopatas) Blaxn- vïllei, j'ai mis en regard les caractères essentiels de toutes ces formes (1902 e , 718-723). Dans ce dernier travail comme dans plusieurs autres notes, (1902% 1902), j'ai montré combien était variable le mode de développement chez certaines formes de la classe, et je ma suis appuyé sur cette constatation pour ne pas accepter les genres Eoperipatus et Ooperipatus dont les caractères essentiels sont d'ordre évolutif. On verra dans la suite de ce mémoire que je suis revenu sur cette solution trop absolue; j'accepte ces deux groupes génériques, encore qu'ils aient plutôt la valeur de sous-genres, mais je ne saurais accorder la même faveur au groupe des Mesoperipatiis que M. Evans, réalisant un désir de M. Willey, a fondé pour le seul Pérïpitus Thollonï (1901 a , 481). Évidemment cette espèce n'est pas identique aux Peripatus américains, mais elle appartient certainement au même genre, et dans tous les cas n'en diffère pas plus que les Peripates caraïbes des Péripates andicoles. 5° Groupements par famille. — Les zoologistes ont toujours considéré la classe des Onychophores comme formée par une seule famille, encore qu'ils n'aient pas toujours donné un nom à cette dernière. M. Sedgwick (1888 b ) a le premier senti le besoin d'y établir des subdivisions, encore qu'il n'y reconnût pas plus d'un genre, et c'est à lui qu'on doit le groupement des Onychophores en espèces sud-africaines, en espèces australa- siennes et en espèces néo-tropicales ou américaines. Le sys- tème n'est pas irréprochable, mais on a vu qu'il n'était pas possible d'en établir un meilleur k l'époque où le savant zoolo- giste publiait son importante monographie. Comme je l'ai dit plus haut, M. Pocock (1894) divise la fa- mille en deux groupes qu'il se contente de désigner par des lettres; l'un de ces groupes renferme le seul genre Peripatus, l'autre les Peripatokles et les Peripatopm. Dans le tableau systématique où les Paraperipatus et les Opisthopatus se trouvent ajoutés aux trois genres précédents, j'ai moi-même (1900) établi quatre subdivisions, dont la première comprend le genre Peripatus, la seconde les Peripatokles et les Opistho- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 63 palus, la troisième les Perïpatopsis , et la quatrième, le genre Paraperipitus. M. Evans a repris identiquement la même classification, mais en considérant comme une sous-famille chacun des groupes que j'avais établis ; son système, qui est de beaucoup le plus moderne, se trouve exposé dans le tableau suivant (1902, 480) : Classe Onychophora. Famille 1. — Peripatidae. Sous-famille L. Peripatinœ. Genre 1. Eoperipatus (gen. nov.). — 2. Peripatus (Pocock). — 3. Mesoperlpatus (gen. nov.). Sous-famille II. — Peripatoidinœ. Genre 4. Peripatoides (Pocock). — 5. Opistkopatus (Purcell). Sous-famiJle III. — Peripatopsinse. Genre 6. Perïpatopsis (Pocock). Sous-famille IV. — Paraperipatinse. Genre 7. Paraperipatus (Willey). Classification adoptée dans cet ouvrage. — Ce n'est pas ici le lieu de discuter la classification employée dans le présent travail; elle sera justifiée, j'en ai l'espérance, par l'étude com- parative de tous les caractères qui forme la seconde partie de cet ouvrage. Pour édifier le lecteur, je dirai simplement : 1° que j'ai con- servé à la classe le nom iïOnychophora que lui avait donné Grube, parce que cette désignation me paraît la plus usitée et aussi parce qu'elle ne renferme pas la terminale en poda (comme Polypodd, Malaropoda), dont on a quelque peu abusé, et qui rap- pelle trop la classification des Mollusques ; 2° que j'ai utilisé pour la détermination spécifique la plupart des caractères tirés de l'organisation ou du développement : nombre des appendices, forme et groupement des papilles, arrangement des plis tégu- mentaires, structure des soles, nombre et arrangement des papilles pédieuses, position des orifices urinairessurles pattes IV et V, présence ou absence des vésicules coxales, nombre des papilles crurales, position des ovaires, structure et développe- ment du canal impair et des glandes annexes du mâle, Ion- 64 E.-L. BOUVIER n -2 n j gueur des glandes salivaires et de leurs réservoirs, volume des œufs, parfois même la présence ou l'absence d'annexés embryonnaires, le volume des œufs et l'état de développement dans lequel se trouvent les embryons, dans cer- tains cas aussi la forme et les dimensions des spermatopbores; 3° qu'il est très facile (fig. 45) de caractériser chacun des sept genres qui constituent actuelle- ment la classe, et que ces genres se groupent en deux familles natu- - Les pattes postérieures des Onycho- celles, Sans doute depuis phores s'atrophient par degrés, avec le segment très longtemps distinc- qui les porte, de sorte que l'orifice sexuel se , rapproche peu à peu de l'extrémité anale. A, tes. Péripatidés: B, Peripatoides, Ooperipatus et Les Caractères essen- j Opisthopatus; C, Peripatopsis ; D, Paraperipatus. tiels des familles et des genres sont relevés dans le tableau suivant dont j'ai indiqué, il y a quelques mois à peine (4904 e ), les traits essentiels : Orifice sexuel entre les pat- tes de r avant-dernière paire {fig. 45, A); pigment brun lavé de rouge, très altérable dans les liquides conservateurs ; plis dorsaux réguliers au nombre de 1 4 (rarement de 22) par segment; arceaux des so- les pêcheuses en nombre va- riable, et de largeur subégale ; orifice urinaire des pattes IV et V en arrière du milieu du 3 e arceau des soles ou au- dessus de cet arceau; lame interne des mandibules mu- nie d'une scie et d'un dias- tème ; des réservoirs sali- vaires, des réceptacles sémi- naux t des réceptacles ovu- laires. l re Famille. . — Penpatidae R. Evans. Au moins 3 papilles pédieu- ses ; pores des glandes anales du mâle isolés ven- tralement en avant de l'anus (réunis dans le P. Tholloni) ; œufs endogè- nes très petits, embryons placentés 1. Peripatus Po- cock (Amérique et Afrique tropi- cales). Deux papilles pédieuses ; glandes anales s'ouvrant par un seul orifice sur la face ventrale, en avant de l'anus; œufs exogènes gros et remplis de jaune, déve- loppement direct 2. Eoperipatus R. Èvans (Indo-.Ma- laisie.) MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 65 Orifice sexuel entre les pattes de la dernière paire ou en ar- rière de ces pattes; pigment tégumentaire peu altérable, d'un bleu verdàtre du côté dorsal, au moins par en- droits ; plis dorsaux très ir- réguliers, ou dans tous les cas au nombre de plus de 13 et de moins de 26 par segment ; soles pédieuses de 3 arceaux, celui du milieu étant beaucoup plus large que les autres ; orifice uri- naire des pattes IV et V au milieu du 3 e arceau ; lame interne des mandibules dé- pourvu de scie et de dias- tème ; pas de réservoirs sali- vai res. tn C'ï' 3" 1 s- 'O) «m S . '£ „ » Clr^- 3 -, o> s.s « â,s s ci a> r- 3 1 '© ^ ^ rt 3 3h^ « gj «J 3^ 2 ao S G_ œ 3 '3 i-** O (2 3 Pas de papilles à la base du pied; orifice sexuel en arrière des pattes de la dernière paire (fig. 45, D) ; un récep- tacle séminal bien déve- loppé; plis assez réguliers. Embryons munis d'une vé- sicule trophique Une paire de papilles à la base du pied ; orifice sexuel entre les pattes postérieures qui sont très réduites ou ru- dimentaires (fig. 4o, G), et très rapprochées de l'anus ; pas de réceptacle séminal; plis dorsaux très irréguliers. Œufs exogènes de médiocre taille et sans beaucoup de réserves. Vésicule trophique ou développement direct. . S. Opisthopatus Purcell (Chili, Afr. australe). 6. Paraperipatus Willey (Nouv.- Bretagne). 7. Peripatopsis Po- cock (Afr. cen- trale) . La famille des Peripatïdsê correspond très exactement à la sous-famille des Peripatinœ de M. Evans, et celle des Peripa- topsidœ à l'ensemble des trois autres sous-familles établies par le même auteur. Du reste, il suffit de jeter un coup d'œil sur le tableau précédent pour apercevoir que ces trois dernières ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 5 66 E.-L. BOUVIER sous-familles sont exactement représentées par les trois groupes de la famille des Peripatopsidœ ; mais, dans l'état actuel de nos connaissances, je ne crois pas utile d'en conserver les noms. On remarquera que les deux familles dans lesquelles je divise la classe ne sont autres que les deux groupes de M. Pogock, mais enrichis par les découvertes importantes effectuées au cours de ces dix dernières années. Afin de guider le lecteur dans l'étude des 50 espèces qui constituent la classe, je crois utile de donner ici le schéma sui- vant qui résume l'évolution des Onychophores et leurs affinités génériques : Perîpatus Onychophores primitifs Opisthopatus rapenpatus Peripatopsis-Sedgwicki Peripatopsis * ;Moseley < Autres Peripatopsis Eopenpatus Peripatoïdes Ooperipatus Tableau indiquant les relations phylogénétiqucs des divers Onychophores, avec les caractères essentiels de l'évolution des œufs et du développement (Voir Bouvier, 1904. 47). Comme la classification précédente, ce tableau résulte dr> considérations générales et des comparaisons de caractères qui seront exposées dans la seconde partie de cet ouvrage. l re Famille. — PERIPATID^E R. Evans. 1902. Peripatinœ (Sous-famille) R. Evans, Quai. .1. Mie. Se, vol. XL1V, 480. — Peripatus, E.-L. Bouvier, C. Pi. Acad. des Se., vol. CXXXIV, p. 135-138. — — — Zool. Jahrb., Anal., Suppl. V, p. 724. 1904. Péripatidés, — Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VI, p. 43 (note) et 47. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 67 Orifice sexuel entre les pattes de la 2 e paire préanale ; de 22 à 43 paires de pattes qui sont toutes bien développées, celles des deux extrémités du corps étant seulement un peu plus réduites que les autres et présentant des soles moins complètes ; le nombre des pattes varie toujours dans une même espèce. Soles pédieuses ayant au moins 4 arceaux ég (dément larges, rarement S; tubercules uri- naires des /jattes IV et V inclus dans le 3 e arceau ou situé plus ou moins loin au-dessus. Le pied est dépourvu de papilles basi- laires mais présente, suivant les espèces, de 2 à 7 papilles termi- nales. Des vésicules coxales évaginables à la base de toutes les pattes; plis tégumentaires dorsaux bien distincts les uns des autres (sauf dans le P. jamaicensis), au nombre de i2 dans chaque segment, les sillons qui les séparent ne présentant pas ou presque pas d'anastomoses, sauf au niveau des pattes, où se trouvent ordi- nairement des plis incomplets. Ligne claire étroite, organes clairs presque toujours bien développés,, de même que les organes f ion- taux. Lames mandibulaires ayant toujours une ou plusieurs dents accessoires qui, dans les lames internes, sont séparées de la scie denticulaire par un diastème plus ou moins large et profond. Glandes salivaires s' étendant presque toujours jusqu'à une faible distance de l'orifice génital et, dans tous les cas, sur une longueur de W segments au moins; un réservoir salïvaire est toujours annexé à chaque glande. Conduit mâle impair fort long, avec un grand et fort ductus ejaculatorius auquel fait ordinairement suite une petite poche à spermatophores ; glandes crurales développées chez le mâle seulement, et groupées par 2 sur quelques pattes pré- génitales. Ovaires rarement adhérents au plancher péricardique, ordinairement funiculès et alors toujours plus ou moins éloignés de rattache postérieure du funicule, c'est-à-dire des 3 e et 4 a seg- ments prégénitaux; des réceptacles séminaux et des réservoirs ovu- laïres. Espèces ovipares ordinairement munies d'œufs micro- scopiques (diamètre moyen : de 40 à 50 ^) qui produisent des embryons placentés, rarement pourvues d'œufs énormes et remplis de jaune (diamètre moyen 1 millimètre) qui donnent des embryons dépourvus de placentas; dans tous les cas, les embryons d'une même femelle sont *à des stades fort divers. Les Péripatidés sont des Onychophores de grande ou de moyenne taille; la taille maximum de certaines femelles dépasse $00 millimètres, et les 68 E.-L. BOUVIER mâles des formes les plus petites atteignent encore 14 millimètres; au moment de la naissance les jeunes sont eux-mêmes de dimen- sions assez grandes. Pigment fondamental d'un brunrougeâlre ou jaunâtre, très altérable à la lumière et dans V alcool. Régions tro- picales de r Amérique, de l'Afrique et de l'Indo-Malaisie. La famille des Peripatidae représente à elle seule plus des deux tiers de la classe. Les découvertes récentes ont eu pour résultat de l'enrichir singulièrement et de jeter un jour curieux sur son évolution. Longtemps elle s'est restreinte à un petit nombre de formes, plus connues par leurs noms (P. julifor- mis, P. Edwardsi, P. quitensis) que par leurs caractères; puis certains auteurs (MM. Sclater, Sedgwick, Kennel, Horst, Pollard, Grarham et Gockerell, Camerano) sont venus l'aug- menter de quelques autres, un peu moins vaguement déter- minées ; enfin, depuisl'époque où j'ai commencé mes recherches, M. Wheeler et M. Richard Evans lui ont apporté le contingent de plusieurs espèces nouvelles beaucoup mieux caractérisées. Cela faisait en tout 14 espèces plus ou moins exactement dé- crites ; j'en ai fait connaître 19 autres, de sorte que le genre comprend actuellement 33 espèces, sans compter les variétés que certaines d'entre elles présentent. Si mes recherches n'avaient eu pour résultat que l'accrois- sement démesuré de la famille, on pourrait les tenir pour médiocres et peu profitables à la science. Mais on les estimera peut-être davantage si l'on songe qu'elles ont abouti : 1° à faire connaître dans le groupe des formes très primitives et jusqu'a- lors insoupçonnées ; 2° à mettre en évidence les traits d'orga- nisation qui peuvent servir à caractériser les espèces, à fixer leur évolution et à dévoiler leurs affinités ; 3° à montrer que les Péripates se répandent en Afrique et qu'ils y sont représen- tés par des formes voisines de celles du Nouveau-Continent ; 4° à prouver que les espèces américaines sont les plus primi- tives et les formes indo-malaises les plus évoluées ; 5° à établir pour la première fois l'anatomie comparée de la famille ; 6° à faire disparaître les erreurs de synonymie et les innombrables confusions d'espèces que l'absence de toutp base systématique avait forcément produites. De tous ces résultats, le plus précieux, quoique le plus modeste MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 69 en apparence, est celui qui m'a conduit à préciser les caractères distinctifs des espèces, et à établir quelque ordre clans le chaos où était resté jusqu'alors le genre Per'ipatus ; presque tous les autres en découlent naturellement, et c'est une raison pour qu'on lui accorde quelque valeur, bien qu'il n'échappe pas complè- tement à la critique. Une fois maître de cette méthode, j'ai pu comparer entre elles les espèces et les réunir suivant leurs affinités naturelles. De la sorte, il m'a été possible de former dans la famille un groupe spé- cial pour les Péripates africains (1898% 1898 b ), et, plus tard (1899 e , 1030), de scinder les Péripates américains en deux groupes, suivant qu'ils habitent à l'est ou à l'ouest de la chaîne des Andes. A ces groupes est venu s'en ajouter un quatrième, celui des Péripatidés indo-malais (Ooperipatus), dont M. Richard Evans (1901 a , 1901 b ) nous a fait connaître la très instructive histoire. Les caractères essentiels de ces quatre groupes sont résumés dans le tableau suivant : Au moins 4 pa- I pilles pédieuses; tubercules urinai- Glandes anales res des pattes IV s'ouvrant en avant et V inclus dans le de l'anus par deux troisième arceau orifices distincts, des soles Soles pédieuses de 4 arceaux pour le / Trois papilles pé- moins. Embryons | dieuses : deux en De 3 à 7 papilles pédieuses; œufs exogènes , micro - scopicmes et dé- P. andicoles. presque toujours pourvus de jaune ; ( lsolés dans des P°- embryons munis \ ches utérines bien d'un placenta. distinctes. 1 er Genre. Péri patus Pocock. avant et une en arrière ; tubercules urinaires au-des- sus du 3 e arceau des soles et ratta- chés souvent à cet arceau P. caraïbes. Glandes anales s'ouvrant en avant de l'anus dans un sillon commun ; I soles de 3 arceaux; 3 papilles pédieuses comme dans les espèces caraïbes; em- bryons avancés réunis par groupes , dans des poches utérines terminales. . p. africains. Deux papilles pédieuses : une en avant, l'autre en arrière; glandes anales s'ouvrant en avant de l'anus dans un ori- fice commun ; œufs très volumineux et remplis de jaune; embryons non placentés. 2° Genre. Ooperipatus Evans ou P. indo-maiais ou Oopcripates. 70 E.-L. BOUVIER Je considère les Péripâtidés comme les plus primitifs de tous les Onvchophores ; cette opinion, que j'avais émise dès le début de mes travaux, à la suite M. Kenn'el, a été partagée depuis par M. Evans (1901, 525) et par M. Purcell (1902, 05). Les caractères qui permettent d'assigner cette place à la famille sont : 1° la présence d'une queue post-génitale munie d'une paire de pattes ; 2° la multiplicité des appendices locomoteurs, qui est plus grande que dans tout autre genre ; 3° le déve- loppement superficiel des soles pédieuses qui comprennent presque toujours au moins 4 arceaux; 4° l'abondance des papilles pédieuses dans certaines espèces ; 5° la présence de vésicules coxales plus ou moins évaginables à la base de toutes les pattes ; 6° la régularité des plis tégumentaires dorsaux ; 7° le développement, chez les femelles, de réservoirs ovulaires et de réceptacles séminaux ; 8° le peu de fixité des attaches ovariennes qui sont presque toujours lâches ou. mobiles, ce qui rappelle jusqu'à un certain point les stades embryonnaires; 9° enfin et surtout le faible développement des œufs qui sont le plus souvent microscopiques et dépourvus de jaune. Si les Péripâtidés, par les traits essentiels de leur organisation, se présentent à nous comme plus voisins que les autres Onv- chophores de la souche commune de la classe, ils s'en éloignent davantage par deux caractères sur lesquels il est bon d'insister : la structure des mandibules et le nombre réduit des glandes crurales. Puisque les mandibules (fig. 13 et 14, p. 18) sont de simples griffes modifiées, elles sont d'autant plus éloignées de leur état primitif que leur armature devient plus complexe ; or, c'est justement chez les Péripâtidés qu'elles atteignent leur plus haut degré de différenciation, tant par la présence constante de dents accessoires sur leurs lames externes que parla différencia- tion d'une scie denticulaire sur leurs lames internes. A ce point de vue, l'évolution particulière de la famille a élé beaucoup plus rapide que chez les divers Péripatopsidés (fig. 12, p. 18). Les glandes crurales se prêtent à des observations d'une autre nature : chez les Péripâtidés, elles sont localisées sur quelques pattes prégénitales du mâle (fig. 6, p. 1 5) et au nombre de deux sur chaque patte ; chez les Péripatopsidés, elles sont sujettes à des variations bien plus étendues, tantôt complètement absentes, MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 71 tantôt développées sur quelques pattes prégénitales, tantôt sur toutes les pattes h l'exception de celles de la l re paire, et parfois même dans les deux sexes, mais toujours réduites à une seule glande par appendice (fig. 20, p. 21). En présence de ces faits, on a quelque raison de croire que la souche commune de la classe présentait deux glandes sur chaque patte dans l'un et l'autre sexe, et que l'atrophie de ces organes s'est produite à divers degrés dans la suite en frappant presque toujours les femelles. Les Péripatidés se rapprochent de la souche parce qu'ils ont conservé deux glandes sur les pattes où l'atrophie ne s'est pas fait sentir; mais ils s'en éloignent par l'étendue de cette atrophie. Inversement, les Péripatopsidés où l'on trouve des glandes sur toutes les pattes et dans les deux sexes, présentent à ce point de vue des caractères très primitifs ; mais ils mani- festent une évolution avancée en ce sens qu'ils n'ont plus qu'une glande sur chaque patte au lieu de deux. D'ailleurs, dans tous les cas, ces organes sont caractérisés chez le mâle par une adapta- tion spéciale qui les transforme en annexes de l'appareil sexuel. Si, au lieu d'étudier la famille dans son ensemble, on com- pare successivement les divers groupes qui la constituent, il n'est pas difficile d'apercevoir que ces derniers ne sont pas tous au même degré d'évolution, et qu'on peut les ranger à ce point de vue de la manière suivante : andicoles : de 4 à 7 papilles pédieuses, tubercule urinaire dans le l 3 e arceau, p.. ) caraïbes : 3 papilles pédieuses, tubercule urinaire ordinairement Lll P a ,s \ soudé au 3 e arceau et toujours au-dessus de lui. I africains : 3 papilles pédieuses, tubercules urinaires au-dessus \ du 3 e arceau. Oopéripates (indo-malais) : 2 papilles pédieuses, tubercules urinaires dans le 4 e arceau ou au-dessus. Cette comparaison pourrait s'étendre aux autres caractères ; elle suffît largement pour montrer que les Péripates andicoles se placent naturellement à l'origine du genre, et que l'évolution de ce dernier s'accentue à mesure qu'on avance vers l'est, pour atteindre son maximum dans la région indo-malaise. Pour interpréter ce fait important, M. Richard Evans pro- pose deux hypothèses sans donner de préférence à aucune d'elles : daus la première, il suppose que le centre originel du 72 E.-L. BOUVIER genre se trouvait quelque part en Afrique, et que la migration des formes s'est produite en deux sens différents, vers Test en Indo-Malaisie et vers l'ouest en Amérique; dans la deuxième il admet que les Péripates primitifs étaient répandus partout, depuis la région andicole jusqu'à la région indo-malaise, et que la différenciation des groupes s'est produite plus tard, après la séparation des divers continents. Je discuterai ultérieurement ces deux hypothèses ; il me suffira de rappeler ici que la première est en discordance manifeste avec la règle évolutive mise en évidence ci-dessus, et que la seconde, bien que plus acceptable, ne saurait satisfaire complètement l'esprit. J'ai pensé tout d'abord que le centre d'origine de la classe se trouvait dans l'Amérique tropicale et que les divers Onychophores en étaient issus par une double migration vers l'ouest et vers l'est (1898', 1361), mais j'accorde bien volontiers à M. Evans (1901 b , 525- 530) que cette conception était trop hâtive et qu'il y a lieu de la modifier. Si l'on observe : 1° que des représentants typiques de tous les genres se trouvent répandus dans l'espace compris entre les Andes, Fïndo-Malaisie et l'Afrique tropicale ; 2° que les formes primitives des deux familles de la classe présentent en commun certains caractères importants (orifices néphridiens dans le 3 e arceau, 4 papilles pédieuses, réceptacles séminaux, plis tégumentaires plus ou moins réguliers, etc.), on est en droit de penser que la souche commune des Onychophores s'est différenciée dans les continents occupés aujourd'hui par h 1 Pacifique oriental, et qu'elle y a donné naissance aux types pri- mitifs de l'une et l'autre famille. Les Péripatidés primitifs ont eu pour descendants immédiats, d'une part les Perïpatus andicoles, de l'autre les Eoperipatus indo-malais. Séparés de bonne heure par l'invasion océanique, ces deux groupes ont évolué suivant des voies fort différentes : les Perïpatus en conservant intact leur mode de développement (œufs très petits, embryons placentés), mais en subissant des transformations morphologiques à mesure qu'ils se répandaient vers l'est, — les Eoperipatus en évoluant vers l'oviparité et en éprouvant aussi des modifications externes. De sorte qu'on peut résumer comme il suit les migrations évolutives et les enchaînements de la famille : MONOGRAPHIE DES ONYGHOPHORES 73 Péripatidés primitifs. êoperipatus Peripatus andicoles, ^indo-malais). \ Peripatus caraïbes. \ Peripatus africains. s De ces quatre groupes, trois sont certainement fort natu- rels et très faciles à distinguer les uns des autres par de nom- breux caractères; le quatrième, celui des Péripates africains, ne saurait être défini avec la même rigueur ou plutôt ne peut l'être que provisoirement, car il ne renferme pas jus- qu'ici plus d'une espèce et cette dernière, comme on le verra plus loin, présente des signes manifestes d'une évolution toute spéciale. On trouvera sans doute bientôt, dans l'Afrique tropi- cale, des espèces nouvelles qui permettront de fixer plus nette- ment les caractères de ce groupe curieux. Quoi qu'il en soit, la famille des Péripatidés forme une subdivision très naturelle que j'avais entrevue dès la décou- verte des Péripates indo-malais (1900 e , 373), et que M. Evans a élevée lui-même au rang de sous-famille (4901 e , 480). L'homo- généité de ce groupement est telle qu'on la voit se manifester dans un caractère qui, partout ailleurs, serait considéré comme sans importance ; je veux parler de la coloration des téguments, qui a pour base un pigment brun rougeàtre, très altérable à la lumière et fort soluble dans l'alcool. Au bout d'un certain nombre d'années, les Péripatidés se décolorent clans la liqueur conservatrice et deviennent à peu près blancs; tandis que le pigment bleu ou verdàtre qui constitue le fond pigmen- taire des autres Onychophores ne paraît pas s'altérer, ou du moins ne se modifie que très peu. J'ai pu m'assurer de ces faits par l'examen de collections très anciennes. Les Péripatidés présentent toujours des dimensions assez fortes : les plus grands peuvent atteindre près de 20 cen- timètres (P. torquatus) et les plus petits 13 millimètres au minimum (P. Corradi). J'ajoute que leurs jeunes, au mo- ment de la naissance, se font remarquer par leur taille relati- vement considérable : dans quelques grandes espèces, telles que le Peripatus ecuadorensis, le P. Lankesteri et le P. torquatus, 74 E.-L. BOUVIER les jeunes peuvent dépasser 30 millimètres, et dans les petites j- (1904 e ) ; leur nutrition MONOGRAPHIE DES ONYC1IOPHORES JO embryonnaire s'effectue par le moyen d'un placenta durant les premiers stades du développement, et ils présentent, plus que tous les autres Onychophores, des variations dans le nombre des papilles pédieuses, des arceaux de leurs soles, et des appendices locomoteurs. Ces derniers sont au nombre de 35 à 43 paires dans le P. jamaicensis, et de 23 à 27 paires dans le P. Tholloni; entre les deux extrêmes ainsi établis, on peut trouver tous les intermédiaires. A la base des pattes, on observe des vésicules coxales presque toujours très éva- ginables, et chez le mâle, des tubercules cruraux sur lesquels viennent s'ouvrir des glandes crurales. Par tous ces carac- tères, les Peripatus se présentent à nous comme des Ony- chophores très primitifs, et plus voisins que les autres de la forme ancestrale de la classe. Ils ont d'ailleurs des organes milles complexes où le conduit impair, fort allongé, se termine par un puissant duc lus ejaculâtorius qui aboutit dans une poche où l'on trouve parfois des spermatophores. Cette poche existe toujours, mais il est possible que les spermatophores présentent des variations considérables d'une espèce à l'autre. Je reviendrai sur cette question dans la partie générale de ce mémoire; pour le moment, je me bornerai à dire que les sper- matophores se forment dans le conduit impair en avant du canal éjaculateur, qu'on trouve toujours en ce point des dilatations ampulliformes, et que le spermatophore s'y revêt d'une épaisse couche élastique et fort résistante. On trouvera plus loin quelques détails sur la machine spermatique du P. Eiseni et du P. Corradoi. Comme on l'a vu plus haut, le genre a dû prendre naissance vers l'ouest de la chaîne des Andes, d'où il s'est progressi- vement répandu à l'est jusqu'en Afrique. On le divise fort naturellement en trois groupes (Voy. p. 69) : Péripales an- dicoles, Péripates caraïbes et Péripales africains , que nous allons successivement étudier. Les Péripates andicoles. (Voy. les caractères p. 69 et fîg. 46, p. 79.) 1899. Péripates andicoles E.-L. Bouvier, G. R. Acad. des Se, vol. CXXIX, 1030. 76 E.-L. BOUVIER 1900. Péripates andicoles E.-L. Bouvier, Ann. Soc. entom. de Fr., vol. LXV111, 442. 1900. E.-L. Bouvier, Quat. J. Mie. Se., vol. XL1II, 749. 1901. Andean species A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 23. 1902. Péripates andicoles E.-L. Bouvier. Zool. Jahrb., Anat., Suppl. V, 719-723. A l'époque où j'ai proposé d'établir ce groupe (1899 e , 1030), on ne connaissait pas encore les 12 espèces qui le constituent actuellement ; mais il faut croire que cette création n'était pas sans fondements, puisque toutes les découvertes qu'on a faites depuis lors sont venues la justifier. Aujourd'hui plus que jamais, on est autorisé à voir dans les Péripates andicoles un ensemble des plus naturels, au point de vue zoologique comme à celui de la géographie. Je crois avoir jeté une vive lumière sur toutes les espèces andicoles, non seulement sur celles que j'ai pour la première fois décrites, mais sur les cinq dont on avait déjà quelques no- tions. Parmi ces dernières s'en trouvaient deux, le P. quitensis et le P. Cameranoi, qu'on avait confondues jusqu'alors et qui sont en réalité bien distinctes, comme on le verra dans la suite de ce mémoire. On peut considérer le tableau dichotomique suivant comme la synthèse même des recherches que j'ai faites sur les diverses espèces du groupe : 1. — Plis dorsaux alternativement larges et étroits, même cbez les spécimens de grande taille; 32 paires de pattes au moins. Ordinairement certaines papilles principales sont beaucoup plus développées que les autres ; taille grande ou assez grande. 5-6 papilles pédieuses, plis incomplets I rares, disposés sans ordre et commençant vers le bas des flancs; 4-10 petites papilles r î .+ i [principales entre 2 grandes ; papilles ac- tf t 1 S i 1 cessoires rares. Ovaires funiculés ; Q à ", .„ P , e \ 39 paires de pattes (p. 80) P. ecuadorensis 4 papilles pe- j L x n • i„m i- -n < Bouvier, 1902. tueuses, papilles 4 _~ illes pédieuses, plis incomplets principales con- J . • v ■ ' ± ,u ( ;,;,s | segmentantes ; ordinairement 3 petites pa- pilles principales entre 2 grandes; papilles accessoires assez nombreuses. Ovaires libres, sans funicule; çf 33-35 paires de pattes, Ç 37-38 paires P. Lankesteri Bouvier, 1899. ligues. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 77 Toutes les pattes ont 4 papilles pédieuses; par- tout des plis seg- mentâmes incomplets com- mençant vers le milieu des flancs. Certaines papilles principales sont fort grandes et séparées par de très nombreuses papilles accessoires multisériées qui pas- sent aux papilles principales plus petites. Soles pédieuses de 5 arceaux avec les ru- diments d'un 6 e , funicule ovarien très court ; 37 paires de pattes (çf Q ) Plis nettement alter- nes; les grandes papilles principales localisées sur les grands plis où elles sont séparées par 3 ou 4 papilles plus pe- tites et subégales, q* à.36 P. tuberculatus Bouvier, 1898. Papilles princi- I pales contiguës ; | papilles accessoi- res peu nombreu- paires de pattes P. quitensis Sclimarda, 1871. Plis moins nettement alternes, à papilles principales variées, sans que certaines soient beaucoup plus grandes, q* 32 paires de pattes, 9 34-36 pai- res (p. 113) P. Cameranoi Bouvier, 1899. ses et réduites; soles pédieuses de 4 arceaux avec un 5 e plus pe- tit. 11. — Plis dorsaux de même largeur, sauf parfois chez les petite taille ; 32 paires de pattes au plus ; soles de 4 arceaux, rudiments d'un 5 e ; 4 papilles pédieuses. / Tubercules urinaire s des pattes IV et V divi- sant le 3 e arceau des soles en deux segments , l'un postérieur médio- cre, l'autre antérieur plus grand et largement fusionné en arrière avec le tubercule (p. 120). exemplaires de parfois avec les Plis incomplets fort rares, dispo- sés sans aucun ordre, et com- mençant vers le bas des flancs ; 23 à 29 paires de pattes ; ovaires réunis sous une enveloppe com- mune ; glandes crurales du q* (au moins dans le P. Eiseni et le P. Cor- radol) très déve- loppées et passant dans la cavité vis- cérale. Papilles princi- pales largement espacées, papilles accessoires peti- tes et peu nom- breuses ; ovaires situés vers le mi- lieu du corps et munis d'un très long- funicule. P. Corradoi Ca- merano, 1898. Tubercules urinaires des pattes IV et V di- visant le 3 e arceau des soles en deux segments, l'un postérieur très ré- duit, l'autre beaucoup plus grand, indépendant des tubercules, ou com- muniquant avec eux par un isthme (p. 128). Papilles très serrées, les unes principales de taille variable, les autres accessoires in- tercalées par 2 ou 3 entre les précédentes ; ovaires situés entre les pattes préanales VI- VII et munis d'un large et court funicule P. Eiseni Whee- ler, 1898. (p. 136). P. Belli Bouvier, 1904. 78 E.-L. BOUVIER Papilles principales rapprochées et séparées par des papilles accessoires. Ovaires sans funicule, libres ; 27, 28 paires de pattes chez les Q (p. 139). P. Gondoti Bou- vier, 1899. Plis incomplets segmen- tairement disposés et commen- çant au voisinage du milieu des flancs; 26 à 32 paires de pattes. bc p2 Papilles principales contiguës, subégales et accompagnées de petites papilles acces- soires situées sur les flancs des plis. Tu- bercules urinaires des pattes IV et V dé- bordant peu le 3 e arceau des soles. Ovaires au niveau de la 9 e paire préanale et munis d'un puissant funicule ; çf 28 paires de pattes, Ç 32 paires (p. 143) P. xoratanu. Bouvier, 1901. rr: «s -a. | r = \ 3 c o o •» ■d » 'm *b CU 3 -3 W "03 ce OJ S o "3 C ^ 3 Si Ch o m o> ai > ! © S 2 ^ Des papilles principales prédomi- nantes séparées dans chaque pli par un nombre variable de papilles prin- cipales variées et plus réduites; pa- pilles accessoires petites et presque toujours situées sur les flancs des plis. Tubercules urinaires des I pattes IV et V inclus dans le 3 e ar- 1 ceau des soles ; 26 ou 27 paires de ! pattes chez le q* (p. 149) P. Balzani Ca- J merano,1897. \ Les papilles principales sont sé- parées par des intervalles inégaux dans lesquels se trouvent des papilles accessoires non contiguës, et parfois une papille principale plus petite. Les tubercules urinaires des pattes IV et V débordent un peu le 3 e ar- ceau des soles. Ovaires au niveau des pattes de la 7 e paire préanale ; Ç 32 paires de pattes (p. 154) P. inter médius Bouvier, 1901. Outre les deux caractères primitifs (fig. 46) qui servent à distinguer toutes les espèces du groupe (nombre des papilles pédieuses et position des tubercules urinaires), il en est d'autres qui s'appliquent à un nombre de formes plus restreint et qui permettent de reconnaître les types andicoles archaïques. Parmi ces caractères, je citerai l'absence de plis incomplets dans les téguments dorsaux, l'alternance des plis, la multipli- cité des pattes (de 32 à 39 paires), le nombre des papilles pédieuses qui peut s'élever jusqu'à 7, et la présence fréquente de 5 arceaux sur les soles pédieuses. Inversement, on devra considérer comme les caractères d'une évolution plus avancée l'existence de plis segmentaires incomplets, l'égale largeur des plis, la réduction dans le nombre des pattes, la présence de MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 79 i papilles pédieùses seulement, l'atrophie du 5 e arceau des soles, et la saillie que forment les tubercules urinaires sur le bord proximal du 3 e arceau. Les caractères archaïques, en plus ou moins grand nombre, sont le propre des espèces qui habitent l'Equateur et la Nou- velle-Grenade. Ces espèces sont au nombre de 7, et par là même, constituent la partie la plus im- portante du groupe; elles ne sont pas toutes au même stade évolutif, mais toutes doivent être considérées, à divers titres, comme des espèces primitives. Au premier rang de ces espèces se pla- cent naturellement le P. ecuadorensis et le P. Lankesteri ; viennent ensuite le P. tuberculatus, le P. quitensis et le P. Cameranoi, puis le P. Corrodai et le P. Bellï qui rattachent les formes précé- dentes au P. Eiseni et au P. Goudoti, espèces mexicaines à évolution avancée. Les autres types à évolution avancée sont le P. soratanus, le P. Balzani et le P. intermedius qui habitent toutes trois la région bolivienne, et qui paraissent se rapprocher surtout du P. quitensis et du P. Cameranoi. Il ne serait pas prudent de préciser davantage les affinités réciproques des divers Péripates andicoles, car ces Onychophores sont presque tous localisés dans des aires géographiques étroites et chaque voyage d'exploration en fait découvrir de nouveaux. Quoi qu'il en soit, il semble bien, dès aujourd'hui, que la région de l'Equateur représente le centre du groupe, que les autres espèces dérivent des formes équatoriales, et que celles-ci ont émigré les unes vers le nord (Mexique), les autres vers le sud (Bolivie), à mesure que s'effectuait leur évolution. En dépit de leurs migrations évolutives, tous les Péripates andicoles, sans exception, sont localisés sur le versant pacifique du continent américain, dans la région équatoriale. Ils occu- pent en ce point du globe l'étroite zone qui sépare la crête des Andes du littoral situé vers l'ouest, tantôt atteignant les Fig. 46. — Peripatus ecua- dorensis Bouv., 9 type; extrémité de la 4 e patte droite, face intérieure. Gr. 35. 80 E.-L. BOUVIER points élevés de la chaîne, tantôt descendant à de très faibles altitudes. Aucun autre Ônycliophore ne vient se joindre à eux dans la zone qu'ils habitent, sauf peut-être Y Opisthopatus Blainvillei, si tant est qu'on arrive à découvrir des Péripates anclicoles dans les régions du Chili où se trouve cette dernière espèce. 1. Le Péripate équatorial. (Peripatus ecuadorensis E.-L. Bouvier). (Voir la fig. 20, PI. IV et, dans le texte, les fig. 46 (p. 79), 47, 48, 49, 50 et 51. 1902. Peripatus ecuadorensis E.-L. Bouvier, C. R. Acad. des Se, vol. CXXXIV, 58 (M). 1902. — E.-L. Bouvier, Bull. Soc. Philom. de Paris (9), vol. IV, 53-62, fig. 1-4 (M, A, E). Plis dorsaux alternativement grands et petits, rarement incom- plets et alors distribués sans aucun ordre et prenant naissance vers la partie inférieure des flancs. Papilles principales de trois sortes, les plus grandes séparées clans chaque pli par 4 à 10 pa- pilles principales de moindre taille; papilles accessoires très rares sur le dos, mais démesurément prédominantes du côté ventral où elles passent par degrés à des papilles principales fort réduites. Organes frontaux longs et correspondant à 5 ou 6 papilles. Lames mandibulaires munies chacune de 3 dents accessoires, la troisième fort petite et, sur la lame interne, occupant un dias- tème étroit et peu profond, auquel fait suite une scie de 7 nu S denticules. Pattes au nombre de 39 paires [dans l'unique femelle étudiée) , munies de soles à 5 arceaux et de 5 ou 6 papilles sur les pieds. Tubercule urinaire des pattes IV et V inclus dans le 3 e arceau, pr Déminant un peu en dessus, adhérant à la partie antérieure de l'arceau, mais séparé de la partie postérieure qui est plus courte. Réservoir salivaire se terminant au niveau des pattes de la 3 e paire. Ovaires très réduits, rejetés en avant vers le milieu du corps, et rattachés au plancher péricardique par un funicule étroit et fort long ; réceptacles séminaux très volumi- neux (750 y. sur 500). Espèce de grande taille : In femelle type a 69 millimètres de longueur. — Trouvé à Bulim, dans F Equa- teur. Historique. — Le Péripate que j'ai désigné sous le nom de MONOGRAPHIE DES ONYGHOPHORES 81 Perïpatus ecuadorensis (1902% 58) m'a été fourni par M. Ro- senberg de Londres, au mois de décembre 1901 ; il fut capturé à Bulim, au nord-ouest de l'Equateur, sur le versant pacifique des contreforts des Andes, à la faible altitude de 60 pieds an- glais (18 mètres); par son habitat, il est donc bien franche- ment andicole. Dans une note publiée aux Comptes rendus de V Académie des Sciences (4902* , 56-58), j'ai signalé ses princi- paux caractères (nombre des pattes et des papilles pédieuses, position des orifices urinaires anormaux) et observé qu'il représente l'une des formes les plus archaïques du groupe des Onychophores ; ultérieurement (4902 b ) j'en ai fait une étude monographique assez complète que je me contente de relever ici, sans modifications bien notables. Forme et dimensions. — L'exemplaire femelle qui constitue le type de l'espèce présente son maximum de largeur au début du quart terminal du corps; il se rétrécit progressivement en avant jusqu'à la tête, beaucoup plus lentement en arrière, sauf au niveau des trois dernières paires de pattes où il s'atténue brusquement. Sa surface est assez régulièrement convexe, et représente en coupe transversale un demi-cercle légèrement déprimé. Les dimensions de l'animal sont plutôt fortes : la longueur est de 67 millimètres sans les antennes, la largeur de 9 millimètres. Coloration. — Médiocrement bien conservé, l'exemplaire avait, par endroits, perdu sa coloration. Toutefois, on peut affirmer que la teinte générale du dos est le brun noirâtre uni- forme, avec un pointillé noir qui correspond aux grandes papilles principales, et une ligne médiane dorsale un peu plus foncée. Pas traces de losanges dorsaux, mais il est possible qu'une bande assez large et un peu sombre se trouve à droite et à gauche de l'axe médian dorsal. En dehors, les pattes présen- tent sensiblement la même coloration que les flancs ; en dedans, elles ont la même teinte que la face ventrale, qui est d'un gris fuligineux prononcé. Les soles pédieuses et les pieds semblent être un peu plus noirâtres. Les antennes ont une teinte noire, à peine un peu plus claire en avant. Les lèvres sont grises, mais il est possible que leur tonalité soit due à la matière pigmentaire diffluente des régions voisines. Les organes ven- ANN. SC. NAT, ZOOL. II, 6 82 E.-L. BOUVIER traux et l'organe frontal ont à peu près la même couleur que les téguments où ils se trouvent. Téguments (PL IV, fig. 20). — La ligne claire est très évi- dente, du moins au microscope, et s'atténue ou disparaît au fond des plis. Les organes clairs sont également très nets ; ils confluent rarement, mais présentent encore des restes de petites écailles. . Les papilles dorsales sont vraisemblablement cylindriques à l'état turgescent, mais elles apparaissent contractées dans l< i spécimen type et, sans cloute à cause de ce fait, présentent la forme d'un cône à sommet très obtus. Beaucoup de papilles des pattes et plusieurs grosses papilles du dos sont dévaginées et franchement cylindriques dans leur moitié terminale ; elles présentent à leur sommet, comme de coutume, un cône apical sétifère. Les papilles principales sont de trois sortes : les unes très grandes et éparses çà et là sur certains plis, les autres moyennes et également peu nombreuses, les autres ordinaires et qui recouvrent presque partout les téguments. Ces dernières passent par tous les degrés aux précédentes, mais les grandes sont toujours fort nettement distinctes : elles ont un diamètre basilaire de 250 à 300 i/., tandis que le diamètre basilaire des papilles normales est ordinairement de 1.50: p. Les papilles accessoires semblent très rares. Les plis dorsaux ne se bifurquent pas sur les flancs au niveau de chacune des pattes, ou du moins ces bifurcations paraissent d'une rareté extrême et ne se produisent qu'au voisinage immédiat de l'appendice. On trouve d'ailleurs 12 plis dans chaque segment, tout comme chez les espèces où la bifurcation se produit loin des pattes. A ce point de vue, par conséquent, le P. ecuadorensis présente des plissements plus réguliers que la plupart des autres espèces d'Onychophores ; pourtant çà et là, sans règle aucune, on voit certains plis de la peau s'at- ténuer en pointe et tantôt s'arrêter franchement, tantôt s'élar- gir de nouveau pour se continuer au delà ; ces plis anormaux restent toujours rares. Les plis du corps sont de deux sortes qui alternent très régulièrement sur toute la longueur du dos : les uns, sur les- quels sont localisés les très grandes papilles, les autres (ordi- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 83 nairement un peu plus étroits) où ces dernières sont rempla- cées par des papilles moyennes. A droite et à gauche de la ligne médiane dorsale, la première grande papille de chacun des premiers plis se trouve alternativement près ou un peu éloignée de la ligne claire, d'ailleurs à des distances de cette dernière qui varient légèrement d'un pli à l'autre. Plus en de- hors, les grandes papilles sont séparées les unes des autres par une série de 4 à 10 papilles ordinaires, au milieu desquelles s'élève une papille moyenne et parfois deux ou trois papilles accessoires. Sur les plis intermédiaires, où les grandes papilles sont remplacées par des papilles moyennes, ces dernières sont distribuées assez irrégulièrement au milieu des papilles ordi- naires, dont, au surplus, elles ne se distinguent pas toujours facilement. Dans tous les plis, les papilles principales, quelles qu'elles soient, sont toujours régulièrement unisériées, mais il n'est pas rare de voir des papilles accessoires sur leurs flancs, en dehors de l'alignement général. Les plis ventraux sont irréguliers et occupés par des séries variables de papilles coniques dont les plus grandes n'ont guère que 60 à 70 p. de diamètre ; la plupart ont une taille moins grande et appartiennent au groupe des papilles accessoires. Il y a d'ailleurs tous les passages entre ces deux sortes de papilles. Les organes ventraux sont très développés et situés dans une dépression ordinairement profonde ; ils apparaissent comme une ligne transversale dénudée, aux deux extrémités de laquelle on aperçoit encore, le plus souvent, les centres des deux or- ganes conjugués en un seul. Il y a certainement aussi des organes préventraux, mais je n'ai pu les observer convenable- ment à cause de la disparition de la cuticule ventrale. Les stigmates ont la forme d'un entonnoir dont le diamètre est de 30 ou 40 y. à l'orifice ; les écailles tégumentaires se pro- longent assez loin à l'intérieur de cet entonnoir. Ces entonnoirs sont très nombreux du côté dorsal, un peu moins sur la face ventrale, et deviennent plus" rares à mesure qu'on se rapproche des pattes. D'ailleurs ils apparaissent sans aucun ordre ; j'en ai trouvé jusqu'à 13 par millimètre carré dans les régions où ils sont le plus abondants. Est-ce parce que mes préparations étaient mieux réussies, ou à cause de la multiplicité absolue 84 E.-L. BOUVIER et relative bien réelle des stigmates, que ces derniers m'ont paru plus nombreux dans l'espèce de Bulim que dans les autres? Je penche évidemment pour cette dernière hypothèse, mais sans affirmer complètement. Région eéphalique. — L'œil est d'un noir grisâtre dans le spécimen type de l'espèce ; mesurant 370 ^ sur 240, il est enchâssé, du côté interne, entre deux lignes convergentes de petites papilles qui se réunissent pour servir de point de départ à l'arceau oculaire. Ce dernier forme deux tours : le premier, constitué par de grosses papilles, présente en dessous et en dehors un organe frontal très allongé qui correspond à 5 ou 6 papilles fusionnées ; à partir de cet organe, les papilles deviennent rapidement plus petites et disparaissent complète- ment un peu après que l'arceau a dépassé l'œil ; le deuxième tour vient ensuite et se présente sous la forme d'un bourrelet chitineux qui se perd au voisinage de l'œil. En dehors du pre- mier tour de la spire, on voit l'arceau infra-oculaire qui com- mence vers le bord postérieur de l'organe frontal, embrasse l'œil en arrière et vient se terminer, sans se clore complète- ment, vers le bord antérieur de l'organe ; dans sa moitié pos- térieure, cet arceau est composé de grosses papilles, tandis qu'il n'en présente que de petites dans sa moitié antérieure. En dedans de l'œil, un fragment d'arceau, composé de petites papilles, vient s'intercaler entre l'arceau spiral et l'arceau ocu- laire. L'arceau frontal se perd en dehors et en dessus avant d'arriver à l'œil, en dessous vers le milieu de la base des antennes ; en fait, il ne constitue guère qu'un demi-arceau, dont les papilles ne deviennent réellement grosses que dans la région inter-antennaire. Les papilles frontales ne se continuent pas, dans cette région, entre les deux arceaux frontaux. Les antennes sont relativement très allongées dans le type de l'espèce ; elles s'atténuent beaucoup«dans leur tiers distal, mais se dilatent légèrement à l'extrémité pour former la petite massue terminale. Cette dernière comprend, outre le bouton du sommet, six grands arceaux contigus et serrés; elle se rat- tache au reste de l'antenne par une région intermédiaire où l'on voit alterner trois ou quatre fois de suite un grand et un petit arceau. Le reste de l'antenne est surtout formé de grands MONOGRAPHIE DES ONYCIIOPHORES 85 Fig. 47. — Peripa- tus ecuadorensis Bouv., Ç type; lame externe de la mandibule gauche. Gr. 48. arceaux, entre lesquels viennent s'intercaler des replis annulaires chitineux qui sont parfois munis de papilles, et qui deviennent alors de petits arceaux. De la base au sommet, chaque antenne ne compte pas moins de 54 à 56 grands arceaux. V orifice buccal était très déformé dans l'exemplaire type de l'espèce, mais je crois pouvoir affirmer que ses .bourrelets labiaux sont en même nombre et disposés de la même manière que dans les autres Péripates andicoles. Le plafond buccal est armé, sur la ligne médiane, de 11 denti- cules assez forts, et muni, de chaque côté, de 10 denticules bien plus petits. Quelle que soit leur dimension et la place qu'ils occupent, ces denticules sont tous perforés. Les mandibules sont semblables des deux côtés : leur lame externe est armée d'une longue griffe et de deux (fig. 47) ou trois (fig. 48) dents accessoires aiguës ; leur lame interne (fig. 49) présente une forte griffe, deux dents accessoires obliquement tronquées en dehors et suivies d'une troisième fort petite, enfin une scie de 7 ou 8 denticules. La pre- mière dent de cette scie est à peu près iden- tique à la seconde dent accessoire, et presque sur la môme ligne ; elle en est séparée sim- plement par une dent basse (fig. 50) formant diastème. On conçoit qu'il suffirait d'un léger allongement.de cette dernière pour rendre l'ar- mature complète de la lame absolument iden- tique à celle des Peripatopsis et des Perïpatoides. En d'autres termes, l'armature de cette lame n'est pas encore très nettement différenciée en dents accessoires et en scie comme clans les autres espèces du genre Peripatus. J'ajouterai que les denticules de la scie, du côté interne, s'atténuent moins que dans les autres Peripa- tus, et qu'à leur suite vient se placer un lobe assez large mais inerme, qui se rencontre assez fréquemment chez les Onycho- phores où la différenciation en scie ne s'est jamais produite. Fig. 48. — Peripa- tus ecuadorensis Bouv., Ç type; lame externe de la mandibule droite. Gr. 64. 86 E.-L. BOUVIER Fig. 49. — Peripatus ecuadorensis Bouv., Ç type; lame interne de la mandibule eauche. Gr. 48. A ces deux points de vue, la lame mandibulaire interne du P. ecuadorensis est donc particulièrement intéressante. Pattes. — Les pattes de l'exemplaire type sont au nombre de 39 paires, toutes parfaite- ment constituées, fortes et cy- lindro-coniques. Les soles pédieuses sont larges et, dans presque toutes les pattes, formées par cinq arceaux bien développés (fig. 46, p. 79) ; la longueur de ces arceaux va en augmentant du 1 er jusqu'au 3 e , elle se maintient sur le 4 e et diminue sur le dernier qui est, d'ailleurs, un peu moins large que les autres. Le pied présente, du côté interne, deux paires de protubérances symétriques, elles-mêmes divisées en deux saillies; comme de coutume, ces protubérances sont munies de soies (fig. 46) : 2 ou 3 sur les protubérances basi- laires, de 3 à 6 sur celles qui sont plus rapprochées des griffes. Les papilles terminales du pied paraissent être en nombre va- riable ; jamais je n'en ai vu moins de quatre (2 en avant et 2 en arrière), plus souvent j'en ai aperçu cinq (3 en avant, 2 en arrière) et sur un grand nombre de pattes il y en avait six (3 en avant et 3 en arrière). On doit admettre, en Fig. 50. - Peripatus ecuadorensis Bouv., cons é auence ou Kj en aue ce ç type ; diastème et dents avoisinantes ^«*»«4 ueilce » uu intin 4 llL LL de la lame interne de la mandibule nombre de papilles n'est pas droite. Gr. 141. „ , L L , . ,., . encore hxe, ou bien qu il est normalement de 6 (fig. 51), mais que certaines papilles peuvent se rétracter au point de n'être plus apparentes. L'étude des embryons permet de penser que cette dernière opinion est, de beaucoup, la plus probable. Les fentes coxales du spécimen sont très longues et fort nettes; quand elles se dévagïnent, elles doivent certainement MONOGRAPHIE DES ONYCIIOPHORES 87 former de grandes vésicules coxales. On en observe sur toutes les pattes. Les orifices urinaires normaux ne présentent rien de particulier. Les orifices urinaires anormaux (ceux des pattes IV et V) sont situés au centre d'un lobe arrondi qui se rattache en avant et en bas au 3 e arceau des soles (fig. 46, p. 79), mais qui proémine un peu vers le haut, non sans repousser d'une manière sensible l'arceau suivant. Ce tubercule est un peu en arrière de l'axe des soles; il divise le 3 e arceau en deux parties iné- ^JL^Efç £;ales, dont la postérieure, qui est la plus type;piedà6papmes, , i-i vu P ar sa partie distale. courte, reste complètement isolée. Gr. 60. Les pattes de la l re paire ont des soles réduites à quatre arceaux ; celles de la dernière en présentent trois et celles de l'avant-dernière, quatre ; toutes les autres pattes ont des soles de cinq arceaux. Anatomie et développement. — Bien que cette espèce me pa- raisse l'une des plus primitives dans le groupe des Onychophores, elle ne diffère pas sensiblement des autres Peripatus américains par son anatomie et son développement. Au point de vue du système nerveux, elle se fait remarquer par la dimension assez forte des tubercules ventraux annexés aux centres cérébroïdes, par la grosseur et l'indépendance de la commissure sous-œso- phagienne, et par l'absence à peu près complète, sauf en arrière, de tous renflements segmentaires des cordons latéraux. Ces derniers sont réunis ventralement, dans chaque anneau, par 8 ou 9 commissures transversales; ils émettent en dehors, au même niveau, 6 ou 7 branches nerveuses, sans compter les deux puissants nerfs pédieux. En arrière, au niveau de la 34 e paire de pattes, les cordons se renflent un peu, puis s'atténuent sensiblement pour se diriger vers l'anus ; à partir de ce point, les renflements segmentaires deviennent assez nets. Le rertumse distingue très nettement de l'intestin moyen par son calibre réduit et par son épaisseur ; il présente en dehors, du côté dorsal, deux forts bourrelets longitudinaux qui se pro- longent vers l'intestin moyen et, du côté ventral, dans sa moitié 88 E.-L. BOUVIER postérieure, une forte cloison mésentérique qui le rattache aux téguments. Les glandes salivaires sont médiocrement larges, et, comme de coutume, s'atténuent progressivement en arrière; elles se terminent au niveau des pattes de la 36 e paire. Le réser- voir annexé à chacune de ces glandes se trouve normalement situé au-dessous et un peu en dedans des cordons nerveux ; il a la forme d'une large vésicule arrondie en arrière, et se ter- mine au niveau des pattes de la 3 e paire. Les organes urinaires des pattes IV et V occupent un peu plus de la longueur de l'anneau qui les porte ; ils ne paraissent pas plus développés que ceux des autres Onychophores. Le canal des organes de la 4 e paire de pattes décrit un lacet annulaire en avant, tandis que celui des pattes de la paire suivante forme ce lacet en arrière. Les autres néphridies sont tout à fait normales, sauf peut-être celles des pattes antérieures et postérieures, qu'il ne m'a pas été possible d'étudier. Les ovaires étaient situés ventralement dans le spécimen que j'ai étudié; mais ils présentaient en arrière un long funicule qui se fixait au plancher péricardique à un niveau compris entre les pattes des 35 e et 36 e paires ; les deux ovaires étaient étroitement fusionnés sur la ligne médiane et d'ailleurs très ré- duits en tous sens ; ils avaient 800 ^ de longueur et 340 de lar- geur. Aux oviductes étaient annexés deux réceptacles ovulaires très typiques, et deux énormes réceptacles séminaux qui ne mesuraient pas moins de 750 y. sur 500. Immédiatement à la suite de ces réceptacles, les deux branches utérines se dilataient jusqu'à un diamètre de 350 [/,, puisse rétrécissaient jusqu'à 1 00 a et se dilataient ensuite progressivement pour loger les embryons. Ces derniers étaient peu nombreux et à des stades peu avancés dans la branche utérine gauche, où ils se trouvaient dans la moitié postérieure. Ily en avait, au contraire, sur presque toute la longueur de la branche utérine droite. Le spécimen étant mal conservé, les embryons jeunes manquaient absolu- ment de consistance et se réduisaient en bouillie quand on essayait d'ouvrir leur loge utérine ; mais l'aspect extérieur de cette dernière me permet d'affirmer, presque sûrement, que ces embryons étaient munis d'un placenta. L'embryon le plus âgé se trouvait en meilleur état, ce qui m'a MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 89 permis d'en faire une étude plus complète. Quoique très pau- vrement pigmenté et, par conséquent, incomplètement mur, il ne mesurait pas moins de 37 millimètres de longueur et de 2 millimètres de diamètre, ce qui permet de supposer que l'espèce est toujours de grande taille. Il avait 39 paires de pattes comme l'adulte, des plis tégumentaires fort réguliers, et une zone chitineuse très mince sur la commissure postérieure de l'orifice buccal. Il était complètement engainé dans une cu- ticule exuviale très faible qui, autour des griffes, ne présentait aucune trace des spinules si caractéristiques qu'on observe dans les embryons un peu moins avancés des autres Péripates. Ses papilles urinaires anormales ne débordaient pas au-dessus du 5 e arceau des soles, disposition qui s'est maintenue, ainsi que je m'en suis assuré, sur la 5 e patte gauche de l'adulte. Les pattes étaient munies de soles à 5 arceaux longuement spinuleux, et toutes présentaient 6 papilles pédieuses, 3 en avant et 3 en arrière. Au-dessus des trois papilles postérieures s'élevait une courte spinule chitineuse destinée sans doute à se réunir aux soies qui terminent les protubérances distales de la face interne du pied. Ces dernières occupaient la même place que dans l'adulte et, comme les protubérances basilaires, ne présen- taient que deux soies terminales, rarement trois. Distribution. — Le P. ecuadorensis n'est représenté jusqu'ici que par un exemplaire femelle trouvé à Bulim, dans l'Equa- teur, par 60 pieds d'altitude (Musée de Paris). Affinités. — Cette espèce me paraît l'une des plus primi- tives de toutes les formes de Peripatus jusqu'ici connues; aussi doit-elle se placer près de la base, dans le groupe des Ony- chophores. Ses caractères archaïques sont les suivants : 1° le grand nombre de paires de pattes ; 2° la multiplicité des pa- pilles du pied ; 3° le grand développement des soles pédieuses qui sont larges et comptent cinq arceaux ; 4° la position des orifices urinaires anormaux qui sont peu loignés du milieu du 3 e arceau des soles ; 5° la disposition très régulière des plis de la peau qui sont dépourvus de bifurcations segmentaires ; 6° la structure de la lame interne des mandibules où la diffé- renciation entre les dents accessoires et les denticules de la scie parait très peu marquée. 90 E.-L. BOUVIER Ce dernier caractère présente un intérêt tout particulier. Il montre que la lame mandibulaire interne des Onyehophores primitifs était pourvue crime longue scie continue de dents acces- soires, et que les variations consécutives de cet organe se sont produites dans deux sens différents suivant les groupes : l°par différenciation de la série en deux régions (les dents accessoires véritables et la scie) ; 2° par réduction dans le nombre des dents accessoires. Le premier groupe évolutif est représenté par les Péripatidés, le second par les Paraperipalus, Peripa- topsis, Opisthopatus et Peripatoides, c'est-à-dire par tous les Péripatopsidés. Le Peripatus ecuadorensis se trouve à un stade intermédiaire, parce que la scie est séparée des dents acces- soires, non point par une écliancrure profonde, mais par une dent réduite, moins élevée que les denticules ou les dents acces- soires qui l'avoisinent. Si cette dent était un peu plus élevée, on se trouverait en présence d'une lame mandibulaire interne d'un caractère très primitif. 2. Le Péripate de Lankester. [Peripatus Lankesteri E.-L. Bouvier.) (Voir PI. IV, fîg. 21-25, et dans le texte les fig. 52, 53, 54, 55 et 56.) 1899. Peripatus Lankesteri E.-L. Bouvier, G. R. Acad. des Se, vol. CXXIX, 1030 (M). 1900. — — Ann. Se. ent.de France, vol. LXV1II, 443 (M). 1900. — Quat. .1. M. Se, vol. XL11I, 368 (M). 1900. — Quat. J. M. Se, vol. XL1U, 749, 750 (M, E). 1901. A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 26. 1902. — E.-L. Bouvier, C. R. Acad. des Se, vol. GXXX1V, 55 (M). 1902. — Bull. Soc. enl. de France, 160 (A). Plis dorsaux alternai} cernent grands et pétris, surtout dam les exemplaires de faible taille; le grand pli dorsal qui correspond à Vaxe d'une paire de pattes est toujours flanqué de deux plis incomplets qui commencent au milieu des flancs. Papilles princi- pales de deux sortes, les grandes étant plus volumineuses sur les grands plis et séparées ordinairement par trois petites papilles de taille variable ; jiapnl les accessoires assez nombreuses, surtout dans MONOGRAPHIE DES ONYCIIOPHORES 91 les grands spécimens, et presque exclusivement seules dans les plis ventraux. Une ou S dents accessoires sur la lame externe des man- dibules, $ ou 3 sur la lame interne, dont le diastème est un peu plus développé que dans le P. ecuadorensis, et dont la scie porte de 9 à 11 denticules. Pattes au nombre de 37 on 38 paires dans les femelles, de 33 à 35 paires dans les mâles, munies de 4àl papilles sur les pieds, mais le plus souvent de 5. Tubercule urinaire des pattes IV et V inclus dans le 3 e arceau des soles, peu proéminent en dessus, et très rapproché du bord postérieur de V arceau, ou occu- pant ce bord même. Ovaires complètement dépourvus de funïcule chez V adulte, réduits et ramenés en avant au niveau des petites XII-XIII ; réceptacles séminaux assez développés (500 \j. sur 400). Espèce pouvant atteindre une grande taille : 35 à 82 millimètres de longueur chez les femelles. Les autres caractères essentiels comme dans le P. ecuadorensis. — Trouvé à Paramba, dans l'Equateur. Je me suis fait un plaisir de dédier cette grande et très in- téressante espèce à M. le Professeur E. Ray Lankester. Historique. — Le P. Lankesteri paraît jusqu'ici localisé aux environs de Quito, dans l'Equateur; il y fut capturé par un voyageur naturaliste anglais, M. Rosenberg, qui en déposa les types au Musée britannique, d'où ils me furent envoyés ensuite parles soins obligeants de M. Ray Lankester et de M. Jeffrey Bell. Le premier exemplaire qui me fut transmis était une femelle de 35 millimètres de longueur, et par conséquent de petite taille, car cette espèce compte parmi les plus volumineuses de la classe. Je décrivis succinctement ce spécimen sous le nom de Peripat us Lankesteri, dans les Comptes rendus de l'Aca- démie des Sciences (11 décembre 1899) et je le fis rentrer dans le groupe des Péripates andicoles que j'établis à cette occa- sion (1899 e , 1030). J'ai, quelques mois plus tard, signalé cette intéressante espèce dans mes Contributions à V histoire des Péripates américains (1900% 443), et dans une première étude sur les Onychophores du Musée britannique (1900 e , 368) ; dans un second travail consacré à ces derniers, j'ai fait connaître une femelle de très grande taille (82 millimètres) que M. Ray Lankester m'avait communiquée et| j'ai signalé quelques carac- tères des embryons dont les branches utérines de cet exemplaire 92 E.-L. BOUVIER étaient remplies (1900 f , 749). Depuis, le Musée britannique m'a transmis deux autres femelles, ce qui m'a permis, comme on le verra plus loin, d'étudier très complètement l'espèce, notam- ment ses multiples papilles pédieuses (1902% 55) et ses ovaires flottants (1902 e , 55). Forme et dimensions. — Après le P. torquatus de la Trinité, cette espèce occupe le premier rang pour la taille dans le groupe des Onychophores. Voici, par ordre décroissant, les dimen- sions des quatre spécimens que j'ai étudiés, et qui tous sont des femelles : N° 1. Longueur : 82 millimètres. Largeur maximum : 9 millimètres. 2. - 72 — 8,5 — 3.-43 7 4. — 35 - y — (type). Un embryon mâle presque mûr, extrait du grand exem- plaire, ne mesurait pas moins de 32 millimètres de longueur sur 3 de largeur. Le corps des quatre exemplaires était régulièrement et assez fortement convexe du côté dorsal; il s'atténuait assez brusque- ment aux deux extrémités, un peu plus en arrière qu'en avant. Coloration. — La coloration du dos est un gris brunâtre qui devient d'autant plus foncé et plus noir que l'animal est plus grand ; dans le spécimen n° 4, cette teinte se dégrade peu à peu et devient jaunâtre sur les flancs; dans le n° 3, ces tons dégradés se réduisent aune tache claire située au-dessus des pattes; dans les deux autres exemplaires la coloration des flancs est pour le moins aussi sombre que celle du dos. D'autres variations de couleur paraissent également être en rapport avec la taille : dans le n° 4, les papilles principales sont blanchâtres dans leur partie terminale, la zone longitudinale médiane forme une bande étroite très foncée, et la région cépha- lique dorsale est franchement plus claire que le reste du dos. Toutes ces variations s'atténuent plus ou moins régulièrement à mesure qu'augmente la taille, et la couleur de tout le dos tinil par être le jaune brunâtre uniforme; à la loupe, pourtant, on voit que les papilles sont toujours un peu plus claires dans leur partie terminale qu'à la base. Les pattes sont d'une teinte jaunâtre beaucoup plus claire, MONOGRAPHIE DES OXYCHOPHORES 93 surtout en dedans où elles présentent la même coloration claire que la face ventrale. Cette dernière est maculée d'une infinité de petites taches brunes qui se trouvent àl'extrémité des papilles, et de taches blanches un peu plus grandes qui, sur les côtés et vers les bouts du corps, correspondent manifestement à des pa- pilles un peu plus développées. Les taches claires des organes ventraux semblent peu nettes et très souvent indistinctes; les griffes sont d'un noir vif, et les arceaux des soles d'un ton bien plus foncé que la face interne des pattes. Les yeux ont une teinte laiteuse translucide à travers la- quelle on aperçoit plus ou moins un fond pigmenté de noir. La coloration des antennes paraît assez variable : tantôt tout entière d'un brun presque noir (n os 1 et 4), tantôt bien plus claire dans la moitié terminale (n os 2 et 3) ; les organes frontaux présentent une teinte légèrement plus faible. Téguments. — La ligne claire (fîg. 21 et 22 de la PI. IV) est généralement fort nette et ne s'atténue pas toujours au fond des sillons; les organes clairs sont encore mieux différenciés, ordinairement bien distincts et, dans la majorité des cas, presque dépourvus d'écaillés pigmentaires. Les plis du dos sont alternativement grands et petits, mais cette alternance s'atténue à mesure qu'augmente la taille, et atteint son maximum d'intensité dans les embryons déjà plissés. Les plis présentent les bifurcations segmentaires normales, en ce sens que le pli complet correspondant à l'axe de chaque patte est flanqué de deux autres plus courts, qui s'arrêtent vers le milieu des flancs, ou un peu au-dessous. Les papilles principales sont tantôt grandes, tantôt pe- tites. Les premières paraissent cylindriques ou cylindro- coniques, parfois même dilatées au sommet, comme on l'observe dans la femelle n° 4 ; les secondes semblent tou- jours plus ou moins coniques. Sur les grands plis, on trouve presque toujours trois petites papilles (dont une intermédiaire plus développée) entre deux grandes ; sur les plis alternes plus réduits, la distribution est un peu moins régulière, et d'ailleurs les grandes papilles ont des dimensions plus faibles. Les papilles accessoires sont assez nombreuses dans les grands exemplaires, beaucoup moins dans les petits ; en tout cas, 94 E.-L. BOUVIER leur fréquence est certainement plus grande que dans le P. ecuadorensis. Comme de coutume, les plis ventraux (PL IV, %. 23 et 24) paraissent assez réguliers; mais lorsqu'on les examine au mi- croscope, on voit qu'ils se divisent et s'anastomosent avec une irrégularité assez grande. Ils sont couverts de papilles accessoires coniques, larges de 68 y. en moyenne; dans les grands individus, on voit ça et là quelques papilles plus claires et légèrement plus grandes que les autres. Les organes centraux et les organes préventraux ont une grande netteté dans les petits exemplaires; les premiers s'atténuent beaucoup dans les grands spécimens et les seconds semblent y dispa- raître. Les .stigmates dorsaux atteignent un diamètre de 30 à 40 \j. ; dans l'exemplaire n° 2 je n'en ai pu apercevoir plus de 3 par millimètre carré, mais j'en ai compté jusqu'à 10 dans le spé- cimen type qui est, il est vrai, beaucoup plus petit. Les rares stigmates ventraux que j'ai pu observer étaient sensiblement plus larges que les précédents et pouvaient atteindre 50 \j.. Région céphalique. — L'œil est noirâtre et souvent plus ou moins lavé de blanc. Il augmente de surface avec l'âge; ses dimensions sont de 490 p. sur 330 dans le spécimen n°2, de 360 p. sur 240 dans le spécimen n° 3 et de 310 sur 118 dans la petite femelle qui m'a servi de type (n°4). Les arceaux papil- lifères qui l'environnent ressemblent beaucoup à ceux du P. ecuadorensis, mais la série de petites papilles qui s'intercale entre l'arceau oculaire et l'arceau infra-oculaire paraît toujours singulièrement réduite, et le second tour de l'arceau oculaire présente quelques papilles très menues au voisinage de Y organe frontal. Ce dernier a une longueur remarquable et paraît cor- respondre à 5 ou 6 papilles fusionnées. Les antennes sont ordinairement un peu dilatées à leur ex- trémité qui présente six grands arceaux contigus, sans compter le bouton terminal. Quelle que soit la taille des spécimens, elles comprennent environ 45 grands arceaux entre lesquels s'inter- calent, plus ou moins irrégulièrement, de petits arceaux plus ou moins réduits. Les lèvres sont normales, leur lobe impair antérieur est réduit MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 95 Fig. 52. — Peripatus Lankesteri Bouv., grande Ç de Quito; lame mandibulaire externe. Gr. 64. et l'axe de l'orifice buccal passe très sensiblement entre les deux petits lobes postérieurs. L'armature des mandibules varie avec l'âge des spécimens : dans la petite femelle qui m'a servi de type (n° 4), il n'y a qu'une dent accessoire sur la lame mandibulaire externe, tandis qu'il yen deux sur la même lame dans tous les autres exemplaires (fig. 52) qui sont, comme on Ta vu, de taille beaucoup plus grande. On peut faire la même observation au sujet de la lame interne : il n'y a que deux dents accessoires sur cette lame dans l'exemplaire n° 4 (type), tandis qu'on observe l'ébauche d'une troisième dans le spécimen n° \ , et trois dents accessoires bien développées dans les deux autres (fig. 53). La 3 e dent acces- soire venant s'intercaler dans le hiatus man- dibulaire, on comprend que ce dernier se trouve très réduit dans les grands spécimens ; néanmoins, il n'acquiert jamais le degré de réduction extrô me qu'on observe dans le P. ecua- dorensïs (Voir fig. 49 et 50, p. 86). Les denticules de la scie sont au ^-t^vvvnwvn^ nombre de 9, 10 ou 11 dans les trois grands spécimens; je n'en ai vu que 7 dans le petit. Pattes. — Les femelles ont 37 ou 38 paires de pattes; j'en ai compté 37 paires dans les deux Fi s- 53 -- Pe r^"f LankesteriBouv., 11 _ grande Ç de Quito ; lame mandibu- CXemplaireS les plus petits (ll os 3 laire interne. Gr. 64. et 4), 38 dans les deux autres. Un embryon mâle presque mûr avait 35 paires de pattes. Les pattes sont cylindro-coniques et toutes munies de larges soles à cinq arceaux ; les plus rapprochées des deux extrémités du corps présentent seules un nombre d'arceaux plus réduit: 3 ou 4. Le cinquième arceau est presque aussi large que les autres, mais plus court (fig. 56). Le pied présente sur sa face interne deux paires de protu- 96 E.-L. BOUVIER bérances terminées chacune par deux soies (fig. 54), quel- quefois par une seule. Au sommet, près de la base des griffes, se trouvent les papilles pédieuses qui sont en nombre très variable. Il y en a presque toujours 5 : 2 en avant, 2 en arrière Fig. 54. — PeripatusLankesteri Bouv. type, 9 n° 4 : face interne du pied très grossie, d'après plusieurs prépara- tions. Fig. bo. — l'eripatus Lankesterï Bouv., grande Ç de Quito ; un pied à G papil- les vu par sa face externe, un autre à 7 papilles vu par son extrémité dis- taie. Gr. 46. et une en avant de la ligne médiane dorsale dans le spéci- men n° 4 ; dans la femelle n° 3 toutes les pattes ont également 5 papilles, sauf deux ou trois qui en ont 6. Dans la femelle n° 2 (fig. 55), les variations de cette nature sont singulière- ment plus nombreuses et plus étendues; on observe : 4 papilles à 5 pattes du côté gauche, et à 4 pattes du côté droit. 5 — 10 — 23 6 — 12 — 1 — 7—3 — 4 — Ces papilles, que je n'ai pu compter sur toutes les pattes, sont toujours placées à la base des griffes sur les bords latéraux et externes du pied ; elles sont d'ailleurs situées de manière assez variable, comme le montrent les ligures ci-jointes dans les- quelles j'ai indiqué divers modes de distribution. Il est fâcheux que je n'aie pu relever la position des papilles dans le spéci- men n° 1, mais ce qui précède me permet de conclure que le nombre des papilles est plus grand dans cette espèce que dans toutes les autres, et qu'il est loin d'être fixe comme dans ces MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 97 dernières. Cette observation me paraît de première impor- tance. Les fentes coxales sont très grandes et plus ou moins déva- ginées. A leur base on voit généralement les orifices urinaires normaux. Quant aux tubercules urinaires des pattes IV et V, ils présentent des positions assez variables, mais s'éloignent tous beaucoup du milieu du 3 e arceau des soles. Le plus souvent, ils se trouvent en plein dans cet arceau, avec lequel ils confluent largement en avant, tandis qu'ils en sont largement sé- parés en arrière (fig. 56, à gauche), la partie postérieure de l'arceau étant toujours très réduite. Parfois même le tu- bercule urinaire occupe exac- tement le bord postérieur de „. . r . ' . „ 1 . Fig. 56. — Peripatus Lankestevt iîouv., Ç l'arceau (fig. 56, à droite) ; n° 2; à droite sole et tubercule urinaires i < , •' • u ' de la 5 e patte gauche ; à droite les mêmes c est ce que j ai observe sur parties ^ e la £ e patte droite- Gl , 31> la 4 e patte gauche (PL IV, fig. 25) du type (la seule qui fût intacte dans le spécimen) et dans la 5 e patte gauche de l'exemplaire 2. Souvent le tubercule s'isole légèrement en avant et, dans ce cas, refoule parfois un peu le 4 e arceau. Dans la 4 e patte gauche de l'exemplaire 3, il a complètement abandonné le 3 e arceau et pénètre dans une échancrure du 4 e . Anatomie et développement . — Les glandes salivaïres s'éten- dent, en s'atténuant, jusqu'aux pattes qui précèdent l'orifice génital ; leur réservoir atteint en arrière le niveau de la 3 e paire de pattes. Les tubes urinifères des pattes IV et V paraissent très normaux. Les ovaires présentent la particularité remar- quable d'être dépourvus de funicule et absolument libres ; ils se trouvent toujours dans le tiers antérieur du corps, au niveau des pattes 12 et 13; cette observation curieuse repose sur l'étude approfondie de trois spécimens. D'ailleurs les ovaires sont très réduits et à peu près de même volume que les récep- tacles séminaux qui mesurent en moyenne 400 y. sur 500. Il y a des réceptacles ovulaires. ANN. SC. NAT. ZOOL. Il, 7. 98 E.-L. BOUVIER Dans un embryon de 6 millimètres et demi et recourbé enU, les pattes et les antennes étaient nettement segmentées, mais les grands plis delà peau existaient seuls, au nombre de 6 ou 7 par segment. Ces plis étaient très réguliers, dépourvus de papilles et interrompus sur la ligne médiane dorsale. Cet em- bryon provenait de la femelle n° 2 ; il correspond sensiblement au stade représenté par M. Kennel dans les figures 5 et 6 de son mémoire (1888). Le même individu m'a fourni : 1° un embryon femelle de 17 millimètres et muni de 38 paires de pattes; 2° un second embryon de même sexe, long de 27 millimètres et possédant 37 paires d'appendices locomoteurs; 3° enfin deux embryons mâles longs de 33 millimètres en moyenne et dont l'un possé- dait 33 paires de pattes, l'autre 34 paires. Dans tous ces em- bryons, les plis tégumentaires affectaient la même disposition que ceux de l'adulte, mais ne présentaient guère que de grandes papilles principales ; les organes segmentaires avaient déjà leur structure définitive; les pattes postérieures étaient aussi développées que les autres et munies de 4 arceaux, enfin les papilles pédieuses se trouvent généralement au nombre de o, parfois de 6. Les glandes salivaires de ces embryons avaient la même longueur que celles de l'adulte, mais leur ré- servoir était toujours plus réduit; il n'atteignait pas le niveau des pattes antérieures dans l'embryon de 17 millimètres, et s'arrêtait entre les pattes des deux premières paires dans celui de 27 millimètres. Les ovaires et les utérus présentaient des variations plus intéressantes. Dans chaque embryon femelle, les ovaires avaient la forme de deux tubes cylindriques plus ou moins con- tigus ; ils étaient sous le péricarde au niveau des deux seg- ments prégénitaux. Au surplus, ces organes sont loin de se développer dans la même mesure que l'animal ; car chaque ovaire avait 600 \j. de longueur sur 100 de largeur dans l'embryon de 17 millimètres, et seulement 780 \j. sur 170 dans l'embryon de 27 millimètres. On a vu d'ailleurs qu'ils sont remarquablement réduits dans l'adulte. Par contre, les vésicules séminales et les réceptacles ovulaircs souvent un développement progressif assez normal; les premières mesuraient 100 \t. de MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 99 diamètre dans l'embryon de 17 millimètres,. 200 -a dans celui •de 27 millimètres, et l'on a vu plus haut qu'ils ont de 400 à 500 {x. chez l'adulte. Le caractère le plus frappant du développement des ovaires est la disparition progressive des trabécules conjonctives et mus- culaires qui rattachent leur bout libre au plancher péricardique; assez développées mais fort courts dans l'embryon de M mil- limètres, ces trabécules sont réduites à une ou deux libres clans l'embryon femelle plus avancé et disparaissent, comme on sait, totalement chez l'adulte. La disparition progressive et rapide de ce funicule rudimentaire permet de se rendre compte du déplacement remarquable des ovaires dans l'espèce : ils sont repoussés en avant par le développement des utérus qui, d'abord très courts (embryon de 17 millimètres), deviennent sinueux plus tard (embryon de 27 millimètres) et finalement très allongés. Que ce déplacement soit dû à l'allongement des utérus, il est difficile d'en douter; car dans les formes où existe un long funicule, les ovaires basculent sur eux-mêmes autour du point d'attache de ce dernier et, entraînés par l'allongement des utérus, finissent par être dirigés d'avant en arrière. Sur l'un des embryons mâles signalés plus haut, j'ai observé très nettement, près de la commissure ventrale de l'anus, les orifices contigus des deux glandes anales, et, avec beaucoup moins de précision, les ébauches de papilles sexuelles sur les deux paires de pattes prégénitales. Ces papilles étaient beau- coup plus évidentes dans l'embryon mâle, long de 32 milli- mètres et muni de 35 paires de pattes, que j'ai tiré de la femelle n u 1 . Si l'on tient compte des observations précédentes, on peut conclure que les femelles de cette espèce peuvent avoir au moins 37 à 38 paires de pattes et les mâles 33, 34 ou 35. Distribution. — L'exemplaire type du P. Lankesieri fut trouvé à Paramba, aux environs de Quito, par M. Rosenberg, qui le céda au British Muséum. Les trois autres exemplaires pro- viennent de la même localité. (Musée britannique.) Affinités. — Cette espèce se rapproche certainement beau- coup du P. ecuadorensis ; mais elle en diffère par ses papilles 100 E.-L. BOUVIER accessoires plus nombreuses, par la position très reculée qu'occupent sur le troisième arceau des soles les tubercules uri- naires des pattes IV et Y, par ses plis dorsaux incomplets, enfin et surtout par ses ovaires flottants. Ce dernier caractère distin- gue le P. Lankesteri de presque tous les autres Péripates. 3. Le Péripate à tubercules. [Peripatus tuberculalus E.-L. Bouvier.) (Voir PI. Il, fig. 12, PI. III, fig. 14, PI. IV, fig. 26, 27, et dans le texte les lig. 4 (p. 14), 15 (p. 19), 44 (p. 40), 57 et 58). 1898. Peripatus tuberculatus E.-L. Bouvier, C. R. Acad. des Se, vol. CXXVI,. 1524, 1525 (M). 1898. — — Int. Congr. Zool. Cambridge,. 269-271 (M). 1899. — C. R. Acad. des Se, vol. CXXV1U, 1344 (M). 1899. — — C. R. Acad. des Se, vol. CXXLX, 1030 (M). 1900. - Ann. Soc. ent. de Fi\, vol. LXVI1I,. 389, 433, 438 (M). 1901. A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, p. 26. Plis dorsaux alternativement grands et petits ; plis segmen- taires incomplets disposés comme dans le P. Lankesteri. Trois sortes de papilles principales comme dans le P. ecuadorensis, mais les grandes sont bien plus volumineuses , plus rares , elles tran- chent davantage sur les autres et manquent complètement sur les petits plis. Papilles accessoires extrêmement nombreuses et passant par tous les degrés aux petites papilles principales. Mandibules semblables à celles du P. ecuadorensis, mais munies d'un diastème un peu plus grand. Les mâles et les femelles peuvent avoir 37 paires de pattes; celles-ci présentent 4 papilles pédieuses (2 en avant et L 2 en arrière) et des soles à 5 arceaux avec les rudiments d'un 6 e . Tubercules urinaires des pattes IV et V semblables à ceux du P. ecuadorensis, mais plus rapprochés du milieu du 3 e cerceau, et peu débordants. Ovaires bien développés, non coniigus près des oviductes et fixés au plancher péricardique par un très court f uni- cul e. Réceptacle séminal médiocre (400 (/. sur 270). Espèce de grande taille : la femelle type a 73 millimètres de longueur. Les autres caractères comme dans le P. ecuadorensis, mais les réser- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 101 vo'irs salivaires n'ont pas été étudiés. — Provient de Popai/an, dans la Nouvelle-Grenade . Historique. — J'ai fait connaître (1898 e , 1524-1525) cette espèce et ses caractères morphologiques essentiels dans une note publiée aux Comptes rendus de l'Académie des Sciences, le 23 mai 1898, quelques semaines après la publication du travail préliminaire que j'avais consacré au P. Tholloni. La comparai- son de ces deux formes nouvelles avec les autres Péripatidés, me donna la preuve que la classe des Onychophores était encore mal connue, qu'elle devait présenter des variations fort impor- tantes, une distribution géographique des plus suggestives et .sans doute aussi de curieuses règles d'évolution. C'est ainsi que me vint l'idée d'entreprendre l'étude monographique du groupe tout entier. Le P. tuberculatus est le premier Onychophore dans lequel on ait signalé des soles de 5 ou 6 arceaux, et des pieds munis de quatre papilles ; on croyait jusqu'alors que ces dernières sont toujours au nombre de trois, et que le nombre des arceaux des soles ne s'élève jamais au-dessus de 4. Abstraction faite de la forme et de la disposition des papilles cutanées, qui sont assez particulières, les autres caractères morphologiques de l'espèce s'écartent moins de la règle commune; je les ai signalés briève- dans diverses notes qui ont complété la première, notamment dans l'uned'elles (1899% 1344) où j'ai fait connaître les organes clairs des Péripates américains, et la ligne claire qui m'avait d'abord échappé. Depuis (1899 e , 1030), j'ai montré que le P. tuberculatus doit se ranger aux premiers rangs dans le groupe des Péripates andicoles. Forme et dimensions. — Le spécimen femelle qui m'a servi à établir cette espèce (PI. II, fîg. 12) mesure 73 millimètres de longueur et 10 de largeur maximum, abstraction faite des pattes qui sont très écartées en dehors. Fort élargi dans la plus grande partie de sa longueur, il se rétrécit beaucoup aux deux extrémités ; si bien que sa tête est large de 3 millim. 1/3 et son cône anal d'un peu plus d'un millimètre. Son dos est régulièrement convexe, avec une dépression longitudinale mé- diane au fond de laquelle se trouve la ligne claire. Au milieu du corps, le spécimen présente une épaisseur de 6 à 7 millimètres. 102 E-L. BOUVIER Coloration. — La coloration du spécimen s'est beaucoup atténuée à la lumière, mais elle devait certainement se rappro- cher beaucoup de celle des espèces précédentes. Sur le dos, elle est actuellement d'un gris brunâtre assez sombre, qui s'atté- nue peu à peu, mais très légèrement, au-dessus des pattes; la dépression médiane au -fond de laquelle se trouve la ligne claire est un peu moins foncée; on n'observe pas traces de losanges dorsaux, mais les papilles principales tranchent sur le reste des téguments sous la forme de petits tubercules plus- obscurs. La tète est tout entière d'un gris jaunâtre clair depuis les pattes antérieures, de sorte qu'elle se distingue nettement, par sa coloration, du reste de la surface dorsale. Les antennes, sont un peu plus sombres que la tête, sauf à leur extrémité distale où elles deviennentbrusquement blanches sur la longueur de 6 arceaux. En dehors, les pattes ont à peu près la même teinte que la région céphalique ; elles sont un peu plus foncées en dedans et passent au ton gris qui caractérise la face ven- trale. Les arceaux des soles sont d'un jaune roux et les griffes des pattes de couleur marron. Les yeux sont noirâtres et les lèvres- blanches. Téguments. — La ligne claire est bien distincte, mais formée de segments successifs, parce qu'elle s'interrompt ou s'atténue au point de disparaître au fond des sillons tégumentaires. Les organes clairs viennent se fusionner à cette place et sont tou- jours fort peu apparents, leurs écailles étant presque semblables à celles des parties avoisinantes. Les papilles principales sont de trois sortes (tig. 4, p. 14, et PI. IV, fig. 26, 27) comme dans le P. ecuadorensis , mais les grandes sont bien plus rares que dans cette dernière espèce, sensiblement plus grosses (de 260 p. à 310 p.), et plus différentes, par leurs dimensions, des papilles principales des deux autres sortes. Elles se détachent fortement au milieu de ces dernières, sous forme de tubercules cylindro-coniques bien isolés. Les papilles principales du type intermédiaire sont cylindro-coniques comme les précédentes, mais les plus petites ont une forme variable et passent par tous les degrés aux papilles accessoires qui sont coniques, fort nombreuses et de dimensions très diverses. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 103 Les plis dorsaux se groupent, comme de coutume, au nombre de 12 par segment; ils présentent déjà les bifurcations méta- mériques normales, le pli qui correspond à l'axe de chaque patte étant flanqué de deux autres qui traversent le dos pour s'arrêter au milieu des flancs. Les plis du dos sont alternes (fig. 4, p. 14, et PI. IV, fîg. 26), les uns larges et ornés de grandes papilles principales, les autres plus étroits et complètement dépourvus de ces dernières. Les grandes papilles sont rares et localisées dans les plis larges ; de 4 plis en 4 plis, les plus rapprochées de la ligne claire déli- mitent sur le dos une bande médiane où l'on ne trouve plus que des papilles appartenant à d'autres types. Des papilles principales intermédiaires apparaissent çà et là sur tous les plis ; les intervalles qui les séparent les unes des autres sont occupés par des papilles principales plus petites, et par de nombreuses papilles accessoires distribuées sans aucune règle. Les plis ventraux restent étroits, irréguliers et couverts de petites papilles comme dans le P. ecuadorensis. Ces dernières semblent coniques et ont au maximum 85 \>. de diamètre; les plus grandes sont des papilles principales, les autres des papilles accessoires, et il y a tous les passages entre les deux sortes de papilles. Les organes ventraux occupent le fond de longues dépressions transversales; mais il m'a été impossible de les bien étudier à cause de la contraction du spécimen ; pour la même raison, je reste sans renseignements au sujet des organes préventraux. Les stigmates (fig. 4, p. 14) ont la même taille que ceux du P. ecuadorensis, mais ils semblent être moins nombreux; j'en ai compté 4 ou 5 par millimètre carré sur les flancs et jus- qu'à 8 dans la région médiane du dos. Je ne saurais dire s'il en existe du côté ventral. Région céphalique. — L'œil ovalaire est relativement petit, son diamètre maximum ne dépassant pas 200 (/.. L'arceau oculaire débute par trois grosses papilles sur le bord interne de l'œil ; au-dessus de ce dernier, il se termine en biseau après avoir formé un organe frontal très développé qui correspond au moins à 5 ou 6 papilles. Entre l'arceau oculaire et le pre- mier antennaire se trouve intercalé, au-dessus de l'œil, un frag- 104 E.-L. BOUVIER ment d'arceau qui s'atténue à chaque extrémité et se continue par un filet chitineux; il est possible (et même probable) que cette formation représente le deuxième tour de la spirale que forme ordinairement l'arceau oculaire. Entre ce dernier arceau et l'arceau frontal vient s'intercaler l'arceau infra-ocu- laire qui se réduit, au voisinage de l'œil, à un court et étroit segment. Les antennes sont fortes à la base et légèrement dilatées à leur sommet. On n'y trouve pas moins de 60 à 65 arceaux, mais beaucoup de ces derniers sont intercalaires et fort réduits sur une partie de leur longueur ; de sorte que le nombre des arceaux complets, grands ou médiocres, se trouve être de 48 ou 49. Il y a toujours une série continue de 7 à 8 grands arceaux à la base des antennes, et un autre de 6 au sommet, juste avant le bouton terminal. C'est dans la région moyenne que viennent s'intercaler plus ou moins régulièrement les petits arceaux. Les lèvres, quoique très déformées, m'ont paru composées du môme nombre de lobes que dans les espèces précédentes, h? pla- fond buccal présente une rangée de 11 denticules longs et étroits; à droite et à gauche de cette ran- gée, on voit en arrière un groupe irrégulier de 16 à 18 denticules plus petits. Les mandibules (fig. 57) ressemblent surtout à celles du P. ecuadorensis à cause du diastème re- lativement étroit et peu profond qu'on observe sur leur lame interne, et de la saillie denticuli- forme qu'on trouve à l'origine de ce diastème, du côté ex- terne. D'ailleurs les deux lames mandibulaires de chaque côté présentent 3 dents accessoires au lieu de 2, et la première dent de la scie mandibulaire reste beaucoup plus réduite que ,-Wi Fig. 57. — Peripatus tuberculatus Bouv., Ç type, les deux lames d'une mandibule. Gr. 64. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 105 les suivantes. Comme dans le P. ecuadorensis, la scie se com- pose de 7 ou 8 denticules. Pattes. — Les pattes (fîg. 15, p. 19) sont au nombre de 37 paires, toutes parfaitement développées, et nettement sépa- rées les unes des autres par 7 plis tégumentaires qui vont du dos à la face ventrale, où ils se ramifient et deviennent irrégu- liers. Toutes ces pattes sont fortement comprimées d'avant en arrière et, dans certains cas, presque lamelleuses, disposition qui donne au spécimen un caractère tout particulier, mais qui est probablement due à une contraction exagérée de ces appendices. Les soles pêcheuses paraissent plus développées que dans toute autre espèce; elles comprennent 5 arceaux normalement con- stitués et, dans toute la région moyenne du corps, les ébauches d'un 6 e (fîg. 15). Les 5 premiers arceaux sont de largeur sen- siblement égale, mais diversement longs, le 5 e et surtout le 1 er , étant un peu plus courts que les autres. Quant au 6 e arceau, il est toujours moins large que les précédents et se présente à tous les états, depuis le simple groupement linéaire de papilles principales, jusqu'à celui où ces papilles sont toutes fusionnées et uniformément recouvertes des longues soies raides qui caractérisent les soles. La comparaison de ces divers états per- met de conclure, avec une entière évidence, que les soies des soles sont uniquement dues au développement exagéré des écailles papillaires, qui deviennent toutes semblables à la soie terminale. Au-dessus des soles, la base de la patte est encore très grande, car elle comprend en moyenne 18 arceaux papillaires; «lie présente en dedans une très longue fente coxale (fîg. 15) dont la vésicule, dans certains cas, se trouve plus ou moins évaginée. Le pied est toujours muni de 4 papilles, 2 en avant et 2 en arrière. Ses saillies ventrales sont armées de soies qui m'ont paru en très petit nombre dans les cas, d'ailleurs rares, où il m'a été possible de les examiner. Les orifices urincàres anormaux sont bien plus rapprochés du centre du 3 e arceau des soles que dans les espèces précé- dentes; ils ne débordent pas sensiblement l'arceau qui les porte 106 E.-L. BOUVIER et ne refoulent pas le suivant (fig. 58) ; parfaitement séparés du fragment postérieur de leur propre arceau, ils se confondent largement avec le fragment antérieur. Les pattes de la dernière paire sont longues et bien formées, mais ne présentent pas plus de 3 arceaux, les précédentes et celles de la l re paire en ont déjà 4 ; toutes les autres en portent au moins 5. Analomie et développement . — L'état de contraction du spécimen type de l'espèce ne m'a pas permis d'en pousser l'étude anato- Fig.ss. — PeripaïuÊtu- mique aussi loin que je l'aurais voulu. Pour- bercuiatus Bouv ç t * y | constater que la partie rectale type : sole de la 4° i J l ^ a patte droite, avec son du tube digestif rappelle à tous égards le Gr. e 3o. Ue uimaue ' P. ecuadorensis , et que les glandes salivaires se prolongent, avec un fort calibre, jus- qu'aux pattes de la 35 e paire; il ne m'a pas été possible, mal- heureusement, d'étudier le réservoir de ces glandes. Les ovaires (PI. III, fig. 14) sont bien plus développés dans cette espèce que dans les précédentes, et leur longueur dépasse légèrement deux fois le grand diamètre des vésicules sémi- nales. Ces dernières présentent des dimensions très fortes : elles ne mesurent pas moins de 400 u. sur 270 ; on sait que ces réservoirs sont relativement plus grands dans le P. ecuadoren- sis. Les ovaires restent largement séparés à leur base où ils embrassent l'une des vésicules séminales ; plus loin ils se réu- nissent sans cesser d'être distincts, et se terminent au funicule, après s'être notablement rétrécis ; leur diamètre maximum est de 130 (z. Le funicule ovarien se fait remarquer par sa brièveté extrême; il mesure à peine 1/2 millimètre de lon- gueur et se fixe, sous le plancher péricardique, au niveau des pattes de la 34 e paire ; à son point d'attache, le funicule ovarien s'étale et s'élargit en une lame transversale. Tous les caractères précédents, surtout ceux du funicule, paraissent propres à distinguer le P. tuberculatus des espèces voisines. Dans le spécimen que j'ai examiné, un funicule accessoire (PI. III, fig. 14), plus étroit et très allongé, venait se fixer sur l'oviducte au point où y confluent les deux ovaires. Mal- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 107 heureusement, j'ignore où aboutit l'autre extrémité de ee cordon. Les embryons renfermés clans les branches utérines étaient peu nombreux et séparés par de larges espaces vides. L'em- bryon le plus âgé se trouvait dans la branche utérine gauche; il avait 25 millimètres de longueur sur 2 de largeur, des an- tennes d'environ 50 anneaux où apparaissaient déjà les soies, des lèvres bien formés, avec le lobe antérieur impair assez grand, et une plaque buccale chitineuse évidemment formée par deux lames paires et symétriques accolées. Ses yeux étaient grands, très saillants à la surface de la peau et avaient un diamètre de 300 f/. au moins. Son cerveau présentait 3 paires de lobes bien distincts, dont les deux postérieures se continuaient avec les branches du collier œsophagien; ses cordons nerveux mesuraient en moyenne 200 \j. de largeur et présentaient en avant 5 commissures bien distinctes dont une antérieure, plus grosse et plus longue, qui jouait le rôle de commissure sous- œsophagienne. Ses organes frontaux étaient bien plus déve- loppés que ceux de l'adulte ; quant à ses organes ventraux, ils avaient la forme de losanges ayant 480 ^ de longueur (soit plus du tiers de la distance qui sépare deux pattes) et 190 de lar- geur; ils présentaient en avant une partie étranglée que l'on doit considérer, sans aucun doute, comme les premières ébau- ches des organes préventraux (fig. 44, p. 40). Cet embryon était loin d'atteindre la maturité, car il ne mon- trait pas trace de pigmentation, et ses grosses papilles, à peine ébauchées, ne portaient pas encore de soie terminale. Pourtant, les plis du corps étaient normalement formés; il y avait déjà des soies sur les arceaux des soles, sur les quatre papilles pédieuses et sur la face ventrale du pied. Les griffes appendi- culaires étaient sinueuses et presque denticulées sur leur bord interne. Les papilles, urinaires anormales occupaient la même position que chez l'adulte. Les glandes salivaires avaient presque la même largeur que les cordons nerveux, et s'étendaient jusqu'aux appendices de l'antépénultième paire; des tubes urinaires, recourbés en anse, s'apercevaient à la base de toutes les pattes, et ceux de la dernière paire ne semblaient pas moins- développés que les autres. 108 E.-L. BOUVIER Cet embryon était un mâle. Ses testicules mesuraient environ 1 millimètre de longueur et 62 (/, de largeur, ils précédaient une vésicule testiculaire remarquablement petite (60 p. sur 65); venaient ensuite un court canal déférent, sinueux à son origine, et un canal impair recourbé en anse, qui se dilatait régulière- ment depuis son origine jusqu'à l'orifice génital. Les glandes anales étaient représentées par deux tubes qui occupaient toute la longueur des deux derniers segments, mais les glandes coxales ne paraissaient pas encore développées. L'embryon avait 37 paires de pattes comme la mère ; étant donnée la réduction dans le nombre des appendices qui carac- térise le mâle des Peripatus, on peut affirmer que les femelles de l'espèce peuvent certainement avoir de 37 à 40 paires de pattes. Distribution, mœurs. — L'exemplaire type de cette espèce appartient au Muséum de Paris ; il fut trouvé dans une mai- son, à Popayan (Nouvelle-Grenade), par un voyageur dont le nom ne nous est pas resté, mais qui eut soin de joindre à l'animal la note manuscrite suivante : Ce Péripate « est nommé Vampan par les indigènes. Touché au moyen d'une baguette, il a immédiatement lancé un jet de vapeur blan- châtre. En tombant, cette vapeur est arrivée à l'état solide comme une pellicule blanchâtre. Le jet a eu lieu avec une certaine force, et peut être comparé à la vapeur d'une locomo- tive que le mécanicien lâche par intervalles successifs. Intro- duit dans le flacon où il est, au contact de l'alcool, il a rendu une quantité assez considérable de la vapeur blanche, qui se coagulait à mesure qu'il la rejetait au dehors. Elle avait l'apparence d'albumine se coagulant. » Il s'agit, comme on voit, du produit des glandes muqueuses; toute la partie antérieure du spécimen s'en trouvait revêtue. Affinités. — Cette espèce n'est pas sans quelque ressemblance avec les deux précédentes, mais elle en diffère par l'absence de grandes papilles principales sur les petits plis, par ses grandes papilles principales qui sont énormes, par le nombre réduit de ses papilles pédieuses, par ses ovaires très développés et par son très court funicule ovarien. MONOGRAPHIE DES OjNYCHOPHORES 109 4. Le Péripate de Quito. (Pèripatus quitensïs L.-R. Schmarda.) (Voir dans le texte les figures 22 (p. 22), 59 et 60.) 1871. Pèripatus quitensis L.-R. Schmarda, Zoologie B. 1, 371, fig. 269, 390 (M). 1887. F.-J. Bell, Rep. brit. Assoc. Adv. Se, 1887, 769 (H). 1898. — E.-L. Bouvier, Int. Congr. Zool. Cambridge, 269, 271 (M). 1899. C. R. Acad. des Se, vol. GXX1X, 1030 (M). 1900. — — Ann. Soc. ent. de France, vol. LXV11L 443 (M). 1901. — A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 26. Plis dorsaux alternants et plis incomplets disposés comme dans le P. tuberculatus. Papilles principales de deux sortes, les grandes localisées sur les grands plis ou elles sont séparées par 3 ou 4 pe- tites ; ces dernières subégales, contiguës et seules représentées sur les petits plis ; les papilles accessoires, si elles existent, sont cer- tainement fort rares et très réduites. Une dent accessoire sur l'a lame externe des mandibules, 2 et une scie d'au moins 7 denti- cules sur la lame interne. Pattes au nombre de 36 paires dans le- mâle, munies de 4 papilles pjédieuses et de soles à 5 arceaux. Tubercules urinaires des pattes IV et Va peu près disposés comme dans le P. ecuadorensis. Orifices des glandes anales du mâle net- tement séparés ; papilles sexuelles sur les deux paires de pattes prégénitales . Le mâle, qui est seul connu, mesure 37 millimètres de longueur. — Trouvé dans les hautes régions de V Equateur. Historique. — M. L.-R. Schmarda (1871, 371, iîg. 269) fit connaître cette espèce et lui attribua le nom de Pèripatus qui- tensis dans le premier volume de sa Zoologie ; abstraction faite de l'indication du nombre des pattes, le texte de l'auteur ne renferme aucun élément de diagnose spécifique et, comme il convient à un traité rédigé pour des étudiants, ne mentionne que les caractères communs à tous les Onychophores ; des trois figures qui servent à illustrer le texte, l'une d'elles (la fig. ..a) donne assez bien l'aspect de l'animal, mais les deux autres ne renferment aucun caractère spécifique intéressant, encore 110 E.-L. BOUVIER qu'elles représentent le détail de la bouche (fig. b) et d'une patte (fig. c). Signalée pour la première fois dans un traité classique, cette espèce resta inconnue des zoologistes jusqu'en 1887, époque où M. Jeffrey Bell attira l'attention sur elle (1887% 769) ; depuis, M. Sedgwick l'a mentionnée comme une espèce dis- tincte dans sa monographie (1888 b , 482, 488), mais seulement pour mémoire et, comme M. Bell, sans en avoir vu le type. M. le professeur Schmarda voulut bien me faire savoir que l'exemplaire existait encore à l'Institut zoologique de Vienne, et c'est ainsi que j'ai pu recevoir en communication cette pièce rare, grâce à l'aimable obligeance de M. le professeur C. Grob- ben. J'ai dû forcément ménager le spécimen qui m'était confié et n'en faire que l'étude morphologique ; malgré tout, je crois avoir relevé ses caractères essentiels et montré que le P. qui- tensis est différent du Péripate que M. Camerano décrivit sous le même nom, sans l'avoir comparé au type. Forme, dimensions . — Le corps est trapu et vraisemblable- ment très contracté, comme le montre d'ailleurs le rapproche- ment des pattes et des plis ; il atteint son maximum de largeur un peu en avant du milieu et s'atténue bien plus en arrière qu'en avant ; il est régulièrement convexe sur le dos ; sa lon- gueur est de 37 millimètres, sa largeur maximum de 3,8 milli- métrés. Coloration. — Le spécimen a subi une décoloration presque totale, et présente une teinte d'un blanc grisâtre assez uniforme. Dans la partie antérieure, quelques vestiges pigmentaires ont subsisté, et se présentent sous la forme de taches métamériques situées à droite et à gauche d'une aire médiane assez large et plus claire, où elles semblent délimiter vaguement des losanges dorsaux ; la partie inférieure des flancs paraît aussi un peu plus foncée. Les antennes ont conservé une teinte légèrement jau- nâtre. Téguments. — La ligne claire apparaît manifestement sous la forme d'un filet gris situé au centre d'une bande dorsale un peu moins décolorée. Les plis dorsaux sont nettement alternes (fig. 59) ; au niveau de chaque patte le grand pli axial est accompagné de deux pe- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 111 tits plis incomplets, comme dans le P. Lankèsterï. N'ayant pu enlever un fragment de peau, je n'ai pas eu le moyen d'étudier la distribution des papilles avec toute la netteté désirable ; mais l'examen des plis tégumentaires à des grossissements variés m'a permis de voir que les papilles accessoires sont très rares, si tant est qu'elles existent, et que les papilles principales, de deux dimensions différentes, sont régulièrement unisériées, quelle qu'en soit la taille. J'ajouterai que les grandes papilles principales n'existent que sur les grands plis, Fïg. 59. — Penpatus quitensis qu'elles y sont séparées par trois ou *« d ô es ^LfZ^s 1 quatre petites papilles plus réduites, croquis relevé sur l'animal intact. et qu'elles se distribuent parallèle- ment à l'axe du corps, sous la forme de lignes longitudinales dessinées par de petits arcs contigus. Les petites papilles sont subégales, tangentes et présentent le même contour arrondi que les grandes. Les. papilles ventrales ont une taille plus réduite, encore que certaines d'entre elles soient nettement plus grandes que les autres. Les organes ventraux sont bien distincts, surtout dans la moitié antérieure du corps, et souvent précédés par une fos- sette préventrale. Région céphalique. — L'œil est ovoïde et présente un dia- mètre de 200 à 250 p ; les arceaux papillifères qui l'entourent rappellent à la fois le P. Lankesteri et le P. tuberculatus . Comme dans la seconde de ces espèces, il y a un court arceau infra- oculaire et un léger renflement supra-oculaire sur l'arceau qui part de l'œil ; comme dans la première, on n'observe pas de papilles bien visibles dans le triangle libre qui se trouve en dehors de l'œil. On ne voit pas de papilles intercalaires entre l'arceau infra-oculaire et l'arceau oculaire. Je n'ai malheureu- sement pas fait d'observations sur Y organe frontal, mais j'ai constaté que les papilles du front se continuent vers la bouche entre les deux arceaux frontaux. Les grands arceaux des an- tennes m'ont paru être au nombre de 45 environ. JLa cavité buccale du spécimen avait été fendue pour en extraire la mandibule droite. J'ai pu examiner en place l'arma- 11 2 E.-L. BOUVIER ture de l'autre mandibule ; elle se compose d'une dent acces- soire sur la lame externe, de 2 dents accessoire et d'une scie de 7 denticules au moins sur la lame interne. Les lèvres, en mauvais état, ressemblent certainement à celles des espèces précédentes. Pattes. — Les pattes sont au nombre de 36 paires, cylindro- coniques, un peu étranglées à leur base, et entourées de 17 ou 18 arceaux papillifères. Les soles pédieuses comprennent 3 arceaux sur les pattes de la 35 e paire, 4 sur celles de la l ie et de la 34 e paire ; on trouve déjà les rudiments d'un 5 e arceau sur celles des paires 2 et 3 ; enfin, sur toutes les pattes intermédiaires, on observe toujours 5 arceaux bien développés (%. 60), encore que le dernier soit plus court et un peu moins large que les autres. Fig. 60. — Peripatus Les pieds sont toujours munis de 4 papilles : quitensis Schmar- 9 avant 2 en arrière da, Ô type; sole - eu rtVcU1L i - 1 cu !" lieie ' et pied de la s^ H V a des fentes coxales bien développées à patte droite, vus ., ,, , ., • •• 1 du côté interne, la base de toutes les pattes, et autour de ces Croquis relevé sur f en t es une a ire ovale plus claire où les tégu- 1 animal intact. l _ ° ments sont plus minces et les papilles plus faibles. Mais nulle part les vésicules correspondantes ne sont dévaginées. Les orifices urinaires normaux sont très distincts et un peu en dedans de l'angle supérieur des fentes coxales. Les orifices urinaires des pattes IV et V (fig. 60) occupent ta peu près la môme position que ceux du P. ecuadorensis ; ils divisent le 3 e arceau des soles en deux parties très inégales, et sont largement concrescents avec la partie antérieure qui est de beaucoup la plus grande ; ils refoulent un peu l'arceau sui- vant. Caractères sexuels. — L'exemplaire est un mâle, ainsi qu'on le reconnaît à ses papilles sexuelles qui sont situées près du bord postérieur des fentes coxales, sur les pattes de la 33 e et de la 34 e paire (fig. 22, p. 22) ; je n'ai vu qu'une papille sur celles de la 33 e paire, mais il y en avait 2 superposées sur celles de la paire suivante. Les orifices (Oa) des glandes anales sont très nets et bien séparés l'un de l'autre ; ils se trouvent un peu en avant MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 113 de la commissure ventrale de l'anus. L'orifice sexuel est cruci- forme et entouré d'un bourrelet arrondi. Distribution. — L'unique représentant connu de cette espèce a été trouvé, dit M. Schmarda, dans le « Hochland » équatorial (Amérique du Sud) et, d'après le nom spécifique choisi par l'auteur, probablement aux environs de Quito. (Musée de Vienne.) Affinités. — Le P. quitensis se rapproche surtout du P. Lan- kesteri, mais il en diffère : 1° par ses petites papilles principales .subégales ; 2° par ses grandes papilles principales qui sont plus grandes ; 3° par l'absence ou la réduction extrême des papilles accessoires ; 4° par le nombre des papilles pédieuses qui sont toujours au nombre de 4 ; 5° par la position des tubercules urinaires des pattes IV et V. Il se rapproche également beaucoup du P. ecuadorensis et du P. tuberculatus ; mais ces deux espèces ont des papilles accessoires très développées et des papilles principales bien plus variables ; on sait d'ailleurs que la première a un plus grand nombre de papilles pédieuses, et que la seconde se fait remarquer par le développement beaucoup plus fort de ses grandes papilles principales. Le P. quitensis de M. Camerano est une espèce très distincte ■à laquelle j'ai attribué le nom de P. Cameranoi. 5. Le Péripate de Camerano. [Peripatus Cameranoi E.-L. Bouvier.) (Voir PI. IV, figure 28 et dans le texte les figures 61 et 62.) 1897. Peripatus quitensis L. Camerano, Atti R. Ace. Se. di Torino (2), vol. XXXII, 395-398, fig. (M). — — — Ann. Mus. civ. di Genova(2), vol. XVIII, 14 (M.). 1898. — Boll. Mus. Zool. ed Anat. comp. di To- rino, vol. XIII, n° 316, 1-2 (M). v- — Atti R. Ace. Se. di Torino (2), vol. XXXIll, 308 (M). — — — Atti R. Ace. Se. di Torino (2), vol. XXXIll, 591. 1898. — E.-L. Bouvier, Int. Congress Zool. Cambridge, 269- 2-71 (M). 1899 . Peripatus Cameranoi — C. R. Acad. des Se, vo!. CXXVItt, 1030 (M). ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 8 114 E.-L. BOUVIER 1900. Peripatus Cameranoi E.-L. Bouvier, Ann. Soc. ent. de France, vol. LXVIIl (1899), 438 (M). 1901. — A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 26. 1902. — E.-L. Bouvier, Bull. Soc. ent. de France, 160 (A). Plis dorsaux alternativement grands et petits, souvent, d'ail- leurs, sans grande différence ; certains d'entre eux sont des plis segmentaires incomplets qui commencent un peu au-dessous du milieu des flancs. Papilles principales unisériées, côntiguës, trans- versalement ovoïdes, et de taille assez variable, sans que certaines soient remarquablement plus grandes que les autres. Papilles accessoires réduites, peu nombreuses, situées sur les flancs des plis, rarement entre les papilles principales. Ligne claire fort nette ; organes clairs très irrégulièrement développés; organe frontal correspondant à 4 ou 5 papilles. 3 dents accessoires sur les lames externes des mandibules, 9 et une scie de 4 (?) dent/raies sur les lames internes. Pattes au nombre de 3$ [mires dans un mâle, de 34 à 36 paires dans les femelles; soles pêcheuses munies de 4 ar- ceaux, avec les rudiments d'un 5 e ; le pied porte 4 papilles < L 2 en avant, l 2 en arrière) et présente des stries longitudinales sur le dos. Tubercules ur inaires des /jattes IV et V semblables à ceux du P. quitensis, mais totalement inclus dans le 3 e arceau des soles. Glandes salivdires allant au moins jusqu'au 8 e segment préanal . Ovaires très réduits, englobés dans une gaine conjonctive com- mune, situés entre les pattes préanales de la 5 e et de la 6 l paire; funicule ovarien large et très court, bifurqué en arrière. Récep- tacle ovarien de 750 a. Longueur du mâle, 34 millimètres; des femelles, de 40 à 55 millimètres. — Habite l'Equateur, régions de Cuenca et de Sigsig. J'ai dédié cette espèce à M. le professeur Camerano, qui l'avait décrite sous le nom de P. quitensis. Historique. — Ce Péripate fut découvert dans l'Equateur par le D r Festa, puis décrit (1897, 1898) par M. le professeur Camerano qui l'identifia avec le P. quitensis Schmarda, mais sans l'avoir comparé au type de cette espèce. M. Camera.no fit connaître la taille, la coloration, la dentition mandibulaire et le nombre des appendices des spécimens qu'il avait sous les yeux; il fut conduit à grouper ces derniers dans deux formes, Tune typique (Forma typica), caractérisée par une bande MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES H 5 nuquale blanche, l'autre qu'il considère comme une sous-^espèce (sub. spec. Festse Cam.), et dans laquelle cette bande fait défaut. Ayant eu en communication l'un des types de M. Camerano. j'ai ajouté un complément important à la description primitive fl898 a , 269, 271), comparé ce type avec celui du P. quitensis Schm., et montré qu'il en diffère à de nombreux égards. En conséquence, j'ai dû considérer le Péripate de M. Camerano comme appartenant à une espèce distincte, et je l'ai nommé P. Cameranoi en l'honneur du zoologiste qui l'avait fait con- naître (1899 e , 1030; 1900% 438). C'est avec le type de M. Camerano sous les yeux que j'ai rédigé la description suivante. Forme, dimensions. — Le corps est assez fortement convexe du côté dorsal ; il se rétrécit un peu en avant, beaucoup plus en arrière et présente des bords subparallèles dans sa région moyenne. Le spécimen que j'étudie est une femelle qui a très sensible- ment 46 millimètres de longueur sur 6 millimètres et demi de largeur maximum; c'est probablement celui que M. Camerano a désigné par la lettre cl et qui avait 50 millimètres sur 7 quand il fut décrit (1897, 396) ; les trois autres exemplaires mesurés à cette époque présentaient les dimensions suivantes : a çf ayant 34 millimètres de longueur et 5 de largeur. b Ç — 55 — 7 — c § — 40 — 7 Coloration. — Les spécimens remis à M. Camerano étaient d'un brun chocolat foncé en dessus, d'un brun clair en des- sous, les pattes étant colorées comme le dos du côté externe et comme le ventre sur la face interne ; les antennes étaient totale- ment noirâtres. — Cette coloration est peu modifiée au moment où j'écris ce mémoire; je remarque seulement que la couleur brune du dos est lavée d'une teinte rougeâtre, que la face ventrale tire sur le gris et que les antennes sont un peu plus sombres à l'extrémité libre. Il y a sur le dos une étroite bande plus foncée, au centre de laquelle se distingue très bien la ligne claire; les soles pédieuses sont d'un jaune grisâtre. On ne voit pas trace de losanges dorsaux. 116 E.-L. BOUVIER Téguments. — ■ Les plis dorsaux (PI. IV, fig. 28) sont alter- nativement grands et petits, mais les différences entre les deux .sortes paraissent en beaucoup d'endroits peu sensibles, et se manifestent surtout en arrière et au-dessus des pattes. Il y a des plis segmentaires incomplets, qui commencent au-dessous du milieu des flancs par une pointe très fine. Les papilles des plis sont unisériées, contiguës, transversalement ovoïdes; elles pré- sentent des dimensions assez diverses, mais passent les unes aux autres par tous les degrés, de sorte que les plus grandes ne se détachent pas distinctement au milieu des autres. Les papilles accessoires sont réduites, peu nombreuses, situées sur les flancs des plis et très rarement entre les papilles princi- pales. La ligne claire est fort nette, mais si j'en juge d'après le petit fragment de peau que j'ai détaché, les organes clairs sont loin d'exister partout. Les papilles de la face ventrale ont des dimensions très variables, mais toujours réduites ; les plus grandes ne tran- chent pas beaucoup sur les autres. Il y a certainement des organes ventraux, mais je n'en ai pas fait l'étude. Région céphalique. — Les papilles du front se continuent avec les papilles prébuccales, mais deviennent très réduites au point où se rapprochent le plus les arceaux frontaux. L'œil a 220 \l de diamètre maximum ; l'arceau oculaire com- mence sur son bord interne par deux grosses papilles, et après avoir fait un tour, se réduit assez vite et se continue par un filet chitineux qui constitue la plus grande partie du second tour de spire ; ce dernier tour est d'ailleurs incomplet. Sur l'arceau oculaire se voit un organe frontal bien développé qui correspond à 4 ou 5 papilles. L'arceau infra-oculaire forme un arc de petites papilles au voisinage de l'œil ; il se continue entre les antennes par un filet chitineux, puis, en dessous, porte de nouveau des petites papilles. Je n'ai pu étudier les lèvres qui avaient été gravement lésées lorsqu'on avait extrait les mandibules. Ces dernières ont été décrites et figurées par M. Camerano (1897, 398, fîg. A et B) : leur lame externe a 3 dents accessoires et leur lame interne 2 ; MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 117 la scie de cette dernière n'aurait que 4 denticules, mais j'ai tout lieu de croire que M. Camerano n'en a relevé qu'une partie. Pattes. — Les pattes se présentent au nombre de 36 paires- dans la femelle qui m'a été communiquée; on en comptait 35 ou 34 paires dans les deux autres femelles étudiées par M. Camerano, et 32 paires chez un mâle. Ces appendices sont médiocrement saillants ; ils ont norma- lement 4 arceaux assez larges avec les rudiments d'un 5 e (fig. 61) où des échancrures indiquent encore, presque toujours, leslimites des papilles. Les pattes postérieures sont fort réduites et n'ont que 2 arceaux ; celles de la paire précédente semblent un peu plus fortes et en ont 3, comnre les pattes antérieures. ^caL^ZTiolZ Le pied est court, orné de stries longitudinales 9 l yp e ; sole efc . tubercule urinaire sur le dos et muni de 4 papules (fig. 62) : 2 en de la 5* patte gau- avant et 2 en arrière. Il y a des soies sur les che< Gr " 60 - saillies ventrales du pied. Les fentes coxales sont grandes, mais le plus souvent fermées.. Pourtant leurs vésicules s'évaginent très largement au dehors dans beaucoup de pattes du tiers postérieur du corps. Les tubercules urinaires des pattes IV et V se trouvent totalement inclus dans le 3 e arceau qu'ils divisent en deux tronçons assez inégaux ; absolument indépendants du tronçon postérieur, qui est le plus court, ils confluent avec l'autre tronçon par leur bord antérieur presque tout Fi 62 '_ Peri entier. Il est peu d'espèces où les tubercules se tus Camemnoi localisent plus complètement dans le 3 e arceau unpïed vu paria-' de^ Soles ^ ace aQ térieure. Gr. 64. Caractères sexuels externes. — L'orifice géni- tal de la femelle qui m'a été soumise était fort large et porté au sommet d'un tronc de cône saillant. Je considère cette dispo- sition comme anormale et due à une é\agination que les der- niers spasmes ont produite. Je n'ai pas vu le mâle signalé par M. Camerano; d'après cet auteur, il avait seulement 32 paires de pattes. 118 E.-L. BOUVIER Anatomie, développement . — La femelle dont je fais l'étude était ouverte dans la moitié postérieure du corps; j'ai pu y voir les glandes salivaires, mais comme celles-ci étaient étroites et fort transparentes, je ne suis pas bien sûr d'avoir pu les suivre jusqu'à leur terminaison ; en tout cas, elles se prolon- gent au moins jusqu'au 8 e segment préanal. Les ovaires de ce spécimen occupaient la face dorsale du tube digestif, entre les pattes préanales de la 5 e et de la 6 e paire. Ils étaient complètement englobés dans une enveloppe commune, et formaient avec celle-ci un corps triangulaire à peine plus grand que le réceptacle séminal. Ils se continuaient par un court funicule tordu qui se divisait bientôt en deux larges branches ; ces dernières se fixaient au plancher péri- cardique entre les pattes préanales de la 4 e et de la 5° paires. Les réceptacles ovulaires étaient coniques, un peu arqués et assez volumineux. Les réceptacles séminaux ne mesuraient pas moins de 750 u.; ils étaient suivis par une dilatation bosselée qui m'a paru renfermer un amas spermatique. J'ai pu jeter un coup d'œil sur l'un des premiers embryons contenus dans l'une des branches utérines ; il était muni d'un placenta et ressemblait à un champignon à chapeau. Le dernier embryon de cette branche avait 19 millimètres de longueur, 33 ou 34 paires de pattes et, sur les plis, des papilles princi- pales de deux sortes, les unes grandes, les autres beaucoup plus petites. La ligne claire de cet embryon était fort nette et présentait une dilatation tous les deux plis. Les dilatations représentent sans cloute les ébauches des organes clairs, car ces derniers m'ont paru présenter une alternance semblable chez l'adulte. Habitat, variations. — Les quatre exemplaires (3 femelles et 1 mâle) qui présentent sur la nuque une bande transversale blanche sont considérés par M. L. Camerano comme représen- tant la forme typique, forma typica, de l'espèce ; c'est l'un d'eux que j'ai étudié dans la description précédente. Ils ont été trouvés par le D r Enrico Festa, par 2550 mètres d'altitude, à Sigsig, au sud-est de Cuenca, dans la République de l'Equa- teur ;1897, 396-398). Le même voyageur a recueilli à Cuenca deux Péripates MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 119 femelles qui sont dépourvus de bande transversale blanche sur la nuque, et pour lesquels M. Camerano propose de former une sous-espèce qu'il désigne sous le nom de P. quitensis [Came- ranoi) sub spec. Festae. Ces femelles ont 35 paires de pattes, l'une mesure 45 millimètres sur 5, l'autre 50 sur 8 ; M. Came- rano en a tiré deux embryons munis de 33 paires de pattes et longs de 25-27 millimètres. Grâce à M. Camerano, j'ai pu exa- miner Tune de ces femelles et me convaincre qu'elle ressemble au type dans presque tous les détails ; la région oculaire est faite de même, les pieds présentent sur le dos les stries longitudi- nales caractéristiques, et les tubercules urinaires sont sem- blablement placés. Toutefois la bande transversale blanche fait défaut et les papilles frontales ne se prolongent pas entre les antennes. Il serait nécessaire d'étudier l'organisation interne pour savoir si ces deux femelles méritent réellement d'être réunies dans une sous-espèce distincte; en tout cas, elles sem- blent fort peu différentes du type. Affinités. — Cette espèce est voisine du P. quitensis avec le- quel M. Camerano l'avait confondue ; elle s'en distingue au premier abord parle nombre despattes, le mâle du P. quitensis en ayant autant (36 paires) que les femelles de P. Cameranoi qui en possèdent le plus. Les deux espèces diffèrent en outre : 1° par l'alternance des plis qui est beaucoup moins marquée dans le P. Cameranoi que dans le P. quitensis ; 2° par la dimension des papilles principales dont certaines sont largement prédominantes dans le P. quitensis mais non dans le P. Cameranoi; 3° parla position des tubercules urinaires anormaux qui débordent légèrement le 3 e arceau des soles dans le P. quitensis, tandis qu'ils sont totalement inclus dans l'arceau chez le P. Cameranoi. Impossible de pousser plus loin cette comparaison, car je ne me suis pas attribué le droit d'étudier complètement le type de P. quitensis qui m'avait été communiqué et, d'autre part, je n'ai pas eu entre les mains le mâle de P. Cameranoi recueilli par Festa. W E.-L. BOUVIER 6. Le Péripate de Corrado. (Peripatus Corradoi L. Camerano.) (Voir PI. 111, fig. 15; PL IV, fig. 29 et 30, et dans le texte les (ig. 6 (p. 15), 18 (p. 20), 42 (p. 38), 63, 64 et 65.) 1898. Peripatus Corradi L. Camerano, Boll. Mus. Zool. ed Anat. comp. di To- rino, vol. Xlll, n° 316, 2 et 3 (M). — — Atti R. Ace. Se. di Torino (2), vol. XXXIII, 308-310, lig. A et B (M). — — Atti R. Ace. Se. di Torino (2), vol. XXX111, 591 (M). 1898. E.-L. Bouvier, Int. Congr. Zool. Cambridge, 269-270 (M). 1899. - — C. R. Acad. des Se., vol. CXXVII1,. 1344 (M). — — — C. R. Aead. des Se., vol. CXX1X, 1030 (M). 1900. — — Ann. Soc. ent. de France, vol. LXVIIl, (1899), 389, 438, 443 (M). 1902. — — Bul. Soc. ent. de France, 160-161 (A). Plis dorsaux presque toujours de même largeur chez V adulte r mais parfois alternants chez les jeunes; les plis segmeniaires in- complets sont fort rares et se prolongent presque toujours jus- qu'au-dessus des pattes. Papilles principales de dimensions diverses, sans prédominance très marquée des plus fortes citez les grands exemplaires, certaines de celles-ci étant plus claires, plus saillantes et formant des lignes longitudinales sinueuses dans les petits spécimens. Papilles accessoires très réduites et fort rares dans ces derniers exemplaires, plus développées dans les autres où elles passent aux petites papilles principales. Ligne claire fort nette; organes clairs et organes frontaux très variables. Une ou 2 dents sur les lames externes des mandibules ; 2 dents et une scie de 6 ou 7 denticules sur les lames internes, qui ont un diastème étroit et profond. Les mâles ont 24 ou 25 paires de pattes, les femelles 26 à 29 paires; soles larges, munies de 4 arceaux qui décroissent en largeur du premier au dernier; parfois les vagues ébauches d'un 5 e arceau; 2 papilles pédieuses en avant, 2 en arrière. Tubercules urinaires des pattes IV et Y disposés connue dans le P. Cameranoi. Glandes sedivaires atteignant presque les pattes prégénitales, et accompagnées d'un réservoir qui se term ine au niveau des pattes de la 2 e paire. Les orifices des glandes anales du mâle MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 121 sont très distincts en avant de l'anus; l'on observe des papilles cru- rales sur les deux paires de /jattes pjrégènitales ; glandes anales et glandes crurales sont démesurément développées et ces dernières se répandent dans la cavité du corps ou elles forment de nombreux replis. Ovaires rejetés loin en avant à des niveaux variables, assez développés, réunis dans une enveloppe commune, et rattachés au plancher përicardique par un très grêle funicule qui se bifurque parfois en arrière; les réceptacles séminaux ont 300 à 350 k u de diamètre maximum. Espèce de petite taille dont la longueur varie entre 14 et 39 millimètres. Habite l'Equateur. Cette espèce a été dédiée à M. Corrado Festa, père du voya- geur qui l'a découverte. Historique. — Le P. Corradoi a presque la même histoire que le P. Bahani ; recueilli dans l'Equateur par le D r Festa, il fut nommé et décrit par M. Camerano (1898 a , et 1898 b , 308-310, fig. A etB) qui signala sa couleur, sa taille, le nombre de ses appendices, la dentition de ses mandibules, et qui le compara ultérieurement avec le P. Bahani et le P. Cameranoi Bouv. (P. quitensis Cam.). M. Camerano m'ayant communiqué deux de ses types, j'ai pu ajouter à la description de l'auteur un certain nombre de caractères morphologiques importants (1898 d , 269-270; 1899, 1344), montrer que l'espèce doit se ranger parmi les Péripates andicoles (1899 e , 1030; 1900% 389, 438, 443), et indiquer la structure de ses organes génitaux mâles (1902 e , 160-161). Depuis lors, j'ai reçu de Guayaquil beaucoup d'autres exem- plaires qui m'ont permis d'étudier assez complètement cette intéressante espèce ; les uns ont été capturés par M. SiLVESTRi r d'autres appartiennent au Musée de Hambourg et certaines au Muséum de Paris. Forme, dimensions. — Les exemplaires de P. Corradoi 'sont relativement larges et peu bombés en dessus ; ils ne s'atténuent sensiblement qu'au voisinage des deux bouts, et d'ailleurs beau- coup moins en avant qu'en arrière. Longueur. Largeur, millim. millim. Type 9 de Quito, qui m'a été communiqué 22 4 1/2 — Ç de Balzar, donné au Muséum 22 4 1/2 — 9 de Quito (d'après M. Camerano) 20 3 1/2 -.— ç? (?) de Balzar (d'après M. Camerano) 19 3 122 E.-L. BOUVIER Longueur. Largeur. millim. niillim. Ex. 9 de Guayaquil (coll. du Muséum) 37 4 1/2 — çf — donné au Muséum par M. Sihestri 14 3 — Ç — (du musée de Hambourg). 22 1/2 3,75 Coloration. — M. Camerano décrit (1898 a ) de la manière suivante la teinte des quatre exemplaires recueillis par Festa : « En dessus, la coloration est noirâtre ou brunâtre (exempl. dans l'alcool) , avec une ligne longitudinale médiane de teinte plus foncée; antennes et face externe des pattes de même couleur que le dos (dans les exemplaires brunâtres les antennes sont noirâtres) ; partie inférieure du corps d'unbrun sombre ». Le type que m'a communiqué M. Camerano était noirâtre et celui qu'il a donné au Muséum de teinte brune légèrement lavée de rose ; dans ce dernier, la bande longitudinale noire était interrompue par une ligne jaunâtre au niveau de chaque paire de pattes, et des papilles claires, bien plus nettes que dans l'autre spécimen, se trouvaient répandues en assezgrand nombre sur les téguments dorsaux. Dans tous deux, d'ailleurs, la coloration devenait beaucoup moins foncée sur la partie infé- rieure des flancs, les soles pédieuses étaient jaunâtres et la face ventrale avait une teinte grise plus ou moins lavée de brun. Les exemplaires de Guayaquil se distinguent des précédents par leur coloration brun rougeâtre, et par la distribution de leurs papilles claires en lignes longitudinales onduleuses; pour le reste, ils sont semblables aux précédents ; pourtant la femelle clu Musée de Hambourg se distingue par sa ligne brune, qui présente des dilatations segmentaires. J'ajoute que les papilles claires et prédominantes font défaut dans tous les exemplaires .) et les utérus remarquablement plus courts. Dans les deux spécimens, les ovaires présentaient à peu près la même taille ; ils se trouvaient sous une enveloppe commune et renfermaient des œufs ovariens de 44 [/.. J'ai observé des embryons dans les utérus de la femelle adulte, mais aucun d'eux n'avait atteint son développement complet ; l'un des plus avancés se trouvait presque exactement au stade que M. Kennel a représenté dans la figure 30, PI. VI, de son premier mémoire (stade spiral à métamérisation incomplète). Habitat. — D'après M. Wheeler, 87 exemplaires de cette espèce furent capturés par M. le D'Eisen, en novembre 1894, à Tépic (Mexique), par 4 000 pieds d'altitude. Ils se trouvaient « sous des pierres et des pièces de bois, dans un lieu ombragé, le long d'un fossé rempli d'eau qui provenait des bains, aux en- virons de la ville. » (Coll. Wheeler; Muséum de Paris.) Affinités. — J'ai indiqué plus haut (Voy. p. 77) les carac- tères essentiels qui distinguent cette espèce du P. Corradoi. Abstraction faite de ces caractères, les deux espèces sont extrê- mement voisines et se font remarquer surtout par le dévelop- pement exagéré que présentent les glandes annexes chez les mâles. A ce point de vue, le P. Eiseni se rapproche plus des formes normales que le P. Corradoi, mais il s'en éloigne davan- tage par l'isolement et le recul de ses tubercules urinaires, de 136 E.-L. BOUVIER sorte qu'il est impossible de rattacher ces deux formes l'une à l'autre. Comme elles se trouvent dans des régions fort éloignées, il est probable qu'elles se relient étroitement à des espèces intermédiaires qui ont existé ou qui existent peut-être encore dans la zone andicole, entre Tépic et l'Equateur. 8. Le Péripate de Bell. (Peripatus Belli E.-L. Bouvier.) (Voir PL V, fig. 32 et, dans le texte, les fîg. 67, 68, 69.) 1904. Peripatus Belli E.-L. Bouvier, Bull, du Muséum, 56-57, 1904 (M). Espèce voisine du P. Corradoi et du P. Eiseni dont elle se distingue essentiellement : 1° par ses plis dorsaux dont les papilles .sont très serrées; 3° par la multiplicité des papilles accessoires qui passent par tous les degrés aux papilles principales et. qui, réunies longitudinalement au nombre de 2 ou 3, forment entre ces der- nières une saillie à 3 ou 3 sommets ; 3° par les profonds et étroits sillons, plus ou moins longitudinaux, qui séparent transversale- ment les papilles principales ou les précédentes saillies; 4° par la position des ovaires et des réceptacles séminaux qui, au lieu de se trouver vers le milieu du corps, sont situés entre les pattes pré- anales VI-VII, et rattachés au plancher péricar clique pKir un court et large funicule. Dimensions de l'unique femelle connue : 43 milli- mètres sur 4 [dans l'alcool). Habite les rives du Guayas, dans l'Equateur. J'ai dédié cette espèce à M. le professeur F. Jeffrey Bell, qui m'a fait parvenir, avec tant d'empressement, les divers Péripates du Musée britannique. Caractères. — Le P. Belli est certainement bien plus grand que le P. Corradoi, et l'on ne saurait douter qu'il puisse atteindre la taille du P. Eiseni. L'unique exemplaire qui le représente jusqu'ici dans les collections est une femelle, dont la longueur atteint 43 millimètres et la plus grande largeur 4 millimètres; dans les branches utérines de cet exemplaire se trouvent des embryons à divers stades dont l'un, presque mûr et déjà pig- menté, mesure presque 1 5 millimètres. Les pattes sont au nombre de 28 paires dans la femelle, de 25 dans l'embryon précédent qui est probablement un mâle. Le MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 137 môme nombre d'appendices s'observe dans le P. Corradoi et dans le P. Eiseni. En fait, le P. Bell'i ressemble beaucoup à ces deux dernières espèces, mais il s'en distingue par ses téguments, la position de ses organes sexuels, et sans doute aussi par la coloration. Conservé dans l'alcool, l'exemplaire qui m'a été soumis a une teinte uniforme d'un gris légèrement teinté de rose, avec quel- ques papilles un peu plus claires, mais sans ligne médiane dorsale nettement plus foncée. Les téguments dorsaux (PL V, fîg. 32) sont très caractéristiques «t présentent quelque ressemblance avec ceux du P. un Thurmi. Au lieu d'être largement séparées les unes des autres, comme on l'observe dans le P. Eiseni, les papilles des plis dorsaux sont étroitement contiguës et séparées, jusqu'à la base des plis, par un profond intervalle dirigé plus ou moins longitudinale- ment. Les papilles principales sont très variées, les unes subcylindriques et terminées par une sphère terminale assez forte, les autres coniques sans évagination terminale. Comme dans les grands exemplaires de P. Corradoi, les papilles coniques passent par tous les degrés aux papilles accessoires, mais ces dernières sont plus nombreuses et presque toujours intercalées par deux ou trois entre les papilles principales où, réunies de la sorte, elles forment une sorte de rectangle étroit qui présente autant de pointes que de papilles. La ligne claire est continue et fort nette, mais les organes clairs se réduisent à d'étroites fentes transversales qui viennent se fusionner sur la ligne claire. Tandis que les ovaires- et les réceptacles séminaux du P. Cor- radi et du P. Eiseni sont situés vers le milieu du corps, ceux du P. Belli viennent se placer très en arrière entre les pattes préa- nales VI- VII. Le funicule ovarien (fîg. 67) qui les rattache au plancher péricardique, à la hauteur delà 5 e paire préanale, est par conséquent assez court ; d'ailleurs il se distingue par sa lar- geur remarquable (près de 500 u) et parla séparation, au voisinage des ovaires, des deux moitiés qui le constituent. Les mandibules (fîg. 68) sont armées de deux fortes dents sur chacune de leurs lames, et de 9 ou 10 denticules sur la scie des lames internes. 138 E.-L. BOUVIER Les soles pédieuses comprennent quatre arceaux dont les deux derniers sont un peu plus étroits que les autres. Dans les pattes IV (fig. 69) et V, les tubercules ur'maires divisent le 3 e arceau en deux parties inégales, l'une antérieure très grande, l'autre postérieure fort réduite, mais pourtant moins Fig. 67. — Peripatus Belli Bouv., Ç type; extrémité posté - rieure des ovaires et funicule, très grossis. Fig. 68. — Peripatus Belli Bouv., Ç type ; les deux lames mandibulaires d'un côté. Gr. 96. que dans le P. Eiseni. Les tubercules sont bas, presque cachés dans la dépression qui sépare les deux lobes de l'arceau, lout à fait indépen- dants du lobe postérieur, mais quelque peu rattachés à celui qui les précède ; en somme, ils rappellent bien plus les tubercules du P. Eiseni que ceux du P. Corradoi. Habitat, affinités. — Cette espèce est représentée jusqu'ici par un seul exemplaire qui fut capturé à Duran, sur les rives du fleuve Guayras, à l'op- posé de Guayaquil (Musée britannique) . Du même groupe que le P. Corradoi et le P. Eiseni, elle est un peu plus voisine de la seconde espèce que de la Fig. 69. — Peripatus Belli Bouv.. Ç type ; partie distale de la 4 e patte droite, face interne avec le tubercule urinaire (soies des première, encore que celle-ci ait des soies indiquées seulement sur représentants dans la même région. le 3 e arceau). Gr. 64. l ° Je ne reviendrai pas sur les caractères qui la distinguent de ces deux formes, mais je tiens à noter MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 139 qu'elle se rapproche des Péripates andicoles primitifs (P. ecua- dorensis, Lankesteri, quitensis, Cameranoï) parle rapprochement de ses papilles, et du P. Goudoti parles rapports que présentent ses papilles principales et ses papilles accessoires. 9. Le Péripate de Goudot. [Péri pat us Goudoti E.-L. Bouvier.) (Voir PL V, fig. 33 et, dans le texte, la fig. 70.) 1899. Peripatus Goudoti E.-L. Bouvier, G. R. Acad. des Se, vol. CXXV111, • 1345 (M). — — — C. R. Àcad. des Se, vol. CXXIX, 1030 (M). 1900. — - Ann. Soc. ent. de Fr., vol. LXV111 (1899), 390, 438-440, PL VII, fig. 1-3 (M). 1904. — — Nouv. Arch. du Mus. (4), vol. M, 10 (A). Plis dorsaux de même largeur, ceux qui sont incomplets com- mençant un peu au-dessus du milieu des flancs, et d'ailleurs situés au niveau de chaque patte. Les papilles sont disposées comme dans le P. Eiseni, mais les grandes papilles principales sont plus nom- breuses et séparées par d'étroites et profondes dépressions occupées par des papilles accessoires groupées par paire, ou par de petites papilles principales coniques flanquées de quatre papilles acces- soires. La ligne claire est très nette, mais les organes clairs sont vagues; organes frontaux bien distincts. Il y a 2 fortes dents accessoires sur chaque lame mandibulaire et une scie de 8 denti- cules sur les lames internes. Pattes au nombre de 24 paires dans un mâle, de 21 ou 28 paires dans les femelles. Soles pédieuses de 4 arceaux, souvent avec les rudiments cran 5 e , pieds munis de 4 papilles; les tubercules urinaires des pattes IV et V occupent la même position que dans le P. Eiseni, mais paraissent être concres- cents avec le lobe antérieur du 3 e arceau. Les glandes salivaires s'étendent jusqu'au voisinage des pattes delà / re ou de la 2 e paire prégénitale, leurs réservoirs atteignent presque les pattes de la 3 e paire antérieure. Les ovaires se trouvent rejetés au niveau de la 16 e paire préanale, ils sont formés de deux tubes courts et accolés, d'ailleurs libres et dépourvus de funicules comme dans le P. Lankesteri; les réceptacles séminaux ont environ 350 ^ de dia- 140 E.-L. BOUVIER mètre maximum. Longueur d'une femelle contractée, 97 milli- mètres. — Habite le Mexique, et presque certainement la région andicole de ce pays. J'ai dédié cette espèce au voyageur Goudot qui Fa découverte. Historique. — L'exemplaire femelle qui sert de type à cette espèce se trouvait depuis 1842 dans les collections du Muséum où il était étiqueté sous le nom de P. Edwardsi. J'ai montré qu'il appartient à une espèce distincte (1899% 1345), mais c'est à tort que je l'ai rangé parmi les Péripates caraïbes (1899 e , 1030). Faute d'une étude microscopique appro- fondie, la description que j'en ai donnée ultérieurement (1900% 438-440, PL VII, fig. 1-3) ne me paraît plus satisfaisante et sera rectifiée plus loin. Forme, dimensions. — L'exemplaire a le corps trapu, large, très convexe, brusquement et fortement atténué en arrière, beaucoup moins rétréci en avant ; il est, pour ainsi dire, lima- ciforme, ce qui tient sans doute à une forte contraction dans le sens longitudinal. Son cône anal est complètement rétracté. Longueur, 27 millimètres ; largeur maximum, 5 millimètres ; épaisseur, 3 mm ,5. Coloration. — L'animal a perdu toutes traces de sa colora- tion primitive; à certains indices, il m'a semblé pourtant qu'il devait avoir une bande médiane obscure et des losanges dor- saux. Téguments (PI. V, fig. 33). — Les plis segmentaires incomplets •commencent un peu au-dessus du milieu des flancs et, de ce fait, sont plus courts que dans les espèces précédentes. La bande médiane dorsale est occupée par des papilles plus petites ; la ligne claire est très nette, mais les organes clairs sont fort vagues. Les papilles principales sont de deux sortes: les unes grandes (120 [j. de diamètre en moyenne), cylindriques à leur base, arrondies au sommet et munies d'un petit cylindre terminal; les autres plus réduites, fréquemment coniques, mais pouvant aussi, par leur forme, se rapprocher despremières. Lesgrandes papilles principales sont de beaucoup les plus nombreuses, et séparées par une étroite et profonde dépression dans laquelle s'élèvent, ordinairement groupées par deux, des papilles MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 141 accessoires assez développées. Parfois aussi une petite papille principale s'intercale entre deux grandes, les intervalles qui la séparent de ses deux voisines tant occupés, comme plus haut, par deux papilles accessoires. Les grandes papilles de la face ventrale sont peu pré- dominantes. Les fossettes ventrales apparaissent très nettes,, parfois précédées d'une fossette préventrale. Région céphalique. — La région oculaire rappelle à tous égards, le P. Eiseni et présente un organe frontal ; l'arceau spiral est plus développé que dans cette dernière espèce et se retrouve encore, avec des papilles, sur la face inférieure des an- tennes. Je n'ai pu étudier les lèvres qui étaient en mauvais état. Il y a 2 fortes dents accessoires sur chacune des deux lames man- dibulaires (fig. 70), et une scie de dix denticuies sur les lames internes (1900% PL VII, fig. 2 et 3). Pattes. — Les pattes sont épaisses, serrées, cy- lindriques et étranglées à leur base; assez réduites Fi S- ^.-PeripatusGoudotiBonY.,Q type; lame^ mandibulaires cl un coté. Gr. iz. en avant, elles augmentent peu à peu de dimensions, mais n'atteignent guère leur taille maximum que dans le 9 e ou le 10 e segment. Les pattes de la paire postérieure sont fort réduites, et celles des deux paires précédentes beaucoup moins. Il y a en tout 27 paires de pattes. La plupart ont des soles de 4 arceaux dont le dernier est presque aussi long que le précédent, mais un peu plus étroit. Les pattes ont perdu leur cuticule chitineuse, de sorte que les arceaux sôtifères des soles ont disparu, en même temps que les griffes. Cette circonstance rend fort délicate l'étude des papilles ipêàimses. « Je ne serais pas étonné, disais- je dans un travail antérieur (1900% 439), qu'il y en eût deux en arrière et deux en avant, dans cette espèce ». Et de fait, un nou- vel et très minutieux examen m'a permis de constater qu'il en est ainsi dans toutes les pattes encore intactes. En me livrant 142 E.-L. BOUVIER à cet examen, j'ai pu observer en outre que les tubercules uri- naires ne sont pas semblables à ceux du P. Edwardsi comme je l'avais cru tout d'abord, mais qu'ils occupent exactement la même position quec eux du P. Eiseni, abstraction faite de leur eoncrescence avec le grand lobe antérieur qu'ils déterminent dans le 3 e arceau. Il y a deux soies sur les saillies basilaires du pied et ordinairement une seule sur les saillies terminales. Anatomie, développement . — Les (/landes salivaires s'étendent en arrière jusqu'à la 2 e paire de pattes prégénitales, pour le moins; leurs réservoirs sont assez grands et atteignent presque les pattes de la 3 e paire. Les ovaires sont rejetés fort loin en a\ant et se trouvent au niveau de la 16 e paire préanale. Tubulaires et assez courts, ils restent dépourvus de funicule et par conséquent libres comme ceux du P. Lankesteri. Leurs réceptacles ovulaires ont un col terminal qui s'élargit en trompette ; leurs réceptacles séminaux mesurent environ 350 a de diamètre. Les œufs ovariens les plus gros avaient un diamètre maximum de 45 [/.; un œuf ovarien, déjà pourvu de deux gros noyaux, était à peine plus volu- mineux. Deux embryons assez avancés, et déjà munis des plis tégu- mentaires normaux, m'ont permis de faire les observations sui- vantes : les pattes ont quatre papilles pédieuses, 2 soies sur les renflements basilaires du pied et une autre plus forte sur les renflements terminaux ; les griffes sont entourées d'une cuticule hérissée de saillies dentiformes analogues à celles qu'a figurées M. Kexxnel dans le P. Trinitatis (1888, Taf. Y, fig. 60, 61) ; les tubercules urinaires des pattes IV et V sont représentés par une aire dépourvue de soiesqui divise complètement le 3 e arceau des soles en deux parties très inégales ; les antennes sont fortement dilatées à leur extrémité libre ; les glandes salivaires se pro- longent jusqu'au voisinage des pattes de la paire prégé- nitale. L'un de ces embryons est un mâle long de 1 1 millimètres ; il a 24 paires de pattes et présente de fortes papilles crurales sur ses deux paires prégénitales. L'autre embryon est une femelle à peu près de même taille ; ses ovaires occupent la face dorsale de l'intestin au niveau ÎS. s MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 143 des pattes de la. 3 e paire prégénitale ; ils sont presque aussi développés que ceux de l'adulte (600 u. de longueur sur 70 de largeur) et ne se rattachent au plancher péricardique que par une ou deux fibres conjonctives; celles-ci finiront par dis- paraître et l'ovaire deviendra libre, exactement comme nous l'avons vu dans le P. Lankesteri. Les réceptacles séminaux ont 100 |â de diamètre; ils sont formés par une anse dont les branches restent sans communication en dehors des réceptacles Les réservoirs ovulaires sont ampulliformes et parfaitement clos en dehors. Habitat. — Cette espèce a été trouvée par Goudot, au Mexique, en 1842. L'étiquette du bocal ne donne pas d'indi- cations plus précises, mais ce Péripate étant andicole, on a toutes raisons de croire qu'il provient de la zone mexicaine dont les eaux s'écoulent dans l'océan Pacifique. Affinités. — Le P. Goudoti se rapproche surtout du P. Eiseni, mais il s'en distingue par ses plis incomplets qui sont courts et segmentairement disposés, par ses grandes papilles princi- pales qui paraissent bien plus nombreuses et plus rapprochées, par ses organes clairs qui sont fort vagues, et surtout par ses ovaires qui restent libres et dépourvus de funicule comme dans le P. Lankesteri. Ses plis segmentaires incomplets la rapprochent des trois espèces suivantes, et la disposition de ses papilles lui donne quelque ressemblance avec l'une d'elles, le P. inter- mèdius. 10. Le Péripate de Sorata. [Peripatus soratanus E.-L. Bouvier.) (Voir PI. V, fig. 34 et, dans le texte, les fig. 71, 72, 73 et 74.) 1901. Peripatus soratanus E.-L. Bouvier, Bull, du Muséum, p. 168 (M). 1904. — — Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VII, 6, 10 (A). Plis dorsaux de même largeur, comprenant des plis segmen- tâmes incomplets qui commencent vers le milieu des flancs, et quel- ques autres distribués çà et là, sans régularité aucune. Papilles principales unisériées, confluent es à leur base, et d'ailleurs sub- égales, les plus grandes ne tranchant pas fortement sur les autres; papilles accessoires petites, et situées sur les flancs des plis, rare- 144 E.-L. BOUVIER ment entre deux papilles principales. Ligne claire fort nette; organes clairs atrophiés ou masqués par du pigment; organes fron- taux rudimentaires ou nuls. Lames externes des mandibules armées de S ou 4 dents accessoires; lames internes munies de 3 dents accessoires, d'un large diastème et d'une scie de il denti- cules. Pattes au nombre de $8 paires dans un embryon mâle et de 32 paires dans une femelle adulte ; soles pédieuses médiocrement larges, constituées par 4 arceaux bien développés et par les rudi- ments fort variables d'un 5 e ; papilles pédieuses au nombre de quatre : 2 en avant et 2 en arrière. Tubercules urinaires des pattes IV et V, un peu saillants sur le bord supérieur du 3° arceau qu'ils divisent en 2 tronçons, dont un antérieur beaucoup plus grand auquel ils adhèrent par une large surface. Glandes sali- vaires très rétrécies en arrière et se continuant jusqu'au voisinage des pattes génitales ; réservoir scdivaire atteignant les pattes de la 3 e paire. Ovaires contigus, assez longs, situés au niveau des pattes delà 9 e paire préanales et rattachés an 'plancher péricardique par un puissant funicule qui s'insère au niveau de la 5 e paire préanale; réceptacles séminaire de 600 à 650 y.. La femelle type a 41 mil- limètres de longueur. — Habite la Bolivie. Historique. — Un exemplaire de ce Péripate fut trouvé à Sorata r en Bolivie, par M. Gunther, qui en fit don au Musée de Lubeck. Le directeur de ce Musée, M. le Professeur Lenz, eut l'obli- geance de, me soumettre cette pièce rare dont je décrivis les -caractères essentiels, surtout ceux qui la distinguent des espèces de la même région, le P. Balzani et le P. Corrculoi (1901\ 1 68) . Depuis, j'ai fait quelques observations sur les œufs de cette espèce (4904 d , 6,10). Forme, dimensions. — Le spécimen capturé par M. Gunther est une femelle ; son dos est régulièrement, mais peu fortement convexe, son train postérieur s'atténue régulièrement jusqu'à l'extrémité anale qui est relativement étroite, son extrémité céphalique reste assez large. Il a 41 millimètres de longueur et 6 millimètres de largeur maximum. Coloration. — Bien qu'un peu décoloré quand il me fut sou- mis, cet exemplaire me paraît avoir une teinte plus claire (|u<' les autres Péripates andicoles, et à ce point de vue, ressemble beaucoup à plusieurs espèces caraïbes. Sa coloration était d'un MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 145 gris jaunâtre légèrement lavé de brun ; sur le dos se voyaient, dans chaque segment, des losanges symétriques plus clairs séparés par des bandes transversales sombres qui se dilataient et finissaient par se perdre vers le milieu des flancs ; la ligne médiane dorsale était occupée par une étroite bande continue de couleur brune; les flancs, au-dessus des pattes, se distinguaient par leur coloration plus pale, et les antennes avaient une teinte jaunâtre avec le bout libre fuligineux. La face ventrale et les. pattes étaient d'un ton plus clair que le reste du corps, les lèvres avaient une couleur blanchâtre et les soles pédieuses une teinte jaune tirant sur le roux. Téguments. — Lesplis dorsauxsonttrès sensiblement de même largeur et, vers le milieu des flancs, présententles bifurcations segmentaires normales ; pourtant, il n'est pas ^^^~-_l^ rare d'observer, en dehors de l'axe des pattes, •quelques bifurcations annexes disposées sans aucun ordre (fig. 71). Les papilles principales des plis sont uni- sériées, largement confluentes à leur base, et en forme de cône obtus ; leur volume est un peu variable, mais les plus grandes ne se distinguent pas beaucoup des autres par leur taille. Sur les flancs des plis se voient de petites protubérances qui représentent des papilles accessoires peu développées ; ces dernières s'intercalent rarement entre les papilles principales. Les papilles de la bande Fi £- 71 - — Peripatus , -,. , -, , -, -,, , soratanus Bouv., 9 médiane dorsale sont, comme dans 1 espèce type; croquis des précédente, un peu plus petites que les autres ; P lis d i ? rsa " x t e . I i tJ Ç 1 . les pattes 13 et 17, a l'axe de la région qu'elles occupent est occupé gauche de la ligne par une ligne claire fort distincte, mais les , organes clairs sont fréquemment atrophiés ou plus ou moins recouverts par du pigment. Tandis que les papilles principales du dos atteignent fréquem- ment ou même dépassent le diamètre de 150 p., les papilles ventrales les plus grandes mesurent au maximum 20 à 25 p. et, par toutes les transitions, conduisent à d'autres beaucoup plus petites. Malgré leurs faibles dimensions, les papilles ventrales ne ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 10 146 E.-L. BOUVIER sont pas toutes des papilles accessoires, car on peut observer sur les plus volumineuses d'entre elles un cylindre terminal très évident. Les organes ventraux sont indiqués par des fossettes fort dis- tinctes, en avant desquelles on voit, en certains points, les traces d'un organe préventral. Région céphalique. — L'arceau frontal est plus régulier que de coutume et, en dessus, se continue manifestement jusqu'à Yœil; il est suivi par un arceau infra-oculaire qui, formé de petites papilles, se réduit à un fdet dans la région inter-unten- naire et reprend sa structure papillaire en dessous. L'arceau oculaire commence par deux petites papilles qui occupent le bord interne de l'œil ; il décrit d'abord un tour complet, puis forme un second tour de spire qui se réduit à un tilet chitineux en dedans et en dehors de l'antenne. A droite, il n'y a pas trace d'organe frontal sur l'arceau oculaire; à gauche, il y en a peut- être un rudiment sous la forme de deux papilles conjuguées. Les antennes sont entourées par 46 ou 47 grands arceaux, dont 6 contigus dans la partie distale, puis un grand flanqué de 2 plus réduits dans la région qui fait immédiatement suite à'cette par- tie. Ailleurs, la plupart des grands arceaux sont séparés par un tilet chitineux qui représente évidemment un arceau rudimen- taire. Les lèvres étaient trop contractées et réfléchies en dedans pour se prêter à une étude sérieuse. Il y avait 4 dents acces- soires sur la lame mandibulaire externe du côté droit (fig. 72), et 3 seulement sur celle du côté gauche ; la dernière de ces dents était fort réduite. J'ai compté 3 dents accessoires sur chacune des lames internes et, sur celle du côté droit (fig. 73), une scie de 11 denticules. Le diastème de cette lame était large et assez profond. Pattes. — Les pattes sont au nombre de 32 paires dans la femelle qui sert de type à l'espèce ; toutes sont turgescentes, bien isolées et subcylindriques, munies d'une fossette coxale dont la vésicule n'est pas évaginée. Les pattes de la paire postérieure sont très réduites, et bur sole se limite àJ2 arceaux fort pe- tits; celles de la paire précédente, un peu plus fortes, pré- sentent déjà 3 arceaux. On ne trouve également que 3 arceaux MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 147 sur les pattes antérieures, mais tous les autres appendices locomoteurs ont 4 arceaux bien développés avec les rudiments d'un 5 e (%. 74). Ce dernier est des plus variables : le plus sou- Fig. 72 et 73. — Peripatus soratanus Bouv., 9 type: lames inandibulaires externe et interne du côté droit. Gr. 64. vent il représente une courte surface sétifère, parfois il se réduit à quelques papilles incomplètement fusionnées, et, dans certains cas, à des saillies distinctes, mais sétifères. Le pied a 4 papilles : 2 en avant et 2 en , arrière ; il porte 1 ou 2 soies sur chacune de *$ ses saillies ventrales. Les tubercules urinaires des pattes IV et V (fîg. 74) divisent le 3 e arceau des soles en deux tronçons, l'un postérieur complète- ment isolé et assez court, l'autre antérieur beaucoup plus long et largement adhérent au tubercule. Ce dernier fait légèrement saillie sur le bord supé- rieur du tronçon, sans toutefois refouler l'arceau suivant. Anatomie, développement. — Les glandes salivaires se rédui- sent beaucoup en arrière et viennent se terminer au voisinage des pattes génitales ; leur réservoir s'étend jusqu'aux pattes de la 3 e paire. Les ovaires occupent la face dorsale du tube digestif, au niveau des pattes de la 9 e paire préanale (pattes de la 24 e paire) ; ils ont 1 millimètre 1/2 de longueur, 200 [/. de largeur et sont simplement contigus dans leur partie proximale, c'est-à-dire Fig. 74. — Peripatus so- ratanus Bouv., 9 type ; sole et tubercule de la 5 e patte droite. Gr. 74. 148 E.-L. BOUVIER clans la région qui avoisine les oviductes ; en arrière, ils présentent une gaine commune qui se termine par un large funicule. Ce dernier se fixe sous le plancher péricardique au niveau des pattes de la 5 e paire préanale. Les réceptacles ovu- laires sont relativement étroits et se continuent au sommet par un lobe conjonctif irrégulier dans lequel on distingue des cel- lules très volumineuses. Les réceptacles séminaux ont un dia- mètre maximum de 600 à 650 a ; ils étaient remplis de sper- matozoïdes. Les plus gros œufs ovariens apparaissaient subglobuleux et présentaient un diamètre de 45 p. Je ne sais quelle peut être la taille des œufs utérins, mais dans l'une des branches utérines se trouvait un embryon très jeune, sphéroïde et placenté, dont le diamètre ne dépassait pas 280 a. Un embryon mâle, presque mûr, et long de 18 millimètres, occupait toute la partie terminale de cette branche utérine. Il avait 28 paires de pattes et ressemblait à l'adulte par la dispo- sition de ses plis tégumentaires. Habitat. — Cette espèce est représentée par un spécimen femelle qui fut trouvé à Sorata, en Bolivie, par M. Gunther (Musée de Lubeck). Affinités. — Le P. soratanus est voisin d'une autre espèce bolivienne, le P. Balzani, dont il diffère d'ailleurs : 1° par ses pattes plus nombreuses ; 2° par ses plis tégumentaires plus irré- guliers ; 3° par ses papilles principales subégales et continentes à leur base ; 4° par les tubercules urinaires des pattes IV et V qui sont moins inclus dans le 3 e arceau des soles ; 5° par ses glandes salivaires beaucoup moins larges en arrière. Une com- paraison approfondie des caractères sexuels permettra sans doute de constater d'autres différences entre les deux espèces. Le P. soratanus se rapproche des Péripates caraïbes par la nature et le groupement de ses papilles dorsales qui rappellent à beaucoup d'égards le P. Edwardsi, par ses losanges dor- saux, et aussi par ses tubercules urinaires (pattes IV et V) qui ont une tendance à s'isoler du 3 e arceau. C'est d'ailleurs une forme à évolution avancée comme le montrent l'irrégularité qui commence à s'introduire dans ses plis, l'atrophie parfois complète de ses organes clairs, et la disparition de ses organes MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 149 frontaux. A ces trois derniers points de vue, le P. soraianus se rapproche des Péripates africains et indo-malais. 11. Le Péripate de Balzan. (Peripàtus Balzanï L. Camerano.) (Fig. 75 du texte.) 1897. Peripàtus BalzaniL. Camerano, Ann. Mus. civ. di Genova (2), vol. XV111,. 12-15, fig. À, B(M). 1898. — — Atti R. Ace. Se. di ïorino, vol. XXXIil, 309, 310, 591 (M). Boll. Mus. Zool. ed Anat. comp. di To- rino, vol. XIV, n° 316, 3 (M). — E.-L. Bouvier, Int. Congr. Zool. Cambridge, 270 (M). 1899. C. R. Acad. des Se., vol. CXXVIII,. 1344 (M). — — — C. R. Aead. des Se., vol. CXXLX, 1030 ■ (M). 1900. — Ann. Soc. ent. de France, vol. LXVlll. (1899), 389, 443 (M). 1901. A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist.,vol. V, 26. Plis dorsaux de même largeur, comprenant des plis segmen- taires incomplets qui commencent vers le milieu des flancs. Papilles principales unisériées, rarement contiguës et de dimen- sions diverses, les plus grandes beaucoup plus développées que les autres et séparées par an nombre variable de papilles inégales plus petites ; papilles accessoires très réduites, situées sur les flancs des plis, rarement entre deux papilles principales. Ligne claire fort nette; les organes frontaux ne paraissent pms développés. Deux dents accessoires sur les lames externes des mandibules, 3 sur les lames internes, qui ont un diasième large et profond et une scie de 13 denticules. Pattes au nombre de 26 ou de 27 paires chez le mâle ; soles pédieuses très larges et formées de 5 arceaux dont le dernier reste constamment étroit et court ; pieds munis de 4 pa- pilles : 2 en avant et 2 en arrière. Tubercules urinaires des pattes IV et V inclus dans le 3 e arceau, à une assez grande distance de son extrémité postérieure. Glandes salivaires encore larges en arrière et atteignant le voisinage des pattes génitales. Une paire de glandes crurales semble exister à la base des 3 paires prégénitales vour le moins. Deux mâles connus, l'un ayant 21 millimètres de largeur, l'autre 31 millimètres. — Habite la Bolivie. 150 E.-L. BOUVIER M . Camerano a dédié cette espèce au regretté Professeur Balzan . Historique. — Le P. Balzani provient des récoltes du Pro- fesseur Balzan en Bolivie ; il fut nommé et décrit par M. le Professeur Camerano (1897\ 12-15, fïg. A, B) qui signala sa coloration, le nombre réduit de ses pattes, la dentition de ses mandibules, et qui le compara au seul Péripate jusqu'alors connu dans les régions voisines, le P. Cameranoi Bouv. (P. quitensis Cam.) (1898\ 310; 1898% 3). Ayant eu depuis en communication an des exemplaires types de l'espèce, j'ai mis en évidence (1898, 270 ; 1899, 1344) certains caractères mor- phologiques importants qui avaient échappé à M. Camerano (papilles pédieuses, structure des téguments, orifices urinaires) et montré que le P. Balzani se range parmi les Péri pâtes ancli- coles les plus typiques (1899 e , 1030; 1900% 389,443). C'est en étudiant ce type et en me servant aussi des obser- vations de M. Camerano, que j'ai pu rédiger la description suivante. Forme, dimensions. — L'exemplaire type que M. Camerano m'a communiqué est fortement dilaté dans la région médiane; il s'atténue un peu en arrière et beaucoup plus en avant ; son extrémité postérieure est courte et arrondie. Il a 27 paires de pattes et mesurait, quand M. Camerano l'a étudié, 31 milli- mètres de longueur sur 5 de largeur maximum; le séjour dans l'alcool l'a contracté et il a aujourd'hui 27 millimètres sur 6. Coloration. — D'après M. Camerano, il est « en dessus de couleur brun chocolat clair, avec des taches plus pâles qui sont dues aux diverses papilles, et une ligne longitudinale plus fon- cée ; les antennes et la tête sont d'un brun clair ; en dehors, les pattes sont également d'une teinte brun clair, moins intense que celle du dos et presque semblable à celle de la partie ventrale » (1897, 15). J'ajouterai que les petites taches claires dont parle M. Came- rano sont dues à la teinte grisâtre des grandes papilles princi- pales et du sommet des papilles principales plus petites, que les flancs sont un peu plus foncés que le reste du dos, et que les soles pédieuses restent jaunâtres. Les organes ventraux sont indiqués par des fossettes dont la coloration ne présente rien de particulier. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 151 Région céphalique. — Le spécimen se prêtait mal a l'obser- vation de la région céphalique, aussi me garderai-je d'affirmer •que l'espèce est dépourvue à' organes frontaux, encore que je n'aie pu voir ces derniers. Les antennes comptent au plus 40 grands arceaux, dont 6 contigus qui précèdent le bouton terminal ; ordinairement un petit arceau vient s'intercaler entre deux grands. Les antennes sont un peu dilatées à leur extrémité libre. La bouche du spécimen avait été ouverte pour en tirer les mandibules, de sorte que je n'ai pu étudier la disposition des lobes labiaux. D'après M. Camerano (1897", 13, 15, fig. AetBj, il y a 2 dents accessoires sur les lames externes des mandibules et 3 sur les lames internes ; la scie de ces dernières compte 13 denticules. Téguments. — Les plis tégumentaires sont tous de même lar- geur ; vers le milieu des flancs, ils présentent au-dessus des pattes les bifurcations segmentaires normales qui constituent, dans cette région, des sortes de demi-plis dorsaux. La ligne claire est assez nette, mais, faute de préparation microsco- pique convenable, il m'a été impossible d'étudier les organes clairs. Les papilles principales sont de taille variable, mais toujours unisériées et rarement contiguës ; les plus grandes tranchent sur les autres par leur couleur, par leur taille et par leur forme ; elles tendent à s'arrondir et à se dilater au sommet où elles pré- sentent un cylindre apical bien développé ; entre elles viennent s'intercaler, en nombre très variable, des papilles principales réduites, mais de dimensions assez diverses, et souvent coniques. Les plus grandes papilles principales ont un diamètre de 130 à 140 p. Les papilles accessoires sont très petites et ordinairement situées sur les flancs des plis ; il est rare qu'elles viennent s'intercaler dans les intervalles libres que laissent entre elles les papilles principales. Les papilles ventrales présentent également des dimensions assez variables, mais les plus grandes ont au plus 50 à 60 fx de dia- mètre. Les organes centraux sont indiqués par des fossettes, mais je n'ai pu en examiner la structure. Pattes — L'un des exemplaires étudiés par M. Camerano 152 E-L. BOUVIER avait 26 paires de pattes, l'autre 27. Dans ce dernier, j'ai pu me convaincre que les pattes des paires antérieures, surtout celles de la première, se réduisent beaucoup, tandis que les pattes postérieures conservent des dimensions assez fortes. Les soles pédieus es s'étendent remarquablement sur les côtés de l'appendice (fig. 75) ; dans la région moyenne du corps, elles ont toutes 4 arceaux bien développés et un 5 e beaucoup plus court et plus étroit que les précédents. Les fentes coxales sont nettes, mais leur vésicule n'est pas dévaginée. Le pied est muni de 4 papilles : 2 en avant et 2 en arrière; ses saillies ventrales sont armées de soies peu nombreuses, une ou deux sur chaque saillie, rarement trois. Les pattes IV (fig. 75) et V du type que Fig. 75. — Perîpatus Bal- m'a communiqué M. Camerano sont loin ^diS'; t Ô 3 e âet d'être toutes en bon état ; dans l'une d'elles 4« patte gauche; face pourtant, i'ai pu voir que le tubercule uri- interne. Gr. 34. r . ' J \ . u . . op naire se trouve inclus au sem du ô arceau, à une assez grande distance de l'extrémité postérieure de ce- dernier. Caractères sexuels. — M. Camerano considère comme des femelles les deux exemplaires recueillis par M. Balzan (1897\ 12), mais ce n'est pas mon avis; le type que j'ai eu entre les mains est bien certainement un mâle, et, quant à l'autre, on doit croire qu'il appartient au môme sexe, car il n'a que 26 paires de pattes au lieu de 27, ce qui me semble être un argument péremptoire. Ce qui explique l'erreur de M. Came- rano, c'est l'absence apparente de papilles sur les paires de pattes qui précèdent l'orifice génital ; il est d'ailleurs probable qu'on trouvera ces papilles dans des spécimens à pattes moins- contractées; en tout cas, j'ai pu constater, en avant de l'anus, dans l'un des types, les orifices très distincts des deux glandes anales, ce qui suffirait à prouver que ce type est bien un mâle . Anatomie. — Ce type étant ouvert dans sa moitié postérieure, j'ai pu jeter un coup d'œil sur ses glandes salivaires, qui sont larges, et observer qu'elles se prolongent presque jusqu'au niveau MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 153 de l'orifice génital. Je regrette de n'avoir pu étudier les réser- voirs qui, sans doute, les accompagnent en avant. J'ai pu observer le canal déférent, qui ressemble à celui des autres Péripates, et mettre à découvert une partie au moins des glandes crurales d'un côté du corps. Ces glandes sont des tubes de large diamètre, assez longues, qui m'ont paru exister, au nombre d'une paire, à la base de toutes les pattes des 3 ou 4 paires prégénitales. Habitat. — Les deux types de l'espèce ont été capturés par le Professeur Balzan, dans les cantons de Coroico et Chu- lumani (Yungas), en Bolivie, par 1600 mètres environ d'al- titude (Musée de Turin, et probablement aussi Musée de Gênes). I Affinités. — C'est surtout du P. Corradoi que se rapproche» l'espèce qui nous occupe ; elle lui ressemble par sa taille réduite, par ses pattes relativement peu nombreuses et par ses papilles principales bien séparées. Ces caractères, toutefois, sont loin d'être identiques dans les deux espèces : ainsi le plus petit mâle du P. Balzani a une taille presque aussi grande que les grandes femelles du P. Corradoi ; la première espèce a plus de pattes que la seconde, et ses papilles principales prédominantes ont des dimensions relativement bien plus considérables. Au reste, il sera toujours facile de distinguer le P. Corradoi du P. Balzani : 1° à ses soles pédieuses plus étroites et munies de 4 arceaux seulement ; 2° aux tubercules urin aires des pattes IV et V qui sont plus isolés de l'arceau qui les porte; 3° aux denticules bien moins nombreux de ses lames maxillaires in- ternes; 4° à ses glandes crurales qui sont moins nombreuses, infiniment plus développées et qui sortent de la chambre laté- rale où elles restent incluses dans le P. Balzani. On obser- vera sans doute aussi des différences sexuelles dans les femelles. 154 E.-L. BOUVIER 12. Le Péripate intermédiaire. [Peripatus intermedius E.-L. Bouvier.) (Voir PI. V, fig. 35 et, dans le texte, les fig. 76 et 77.) 1901, Peripatus intermedius E.-L. Bouvier, Bull, du Muséum, 168, 169 (M). Plis dorsaux de .même largeur, comprenant des arceaux seg- mentai res incomplets qui commencent au milieu des flancs. Papilles principales unisériées et largement séparées par des intervalles inégaux dans lesquels on voit des papilles accessoires non contiguës et, parfois, une papille principale plus petite ; les papilles accessoires sont ordinairement unisériées, mais il n'est pas rare d'en trouver aussi sur les flancs des plis. Ligne claire assez nette ; organes clairs symétriques mais variables ; organes frontaux imparfaitement différenciés. Lames mandibulaires munies de S dents accessoires; un diastème large et profond et une scie de 9 denticules sur les lames internes. Pattes au nombre de 33 paires dans la femelle; soles formées par 4 arceaux d'égale largeur, souvent avec les ébauches d'un 5 e ; papilles pédieuses au nombre de quatre : $ en avant, 2 en arrière. Tubercules urinaires des pattes IV et V divisant imparfaitement le 3° arceau des soles en deux parties assez inégales, qui sont continues au-dessous des tubercules, ou incomplètement séparées par une légère dépression ; les tubercules adhèrent très largement à la partie antérieure de l'arceau qu'ils débordent en refoulant un peu le suivant. Ovaires réunis sous une enveloppe commune, et situés au niveau des pattes de la V paire préanale : pas de funicule (?) ; réceptacles sémi- naux ayant un diamètre maximum de 650 [/.. Espèce de moyenne taille : la femelle type a 31 millimètres de longueur. — Trouvé à Sorata, en Bolivie. Historique. — Cette espèce a été capturée à Sorata, en Boli- vie, par M. Guis T THER,qui avait déjà recueilli dans la même loca- lité le P. soratanus. Je l'ai brièvement décrite dans le Bulletin du Muséum (1901 \ 168-169) en même temps que cette der- nière, lui attribuant le nom de P. intermedius, à cause de certains caractères mixtes qui indiquent manifestement un passage aux Péripates caraïbes. Le type unique de l'espèce MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 155 m'a été communiqué par M. Lejnz, Directeur du Musée de Liïbeck. Forme, dimensions. — L'individu femelle qui sert de type à cette espèce est plus dilaté en arrière qu'en avant, de sorte qu'il se distingue par l'atténuation prononcée du tiers postérieur du corps, et par l'écartement des pattes qui se trouvent dans cette région. Il est remarquablement peu convexe du côté dor- sal. Ses dimensions sont les suivantes : longueur 37 millimètres, largeur maximum 5 millim. 1/2. Coloration. — La face dorsale du spécimen rappelle lesPéri- pates caraïbes par les losanges extrêmement nets qui lui servent d'ornement. Sur l'axe médian se trouve une ligne brunâtre fort étroite, qu'accompagne de chaque côté une bande plus large d'un gris jaunâtre. A droite et à gauche s'étend en outre, jus- qu'au milieu des flancs, une large zone brune qui est d'autant plus foncée qu'on s'éloigne davantage du milieu du dos ; le bord externe de cette zone a la forme sinueuse des dents d'unescie, chaque dent correspondant à un métamère du corps. Ces dents indiquent la place des losanges dorsaux, mais l'espace clair qui forme ces derniers reste toujours très vague, et se trouve inter- rompu sur la ligne médiane par les bandes longitudinales dont j'ai parlé plus haut. Au-dessous de la zone brune, les flancs passent au gris jaunâtre clair. Les grandes papilles principales sont nombreuses sur les téguments dorsaux, et toujours d'une teinte blanchâtre, ce qui fait qu'elles tranchent plus ou moins sur le fond qui les entoure ; elles forment une ligne très dis- tincte entre la zone brune et les bandes longitudinales gris jau- nâtre. La tête est un peu plus claire que le reste du dos ; les antennes sont de même couleur, mais teintées de jaune brun vers le sommet; les yeux paraissent noirâtres. La face ventrale et les pattes ont une teinte grise qui tire un peu sur le jaune ; les soles pédieuses sont d'un brun jaunâtre très net. Téguments. — Les plis dorsaux (PL. V, fig. 35) sont tous de même largeur ; il y en a d'incomplets qui commencent vers le milieu des flancs, au niveau de chaque paire de pattes. Les papilles principales sont unisériées, largement et très inégale- ment séparées les unes des autres ; entre deux grandes papilles principales consécutives se trouve parfois une papille principale 156 E.-L. BOUVIER plus petite et, très souvent, un nombre variable de papilles aceessoires, qui passent par tous les degrés aux papilles prin- cipales les plus faibles. Ces papilles accessoires sont indépen- dantes, ordinairement unisériées, parfois situées sur les flancs des plis. Les plus grandes papilles principales ont un diamètre de 250 à 270 p. Les papilles de la bande médiane dorsale sont plus petites que les autres ; au centre de Faire qu'elles déterminent se voit une ligne claire assez nette et, entre les plis, des organes clairs symétriques mais de forme variable. Les plis ventraux présentent, comme de coutume, des pe- tites papilles de tailles diverses. Les organes ventraux sont nets et parfois accompagnés à 1 organes prévenlraux. Les stigmates dorsaux ont un diamètre moyen de 20 p.. Région céphalique. — La région cépbalique ressemble beau- coup à celle des trois espèces précédentes : l'arceau infra-ocu- laire présente un court arc de petites papilles au voisinage de Y œil ; il est formé par un simple bourrelet chitineux entre les antennes et, en dessous, se couvre de nouveau de papilles. L'ar- ceau oculaire commence par trois papilles au voisinage de l'œil et vient s'atténuer en pointe au-dessus de cet organe ; le tour de spire qui le continue se réduit à un bourrelet chiti- neux entre les antennes, mais porte des papilles au-dessous de ces dernières. L'organe frontal existe, mais il est peu diffé- rencié, car on voit quelques sommets papillaires à sa surface. Les antennes se terminent par 6 grands anneaux contigus, et présentent ensuite une série de 8 anneaux alternativement moyens et grands ; viennent ensuite 32 grands anneaux entre lesquels s'intercale ordinairement un anneau très petit. Les lèvres présentent un lobe antérieur impair de taille moyenne ; vient ensuite, de chaque côté, une série de 4 lobes beaucoup plus grands, dont les dimensions décroissent du pre- mier au dernier. Il y a un lobe postérieur impair. Les lames mandibulaires gauches (fig. 76) sont armées cha- cune de 3 dents accessoires, dont une assez réduite ; la lame interne a un diastème large et profond, et une scie de 9 den- ticules. Pattes. — La femelle qui sert de type à cette espèce présente MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 157 32 paires de pattes. Celles-ci ont des fentes coxales dont la vési- cule "est parfois très largement dévaginée ; leurs soles sont médiocrement développées, et munies de 4 arceaux également larges, souvent avec l'ébauche d'un 5 e . Il y a 4 papilles pédieuses : 2 en avant et 2 en arrière ; on trouve ordinairement Fig. 76. — Peripatus intermedius Bouv., 9 type; Fig. 77. — Peripatus intermeclius lames mandibulaires du côté gauche. Gr. 74. Bouv., 9 type, 4 e patte gauche, face externe. Gr. 46. 2 soies (rarement une seule) sur chacune des saillies basilaires du pied, 1 soie (et quelquefois 2) sur les saillies distales (fig.77). Les pattes antérieures sont bien développées et présentent déjcà une sole de 4 arceaux; les pattes postérieures, quoique plus réduites, ont encore d'assez grandes dimensions, mais leur sole n'est pas différenciée. Les tubercules 'urinaires des pattes IV (fig. 77) et Vfont nette- ment saillie sur le bord supérieur du 3 e arceau, qu'elles divisent imparfaitement en deux parties inégales. La partie antérieure est sensiblement plus longue que l'autre, mais reste continue avec elle en dessous, ou n'en est séparée que par une faible dépression, de sorte que l'arceau n'est pas complètement dis- loqué. Le tubercule adhère très largement à cette partie anté- rieure (sauf dans la 4 e patte gauche, où il est complètement isolé) et refoule un peu l'arceau suivant. Abstraction faite de la grande surface adhérente du tubercule, c'est presque la dispo- sition qu'on observe dans de nombreux Péripates caraïbes. Anatomie, développement. — L'état du spécimen ne m'a pas permis d'étudier les glandes salivaires. Les ovaires étaient situés au niveau des pattes de la 7 e paire préanale, sur le côté gauche du corps. Avec les réceptacles et 158 E.-L. BOUVIER la partie initiale des oviductes, ils se trouvaient fortement acco- lés à la face interne des téguments et ne paraissaient pas pré- senter de funicule. Mais toute cette partie du corps était plutôt en mauvais état, de sorte que mon étude reste peu satisfai- sante. Les réceptables séminaux avaient un diamètre maximum de 650 p. ; la masse triangulaire formée par les ovaires n'était guère plus grande que les deux réceptacles séminaux réunis. On trouvait, dans les branches utérines, déjeunes embryons placentés, et plus loin, quelques embryons assez grands. Habitat. — Cette espèce a été recueillie à Sorata, en Bolivie, par M. Gïïnther. Elle n'est représentée que par une femelle (Musée de Lïibeck). Affinités. — Le P. iniermedius a le même nombre d'appen- dices et sensiblement la même taille que le P. soratanus, qui habite la même localité ; mais il en diffère absolument par ses papilles tégumentaires qui sont isolées et très inégales, par l'armature moins compliquée de sa scie mandibulaire, par ses ovaires qui paraissent dépourvus de funicule, et par ses tuber- cules urinaires qui ne divisent pas complètement en deux par- ties le 3 e arceau des soles. Les Péripates caraïbes. (Voir les caractères, p. 71.) 1899. Péripates caraïbes E.-L. Bouvier, C. R. Acad. des Se, vol. CXX1X, 130. — — — Ami. Soc. ent. de France, vol. LXVIIL 442. Quat. J. M. Se, vol. XLIll, 750. 1901. Caribbean specles A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist.,vol. Y, 26. 1902. Péripates caraïbes E.-L. Bouvier, Zool. Jahrb., Anat, Suppl. V, 719-723. — Caribbean species A. Sedgwick, Encycl. brit., vol. XXXI, 611. Le groupe des Péripates caraïbes n'est pas moins naturel que celui des Péripates andicoles, mais il s'est bien davantage étendu depuis l'époque (4899 e , 1030) où j'ai cru devoir l'établir, et l'on peut croire qu'il atteindra une extension singulièrement plus grande, le jour où des explorations scientifiques nous au- ront fait connaître la faune des vastes régions qui rentrent dans son territoire : le Brésil équatorial, le bassin de l'Ama- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 159 zone et de l'Orénoque, ainsi que les flancs orientaux des Andes. Pour caractériser les 17 espèces qui constituent actuellement le groupe, et pour fournir des bases à l'étude systématique de celles qu'on découvrira ultérieurement, je me suis livré à des recherches aussi délicates que minutieuses, dont les 8 espèces antérieuremeat décrites n'ont pas moins bénéficié que les au- tres. C'est à ces 8 espèces que je me suis adressé tout d'abord pour établir les fondements de la classification désirée. Elles étaient restées jusqu'alors assez mal définies, souvent même on les confondait entre elles, et leur ensemble formait une sorte de chaos où il n'était pas facile de s'orienter, même après l'importante monographie de M. Sedgwick (1888 b ). Grâce au concours bienveillant de ce dernier, aux richesses mises à ma disposition par M. Ray Lankester, et aux propres collections du Muséum, j'ai pu examiner la plupart des types ou des cotypes de ces espèces, et réunir un abondant matériel qui m'a permis de fixer les caractères spécifiques du groupe, de les comparer entre eux, d'en reconnaître la subordination, et de les appli- quer à la détermination des formes nouvelles. Ces éléments de détermination ne laissent pas d'être nombreux, en dépit de l'uniformité apparente du groupe. Fig. 78. — Papilles tégumentaires dorsales des Peripatus : A, P. Perrieri Bouv. (type), avec ligne claire en noir; B, P. Brôlemanni Bouv. (type), avec ligne claire en blanc. Gr. 33. J'en ai mis quelques-uns en évidence, il y a cinq ans (1900 a ), dans mes Contributions à l'étude des Péripates américains ; ils sont bien plus nombreux et surtout beaucoup mieux enchaînés dans le tableau suivant qui représente, sinon la partie la plus inté- ressante de mon travail, du moins la plus laborieuse, malgré les imperfections inévitables qu'elle présente. Les Péripates caraïbes peuvent se diviser en quatre sections dont les caractères distinctifs sont les suivants : 160 E.-L. BOUVIER Les plis dorsaux sont au nombre de 24 par segments et tou- jours fort peu distincts, grâce aux anastomoses nombreuses et irrégulières des sillons qui les séparent; les papilles acces- soires sont rares ou font défaut, les papilles principales sont petites et subégales (PI. V", fig. 36-38); des tubercules cruraux- sur les deux paires de pattes prégénitales du mâle G « ~G ta î-l ^05 a; a; en •** o 05 ta 05^ 3,2 s s* 05 ^^ c.' o _ ta - — ' X = C S ® O «3 ? .2 » c bo Les papilles principales du dos ont une base quadran- gulaire, grâce aux sillons droits et parallèles à l'axe qui les séparent (fig. 78, A et PL V, Jig. 40) ; papilles accessoires ordinairement petites et rares; tubercules cruraux sur les deux paires de pattes prégénitales du mâle, au moins dans une espèce de ce groupe (le P. Per- ritri) Papilles principales du dos offrant à tout âge des dimensions fort différen- tes : les unes très prédominantes et du type cylindrique, les autres coniques, plus petites et généralement au nom- bre de 3 entre deux grandes ; ces pa- pilles séparées par des intervalles as- sez larges où se trouvent des papilles accessoires (Fig. 78, B et PL VI, fig. 47) ; ordinairement des tubercules cruraux sur plus de deux paires prégénitales dans le mâle Les papilles principales du dos à base plus ou moins arron- die; papilles accessoires très diverse- ment développées. 1. Section du P. jamaicenais. 2. Section du P. torquatus. Papilles principales du dos apparte- j nant toutes au même type ; dans les exemplaires de moyenne et de grande taille, ces papilles passent les unes aux autres par tous les degrés (PL IX, fig. 74) ; dans les petits, certaines sont nettement prédominantes. Ces papilles sont très rapprochées, mais il n'est pas rare de trouver entre elles des papilles accessoires. Des tubercules cruraux sur les deux paires de pattes prégénitales du mâle 3. Section du B. juliformis. 4. Section du P. Edwardsi. 1° Section du P.jamaicensis. Corps assez grêle; pattes très rapprochées, 35 paires au minimum chez les mâles et 43 paires au maximum chez les femelles; organes frontaux beaucoup plus clairs que le reste -des téguments (p. 169) , . ; P.jamaicensis Grabh et Cock, 1892. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 161 2° Section du P. torquatus. Papilles principales presque réduites à leur base qui a la forme d'un tronc de pyra- mide à sommet faiblement convexe ; la partie terminale de la papille est très réduite ou nulle, souvent représentée seulement par une simple soie apicale ; papilles accesssoires très petites et fort peu nom- breuses , peu apparentes (PI. V, fig. 40, 41); soles pé- dieuses de 4 arceaux, avec les ébauches très nettes d'un 5 e . Papilles principales sub- égales (PI. V, fig. 40, 41), 41 ou 42 paires de pattes (peut-être un peu moins chez les mâles) ; glandes salivaires se termi- nant au niveau des pattes préanales XXI, r* 186 P- torquatus Kennel, 1883. Papilles principales très iné- gales (fig. 78, A, p. 159), de 28 à 32 paires de pattes ; glan- des salivaires se terminant au voisinage de la 3 e paire de pattes préanales, p. 195. . Papilles principales à base haute et subconique, et à cy- lindre terminal bien déve- loppé (PI. VI, tig. 42, 43); pa- pilles accessoires bien dis- tinctes. 32 paires de pattes dans la femelle étudiée ; tubercules urinaires des pattes IV et V libres, ou adhérant par un isthme étroit au 3 e arceau des soles ; glandes salivaires se terminant au voisinage des pattes de la 3 e paire préa- nale, p. 200 p 27 à 28 paires de pattes dans les femelles, tubercules uri- naires largement adhérents au 3 e arceau des soles ; glan- des salivaires se terminant au niveau des pattes préanales V-VU, p. 204 p P. Perrieri Bou- vier, 1899. , Geayi Bou- vier, 189è. Les grandes papilles principales du dos ont une base relati- vement réduite et un sommet énorme, sou- vent dilaté en sphère ; 28 à 30 paires de pat- tes chez leçjS 29 à 34 3° Section du P . juliformis . Les petites papilles principales sont très réduites, souvent au nombre d'une seule entre deux grandes, et séparées par de larges intervalles où se trou- vent des papilles accessoires fort petites (PI. VI, fig. 46) ; des papilles crurales sur 6 à 9 paires de pattes prégéni- tales dans le mâle, p. 211 Ohausi Bou- vier, 1900. et sa var. guiu- nensis Evans, 1903, p. 208. P. Sedgwicki Bouvier, 1899. Les petites papilles principales sont bien développées et ordinairement au nombre de 3 entre 2 grandes ; papilles chez la Ç F accessoires également bien dévelop- pées (PI. VI, fig. 47, 48); des papilles crurales sur les 3 ou 4 paires de pattes prégénitales dans le mâle, p. 223 | ANN. SC. NAT. ZOOL. P. juliformis Guilding, 1*25. il. li 162 E.-L. BOUVIER La base des grandes papilles principales est beaucoup plus dé- veloppée que le som- met. Les grandes papilles principales ont un sommet de faibles dimensions, les petites sont fort réduites et ordinaire- ment au nombre d'une seule entre deux grandes ; papilles accessoires très pe- tites (fig. 70, B, p. 159) ; tubercules cru- raux sur 2 ou 3 paires de pattes prégé- nitales dans le mâle; prostates entre les pattes préanales X1I-XVIII; tuber- cules urinaires des pattes 1V-V large- ment adhérents; 29 paires de pattes chez le çf , 30 à 33 dans la Q , p. 246 P. Brôlemanni Bouvier, 1899. Les grandes papilles principales ont un cylindre terminal d'assez grande taille ; les petites sont bien développées et ordinairement au nombre de 3 entre 2 grandes ; les papilles accessoires pas- sent par tous les degrés aux petites pa- pilles principales (PI. VII, fig. 55, 58, 59) ; tubercules cruraux du q* sur les deux paires de pattes prégénitales ; prostates entre les pattes préanales 1V-VI ; tu- bercules urinaires des pattes IV et V isolés ou faiblement adhérents ; 25 paires de pattes chez le q*, 28 à 31 paires chez la Q , p. 252 Pollard, 1894. P. Dominicse. Variétés appartenant a cette Section : Peripatus Sedgwicki; p. 222, var. Bavayi Bouv., 1899. Peripatus juliformis ; p. 232, var. Swainsonœ Cock., 1893. — — ; p. 245, var. danicas Bouv., 1900. Peripatus Dominicse; p. 263, var. antiguensis Bouv., 1899. — — ; p. 266, var. juanensis Bouv., 1900. 4° Section du P. Edwardsi. I. — Pas de plis segmentaires incomplets au niveau des pattes; 29 paires de pattes chez le q*, 31 à32chezla Q, p. 269 P. bmsiliensis Bouvier, 1899. II. — Des plis segmentaires incomplets au niveau de chaque paire de pattes. A. — Les tubercules urinaires des pattes IV et V refoulent ordinairement le 4 e arceau des soles, mais sans le rejeter latéralement et sans le diviser en tronçons (fig. 114, p. 320); soles pédieuses larges. MONOGRAPHIE DES OMYCHOPHORES 163 Les papilles ac- cessoires passent par tous, les degrés aux papilles prin- cipales qui sont de dimensions très variées. (PL Vlll, %. 72) . Papilles accessoires très nombreuses, et souvent disposées par rangées de 2 ou 3 entre les papilles principales (PL VIII, fig. 66) dont elles interrompent la continuité ; pas de dessins en losange sur la face dorsale . Les papilles principales forment une rangée au sommet de chaque pli et sont fort distinctes des pa- pilles accessoires qui s'in- tercalent rarement entre elles; les glandes salivaires se terminent entre les pattes préanales III et IV. i Les glandes sali- I vaires se terminent entre les pattes préanales III et IV ; tubercules urinaires libres ou peu adhé- rents* fig.l05,p.282); 28 à 31 paires de pattes chez la Q , p. 275 Les glandes sali- vaires se terminent entre les pattes préanales V1I-X; tu- bercules urinaires largement adhé- rents(fig.l07,p.287); , 28 paires de pattes ' chez la çf, p. 285 . Le sommet de chaque pli est occupé par une rangée de papilles, les unes prin- cipales très diverses, les autres acces- soires ; presque toujours de nombreuses papilles accessoires s'élèvent sur les flancs des plis (PL Vlll, fig. 73) ; les glandes salivaires se terminent entre les pattes préanales 111 et IV ; des losanges dorsaux ; 27 à 30 paires de pattes chez le çf , 29 à 32 chez la 9 , p . 289 Papilles principales subée"*»!^ rarement séparées par dps pa- pilles accessoires, celles-ci étant situées sur les flancs des plis (PL IX, fig. 75) ; des losanges dor- saux ; 28 à 29 paires de pattes chez le q< , 29 à 32 chez la 9 , p. 301. P. im Thurmi Sclater. 1888. P. Evansi Bou- vier, 1904. P. Trinitatis SenV\\ïck,1888. Papilles principales de dimen- sions fort diverses, quelquefois séparées par des papilles acces- soires (Pl.IX,fig. 79-83); pas de lo- sanges dorsaux; 28 à 32 paires de pattes chez la 9> P- 315.. P. Edivardsi Blanch., 1847. P. Simoni Bou- vier, 1898. B. — Les tubercules urinaires des pattes IV et V sont libres; ils rejettent latéralement le 4 e arceau (fig. 121, p. 328) ou le découpent en tronçons (fig. 118, p. 324). Soles pédieuses de dimensions normales ; les tubercules uri- naires refoulent fortement le 4 e arceau des soles et le divi- sent en tronçons (fig. 117 et 118, p. 324) 26 à 28 paires de pattes chez le q*, 30 chez la 9, p. 321 P. Biolleyi Bouvier, 1902. 164 E.-L. BOUVIER Soles pédieuses très étroites ; les tubercules urinaires re- jettent latéralement le 4 e arceau des soles, qui est fort réduit (fig. 121, p. 328); 26 paires de pattes chez le çf, 29 à 32 chez la Ç> , p. 326 P. nicaraguensiç Bouvier, 1900. et sa var. isthmicola Bouv. 1902, p. 329. Les Përipates caraïbes se distinguent essentiellement des Péripates andicoles par la présence de trois papilles pédieuses et par la position des tubercules urinaires au-dessus du 3 e arceau des soles (fig. 79). On ne connaît pas de transition entre les deux groupes en ce qui concerne le pre- mier de ces caractères ; à moins qu'on ne considère comme un retour atavique le développement, d'ailleurs extrêmement rare, de quatre papilles pédieuses sur une ou plusieurs pattes de quelques individus appartenant à des espèces caraïbes. Par contre, pour le second caractère, les espèces intermédiaires sont fort nom- breuses, aussi bien dans un groupe que dans l'autre. Dans le groupe des Péripates andicoles, par exemple, il y a tous les pas- sages entre des espèces, telles que le P. patte droite de la 4« paire, (/(( j tem l s . (fig. 6 0, p. 112), OÙ le tubercule Jace interne. Gr. 48. l y ° 7 l urinaire se trouve totalement inclus dans le 3 e arceau, et le P. inlermedius (fig. 77, p. 157) où il fait assez fortement saillie sur le bord supérieur de ce dernier. D'un autre côté, dans le nombre des Péripates caraïbes, on rencontre des espèces où ce tubercule adhère encore largement au bord supé- rieur du 3 e arceau (P. Ohaasï. P. Brôlemannï) , d'autres où il ne s'y rattache plus que par un isthme étroit (P. ira Thurmi, P. Dominicae) qui peut même disparaître (P. Edwards]), d'autres enfin où il est complètement libre et où il refoule devant lui le 4 e arceau (P. brasiliensis) , qu'il divise parfois en deux parties (P. BioMeyï), ou qu'il rejette complètement de côté (P . niearaguen.ps). On serait dès lors tenté de croire que les Péripates andi- coles et les Péripates caraïbes forment deux séries continues, ^-^c^ Fig. 79. — Peripatus Sedg- wicki. Bouv., exemplaire de Caracas (M. Simon); MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 165 que les seconds se rattachent au P. intermedius par leurs formes à tubercules peu isolés (P. Ohaasi, P. Brôlemannï), et qu'ils se suivent par enchaînement pour aboutir à des espèces telles que le P. nicaraguensis qui, par son tubercule urinaire au niveau du 4 e arceau, semble marquer le terme actuel de l'évolution dans les Péripates américains. Mais quand on examine les caractères de ces animaux, on acquiert bien vite la conviction qu'un pareil enchaînement n'existe pas. Ainsi, un caractère très primitif des Onychophores est la présence d'un très grand nombre d'appendices ; or on observe que ce nombre tombe bien plus bas chez les Péripates andicoles (de 23 à 29 paires dans le P. Corradoi et le P. Eiseni, 26 à 27 paires dans le P. Balzanï) que dans les Péripates ca- raïbes (27 à 28 paires dans le P. Ohausi, 26 paires dans le P. Biolleyi). Dans ce dernier groupe, d'autre part, le P. Geayï et le P. Ohausi (pour ne citer que ces deux exemples) nous montrent qu'il n'y a pas le moindre parallélisme à établir entre les divers caractères morphologiques, la première de ces espèces ayant 32 paires de pattes avec des tubercules libres ou presque libres, tandis que la seconde n'a que 27 ou 28 paires de pattes avec des tubercules largement adhérents. Le P. ja- maicensis est, à ce point de vue, singulièrement instructif : il peut avoir 43 paires de pattes et par là même se montre comme un Péripate des plus primitifs; mais il présente d'autre part des plis tégumentaires singulièrement complexes et, pour cette raison, doit être considéré comme une forme à évolution très avancée. On observe pourtant des ressemblances assez marquées entre certains Péripates caraïbes et quelques espèces andicoles : ainsi le P. bmsiliensis n'est pas sans analogie avec le P. ecuado- rensis, au moins par l'absence presque totale de plis dorsaux incomplets, le P. Edwafdsi (fig. 74, PL IX) se rapproche sin- gulièrement du P.soratanus (fig. 34, PL V) parla structure de ses téguments, et le P. Sedgwicki du P. Balzani. De tout ce qui précède on peut conclure que les Péripates caraïbes sont issus des Péripates andicoles, mais que les espèces du premier groupe se rattachent indépendamment à celles du second, sans former avec elles une série continue. Toutefois, il 166 E.-L. BOUVIER est impossible de dire quelle est l'espèce andicole qui a servi de souche à telle ou telle espèce caraïbe, et Ton doit même consi- dérer comme fort probable que les espèces actuelles, dans l'un et l'autre groupe, ont très largement évolué depuis l'époque où s'est produit leur dérivation. On peut môme ajouter que nous ne connaissons pas encore, et que nous ne connaîtrons peut-être jamais, tous les types andicoles qui correspondent aux types caraïbes découverts jusqu'à présent. Aucun Péripate andicole, sauf peut-être le P. Belli, ne présente la structure tégumen- taire propre au P. lorqualus et aux espèces avoisinantes ; et aucun d'eux, non plus, n'est muni de pattes aussi nombreuses que le P. lorqualus et le P. jamaicensis. Cette dernière obser- vation est très frappante, car elle montre à l'évidence que cer- tains Péripates caraïbes sont issus de Péripates andicoles plus primitifs que ceux dont nous possédons actuellement la liste. Les quatre subdivisions établies dans le groupe des Péripates caraïbes présentent certainement des avantages pour l'étude ; mais je n'affirmerai pas qu'elles sont toutes également natu- relles, et qu'à la suite des découvertes ultérieures on ne devra pas les modifier. La subdivision qui comprend le P. jamai- censis est évidemment bien indépendante; et l'on peut croire qu'il en est de même de celle du P. torquatus, puisque cette dernière est disséminée dans toute l'étendue de la région caraïbe, où ses espèces vivent côte à côte avec des formes dont elles sont manifestement éloignées. Pourtant, il est permis de supposer que certaines de ces espèces, le P. Geayi et le P. Ohausi no- tamment, ont pu passer aux formes des deux dernières subdi- visions par une simple modification de leurs papilles dorsales. Quoi qu'il en soit, on doit considérer comme certain que les deux dernières subdivisions, celle du P. juliformisei celle du P. Edwardsi, sont fort voisines l'une de l'autre, et que la se- conde se rattache à la première par l'intermédiaire du P. Do- minicae ou de quelque espèce très voisine encore inconnue. A mon sens, ces deux subdivisions forment une série par enchaî- nement qui a pour point de départ le P. Sedguùrki, et pour tronçon terminal le P. Biolleyi et le P. niraraguensis. Dans cette série les variations sont lentes et progressives : le P. Brôlemanni se rattache étroitement au P. Sédgwicki, — MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 167 le P. Dominicae au P. juliformis, — le P. im Thurmi, le P. Trinitatis, le P. Edwardsi et le P. Simoni forment un ensemble très homogène qui offre de grandes affinités avec le P. Domi- nicae ; enfin le P. nicaraguensis tient du P. Edwardsi et bien plus encore du P. Biolleyi. Seul de toute la série, le P. brasi- liensïs se distingue par son indépendance à cause de ses plis dorsaux qui sont presque tous complets et réguliers. C'est pro- bablement, avec le P. Sedgwicki, la forme la plus primitive de toute la série. LesPéripates caraïbes occupent, dans les régions équatoriales de l'Amérique, les continents et les îles situés en deçà de la crête des Andes. Ils y sont seuls représentés, et certaines espèces s'y retrouvent à des distances assez considérables : le P. Ed- wardsi, par exemple, est connu dans la Guyane française, en Colombie et dans l'isthme de Panama ; le P. Simoni de Caracas est également connu à l'embouchure de l'Amazone, et le P. brasiliensis, qui a été découvert dans cette dernière région, me paraît exister aussi a San Pablo de Panama. Mais cette dispersion peut être considérée comme rare, et la plupart des espèces sont localisées dans une aire continen- tale restreinte (le P. Sedgwicki habite les environs de Caracas, le P. Brôlemanni les environs de Tovar, le P. im Thurmi la Guyane, le P. Biolleyi la République de Costa-Rica et le P. ni- caraguensis le Nicaragua) ou dans une île des Antilles (le P. Dominicae habite la Dominique, sa variété antiquensis Antigua, et sa variété juânemis Porto-Rico). Il n'est pas rare de trouver, dans la même région, deux espèces plus ou moins différentes : à la Jamaïque coexistent le P. ja- maicensis et le P. juliformis var. Swainsonae, à Saint-Thomas le P. juliformis et sa var. danicus, à la Trinité le P. torquatus et le P. Trinitatis, aux environs de Caracas le P. Sedgwicki et le P. Simoni, dans l'isthme de Panama le P. Edwardsi et le P. brasiliensis, et dans la vallée de San José, à Costa-Rica, le P. Biolleyi et le P. nicaraguensis var. isthniicola. Les espèces insulaires ne se retrouvent jamais sur le conti- nent et vice versa. Bien plus, dans la série juliformis-Edwardsi on peut dire, en dehors d'un petit nombre d'exceptions, que deux espèces sont d'autant plus voisines que leurs aires de 168 E.-L. BOUVIER distribution sont plus rapprochées ; cette observation s'appli- que à merveille au groupe qui comprend le P. im Thiirmi, le P. Trinitatis, le P. Edwardsi et le P. S'nnoni; elle s'applique également au P. Sedgwicki et au P.Brôlemanni, au P. Biolleyi et au P. nicaraguensis. Elle convient aussi aux espèces franche- ment insulaires, mais présente ici quelques anomalies frap- pantes qui sont dues, sans doute, à la manière dont s'est frag- menté le continent à l'époque où émergea l'archipel des An- tilles. Tous ces faits sont la preuve indéniable d'une migration et d'une transformation lente des espèces sur les terres caraïbes, avant et après les âges où ces terres se sont fragmentées. Il est assez curieux de constater que deux espèces caraïbes, le P. Edwardsi et le P. brasiliensis, semblent habiter la région andicole, ce qui pourrait infirmer la division des Péripates américains en deux groupes séparés par la crête des Andes. Mais on peut penser, au contraire, que ces exceptions apparentes justifient la règle : les deux espèces, en effet, ont été trouvées au-dessus de Panama, c'est-à-dire sur les bords mêmes du détroit qui séparait encore, il n'y a pas très longtemps, les deux Amériques; avant l'émersion de l'isthme, les deux bords opposés du détroit, dans leurs parties basses, ont dû être habités par ces Péripates, qui s'y sont répandus dans tous les sens, comme ils se répandraient dans une île. Du reste, les parties basses de la crête ne sauraient offrir une barrière sérieuse à la dissémina- tion des Péripates ; c'est ainsi que le P. Biolleyi et le P. nica- raguensis var. isthmicola se trouvent dans la vallée de San José, à Costa-Rica, par 1000 ou 1100 mètres d'altitude, c'est-à-dire au point même où se trouve la ligne de partage des eaux (Voy. P. Biolleyi p. 326 et P. nicaraguensis var. isthmkola p. 333). Je termine cette étude générale sur les Péripates caraïbes en disant qu'ils sont connus au nord jusqu'à la Vera-Cruz du Mexique (P. Perrierï) sur le continent; et, dans les îles, jusqu'à la Jamaïque (P. juliformis var. Swainsonae, P. jamaicensis) et Porto-Rico (P. Dominicae var. juanensis). Au sud, on les a retrouvés jusqu'aux environs de Rio-de-Janeiro (P. Ohausi). Les limites extrêmes des Péripates andicoles se trouvent sous des latitudes à peu près identiques. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 169 13. Le Péripate de la Jamaïque. (Peripatus jamaicensis Grabham et Cockerell.) (Voir PI. III, fig. 16, PL V, fig. 36-39, et, dans le texte, les fig. 16 et 17 (p. 19, 20), 21 (p. 21), 24 (p. 24), 80, 81, 82.) 1851. Peripatus sp. P. -H. Gosse, A Naturalisas Sojourn in Jamaïca (62), (pro parte) (M). 1879. — H.-N. Moseley, Ann. of Nat. Hist. (5), vol. III, 26Ô (M). 1888. Peripatus de la Jamaïque A. Sedgwick, Quat. .1. M. Se, vol. XXV1I1, 482, 488 {pro parte) (M). 1892. Peripatus jamaicensis M. Grabham et T. D. A. Cockerell, Nature, vol. XL VI, 514 (pro parte) (M). 1893. M. Grabham, Journ. lnst. of Jamaica, vol. I, 217-220, avec figures (M). — — mut. Gossei T. D. A. Cockerell, Zool. Anz., vol. XVI, 341-343 (M). 1894. R.-l. Pocock, Journ. linn. Soc. London, vol. XXIV, 524 (pro parte) (M). 1898 — E.-L. Bouvier, C. R. Acad. des Se, vol. CXXVIII, 1344, 1345 (M). 1900. — — Ann. Soc. ent. de France, vol. LXVIII, (1899), 390 (M). Quat. J. M. Se, XLIII, 367, 750, 753- 757 (M). — Bull. Soc. ent. de France, 394 (M). 1901. — T. D. A. Cockerell, Nature, vol. LXIII, 325 (M). — A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 26. Les plis dorsaux apparents sont deux fois plus nombreux que dans les autres Péripates, ce qui tient à ce que chaque pli pri- mitif est flanqué, suivant sa longueur, d'un pli secondaire souvent aussi développé que ces plis principaux; les sillons qui séparent les plis s'anastomosent de façon irrégulière , surtout au voisinage des pattes. Les papilles sont presque toujours des papilles principales ; leur taille est assez variable, mais elles apparais- sent bien plus petites que celles des autres Péripates, encore que certaines tranchent sur les autres par leur taille et, le plus souvent, par leur coloration ; l'ensemble de toutes ces papilles donne aux téguments un aspect velouté caractéristique ; le cylindre terminal ne se distingue pas du reste de la papille ou s'en distingue mal. Les papilles de la bande médiane dorsale sont plus petites que les autres ; la ligne claire est très nette ; les organes clairs sont en même nombre que dans les autres espèces de Péripates, et 170 E.-L. BOUVIER permettent de fixer le nombre des plis primaires ; tantôt ils sont bien séparés, tantôt ils se fusionnent avec la ligne claire. L'organe frontal est court, mais très net, ce qui tient à sa coloration qui est fort claire. Une ou deux dents accessoires sur les lames externes des mandibules, lames internes armées d'une seule dent accessoire et d'une scie de i5-17 denticules. Le nombre des pattes peut descendre à 35 paires chez les mâles et s'élever à 43 paires chez les femelles. Soles pédieuses médiocres et munies de 4 cerceaux. Les tubercules urinaires des pattes IV et V proéminent fortement sur le 3 e arceau des soles; ils communiquent largement avec ce dernier et refoulent V arceau suivant ; glandes salivaires se termi- nant entre les pattes génitales et celles de la 4 e paire préanale ; réservoirs salivaires très longs et atteignant les pattes XI-XII. Mâles munis de papilles .sexuelles sur les deux paires de pattes prégénitales, de prostates isodiamétriques et de glandes anales vésiculeuses en avant. Ovaires situés au niveau des pattes pré- anales VIII et IX, courts et englobés dans un très large funicule; réceptacles séminaux ayant un diamètre de 450 u.. Longueur des mâles, 25 millimètres environ; longueur des femelles, de 25 à 65 millimètres. — Espèce localisée dans l'Ile de la Jamaïque. Historique. — Les premiers Péripates signalés à la Jamaïque furent recueillis par Gosse (1851, 62) qui en offrit trois exem- plaires au Musée britannique ; ces derniers furent examinés successivement par M. Moseley(1879, 266) et par M. Sedgwick (1888 b , 482) qui ne leur attribuèrent pas de nom particulier. En 1892, MM. Grabham et Gockerell (1892, 514) décrivirent brièvement, sous le nom de P.jamaicensis, un certain nombre de Péripates que M me Swainson leur avait communiqués et qui provenaient de Bath, petite localité de la Jamaïque. Le premier de ces auteurs donna ensuite des notions un peu plus étendues sur cette espèce, qu'il fit très heureusement représenter (1893, 217-220, fîg. 1-12), et le second consacra un article à ses varia- tions (Voy. un peu plus loinle paragraphe « Variations ») de cou- leur qu'il appela des mutations (1893, 341-343). Peu après M. Po- cock (1894, 524) étudia de nouveau les exemplaires de Gosse ; il les attribua tous trois à l'espèce de Grabham cICockerell, et comme l'un d'eux était un mâle qui avait 37 paires de pattes, tandis que les deux autres étaient des femelles où le nombre MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 171 de ces appendices se trouvait réduit à 31 paires, il crut pou- voir affirmer que les mâles du P.jamaicencis, contrairement à ce que l'on observe dans les autres représentants du genre, possèdent plus de pattes que les femelles. Depuis, ayant eu l'occasion d'examiner les mêmes exem- plaires, j'ai pu établir, avec une entière évidence, que le mâle seul est un véritable P. jamaicensis , et que les deux femelles appartiennent aune variété particulière du P . juliformis (1900 f , 753-757). J'ai confirmé cette observation intéressante en me livrant à une étude approfondie des types que MM. Grabham et Cockerell avaient envoyés à M. Sedgwick, et de nombreux exemplaires que M. Ray Lankester avait fait recueillir, pour faciliter mes recherches, par deux savants de l'Institut de la Jamaïque, MM. Grabham et C. Duerden. Dans tous ces maté- riaux se trouvaient côte à côte le P. jamaicensis et la variété Swainsonw du P. juliformis. Si j'ai pu jeter une complète lumière sur cette question qui était devenue complexe et embrouillée, on doit en rendre hom- mage à MM. les Professeurs Ray Lankester et Sedgwick, qui ont fait l'impossible pour mettre à ma disposition le matériel le plus riche et le plus complet. Forme et dimensions — La région antérieure se rétrécit très rapidement d'arrière en avant : le corps est arrondi et médiocrement convexe du côté dorsal, toujours allongé à cause du grand nombre des pattes, et remarquablement grêle lorsqu'il s'est distendu sous l'action des réactifs fixateurs ou, comme l'a représenté M. Grabham (1893, fig. 12), au moment de la marche. Je relève ici les dimensions de plusieurs exemplaires grands et petits, à divers états d'extension : Longueur. Largeur. millim. millim. 1° Femelle de 40 paires de pattes 65 6 2° — 41 — 59 5 3° — 40 (type) 57 4 (appr.) 4° — 40 — 54 5,75 5° — 40 — 46 4 6° — 40 40 3 7° — 38 (type) 50 5 38 (type) 25 as 9° Mâle 37 (ex. de Gosse) 25 4 J 72 E.-L. BOUVIER La femelle du numéro 8 est certainement un jeune âgé de quelques jours à peine, car les embryons presque murs ont très sensiblement la même taille. Dans la femelle numéro 7, qui est de taille médiocre, j'ai trouvé un embryon mûr dans chaque branche utérine : celui de droite était un mâle de; 20 millimètres de longueur, et celui de gauche une femelle de 28 millimètres. Coloration. — Parmi les nombreux exemplaires de cette espèce que j'ai eus entre les mains, les mieux conservés au point de vue de la coloration (et ù tout autre égard aussi, d'ailleurs) sont ceux que M. Grabham et M. Duerden ont recueillis à Bath en janvier 1 901 , et que M. le Professeur E. Ray Lankester m'a communi- qués quelques mois plus tard. Ils sont certainement très peu décolorés, encore que la liqueur conservatrice qui les baigne, ou mieux le papier qui les accompagne dans cette liqueur, présentent une légère coloration rouge brique. La teinte générale du dos est, comme dans les autres Péri- pates américains, le brun chocolat plus ou moins foncé; dans la plupart des exemplaires recueillis par M. Grabham et fixés au moyen de l'alcool, cette teinte est assez fortement nuancée de tons rose ou lie de vin, ce qui tient à la coloration des papilles tégumentaires qui sont brunes à la base et rouge cinabre dans leur partie terminale rétrécie. Les diverses zones dorsales de coloration semblent plus nettement indiquées dans cette es- pèce que dans les autres ; les losanges de la ligne médiane sont très apparents, d'un brun foncé et plus semblables à une silhouette de cloche qu'à de vrais rhombes,car leurs deux côtés antérieurs sont longs et infléchis en dehors, tandis que leurs deux côtés postérieurs sont courts et plutôt convexes. Les losanges occupentle centre d'une aire colorée en brun jaunâtre, qu'ils divisent en deux moitiés et dont ils touchent les bords par leurs sommets latéraux. En dehors de cette aire, les flancs se teintent brusquement d'une couleur brune plus foncée, mais nettement nuancée derougeàtre ; puis ils deviennent plus chairs à mesure qu'on se rapproche des pattes, et forment au-dessus de celles-ci une bande lie de vin. Dans toute l'étendue de la surface dorsale, des papilles blanches, vaguement distribuées en lignes longitudinales sinueuses, se trouvent éparses au milieu MONOGRAPHIE DES - ONYCHOPHORES 173 des papilles brunes, et donnent aux téguments dorsaux une apparence mouchetée qui, à la loupe, devient fort \isible et très jolie. — La face ventrale est couverte de petites papilles rouges qui s'élèvent sur un fond garni d'écaillés brunâtres, d'ailleurs agré- menté de taches claires éparses où s'élèvent des papilles blan- ches. A l'œil nu, le tout se marie en une coloration d'un gris rou- geâtre, dans lequel se détachent les organes clairs qui forment une série de taches très apparente sur la ligne médiane. En dehors, les pattes ont à peu près la même coloration rose lie de vin que les parties avoisinantes des flancs, mais en dedans elles sont franchement rose chair et deviennent même rouge cinabre sur les soles. Les pieds sont gris clair avec quelques petites aires noirâtres, les griffes jaunes à la base et noires au som- met. — La région céphalique est plus foncée que le reste du corps, ce qui tient à la teinte noirâtre de ses papilles brunes, et à la nuance fuligineuse qu'y prennent les papilles blanches. On arrive ainsi par degrés à la coloration des antennes qui sont partout d'un noir fuligineux, sauf à leur sommet où elles pré- sentent d'abord deux anneaux de transition légèrement teintés de noir, puis une partie terminale parfaitement blanche et composée de 9 articles. Telle est la coloration de presque tous les exemplaires re- cueillis par M. Grabiiam au mois de janvier 1901 ; les quelques variations qu'ils présentent portent sur le fond des téguments et sur les papilles claires qui peuvent être blancs, violacés, lie de vin ou fortement nuancés de noir, — sur les papilles brunes qui deviennent parfois plus foncées et dont le sommet rouge s'assombrit, — sur la teinte delà face ventrale qui passe du blanc- rosé au gris, et enfin sur celle des soles qui sont fréquemment rousses ou blanchâtres. Les exemplaires capturés à la même époque et dans la même localité par M. Duerden appartiennent à deux types différents : les uns sont d'un brun violacé et ne diffèrent de ceux de M. Grabham que par l'atténuation considérable ou la disparition des diverses zones de coloration dorsales ; toutes ces zones passent lentement de l'une à l'autre et se fusionnent, la ligne de losanges disparaît plus ou moins et se trouve remplacée dans le plan médian par une ligne diffuse un peu plus foncée. La 174 E.-L. BOUVIER face ventrale et le côté interne des pattes sont d'un gris jau- nâtre violacé, de même que les papilles claires qui se retrouvent partout à la surface du corps. Les autres exemplaires de M. Duerden revêtent sur toute la face dorsale la livrée noire et fuligineuse qui se localisait sur la partie proximale des antennes dans les spécimens jusqu'ici étudiés; les papilles claires sont encore bien apparentes dans certains individus, mais elles s'as- sombrissent dans les autres, finissant par devenir noires comme leurs voisines dont il n'est pas toujours facile de les distinguer, même par la taille. Quant aux zones de coloration dorsale, elles se fusionnent de la même manière que dans les spécimens violacés, et, comme dans ces dernières, la série de losanges se réduit le plus souvent à un étroit ruban plus foncé et à bords très diffus. Les pieds, la face interne des pattes et toute la face ventrale prennent un ton gris noirâtre légèrement violacé, sur lequel tranchent les soles qui sont généralement d'une teinte beaucoup plus claire. Téguments (PL V, fig. 36-39). — Grâce aux spécimens bien conservés dont j'ai fait mention plus haut, il m'a été possible de compléter et de rectifier mes observations antérieures sur les téguments de l'espèce. Dans tous ces exemplaires, en effet, la ligne claire est toujours très apparente ; généralement élargie au milieu de chaque pli du corps, elle s'atténue dans les sillons qui séparent ces der- niers, parfois s'y continue sans interruption aucune, parfois vient se perdre dans les organes clairs qui sont alors confluents sur la ligne médiane. Cette confluence des organes clairs est très marquée dans certains spécimens ; elle a pour résultat de briser la ligne claire en tronçons qu'on aperçoit très distinctement à la loupe, entre les courtes lignes transversales formées par les organes clairs. En tous cas, ligne claire et organes clairs sont très apparents, contrairement a ce que j'avais dit autrefois (4900 a , 388), d'après l'examen dé quelques cotypes en assez mauvais état. Les téguments ne présentent pas trace de papilles accessoires ; les papilles principales (PI. Y, fig. 36-38) qui les recouvrent sont toujours de dimensions réduites, leur diamètre variant entre 60 et 85 [j.. Tous les passages existent entre ces deux extrêmes ; MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 175 Fig. 80. — Peripatus jamaicensis Gr. et Gock., femelle de Bath ; deux papilles principales vues de côté et l'une d'elles vue par le sommet. Gr. 318. pourtant les papilles claires sont ordinairement un peu plus grandes que les autres, mais elles ne s'en distinguent pas toujours bien nettement, et tendent à se confondre avec elles chez les spécimens à teinte très foncée. Les papilles sont le plus souvent cylindro-coniques (PL V, fig. 37), mais elles peuvent, par turgescence, se dilater au sommet ; cela s'observe assez fréquemment dans les grandes papilles blanches des exemplaires mouchetés. Qu'elles soient grandes ou petites, les papilles ne présentent jamais que peu d'écaillés sur leur partie saillante (fig. 80), et ces der- nières sont relativement beaucoup plus longues et plus étroites que dans les autres espèces du genre, encore qu'on observe tous les passages entre les courtes écailles interpapillaires et celles, très allongées, qui entourent la soie terminale. D'ailleurs, comme la papille du P. jamaicensis ne subit, dans son diamètre, aucune variation brusque, on n'y peut distinguer une partie basilaire et un cylindre terminal, ce qui est un caractère spéci- fique fort important. Les plis tégumentaires dorsaux (PL V, fig. 36-38) apparaissent deux fois plus nombreux que dans les autres Péripates, par suite de la formation de plis intercalaires qui se sont introduits entre les plis primitifs. Ces derniers sont eux-mêmes régulièrement alternes, en ce sens qu'entre deux plis où tranchent çà et là des papilles plus grandes et de couleur généralement claire, s'inter- pose un autre pli primitif où les grandes papilles font défaut ; quant aux plis secondaires qui séparent un par un les plis pri- mitifs, ils sont exclusivement munis de petites papilles, et ces dernières semblent parfois beaucoup plus réduites que celles des plis avoisinants. Chacun des plis secondaires s'arrête aux organes clairs, tandis que les plis primitifs franchissent l'axe du dos où ils sont simplement interrompus par la ligne claire. Tel est le schéma et ce qu'on pourrait appeler le type primor- dial de la structure tégumentaire dorsale dans le P. jamaicensis. 176 E-L. BOUVIER Il persiste généralement dans tous les petits spécimens, notam- ment chez les mâles, et parfois chez des femelles de grande taille ; mais très souvent on le voit se modifier beaucoup par égalisation des diverses papilles, de sorte qu'il faut recourir aux organes clairs pour retrouver le nombre des plis primitifs. Dans tous les cas, la disposition régulière des plis peut s'atténuer et finir par disparaître : à mesure qu'on s'éloigne de la ligne médiane, les sillons qui séparent les plis s'anastomosent, dis- loquent ces derniers et leur donnent une allure assez irrégu- lière qui n'est pas sans rappeler beaucoup celle qu'on observe dans les Onychophores des autres genres. C'est à l'irrégularité de ces plis et à la très petite taille de ses papilles que le P.jamai- rensis doit son aspect velouté caractéristique. Les téguments ventraux (PL V, iîg. 39), au point de vue de la disposition des plis, ressemblent beaucoup à ceux des autres Péripates, mais leurs papilles sont toutes semblables et ne diffèrent entre elles que par la taille, qui varie dans des limites assez étendues ; elles ressemblent à celles du côté dorsal et, en général, ne sont pas beaucoup plus petites. Certaines d'entre elles se font remarquer par leurs dimensions plus grandes et leur coloration plus claire. Les organes ventraux sont petits, mais fréquemment logés au sein d'une aire claire, ce qui les fait apercevoir plus facilement. Ils ne semblent pas accompagnés d'organes préventrauœ, ou plutôt ces derniers sont représentés sur toute la longueur du corps par une paire d'organes analogues qui occupent exacte- ment le milieu de l'intervalle compris entre deux paires de pattes successives, organes qui sont séparés l'un de l'autre par un espace restreint où s'élèvent une ou deux papilles. Les organes ventraux sont de dimensions assez variables, mais occupent généralement la surface de plusieurs papilles ; ils forment une saillie supbaissée et très obtuse que recouvrent uniformément des écailles contiguës, polygonales, irrégulières et inégales, qui se font remarquer par leur faible chitinisation, leur pigmentation réduite et de très petites ponctuations superficielles. Souvent les organes sont rendus très apparents par leur pigmentation grisâtre ou par la tache claire qui les environne; mais souvent aussi on ne les distingue guère à l'œil nu ou à la loupe, et il MONOGRAPHIE DES OXYCHOPHORES 177 faut recourir à des grossissements sérieux pour les apercevoir. Région céphalique. — h' œil a la forme d'un organe ovalaire dont la longueur moyenne est de 180 y. et la largeur de 130 p. ; sa couleur est blanchâtre, parfois avec une teinte noire qui est sensible par transparence. Des deux arceaux papillifères avec lesquels il est en relation, l'un d'eux, l'arceau inférieur, s'atté- nue beaucoup dans la région inter-antennaire, puis reprend au-dessous et en dehors ses dimensions normales; au voisinage de l'œil il se termine par deux grosses papilles, l'une interne, l'autre externe, entre lesquelles viennent s'intercaler quelques petites papilles infra-oculaires. Quant à l'arceau oculaire supé- rieur, il présente partout de grosses papilles, sauf en dehors, dans la région de l'œil, où il s'atténue et se prolonge par un léger bourrelet supra-oculaire. L'organe sensoriel frontal est inclus dans cet arceau, sur la face inféro-externe des antennes, séparé de l'œil par 3 ou 4 papilles, qui sont celles qu'on observe dans la région où s'atténue l'arceau. L'organe est formé par deux papilles fusionnées transversalement et dont on ne distingue plus que le sommet ; il tranche par sa coloration blanche sur le reste des téguments, ce qui le rend très visible. Aussi est-ce dans cette espèce que je l'ai découvert pour la première fois. Les antennes sont légèrement dilatées dans leur partie terminale ; elles paraissent plus courtes que dans les autres espèces du genre et, en tous cas, se composent d'un moins grand nombre d'ar- ceaux : on compte 36 à 38 de ces derniers dans les spécimens bien adultes, sans compter la papille terminale. Ce sont tous des arceaux de grande taille, à l'exception de deux qui sont situés à une faible distance de la base, de deux autres qui avoisinent le point terminal de la partie colorée, d'un petit anneau blan- châtre qui sert de point de départ à la partie blanche, et d'un autre qui est séparé du précédent par un grand arceau. C'est la région blanche des antennes qui se dilate en massue ; elle comprend 9 arceaux, sans compter celui qui établit le passage entre les deux régions, et abstraction faite de la papille termi- nale. Le premier grand arceau est parfois légèrement coloré, comme le petit qui le précède. V orifice buccal est limité, comme d'ordinaire, par deux groupes symétriques de 6 protubérances blanches, et par deux ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 12 178 E.-L. BOUVIER petites saillies médianes de même coloration, l'une antérieure, l'autre postérieure. La ligne axiale du plafond huerai est occu- pée par une rangée de 9 ou 10 denticules chitineux à étroite per- foration terminale ; cette ligne ne se bifurque pas en arrière, mais, en cet endroit, présente de chaque côté, sans ordre appa- Fig. 81. — Peripat.us jamaicensis Fig. 82. — Perlpatus jamaicensis Gr. et Cock.. Gr. et Cock., lame externe de la grande femelle de Bath. ; les deux lames man- mandibule dans deux femelles dibulaires d'un côté. Gr. 72. de Bath. Gr. 96. rent, un nombre variable de denticules plus petits, 4 à 6 générale- ment. La lame externe des mandibules (fig. 81 et 82) se termine toujours par une dent arquée longue, étroite et aiguë, mais ses dents accessoires sont très variables : ordinairement chaque lame ne présente qu'une dent accessoire qui est grêle et très acérée, mais il est. des cas où cette dent se réduit à une saillie obtuse et à peine sensible, d'autres où l'on trouve côte à côte deux dents inégales obtuses ou acuminées. La dent terminale de la lame interne (fig. 82) est plus courte, plus forte et moins arquée que les dents de la lame externe; elle est toujours accompagnée d'une dent accessoire dont le côté interne vient rencontrer, à angle très aigu, le bord externe de la scie, et qui présente deux bosselures peu élevées. Les denticules de la scie apparaissent très nombreux; il est rare qu'on en rencontre moins de 15 et leur nombre s'élève souvent à 17. Ces varia- tions des deux lames mandibulaires sont, chez l'adulte, indé- pendantes de la taille. Pattes. — Il n'est pas d'Onychophores qui présentent plus de paires de pattes que le P. jamaicensis et, conséquemment, il n'en est pas où ce nombre soit plus variable : M. Coceerell MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 179 signale des exemplaires ayant 36 paires de pattes et j'ai trouvé une femelle qui renfermait un embryon mûr où on n'en trou- vait que 35 ; d'ailleurs M. Grabham (1893, 220) a observé des femelles qui avaient 43 paires de pattes. Le nombre de ces appendices peut donc varier de 35 à 43 paires pour le moins ; M. Grabham (1893, 220) et M. Pocock (1894, 524) ont af- firmé que ce nombre peut descendre à 29 paires, mais j'ai constaté qu'il n'en est rien : 'les Péripates de la Jamaïque dont le nombre des pattes varie autour de 30 paires appar- tiennent à un type spécifique tout-à-fait différent, le P. juli- formis var. Swainsonae. Les exemplaires que j'ai observés présentaient, à ce point de vue, des différences assez grandes ; j'en ai trouvé 4 avec 37 paires de pattes, 6 avec 38, 2 avec 39, 16 avec 40 et 5 avec 41 paires. On peut donc dire que le P. jamaicensis présente le plus sou- vent 40 paires de pattes et que le nombre de ces appendices est de 40 paires environ, au moins chez les femelles; il est, on le verra plus loin, toujours plus faible chez les mâles. Les pattes sont coniques, parfois comprimées en avant et en arrière, en général très peu éloignées les unes des autres. Leurs soles (fîg. 16, p. 19) ont une étendue médiocre et se com- posent de quatre arceaux sans rudiment d'un cinquième ; la longueur des arceaux va en croissant du premier au troisième ; le quatrième arceau est toujours plus court que le précédent. Les quatre saillies ventrales du pied sont très nettes et présen- tent à leur sommet une soie unique. Le pied (fig. 17, p. ,20) est conformé de la même manière dans toutes les pattes, mais la sole pédieuse des pattes antérieures et des pattes de l'avant- dernière paire n'a que trois petits arceaux, et celle des pattes postérieures n'en présente généralement pas de bien distincts, ce qui est en rapport avec la réduction de ces appendices, toujours fort petits. Les orifices urinaires sont souvent très apparents et indiqués par une petite tache de couleur foncée ; ceux des pattes anté- rieures et postérieures paraissent aussi distincts que les autres. Les orifices urinaires anormaux (fig. 21, p. 21) occupent une saillie proximale du troisième arceau des soles ; cette saillie communique très largement avec l'arceau et refoule le suivant; 180 E.-L. BOUVIER elle ne présente d'écaillés sétifères que dans sa partie inférieure. Les vésicules coxales existent, et sont parfois très développées. Caractères sexuels. — Comme de coutume les femelles sont beaucoup plus nombreuses que les mâles et, en général, de plus grande taille. Sur 36 exemplaires que j'ai étudiés, il y avait 9 mâles et 27 femelles. Les mâles ont de 22 à 32 millimètres de longueur et les femelles de 30 à 62 millimètres ; les femelles de 25 millimètres de longueur ne sont probablement pas encore adultes. Parmi les femelles que j'ai eues entre les mains, 2 avaient 38 paires de pattes, 2 en possédaient 39 paires et toutes les autres 40 ou 41 paires ; on sait que M. Grabham (1893, 320) a observé des femelles munies de 43 paires de pattes. D'autre part, j'ai pu constater qu'un mâle présentait 39 paires de pattes, que 4 en avaient 38 et que 4 autres en possédaient 37 paires. Il est probable que l'exemplaire à 36 paires de pattes, signalé par MM. Grabham et Cockerell (1892), était un mâle; en tous cas, on peut être certain que les mâles de cette espèce n'ont pas», comme le supposait M. Pocock (1894, 524), un plus grand nombre d'appendices que les femelles ; comme je l'ai fait re- marquer antérieurement (1900 f , 757), l'erreur de ce naturaliste provient de ce qu'il prit des femelles du P. juliformïs var. Swainsonae (qui ont en moyenne 31 paires de pattes) pour des femelles de P. jamaicensis, et qu'il les compara avec un mâle (qui avait 37 paires de pattes) de cette dernière espèce. Ainsi que l'a observé M. Pocock, les glandes crurales des mâles de P.jamaicensis correspondent aux deux paires de pattes prégénitales et débouchent, dans chacune d'elles, au centre de deux tubercules situés sur le bord postérieur des vésicules coxales; ces tubercules ne sont pas toujours également appa- rents et il n'est pas rare d'observer des mâles où ils restent invisibles sur certaines pattes. Les orifices des glandes anales sont parfois assez distincts et occupent la même position que dans les autres Péripates caraïbes. Anatomie, développement. — Les glandes salivaires se réduisent beaucoup dans la moitié postérieure où elles atteignent, soit le niveau de l'orifice génital, soit celui de la 4 e paire préa- nale. Leurs réservoirs salivaires sont démesurément longs et MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 181 se terminent entre les pattes XI et XII; ils ont la forme de tubes dont le diamètre égale deux fois celui de la chaîne nerveuse (fig. 24, p. 24). Les glandes anales du mâle s'étendent jusqu'au niveau de la 5 e paire préanale ; en avant elles se dilatent en forme de vésicule ovoïde. Les glandes crurales apparaissent au nombre de deux dans chacune des pattes des deux paires prégénitales ; celles de la paire postérieure, quand elles ne sont pas pelotonnées, peuvent s'étendre en avant sur la longueur de 5 ou 6 segments ; les glandes de la paire antérieure restent petites et pelotonnées à la base de la patte. Les vésicules prostatiques sont brièvement ovoïdes. Les ovaires se trouvent au niveau des pattes préanales de la 8° et de la 9 e paire ; ils ont la forme de tubes sinueux et sont bien distincts à l'intérieur du très large funicule qui les englobe. Les réceptacles séminaux ont un diamètre maximum de 450 p. et les réceptacles ovulaires une longueur un peu plus grande (PI. III, fig. 16). Les embryons (PI. III, fig. 16) sont placentés et n'acquièrent que fort tard les plis tégumentaires compliqués propres à l'es- pèce. Dans un embryon déjà pigmenté, mais où les organes préventraux n'étaient pas séparés encore des organes ventraux, j'ai pu constater des plis tégumentaires réguliers, complets et au nombre de 12 par segment; les papilles de ces plis étaient très inégales et, de deux en deux plis, on en trouvait de fran- chement plus grandes, qui tranchaient fortement au milieu des autres. Dans des embryons mûrs et sur le point de naître, les plis de la peau ont encore une régularité parfaite et sont plus manifestement alternes, les papilles prédominantes étant blan- châtres, tandis que les autres présentent une grande quantité de pigment. Entre deux plis primitifs, avec ou sans papilles pré- dominantes, s'intercale régulièrement un pli secondaire formé par une série de papilles extrêmement peu développées. Ces papilles des plis intercalaires grandissent un peu mais restent fort distinctes chez les adultes de petite taille, tandis qu'elles deviennent généralement semblables aux autres dans les grands spécimens. On a vu plus haut que l'apparition de plis interca- laires provoque, à brève échéance, la disposition irrégulière des téguments, qui est un caractère de l'adulte. 182 E.-L. BOUVIER Dans ces embryons presque mûrs j'ai pu manifestement observer la présence de stigmates; ceux-ci semblent un peu plus petits que chez l'adulte, mais ils n'ont pas encore la forme d'un entonnoir et paraissent tout à fait clos. Ils se pré- sentent sous la forme de dépressions claires dont les cellules sont dépourvues de pigment. C'est la première fois qu'on signale, chez des embryons, les ébauches du système respira- toire. L'évolution des organes centraux est la même que dans les autres Péripates, mais les organes pire centraux , une fois isolés, semblent toujours disparaître, à moins que leurs moitiés ne s'écartent latéralement pour donner les curieux organes pairs dont j'ai parlé plus haut (p. 176). Habitat, mœurs. — Grâce à l'extrême obligeance de MM. Ray Lankester et A. Sedgwigk, je crois avoir étudié presque tous les spécimens connus de cette espèce. 1° Types de V espèce. — MM. Grabham et Cockerell nous ont appris (1892, 514) que les types de l'espèce furent recueil- lis à Bath (Jamaïque) par M me Swainson. D'après les renseigne- ments que M. Ray Lankester a bien voulu demander pour moi à l'Institut de la Jamaïque, ces types furent mis entre les mains de M. Sedgwigk, sauf un seul qui fut adressé au British Mu- séum. Tous ces exemplaires ont été mis à ma disposition et, comme il arrive presque toujours pour cette espèce, se trou- vaient mélangés à des individus de P. juliformis var. Swaiu- sonae ; deux exemplaires types m'ont été donnés par M. Sedg- wigk (Coll. Sedgwick à Cambridge, 6 ind. ; Muséum de Paris, 2 ind. ; Musée britannique, 1 ex.). 2° Exemplaires de Gosse. — Les Péripates recueillis par Gosse, à la Jamaïque, étaient au nombre de 3 ; ils sont conservés au British Muséum où ils ont été successivement examinés par M. Moseley (1879, 266) par M. Sedgwigk (1888 b , 482, 488) et par M. Pocock (1894, 524); M. Sedgwigk et M. Moseley ne leur attribuèrent pas de dénomination spécifique, mais M. Po- cock les tint tous trois pour des P. jamaicensis. Ayant examiné ces spécimens, j'ai punie convaincre qu'un seul d'entre eux appartient à l'espèce de Grabham et Cocke- rell, que c'est un mâle à 37 paires de pattes et que les deux MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 183 autres sont des femelles de P. juliformisyar'. Sivainsonae, mu- nies de 31 paires de pattes seulement. Voici, d'après M. Sedgwick, les renseignements que Gosse (1851, 62) a donnés sur les Péripates de la Jamaïque : « Ces Péripates furent trouvés sur la montagne de Bluefîeld, au-des- sus de Bluefields House, près de la ville de Savanna lo Mar. Le sommet de la montagne est à quatre ou cinq milles de Blue field. Là, autour d'une pièce de terre incendiée, sise au voisi- nage immédiat de la foret, mais encore dépourvue de végé- tation, furent trouvés sous les pierres cinq ou six spécimens de Peripatus, l'un deux fois aussi grand que chacun des autres. La parcelle de terre se trouvait au pied d'un pic conique très élevé, couvert par la forêt vierge. Cet animal est une curieuse créature, et je pense qu'il se rapproche davantage des Annélides que des Mollusques; il aune apparence veloutée, une teinte brun noi- râtre, et les antennes blanches à l'extrémité. De ces derniers organes (1) sort, quand on touche l'animal, une épaisse sub- stance visqueuse, aussi adhérente que la glu. » Des 5 ou 6 spécimens capturés pas Gosse, il ne reste plus que les trois exemplaires du Musée britannique, et l'un d'eux seulement appartient à l'espèce qui nous occupe (Musée britannique). 3° Exemplaires de Bath. — La localité de Bath se trouve, écrit M. Duerden, « à une bonne journée de Kingston et n'est pas facilement accessible » ; pourtant elle représente le centre où ont été recueillis presque tous les Péripates capturés dans l'île. En dehors de ceux énumérés plus haut, je signa- lerai une femelle adulte envoyée au British Muséum par les directeurs de l'Institut de la Jamaïque, et les 24 spécimens qui, à la prière de M. Ray Lankester, furent recueillis par M. Duerden et par M. Grabham, dans le but de faciliter mon travail (Musée britannique, Muséum de Paris). M. Grabham (1893, 218) a donné quelques détails sur les habitudes des Peripatus, disant que ces animaux se nourris- sent de petits Insectes, qu'ils capturent au moyen de leur li- quide muqueux. Mais l'article de M. Grabham ayant trait aux Onychophores en général, et les Péripates de la Jamaïque (1) Ce n'est pas des antennes, mais des tentacules buccaux, que sort la sécré- tion glutineuse dont parle Fauteur. 184 F-L. BOUVIER n'y occupant qu'une place tout à fait accessoire, on peut se de- mander si cette observation a été faite sur ces derniers ou si M. Grabham Fa relevée, d'après les auteurs, comme une parti- cularité propre à tous les Onychophores. En tout cas, l'article de M. Grabham est intéressant parce qu'il renferme deux figures (1893, %. 1 et 12) qui donnent certainement une très bonne idée de l'allure des Péripates à l'état vivant; l'une de ces figures représente l'animal en mou- vement sur un rameau, et fait assez bien ressortir son appa- rence vermiforme, l'autre le représente de côté, pendant la marche, et fixe avec une exactitude curieuse les positions rela- tives très variées des appendices locomoteurs. Variations. — M. Cockerell a consacré, en 1893, une étude spéciale aux variations de couleur de cette espèce. Ayant reçu deux Péripates de M me Swainson (en août 1892), il observa que l'un de ces spécimens était rougeâtre avec le bout des an- tennes blanc, et que l'autre avait une teinte noirâtre sans tache particulière à l'extrémité des antennes. « Au premier abord, dit-il, il paraissait probable que ces différences de coloration pouvaient être sexuelles, mais comme on trouva subséquemment des femelles de l'un et l'autre type, cette opi- nion ne saurait être admise. L'apparence très différente des deux types, et l'absence de toute forme intermédiaire, porteraient à croire qu'on se trouve en présence de deux espèces distinctes, mais ceci encore est impossible, car M. le D r Grabham a obtenu des embryons de l'une des formes d'une femelle apparte- nant à l'autre. Ces différences ne sont pas non plus le résultat de l'âge, car on les observe chez des adultes. » En consé- quence, M. Cockerell tient ces variations de couleur pour indi- viduelles, et il désigne sous le nom de « mutation Gossei » la variation rougeâtre avec pointe des antennes blanches, sous le nom de « mutation Swainsonae » la forme totalement noi- râtre. Le type de la mut. Gossei avait 36 paires de pattes et celui de la mat. Swainsonae 29 paires seulement ; ce dernier devait donc être la variété du P.juliformis qui se trouve dans l'île, et l'autre un mâle de P.jamakensis. Ainsi les deux types apparte- naient à deux espèces différentes et, dès lors, ne sauraient être MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 185 considérés comme des mutations d'une seule, le P.jamaicensis. Est-ce à dire que des mutations analogues à celles qu'a signa- lées M. Cockerell n'existent pas dans cette dernière espèce? en aucune façon. Il est impossible, en effet, de contester l'ob- servation de M. Grabham et, d'autre part, les différences de cou- leur des P. jamaicènsis adultes sont bien réelles. Ainsi, j'ai constaté que l'exemplaire mâle recueilli par Gosse avait une teinte uniforme, et qu'un très petit nombre de spécimens re- cueillis à Bath par M. Duerden et M. Grabham présentent le même caractère ; tous les autres P. jamaicènsis soumis à mon examen ont le bout des antennes blanc. C'était la seule différence constante qu'on pût observer entre les deux formes, et dès lors nous devons admettre deux mutations de couleur dans l'espèce. J'ai mis ces faits en évidence dans un travail antérieur (1900 f , 753, 757) et, pour ne pas compliquer la nomenclature, conservé aux deux mutations les noms de Gossei et Swainsonae que leur avait primitivement attribués ,M. Cockerell. Mais ce dernier observa ensuite (1901, 325) que le terme de Swainsonae ne pouvait convenir qu'à la variété de P. juliformis propre à la Jamaïque, qu'il convenait d'attribuer un terme nouveau à la mutation du P. jamaicènsis pour laquelle j'avais conservé le nom de Swainsonae et il proposa pour cette dernière le nom de mut. Bouvieri. Cette manière de voir me paraît discutable, car il est possible que M. Cockerell, à l'époque où il dénomma primitivement les deux mutations, ait eu entre les mains des P. juliformis et des P. jamaicènsis à antennes uniformément colorées ; mais comme cette discussion serait sans issue, il est sage de s'en tenir h la nomenclature de M. Cockerell. En conséquence, les Péripates de la Jamaïque seront dési- gnés delà manière suivante dans toute l'étendue de cette mo- nographie : P. jamaicènsis mut. Gossei Ckll (= P. jamaicènsis mut. Gossei Bouv.). — mut. Bouvieri Ckll (= — mut. Stvainsonae Bouv.). P. juliformis var. Swainsonae Ckll (= P. juliformis var. Gossei Bouv.). Il ne m'en coûte pas de relever cette erreur de nomenclature, mais je regrette de l'avoir commise, car les synonymies zoolo- 186 E.-L. BOUVIER giques n'ont pas besoin, tant s'en faut, de complications nou- velles. La mut. Gossei est infiniment plus fréquente que la mut. Boiwieri; en étudiant de nombreux spécimens, on trouvera sans doute des passages de l'une à l'autre. Affinités. — Le P. jamaicemis est une espèce à caractères mixtes dont les affinités sont complexes. Il se distingue de tous les autres Peripatus par la division et l'irrégularité de ses plis tégumentaires, par la petitesse de ses papilles et par le déve- loppement exagéré de ses réservoirs salivaires ; par ses appen- dices très nombreux il se rapproche du P. torquatus et des espèces andicoles primitives, par tous ses autres caractères il se relie étroitement aux Péripates caraïbes les plus normaux. On doit, ce me semble, le considérer comme une forme spéciale, qui a évolué à part suivant le mode propre aux Péripates caraïbes, conservant d'un côté certains caractères archaïques (nombreuses paires de pattes) et présentant une évolution plus rapide de certains autres (irrégularité des plis dorsaux, grand développement des réservoirs salivaires.) 14. Le Péripate à collier. [Peripatus torquatus, J. von Kennel.) (Voir PI. Il, fig. 13, PI. V, fig. 40, 41 et dans le texte les fig. 3 (p. 14), 13 et 14 (p. 18), 19 (p. 20), 23 (p. 22) et 83.) 1883. Peripatus torquatus J. v. Kennel, Zool. Anz., Bd VI, 533 (M, E). Arb. Zool. Inst. Wurzburg, Bd VI, 282-285 (M, H). 1885. — Arb. Zool. Inst. Wurzburg, Bd Vil (M, A, E). 1887. — W. L. Sclater, Pr. Zool. Soc. London (1887), 132 (M). 1888. — A. Sedgwick, Quat. J. M. Se, vol. XXV III, 477 r 487 (M). 1894. R. I. Pocock, Ann. Nat. Iiist., vol. XXIV, 523 (M). 1898. E.-L. Bouvier, Int. Congr. Zool. Cambridge, 270 (M). 1899. - C. R. Acad. des Se, vol. CXXV1U (1898), 1345 (M). 1900. — _ Ann. Soc. ent. de France, vol. LXVH1 (1899), 389, 423-429, pi. V, fig. 7-9 ; pi. VI, fig. 1-4 (M). — — — Bull. Soc. ent. de France (1900), 394 (M). 1901. A. Sedgwick, Cambridge Nat. Iiist., vol. V, 26. 4904. _ E.-L. Bouvier, Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VI, 14 (A). MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 187 Plis dorsaux très réguliers et sensiblement égaux en largeur; les deux plis qui correspondent à l'axe de chaque paire de pâlies se bifurquent un peu au-dessus du milieu des flancs et produisent de la sorte 4 plis incomplets. Papilles principales subégales, conti- guës, très serrées et disposées en une seule rangée dans chaque pli; ces papilles ont pour base une pyramide quadrangulaire et se ter- minent par un cône surbaissé, presque plat, au sommet duquel on aperçoit rarement un court cylindre apical ; elles figurent à la sur- face des téguments une sorte de damier. Papilles accessoires peu nombreuses, fort petites, cachées sur les flancs des sillons, et rare- ment intercalées entre deux papilles principales d'un même pli. Les papilles ne sont pas différentes au voisinage de la ligne claire, qui est distincte, étroite, peu profonde et flanquée d'organes clairs très accentués. Organes frontaux peu nets et correspondant à 4 ou 5 papilles. Lobe anléro-médian des lèvres très réduit. Une ou S dents accessoires sur les lames mandibulaires externes, 3 et une scie de 10 ou 11 denticules sur les lames externes. Pattes au nombre de 41 ou 42 paires dans les femelles étudiées; soles pédieuses de 4 ar- ceaux avec l'ébauche bien caractérisée d'un 5 e . Tubercule urinaire des pattes IV et V adhérant en avant au bord supérieur du 3 e ar- ceau dans lequel il produit une légère échancrure, et refoulant le- 4 e arceau dont la partie centrale décrit, de ce fait, une courbe for- tement convexe. Glandes salivaïres s'étendant jusqu'aux pattes delà 10 e ou de la 11 e paire préanale, et munies d'un réservoir qui n'atteint pas tout à fait les pattes de la 3 e paire. Ovaires étroitement conli- gus, ramenés en avant au niveau des pattes préanales de la 8 e ou de la 9 e paire, et se rattachant au plancher péricardique par un épais fu- nicule qui se fixe à la hauteur des pattes de la 4 e paire prégénitale ; réceptacles séminaux très volumineux (950 \l sur 700). Cette espèce est la plus grande de toute la classe; les femelles peuvent atteindre 10 à 15 centimètres de longueur sur 1 centimètre envi- ron de largeur. — Loccdisé dans l'Ile de la Trinité. Historique. — M. J. von Kennel découvrit cette espèce à la Trinité et d'abord la caractérisa brièvement par ses dimensions, de môme que par ses très nombreuses paires de pattes ; il lui attribua le nom de P. torquatus à cause d'un collier jaune clair qu'elle présente sur la tète, un peu en arrière des yeux (1883 b , 532 j. Ultérieurement, le même auteur en a donné une 188 E.-L. BOUVIER bonne figure (1885, fig. 1), il a décrit les organes génitaux femelles et étudié le développement dans deux mémoires étendus qui sont consacrés aussi à l'histoire du P. Trinitatk Sedgw. (P. Edwardsi Kennel). Depuis, M. Kennel m r a obligeamment communiqué deux lypes de cette espèce, dont une femelle partiellement dis- séquée qu'il a gracieusement offerte au Muséum. En même temps, M. le Professeur A. Sedgwick me soumettait une femelle intacte qu'un de ses correspondants, M. Uhrtch, lui avait envoyée de la Trinité. J'ai profité de ces matériaux et des renseignements manus- crits que m'a fait parvenir M. Kennel pour donner, à diverses reprises (1898% 1899% 1900 h ), des notions nouvelles sur cette espèce, pour faire connaître assez complètement sa structure morphologique (1900% 423-429, PI. V, fig. 7-9, PI. VI, fig. 1-4), et étudier ses œufs (1904, 14). On retrouvera tous ces faits dans la description suivante qui renferme en outre certains détails anatomiques dont les types de M. Kennel m'ont fourni les éléments. Forme, dimensions. — Le corps est aplati du côté ventral, et régulièrement convexe d'un flanc à l'autre en passant sur le dos. Il s'atténue très régulièrement d'avant en arrière, mais son extrémité céphalique est notablement plus large que la partie caudale. Les dimensions de la femelle intacte de M. Kennel sont les suivantes : longueur totale du corps, sans compter les antennes, 99 millimètres; largeur au milieu du corps, 10 millimètres; épaisseur au milieu du corps, 5 mm ,2. La femelle disséquée a 133 millimètres de longueur, et celle de M. Sedgwick, 115 millimètres. Ces derniers spécimens sont les plus grands de tous les Onychophorcs jusqu'ici connus, mais M. Kennel (1883% 532) dit avoir vu des femelles qui mesu- raient 1 50 millimètres de longueur sur 8 de largeur. Dans le même travail, cet auteur observe que « les mâles ont environ 10 centimètres de longueur ». D'après des renseignements que m'a donnés M. Kennel, un exemplaire nouvellement né mesurait 32 millimètres de lon- gueur et possédait 42 paires de pattes, un embryon extrait de l'utérus et muni de 41 paires de pattes était déjà long de MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 189 26 millimètres. « Les dimensions longitudinales, observe M. Kennel, sont prises sur des exemplaires conservés et dont la contraction est très forte — D'après mes notes, les nouveau- nés du P. torquatus, quand ils sont en mouvement de rep- tation, atteignent 60 millimètres et sont par conséquent plus longs et beaucoup plus grêles qu'un adulte » de P. Trinitatis. Coloration. — M. von Kennel décrit (1883\ 532) de la manière suivante la coloration des spécimens qu'il a capturés : « En dessus, la couleur est simplement le rouge brun ; sur toute la longueur du dos elle est un peu plus foncée, puis s'at- ténue progressivement à droite et à gauche en allant vers les flancs. La tête, ou, pour parler plus justement, le front, a une coloration noire comme les antennes ; on y voit sur la nuque une bande transversale jaune clair qui présente souvent une solution de continuité sur la ligne médiane » (PL II, fïg. 13). Ces détails de coloration sont très bien rendus dans une figure (1885, fig. 1) où M. von Kennel a représenté, vue de dos, une femelle de 140 millimètres. On ne sait rien de la teinte des téguments ventraux ; pourtant, malgré la décoloration presque complète des spécimens qui m'ont été soumis, je crois pouvoir affirmer qu'elle est un peu plus claire sur la ligne médiane, notamment au niveau des organes ventraux et préventraux. Téguments. — Les plis du dos (PL V, fig. 40, 41) sont très sensiblement de même largeur et présentent tous une netteté extrême ; dans la femelle qui appartient au Muséum, ils ont de 200 à 250 [l de largeur au voisinage de la ligne médiane, dans la région moyenne du corps, puis ils vont en s'élargissant peu à peu vers les flancs. Ces différences de largeur sont dues à la bifurcation (fig. 3, p. 14) des deux plis contigus qui correspon- dent à l'axe de chaque patte, bifurcation qui se produit un peu au-dessus du milieu des flancs et qui a pour résultat de former dorsalement des plis incomplets. Entre les groupes successifs de ces petits arceaux s'intercalent toujours 8 arceaux complets, de sorte que l'on rencontre toujours 12 plis par segments, au-dessus du niveau où se produisent les bifurcations. Sur toute la région dorsale, sauf en avant ou en arrière, les plis sont transversalement divisés en zones plus ou moins rectangulaires par des sillons accessoires (PL II, fig. 13). Ces 190 E.-L. BOUVIER sillons s'orientent très approximativement dans le sens de la longueur, mais ils ne se font pas toujours suite d'un pli à l'autre, et quelquefois ils restent ineomplets ou peu indiqués. Avec les plis dorsaux, ils délimitent des zones rectangulaires qui donnent au tégument l'apparence d'un damier, et qui corres- pondent respectivement à une pap'dle principale, très rarement à deux, et seulement aux points où les sillons accessoires sont mal développés. Dans tous les cas, les sillons du corps, quelle que soit leur direction, sont toujours profonds et sin- gulièrement étroits, ce qui donne aux papilles une base puis- sante, en forme de tronc de pyramide quadrangulaire. Sur cette base s'élève la partie convexe de la papille, qui est arrondie ou subconique, très peu saillante et parfois presque plate. Il est rare qu'un petit cylindre terminal émerge au sommet de cette papille; souvent la courte soie terminale de ce cylindre est seule visible, et parfois même on ne l'aperçoit pas. Ainsi cons- tituées, les papilles principales sont contiguës, subégales et rigoureusement unisériées dans chaque pli. Les rares papilles accessoires qui les accompagnent restent toujours très petites et cachées dans les sillons, où elles passent souvent inaperçues; çà et là pourtant, on en voit une ou deux s'intercaler entre deux papilles principales. Vers les deux extrémités du corps, les papilles principales se réduisent, se groupent avec moins de régularité et deviennent plus saillantes; elles sont plus saillantes aussi vers le bas des flancs et sur les pattes ; les papilles principales de ces dernières ont généralement un cylindre terminal distinct. Les plis centraux compris entre deux pattes de la même paire sont très peu distincts les uns des autres, fort étroits, et ne paraissent porter qu'un seul rang de papilles. Entre deux paires de pattes consécutives, les plis deviennent plus larges, surtout vers la ligne médiane, et sont alors couverts de papilles plurisériées. Ces dernières ont un contour polygonal irrégulier, et leur plus grande dimension atteint à peu près le tiers de celle des papilles de la région moyenne du dos; elles sont d'ailleurs de taille variable et donnent à la face ventrale du corps un aspect finement grenu. Contrairement à ce que l'on observe cbez la plupart des MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 191 Péripates américains, les papilles de la partie médiane du dos ne se différencient des autres, ni par leur arrangement, ni par leurs dimensions. La ligne claire qui occupe l'axe de cette région traverse simplement une zone quadran- gulaire analogue à celles qui constituent le damier tégumen- taire ; beaucoup moins profonde qu'un sillon ordinaire, elle divise cette zone en deux parties dont chacune représente une papille et porte à son sommet une soie normale. La ligne claire s'atténue beaucoup au fond des sillons, mais elle y est flanquée par deux organes clairs des plus nets et situés au fond d'une dépression transversalement ovalaire. Le grand axe de ces organes a un diamètre moyen de 80 p.. Les stigmates sont assez nombreux du côté dorsal, un peu moins sur la face ventrale ; ils ont de 25 à 40 ^ de diamètre; j'en ai compté 2 par millimètre carré dans la région médiane du dos. Région céphalique. — Les exemplaires que j'ai eus entre les mains se prêtaient mal à l'étude de la région oculaire et des antennes. Je puis affirmer pourtant que l'arceau oculaire se continue au-dessus des yeux par un second tour de spire extrêmement grêle, et que les papilles de cet arceau sont parfai- tement développées à l'endroit où devrait se trouver l'organe frontal; il semble donc, par conséquent, que ce dernier n'existe pas ou, du moins, n'est pas très différencié. Les arceaux des antennes étaient très rapprochés dans tous mes exemplaires, ce qui rendait leur dénombrement très diffi- cile. J'en ai compté 45, 46 ou 47 de grandes dimensions, mais entre ceux-ci venaient s'intercaler de nombreux arceaux plus petits, de sorte que le nombre total des arceaux antennaires doit être de 64, à quelques unités près. Il est à remarquer que les petits arceaux peuvent se trouver dans tous les points de l'antenne, et qu'on peut même en observer 5 dans le bout terminal différencié, qui compte d'ailleurs 7 grands arceaux. Dans la femelle intacte que m'a communiquée M. Kennel, les trois paires de lobes qui constituent les lèvres en avant sont très développés, tandis que les lobes de la région posté- rieure restent fort réduits. Il existe antérieurement un lobe impair, mais des plus étroits. 192 E.-L. BOUVIER Dans le type que M. Kennel a offert au Muséum et dans l'exemplaire de M. Sedgwick, les lames, mandibulaires (fig. 13 et 14, p. 18) internes présentent 2 dents aeeessoires bien développées, et une 3 e fort petite; leur diastème est large, mais relativement peu profond, et leur seie est armée de 10 ou 11 dentieules, sans compter un petit lobe terminal arrondi. La lame externex a une dent accessoire de grande taille et, dans la femelle de M. Sedgwick, une seconde des plus réduites. Pattes. — Les femelles de cette espèce ont 41 ou 42 paires de pattes ainsi que M. Kennel Fa indiqué (1883\ 532] ; la femelle intacte que cet auteur m'a soumise avait 41 paires de pattes, la femelle disséquée et celle de M. Sedgwick en comptaient 42 paires. On a vu plus haut qu'un nouveau-né avait 42 paires de pattes et un embryon 41 paires. Les pattes sont cylindro-coniques, plus petites et plus rap- prochées en avant, moins réduites en arrière; celles de la der- nière paire égalent presque en développe- ment leurs voisines du segment génital. Les arceaux des soles pédieuses sont au nombre de quatre, avec l'ébauche plus ou moins longue d'un cinquième (fig. 83). Les pattes de la dernière paire n'ont que 2 arceaux bien for- més, celles de l'avant-dernière paire en ont 3 ; Fig. 83. - Peripatus sur les P attes des 3 ou 6 P aires précédentes, torcjuaius Kennel, co- e t sur celles des 6 ou 7 premières paires, type Ç ; sole et tu- . bercuie urinaire de 1 ébauche du 5 arceau, quand elle existe, est Gr °34 PaUe dl0lte ' représentée par une ou plusieurs papilles sétifères. A part quelques rares exceptions, ces papilles se fusionnent en un arceau plus ou moins allongé dans les pattes de toutes les autres paires. Comme de coutume, le pied est muni de 3 papilles : 2 en avant et 1 en arrière ; mais, ainsi que je l'ai fait remarquer dans un travail antérieur, on observe parfois des pattes anor- males où ce nombre peut s'élever d'une ou deux imités (1900% 427, PI. 6, fig. 2 et 3). C'est un retour accidentel à l'état primitif qui s'est conservé chez les Péripates andicoles. Les deux paires de saillies ventrales du pied sont munies chacune d'une soie, rarement de deux. MONOGRAPHIE DES ONYCIIOPHORES 193 Les fentes coxales sont partout très apparentes, sauf sur les pattes de la l re paire où elles restent réduites et punctiformes ; leurs vésicules n'étaient pas dévaginées dans les exemplaires dont j'ai fait l'étude. La fossette au fond de laquelle s'ouvrent les néphridies est toujours très évidente, même à la base des pattes de la paire postérieure. Les tubercules urinaïres des pattes IV et V refoulent fortement le 4 e arceau des soles et font décrire une courbe des plus prononcées à sa partie centrale (fig. 83) ; ils «jchancrent un peu le bord supérieur du 3 e arceau et se conti- nuent plus ou moins largement avec lui dans leur région an téro-supérieure . Caractères sexuels externes. — M. Kennel s'est contenté de faire observer que les mâles sont un peu plus petits que les femelles ; mais il ne mentionne ni le nombre de leurs pattes ni la disposition de leurs papilles sexuelles. Anatomie, développement . — Sur la femelle ouverte que M. Kennel a offerte au Muséum, j'ai pu faire un certain nombre d'observations anatomiques fort intéressantes. Les glandes salïvaires s'étendent en arrière jusqu'aux pattes de la 32 e ou de la 33 e paire, et se terminent par un cul-de-sac renflé ayant un peu moins d'un millimètre ; en avant, elles attei- gnent une largeur d'un millimètre et demi environ et parcou- rent un assez long trajet en conservant à peu près le même calibre ; puis elles se rétrécissent progressivement, deviennent fort grêles et se renflent e'nfîn pour former la dilatation termi- nale que j'ai signalée plus haut. Leur réservoir est bien déve- loppé, il atteint presque le niveau des pattes de la 3 e paire. Le rectum n'a pas tout à fait 10 millimètres de longueur et se renfle un peu en arrière de son origine sur l'intestin; il se rattache dorsalement aux bords du plancher péricardique par deux fortes cloisons mésentériques à peu près parallèles. M. Kennel ne fait pas de distinction entre les organes géni- taux femelles des deux espèces qu'il a étudiées ; il dit seulement que leurs ovaires sont situés au-dessus de l'intestin, dans la partie postérieure de la cavité du corps et qu'ils se fixent .au plancher péricardique par un épais funicule (1885, 101). Ce dernier avait conservé ses attaches naturelles dans le spé- ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 13 194 E.-L. BOUVIER cimen offert au Muséum; j'ai vu qu'il avait 16 millimètres de longueur, qu'il se bifurquait en arrière et qu'il se rattachait au péricarde vers le niveau des pattes de la 4 e paire prégénitale (37 e paire); étant donnée la longueur de ce cordon, les ovaires devaient se trouver très sensiblement à la hauteur des pattes de la 33 e paire. Ces derniers avaient l mm , 8 de longueur et 430 (a de largeur maximum ; ils apparaissaient bien distincts, encore qu'étroitement accolés sur la ligne médiane. Les réservoirs ovulaires étaient subconiques et mamelonnés comme ceux que M. Kennel a représentés (1885, fig. 2) dans le P. Trinitatis; à côté se trouvaient des réceptacles séminaux très volumineux qui mesuraient 950^ sur 700. M. Kennel a consacré deux mémoires importants (1885, 1888) à l'étude embryogénique de cette espèce et à celle du P. Tri- nitatis, En résumant les travaux du savant zoologiste dans la partie générale de cette monographie, je montrerai que tous les Péripates américains se développent de la même manière. Distribution, mœurs. — Le P. torquatus paraît localisé à la Trinité où il fut découvert par M. Kennel qui en captura plu- sieurs exemplaires des deux sexes (coll. Kennel à Dorpat, une femelle type donnée par M. Kennel au Muséum de Paris). Depuis, M. Uhrich a capturé dans la même île un autre exem- plaire, dont il a fait don à M. Sedgwick (coll. A. Sedgwick, à Cambridge, en Angleterre). M. Kennel relève quelques détails intéressants sur les habi- tudes du P. torquatus (1883% 282-285). Comme le P. Trinitatis qui habite la même île, ce Péripate recherche de préférence « les plantations de Cacaoyer qui, en raison de leur situation sur la pente des collines septentrionales et dans les vallons profonds qu'arrosent de clairs ruisseaux forestiers et de nom- breuses sources, en raison aussi de la grande ombre que pro- jette le Cacaoyer (Erythrina), conservent mieux l'humidité dans leur sol que les terrains de plaines, et se couvrent aussi plus fortement de rosée ». M. Kennel a trouvé bien plus rare- ment cette espèce dans les forêts vierges, non qu'elle y soit plus rare, mais parce qu'elle se cache sous les débris de toutes sortes, ce qui la rend plus difficile à trouver. D'ailleurs, Y Erythrina n'existe pas dans ces forêts, et c'est un arbre, dit M. Kennel,. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 195 qu'affectionnent particulièrement les animaux inférieurs. C'est sous les restes décomposés de l'arbre, dans les rameaux et les écorces poreuses, dans la couche d'humus et aussi dans les grands trous des Coléoptères xylophages que se trouvent ordi- nairement les Péripates ; on les rencontre plus rarement sous les feuilles tombées ou sous les pierres, et jamais M. Kennel n'en put apercevoir un seul parmi les vieux tas de fruits du Cacaoyer. Le P.torquatus paraît vivre isolément, M. Kennel n'en ayant jamais trouvé plusieurs exemplaires réunis. Quand on le dérange, il avance la tête dans la direction de l'intrus et, par ses deux tentacules buccaux, projette à plusieurs pieds de distance le li- quide visqueux et filant de ses glandes à mucus. J'exposerai, dans la partie générale de ce travail, les intéressantes observations de M. Kennel sur les caractères et le rôle de ce liquide muqueux. Affinités. — Le P. torquatus a conservé la grande taille, les nombreux appendices et les grandes soles pédieuses des Péri- pates andicoles les plus primitifs ; il a subi d'ailleurs l'évolution propre aux Péripates caraïbes et se range manifestement parmi ces derniers. La structure quadrillée de ses téguments lui donne une apparence particulière qui se retrouve d'ailleurs plus ou moins dans les trois espèces suivantes. 15. Le Péripate de Perrier. [Peripatus Perrieri E.-L. Bouvier.) (Voir, dans le texte, les fïg. 78, A (p. 159), 84 et 85.) 1899. Peripatus Peirieri E.-L. Bouvier, C. R. Acad. des Se, vol. CXXV1I1, 1345 (M). — — — C R. Acad. des Se, vol. CXXIX. 1030, 1031 (M). 1900. — — Ann. Soc. ent. de France, vol. LXVIII (1899), 389, 440-442, PI. VII, fig. 4~ 12 (M). Les plis dorsaux incomplets commencent bien au-dessus du milieu des flancs, à une distance assez faible de la ligne médiane dorsale, ce qui les rend très courts. Papilles principales assez semblables à celles du P. torquatus, mais très inégedes et à bords bien plus obtus, d'ailleurs distribuées sans aucun ordre, quoique 196 E.-L. BOUVIER unisériées dans chaque pli; leur cylindre terminal ne paraît pas exister. Papilles accessoires de tous points identiques à celles du P. torquatus. Les papilles principales se réduisent au voisinage de la ligne claire qui est fort distincte. Organes frontaux absents. Une dent accessoire sur les lames mandibulaires et une scie de 11 à 13 deniicules sur les lames internes. Pattes au nombre de 28 paires chez le mâle, de 32 paires chez les femelles. Soles pédieuses ana- logues à celles du P. torquatus ; tubercules urinaires des pattes IV et V rappelant presque à tous égards ceux de cette dernière es- pèce. Glandes salivaires très atténuées en arrière ou elles s'éten- dent jusqu'au voisinage des pjattes de la paire prégénitale ; réser- voirs de ces glandes se terminant entre les pattes III et IV. Ovaires situés au niveau des pattes préanales de la 8 e et de la 9 e paire, et se rattachant au plancher péricardique par un funicule assez épais, mais un peu rétréci au milieu, qui se fixe au plancher péricardique entre les pattes prèanales IV et V , d'ailleurs sans se bifurquer. Le diamètre maximum des réceptacles séminaux est d'environ 150 (/.. La femelle adulte, qui sert de type à cette espjèce, mesure 51 millimètres de longueur. — Trouvé à la Vera- Cruz, au Mexique. J'ai dédié cette intéressante espèce à mon savant Maître et Collègue, M. le Professeur Edmond Perrier, Directeur du Muséum. Historique. — Le type unique de cette curieuse espèce pro- vient de la Vera-Cruz, au Mexique ; il se trouvait depuis long- temps dans les collections du Muséum où on l'avait désigné à tort sous le nom de P. Edwardsi. J'ai mis en évidence ses caractères essentiels dans une note consacrée aux variations et aux groupements des Péripates américains (1899 a , 1345); ulté- rieurement (1899 e , 1030, 1031), je l'ai fait rentrer dans le groupe des Péripates caraïbes, et j'en ai donné une description mor- phologique assez étendue (1900% 389, 440-442, PI. VII, fig. 4-12). Formes, dimensions. — Le spécimen est de largeur mé- diocre et fortement convexe du côté dorsal ; il se rétrécit en arrière à partir de la 5 e paire de pattes préanales, mais ne s'atténue presque pas en avant, de sorte que ses bords sont parallèles sur presque toute leur étendue. Sa longueur MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 197 totale est de 51 millimètres, sa largeur maximum de 5. Coloration. — L'exemplaire est à peu près complètement décoloré ; d'un gris légèrement brunâtre en arrière, il devient à peu près blanc en avant. Sur la ligne médiane dorsale se voit une dépression longitudinale de teinte un peu plus claire. Téguments. — Les plis dorsaux incomplets sont très réguliè- rement disposés et commencent bien au-dessus des flancs, à une assez faible distance de la ligne médiane ; il est peu d'espèces où on les observe plus courts et plus nets. Les papilles dorsales ressemblent beaucoup, par leur forme et par leur étroite juxtaposition, à celles du P. torquatus, mais elles apparaissent plus inégales, leurs côtés et leurs angles sont plus ou moins arqués (Voir fîg. 78, A, p. 159), et les grandes ont une tenda'nce à s'allonger fortement dans le sens trans- versal ; elles restent unisériées dans chaque pli, mais d'un pli à l'autre, ne se dis- posent jamais en sé- ries longitudinales comme cela s'obser- ve assez nettement dans le P. torqua- tus. Leur partie sail- lante forme un ma- melon surbaissé (fig. 84) au sommet du- quel se voit une courte soie, sans cylindre terminal. Dans un travail an- térieur (1900% 440) j'ai dit que les té- guments dorsaux semblent complètement dépourvus de papilles accessoires, mais de meilleures préparations m'ont permis de constater de- puis la présence de ces dernières ; elles sont petites, assez nombreuses, et situées sur les flancs des plis, entre les angles contigus de deux papilles principales successives, rarement entre ces papilles elles-mêmes. Les grandes papilles principales Fig. 84. — Peripatus Perrieri Bouv., Ç type; tégument dorsal dans la région de la ligne claire. Gr. 100. 198 E.-L. BOUVIER peuvent mesurer 250 ;j. sur 120. La bande médiane dorsale est occupée par des papilles plus petites et plus basses; en son milieu se voit une ligne claire des plus nettes. Il y a des organes clairs, mais la décoloration des téguments s'oppose à leur étude détaillée. Les papilles du ventre et des pattes ne paraissent pas différer de celles des autres Péripates caraïbes. Les fossettes ventrales et préventrales sont presque partout très accentuées. Région ce phali que. — L'arceau infra-oculaire est peu déve- loppé ; il se compose de papilles très petites et devient un simple filet dans la région inter-antennaire. L'arceau oculaire ne pré- sente pas d'organe frontal et se réduit à un liséré chitineux quand il arrive au-dessus de l'œil, pour commencer le second tour de spire. Les antennes ont 47 grands 'arceaux, dont 6 ou 7 contigus dans la partie terminale. En arrière de cette région se voient presque partout de petits arceaux inter- calaires. Je n'ai pu faire l'étude des lèvres, car elles étaient fortement invaginées, et il m'a fallu un vrai travail pour atteindre les mandibules au fond de l'entonnoir buccal qui résultait de l'invagina- tion. Ces dernières sont armées d'une seule dent accessoire qui est même fort réduite sur la lame ex- terne ; la scie mandibulaire du côté gauche porte 11 denticules et celle du côté droit en a 13. — C'est dans le P. Perrieri que j'ai observé, pour la première fois, la perforation des dents linguales. Pattes (fig. 85). — Les pal 1rs sont fortes et bien séparées à leur base ; on en compte 32 paires. Leurs soles ont une largeur no- table et se dilatent progressivement du 1 er au 4 e arceau ; depuis la 4 e paire jusqu'à la 27 e ou la 28 e , il y a toujours un 5 e arceau bien développé, mais un peu plus court et plus étroit que les autres. Les pattes de la l re paire ne sont pas sensiblement réduites et ont déjà 4 arceaux; celles de la dernière sont plus Fig. 85. — Peripalus Perrieri Bouv., Ç type ; patte droite de la 4 e paire, face interne. Gr. 50. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 199 faibles et n'en possèdent que 3. Partout se voient de longues fentes coxales dont les vésicules, d'ailleurs, restent invaginées. Les saillies ventrales du pied sont très proéminentes et munies d'une longue soie, très rarement de 2. Les tubercules urinaires des pattes IV (fig. 85) et V adhèrent plus ou moins largement au 3 e arceau des soles et refoulent toujours le suivant. Anatomie, développement. — Les glandes salivaires se pro- longent en arrière jusque vers les pattes de la paire prégénitale ; très grêles dans toute la moitié postérieure de leur parcours, elles se dilatent ensuite assez rapidement, et acquièrent 2 à 3 fois la largeur du cordon nerveux dans leur partie antérieure ou post-buccale. Les réservoirs de ces glandes ont de grandes dimensions et se terminent entre les pattes III et IV. Les ovaires sont situés dorsalement au niveau des pattes préanales de la 8 e et de la 9 e paire ; leur funicule est assez fort, surtout à ses deux extrémités, et se fixe au plancher péricar- dique sans bifurcation. Les réceptacles séminaux ont envi- ron 750 p. de diamètre maximum. L'embryon le plus avancé se trouvait au stade où les orga- nes ventraux sont encore très larges, à peu près contigus et où ils ne présentent aucune trace d'étranglement préventral. Cet embryon avait 9 millimètres de longueur; il s'atténuait régu- lièrement d'avant en arrière et atteignait l mm ,2 de largeur au niveau des tentacules buccaux. Dans sa cavité buccale lar- gement ouverte se trouvaient deux énormes mandibules et, en arrière, une très grande plaque chitineuse noirâtre. Bien que cet embryon fût de taille réduite, il présentait déjà les carac- tères manifestes du mâle, notamment 2 papilles crurales fort nettes sur chacune des pattes des deux paires prégénitales ; il n'avait d'ailleurs que 28 paires de pattes. Habitat. — Le type de l'espèce fut trouvé à Vera-Cruz, au Mexique, par un voyageur dont le nom est resté inconnu (Musée de Paris). Affinités. — Cette espèce est certainement très voisine du P. torquatus, mais elle s'en distingue par sa taille bien plus réduite, par ses pattes bien moins nombreuses, par ses papilles principales très inégales et plus irrégulièrement disposées, par 200 E-L- BOUVIER ses glandes salivaires relativement plus étendues, et par le& réservoirs plus allongés de ces glandes. 16. Le Péripate de Geay. (Peripalus Geayi E.-L. Bouvier.) (Voir PI. VI, fig. 42, 43 et, dans le texte, les iig. 1 (p. 13) et 86.) 1899. Peripatus Geayi E.-L. Bouvier, C. R. Acad.des Se, vol. CXXV111, 1345 (M). 1900. — Ann. Soc. ent. de France, vol. LXVlll (1899), 389, 404-406, pi. Il, fig. 10 ; pi. M, lig. 4-7 (M). — — — Bull. Soc. ent. de France, 67 (M). 1904. — Bull, du Mus., 53 (M, D). Plis dorsaux de même largeur; les deux plis incomplets qui correspondent à Vaxe de chaque patte sont un peu plus courts que dans le P. torquatus, un peu plus longs que dans le P. Perrieri. Papilles dorsales hautement coniques, très nettement séparées les unes des centres, rectangulaires à la hase, leur grand côté restant perpendiculaire à la direction des plis. Les plus grandes sont des papilles principales, toutes terminées par un cylindre sétif ère bien développé; elles alternent assez régulièrement avec des papilles accessoires diversement étroites, qui passent par tous les degrés aux petites papilles principales . L'étroite bande médiane qui occupe Vaxe du dos présente un bien petit nombre de papilles acces- soires; on y voit une ligne claire fort nette et de grands organes clairs isolés de cette dernière. I^es organes frontaux sont manifestes. Une dent accessoire sur les lames mandibulaires, et une scie de 10 denticules sur les lames internes. Pattes au nombre de 32 paires dans la femelle; soles peu larges et munies de 4 arceaux dont le dernier est plus court et plus étroit. Les tubercules urina ires des pattes IV et V refoulent fortement le 4" arceau des soles et sont indépendants du 3 e arceau, ou s'y rattachent par un isthme étroit et déprimé. Les glandes salivaires se prolongent jusqu'au voisinage presque immédiat de l'orifice génital ; leur réservoir dé- passe un peu les pattes de la 1 ve p lire. Les ovaires ont un funicu/e fort étroit et sont situés à la même place que dans les deux espèces précédentes. Réceptacles séminaux de 610 p. Longueur de la femelle, 66 ^millimètres. — Habite le Contesté de la Guyane française. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 201 J'ai dédié cette espèce à mon ami M. Geay, qui Fa découverte. Historique. — Le type unique de cette jolie espèce a été rap- porté au Muséum de Paris par M. Geay, qui le trouva dans le Contesté franco -brésilien. Je l'ai désigné sous le nom de P. Geayi (1899 a , 1345) dans les Comptes Rendus, et j'en ai donné ultérieurement une étude morphologique assez complète (1900% 406, 407, PI. II, fig. 10 ; PL III, fig. 4-7) ; il appartient au groupe des Péripates caraïbes et se rapproche surtout du P. O/iausi (1900% 67, 1904% 53). Forme, dimensions. — L'exemplaire (fig. 1, p. 13) a le corps fort allongé, grêle, nettement rétréci en arrière à partir du tiers postérieur, beaucoup moins en avant et seulement depuis le niveau des pattes de la 4 e paire. Il est évidemment distendu, comme le montrent sa faible convexité dorsale, le bourrelet que forment ses flancs au-dessus des pattes et le grand écartement de ces dernières, surtout dans la moitié antérieure du corps. Sa longueur est de 66 millimètres, sa largeur maximum de 3 mm ,4 et son épaisseur de 2 mm ,3. Coloration. — A l'œil nu, le dos et la face externe des pattes sont d'un brun très rougeàtre ; à la loupe on voit que les pa- pilles ont une teinte violacée plutôt sombre, et les sillons in- termédiaires une teinte chair caractérisée. Une étroite bande un peu plus obscure occupe l'axe du dos et, en certains points, s'entoure au-dessus des pattes d'une auréole légèrement plus claire, qui représente peut-être les très vagues ébauches de losanges dorsaux. Les antennes sont un peu plus foncées que la tête, mais leur coloration s'atténue progressivement vers l'extrémité distale. La face ventrale du corps et des pattes a une teinte chair fort évidente ; autour des organes ventraux, elle présente de légères taches un peu moins colorées. Les soles pédieuses sont un peu plus jaunâtres que la face interne des pattes. Téguments. — Les plis segmentaires incomplets semblent un peu plus longs que ceux du P. Perrieri, mais commencent néan- moins au-dessus du milieu des flancs (PL VI, fig. 40, 41). Les papilles du dos sjont unisériées dans chaque pli, haute- ment coniques, très nettement séparées les unes des autres par un sillon profond, et remarquables par la forme de leur 902 E--L- BOUVIER base, qui est un rectangle dont les grands côtés sont perpen- diculaires à la direction des plis. Ces rectangles ont des dimen- sions très variables, les plus grands pouvant avoir 230 p de longueur et une largeur un peu plus faible, les plus petits se réduisant à une bande étroite de 60 p-.de largeur; entre ces deux extrêmes se trouvent tous les intermédiaires. Les papilles à grande base sont des papilles principales mu- nies au sommet d'un cylindre sétifère bien différencié ; elles alternent assez régulièrement avec des papilles étroites que Ton doit considérer comme des papilles accessoires, contraire- ment à l'opinion que j'avais émise dans un précédent mémoire (1900, 405). D'ailleurs toutes les papilles principales sont loin d'être de môme taille, et un examen attentif montre qu'elles passent par tous les degrés aux papilles accessoires. Dans chaque pli, l'étroite bande médiane dorsale est occupée par deux papilles accessoires entre lesquelles passe la ligne claire, qui est recti- ligne et fort nette. Les organes clairs ne sont pas moins évi- dents, quoique toujours un peu pigmentés ; arrondis, et larges en moyenne de 40 [/., ils restent bien séparés de la ligne claire. Les papilles du ventre et des pattes ressemblent à celles des autres Peripatus. Les papilles ventrales les plus grandes ont un diamètre de 60 y.. Les organes ventraux sont très nets, mais je ne puis rien dire des organes préventraux. Les stigmates sont nombreux du côté dorsal ; on en compte 6 ou 7 par millimètre carré et leur diamètre moyen est de 20 y.. Région céphalique. — L'arceau infra-oculaire se compose de petites papilles et vient se transformer en filet dans la région inter-antennaire; l'arceau oculaire présente un organe frontal très net et légèrement décoloré ; il s'atténue en pointe au-des- sus de Y œil et se continue par un fdet qui forme sans doute un arceau spiral. Les antennes comprennent un peu plus de 40 grands arceaux, dont 6 contigus pour le bout terminal, qui est légèrement dilaté et de teinte un peu plus claire. Les lobes labiaux de la paire antérieure apparaissent fort MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 203 Fig. 86. — Peripatus Geayi Bouv., Ç type; unelameman- dibulaire interne. Gr. 72. grands et suivis par deux paires de lobes beaucoup plus petits ; entre eux et en avant se trouve compris un petit lobe impair. Les mandibules sont armées d'une dent accessoire sur chacune de leurs lames; la scie des lames internes compte 10 denti- cules (fig. 86). Pattes. — Les pattes se montrent très largement séparées, surtout clans la moitié antérieure du corps (fig. 1, p. 13); leurs vésicules coxales ne sont pas dévaginées et leurs soles, de largeur médiocre, se compo- sent de 4 arceaux, dont le dernier est plus court et moins large que les autres. Il y a ordinairement 3 soies sur chacune des saillies basilaires du pied et 2 sur les saillies distales. Les pattes antérieures et celles de la dernière paire sont bien plus réduites que les autres, et leurs soles n'ont que 2 ou 3 arceaux. Les tubercules urïnaires des pattes IV et V sont, indépendants •du 3 e arceau des soles, ou ne s'y rattachent que par un isthme fort étroit et déprimé. Je les ai représentés dans un mémoire antérieur (1900% fig. 6), mais sans montrer suffisamment combien ils refoulent l'arceau suivant. Anatomie, développement. — Les (/landes salivaires se prolon- gent, avec un calibre assez fort, jusqu'au voisinage presque immédiat de l'orifice génital ; leurs réservoirs sont assez larges mais très courts, et dépassent à peine les pattes de la l re paire. L'œsophage est remarquablement étroit. Les ovaires sont réunis en une masse légèrement rétrécie et très obtuse en arrière ; ils se trouvent un peu en avant des pat- tes de la 8 e paire préanale. Leur funicule est très grêle, sur- tout dans son tiers antérieur, accolé à la paroi péricardique avec laquelle il se fusionne au niveau des pattes de la 5 e paire préanale. Les réceptacles ovulaires sont longs et étroits; les réceptacles séminaux ont un diamètre maximum de 610 p.. Les embryons les plus avancés sont au stade spiral ; la 204 E.-L. BOUVIER poche utérine qui les renferme présente la coloration brune signalée par M. Kenjnel. • Habitat, mœurs. — L'unique exemplaire connu de cette es- pèce a été capturé par M. Geay, au Contesté de la Guyane, dans un tronc pourri, sur les bords d'une rivière. Son estomac était complètement vide, sauf dans la partie postérieure où il renfermait le tégument chitineux d'un Insecte que je crois être un Termite. Affinités. — Cette espèce se distingue des deux précédentes par ses papilles accessoires intercalaires qui passent par tous les degrés aux papilles principales, par le cylindre sétifère qui termine ces dernières, par la brièveté de ses réservoirs sali- vaires, et par l'isolement complet ou presque complet de ses tubercules néphridiens. Elle ressemble au P. Perrieri par le nombre de ses appendices, et au P. torquatus par la forme nette- ment rectangulaire de ses papilles. 17. Le Péripate de Ohaus. [Peripatus Ohausi E.-L. Bouvier.) (Voir PL VI, fig. 44 et, dans Je texte, les fig. 87 et 88.) 1900. Peripatus Ohausi E.-L. Bouvier, Bull. Soc. ent. de France, 66-68 (M). — — Quat. .1. M. Se, vol. XLIII, 752 (M). 1904. — — Bull, du Mus., 53 (M. D). — Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. V1 T 7, 10, 20, fig. 9 (A). Plis dorsaux et papilles dorsales comme dans le P. Geayi, mais les rectangles b asilaires des papilles sont moins réguliers, et de très petites papilles accessoires viennent souvent se placer sur les flancs des papilles pu lus grandes. La ligne claire est bien distincte, tandis que les organes clairs sont réduits ou atrophiés; les organes fron- taux existent. Lames mandibulaires semblables à celles du P. Geayi, avec vne 2 e dent accessoire sur les lames internes. Pattes au nombre de 97 ou 28 paires dans les femelles, d'ailleurs sembla- bles à celles du P. Geayi; toutefois les tubercules urina ires fies pattes IV et V paraissent largement adhérents au 3 a arceau. Les glandes salivaires se terminent entre les pattes préanales VI et VII; leurs réservoirs sont larges, mais dépassent à peine les pattes anté- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 205 Heures. Ovaires allongés, tabulaires, rectilignes, situés au niveau de la terminaison des glandes salivaires et munis l'un et Vautre d'un très court funïcule qui se fixe à peu près au niveau des pattes préanales VI. Réceptacles séminaux de 600 ;x. Longueur des fe- melles, 44 millimètres. — Habite les environs de Rio-de- Janeiro. J'ai dédié ce Péripate à M. le D 1 ' Ohaus, qui l'a décou- vert. Historique. — Cette espèce fut découverte aux environs de Rio-de-Janeiro par M. le D 1 ' Ohaus. Je l'ai décrite sous le nom de P. Ohausi dans le Bulletin de la Société entomologique de France (1900 b , 66-68), en me bornant d'ailleurs à signaler ses caractères morphologiques essentiels et ses affinités avec le P. Geayi. Les deux exemplaires capturés par M. Ohaus sont des femelles ; ils furent offerts au Musée de Hambourg qui s'en réserva un et céda l'autre au Muséum de Paris. Depuis, j'ai eu l'occasion de décrire les œufs de cette espèce (1904 e ) et de la comparer avec ses voisines (1904°). Formes, dimensions. — Le corps est relativement long et étroit, et ses bords sont subparallèles ; il s'atténue assez forte- ment en avant, un peu moins en arrière et présente une régu- lière convexité dorsale. L'un des exemplaires a 44 millimètres de longueur sur 4 mm ,5 de largeur, l'autre est à peine plus grand. Coloration. — Le premier de ces exemplaires a la face dor- sale d'un gris noirâtre ; sur l'axe médian de cette face se voit une étroite bande noire, à droite et à gauche de laquelle s'étend une autre bande plus large et légèrement plus claire. Chacune de ces dernières est limitée à son tour par une zone longitu- dinale foncée qui occupe le milieu des flancs et présente des dilatations segmentaires à bords très atténués. Ces dilatations échancrent latéralement les bandes claires et y délimitent plus ou moins des losanges dorsaux. La teinte générale du dos de- vient progressivement un peu plus pâle à mesure qu'on se rapproche de la tête, mais les antennes sont d'un ton noirâtre prononcé. En dehors, les pattes semblent moins foncées que les flancs ; en dedans, elles deviennent grisâtres, comme la face ventrale elle-même. Les organes ventraux sont très évidents, mais ne présentent 206 E.-L. BOUVIER pas de coloration particulière. Les soles pédieuses tirent plus ou moins sur le roux. Téguments. — Les téguments ressemblent à ceux du P. Geayi par la disposition des plis, par le groupement des papilles et par la forme de ces dernières. On peut remarquer toutefois (PL VI, fig. 44) : 1° que la base rectangulaire des papilles est plus irrégulière que dans le P. Geayi ; 2° que les grandes papilles principales tendent davan- tage vers la forme subcylindrique ; 3° que les papilles accessoires, régulièrement intercalées entre les papilles principales, attei- gnent rarement des dimensions aussi réduites que dans l'espèce de M. Geay; 4° enfin que des papilles accessoires fort petites se trouvent assez fréquemment sur les flancs des papilles plus grandes et parfois même, mais très rarement, s'intercalent clans les plis. J'ajouterai que l'isolement des papilles est un peu moins grand dans l'espèce qui nous occupe et qu'on observe parfois, au fond des sillons, une papille accessoire isolée. La ligne claire est moins nette et un peu moins régulière que dans le P. Geayi ; la bande médiane dorsale où elle se trouve est occupée dans chaque pli par 2, 3 ou 4 papilles inégales, toujours plus ou moins réduites. Les organes clairs, presque partout, sont atrophiés. Région céphalique. — Les arceaux de la région oculaire ressemblent beaucoup à ceux du P. Geayi ; il y a des organes front aux, mais on distingue à leur sur- face les sommets papil- laires. Les yeux ont un diamètre de 200 a. Les deux paires anté- rieures de lobes labiaux Fig. 87 et 88. — Peripatus Ohausi Bouv., type SOIît très grandes, mais Ç à 28 paires de pattes; lame mandibulaire i qe -, ,+ f n ,+ , \ 1 ■!. externe et lame mandibulaire interne d'un ia à LSl IOrl ri> UUlie ; UI1 côté. Gr. 72. petit lobe médian émerge en avant des lobes de la l re paire. Dans la femelle à 28 paires de pattes, les lames mandibulaires externes (fig. 87) ont une dent accessoire et les MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 207 lames internes 2 (%. 88), dont une très réduite. J'ai compté 8 denticules sur la scie de ces dernières, mais une rupture malheureuse m'a empêché de les observer toutes ; il doit y en avoir presque certainement 9 ou 10, comme dans le P. Geayi. Dans la même femelle, j'ai trouvé sur chaque antenne 38 arceaux de grande ou de moyenne taille ; en arrière des 8 ou 9 premiers s'intercale presque partout un très petit arceau intermédiaire. Pattes. — Les pattes sont au nombre de 27 paires dans l'une des femelles, de 28 dans l'autre; assez fortement écar- tées, surtout en avant, elles ressemblent beaucoup à celles du P. Geayi, mais présentent des soles un peu plus larges. Celles de la dernière paire sont très réduites, les pattes génitales et celles de la i re paire un peu moins. J'ai trouvé 2 ou 3 soies sur les saillies basilaires du pied, et toujours 2 sur les saillies terminales. Les tubercules ùrinaires des pattes IV et V refoulent le 4 e arceau des soles ; bien que je n'aie pu les étudier autant qu'il serait nécessaire, je crois pouvoir affirmer qu'ils adhèrent largement ou 3 e arceau. Anatomie, développement . — Les glandes salivaires restent encore assez larges en arrière et se terminent entre les pattes préanales de la 6 e et de la 7 e paire. Leurs réservoirs sont larges, rétrécis en avant et dépassent à peine les pattes anté- rieures. Dans la femelle dont j'ai fait l'anatomie, l'œsophage se réduisait à un simple étranglement, mais un court tube œsophagien faisait saillie dans la cavité de l'intestin stomacal. Les ovaires sont situés dorsalement au niveau des pattes préanales VI et VII ; ils ont la forme de deux tubes rectilignes étroitement accolés, mais bien distincts, et qui paraissent divisés en compartiments remplis d'oeufs ovariens ; ces der- niers sont plus volumineux que d'ordinaire et peuvent atteindre 65 y.. Du sommet arrondi de chaque ovaire part un funicule long d'un demi-millimètre à peine, qui va se fixer au plancher péricardique un peu en arrière des pattes préanales de la 6 e paire. Chaque ovaire a 2 millimètres de longueur et 208 E_L - BOUVIER 165 ji. de largeur; le grand diamètre des réceptacles séminaux est de 600 u. Il y avait peu d'embryons dans les branches utérines; les plus jeunes étaient au stade spiral, complètement seg- mentés et libres de toute attache placentaire. L'un d'eux comptait 28 paires de pattes Habitat. — Les deux types de cette espèce ont été trouvés à Pétropolis, près de Rio-de- Janeiro, par M. le D r Ohaus. Ils furent capturés le 16 août 1898, entre les feuilles d'une puissante Broméliacée du genre Vrysia, avec des Blattidés et des larves de Dynastidés. Je tiens ces renseignements de M. le Professeur Kraepelinj Directeur du Musée de Hambourg, qui m'a soumis les exemplaires rapportés par M. Ohaus (Musée de Hambourg, Muséum de Paris). Affinités. — Cette espèce est voisine du P. Geayi dont elle se distingue par ses papilles moins régulièrement rectan- gulaires, par ses organes clairs réduits ou atrophiés, par ses pattes moins nombreuses, par ses glandes salivaires plus courtes, par ses ovaires situés plus en arrière et par son funi- cule ovarien qui est double et remarquablement court. Ces quatre derniers caractères, de même que le développement assez grand des œufs ovariens, prouvent que le P. Ohausi est une espèce à évolution avancée. Il est probable qu'on trouvera quelque part, dans l'Afrique centrale, des espèces plus ou moins analogues. Peripatus Ohausi var. guianensis R. Evans. (Voir PI. VI, fîg. 45 et, dans le texte, la fig. 89.) 1903. Peripatus guianensis R. Evans, Quat. J. M. Se, vol. XLVII, 143-148 et 145-158 (pro parte), fig. 1, 6, 9 (M). 1904. — Ohausi, var. guianensis E.-L. Bouvier, Bull, du Mus., 53-55 (M, A). Diffère du P. Ohausi : 1° par ses losanges dorsaux très appa- rents; T par ses tubercules urinaires qui sont indépendants du troisième arceau des soles; 3° par ses réceptacles séminaux qui sont plus réduits. — $4 paires de pilles dans l'unique mate connu, 37 dans les femelles. — Habile la Guyane anglaise. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 209 Ce Péripate est actuellement représenté par quelques-uns des spécimens qui ont été décrits par M. Richard Evans sous le nom de P. guianensis (1903, 145-160, PL XIII, XIV) et qui provenaient de la rive orientale du fleuve Demerara, en Guyane anglaise. Le Musée Britannique m'ayant soumis cette petite collection, j'y ai reconnu (1904 a ) trois formes dont l'une va nous occuper de suite. Les deux autres sont représentées par le P. Evansi et quelques exemplaires dou- teux qui seront étudiés plus loin (p. 289). Morphologie. — Dans la petite collection envoyée au British Muséum, deux femelles et un mâle appartiennent à la variété qui nous occupe. Le mâle mesure 23 millimètres sur 3, mais d'après M. Evans (1903, 149), il pouvait atteindre 33 millimètres quand il était en mouvement; il présente d'ailleurs 24 paires de pattes. Je ne sais pas quelle dimension présentaient les femelles à l'état vivant; conservées dans le formol, elles ont 58 millimètres de longueur et 5 mm ,o de largeur. Par leur coloration, ces exemplaires devaient ressembler beaucoup à celui que M. Evans a figuré (1903, fig. 1) et qui ap- partient vraisemblablement à l'une des autres formes. Ils sont d'un brun violacé sur le dos, avec une raie médiane plus sombre qui se dilate segmentairement au sein de losanges plus clairs; les yeux sont noirs et les antennes ne paraissent pas sensiblement plus foncées que le reste du corps. Les plis dorsaux et les papilles se disposent de la même manière que dans le P. Geayi et dans le P. Ohausi. Très peu •de papilles accessoires ; les papilles principales sont de dimensions variables, mais à base plus ou moins rectangu- laire, et séparées par des plis profonds longitudinalement dirigés (PI. VI, fig. 45). L'arrangement est des- plus caracté- ristiques et suffit pour faire connaître la variété qui nous occupe. Les organes frontaux apparaissent bien nets et les mandi- bules ressemblent à celles du P. Ohausi, mais on trouve une 2 e dent accessoire sur les deux lames mandibulaires (fig. 89). Les tubercules urinaires sont très distincts de ceux qui ca- ractérisent cette dernière espèce; au lieu d'être largement ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 14 210 E.-L. BOUVIER adhérents au 3 e arceau des soles, ils en sont indépendants et refoulent plus ou moins le 4 e arceau. Les caractères extérieurs du mâle semblent les mêmes que ceux des autres Péripates caraïbes; toutefois, comme M. Evans, je n'ai observé des papilles crurales que sur les pattes de la Fig. 89. — Peripatus Ohausl var. guianensis Evans, Ç type; les deux lames mandibulaires d'un côté. Gr. 96. paire prégénitale ; elles y sont au nombre de deux sur chaque patte et ont été figurées par M. Evans (1903; PI. XIV, fig. 6); si, comme c'est probable, il existe des papilles sur les pattes de la paire précédente, on ne peut ici les apercevoir. Anatomie, développement. — L'organisation intérieure res- semble tout à fait à celle du P. O/iausi; les glandes salivaires se terminent au voisinage des pattes de la 6 e paire préanale (entre les pattes préanales VI et VII dans le mâle, entre VetVI dans l'une des femelles et près de la patte VII dans l'autre et leurs réservoirs au voisinage des pattes de la paire an- térieure. Dans les deux espèces, le funicule ovarien reste tou- jours très court; mais il est double et se fixe en arrière de la 6 e paire préanale dans le P. Ohansi, tandis qu'il est simple et s'attache à la hauteur de la paire suivante dans la variété guianensis. Le réceptacle séminal d'une femelle de P. O/iausi avait un grand diamètre de 600 \j. ; dans une femelle de notre variété, il mesure 400 y. sur 260. L'appareil génital du mâle ne présente rien de particulier ; M. Evans l'a figuré (1903; PL XIV, fig. 9), mais en omettant de signaler et de décrire les glandes crurales, qui sont pour- tant bien distinctes ; l'une d'elles déborde assez longuement dans le sinus latéral, sous la forme d'un conduit sinueux qui se dilate vers l'extrémité ; l'autre, très réduite, reste incluse MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 2 \ \ dans la cavité de la patte. Je n'ai pas vu de glandes crurales dans les pattes de la 21" paire, mais faute d'un matériel suffi- sant, il peut se faire qu'elles m'aient échappé. Comme l'a remarqué M. Evans, les glandes anales s'étendent en avant jusqu'aux pattes de la 4 e paire préanale ; elles se dilatent forte- ment de la base au sommet. Dans l'une des femelles, les organes génitaux avaient été enlevés et l'on ne trouvait plus que l'attache du funicule ; les organes de l'autre renfermaient des embryons à divers stades. Affinités. — Cette variété se rapproche à la fois du P. Geayi et du P. Ohausi, mais beaucoup plus de la seconde espèce que de la première. Il suffira de jeter un coup d'œil sur le tableau de la page 161 pour se rendre compte des relations que pré- sentent ces deux dernières formes. On sait que le P. Geayi habite la Guyane, tandis que le P. O/iausi a été capturé aux environs de Rio-de-Janeiro. 18. Le Péripate de Sedgwick. [Peripatus Sedgwicki E.-L. Bouvier.) (Voir PL VI, fig. 46 et, dans le texte, les fig. 32 (p. 31), 79 (p. 164) et 90.) 1880. Peripatus juliformis W. Peters, Sitz. Ber. naturf. Freunde Berlin, 28 {pro parte) (M). 1881. — Edwardsii A. Ernst, 'Nature, vol. XX1I1, 446, 447, et figures (A, M, B). 1885. — — E. Gaffron, Zool. Beit., B. 1, 145-163, pi. XXI- XXIII {pro parte), et 157, pi. XXVI, fig. 32, 33 (A, M). 1888 * — — A. Sedgwick, Quat. J. M. Se, vol. XXV1II, 467- 473, 487, pi. XXXVII, fig. 6, 11; pi. XXXVIII, fig. 12-14; pi. XL, fig. 22, 25, 26 (M). — — de Laguayra — Quat. J. M. Se, vol. XXVI1I, 488 (M). 1899. — Sedgwicki E.-L. Bouvier, G. R. Acad. des Se, vol. GXXV'lll (1898), 1344, 1346 (M). 1900. — — Ann. Soc. ent. de France, vol. LXVlll, (1899), 390, 403, 404, 410-415, pi. IV, fig. 4 (M). _ — — — Bull. Soc. ent. de France (1900), 394 394 (D;J. 1904. — — — Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VI, p. 10, 14 (A). 212 E.-L. BOUVIER (Les exemplaires recueillis par M. Geay dans le Bas Sarare •et que j'ai décrits sous le nom de P. Sedgwicki (4900% 403), sont en réalité des P. Edwardsi.) Plis dorsaux de même largeur, ceux qui sont incomplets com- mençant vers le milieu du flanc, au niveau de chaque patte. Pa- pilles principales largement séparées : les unes grandes, à baseeourle, à cylindre terminal très volumineux et gonflé en sphère, les autres subconiques, à cylindre terminal très réduit et souvent caché. Une petite "papille s'intercale ordinairement entre deux grandes, et les larges espaces laissés libres sont occupés par des papilles accessoires toujours fort réduites. Ligne claire nette, très souvent fusionnée avec les organes clairs; organes frontaux réduits et parfois atro- phiés. Une dent accessoire sur chaque lame mandibulaire ; 7 à 10 (lenticules dans la scie. Pattes au nombre de 28 à 30 paires chez les mâles, de 29 à 32 paires (par fois 34 paires) chez les femelles. Soles pédieuses de 4 arceaux, le dernier à peine plus étroit que les autres; tubercules urinaires des pattes IV et V largement adhé- rents avec le 3'' arceau et éch ancrant le suivant, mais sans le re fon- der d'une manière bien sensible. Glandes salivaires se terminant un peu avant les pattes prégénitales, leur réservoir dépassant légère- ment celles de la 4™ paire. Des papilles crurales sur 6 à 9 paires de pattes prégénitales, les glandes de la dernière paire de pattes étant .seules développées dans le sinus latéral. Prostates ovoïdes et situées entre les pattes prégénitales V-IX; glandes anales tabulaires. Ovaires au niveau des pattes de la 44 e paire préanale, munis d'un long funicule assez fort. Réceptacles séminaux de 450 \l. La lon- gueur varie de 23 à 30 millimètres dans les mâles, de 25 milli- mètres à 60 (parfois à 1 décimètre) dans les femelles. — Habile le Venezuela, dans la région de Caracas. J'ai dédié cette espèce à M. Sedgwick, le savant professeur de Cambridge, auquel on doit de si belles études sur les Onychophores. Historique. — Bien que cet Onychophore soit plus facile à reconnaître que la plupart des autres Péripates caraïbes, on l'a confondu avec le P. juliformis et avec le P. Edwardsi jusqu'au jour où des matériaux variés m'ont permis d'en faire une étude complète. On le trouve pour la première fois signalé par Peters qui réunit, sous le nom de P. juliformis, des P. Edwardsi MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 213 et des P. Sedgwicki provenant de Caracas et de la Guayra, et qui profite de son étude pour conclure à tort qu'il y a lieu d'identifier le P. juliformis avec le P. Edwardsi (1880, 28, 29). Un peu plus tard, Ernst (1881 446, 447) conserve le nom de P. Edivardsi, mais l'applique avec doute aux exemplaires de Caracas dont il fait l'étude, et dont les uns sont des P. Edwardsi, les autres des P. Sedgwicki (1881, 446, 447). La confusion est encore plus grande dans l'important travail que Gaffron a con- sacré à l'anatomie des Péripates; les exemplaires étudiés par l'auteur sont tous désignés sous le nom de P. Edwardsi, mais certains proviennent de la Trinité et sont des P. Trinitatis, les autres ont été recueillis à Caracas et, d'après le nombre de leurs papilles crurales, appartiennent très certainement à l'espèce qui nous occupe. La première partie du travail de Gaffron (1885, 34-56, pi. VII-XII) a exclusivement trait au P. Trinitatis, la seconde (1885, 145-163, pi. XXI-XXIII) s'ap- plique aux deux espèces, encore que certaines parties (1885, 157, pi. XXV, fig. 32-33) aient exclusivement trait au P. Sedgwicki. La multiplicité des glandes crurales a été parfai- tement mise en évidence par l'auteur. M. Sedgwick a égale- ment insisté sur l'importance de ce caractère, sans d'ailleurs reconnaître l'identité propre du P. Sedgwicki; ayant eu entre les mains des exemplaires de Caracas et de la Guayra, il a cru devoir identifier les premiers avec le P. Edwardsi (1888 b , 467-473, 487, pi. XXXVII, fig. 6-11; pi. XX-XVIII, fig. 12-14; pi. XL, fig. 22, 25, 26) et simplement signaler les seconds sans leur attribuer de nom spécifique. Il m'aurait le plus souvent été impossible de relever toutes ces confusions sans l'examen des individus qui en avaient été l'objet. M. Sedgwick a bien mérité que je lui dédie cette espèce (1899, 1344, 1346; 1900, 410-415, pi. IV, fig. 4), car c'est lui qui m'a permis de la reconnaître comme distincte en me communiquant le matériel de ses recherches, et notamment les spécimens qui lui avaient été envoyés par Ernst. Depuis, le Musée de Berlin m'a soumis les spécimens étudiés par Peters, le Musée de Breslau les restes des matériaux qui avaient servi à Gaffron, et le Musée de Cambridge (États-Unis) des individus qui avaient été recueillis à Caracas par Ernst lui-même. Plu- 214 E-L. BOUVIER sieurs spécimens m'ont été donnés par M. Simon ou commu- niqués par le Musée de Copenhague ; mais les précédents avaient un intérêt tout particulier parce qu'ils étaient des types h leur manière, et dès lors, me permettaient d'établir la vraie nature spécifique des individus étudiés sous d'autres noms. C'est avec ce riche matériel que j'ai pu faire les observations suivantes. Forme du corps, dimensions. — La forme du corps est assez variable ; pourtant elle paraît se distinguer par la faible con- vexité du dos et par une assez grande dilatation latérale qui paraît en être la conséquence. Un exemplaire mâle recueilli par M. Simon a 31 milli- mètres de longueur, 3 œm ,7 de largeur maximum et2 mm ,2 d'épais- seur. Les dimensions correspondantes d'un autre mâle et d'une femelle capturés par le même zoologiste sont : pour le mâle 25 millimètres, 3 mm ,5 et 2 millimètres, pour la femelle 29 mil- limètres, 4 millimètres et 2 mm ,5. L'exemplaire figuré par M. Sedgwick (1888\ pi. XXXVII, fig. 6) est plus grand et bien plus étalé ; il a 60 millimètres de longueur et 5 millimètres de largeur. Les grandes femelles vivantes étudiées par Ernst (1881, 447) avaient 1 décimètre de longueur et 5 à 6 millimètres de largeur; les mâles étaient de moitié plus petits que les femelles et les nouveau-nés mesuraient 25 millimètres sur 2. Contractés par l'alcool, les exemplaires que j'ai eus à ma dis- position étaient de taille plus réduite ; les plus grands mâles mesuraient de 29 à 31 millimètres de longueur et les plus petits 21 millimètres; la longueur de la plus grande femelle ne dépassait pas 42 millimètres et celle de la plus petite 23 milli- mètres. Cette dernière femelle était immature. Coloration. — La coloration ne diffère pas beaucoup de celle qui caractérise la plupart des Péripates caraïbes. Dans un mâle bien pigmenté recueilli par M. Simon, la ligne noire dorsale présente des taches segmentaires diffuses, qu'avoisinent des losanges clairs un peu moins nets, mais pourtant bien accen- tués ; en dehors de ces losanges, une bande longitudinale plus foncée tranche sur la teinte générale brune des téguments ; on observe une zone un peu plus claire au-dessus de chaque patte. Dans un exemplaire femelle recueilli avec ce mâle, les MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 215 losanges semblent un peu plus effacés, mais la teinte grisâtre du ventre est absolument semblable. Les spécimens étudiés par M. Sedgwick sont actuellement très décolorés, mais on observe encore des traces non douteuses de losanges dorsaux dans un mâle. En 1888, quand M. Sedg- wick publia son travail, les Péripates fraîchement conservés dans l'alcool « étaient d'une couleur brune, plus foncée chez certains individus que chez d'autres La face ventrale, d'ailleurs avait la même teinte que la face- dorsale » (1888\ 469). L'exemplaire figuré par l'auteur (1888\ pi. XXXVII, fig. 6) est de couleur jaunâtre, sans trace de losanges dorsaux. Ces derniers, pourtant, étaient presque toujours visibles dans les spécimens que j'ai pu étudier. On les retrouvait également, autour de la ligne noire, dans le» exemplaires vivants recueillis par Ernst (1888\ 447) et ils avaient une teinte plus pâle dans les jeunes ; la face ventrale était de couleur chair foncée. Téguments. — Les plis dorsaux (PI. VI, fig. 46) se bifur- quent segmentairement un peu au-dessus du milieu des flancs; c'est bien certainement à une fantaisie du lithographe que sont dues les bifurcations inter-segmentaires représentées par M. Sedgwick (1888, pi. XXXVII, fig. 6). Les papilles principales sont de deux sortes : les unes, nette- ment prédominantes, à base courte, à partie terminale sphé- rique et de dimensions très grandes ; les autres plus réduites, •et essentiellement formées par une base subconique, avec ou sans cylindre terminal apparent ; les premières présentent géné- ralement une couleur plus claire. Quelle que soit leur taille, les papilles principales sont toujours largement séparées les unes -des autres et alternent ordinairement avec assez de régularité, deux grandes se trouvant séparées par une petite. Dans les intervalles, on aperçoit des papilles accessoires de très petite taille, les unes situées sur la crête des plis, les autres établies sur les flancs de ces derniers; comme de coutume, ces papilles accessoires deviennent plus nombreuses et plus grandes à mesure qu'on se rapproche des pattes, ou quand la taille des exemplaires augmente. Sur la ligne médiane dorsale, on ne trouve que des papilles accessoires, au nombre de 2 ou 3 dans chaque pli ; au centre passe la ligne claire qui est très nette et 216 E.-L. BOUVIER qui se fusionne généralement, au fond des plis, avec lesorgane? clairs. Ces derniers semblent absolument dépourvus de pigment. Les papilles 'des pattes sont semblables à celles des autres- Péripates, c'est-à-dire pourvues d'une grande base et d'un véri- table cylindre terminal. Celles de la face ventrale présentent des dimensions très variées, mais les plus grandes ont une taille moitié moindre que les papilles dorsales prédominantes ; dans une femelle de 34 millimètres de longueur, le diamètre maxi- mum de ces dernières était de 100 p., tandis que celui des grandes papilles ventrales atteignait au plus 55 p.. La plupart des papilles ventrales se présentent comme des papilles acces- soires ; les autres sont des papilles principales à cylindre termi- nal réduit. Les organes ventraux se distinguent très nettement. Les stigmates dorsaux ont de 18 à 20 [/.. Région céphalïque. — L'arceau infra-oculaire est bien déve- loppé et s'atténue seulement entre les antennes; l'arceau ocu- laire présente en dessous un petit organe frontal qui peut quel- quefois disparaître ; l'arceau spiral qui continue au-dessus de l'œil l'arceau oculaire se réduit très vite à un mince filet. M. Sedgwick a figuré 44 arceaux grands ou moyens dans les antennes de cette espèce (1888\ pi. XXXVIII, fig. 13) ; j'en ai retrouvé le même nombre dans divers spécimens, et toujours j'ai observé que la massue ter- minale, formée par 6 grands arceaux, était suivie d'un septième de très petite taille. Les lèvres ont un lobe impair Fig. 90. — Peripatus Sedgioicki. Bouv., 9 médian bien développé; de de Caracas (M. Simon) : une lame mari- , *,, , .. dihuiaire interne. Gr. 141. chaque cote viennent ensuite deux lobes assez forts et un troi- sième qui est beaucoup plus réduit. D'après les observations de M. Sedgwick (1888\fig. 25, 26), etd'après les miennes propres, on ne trouve qu'une dent accessoire sur chaque lame mandi- bulaire; mais j'ai pu me convaincre que le nombre des denti- cules de la scie varie de 7 à 10 (fig. 90), et non de 8 à 12, comme je l'avais dit par erreur dans un précédent mé- moire (1900% 412). MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 217 Pattes. — Dans les spécimens que j'ai examinés, les varia- tions du nombre des pattes sont les suivantes : 11 y avait 32 paires de pattes dans 8 femelles. — 31 — 4 — — 30 2 — et 1 mâle. — 29 — 1 — 8 — — 28 — — 1 — D'après M. Sedgwick, on pourrait trouver jusqu'à 34 paires de pattes chez les femelles. C'est à tort que M. Ernst considère les nouveau-nés de cette espèce comme n'ayant pas autant de pattes que les adultes ; ceux qu'il a observés devaient certainement être des mâles, ce qui explique comment le zoologiste de Caracas leur a trouvé 29 paires de pattes. Les pattes postérieures apparaissent très réduites et n'ont généralement que 2 arceaux sur leurs soles ; les pattes génitales et celles de la paire antérieure sont un peu plus fortes et munies de 3 arceaux ; dans les autres pattes le 4 e arceau est plus court mais presque aussi large que les autres. Il y a 2 soies sur chacune des saillies terminales du pied, une et quelquefois 2 sur les saillies basilaires. Les tubercules urincâres des pattes IV et V (fig. 79, p. 164) sont compris entre le 3 e et le 4 e arceau ; ils adhèrent large- ment au bord supérieur du premier et s'avancent dans une échancrure du second, mais sans refouler sensiblement ce der- nier. Les tubercules ne sont pas libres comme j'avais cru l'observer moi-même (1900, 413) et comme M. Sedowick les a représentés dans l'une de ses figures (1888\ fig. 11). Les vésicules coxales sont larges et, dans beaucoup d'exem- plaires, bien dévaginées. Caractères sexuels externes. — On a vu plus haut que les mâles ont de 28 à 30 paires de pattes, qu'ils sont beaucoup plus petits que les femelles et que leur taille varie de 23 à 31 mil- limètres. En dehors de ces caractères communs au plus grand nombre des Onychophores, les mâles du P. Sedgwkki se dis- tinguent par la multiplicité de leurs papilles crurales qui sont plus nombreuses que clans toute autre espèce du genre. Il paraît d'ailleurs y avoir des variations dans le nombre de ces. papilles, ainsi que le montre le tableau suivant : 218 E.-L. BOUVIER OOOOO-riOOO 00000-r<-riOO -^OO-rH-H-nOOO (M O -?H t( (M CM -H - CM CM (M (M CM CM O * - - CM CM (N CM CM CM - CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM O CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM CM (M CM CM CM th CM O O CM O O O O O ■z ~ a [ O o -h o C 3 cà .3 O CD O T3 5 v <£ C/} CD 3 vqj en r* 3 3 r^ T3 3 CD -3 «ri CD S -d -a CD CD .. Les jeunes embryons sont placentés; les plus âgés ont une grande plaque chitineuse post-buccale. Habitat, mœurs. — 1° Exemplaires recueillis par Ernst à Caracas. — Ces exemplaires furent capturés dans les dépen- dances mêmes de l'Université. « Il y a dans notre Université, dit M. Ernst, une grande cour carrée où des pierres, de vieilles briques et autres débris, se sont accumulés depuis des ans — Je pris l'heureuse résolution de la transformer en jardin, et j'engageai les ouvriers à me remettre tous les animaux qu'ils trouveraient sous les amas de décombres. Combien grande fut ma satisfaction d'obtenir, dès les toutes premières récoltes, une demi-douzaine de Péripates!.... J'offris immédiatement un prix pour chaque autre spécimen, et la localité fut si riche MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 221 qu'au bout de quelques jours, je me trouvai en possession de phis de cinquante individus. » Ernst ajoute que dans le nombre se trouvaient seulement 5 mâles, mais j'ai montré plus haut que plusieurs jeunes spécimens, appartenant au même sexe, furent considérés à tort comme des femelles incomplètement développées. Dans la partie générale de cette monographie, je relèverai les détails intéressants que M. Ernst nous a donnés sur la parturition de l'espèce (Musées de Paris, de Londres, de Cambridge, collection Sedgwick, et probablement aussi, de l'Université de Caracas). 2° Exemplaires étudiés par Peters. — Deux mâles, capturés par Gollmen, l'un à Caracas, l'autre à La Guayra (Musée- de Berlin). 3° Exemplaires recueillis par M. Meinert — M. Meinert a recueilli trois exemplaires de cette espèce, une femelle à San Esteban (Musée de Paris), une autre femelle à La Moka et un mâle à Las Trincheras (Musée de Copenhague). 4° Exemplaires de M. Simon. — Dans son fructueux voyage au Venezuela, M. Simon, le savant arachnologiste, parvint à capturer 7 exemplaires de cette espèce, les uns à Caracas, les autres à San Esteban ; ces exemplaires furent tous donnés au Musée de Paris (Musée de Paris, Musée britannique, Musée du Gap). 5° Exemplaires étudiés par Gaffron. — Ils provenaient de Caracas et, pour la plupart, se trouvent à l'état de débris (Musée de Breslau). En somme, l'espèce paraît localisée au Venezuela et dans une région assez restreinte de ce pays, depuis Caracas. C'est à tort que j'ai décrit comme appartenant à cette espèce des exemplaires recueillis par Geay dans le Bas Sarare (1900% 403, 415); j'avais été frappé par leur ressemblance avec le P. Edwardsi, mais un plus ample examen m'a permis de constater qu'ils appartiennent bien réellement à cette dernière espèce. J'en feraimention plus loin (Voy. p. 313). Affinités. — En l'état actuel de nos connaissances, Jes affi- nités du P. Sedgwicki paraissent bien difficiles à établir. Évi- demment, ce Péripate n'a que des analogies lointaines avec les espèces des deux groupes précédents, et se rapproche davan- 222 E.-L. BOUVIER tage, à beaucoup d'égards, des espèces andicoles; il a sensible- ment le même nombre de pattes que le P. soratanus et le P. inter médius, ses papilles dorsales ressemblent beaucoup, par leur groupement, à celles du P. Corradoi et du P. Balzani, il présente des plis segmentaires incomplets comme la plupart des espèces andicoles, et les tubercules urinaires de ses pattes IV et V ne sont pas sans analogie avec ceux du P. intermedius. Pourtant, les Péripates andicoles ne paraissent pas posséder plus de deux paires de tubercules cruraux, tandis que le P. Sedgivicki en présente un nombre bien plus considérable ; mais il est possible qu'on découvre des Péripates andicoles offrant le même caractère, et en tous cas, il est logique d'ad- mettre que de pareilles formes ont dû autrefois exister. C'est à des formes semblables qu'il y a lieu de rattacher le P. Sedg- wicki et la section tout entière des Péripates caraïbes ; dans cette hypothèse, les progrès de l'évolution auraient eu pour résultats de faire disparaître peu à peu les tubercules cruraux les plus antérieurs, et de conduire aux espèces où ces tubercules sont localisés sur les deux paires de pattes prégénitales. Les diverses espèces du groupe du P. juliformis fournissent des arguments de premier ordre k l'appui de cette conception. Peripatus Sedgivicki var. Bavayi E.-L. Bouvier. 4899. Peripatus Sedgivicki var. Bavayi E.-L. Bouvier, C. R. Acad. des Sciences,. t. CXXV1I1 (1898), 1344, 1346 (M). 1900. — — E.-L. Bouvier, Ann. Soc. ent. de Fr. r vol. LXV111 (1899), 415 (M). Se distingue de l'espèce type par sa petite taille, sa coloration uniforme et très foncée, par ses papilles accessoires peu nombreuses et par ses petites papilles principales qui sont fort réduites. Lon- gueur d'une femelle renfermant quelques embryons peu avancés 7 45 millimètres. — Habite la Guadeloupe. Je considère provisoirement comme le type dune variété du P. Sedgivicki, un Péripate recueilli à la Guadeloupe par M. le D r Bavay. Cet exemplaire est étroit et mesure à peu près 15 millimè- tres de longueur. Il tire sur le noir, ou plutôt sur le noir ver- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 223 clàtre, et présente une bande médiane dorsale un peu moins foncée. La ligne claire et les organes clairs sont peu distincts. Les plis dorsaux ressemblent à ceux du P. Sedgwicki] mais la sphère terminale de leurs grosses papilles est un peu moins forte, les papilles principales intercalaires sont plus réduites et les papilles accessoires moins nombreuses. Les autres caractères morphologiques rappellent ceux du P. Sedgwicki. L'exemplaire étant très durci, il m'a été impossible d'en faire l'anatomie complète et d'y découvrir les ovaires; je puis dire toutefois que les oviductes présentent quelques renfle- ments déterminés à coup sûr par de jeunes embryons, et que les glandes salivaires se prolongent jusqu'à une faible distance de l'orifice génital. Je serais moins que surpris si l'examen d'exemplaires plus nombreux et plus frais conduisait à faire de cette variété une espèce distincte. Il pourrait se faire également qu'on dût plutôt rapprocher cette forme du P. Dominicse que du P. Sedgivicki ; la ques- tion doit être considérée comme ouverte et ne pourra être résolue que le jour où l'on aura trouvé des femelles de plus grande taille, et surtout des mâles. En attendant, j'ai attribué au Péripate de la Guadeloupe le nom de P. Sedgivicki var. Bavayi, en l'honneur de M. Bavay, mon excellent confrère de la Société Zoologique de France. Jamais, que je sache, on n'avait signalé de Péripates dans les Antilles françaises; là comme ailleurs, ces animaux doivent fréquenter les habitations pendant la nuit, car M. Bavay trouva son exemplaire le matin, noyé dans une cuvette. 19. Le Péripate juliforme. (Peripatus juliformis L. Guilding.) (Voir pi. VI, fig. 47, 48 et, dans le texte, les fig. 91 et 92.) 1825. Peripatus juliformis L. Guilding, Zool. Journal, vol. H, 444, pi. XIV, fig. 1, 2 (M). 1828. — — lsis, Bd XXI, 159, 160, Tab. II, fig. 1 et 2 (M). 1829. W. S.Mac-Leay, Zool. Journ., vol. IV, 278 (M). 1838. — P. Gervais, Arch. d'Anat. et Phys., vol. Il, 314 (pro parte) (M). 224 E.-L. BOUVIER 1839. Peripatus juliformis H. Hollard, Nouv. éléments de ZooL, 144 (M). 1847. — E. Blanchard, Ann. Se. nat., Zool. (3), vol. VIII, 139 (M). 1849. — — Recherches anat. et zool. faites pendant un voyage en Sicile, 3 e partie, 63 (M ). 1865. A. de Quatrefages, Hist. nat. des Annelés, vol. Il, 2 1 ' partie, Appendice, 676 (M). 1878. L.-B. Schmardo, Zoologie, Bd II, 77 (pro parte) (M). 1879. — H.N. Moseley, Ann. nat. Hist. (5), vol. III, 266 (M). 1887. W. L. Sclatec, Pr. Zool. Soc. London, 132 (pro parte) (M).. 1888. A. Sedgwick, Quat. J. M. Se, vol. XXVIII, 476, 484, n° 3, 487 (M). 1892. R. 1. Pocock, Nature, vol. XLV1, 100 (M). 1894. Ann. Nat. Hist. (5), 24, 520-522 (M). 1900. E.-L. Bouvier, Quat. .1. M. Se, vol. XLIII, 367 (M). — Quat. J. M. Se, vol. XLIII, 751 (M). — — — Bull. Soc. ent. de France, 394 (M). Plis dorsaux et papilles dorsales rappelant à tous égards le P. Sedgwicki, mais les grandes papilles principales sont plus nettement prédominantes et les papilles accessoires plus déve- loppées. Ligne claire et organes frontaux très nets ; organes clairs mal limités et souvent fort vagues ou absents. Mandibules munies d'une dent accessoire ; scie mandibulaïre armée de 13 à 15 (lenti- cules. Pattes au nombre de 99 ou 30 paires dams les mâles, de 33 ou 34 paires chez les femelles; soles pédieuses semblables à celles du P. Sedgwicki. Tubercules urinaires des pattes IV et V ■compris entre le 3 e et le 4 e cerceau qu'ils échancrent un peu, mais dont une profonde dépression les sépare. Glandes salivaires et leur réservoir disposés de la même manière que dans le P. Sedgwicki. Des papilles crurales sur. les 3 ou 4 paires de pattes prégénitales du mâle, les glandes crurales de la dernière paire débordant seules dans le sinus latéral. Prostates longuement ovoïdes et rejetées très en arrière entre l'orifice sexuel et les pattes de la 5 e paire préanale ; Cjlandes anales semblables à celles du P. Sedgwicki. Glandes gé- nitales femelles situées très loin en avant et munies d'un long f unie ule simple ; dans un exemplaire muni de 34 paires de pattes, les vésicules séminales mesuraient environ 400 u. et se trouvaient au niveau des pattes de la 14 e paire préanale. La longueur varie de 14 à 16 millimètres dans les mâles, de 36 à 75 millimètres dans les femelles. — Habite Vile de Saint-Vincent et peut-être uussi l'île de Saint-Thomas. Historique. — L'histoire de cette espèce se rattache étroite- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 225 ment à celle de la classe des Onychophores. Lorsque L. Guilding, en 1825, décrivit et figura sous le nom de Peripatus juliformis FOnychophore qu'il avait découvert k Saint-Vincent, plusieurs exemplaires du même groupe avaient été recueillis ou signalés déjà par divers voyageurs, mais aucun n'avait été reconnu comme le type d'une nouvelle forme zoologique. Le mérite de l'auteur est d'avoir signalé avant tout autre la singularité et les caractères de l'animal de Saint-Vincent : non seulement Guil- ding fonda pour son type le .nouveau genre Peripatus, mais il établit pour ce genre une classe spéciale, celle des Poh/poda, qu'il crut devoir ranger dans l'embranchement ou sous-règne des Mollusques. A vrai dire, on a démontré depuis que les Peri.pa.tes ne sont pas des Mollusques, mais Guilding lui-même avait été frappé des différences extraordinaires qui les distinguent de ces derniers : « Subregnum Mollusco, dit-il, hocre génère para- doxico multum perturbatur », mais il se borna toutefois à en faire un Mollusque aberrant, qu'il rapprochait des Oncidies : « Vermis moribus onchidio terrestris similis, al (quod admirabïle] polypus ». Il donna le détail précis des couleurs de l'espèce, signala ses 33 paires de pattes, ses griffes, ses antennes, les deux orifices du tube digestif, et surtout la fit excellemment représenter avec ses teintes naturelles (1825, 443, 444, fig. 1) ; il ne découvrit ni les mandibules, ni l'orifice génital. L'exemplaire type de l'espèce paraît avoir été perdu et, pen- dant trois quarts de siècle, de nombreux auteurs ont disserté sur le P. juliformis sans le connaître autrement que par la figure et la courte description de Guilding : Mac-Leay le tient pour un Annelé qui rattache les Iulides aux Vers (4829, 278) ; Audouin et Milne-Edwards (1833, 411) en font une Annélide et le confondent avec l'espèce de la Guyane française ; P. Gervais (1838, 314) accepte cette identification, qui, mise en doute par Hollard (1839, 144), est complètement rejetée par Blanchard; ce dernier propose pour l'espèce de Cayenne le nom de P. Ed- wardsi (1847, 139; 1849, 63). De Quatrefages, Schmarda, Sclater, M. Moseley et M. Sedgwick se rangent à l'opinion de Blanchard, mais celle-ci reposant uniquement sur le nombre des pattes, et ce nombre étant fort variable dans le groupe, la distinction des deux espèces reste fort délicate et des auteurs ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 15 226 E.-L. BOUVIER tels que Peters (1880, 29) et M. Camerano 1897, 13) oe la croient pas fondée. Il faut arriver en 1894 pour obtenir des renseignements nou- veaux et plus précis sur le P. juliformis. A cette époque le Musée Britannique reçut de Saint-Vincent quelques Péripates mâles et femelles, qu'un collectionneur M. H. Smith, avait récoltés dans File. M. Pocock (1894, 520, 522) attribua juste- tement ces exemplaires à l'espèce de Guilding, fit connaître certains de leurs caractères morphologiques, entre autres les papilles sexuelles du mâle, mais identifia le P. juliformis avec le Péripate de Caracas que M. Sedgwick avait étudié sous le nom de P. Edwardsi, et dont j'ai fait le type d'une espèce nou- velle, le P. Sedgivicki. En réalité, les deux espèces sont assez voisines, mais il m'a été possible de les distinguer <>t de mettre en évidence les caractères principaux qui leurs ont propres, en étudiant les exemplaires de M. Pocock (1900% 367, 351). D'ailleurs, en comparant ces derniers avec des Péripates recueillis à Saint-Thomas et avec d'autres provenant de la Jamaïque, j'ai pu me convaincre (1900 f , 756) que le P. juli- formis n'est pas localisé à Saint-Vincent, mais qu'il a pour re- présentant à la Jamaïque la var. Swainsonae Cock et à Saint- Thomas la var. danicus Bouv. Je donnerai plus loin la descrip- tion de ces deux variétés. Forme, dimensions . — Cette espèce a été parfaitement repré- sentée par le dessinateur de Guilding; par sa forme, elle rappelle à tous égards le P. Sedgivicki dont elle se distingue peut-être par une convexité plus régulière et plus forte. L'exemplaire de Guilding avait 75 millimètres de longueur sur 6 de largeur, mais ceux dont j'ai fait l'étude n'atteignaient pas des dimensions aussi puissantes, ainsi qu'il résulte du tableau suivant : Longueur. Largeur, millim. millim. Grande femelle 40,5 6,5 .Moyenne — 38,5 5,2 Petite — 36,5 4,8 Grand mâle 26,0 5,0 Petit — 14,0 2,2 Coloration. — La coloration de l'animal vivant a été bien décrite et figurée par Guilding : « Afro fusais, dit cet auteur. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 227 annulose flacido maculatus ; ventri nigrescente roseo;... lineo dor- sali atrâ. » D'après M. Pocock, les exemplaires de M. Smith, conservés dans l'alcool, avaient le dos noir ou d'un brun gr- sàtre quand ils arrivèrent au Musée Britannique, des papilles claires formaient une sorte de semis sur les téguments, et une étroite bande médiane plus foncée suivait Taxe dorsal sur toute sa longueur; les antennes étaient également un peu plus foncées que le reste de la surface ; suivant les exemplaires, les téguments ventraux variaient de la teinte isabelle à une couleur chair très distincte. Mes observations s'accordent par- faitement avec celles de M. Pocock ; j'ajouterai seulement que les taches claires sont dues aux grandes papilles principales, que le milieu des flancs a parfois un ton plus foncé, et que les antennes sont plus claires à leur extrémité qu'à leur base. En tout cas, l'espèce ne présente pas traces de losanges dorsaux. Téguments. — La bande médiane dorsale est occupée par des papilles principales de petite dimension et très inégales ; le nombre de ces papilles est toujours peu élevé et d'ailleurs variable suivant les plis. La ligne claire est à peine percep- tible, ce qui distingue cette espèce de presque tous les autres Péripates ; les organes clairs sont mal limités, souvent réunis sur la ligne médiane, parfois absents. Les plis dorsaux (PI. VI, fig. 48) ressemblent beaucoup à ceux du P. Sedgwicki : leurs grandes papilles principales se font remarquer par le faible développement de la base et par les grandes dimensions du sommet, qui tantôt se dilate en sphère plus ou moins puissante, tantôt prend la forme d'un long cylindre arrondi dans sa partie distale. Ces grandes papilles ne paraissent pas disposées en séries longitudinales ; elles sont séparées par de larges intervalles où se trouvent de petites papilles principales coniques ou dilatées, au nombre de 1 à 3, et des papilles accessoires très évidentes. Dans une femelle de 35 millimètres, les grandes papilles ont en moyenne un diamètre de 130 u. ; dans un çf de 25 millimètres, leur diamètre se réduit à 100 \j.. Les téguments ventraux sont identiques à ceux du P. Sedg- wicki. Région céphalique. — La région oculaire et les antennes sont 228 E.-L. BOUVIER également presque identiques dans les deux espèces ; Yorgane frontal est très petit, mais bien distinct, et l'on observe parfois un léger segment intercalaire entre l'arceau oculaire et l'arceau infra-oculaire. Les lèvres ressemblent à celles du P. Sedgwicki; les lames mandibulaires ont une dent accessoire comme dans cette der- nière espèce. Dans le grand mâle de la collection Smith, il y a °OoqÔ Fig. 91. — Peripatus juliformis Guild., Fig. 92. — Peripalus juliformis Guild. grande 9 de M. Smith; lames mandi- o<> patte droite. Gr. 64. bulaires internes. Gr. 72. pour le moins 13 denticules sur la scie des lames internes, et j'en ai compté 15 (fig. 91) dans la mandibule gauche de la femelle étudiée par M. Pocock. L'autre mandibule avait été en- levée par ce dernier auteur qui n'y avait trouvé que 7 denti- cules (1894, 521); mais j'ai observé que la scie en avait été rompue et incomplètement extraite. Pattes. — J'ai pu étudier 5 exemplaires de cette espèce, 3 femelles et 2 mâles. Deux femelles avaient 34 paires de pattes et une autre 33 ; l'un des mâles en possédait 29 paires et l'autre 30. Le type décrit et figuré par Guilding était certai- nement une femelle et comptait 34 paires de pattes (1825, fig. 1). Les pattes de la dernière paire sont assez réduites et n'ont ordinairement que deux arceaux ; les pattes génitales et celles de la paire antérieure paraissent un peu plus fortes et en ont 3. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 229 Les autres pattes (fig. 92) portent des soles de 4 arceaux ; le 4 e arceau est plus court et sensiblement moins large que les autres; clans la région moyenne du corps, il présente fréquem- ment à sa suite les rudiments d'un 5 e arceau. Les saillies ven- trales du pied sont très saillantes et munies d'une soie, rare- ment de deux ; la deuxième soie, quand elle existe, se trouve sur les saillies basilaires. Comme dans les autres Péripates ca- raïbes, les vésicules coxcdes sont fréquemment dévaginées. Dans le grand spécimen mâle de la collection Smith, qui a servi principalement d'objet à mes études, les tubercules uri- naires des pattes IV et V se trouvent entre les arceaux 3 et 4 qu'ils échancrent l'un et l'autre. Ils en sont d'ailleurs com- plètement séparés par une dépression profonde et s'allongent en arrière, acquérant un contour longuement fusiforme (fig. 92). Caractères sexuels. — L'orifice sexuel du mâle est nette- ment cruciforme. Dans le mâle à 30 paires de pattes, j'ai observé une paire de papilles crurales sur chacune des pattes des 3 paires prégénitales ; dans le grand mâle (qui compte 29 paires de pattes), j'ai pu constater, après M. Pocock (1894, 521) qu'il y a un tubercule sur chacune des pattes de la V e et de la 3 e paire prégénitale, 2 à gauche et 1 à droite sur celles de la 2 fi paire, 2 à gauche et aucun à droite dans celles de la 4 e paire. Les orifices des glandes anales sont con- tigus et se trouvent ventralement près de la commissure anté- rieure de la fente anale. Anatomie, développement . — Les glandes salivaires s'éten- dent, très atténuées, jusqu'au voisinage des pattes de la paire prégénitale ; leurs réservoirs sont très larges et se terminent entre les pattes des deux paires antérieures. Les organes génitaux du grand mâle sont fortement rejetés dans la région du corps qui correspond aux 12 dernières paires de pattes, l'une des prostates est placée transversale- ment au fond de la cavité du corps, où elle refoule les glandes anales juste en avant de l'orifice sexuel, l'autre est dirigée parallèlement à l'axe, au niveau des pattes préanales de la 4 e et de la 5 e paire ; cette dernière est ovoïde, longue de l mm ,75 et large de mm ,9. Les testicules se dilatent sensible- ment d'arrière en avant et ont un peu moins de deux fois la 230 E.-L. BOUVIER longueur de la prostate. Les canaux efférents pelotonnés attei- gnent un développement aussi considérable que dans les autres espèces de Péripates ; mais le canal déférent est relativement beaucoup plus court, car il forme une anse simple, assez peu sinueuse, et ne dépasse pas en avant les pattes de la 17 e paire préanale. Comme de coutume, les deux branches de cette anse sont renflées en vésicule ovoïde au voisinage du point de recourbement. Les glandes anales sont assez longues, mais il m'a été difficile d'en apprécier exactement les dimensions, car le refoulement qu'elles ont subi les a groupées en un peloton dans les deux segments postérieurs du corps. Les glandes cru- rales de la paire de pattes qui précède l'orifice sexuel sont seules logées dans le sinus latéral, il y en a deux pour chaque patte : Fune s'étend sur la longueur de 2 segments, la seconde a presque une longueur double. Les autres glandes crurales, beaucoup plus petites, restent localisées à l'intérieur des appendices. La poche à spermatophore était fort réduite dans le spécimen que j'ai étudié. J'ai pu observer en place les organes génitaux d'une femelle recueillie par M. H. Smith à Saint-Vincent, par \ 000 pieds d'altitude, clans la foret. Cet exemplaire a 34 paires de pattes et mesure 36 mm ,5; rempli d'embryons atout âge, il se distingue par la position de ses vésicules séminales qui sont situées 1res en avant, sous le péricarde, au niveau des pâlies de la . , 370 a , i0 e paire. Ces vésicules mesurent en moyenne — — — ; les 1 J i60 (a ovaires qu'elles avoisinent se rattachent au plancher péricàr- dique, un peu en avant de l'orifice génital, par un très long funicule simple, rétréci d'avant en arrière. Habitat, variations. — Les exemplaires qu'il convient de rap- porter à cette espèce sont les suivants : 1° Exemplaire de Guilding. — L'exemplaire décrit et ligure par Guilding a sans doute été perdu ; il fut trouvé a Saint- Vincent, au pied du Mont « Bon Homme », dans la foret, parmi les plantes; à cause de sa grande taille (75 millini.) el de ses appendices nombreux (34 paires de pattes), on peut dire avec certitude que c'était une femelle. 2° Exemplaires du Musée Britannique. — Ces exemplaires MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 23 J furent étudiés par M. Pocock et soumis ensuite à mon exa- men ; ils sont au nombre de 6 : 4 femelles et 2 mâles, mais l'une des femelles me parait appartenir, presque certainement, à une autre espèce. Tous ces exemplaires ont été recueillis à Saint-Vincent, par M. H. H. Smith, membre de la « West Indian Expl. Comm. ; » l'une des femelles provient de la forêt, où elle se trouvait sous les feuilles décomposées, par 1000 pieds d'altitude ; les autres exemplaires sont accompagnés de la note : « Rare, in rotten wood and amoung decaying leaves ». L'un des mâles a été cédé au Muséum d'histoire naturelle de Paris, les autres exemplaires sont tous au Musée Britannique. Comme l'a indiqué M. Pocock, les femelles ont 34 ou 33 paires de pattes, les mâles 29 ou 30 paires. 3° Exe m pi aires du Musée de Copenhague. — Ces exem- plaires sont représentés par deux femelles; l'une en assez mau- vais état, et munie de 32 paires de pattes, est simplemen! accompagnée de la mention : « Westindian, Hornbek », l'autre pro\ient de Saint-Thomas où elle fut recueillie par M. Chr. Levinsen. Cette dernière a également 32 paires de pattes et ne diffère en rien, semble-t-il, des exemplaires de Saint-Vincent. Affinités. — L'espèce est évidemment très voisine du P. Sedgwicki; elle lui ressemble par la réduction extrême de ses papilles accessoires, par ses papilles principales secondaires qui comblent incomplètement l'espace compris entre les pa- pilles plus grandes, par la multiplicité des papilles sexuelles du mâle ; toutefois, ces derniers caractères permettent de dis- tinguer aisément les deux espèces, car les petites papilles prin- cipales sont bien plus développées dans le P. juliformis et les papilles sexuelles du mâle moins nombreuses. Les glandes génitales femelles paraissent occuper la même place dans les deux espèces. 232 E.-L. BOUVIER Peripatus juliformis var. Swainsonae Cockerell. (Voir PI. VI, fig. 49, 50, 51 et, dans le texte, les fig. 9 (p. 17), 27 et 28 (p. 26, 27), 93, 94, 9b et 96). 1851. Peripatus, sp. P. H. Gosse, A Naturalisas Sojourn, 62 (pro parte) (M). 1879. H. N. Moseley, Ann. of Nat. Hist. (5), vol. III, 266 (pro parte) (M). 1888. — de la Jamaïque A. Sedgwick, Quat. J. M. Se, vol. XXVIII, 482, 488, pro parte, (M). 1892. — jamaicensis M. Grabham et T.-D.-A. Cockerell, Nature, vol. XLVI, 514 (pro parte) (M). 1893. — — M. Grabham, Journ. lnst. of Jamaica, vol. I, 217- 220 (propaite) (M). 1893. — — • mut. Swainsonae T. D. A. Cockerell, Zool. Anz., Bd XVI, 341-343 (M). 1894. — — R. I. Pocock, Ann. of Nat. Hist., vol. XXIV, 524 (pro parte) (M). 1900. — juliformis var. Gossei E. L. Bouvier, Quat. J. M. Se, vol. XLIU, 751 (M). 1901. — var. Swainsonae T. D. A. Cockerell, Nature, vol. LX11I, 325 (M). 1904. — — E.-L. Bouvier, Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VI, 10 (A). Se distingue de l'espèce type : 1° par ses grandes papilles principales moins nombreuses, à base plus développée et groupées manifestement en séries longitudinales sinueuses ; T par ses petites papilles principales qui sont moins réduites et plus nombreuses; 3° par la rareté plus grande et les faibles dimensions de ses pa- pilles accessoires; 4° par l'armature de la scie mandibulaire qui se réduit à 9-1 S denticules au lieu d'en présenter 13-15 ; 5° par ses tubercules urinaires des pattes IV et V, qui sont largement adhé- rents au 3 e arceau des soles; 6° par ses vésicules séminales arron- dies ou brièvement ovoïdes et situées entre les pattes pré- anales VI-IX ; 7° par la bifurcation constante des funicules ovariens, soit en arrière, soit sur toute leur longueur. Cette variété a été dédiée par M. Cockerell à M me Swai^so.n qui a recueilli les spécimens étudiés d'abord par MM. Grabham et Cockerell. Historique — L'histoire du P. juliformis var. Swainsonœ, se lie étroitement à celle du P. jamaicensis. Les deux formes se trouvent en effet côte à côte dans l'île de la Jamaïque, et comme elles présentent une certaine ressemblance dans leur MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 233' coloration, il n'est pas étonnant qu'on les ait confondues jus- qu'à l'époque où j'ai tenté d'introduire une méthode précise et scientifique dans la détermination des Péripates. Renvoyant le lecteur à l'historique (Voy. p. 170) et à l'étude des variations (Voy. p. 184) du P. jamaicensis, ]e rappellerai toutefois : 1° que la variété qui nous occupe fut découverte par Gosse en même temps que le P. jamaicensis (4854 , 62) ; 2° que trois des exem- plaires ainsi recueillis furent envoyés au British Muséum, étu- diés par M. Moseley (4879, 266) et par M. Sedgwick (4888 \ 482) qui ne les déterminèrent pas, puis par M. Pocock (4894, 524), qui les tint tous trois pour des représentants du P. jamaicen- sis que MM. Grabham et Cockerell avaient récemment dé- crit (4894, 514) ; 3° qu'ayant eu l'occasion d'examiner les types de ces derniers auteurs et les exemplaires de Gosse, il ne me fut pas difficile de reconnaître qu'ils appartiennent en réalité à deux espèces différentes, l'une à laquelle je conservai le nom de P. jamaicensis, l'autre que je considérai comme une variété du P. jidiformis, et à laquelle j'attribuai le nom de P. juliformis \ar. Gossei (4900 f , 751-757); 4° que M. Cockerell ayant donné le nom de Swainsonse à une mu- tation de couleur (4893, 421) qu'il croyait appartenir au P. jamaicensis, et qui était en réalité la forme typique de la variété nouvelle, il y avait lieu de donner le nom de Swainsonse à cette variété, ainsi que M. Cockerell en fit la remarque (4904, 325). Outre les exemplaires précédents, j'ai eu entre les mains d'autres individus de cette variété, notamment une collection très riche que M. Grabham et M. Duerden (4904), sur la prière de M. le Professeur E. Ray Lankester, recueillirent à la Jamaïque pour faciliter mes études. Forme et dimensions. — Cette espèce se trouve côte à côte avec le P. jamaicensis, mais paraît être un peu plus abondante que ce dernier. Son corps est généralement moins long, plus fortement convexe du côté dorsal et moins atténué dans la région céphalique. Sa taille reste toujours médiocre, comme le montre le tableau suivant où sont relevées les dimensions de quelques-uns des spécimens que j'ai étudiés : 234 E.-L. 1° Femelle. Oo 3° — 4° — 5° — 6° — 7 U — 8° — 9° — 10° — 11° Mâle 12° — BOUVIER Longueur . 65 mm 60 59 52 48 47 40 33 24 '1 6 23 17 Largeur. 4 1/2 6,2 6 6 . . . 1 1 vpe) 4 4 1/2 3 2 1/2 2 •> Les femelles des n os 9 et 10 étaient immatures et à peu près de la taille des jeunes qui viennent de naître ; les exemplaires mâles, au contraire, m'ont paru complètement adultes. Coloration. — Les matériaux dont j'ai disposé pour faire l'étude de cette forme étaient aussi variés qu'abondants. Les plus nombreux et les mieux conservés au point de vue de la coloration sont ceux que M. Grabham et M. Duerden ont recueillis à Bath (Jamaïque), au mois de janvier 1901, sur la prière de M. E. Ray Lankesïer. Les exemplaires de M. Grabham avaient été tixés par l'alcool et ceux de M. Duerden au sublimé. La plupart des spécimens recueillis par M. Grabham ont la face dorsale grisâtre, tantôt claire et légèrement teintée de jaune verdàtre, tantôt foncée et tirant au gris fuligineux ; la ligne médiane y est toujours occupée par une bande continue «et assez large., dont la couleur uniforme semble toujours un peu plus foncée que celle des parties avoisinantes. La coloration générale des téguments est la même dans toute l'étendue de la face dorsale, aussi bien sur la tète que dans la queue; elle devient toutefois un peu plus claire à mesure qu'on s'éloigne de la bande médiane pour se rapprocher des pattes ; on n'aper- çoit nulle trace des losanges dorsaux que présentent la plu- part des autres Péripates. Les papilles principales tranchent seules, par leur couleur, sur la teinte fondamentale du corps ; leur cône basilaire est blanchâtre chez les spécimens de cou- leur claire, grisâtre chez ceux qui sont de teinte plus foncée, mais dans tous les cas leur partie terminale est marron ou fran- chement noire. Ces papilles, de la sorte, se détachent sur le MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 235 fond des téguments, sous la forme de taches plus claires à centre foncé. Les antennes sont d'un gris noirâtre fuligineux et toujours un peu plus sombres que les téguments dorsaux ; leurs organes frontaux ont la même teinte sombre que le reste de l'antenne, mais leurs parties terminales acquièrent pro- gressivement une teinte fuligineuse moins foncée. On sait que la pointe des antennes et les organes frontaux sont presque toujours parfaitement blancs dans le P. jamaicen.sis. La face ventrale est grise avec un semis de petites taches blanches qui correspondent à des papilles un peu plus grosses que les autres. Les organes ventraux et, le plus souvent aussi, les organes préventraux, sont indiqués par des taches blanchâtres. Dans la région céphalique, la coloration devient plus foncée et les papilles claires disparaissent, les lèvres restant d'ailleurs parfaitement blanches. Les pattes sont un peu plus pâles que les surfaces tégumentaires qui les avoisi- nent ; les arceaux de leurs soles montrent une teinte jaunâtre uniforme, qui devient fauve dans les exemplaires dont les téguments sont plus foncés. Quelques autres exemplaires recueillis par M. Grabham diffèrent des précédents par le fond de leur coloration qui prend une teinte violacée manifeste. Cette teinte se répand plus ou moins sur toutes les parties du corps, elle imprègne même un peu les lèvres et se retrouve jusque dans les écailles du corps et dans la partie noire des papilles ; elle se retrouve également dans les surfaces claires qui forment la base des papilles principales sur le dos, et qui sont distribuées en petites taches du côté ventral. Cette dissémination du pig- ment fondamental rend nécessairement ces parties claires moins apparentes que dans les spécimens à téguments gris. On passe d'ailleurs très progressivement de l'un des types à l'autre. Les exemplaires recueillis par M. Duerden sont pour la plu- part plus ou moins violacés, ce qui tient peut-être à leur mode de conservation ; ils ont en général une teinte plus fon- cée que ceux récoltés par M. Grabham ; dans certains d'entre eux, les taches du ventre et la base des papilles principales du dos tranchent assez nettement en clair sur la teinte générale du 236 E-L. BOUVIER corps; dans d'antres, au contraire, ces parties sont presque aussi foncées que celles qui les avoisinent. M. le Professeur Sedgwick m'a communiqué les exem- plaires de cette espèce que MM. GRABHAMet Cockerell avaient considérés comme des P. jamaicensis, mais ils ne m'ont été d'aucun secours pour l'étude de la coloration, car leur pig- ment avait disparu. Il en est de même du Péripate trouvé par Gosse à la Jamaïque. Par contre, les exemplaires que M me E.M. Swainson a envoyés au Musée Britannique sont d'un brun violacé très net, et ressemblent beaucoup à ceux de M. Duerden; ils proviennent d'ailleurs de la même localité. Téguments (PI. VI, fig. 49-51). — La ligne claire est étroite, mais fort distincte, surtout à la surface des plis, où elle passe au centre d'un groupe de petites papilles principales et de pa- pilles secondaires ; au bas des sillons, elle devient plus vague et disparaît même complètement quand les organes clairs se fusionnent sur la ligne médiane. Au reste, ces derniers pa- raissent fort variables d'un sillon à l'autre, très irréguliers et beaucoup moins bien différenciés que dans la plupart des autres Péripates; ils sont ordinairement très petits et toujours mal limités, les écailles pigmentaires ne s'arrètant jamais franche- ment sur leurs bords et, souvent même, pénétrant à leur inté- rieur. Dans ce dernier cas, il peut arriver qu'on ne distingue plus trace des organes. Les plis dorsaux présentent, au-dessus des pattes, les bifur- cations segmentaires normales ; elles se produisent à peu près à égale distance entre la ligne claire et la base des pattes. Sur chaque pli se trouvent des papilles principales prédominantes à cylindre terminal médiocrement développé, des papilles prin- cipales plus petites et des papilles accessoires (PI. VI, fig. 49-51). Généralement, on observe trois papilles principales de second ordre entre deux papilles principales prédominantes : une mé- diane très forte et deux latérales plus réduites. Ces dernières sont de taille fort variable et parfois présentent tous les passages aux papilles accessoires, qui restent fort petites. En somme, les grandes papilles principales ont une prédominance moindre dans cette forme que dans les vrais P. juliformis, elles sont d'ailleurs moins nombreuses (étant séparées par de plus larges MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 237 intervalles) et se disposent assez nettement en lignes longitu- dinales sinueuses; quand les papilles intermédiaires les plus fortes sont peu turgescentes, ces lignes se dessinent avec une grande netteté sur toute la longueur du dos et sur les flancs. Les plis tégumentaires semblent alternativement grands et petits, mais la différence entre ces deux formes ne serait pas apparente si les grandes papilles principales, qui délimitent à droite et à gauche l'étroite bande médiane obscure, n'alternaient elles- mêmes régulièrement d'un pli à l'autre ; elles sont plus claires et plus saillantes dans les grands plis, moins hautes et relativement foncées dans les autres. A mesure qu'on s'éloi- gne de la bande médiane, ces différences s'atténuent très vite, et les deux sortes de plis deviennent bientôt à tous égards parfaitement identiques. Les grandes papilles dorsales occupent toute la largeur d'un pli et, de ce fait, varient avec la taille des individus : leur diamètre moyen était de 160 a dans une femelle de 45 milli- mètres et de 80 u. dans un mâle plus petit de moitié. Les papilles ventrales présentent des variations individuelles aussi étendues, encore qu'elles soient en nombre plus ou moins con- sidérable dans la longueur de chaque pli. Toujours fort ré- duites et souvent dépourvues de cylindre écailleux terminal, elles doivent être, pour une part, considérées comme des papilles accessoires et se présentent d'ailleurs, clans le même exemplaire, avec les dimensions les plus variées. Dans la femelle de 45 millimètres dont j'ai parlé plus haut, on en trouve dont le diamètre n'atteint pas 8 a et d'autres où il en a 30 ; dans le mâle qui a été comparé à cette femelle, certaines de ces papilles n'ont pas 6 u. de largeur et les plus grandes ne dépas- sent pas 18 a. Ces variations dans les papilles ventrales, et la différence frappante que présentent ces papilles comparées à celles du dos, suffiraient à elles seules pour distinguer du P. jamaicensis l'espèce qui nous occupe. Les grandes papilles principales du dos sont subcylindri- ques dans leur partie basilaire quand l'animal n'est pas trop dilaté ; leur partie terminale se dilate assez fréquemment en sphère. Les papilles principales plus petites qui les séparent sont coniques, et ne laissent que rarement apparaître leur partie 238 E.-L. BOUVIER terminale ; toutefois eelle du milieu, qui est plus grande, ne laisse pas de ressembler beaucoup aux grandes papilles prin- cipales. Les grandes papilles ventrales ont plus ou moins la forme cylindrique, les autres celle d'un cône. Les organes centraux apparaissent réduits dans cette espèce, encore qu'ils soient nettement indiqués par la zone claire qui les entoure. Moins visibles à la loupe, les organes préven- traux acquièrent pourtant une réelle importance; situés à i ou 5 plis en avant des organes ventraux, ils sont formés par deux aires symétriques très variables, où se trouvent plus ou moins étroitement rapprochées des écailles incolores, arrondies ou irré- gulières. .Je ne saurais assurer si ces organes existent toujours en avant et en arrière; en tout cas, ils sont fort nets dans la région médiane du corps. Région céphalique. — LV// est relativement un peu plus grand (pic celui du P. jamaicemis; dans une femelle de 55 millimè- tres, il avait 300 y. de longueur sur 250 de largeur; sa colora- tion est ordinairement un noir grisâtre, non sans varier d'ail- leurs suivant l'état de conservation des spécimens. Les deux arceaux papillifères avec lesquels l'œil est en relation se dis- tinguent assez peu des arceaux correspondants du P. jamm- censis, l'arceau inférieur se réduisant à un mince filet dans la région inter-antennaire et celui du dessus présentant, comme de coutume, la forme d'une hélice à deux tours (fîg. 9, p. 17). C'est sur le premier tour de cette hélice, à 2 ou 3 papilles de l'œil, que se trouve Yorgane sensoriel frontal qui est ici de même couleur que le reste des téguments, et couvert comme eux de petites écailles brunes; toujours très long, cet organe corres- pond sans doute à 5 ou 6 papilles fusionnées ; sa structure est d'ailleurs assez variable, les sommets de ses papilles pouvant être fort distincts, ou complètement atrophiés et mécon- naissables. Les antennes ressemblent à celles des Péripates les plus nor- maux, car elles présentent 45 ou 46 arceaux papillifères grands ou petits. Je ne fais pas rentrer dans ce nombre les petits replis chitineux, mais dépourvus de papilles, qui séparent deux grands arceaux consécutifs ; il y a évidemment tous les passages entre ces replis annulaires et les petits arceaux, mais ces derniers ne MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 239 se différencient que dans le tiers terminal (fig. 93 j, sauf vers le milieu de L'organe où l'on en voit apparaître 2 ou 3 qui sont fort distincts. La massue terminale comprend 6 ar- ceaux contigus, sans compter le bouton qui en forme le sommet; elle est suivie par une alternance d'ar- ceaux groupés comme il suit : massue, petit arceau, grand arceau, 2 petits arceaux, grand arceau, 2 petits arceaux, puis 4 grands arceaux et autant de petits arceaux intercalés entre eux. Les lèvres sont blanches et semblables à celles des autres Péripates ; leur lobe impair antérieur est très grand, un peu moins toutefois que les deux lobes pairs qui Favoisinent ; ceux qui viennent à la suite Fig. 93. — Pe- , i • , -i l - t> r /palus ju~ se réduisent rapidement a mesure que Ion se rap- nformis, proche du petit lobe impair postérieur. Le plafond var - s ™ mn S ) l Cl S L* C K r buccal ressemble à celui du P. jamaicensis, et pré- ç de Baih., sente le même nombre de denticules chitineux. extrémité* Quant aux deux lames des mandibules, elles portent d ' une an , . ,. , . ., . tenne. Gr. une armature singulièrement constante, si j en juge ^. par les 8 exemplaires dont j'ai fait l'étude à ce point de vue; je n'ai jamais observé plus d'une dent accessoire sur chaque lame (fig. 94, 95), mais il y en a toujours une et les pj t r. 94 et 95. — Peripatus juliformis var. Swainsonae Cock., Ç de Bath. ; les deux lames mandibulaires d'un côté. Gr. 64. seuls éléments variables de cette armature sont les denticules de la lame interne dont le nombre peut osciller entre 10 et 12. Pattes. — Le nombre des pattes est moins considérable dans cette espèce que dans le P. jamaicensis et, comme 340 E.-L. BOUVIER on conséquence, il apparaît moins variable. On compte de 31 à 34 paires de pattes chez les femelles, et de 28 à 30 dans les mâles. Sur les 53 femelles que j'ai pu étudier, 8 avaient 34 paires de pattes, 19 en avaient 33 paires, 24 en comp- taient 32 et 2 seulement 31 paires. Sur 19 mâles, un seul avait 30 paires de pattes, 9 en comptaient 29 paires et les 9 autres 28. Les pattes m'ont paru beaucoup moins serrées que dans le P. jamai- censis ; elles sont aussi plus fortes et, relativement, moins rétrécies vers le sommet. Leurs soles pédieu ses se com- ^ posent de 4 arceaux assez longs sans rudiment d'un cinquième (fig. 96 1; on observe toutefois, au-dessus du quatrième arceau, quelques papilles Fig, ye. - Pekpatus juiiformis à 2 ou 3 soies terminales, mais jamais var. Swaimonae Cock., ç de ces papilles ne sont assez longues ni Bath. ; extrémité de la 5 e patte i-™ -, i -., droite, face interne. Gr. 48. assez difterenciees pour donner 1 ap- parence même d'un très court arceau. Le premier arceau est sensiblement plus court que les deux sui- vants, mais le quatrième n'est pas beaucoup moins long que ces derniers. Les saillies ventrales du pied sont très apparentes et portent un nombre assez variable de soies ; ces dernières se grou- pent au nombre de 2 sur cha'cune des saillies de la paire proxi- male, mais on en compte de 1 à 3 sur celles de la paire distale. Les vésicules r amies sont généralement évaginées dans la plu pari des exemplaires que j'ai eus entre les mains ; elles peuvent être parfois énormes et occupent alors presque tout l'espace com- pris entre les soles et l'orifice urinaire normal ; on en trouve sur toutes les pattes sans exception, même sur celles de la pre- mière et de la dernière paire qui sont pourtant réduites, el dont les soles ne comptent guère que 2 ou 3 arceaux. Les orifices urinaires anormaux occupent la même place 1 que ceux du P. jamaicensis, c'est-à-dire le centre d'une saillie finement écailleuse, qui se continue en avant et en dedans avec le bord inférieur du troisième arceau (fig. 96). Caractères sexuels. — On a vu plus haut que les mâles de MASSON ET C", ÉDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MEDECINE 120, ROULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS (VI e ). VIENT DE PARAITRE COURS ÉLÉMENTAIRE d'Histoire Naturelle [Zoologie, Botanique, Géologie et Paléontologie) Rédigé conformément aux programmes du 31 mai 1902 PAR MM. M. BOULE PROFESSEUR AU MUSÉUM d'hISTOIRE NATURELLE E.-L. BOUVIER PROFESSEUR AU MUSÉUM d'hISTOIRE NATURELLE MEMBRE DE l'iNSTITUT H. LEGOMTE PROFESSEUR AU LYCÉE SAINT-LOUIS 8 volumes in-16, cartonnés toile anglaise et illustrés de très nombreuses figures PREMIER CYCLE Notions de Zoologie (Classes de sixième A et B), par E.-L. Bouvier 2 fr. 50 Notions de Botanique (Classes de cinquième A et B), par H. Lecomte 2 fr. 75 Notions de Géologie (Classes de cinquième B et quatrième A), par M. Boule. 1 fr. 75 Notions de Biologie, d'Anatomie et de Physiologie appliquées à l'homme (Classe! de troisième B), par E.-L. Bouvier 2 fr. 50 SECOND CYCLE Conférences de Géologie (Classe de seconde A, B, C, D), par M. Boule 2 fr. 50 Anatomie et Physiologie végétales (Classes de philosophie et de mathéma- tiques A et B), par H. Lecomte 2 fr. 50 Anatomie et Physiologie animales (Classes de philosophie et de mathéma- tiques A et B), par E.- L. Bouvier 4 fr. >♦ Conférences de Paléontologie (Classes de philosophie A et B et de mathé- matiques A et B), par M. Boule 2 fr. » TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE CAHIER Monographie des Onychophores, par M. E.-L. Bouvier. Corbeil. — Imprimerie Éd. Crète. 79 e ANNÉE. — IX e SÉRIE T. II. N ns 4 à 6. ANNALES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE COMPRENANT L'ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIEES SOUS I.A DIRECTION 1>E M. EDMOND PERRIER TOME 11. — N os 4 à 6 PARIS MASSON ET C ie , ÉDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINK 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (VI e ) 1905 Paris, 30 fr. — Départements et Étranger, 32 fr. y Ce cahier a été publié en janvier 1906^/ ^ Les Annales des Sciences naturelles paraissent par cahiers mensuels Conditions de la publication des Annales des sciences naturelles NEUVIÈME SÉRIE BOTANIQUE Publiée sous la direction de M. Ph. Van Tieghem. L'abonnementest fait pour 2 volumes gr. in-8, chacun d'environ 400 pages, avec les planches correspondant aux mémoires. Ces volumes paraissent en plusieurs fascicules dans l'intervalle d'une année. ZOOLOGIE Publiée sous la direction de M. Edmond Perrier. L'abonnement est fait pour 2 volumes gr. in-8, chacun d'environ 400 pages, avec les planches correspondant aux mémoires. Ces volumes paraissent en plusieurs fascicules dans l'intervalle d'une année. Prix de l'abonnement annuel à chacune des parties, zoologie ou botanique Paris : 30 francs. — Départements et Union postale : 32 francs. ANNALES DES SCIENCES GÉOLOGIQUES Dirigées, pour la partie géologique, par M. Hébert, et pour la partie paléontologique, par M. A. Milne-Edwards. Tomes I à XXII (1879 à 1891). Chaque volume 15 fr. Cette publication est désormais confondue avec celle des Annales des Sciences naturelles. Prix des collections : Première série (Zoologie et Botanique réunies), 30 vol. [Rare). Deuxième série (1834-18431. Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Troisième série (1844-1853). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Quatrième série f 1854- 1863). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Cinquième série (1864-1873). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Sixième série (1874àl885). Chaque partie, 20 vol. 250 fr. Septième série (1885àl894,. Chaque partie, 20 vol. 300 fr. Huitième série (1895 à 19)4). Chaque partie, 20 vol. 300 fr. Géologie, 2:2 volumes 330 fr. MONOGRAPHIE DES OiNYCHOPHORES 24 " celte espèce sont beaucoup plus rares que les femelles (19 c? contre 53 9), qu'ils ont une taille beaucoup plus réduite (17 à 25 mill. de longueur contre 30-65 mill.), et que leurs pattes sont moins nombreuses (de 28 à 30 paires au lieu de 31 à 34 paires). Les papilles crurales du mâle paraissent en nombre variable suivant les individus ; on en trouve presque toujours deux sur les pattes de la paire prégénitale, et sur celles de la paire pré- cédente; assez souvent il en existe sur les pattes de la 3 e paire prégénitale, très rarement sur la 4 e paire prégénitale et sur la paire génitale elle-même. Voici du reste les nombres relevés eu étudiant attentivement les 19 exemplaires mâles que j'ai eus en ma possession (1). n-1 • n-2 n-B n-k n-5 (pâlies génitales). 1 exemplaire. . . 1 à di 1 . 1 à g. i àdr. 2 à g. 2 à dr. 2 à g. 1 à dr. 1 — ... 2 à dr. 2 à g. — 1 à dr. 2 à g." 1 à dr . 1 — ... — — 1 à dr. 1 à g. 1 — — — 2 à g. 1 — ... — — 1 à g. (vag'ie). 1 — ... 1 à g. (vaque) . — — 9 -- — — l — — • 1 — 1 à dr. 2 à g. l — . . . 1 à dr. 1 à g. 1 à dr. 1 à g. 1 — ... 1 à g. à dr. En somme, on peut dire que les mâles présentent toujours deux glandes crurales sur chacune des pattes des deux paires prégénitales, même quand les papilles correspondant à ces glandes ne sont pas visibles de l'extérieur par suite d'un étal de contraction. Anatomie (fig. 27 et 28, p. 26 et 27), développement. — Les glandes s alivair es se continuent en arrière jusqu'au niveau des pattes de la 4 e paire préanale ; leurs réservoirs sont un peu plus longs que larges et aboutissent entre les pattes I et IL Les testicules se trouvent assez loin dans la partie posté- (1) En appelant n les pattes de la paire postérieure, les pattes de la paire génitale devront être représentées par n-1 et les suivantes par n-2, n-3, »-4, 71-5. ANX. SC. NAT. ZOOL. II, 10 ±\± E.-L BOUVIER pieure du corps; à quelques variations près, on peut dire que lune des vésicules prostatiques est au niveau des pattes pré- anales MI- VIII, l'autre au niveau des pattes VI-VII : ces vési- cules sont moins longuement ovoïdes que celles de l'espèce type. L'anse déférente s'avance plus ou moins loin en avant, tantôt jusqu'à la 20 e paire préanale, tantôt jusqu'à une faible distance des pattes antérieures. La poche à spermatophores est assez forte, mais je l'ai malheureusement toujours trouvée vide. Les glandes crurales sont disposées comme dans l'espèce type, bien que celles de la pain; postérieure semblent rela- tivement un peu plus longues: l'une d'elles, parfois, reste pelo- tonnée dans la cavité de la patte. Les glandes anales se dila- tent progressivement d'arrière en avant et atteignent pour le moins le niveau des pattes de la l re paire prégénitale : leurs ori- fices occupent la même place que dans les autres Péripates américains. Les ovaire* sont tabulaires, droits, assez longs, tantôt en- globés dans un funicule bien développé qui se bifurque et se rétrécit en arrière, tantôt distincts sur toute leur longueur, et munis chacun d'une forte attache funiculaire. Les récepta- cles séminaux ont 320 jj. de diamètre maximum et sont situés entre les pattes préanales des paires VI à IX ; les réceptacles ovulaires, toujours assez grands, se terminent par une légère dilatation mamelonnée. Les plus grands œufs ovariens avaienl 40 y. de diamètre. Dans l'une des branches utérines d'une femelle se trouvaient successivement, au sein de poches largement espacées : 1° un œuf utérin ; 2° un œuf en voie de segmentation ; 3 e un em- bryon largement dilaté aux deux bouts, assez nettemenl méta- mérisé et déjà libre dans sa loge i stade correspondant a peu près à celui de la tig. 25, Taf VI. de M. Kennel, 1885 : V un embryon replié sur lui-même, et portant des appendices parfai- tement formés, mais dépourvus de griffes : .'i un embryon mâle muni de 28 paires de pattes, de papilles crurales et mesurant I I millimètres sur 1 ; 6° deux embryons pigmentés complète- ment étendus et situés ventre contre ventre; 7° deux embryons un peu plus avancés, et disposés de la même manière que les précédents. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 243 Les deux embryons contenus dans chacune de ces dernières poches étaient fort différents à tous égards : l'un d'eux, le plus grand, avait une structure tout à fait normale, mais l'autre était réduit, ratatiné en arrière et en voie manifeste de dépé- rissement et d'atrophie. Cette disposition curieuse provient certainement d'une anomalie; dans les Péripates caraïbes, en effet, on observe rarement plus d'un embryon à l'intérieur de chaque poche utérine ; au début du développement, les poches peuvent être assez vastes pour donner asile à deux embryons, mais plus tard ces derniers atteignent des dimensions assez considérables et l'un des deux doit fatalement disparaître. La manière dont se développent les plis est rendue très évi- dente par l'examen des embryons de cette espèce. Au début, les téguments embryonnaires sont unis (embryon n° 3), ensuite il s'en forme 6 par segments (n° 4), puis 6 autres qui s'inter- calent entre les premiers (n os 5, 6); les plis intercalaires se couvrent de papilles après les autres et sont d'abord mani- festement plus petits (n° 6) ; après quoi tous les plis s'éga- lisent et présentent des papilles semblables, 2 ou 3 petites papilles principales venant s'interposer entre 2 papilles prin- cipales plus grandes (n° 7). Dans les embryons pigmentés, les grandes papilles principales sont déjà blanchâtres et grou- pées en séries longitudinales, la ligne claire est très nette, mais les organes clairs et les papilles accessoires n'existent pas encore. Comme de coutume, les glandes salivaires de ces embryons s'étendent sur les mêmes segments que chez l'adulte . tandis que leurs réservoirs sont fort réduits et n'atteignent pas encore les pattes de la l re paire. Les embryons des 3 derniers stades ont une large plaque post-buccale cordiforme, des saillies crochues sur la cuticule qui recouvre les griffes, et des lames ma'ndibulaires réduites à un crochet largement obtus ; les antennes sont très claires à leur extrémité libre et ne pré- sentent pas encore le nombre d'arceaux définitif. Les pattes se segmentent de très bonne heure; dans l'embryon n° 4, elles sont entourées de 8 ou 9 arceaux extrêmement nets et régu- liers, et se terminent par un lobe arrondi et incurvé qui repré- sente le pied. Des deux embryons au stade n° 7, le plus développé était 244 E.-L. BOUVIER un mâle muni de 29 paires de pattes et qui mesurait 29 milli- mètres sur 2. Les organes ventraux de cet embryon présen- taient déjà une grande réduction, les organes pré ventraux avaient disparu, et une masse noirâtre remplissait la partie postérieure de .l'estomac; les organes frontaux étaient fort nets et, au sein des larges crochets mandibulaires, se voyaient très nettement les mandibules de l'adulte avec une dent accessoire et une scie de 8 ou 9 denticules. Les organes génitaux de cet embryon étaient de tout point semblables à ceux de l'adulte ; les prostates, arron- dies et larges de 750 ix, se trouvaient au niveau des pal tes préanales V et VI, l'anse déférente très sinueuse atteignait presque le milieu du corps. Au simple examen anatomique. on aurait pu conclure que cet embryon avait atteint la matu- rité sexuelle, et c'est en effet ce que l'étude microscopique m'a permis de constater. Dans la prostate, j'ai trouvé en abondance les gros spermatoblastes formés par le tube testi- eulaire, d'innombrables spermatogonies et des spermato- zoïdes à tous les stades, depuis celui-ci de simple fuseau nu- cléaire aigu jusqu'à l'état le plus parfait. Au dernier stade les spermatozoïdes atteignaient 125 -u. de longueur. Cette espèce, comme toutes les autres sans doute, est très manifestement protandre. Habita/. — La variété qui nous occupe paraît localisée dans l'île de la Jamaïque, où elle vit côte à côte avec le P. jamai- censis; elle y est même un peu plus commune que ce dernier. Les exemplaires qui m'ont été soumis provenaient pour la plupart de Bath et quelques-uns seulement de Bluefîeld ; ceux qui servirent aux recherches de MM. Grabham, Cockerell, Pocock et Sedgwick avaient été recueillis par M me Swainson (coll. Sedgwick, Musée Britannique, Muséum de Paris) ; un autre, étudié par M. Pocock, se trouvait dans les récoltes de Gosse (Musée Britannique), mais la plupart furent recueillis en 1900, par M. Grabham et par M. Duerden, sur la prière de M. le Professeur Ray Lankester, pour servir à mes travaux (Musée Britannique, Musée de Paris). MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 245 Peripatus juliformis var. danicus E.-L. Bouvier. (Voir PL VII, fig. 52.) 1900. Peripatus juliformis var. danicus E.-L. Bouvier, Quat. J. M. Se, vol. XLIU, 751-752 (M). Comme la var. Swainsonee, se distingue de V espèce type pen- ses petites papilles principales qui sont notablement plus grandes et par ses papilles accessoires qui deviennent rudiment air es; se dis- tingue d'ailleurs de la var. Swainsoiice par ses grandes papilles principales qui sont beaucoup plus nombreuses et fort irrégulière- ment disposées. En caractérisant cette variété dans le « Ouaterly Journal » (1900 f , 751), j'ai dit qu'elle se distingue par ses grandes pa- pilles principales qui sont peu nombreuses et irrégulièrement disposées. H V a là, évidemment, un lapsus regrettable ; c'est très nombreuses que je voulais dire. Le type de la variété est une petite femelle qui appartient au Musée de Copenhague . Cet exemplaire provient de Saint- Thomas ; il a 26 millimètres de longueur, 3 inm ,4 de largeur maximum et compte 33 paires de pattes. Partiellement déco- loré, il était d'un gris verdâtre quand j'en ai fait l'étude, mais certaines parties du dos tiraient encore sur le brun, et la partie médiane de la tète semblait être d'un ton plus clair. Les grandes papilles principales (PL VII, fig. 52) du spécimen sont remarquablement saillantes et nombreuses, mais ne se groupent pas en lignes longitudinales bien nettes ; les papilles plus petites qui les séparent sont fortes, serrées, rarement accom- pagnées par des papilles accessoires d'ailleurs rudimentaires. Les soles pédieuses occupent une grande place sur les pattes (ce qui tient peut-être à la contraction de celles-ci) ; les organes ventraux sont presque partout très distincts. Un autre représentant de la variété se trouve au Musée Bri- tannique; c'est un mâle capturé à Saint-Thomas par M. Cû- ming ; il a 21 millimètres de longueur, 2 mra ,5 de largeur et compte 28 paires de pattes. Sa couleur est d'un vert noirâtre uniforme, assez différente sans doute de celle, de l'animal 246 E -L. BOUVIER vivant, car le spécimen perd sa cuticule et laisse à désirer au point de vue de la conservation. Les grandes papilles princi- pales sont un peu moins nombreuses et un peu moins serrées que dans l'exemplaire précédent; mais les papilles principales plus petites, les papilles accessoires, les grandes soles pé- dieuses et les organes ventraux paraissent identiques dans les deux spécimens. Des papilles sexuelles existent probablement sur les 4 paires de pattes prégénitales. 20. Le Péripate de Brôlemann. [Peripatus Brôlemanni E.-L. Bouvier.) (Voir PI. VII, fig. 53, 54 et, dans le texte, les fig. 78 B (p. 159 et 97). Nereis viridis Adams, Linn. Trans. 1853. Peripatwi Edwardsii E. Grube, Arch. f. Anat. und Phys., vol. XX, 322- 360, Taf. IX, X (M, A, E). 1880 ? — juliformis W. Peters, Sitz. Ber. nat. Freunde Berlin (1880), 28 (pro parte) (M). 1888. Peripatus A. Sedgwick, Quat. J. M. Se, vol. XXVIII, 482, n° 2, et 483, n°5 (M). — de Puerto Cabello A. Sedgwick, Quat. J. M. Se, vol. XX VIII, 488. — de Tovar — Quat. J. M. Se, vol. XXVIII, 480, n° 3, et 488. 1899. — Brôlemanni E.-L Bouvier, C. R. Acad. des Se, vol. CXXV1II, 1345. 1900. — — — Ann. Soc. ent. de France, vol. LVV111 (1889), 390, 416, 417, pi. IV, fig. 5- 10 (M). — — — Quat. J. M. Se, vol. LXI1I, 368. — - - Quat. J. M. Se, vol. XLIII, 751. Bull. Soc. ent, de France (1900), 394. Plis dorsaux disposés de la même manière que dans l'espère précédente. Grandes papilles dorsales à base volumineuse, termi- nées par une petite sphère, et séparées par une dépression profonde, mais étroite, où se trouvent deux petites papilles accessoires, et plus rarement, une petite papille principale conique accompagnée de 4 papilles accessoires. La ligne claire est très nette, mais les organes clairs restent vagues ; les organes frontaux sont bien dis- tincts. Une dent accessoire sur chaque lame mandibulaire et S denticules sur la scie des lames internes. Pattes au nombre de c 29 paires chez les mâles, de 30 à 33 paires chez les femelles; soles MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 247 à 4 ar&eaux sensiblement de même largeur; tubercules urinaires des pattes IV et V semblables à ceux du P. Sedgwicki, mais échancranl davantage le 3 e arceau. Glandes salivaires et leurs réservoirs rappelant à tous égards le V. Sedgwicki. Glandes anales très grandes, dilatées d'arrière en avant et atteignant les pattes de la 5 e paire prégénitale ; des tubercules cruraux sur les 2 ou S paires de pattes prégénitrdes, les glandes crurales de la der- nière paire sortant seules de la cavité des pattes. Prostate presque deux fois aussi longue que large. Longueur du mâle: 27 à$8 milli- mètres, de la femelle : 39-65 millimètres. — Habile la colonie Tovar, au Venezuela. J'ai dédié cette espèce à mon savant ami, M. Brôlemann, qui devait d'abord étudier les Onychophores recueillis par M. Simon au Venezuela. Historique. — De tous les exemplaires connus de cette espèce, le plus ancien a été capturé dans les Indes occiden- tales par Gibson, et se trouve actuellement au Musée Britan- nique ; quand il me fut communiqué, il portait deux étiquettes, Tune relativement récente avec le nom de P. juliformis, l'autre très ancienne avec l'indication « Nereis viridis Adams, Linn. Trans. » ; j'ai recherché en vain l'ouvrage où l'espèce aurait été décrite sous ce nom ; si ce travail existe, il est certainement antérieur à 1825, époque où Guilding introduisit dans la science le nom de Peripatus. On doit considérer comme des P. Brolemanni bien typiques les exemplaires de Tovar qui, sous le nom de P. Edwardsi, ont fait l'objet de belles recherches de Grube (4853, 322-360, Taf. IX et X) ; le Musée de Berlin, en effet, m'a communiqué plusieurs de ces exemplaires et, d'ailleurs, la description des téguments et la ligure qu'en donne Grube (fîg. 1) suffiraient presque pour entraîner la conviction. Le Musée de Berlin m'a également communiqué des exem- plaires de Puerto Cabello, probablement ceux auxquels Peters avait donné le nom de P. juliformis (1880, 28). Je ne veux pas être affîrmatif sur ce point, car les exemplaires sont étiquetés sous le nom de « Peripatus Edwardsii. . . Coll. Grube » ; pourtant le travail de Peters a été fait au Musée de Berlin, et par conséquent avec les types qu'y avait laissés Grube. Quoi 248 E.-L. BOUVIER qu'il en soit, j'ai pu me convaincre que ces derniers sont bien réellement des P. Brôlemanni. On voit que cette espèce, au point de vue de la détermina- tion, n'a pas subi des vicissitudes moins grandes que le P. Sedgwïcki. J'ai pu la distinguer pour la première fois 1899% 1345) en étudiant un exemplaire de Tovar (E. Simon, coll.), dont j'ai donné une description assez complète (1900\ il 6, 41 7, PI. IV, fig. 5-10) ; depuis, ayant identifié avec le P. Brô- lemanni la Nereis viridis d'ADAMS (1900 e , 368) et les autres exemplaires signalés plus haut, il m'a été possible de donner une idée nette de la distribution de cette espèce (1900 h , 394), Forme, dimensions. — L'exemplaire mâle qui sert de type à l'espèce a le corps trapu, médiocrement convexe et bien plus rétréci en arrière qu'en avant; celui qu'a figuré Grube 1853, fig. 1) présentait à peu près les mêmes caractères. Voici les dimensions de quelques-uns des spécimens dont j'ai fait l'étude : Longueur. Largeur maximum. millim. millim. Mâle type 27 4 — de Puerto Cabello 28 3 1/2 Femelle de Raxto Casselo 39 b i/2 — de Puerto Cabello 42 6 Nereis viridis Q 6o 6 La plupart des femelles mesurent environ 40 millimètres de longueur. Coloration. — La bande médiane dorsale du type est noi- râtre, bien limitée et sans taches segmentaires distinctes. Le reste de la face dorsale est d'un brun noirâtre plus clair ; sa teinte devient très foncée suivant une ligne longitudinale large et diffuse qui occupe à peu près le milieu des flancs, de chaque côté du corps. Certaines papilles dorsales sont un peu plus claires que les autres. Les pattes et la face ventrale présentent une coloration grisâtre. L'exemplaire femelle de Raxto Casselo a très sensiblement la même pigmentation ; les autres spécimens sont décolorés. Téguments (PL VIII, tig. 53,54). — Les plis segmentaires in- complets m'ont paru semblables à ceux de l'espèce précédente; il en est de même de la bande médiane et de la ligne claire, mais les organes clairs sont extrêmement vagues. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 249* Les papilles principales du type sont de deux sortes comme dans leP.Sedgwicki, mais bien différentes par leur taille et par leur structure. Les unes (fig. 78 B, p. 159) sont très grosses, sub- égales, cylindro-sphériques dans leur partie-basilaire qui est très volumineuse, plus ou moins sphériques dans leur partie termi- nale qui est bien plus réduite ; elles constituent la partie la plus importante du revêtement papillaire du corps, présentent presque toutes un pigment bien localisé sur leurs écailles, et donnent aux parois dorsales une apparence granuleuse qui n'a- vait pas été sans frapper Grube (1853, fig. 1 , 324). Les autres apparaissent très petites, fortement coniques, munies d'un faible cylindre terminal et situées dans la dépression profonde et assez large qui sépare deux grandes papilles consécutives ; on en trouve généralement une dans chacun de ces intervalles, mais parfois aussi 2 ou 3. Elles sont accompagnées de quel- ques papilles accessoires minuscules qui, dans certains cas, se substituent à elles et les remplacent complètement ; ces dernières ne sont visibles qu'au microscope et, comme les petites papilles principales, tranchent par leur couleur brune sur la teinte blanchâtre de la dépression où elles se trouvent. Dans l'exemplaire type, cette dernière a au plus la largeur d'une grande papille principale, mais dans les femelles qui sont plus grandes, l'intervalle peut augmenter et les papilles acces- soires acquièrent alors un volume légèrement plus fort. Sur la face ventrale, certaines papilles ont des dimensions assez grandes et rappellent en petit les grandes papilles dor- sales; les autres sont coniques et d'ailleurs de dimensions fort variées. Le diamètre des grandes papilles dorsales et celui des grandes papilles ventrales a été mesuré dans les deux spéci- mens suivants : .Mâle type Papilles du dos, 130-140 [j. ; papilles ventrales, 70 u... Femelle de Puerto Cabello. — 160 u ; — 90 a. Béglon céphalique. — La région céphalique ne diffère pas sensiblement de celle du P. Sedgwicki, mais l'arceau infra-ocu- laire se rétrécit beaucoup entre les antennes, et les organes frontaux sont bien distincts. 250 E.-L. BOUVIER Dans trois exemplaires de cette espèce, le type ) compris, j'ai trouvé une dent accessoire sur chaque lame marulibulairc •et une scie de 8 denticules. Pattes. — Le type mâle du P. Brôlemanrii possède 29 paires de pattes, de même que le mâle de T^var qui se trouve au Musée de Berlin et dont Grube fait mention dans son mémoire ^1853, 323). Parmi les femelles soumises à mon examen, 3 avaient 30 paires de pattes, une en comptait 32 paires et une autre 33. La femelle munie de 32 paires de pattes n'est rien autre chose que la Nereisviri- dis d'ADAMs ; c'est à tort que l'éti- quette du bocal porte la mention : « Feet, only 31 paires ». m g . 97. - Peripatus Broie- L es so i es pédieuses sont très larges manni Bouv., $ de Puerto ' Cabeiio; soie de la patte (fig. 97) et leur dernier arceau n'est pas paire' Gr.M? ^ ^ '* ^ sensiblement beaucoup plus petit que le précédent. Les saillies ventrales du pied apparaissent très proéminentes et presque toujours mu- nies de 2 fortes soies. Les tubercules urinaires des pattes IV et V échancrent assez fortement le 3 e arceau des soles, auquel ils adhèrent très largement par leur bord antérieur; ils refoulent généralement un peu Farceau suivant (fig. 97). Caractères sexuels. — Le type mâle de cette espèce pré- sente des papilles crurales sur chacune des 3 paires de pattes prégénitales ; ces papilles sont très enfoncées dans la fente coxale et l'on n'en voit généralement qu'une, bien qu'il en existe 2 en réalité, comme le montre l'étude des glandes cor- respondantes. Il pourrait dès lors se faire que le nombre des pattes sexuelles fût plus considérable, mais cela me parait pour 'le moins douteux. Dans l'exemplaire mâle de Puerto Cabello, je n'ai vu de papilles que sur les 2 paires prégénitales ; elles sont au nombre de 2 sur chaque patte et celles de la l re paire sont énormes. Il est probable que des papilles se trouvaient invaginées dans les fentes coxales de la 3° paire prégénitale. Anatomie, développement. — Les glandes salivaires ressem- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 251 blent tout à fait à celles du P. Sedgwicki, et leurs réservoirs ne sont pas plus allongés. Les (/landes anales du mâle se dilatent progressivement d'arrière en avant et atteignent le niveau de la 5 e paire de pattes prégénitales. Les deux glandes crurales de la paire pos- térieure débordent dans le sinus latéral et s'étendent sur la longueur de 3 segments ; celles des appendices précédents restent à l'intérieur de la patte. Les prostates sont ovoïdes et deux fois aussi longues que larges; l'une est située au niveau de la 12 e paire préanale, l'autre au niveau de la 18 e paire. Le canal déférent de l'exemplaire type s'avançait jusqu'à la bouche et formait même un double repli. Je n'ai pu étudier aucune femelle ayant les organes génitaux intacts, de sorte que je ne sais rien de la position anatomique des ovaires. Un embryon presque mûr avait 18 millimètres de longueur sur 2 millimètres de largeur ; il présentait 28 paires de pattes et une large plaque post-buccale. Sur ses téguments, on ne voyait guère que les grandes papilles principales. Habitat, mœurs. — Le type mâle de l'espèce a été recueilli dans la colonie ïovar, au Venezuela, par M. Simon (Musée de Paris). Les exemplaires que m'a communiqués le Musée de Berlin proviennent certainement de la même colonie, car tous appartiennent à la collection Grube ; ils ont été capturés par le D r Karsten, les uns à Puerto Cabello (Musée de Berlin, Musée de Paris), les autres à Raxto Casselo. Puerto Cabello et Raxto Casselo sont certainement des localités de la colonie Tovar, car Grure, dans son mémoire, dit explicite- ment que ses Péripates provenaient de cette dernière région et avaient été recueillis par le D r Karsten. Au Musée Britannique se trouvent deux exemplaires de la même espèce ; l'un d'eux y était désigné sous le nom de P. Blainvillei, et ne portait aucune indication de localité ; Tautre est la Nereis viridis d'ADAMS dans laquelle un zoolo- giste anonyme crut reconnaître le P. juliformis. Il me paraît très probable que ce dernier spécimen est un P. Brôlèmanni; malheureusement, l'indication de localité qui l'accompagne est fort vague : « West Indies », Indes occidentales. Dans le tube digestif d'un exemplaire de Raxto Casselo, j'ai 252 E.-L. BOUVIER trouvé en assez grand nombre, au sein de la bouillie stoma- cale, des soies chitineuses recourbées et aiguës qui provenaient certainement d'Insectes. Affinités. — Cette espèce ressemble beaucoup au P. Sedg- wicki-, mais elle s'en distingue par ses grandes papilles prin- cipales dont la base est très développée et le sommet s phéri que médiocre, par le rapprochement beaucoup plus grand de ces papilles, par le nombre moins considérable de ses petites papilles principales, par ses organes clairs mal différenciés, par ses prostates longuement ovoïdes et par ses papilles cru- rales beaucoup moins nombreuses ; ses téguments dorsaux pré- sentent une ressemblance assez grande avec ceux d'une espèce andicole, le P. Goudoti. 21 . Le Péripate de la Dominique. [Peripatus Dominicœ, E.-C. Pollard.) [Voir PI. VII, fig. 55-59 et, dans le texte, les fîg. 98 et 99. Nereis pedata Shaw, Mss. Hunara shawiana Leach, Mss. 1831. Periputus juliforrnis J.-E. Gray, Zool. Miscell., n° 1, p. 6 (M). 1885. F.-J. Bell, Ann. nat. Hist. (5), vol. XI, 388 M . 1887. — im Thurnd W.-L.Sclater, Pr. Zool. Soc. London (1880), 132 pro parte) (M). 1888. — Anonyme, Nature, vol. XXXVIII, 370, 371. II. -A. Alford Nicholls, Nature, vol. XXXVIII, 566. de Dominica A. Sedgwick, Quat. J. M. Se, vol. XXVIII, 482, n° 1, 483, n° s 5 et 6, 484, n° 1 (M). 1894. Dominiez E.-C. Pollard, Quat. J. M. Se, vol. XXXV, 285-293, pi. XVII (M, A). — jamaicensis R.-I. Pocock, Ann. nat. Hist., vol. XXIV, 526 pro parte) (M). — trinidadensis? R.-I. Pocoek, Ann. nat. Hist. , vol. XXIV, 524 M . 1899 . — dominkensi* ,1 .-E.-V. Boas, Kgl. danske Vid. Selsk. Forh. ( 1 SON . 350, fig. i (A), — Dominiez E.-L. Bouvier, C. II. Acad. des Se, vol. CXXVI11, 1346 (M). 1900. — — Ann. Soc. ent. de France, vol. LXV1II 1899), 417-423, 438, pi. V, fig. 1-3 (M). — — Huai. .1. M. Se, \ol. XLUl, 367, 752 (M, S). — — — Bull. Soç. ent. de France 1900,, 39 L 1904. — — — Nouv. Arch. du Muséum 4 . vol. VI, 7, 10, 20 (A). MOjNOGRAPHIE des onychophores 253 Plis dorsaux et papilles dorsales disposées suivant le même type que dans les deux espèces précédentes. Les grandes papilles principales ont une base volumineuse et un cylindre terminal médiocre, rarement sphérique ; elles sont séparées par 1 à 3 pa- pilles principales plus petites, de taille variable et ordinairement coniques ; entre ces papilles et sur les flancs des plis se trouvent en très grand nombre des papilles accessoires qui passent par tous les degrés aux papilles principales. Ligne claire et organes frontaux comme dans le P. juliformis; organes clairs pigmentés, très variables, parfois absents. Une dent accessoire à chaque lame mandibulaire, rarement 2 ; 7 à 12 deniicules sur la scie des lames internes. Pattes au nombre de 25 paires dans les mâles, de 28 à Si paires dans les femelles. Soles pédieuses comme dans les espèces précédentes; le tubercule urinaire des pattes IV et V échançre un peu le 3 e arceau des soles et se rattache au fond de V échancrure par un pédicule étroit; déchancre fortement et refoule un peu ï arceau suivant. Glandes saUvaires se terminant, avec un dia- mètre relativement fort, un peu en avant ou en arrière des pattes delà 5 e paire préanale ; leur réservoir s'avance dans V intervalle qui sépare les pattes des deux paires antérieures. Des papilles crurales sur les 2 paires de pattes prégénitales, les glandes qui débouchent dans ces papilles débordant toutes dans lésinas latéral. Prostates situées entre les /jattes préanales IV et V. Les ovaires sont au même niveau, mais peuvent atteindre l'intervalle compris entre les pattes préanales V et VII, quand leur funicule est étendu; ce dernier a une assez grande largeur et ne se bifurque pas. Réceptacles séminaux de 290 u.. La longueur varie de 11 à 25 millimètres dans les mâles, de 29 à 56 millimètres dans les femelles. — Habite la Dominique. Historique. — L'histoire du P. Dominicœ remonte à une date fort ancienne ; elle offre un bel exemple des incertitudes auxquelles a donné lieu la détermination des Onychophores. Le premier exemplaire de cette espèce est aussi le premier Onychophore dont les origines soient parfaitement certaines; il se trouve au Musée Britannique et fut recueilli par Sloane, dans la seconde moitié du xvm e siècle, vers 1760 probable- ment. Je relève ici la double étiquette qui raccompagnait lors- qu'il m'a été soumis. 254 E.-L. BOUVIER Nereis pedata. Hunara shawiana mihi. Peripatus juliformis Guild. W. Indies? Sloane collection. N. B. ïhis spécimen has only 30 pair? of feet ! La seconde étiquette est certainement due à J.-E. Gray, qui a étudié cet exemplaire et qui a cru devoir lui donner le nom de P. juliformis (1831, 6) ; le même auteur observe que les deux noms de l'autre étiquette sont simplement des noms ma- nuscrits, dont le premier serait dû à Shaw et le second à Leach ; à la courte description de l'espèce, il ajoute d'ailleurs la mention suivante : « Hab., Indes occidentales. Jamaïque, Sloane; Mus. Sloane, n° 3989. » Faute d'avoir vu le spécimen de Sloanne, Gervais (1838, 309) accepte sans contrôle la men- tion d'habitat indiquée par Gray; mais M. Sedgwick, mieux in- formé parce qu'il avait vu l'exemplaire, se contente de relever la seconde étiquette, en faisant même suivre d'un point de doute le nom de « W. Indies » (1888\ 483). En fait, rien ne prouve que le Péripate de Sloane provienne réellement de la Jamaïque, et comme l'examen que j'en ai pu faire m'a permis de le rapporter au P. Dominicœ (1900 f , 752), il y a toutes raisons de croire qu'il a été recueilli à la Dominique où l'espèce paraît localisée (1). Le Musée Britannique possède un autre P. Dominirse, qui n'a pas subi moins de vicissitudes. Ce spécimen fut recueilli à la Dominique par M. Angas et offert au Musée Britannique, en 1883; signalé par M. Jeffrey Bell (1885, 388), et par M. A. Sedgwick (1888 \ 482), qui ne voulurent pas lui attri- buer de nom spécifique, ce spécimen fut confondu par Sclater avec le P. im Thurmi (1887, 132), et par M. Pocock avec le P. jamaicensis (1894, 524). il, L'exemplaire compte parmi les plus typiques de l'espèce; c'esl une femelle très bien conservée, qui a 46 millimètres de longueur, i millimètres de largeur maximum, et compte 30 paires de pattes. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 255 Quand M. Pocock fit paraître son travail, il avait pris con- naissance du mémoire où M" e PoLLARD, étudiant de nombreux spécimens recueillis par M. Ramage, décrivait longuement le Péripate de la Dominique, lui attribuait le nom de P. .Dominiez, et mettait en évidence ses affinités très réelles avec le P. Sedf/- tmcki (1894, 285-293, PL XVII). Néanmoins, il s'en fallait qu'on fût alors en état de distinguer les caractères essen- tiels des Peripatus ; malgré les observations de M |le Pollaru, M. Pocock crut devoir rapporter au T. Trinitatis plusieurs exemplaires que M. Ramage et M. Elliott avaient recueillis à la Dominique et envoyés au British Muséum ; ayant en outre observé que le spécimen de M. Angas ressemblait étrangement aux types de M I,e Pollard, il se demanda si le P. Dominicse- était spécifiquement différent du P. jamaicensis, ou si l'on ne devait pas plutôt le considérer comme une « mutation » du P. Trinitatis analogue aux mutations de couleur du P. ja- maicensis. Et il inclinait manifestement en faveur de cette der- nière opinion (4894, 526, note) ; sans cloute, écrivait-il, les Péripates de M" e Pollard diffèrent du P. Trinitatis par leur dentition et le nombre de leurs appendices, « mais j'avoue que je reste toujours sceptique relativement à la valeur de ces caractères ». M. Pocock a raison en n'accordant pas à la dentition l'im- portance que lui attribue M 1,c Pollard, mais il fait certaine- ment fausse route quand il veut identifier le Péripate de la Dominique avec le P. Trinitatis. C'est du moins le résultat de l'étude à laquelle je me suis livré sur deux exemplaires du Musée de Dundee et sur 4 types de l'espèce, 3 femelles et 1 mâle, qu'ont bien voulu me communiquer MM. Weldon et Goodrich, de l'Université d'Oxford (1900% 418-420) ; comme l'avait pensé M' 10 Pollard, le P. Dominicse n'a que des ressem- blances restreintes avec le P. Trinitatis, mais il est très voisin du P. Sedgivicki, encore qu'on puisse l'en distinguer aisément à l'aide d'un certain nombre de caractères qui seront signalés plus loin. Je terminerai ce trop long historique en disant que M. Sedg- wick (1888 b , 484) a donné une courte description d'un exem- plaire conservé au Musée de Copenhague sous le nom de 15-6 E-L. BOUVIER 7 J . Edwarddi, et provenant des Indes occidentales où il avait été recueilli par Krôyer. M. SEDGwicKn'a pas attribué de nom spécial à cet exemplaire qui est, comme j'ai pu m'en convain- cre, un P. Dominiez très normal. Le matériel dont j'ai fait usage pour mes études provenait des collections suivantes : Musée Britannique, exemplaires de Sloane, de M. Angas, de M. Ramage, de M. Elliott, de la « Royal Soc. Brit. Assoc. » et de la « West Indian Comni. » ; Université d'Oxford, quelques types de M Ue Pollaro; Musée de Dundee : exemplaires provenant sans doute de M. Ramage; Musée de Copenhague : exemplaire de Krôyer. C'est l'uti- lisation de toutes ces richesses qui m'a permis de faire disparaître les difficultés de tout ordre dont l'histoire systéma- tique de l'espèce était restée jusqu'ici entourée. Forme, dimensions. — L'aspect général de cette espèce n'est pas sans rappeler beaucoup le P. juliform'ts, mais le dos est presque toujours plus fortement convexe, et ce n'est que dans des cas très rares qu'il se déprime longitudinalement sur la ligne médiane et au milieu des flancs, comme cela peut se pro- duire d'ailleurs dans tous les Péripates. M lle Pollard a disposé de 86 individus qui présentaient des différences de dimensions considérables, leur longueur variant de 17 millimètres à 50 millimètres. « Les mâles, dit-elle (1894, 285), sont, comme de coutume, beaucoup plus petits que les femelles... ; la plupart d'entre eux ont seulement 22 mil- limètres de longueur. « D'un autre côté, une femelle de bonne taille mesure 42 millimètres. « Il y a une ou deux exceptions à cette règle, une des femelles ayant seulement 17 millimètres de longueur et une autre 19... ; mais j'incline à croire que ces petites femelles ne sont pas 'complètement adultes. » J'ai pu étudier 2 mâles et .15 femelles appartenant à cette espèce. L'un des mâles mesurait 16 millimètres de longueur sur 3 mm ,3 de largeur, l'autre 25 millimètres sur 3 ; la plus grande femelle mûre avait 56 millimètres sur 5, la plus petite 29 millimètres sur 4 ; la plupart des femelles mesurent 40 à 46 millimètres de longueur sur 4 à 5 de largeur. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 257 ■ Coloration. — La-plupart des exemplaires types de l'espèce furent envoyés vivants à M. le Professeur Ray Lankester, mais on ne les a étudiés que plus tard, après qu'ils eurent quelque temps séjourné dans l'alcool. « La couleur générale du corps, dit M ,le Pollard (1894, 286), est d'un brun rougeàtre sur le dos, avec une bande longitudi- nale diffuse et de teinte plus foncée, en dehors de la ligne médiane. L'axe dorsal est indiqué par une raie étroite et bien définie, de couleur encore plus sombre. Du côté ventral, la teinte est beaucoup plus pâle, d'un gris faible ou d'un jaune grisâtre. Les faces ventrales et dorsales des pattes ont la même coloration que les faces correspondantes du corps. « Les antennes sont d'un rouge brun foncé, avec leur dila- tation terminale beaucoup plus pâle, presque de couleur chair. « Cette coloration se retrouve, avec de légères variations individuelles, dans tous les spécimens à l'exception d'un seul. Dans ce dernier, la face dorsale est couleur pie, avec une pale teinte paille et du brun rougeâtre. Le brun affecte la forme d'un grand collier et de deux bandes latérales au-dessus des pattes ; la bande du côté droit, pourtant, ne se voit que dans la partie postérieure du corps. Il y a une ligne médiane dorsale blanche. La face ventrale et les pattes sont d'un blanc jaunâtre pâle. Les antennes ont une teinte brun foncé, avec leur terminaison dilatée jaune pâle ou blanchâtre. « Ce spécimen est petit; il paraît être une forme jeune dans laquelle le pigment ne s'est pas encore complètement déve- loppé, mais il est possible également que ce soit un individu anormal. » Aux observations précédentes, qui conviennent parfaite- ment à la plupart des exemplaires, je crois devoir ajouter les suivantes que j'ai faites sur d'autres représentants de la même espèce : 1° la bande foncée qui occupe l'axe du dos se diffuse un peu dans chaque segment , et dessine de la sorte de vagues losanges embrassés par des triangles plus clairs qui forment une aire dorsale assez large ; 2° en dehors de cette aire se trouve une bande longitudinale foncée dont parle M 1,e Pollard, après quoi la teinte va en s'atténuant peu à peu jusqu'à la base des ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 17 258 E.-L. BOUVIER pattes ; 3 ,J les grandes papilles des téguments dorsaux se dis- tinguent des autres par leur coloration plus claire, et sont 1res souvent teintées de rose, ainsi que Ta observé M. Pocock sur l'exemplaire de M. Angas (1894, 523). Téguments (PL VII, fig. 55, 58, 59). — La ligne claire se voit fort nette au centre de la bande axiale médiane dont j'ai parlé plus haut; cette dernière est généralement occupée, dans chaque pli, par deux petites papilles principales, et par un nombre variable de papilles aecessoires ; comme dans les espèces précédentes, de grandes papilles principales lui servent de limites à droite et à gauche. Les organes clairs sont fort variables, parfois très nets mais pigmentés, parfois réduits à une simple trace. Les papilles principales des plis dorsaux, dit M" c Pollard, « se disposent en une seule rangée quand elles sont grandes, ou se groupent par 2 ou par 3 île front quand leur taille est plus petite ». Cette observation est fort exacte, mais elle mé- rite d'être précisée, car la disposition des papilles dorsales est un des caractères essentiels du P. Dominicœ. 11 est vrai que les papilles principales sont unisériées dans chaque pli, mais on en distingue deux sortes comme dans les trois espèces précédentes. Les papilles les plus grandes forment des lignes très sinueuses à droite et à gauche de l'axe médian, puis se groupent avec une irrégularité très grande à mesure qu'on se rapproche des pattes ; leur cylindre apical est de taille médiocre, rarement cylindrique et toujours beaucoup moins développé que dans le P. Sedgwicki et le P . jxdiformis. Les papilles principales [dus petites s'intercalent au nombre de une à trois entre deux grandes papilles consécutives; elles sont généralement coniques, de taille fort variable, et accompa- gnées de papilles accessoires très nombreuses qui passent par tous les degrés aux petites papilles principales. Ces papilles accessoires occupent presque toujours les flancs des plis et s'étendent parfois jusqu'au fond dessillons; dans le mâle, qui est toujours de petite taille, elles sont bien inoins apparentes et se distinguent très facilement des petites papilles principales. La face ventrale ne présente rien de particulier. Région cêphalique. — La région ocitlo-antennaire ressemble MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 259 beaucoup à celle des espèces précédentes ; à noter cependant la faible dimension de X organe frontal, et le grand développe- ment de l'arceau oculaire vers la région où il commence à se transformer en arceau spiral. Dans plusieurs exemplaires, j'ai vu les papilles céphaliques se continuer sans interruption entre les arceaux frontaux, mais je ne vou- drais pas affirmer que ce caractère / [/7/7^_y^^^ présente une constance absolue dans l'espèce. Les lèvres ressemblent tout à fait à celles du P. Sedgwicki, encore que leur lobe impair antérieur paraisse plus développé. Les deux lames mandibu- laires (PL VII, 6e. 56, 57) n'ont eé- Fi g ■ I 98 •" v™f at ™ Dominicae ' ~ ~ l'ollard, 9 de Kroyer; lame lléralement qu'une Seule dent accès- mandibulairé interne. Gr. 72. soire, ainsi que l'a observé M lle Pol- lard (1894, 287), mais la scie des lames internes peut avoir plus de 7 à 8 denticules ; j'en ai compté 7 dans un embryon presque utùr (où ils étaient cachés sous le revêtement chitineux externe), 8 dans un mâle, 12 dans une femelle cap- turée par M. Ramage et 11 dans le spécimen recueilli par Kroyer (fîg. 98). Dans ce dernier, on trouve deux fortes dents accessoires sur les lames internes. Pattes. — Les pattes sont relativement moins nombreuses dans cette espèce que dans les trois précédentes. Sur 37 spé- cimens examinés à ce point de vue par M" p Pollard : 8 étaient des mâles et comptaient 25 paires de pattes. 2 étaient des femelles 26 — 1 était une femelle et comptait 28 20 étaient des femelles et comptaient 29 — (5 — 30 J'ai étudié pour ma part 15 femelles et 2 mâles. Ces derniers avaient 25 paires de pattes et une femelle (celle de Kroyer) en comptait 31 paires; le nombre de ces appendices était de 29 paires dans 4 femelles et de 30 dans 10 autres. Il est peu probable que l'on doive considérer comme des femelles les 2 exemplaires à 26 paires de pattes dont a fait 260 E.-L. BOUVIER s ®e © m'micss , pourtant les organe* frontaux sont plus longs, plus nets et tranchent par leur couleur jaunâtre sur les téguments voisins. Pattes. — Par leur nombre et par leur structure, les pattes ressemblent à celles du P. Dominiez. On en compte 24 paires dans un mâle, 26 dans l'autre, 30 paires dans la femelle de- M. Forrest et 31 dans celle de M. Ward. Il y a de 1 à 3 soies sur les saillies ventrales du pied. Les tubercules urinaires des pattes IV et V m'ont paru com- plètement indépendants du 3 e arceau. Il échancrent beaucoup ce dernier dans les mâles, très peu dans les femelles ; l'arceau suivant est, suivant les cas, plus ou moins refoulé. Caractères sexuels externes. — Ces caractères sont les mêmes que ceux du P. Dominical. . Anatomie. — Les glandes salivaires (et sans doute aussi leur réservoir) rappellent absolument, par leur position et par leur forme, le P. Dominiez. Les prostates sont situées entre les pattes préanales IV à VI et les réceptacles séminaux en face des pattes de la 7 e paire préanale ; ces derniers ont un diamètre maximum de 500 ;j. en- viron. Les ovaires occupent presque toute la longueur des deux segments suivants, et leur funicule s'attache presque immé- diatement au plancher péricardique. Les glandes anales et les glandes crurales sont à peu près identiques à celles du P. Do- miniese. Habitat. — Les deux types mâles de cette forme proviennent de Barlar, près Warburton, dans l'île d'Antigua (Coll. Sedg- wick, Muséum de Paris) ; la femelle de M. Forrest (Musée Bri- tannique) et celle de M. Ward (Coll. Stebbing) ont été captu- rées aussi dans la même île. Affinités. — Cette variété est extrêmement voisine de l'es- pèce type ; j'ai noté les principales différences qui distin- guent les deux formes. Par ses papilles principales plus rap- prochées et moins inégales, le P. Dominicœ var. antiguensis se rapproche, jusqu'à un certain point, du P. Edivardsi. 266 E.-L. BOUVIER Peripatus Dëminicœ var. juemmm E.-L. Bouvier. (Voir PL VII, fig. 60.) 1880. PeripaÇm juliformis W '. Peters, Sitz. Ber. naturf, Freunde Berlin, 29 (pro parte) (M). — — — Sitz. Ber. naturf. Freunde Berlin, 166 (pro parle) (M). 1880. - d'Utuado A. Segdwick, Quat. J. M. Se, vol. XXVIII, 479, n° 5, 488 (M). 1900. — Dominicse var. juanensis E.-L. Bouvier, Bull. Soc. ent. de Fr., 394, 395 (M). 1904. — — Nouv. Arch. du Mus. (4), vol. III, 7, 20 (A). Se distingue essentiellement de V espèce type : 1° par ses papilles ■principales. plus serrées et par ses papilles accessowes plus réduites; 2° par les tubercules urinaires des pattes IV et V, qui sont indé- pendants du 3 e arceau des soles; 3° par les organes sexuels des deux sexes qui sont situés [dus en avant; 4° par le funicule des ovaires qui est notablement plus long. — Habile Vile de Porto- Bico. Historique. — Les premiers spécimens connus de cette variété ont été décrits par Peters sous le nom de P. juli- formis (1880, 28, 29, 166), en même temps que des exem- plaires de Puerto Cabello (P. Brôlemanni), de Caracas et de La Guayra (P. Sedgwickï) ; pour cet auteur, du reste, le P. juliformis ne devait pas différer du P. Edwardsi. M. Sedo- wick a été plus prudent, et s 7 est abstenu de donner un nom aux spécimens de Porto-Rico (4888\ 479). Le Musée de Berlin m'ayant communiqué tout le matériel dont s'était servi Peters, il m'a été facile d'y reconnaître trois formes très différentes, et j'ai donné le nom de P. Dominicœ var. juanensis à celle de ces formes qui habite Porto-Rico (1900, 394, 395). Le nom de juanensis est tiré de San Juan, la ville principale de Porto-Rico. Forme, dimensions. — La plupart des exemplaires dont j'ai fait l'étude ressemblent tout à fait, par leur forme, au P. Do- minicœ; la femelle du Musée de Hambourg a les formes grêles des femelles delà var. anliguensis, mais comme dans les autres MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 267 exemplaires, sa faee dorsale est moins convexe. Le cône anal est peu développé. Les dimensions des divers spécimens qui m'ont été soumis sont les suivantes : Longueur. Largeur, millini. millim. Quatre mâles d'Utuado 18 3 Grande femelle d'Utuado 47 4 1/2 Deux autres femelles d'Utuado. .. . 37 4 1/2 Femelle de Porto-Rico 39 4 — d'Arcibo 54 4 Coloration. — Ce dernier exemplaire a été recueilli en 1900, et présente, mieux que tons les autres, une coloration natu- relle. Du côté dorsal, il est d'un brun fuligineux presque uni- forme, pourtant un peu plus foncé au-dessus des pattes; sur la ligne médiane se trouve une étroite raie obscure. Les grandes papilles principales sont légèrement jaunâtres ; les autres papilles ont une teinte d'un brun violacé. La, face ven- ventrale est un peu claire et tire sur le jaune grisâtre ; les soles pédieuses ont à peu près la même teinte. Les an- tennes sont noirâtres, mais deviennent plus claires à leur extrémité. Tous les autres exemplaires sont décolorés, sauf une femelle d'Utuado qui est d'un gris violacé presque uniforme sur la face dorsale. Téguments (PL VII, fig. 60). — Les téguments des mâles rap- pellent tout à fait ceux du P. Dominicœ var. antiguensis. Dans la femelle d'Arcibo, les papilles principales semblent encore plus serrées que dans cette dernière' espèce ; les plus grandes sont cylindro-coniques et munies d'un cylindre terminal médiocre, les plus petites apparaissent franchement coniques et de dimensions très variées. Ces dernières sont flanquées de papilles accessoires très petites et très irrégulièrement disposées, par- fois même réunies en petit groupe entre deux papilles princi- pales. On voit ordinairement une ligne longitudinale dépourvue d'écaillés entre les papilles principales, ou entre ces dernières et les groupes de papilles accessoires ; ces lignes, toutefois, ne présentent nullement le caractère et la régularité qui carac- térisent le P. torquatus et les espèces voisines. On trouve rare- ment des papilles accessoires au fond des sillons. 268 E.-L. BOUVIER Dans les autres femelles, il est moins faeile de bien obser- ver les papilles à cause de la décoloration des téguments. Elles sont plus éloignées les unes des autres, ce qui tient à une plus grande dilatation du corps dans le sens transversal; l'état où elles se trouvaient ne m'a pas permis d'observer les lignes longitudinales non écailleuses ; en tous cas, les papilles principales sont fort duis et et disposées suivant le mode indiqué plus haut. La ligne claire est moins nette que dans les autres formes du P. Dominicœ, mais les organes clairs le sont davantage. Région céphalique. — La région céphalique ressemble abso- lument à celle du P. Dominicœ; les organes frontaux sont très distincts et, dans la femelle d'Arcibo, tranchent sur le reste des téguments par leur couleur un peu plus claire. Les mandibules ont une dent accessoire ; dans une femelle, j'ai observé 14 denticules sur la scie du côté droit et 11 sur celle du côté gauche. Pattes. — Les pattes sont un peu plus nombreuses que dans les deux autres formes de la même espèce : les deux mâles avaient l'un et l'autre 27 paires de pattes, une femelle en possédait 31 paires et 3 en comptaient jusqu'à 32. Une femelle mutilée d'Utuado en présentait 31 (ou 32) paires. Les pattes ressemblent à celles du P. Dominicœ, mais les tubercules urinqires des pattes IV et V demeurent complète- ment indépendants des arceaux qui les avoisinent. Caractères sexuels. — Les caractères sexuels sont identiques à ceux des deux autres formes de la môme espèce Anatomie, développement. — Les glandes salivaires sont sem- blables à celles du P. Dominicœ, mais leurs réservoirs semblent un peu plus courts. Les organes génitaux du mâle ne présentent rien de parti- culier : pourtant les glandes anales forment en avant une grosse vésicule terminale et les prostates presque isodiamé- triques sont situées au niveau des pattes III-IV et VI- VIL Dans les femelles d'Utuado dont j'ai fait l'étude, les ovaires étaient situés au niveau des pattes préanales de la 1 V paire et munis d'un fuuicule long et grèle ; dans la femelle d'Ar- cibo, ils se trouvaient au niveau des pattes de la T paire MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 269 préanale, et leur funicule plus épais avait une longueur 'beau- coup moindre. Dans chaque branche utérine de la première de ces femelles, j'ai trouvé en arrière un embryon très avancé : à droite c'était un mâle muni de 27 paires de pattes, à gauche une femelle qui en comptait 31 paires. Dans ces deux embryons, les grosses papilles principales étaient très prédominantes. Habitat. — Les types de cette espèce avaient été désignés par Peters (1880, 29, 166) sous le nom de P. juliformls ; ils proviennent presque tous d'Utuado, dans l'île de Porto-Rico, où ils furent capturés par Gundlach (Musée de Berlin, Muséum de Paris) ; l'un d'eux avait été recueilli par Moritz dans la même île. L'exemplaire femelle dont les ovaires sont situés très loin en avant provient aussi de Porto-Rico, où il fut capturé aux environs de la ville d'Arcibo (Musée de Hambourg). Affinités. — Cette forme rappelle à beaucoup d'égards la variété d'Antigua ; elle s'en distingue surtout par ses papilles accessoires qui sont moins nombreuses et plus réduites. A ce point de vue, elle ressemble davantage au P. Edwardsl. 22. Le Péripate brésilien. [Peripatus brasïliensis E.-L. Bouvier.) (Voir PI. VII, fig. 63, PI. VIII, fig. 64 et 63, et, dans le texte, les fig. 100, 10J, 102, 103.) ? 1879. Peripatus de l'Amazone H. N. Moseley, Ann. of Nat. ïiist. (5), vol. 111, 265. 1888. — de SantaremA. Sedgwick, Quat. J. M. Se, vol. XXVlll, 484, 488 (M). 1899. — brasiliensis E.-L. Bouvier, C R. Acad. des Se, vol. CXX1X, 1031 (M). 1900. — — — Ouat. J. M. Se, vol. XLIII, 367 (M). — — Quat. J. M Se, vol. XLIII, 752 (M). — — — — Bull. Soc. ent. de France (1900), 394 (M). Plis dorsaux tous ou presque tous complets, les rares plis incomplets sans rapport aucun avec la segmentation du corps. Papilles principales coniques, rarement subcylindriques, toutes sensiblement égales et séparées par 2 ou 3 papilles accessoires 270 E.-L. BOUVIER dans hs grands spécimens; certaines d'entre elles fortement pré- dominantes dans les exemplaires plus réduits, et alors séparées par 1 à 3 papilles plus petites, arec de rares papilles accessoires. Ligne claire et organes clairs for I nets; pus d'organes frontaux. Une dent accessoire, rarement °2, sur chaque lame mandibulaire ; de 9 à 11 (lenticules sur la scie îles lames internes. Pattes au nombre de SI à 3% paires dans les femelles, de °29 paires dans les mâles. Soles pêdieuses de 4 arceaux, le 4 e étant notablement plus court et plus réduit que le précédent ; le tubercule urinaire des pattes IV et V échancre légèrement le 3 e arceau et refoule forte- ment le 4\ Glandes salivaires se terminant entre les pattes pré- anales de la % e à la 5" paire, et leurs réservoirs entre les put les (in- térieures Il et III. Papilles et glandes crurales des imites comme dans le P. Dominiez. Réceptacles séminaux entre les pattes préanales VII et VIII, de 790 sur 450 <>. dans les femelles de grande taille ; ovaires courts et englobés dans un large funicule qui se fixe, en s'étalant, au niveau delà 5 e paire préanale. Lu longueur varie de S S à 80 millimètres dans les femelles; elle était de 31 millimètres dans un môle. — Habile Suulurem et proba- blement aussi l'isthme de Panama. Historique. — Les premiers spécimens appartenant à cette espèce ont été capturés à Santarem, au Brésil, par M. W. H. J. Carter et déposés au Musée Britannique où. ils furent examinés par M Sedgwick ; ce savant ne leur attribua pas de nom spé- cifique (1888 b , 484), mais ayant eu l'occasion de les étudier plus tard, j'ai reconnu qu'ils appartiennent à une espèce dis- tincte et j'ai donné à cette dernière le nom de P. brasiliensis (1900 f , 753). Toutefois, les exemplaires de M. Carter ne sont pas les types de cette forme ; précédemment, le Musée Britan- nique m'avait communiqué d'autres Péripates de Santarem, qui me servirent à déterminer el à caractériser l'espèce nou- velle (1900", 367). Le P. brasiliensis esl caractérisé par l'ab- sence de plis dorsaux incomplets; on retrouve le même caractère et le même nombre d'appendices, dans un exem- plaire recueilli à San Pablo, dans l'isthme de Panama, par M. W. Sisley ; j'ai rangé ce spécimen dans la même espèce, mais sans avoir examiné, je l'avoue, la structure de ses organes internes. Peut-être faut- il également considérer MONOGRAPHIE DES ONYCIIOPHORES il f comme un P. brasiliensis , le spécimen de l'Amazone que M. Moseley a signalé (1879, 265) sans lui attribuer de nom spécifique. Forme, dimension*. — Les deux exemplaires qui m'ont servi de type étaient turgescents et par conséquent remarquables par leur forte convexité dorsale, leur allongement et l'éloigne- ment de leurs pattes. La plupart des autres se présentaient sous le même aspect; l'un d'eux, pourtant, était moins étalé, plus aplati et plus large, ses pattes se faisant remarquer d'ailleurs par leur contiguïté. Le spécimen de San Pablo pré- sentait sensiblement les mêmes caractères que ce dernier, mais sa face dorsale était parcourue par trois dépressions lon- gitudinales, une dorsale et deux latérales. Les dimensions de ces exemplaires sont les suivantes : Longueur. Largeur maximum, millim. millim. Ç type, 31 paires de pattes 80 7 § — '. . 41 3 1/2 9 de M. Carier — 46 6 (contracté) Autre 9 68 :> 1/2 — 32 paires de pattes 38 » C? 29 — 37 » 9 de San Pablo, 32 paires de pattes. 40 6 1/2 Colora/ion — La coloration doit se rapprocher 1 beaucoup de celle du P. Sedgwiçki et de la plupart des espèces caraïbes, autant qu'on en peut juger du moins par la teinte des divers spécimens qui ont tous, plus ou moins, perdu leur pigment. La face dorsale est brun jaunâtre, grisâtre ou de couleur chair assez pâle ; sur la ligne axiale se voit une ligne brune qui pré- sente des élargissements segmentaires entourés de larges aires rhombiques moins colorées ; la teinte du dos ne paraît pas s'atténuer au-dessus des pattes. La face ventrale est d'un blanc grisâtre. Les antennes sont de même couleur que la tête. Téguments (PI. VII, lig. 63, et PI. VIII, fig. 64, 65). —Cette espèce ressemble à certains Péripates andicoles (P. ecuado- rensis, P. Corradoi, P. Eisenï), par la distribution de ses plis; dorsaux qui sont presque tous complets, ceux qui se termi- nent avant d'atteindre le niveau d'insertion des pattes étant 272 E.-L. BOUVIER fort rares, et d'ailleurs sans relation aucune avec la segmen- tation du corps. Les papilles dorsales varient beaucoup suivant la taille des spécimens ; dans les adultes de dimensions réduites, les papilles principales sont manifestement de deux sortes, les unes grandes, les autres beaucoup plus réduites et au nombre de 1 à 3 entre deux grandes ; d'ailleurs les papilles acces- soires font presque complètement défaut. A mesure que la taille augmente, ces dernières se multiplient en même temps que s'atténuent les différences entre les papilles principales; si bien que, dans les grands exemplaires, toutes les papilles prin- cipales apparaissent sensiblement égales et séparées transver- salement par 2 ou 3 papilles accessoires. Les papilles princi- pales sont ordinairement coniques, rarement subcylindriques ; «elles portent à leur sommet un étroit cylindre terminal. La ligne claire et les organes clairs apparaissent bien distincts ; Faire dorsale occupée par ces formations ne présente pas de papilles modifiées. Sur la face ventrale se voient souvent, entre deux organes .ventraux consécutifs, une paire de fossettes ventrales large- ment séparées et symétriques; ces fossettes se rencontrent fréquemment chez les Péripates caraïbes et correspondent vraisemblablement à des organes préventraux. Région céphalique. — Les organes frontaux sont absents, •du moins dans l'exemplaire femelle où je les ai recherchés. L'arceau infra-oculaire est bien développé depuis l'œil jus- qu'au-dessous des antennes ; la partie spirale de l'arceau ocu- laire est également très nette, mais plus réduite que l'arceau précédent. Les antennes se dilatent un peu dans leur région terminale, où elles comptent 7 grands arceaux contigus ; le nombre total des grands arceaux antennaires varie de 40 à 44, mais presque par- tout on voit s'intercaler de petits arceaux avec ou sans papilles. Les lèvres (fîg. 1 00) sont semblables à celles des espèces pré- cédentes. Les lames mandibul aires (fig. 101, 102) n'ont qu'une dent accessoire, et leur scie compte de 9 à 11 denticules. Dans un exemplaire, j'ai observé les rudiments d'une seconde dent accessoire sur l'une des lames internes. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 273 Pattes (fig. 103). — Comme on Fa vu plus haut, le nombre des pattes est de 31 ou 32 paires chez la femelle et de 29 dans Fig. 100.— Peripatus brasiliensis Fig. 101 et 102. - Peripatus brasiliensis Bouv., Bouv., petite Ç de Santarem ; ori- grande 9 de Santarem; lames mandibu- fice buccal, très grossi. laires d'un côté. Gr. 64. les mâles. Le 4 e arceau des soles est toujours plus court et bien plus étroit que le précédent ; les saillies ventrales du pied se terminent par 2 ou 3 soies. Les tubercules urinaires des pattes IV et V sont complète- ment libres ; ils échancrent un peu le 3 e arceau des soles et refoulent très fortement l'arceau suivant. Caractères sexuels. — L'unique exem- plaire mâle dont j'ai fait l'étude avait 29 paires de pattes et présentait deux tubercules sexuels sur le bord posté- rieur des vésicules coxales des pattes XXVI et XXVII. Anatomie, développement. — J'ai dis- séqué une femelle ayant 69 millimètres de largeur ; dans ce spécimen, les glandes salivaires atteignaient en arrière le niveau de l'orifice génital et leurs réservoirs se terminaient entre les pattes II et III. Les réceptacles séminaux de cette femelle étaient situés entre les pattes préanales de la 7° et de la 8 e paire ; les ovaires sinueux semblaient à peine plus longs que ces réservoirs et se trouvaient noyés dans un large funicule qui allait se fixer, en ANN. SG. NAT. ZOOL. II, 18 Fig. 103. — Peripatus brasilien- sis Bouv., ç de Santarem ; sole et pied de la 5« patte droite. Gr. 48. 274 E.-L. BOUVIER détalant, au niveau des pattes de la 5 e paire préanale. Les œufs ovariens paraissaient fort réduits. Dans cet exemplaire se trouvaient deux embryons très avancés : l'un mâle, long de 26 millimètres et muni de 29 paires de pattes, l'autre femelle, long de 31 millimètres et muni de 31 paires de pattes comme la mère ; dans le premier de ces embryons, les glandes salivaires se terminaient entre les pattes préanales II et III, dans le second entre les pattes des deux paires précédentes. Les glandes anales de l'embryon mâle étaient tubulaires mais un peu dilatées en avant ; les glandes wurales ressemblaient, par leur développement et leur disposition, à celles du P. Dominicœ. Les embryons presque mûrs, et ceux que j'ai observés dans le grand type de l'espèce, m'ont permis de constater qu'avant la fin de l'évolution les plis tégumentaires sont déjà disposés de la même manière que chez l'adulte. A ce stade, on observe également, comme dans les autres Péripates caraïbes, une plaque post-buccale très nette (fîg. 43, p. 39) et, autour des griffes, de nombreuses saillies spiniformes ; ces dernières sont remarquablement fortes et, en apparence du moins, plus développées que dans les autres espèces du genre. Habitat. — Les représentants non douteux de cette espèce proviennent tous de Santarem, dans la région inférieure de l'Amazone, au Brésil. Cinq d'entre eux : 4 femelles (dont les 2 types) et 1 mâle ont été recueillis, en 1896, par un voyageur dont le nom ne m'est pas connu (Musée Britannique ; un eotype femelle au Muséum de Paris) ; un 6 e spécimen, celui qui a été signalé par M. Sedgwick, portait l'étiquette suivante : « Peripatvs Edwardsii, Santarem ( Wickham), Purchas. of M. H .-J-. Carter) (Musée Britannique). » J'ai rapporté à la même espèce, sans en avoir fait l'étude anatomique, une femelle trouvée à San Pablo, Panama (PI. VIII, fîg. 65), par M. W. Sisley (Musée de Cambridge, aux États- Unis); de sorte que le P. bràsiliensk , si ma détermination est correcte, se trouverait en des points fort éloignés de l'Amé- rique du Sud. Affinités. — Cette espèce se distingue de tous les autres Péripates caraïbes par l'absence de plis incomplets segmen- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 275 (aires, ce qui la rapproche de certaines espèces andicoles (P. ecuadorensis , P. Corradoi, etc.), avec lesquelles, d'ailleurs, elle ne paraît pas avoir d'autres affinités. On verra plus loin qu'elle offre des ressemblances frappantes avec le P. Edwardsi p\ le P. Simoni. 23. Le Péripate d'im Thurm. [Peripatus imthurmi, W. L. Sclater.) (Voir PI. VIII, fig. 66-69 et, dans le texte, les fig. 104, 105 et 106.) 1886? Peripatus Edxoardsii J. J. Quelch, Nature, vol. XXXIV, 288 (M). 1887. W. L. Sclater, Proc. Zool. Soc. London, 130-133 {pro parte) (M,. 1888. — imthurmi — Quai. J. M. Se. (3), vol. XXVIII, 343- 363, pi. XXIV (M, E). — — demeraranus A. Sedgwick, Quat. J. M. Se. (3), vol. XXVIII, 474-476, 487 (M). — de Demerara — Quat. J. M. Se, vol. XXV11I, 484. 1898. — E.-L. Bouvier, Int. Congress Zoology Cambridge, 271 (Mj. 1899. imthurmi — C R. Acad. des Se, vol. CXXVIll T 1345 (M). 1900. — Ann. Soc. ent. de France, t. LXV1II (1899), 390, 399, 403, pi. Il, fig. 8-9 (M). — — Quat. J. M. Se, vol. XLIH, 367. — — — — Bull. Soc. entom.de France (1900), 304. 1901. — A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 36. 190i. — E. L. Bouvier, Bull, du Mus., 54 (M, A). — — — — Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VI, 10 (A). Plis dorsaux et papules disposés de la même manière que dans le P. Dominicee ; papilles principales coniques et terminées par un étroit cylindre a pi cal ; certaines d'entre elles sont nettement prédominantes dans les exemplaires de faible taille, et séparées or- dinairement par 2 ou S papilles plus petites, mais bien développées , dont une est plus forte que les autres. Dans les exemplaires de dimensions plus grandes, cette dernière atteint sensiblement la même taille que les grandes papilles, mais les deux autres sont presque toujours plus réduites, quoique très développées. Les plis sont saillants et doivent leur hauteur presque tout entière aux pa- pilles qu'y s'y élèvent ; chez les adultes, les papilles accessoires sont fortes, nombreuses et passent par tous les degrés aux papilles prin- cipales ; ordinairement situées dans les intervalles de ces dernières 276 E.-L. BOUVIER sur les flancs des plis, elles forment souvent avec elles de petites proéminences à sommets multiples, souvent aussi elles se groupent et constituent des petites saillies rectangulaires entre deux papilles principales consécutives. Une dent accessoire sur chaque lame mandibulaire, 10 ou 11 denticules sur la scie des lames internes. Pattes ordinairement au nombre de 30 ou 31 paires dans les femelles, rarement de $9 paires. Tubercules urinaires disposés de la même manière que dans le P. Dominicœ, mais presque toujours absolument libres. Les glandes salivaires se terminent au voisinage des pattes de la 4 e paire préanale, et leurs réservoirs au voisinage des pattes II. Ovaires courts et situés entre les pattes préanales V-VI, à funicule simple ou bifurqué. Réceptacles séminaux de 3W à 380 y.. La longueur (sur le vivant) varie de 31 à 96 milli- mètres; le corps parait plus grêle que dans le P. Dominicse. Pas de losanges dorsaux. — Habite la Guyane. Cette espèce fut dédiée par le Professeur Sclater à M. im Thurm qui en fit la découverte. Historique. — L'histoire de ce Péripate ne remonte pas à vingt années et pourtant, sa complication ne le cède en rien à celle des espèces précédentes. C'est un Anglais, M. Quelch., qui en a écrit le premier chapitre ; ce zoologiste raconte (1886, 288) qu'il captura quatre Péripates dans l'arrondissement de Demerara, en Guyane britannique, que trois de ces exem- plaires furent très mal conservés, et que le quatrième vécut en captivité durant une période assez longue. Le nom de P. Ed- ivardsi fut attribué aux quatre spécimens, mais cette identifica- tion avec l'espèce de la Guyane française n'est probablement pas fondée : grâce à l'obligeance de M. Richard Evans, qui dirige actuellement le Musée de la Guyane britannique, j'ai pu savoir, en effet, que les collections de Demerara renferment six Péripates anciens au nombre desquels se trouvent « proba- blement les vrais exemplaires de M. Quelch », et que les tégu- ments de ces divers spécimens ressemblent tout à fait, par la disposition de leurs papilles et par leur armature mandibulaire, aux cotypes de P. im Thurmi, que M. Sedgwick m'a commu- niqués, et dont j'ai donné la description dans un mémoire anté- rieur (1900, 399-403, PI. II, fig. 8 et 9). Il y a donc tout lieu de croire que les Péripates de M. Quelch sont des P. im Thurmi. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 277 M. Quelch rapporte aussi que M. im Thurm avait précé- demment trouvé des Péripates sur un autre point de la Guyane britannique, dans l'arrondissement d'Essequebo. Ces Péri- pates sont très probablement ceux dont parle W. L. Sclater dans une note préliminaire relative aux Onychophores de la Guyane britannique ; ils avaient été envoyés à M. Moseley, mais le flacon où on les mit se brisa durant le voyage et ils ne parvinrent pas à destination. Depuis, le même zoologiste eut la bonne fortune de capturer 24 autres Péripates à Mac- casseema, non loin de l'habitation de M. im Thurm; il les rapporta en Angleterre, presque tous vivants, en fît d'abord une étude succincte et, sans leur donner de nom spécial, les considéra comme appartenant à la même espèce que le Péri- pate recueilli à la Dominique par M. Angas (4887, 130-133) ; l'année suivante, il désigna cette espèce sous le nom de P. im Thurmi (1888, 344) et étudia le développement des spé- cimens qu'il avait rapportés (1888, 342-363, PL XXIV). Tous les exemplaires qu'avait capturés Sclater n'étaient pas,- comme il le croyait, des femelles munies de 30 paires de pattes (1887, 132). Ayant examiné 14 d'entre eux, M. Sedgwick trouva que la plupart avaient 30 ou 31 paires de pattes, et que l'un d'eux n'en présentait que 27 paires ; comme les autres, ce dernier appartenait au sexe femelle, car il renfermait des em- bryons (1888 b , 474). J'ai pu constater moi-même des varia- tions analogues ; sur deux exemplaires que m'a communiqués M. Sedgwick, l'un avait 29 paires de pattes et l'autre en comptait 31 paires. Je ne crois pas, toutefois, qu'on puisse déduire de ces faits les conclusions qu'en a tirées M. Sedgwick. « Sclater, dit-il, donne le nom de im Thurmi aux spécimens à 30 paires de pattes qu'il a observés. Sans doute, il est par- faitement possible que les exemplaires à 30 paires de pattes soient spécifiquement distincts de ceux qui en ont 27 ou 31. Ceci, pourtant, ne me paraît pas probable. En raison de cette incertitude et aussi parce qu'il n'est pas établi que les exemplaires de Demerara diffèrent d'espèces déjà déterminées et nommées, je propose le nom provisoire de demeraranus pour tous les spécimens de Demerara, que le nombre de leurs pattes soit de 27, 30 ou 31 paires » (1888 b , 476). A n'en pas douter, 278 E.-L. BOUVIER l'espèce de Sclater est la même que celle de M. Sedgwick, et s'il y avait quelque incertitude, le nom de P. demeraranus , ne serait pas plus propre à la faire cesser que celui de P. im Thurmi; comme ce dernier a une priorité très évidente, c'est lui seul qu'on doit retenir. Par conséquent, le nom de P. demeraranus doit passer en synonymie, ou s'appliquer exclusivement au spécimen à 27 paires de pattes, qui pourrait bien appartenir à une autre espèce (le P. Ohausi var. guia- nensis ou le P. Evansï). La dénomination de P. im Thurmï a été acceptée par M. Pocock, mais cet auteur identifie les Péripates de la Do- minique avec le P. Trinitatis et pense qu'on prouvera : I ° que cette dernière espèce est la même que celle de Deme- rara ; 2° que les deux noms de P. im Thurmï et de P. Trini- tatis sont des synonymes de P. im Thurmi (1894, 523). Je n'aurai pas de peine à montrer plus loin que ces identifications ne sont pas fondées, et l'on a vu déjà (p. 255) que les Péri- pates de la Dominique constituent une espèce fort distincte, mais on doit reconnaître que le P. im Thurmi, le P. Trini- tatis et le P. Edwardsi présentent un ensemble de particularités communes qui les rapprochent beaucoup les uns des autres. Je terminerai cet historique en disant que l'examen des types de M. Sedgwick et de deux autres spécimens m'a permis de caractériser très suffisamment le P. im Thurmi, que j'ai donné une description morphologique assez complète de cette espèce (4900% 399-403, PI. II, fig. 8, 9), et que M. von Kennel a fortement contesté (1889) les observations embryogéniques de M. Sclater, auxquelles j'ai fait allusion plus haut. Forme, dimensions. — Comme tous les Onychophores, ce Péripate est évidemment de forme très variable suivant l'état de contraction dans lequel il se trouve ; pourtant, il m'a tou- jours paru plus élancé et plus grêle que le P. Dominiese et la plupart des autres espèces du genre. Ce caractère acquerrait une réelle importance si on arrivait à en établir la généralité ; il est passé sous silence par Sclater (1887) et par M. Sedg- wick (1888 11 ), qui ont pourtant étudié de nombreux exemplaires de l'espèce. D'après M. Sclater, les femelles adultes peuvent atteindre MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 279 4)6 millimètres de longueur, et d'après M. Sedgwick, 55 à 60 millimètres. Les exemplaires dont j'ai fait l'étude présen- taient, d'autre part, les dimensions suivantes : Longueur. ' Largeur, miilim. millim. Grande femelle de Surinam 66 5 Femelle moyenne 51 4 1/2 Deux petites femelles 41 3 à 4 Femelle de M. Geay 52 4 Grande femelle du xMusée Britannique. 06 4,8 Petite 41 4 1/2 Femelle à peine mûre 31 3 Cette dernière est un des cotypes de Sclater ; ses organes génitaux sont fort réduits, mais renferment déjà quelques embryons aux premiers stades. Deux autres cotypes femelles, d la collection Sedgwick, ont 3 millimètres de largeur maxi- mum et 39 ou 35 millimètres de longueur. Il est probable que les spécimens recueillis dans la Guyane britannique par M. Quelch (1886, 288j appartiennent à la même espèce. L'un d'eux, à l'état vivant, atteignait presque 93 millimètres quand il était en marche, mais il pouvait « par- fois s'allonger beaucoup plus, ou, à d'autres moments, se con- tracter en un corps épais ». Coloration. — Sclater (1887, 131) a pu observer la coloration de l'animal vivant; il est, dit-il, « rouge brique foncé en dessus, de teinte rose en dessous, avec une ligne médiane foncée et diffuse sur la face dorsale. Les antennes sont beaucoup plus sombres que le reste du corps et, en fait, complètement noires ». Au bout de peu de temps, ajoute le même auteur, la liqueur de Perenyi donne aux téguments une teinte plus claire et l'alcool une coloration plus foncée. « L'animal, observe de son côté M. Sedgwick (1888 b , 474), passait rapidement au rouge dans F alcool, et sa matière colo- rante s'y dissolvait graduellement, pour laisser place à une teinte brune plus claire » qui, d'ailleurs, disparaissait à son tour. L'exemplaire capturé par M. Geay, en 1898, était conservé dans l'alcool ; en 1899, quand je l'étudiai pour la première fois (1900 a , 400), il n'avait pas beaucoup perdu de sa couleur; ses téguments dorsaux étaient d'un brun clair légèrement teinté de rose, sans ligne médiane bien appréciable; ses antennes 280 E.-L. BOUVIER avaient une teinte un peu plus foncée et sa face ventrale gri- sâtre tirait manifestement sur le rose. Dans certains exemplaires, on voit des indications de lo- sanges clairs en dehors de la ligne brune, et les téguments dorsaux sont plus fortement colorés suivant une large zone longitudinale qui correspond au milieu des flancs. Mais ces exemplaires étant peu nombreux, on peut dire que la colora- tion du clos, dans la grande majorité des cas, présente une teinte assez uniforme, en dehors de la ligne axiale. Téguments. — Les téguments dorsaux (PI. VIII, fig. 66-69) ressemblent beaucoup à ceux du P. Dominicœ ; mais ils s'en distinguent au premier abord par la forme de leurs papilles principales qui ont une large base franchement conique et un cylindre terminal relativement réduit. M. Sedgwick ajustement appelé l'attention sur ce caractère (1888 b , 476), qu'un lapsus malheureux lui a fait dénaturer dans sa diagnose de l'espèce (1888 b , 476, 488). « Dans les spécimens de Demerara, observe-t-il avec raison, la partie inférieure des papilles pré- sente la forme d'un cône tronqué à base fort large, tandis que la partie terminale est relativement... beaucoup plus étroite que dans les spécimens de Caracas » (P. Sedgwickï). Et plus loin, dans la diagnose de l'espèce, M. Sedgwick attribue aux mêmes spécimens des papilles principales cylindriques : « cylin- drical primary papillœ » (1894, 523). M. Pocock avait déjà relevé ce lapsus. Un autre caractère distingue le P. im Thurmi du P. Domi- nicœ, c'est l'uniformité beaucoup plus grande de ses papilles principales. Dans les exemplaires de petite taille, cette uni- formité n'existe pas encore et les plis dorsaux présentent de grandes papilles principales entre lesquelles s'intercalent presque toujours 3 papilles plus réduites, disposition qui rap- pelle tout à fait le P. Dominicœ. Pourtant, môme à cet état, on peut observer une différence sensible entre les deux espèces : dans le P. Dominicœ, les 3 papilles intercalaires ont un volume très inégal, celle du milieu étant assez grande et les deux autres atrophiées ou fort réduites ; dans le P. im Thurmi, au contraire, les 3 papilles sont toujours bien développées, et celle du milieu se distingue seulement par ses dimensions un peu MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 281 plus fortes. Cette différence essentielle s'exagère avec l'âge; chez les femelles adultes de P. im Thurmi, la papille du milieu atteint le plus souvent les mêmes dimensions que les grandes papilles principales, les deux autres papilles intercalaires étant généralement moins fortes, mais, dans tous les cas, bien déve- loppées et fort évidentes. Au contraire, nous avons vu que les grandes papilles du P. Dominicœ restent largement prédomi- nantes à tout âge, que les papilles intercalaires qui les séparent sont toujours plus réduites et qu'une seule (celle du milieu quand il y a en trois) acquiert un certain développement, les autres restant réduites ou atrophiées. On observe des différences de même nature dans les papilles accessoires ; ces dernières sont relativement peu saillantes dans le P. Dominicœ, tandis qu'elles présentent de fortes dimensions dans le P. im Thurmi et parfois ressemblent tout à fait aux papilles principales les plus réduites. Dans ce cas, les 2 ou 3 papilles accessoires qui accompagnent chaque papille principale se fusionnent sou- vent, par leur base, avec cette dernière, et constituent de la sorte une saillie rectangulaire au sommet de laquelle émergent trois protubérances coniques. Pour le reste, les téguments du P.. im Thurmi présentent les mêmes caractères que ceux du P. Dominicœ ; pourtant les petites papilles qui accompagnent la ligne claire sont toujours moins nombreuses dans la première de ces espèces, la ligne claire s'accuse moins nette- ment et les organes clairs ne sont pas toujours développés. Région céphcdiqne. — La région oculo-anten- naire du P. im Thurmi se distingue surtout de celle du P. Dominicœ par le plus grand déve- loppement de l'arceau oculaire, dans la région Fig, m.— Peripatus . ,, M T , • ,. ?, im Thurmi Sel., 9 située au-dessus de 1 œil. Je n ai pu étudier 1 or- n» 1 de la collection gane frontal, mais j'ai constaté que le revè- t^f^S tement de papilles tégumentaires ne se prolonge grossies. ordinairement pas entre les arceaux frontaux. Les lèvres (fig. 104) ne présentent rien de particulier. Dans trois exemplaires de diverse taille, j'ai observé une dent acces- soire sur chaque lame mandïbulaire et JOdenticules sur la scie 282 E.-L. BOUVIER des lames internes. M. R. Evans m'écrit qu'il en a obrvée 10 ou 11 dans les exemplaires que possède le Musée de Geor- getown. Pattes. — On a vu plus haut que Sclater attribuait 30 pai- res de pattes aux femelles de cette espèce, mais que M. Sedg- wick avait relevé des variations importantes dans le nombre de ces appendices. Sur 14 femelles examinées par ce dernier auteur (1888\ 474) 6 avaient 31 paires de pattes, 7 en comptaient 30 paires et une autre 27 ; mais cette dernière, on l'a vu plus haut, appartient vraisemblablement à une autre espèce. J'ai trouvé 31 paires dans 5 spécimens, 30 paires dans 4 autres, et 29 dans un exemplaire seulement. Ainsi, les femelles de P. ira Thurmi présentent généralement .30 ou 31 paires de pattes (très rarement 29 paires), tandis que celles du P. Dominicœ en ont le plus souvent 29 paires (plus rarement 30, et très rarement 26, 28 ou 31 paires). Les appen- dices sont donc un peu moins nombreux dans cette espèce que dans la précédente ; on fera sans doute des observations ana- logues sur les mâles. Les pattes du P. im Thurmi sont plus largement séparées que celles du P. Dominicœ ; elles paraissent également plus réduites, mais ne présentent pas d'autres différences appré- ciables. Toutefois, les tubercules urinaires des pattes IV (fig. 1 05) et V restent bien plus isolés des arceaux qui les avoisinent ; presque toujours ils en sont complètement indépendants, et quand ils se rattachent au 3 e arceau par un Fig. 105. —Peripatus isthme étroit, ce dernier est tellement déprimé im Thurmi Sel., Ç delà figure 104; que 1 isolement, dans ce cas encore, parait soie delà. a* patte absolument complet. droite. Gr. 23. x Anatomie, développement . — Les glandes sa/i- vaires se terminent entre les pattes préanales de la 3 e et de la 4 e paire; leurs réservoirs s'avancent jusqu'au voisinage des pattes antérieures de la 2c paire, tantôt s'arrètant un peu en avant (comme je l'ai vu dans les petits spécimens), tantôt se prolongeant un peu en arrière (exemplaire de M. Geay). Les ovaires (fig. 106, O) étaient situés entre les pattes préa- MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 283 nales V et VI, dans la grande femelle de M. Geay, dans un cotype femelle de petite taille (femelle de 31 millimètres sur 3) et dans une grande femelle de la collection du Musée Britannique. Ils restaient très courts dans les trois cas et ne mesuraient pas tout à fait 1 millimètre de longueur ; leur f uni- cule (/') allait se fixer au plancher péricar- dique, entre les pattes préanales IV et V. Les organes de la petite femelle étaient à peine plus développés que dans les embryons presque mûrs des autres espèces; leurs branches utérines commençaient à se cir- <;onvolutionner et dépassaient très peu les ovaires en avant ; elles renfermaient quel- ques jeunes embryons dans leur partie moyenne, mais semblaient fort rétrécies en avant et en arrière ; la cavité vaginale était très développée. Je n'ai pas étudié la structure du funicule dans cette petite femelle, mais il était large et formé de deux cordons indépendants dans la femelle de M. Geay. Les réceptacles séminaux (i?.v) de cette dernière mesuraient 380 [x, ceux de la petite femelle 320 seulement. Dans la femelle du Musée Britannique, le funicule était simple et les réceptacles ovulaires (Bo) extrêmement développés. D'après M. Sedgwick, les œufs ovariens auraient 38 ;j. (1888\ 474) ; dans une femelle à 27 paires de pattes étudiée par le même auteur, on trouvait des embryons qui avaient le même nombre d'appendices et d'autres qui en possédaient 28 paires (475). Je résumerai ultérieurement les observations de Scla- ter (1888) sur le développement de cette espèce. Habitat, mœurs. — J'ai pu étudier les spécimens suivants : 1° Exemplaires de W. L. Sclater. — Ces exemplaires proviennent de la Guyane britannique où ils furent trouvés à Maccasseema, non loin de l'habitation de M. im Thurm ; ils étaient primitivement au nombre de 24 ; l'un d'eux se trouve actuellement dans la collection du Musée Britannique, les autres sont chez M. Sedgwick, à Cambridge; deux de ces derniers Fig. 106. — Peripatus im T/turmi Sel-, grande Ç du Britisli Muséum ; ovaires et parties avoisinantes. Gr. approx. 20. 284 E.-L. BOUVIER appartiennent maintenant au Muséum de Paris. L'exemplaire du Musée Britannique est une grande femelle (longueur, 41 mil- limètres, largeur maximum, 4 mm ,5) en très bon état; quant aux spécimens de M. Sedgwigk, ils sont presque tous disséqués. J'ai raconté plus haut l'histoire de ces exemplaires; d'après Sclater (4887, 133), « Maccasseema est situé sur le sommet d'une colline sableuse, à 30 pieds environ au-dessus de la rivière (le Pomeroon) et présente de tous côtés une ceinture de forêts marécageuses, sauf en avant, vis-à-vis de la rivière. Les spécimens furent trouvés sous des bûches de bois décom- posées, ou sous les souches pourries du Palmier de Cokerite (Maximïliana martiana). Un autre exemplaire fut recueilli près de la maison d'un Indien, à un mille de Maccasseema, au-des- sus d'une crique allant à la rivière Pomeroon » . Tous les exem- plaires de Sclater appartiennent au sexe femelle. 2° Autres exemplaires. — Le Musée Britannique m'a égale- ment soumis deux autres exemplaires, une grande femelle (longueur, 56 millimètres; largeur, 4 mm ,8) et un petit spécimen, qui proviennent de Demerara, dans la Guyane britannique; le petit spécimen a été cédé au Muséum de Paris. Du Musée de Berlin, j'ai reçu en communication une femelle longue de 41 millimètres et munie de 28 paires de pattes. Cet exemplaire était accompagné de l'étiquette : « Perïpalus juli- f 'ormis Guild., 2171, Guiana, Schomburgk. » D'autre part, le Muséum de Zoologie comparative, à Cam- bridge (États-Unis), m'a communiqué 4 femelles de grande ou de moyenne taille, dont 3 présentent 31 paires de pattes, tandis que l'autre n'en possède que 30. Ces exemplaires sont très normaux et proviennent de Surinam (Paramaribo), dans la Guyane hollandaise. J'ajoute enfin que M. Geay a capturé une jolie femelle de cette espèce dans le Haut Carsevenne, en Guyane française Ainsi, l'espèce est répandue dans les trois Guyanes. M. Quelch donne les détails suivants sur les spécimens qu'il a recueillis (4886, 288) : « L'animal possède 31 paires de pattes, les trois dernières étant rarement en contact avec le sol, excepté quand la marche se produit à reculons. Par moments, plusieurs autres pattes, en MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 285 divers points de la longueur du corps, s'éloignent semblable- raent du sol. La lumière paraît l'inquiéter et il ne se trouve confortablement établi que clans un coin humide et sombre... Il a été conservé dans une vieille boîte de sardines, avec de petits morceaux de bois pourris qui provenaient de la souche même où on le trouva ; ce bois était maintenu constamment humide. La localité dans laquelle eut lieu la capture est la crique Hoorubea, à environ vingt milles de Georgetown, sur la rive orientale de la rivière Demerara, près du point de rencontre d'une savane marécageuse et d'une vaste forêt. » Un autre spé- cimen fut capturé par M. im Thurm, dans la division d'Esse- quebo (Guyane britannique). Affinités. — On verra plus loin que cette espèce présente de grandes ressemblances avec le P. Trinitatis ; elle se rapproche également beaucoup du P. Dominicœ dont elle diffère : 1° Par ses grandes papilles principales qui ne se distinguent jamais aussi nettement des papilles principales plus petites; 2° Par le développement de nombreuses papilles accessoires qui passent par tous les degrés aux papilles principales ; 3° Par l'isolement presque toujours complet de ses tubercules urinaires ; 4° Par le funicule ovarien qui est parfois double. Les jeunes des trois espèces se ressemblent beaucoup, mais leurs papilles principales sont toujours bien plus prédomi- nantes dans le P. Dominicœ. 24. Le Péripate d'Evans. (Peripatus Evansi E.-L. Bouvier.) (Voir PI. VIII, fig. 70, 71, et, clans le texte, les fig. 107, 108 et 109.) 1903 Peripatus gvianertsis R. Evans, Quat. Journ. Mie. Se, vol. XLV11, 14)>- 158, pi. XIII, XIV (pro parte) (M). 1904. - Evansi E.-L. Bouvier, Bull, du Mus., 54 (M, A). Plis dorsaux incomplets fort variables, mais ordinairement très allongés et peu distincts des plis normaux. Papilles accessoires passant par tous les degrés aux papilles principales, sur les flancs desquelles on les voit se grouper en formant des sortes de monticules 286 E.-L. BOUVIER à bases très //régulières et presque toujours fort distincts les uns des au très. Ligne claire faiblement indiquée et presque dépourvue laté- ralement d'organes clairs. Une dent accessoire et W ou ii denti- rules sur les lames mandibulaires internes; parfois une 2 e dent accessoire rud/mentaire sur les lames externes. Pattes au nombre de "28 paires chez les femelles. Tubercules urinaires des nattes IV et V largement adhérents au 3 e cerceau des soles. Les glandes salivaires se terminent entre les pattes préanales VII-IX et leur réservoir au voisinage des pattes de la 2 e paire. Ovaires bien développés, situés au niveau des pattes préanales VIII-ÏX et fixés à la hauteur des pattes préanales IV- V par un très long f unie /de simple ; le grand diamètre des réceptacles séminaux varie de 500 à 150 y.. Dimen- sions des deux femelles types : 58 millimètres sur 5 et 32 millimè- tres sur 2, 7. Trouvé dans la Guyane française, j)rès des bords de la ri vie e De mer ara. Je dédie cette espèce à M. Richard Evans, qui l'a décou- verte. Historique. — Cette espèce provient de la dissociation du P. guianensis R. Evans ; j'ai cru devoir l'établir (4903, 54} pour deux spécimens que M. R. Evans ^1903) avait décrits sous ce dernier nom avec plusieurs autres très différents (Voy. p. 209 ). Morphologie. — - Ces deux exemplaires sont des femelles adultes qui m'ont été soumises conservées dans le formol; la plus grande mesurait 58 millimètres sur 5 millimètres ; la plus petite, 32 millimètres sur 2,7. Ces exemplaires avaient certainement la même coloration que le P. Ohausiv&r. guianensis ; dans le formol, ils ont encore une forte teinte d'un brun violacé et des losanges dorsaux parfai- tement distincts. Les plis tégumentaires dorsaux (PL VIII, fig. 70, 71) affectent la disposition normale ; les plis incomplets sont presque tou- jours beaucoup plus longs et moins distincts que les plis ana- logues du P. Ohausi et de sa variété guianensis ; souvent ils se prolongent beaucoup et s'élèvent en pointe entre deux plis complets. Les papilles principales de ces divers plis sont rarement iso- lées ; le plus souvent, chacune d'elles se fusionne avec plusieurs papilles accessoires voisines et forme avec elles des saillies à MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 287 base sinueuse, profondément séparées les unes des autres. Les papilles accessoires passent par tous les degrés aux pa- pilles principales, et ces dernières ne se distinguent nullement par une taille prédominante. A part ce dernier caractère, l'arrangement n'est pas sans quelque ressemblance avec celui Fig. 107. — Peripatus Evansi Bouv., grande Ç type ; sole de la 4 e (ou de la 5 e ) patte droite. Gr. 48. Fig. 108. — Peripatus Evansi Bouv., grande Ç type ; dents accessoires d'une lame mandibulaire externe. Gr. 318. qu'on observe dans le P. im Thurmi. La ligne claire est peu accentuée, surtout au fond des sillons ; les organes clairs sont rares, petits, et le plus souvent n'existent pas. Par contre, les organes ventraux se distinguent avec une netteté extrême. Fig. 10D. — Peripatus Evansi. Bouv., petite Ç typj; lame mandibulaire interne (Gr. 72' et son diastème, Gr. 211. Les pattes sont au nombre de 28 paires ; sur les pattes IV etV se trouvent des tubercules excréteurs (fîg. 107) largement adhérents au 3 e arceau des soles. La région céphalique ne présente rien de particulier. Les lames externes des mandibules présentent parfois les rudi- ments d'une seconde dent accessoire (fig. 108) ; ce rudiment 288 E.-L. BOUVIER n'existe pas sur les lames internes qui sont d'ailleurs caracté- risées par un diastème fort oblique (fig. 109). Il y a 10 ou 1 1 dents accessoires sur la scie de ces dernières lames. Anatomie. — Dans les deux femelles, les glandes salivaires se terminent entre les pattes préanales VII et IX et leurs réser- voirs au voisinage des pattes de la 2 e paire; dans toutes deux également, le funicule ovarien est long, simple et fixé sous la ligne médiane du péricarde entre les pattes préanales IV et V ; les réceptacles séminaux de la petite femelle mesurent 500 ^ sur 300 et se trouvent entre les pattes préanales VIII et IX ; dans les grandes, ils devaient sensiblement se trouver à la même place et mesurent 730 à 750 [x sur 400. Les ovaires de cette dernière atteignent 1 ram ,30 de longueur ; dans les branches uté- rines qui leur font suite se trouvent des embryons à divers stades dont les plus grands sont presque mûrs et déjà pig- mentés. Habitat. — Tous les spécimens que M. Evans décrivit sous le nom de P. guianensis furent capturés sur les rives orien- tales du fleuve Demerara, durant la première quinzaine d'août, en 1902. Ils se trouvaient dans un fond marécageux, sous les débris de feuilles et de troncs pourris. M. Evans put les con- server quelque temps dans un vivarium (Musée Britannique). Affinités. — Cette espèce ressemble au P. Ohaûsi var. guia- nensîs par sa coloration, le nombre de ses appendices et In développement de ses glandes salivaires ; elle en diffère par ses plis dorsaux, l'arrangement de ses papilles, parle moindre dé- veloppement de sa ligne claire et l'atrophie de ses organes clairs, parla structure de ses mandibules, par ses papilles uri- naires largement adhérentes, parla position avancée et le long funicule de ses ovaires. Elle se range dans le groupe du P. Edivardsi, tandis que le P. Ohausi var. guianensîs appar- tient au groupe du P. torquatus. L'espèce ressemble davantage au P. im Thurmi, surtout par- la disposition de ses papilles et par la structure de ses mandi- bules ; elle s'en distingue par ses appendices moins nombreux, ses glandes salivaires plus courtes, ses réceptacles séminaux plus volumineux et son funicule ovarien plus allongé. Variété (?). — Aux exemplaires précédents se trouvaient MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 289 jointes deux femelles que M. Evans captura dans la même région et à la même époque, et qu'il décrivit également sous le nom de P. gidanensis. Conservées dans le formol, ces deux femelles mesuraient 62 millimètres sur 6 et 42 mm ,5; elles présentaient une teinte grisâtre uniforme, mais étant donnée la description de M. Evans, on doit croire qu'à l'état vivant leur coloration était identique à celle des exemplaires types du P. Evansi. D'ailleurs elles ressemblaient à ces derniers par le nombre de leurs appendices, le développement de leurs glandes salivaires et la structure de leurs mandibules. Les plis dorsaux de ces deux femelles présentent pourtant des caractères très particuliers; à la loupe, ils rappellent ceux du P. Edwardsi par la prédominance de leurs papilles princi- pales; au microscope, ils montrent une grande variété de papilles accessoires qui Sont disséminées sans aucun ordre à la surface des plis et qui ne se groupent pas autour des papilles principales comme dans le P. Evansi. M. Evans a très bien rendu cette disposition irrègulière dans la fîg. 2, PL 14 de son mémoire. Dans les deux exemplaires, la ligne claire est presque -partout accompagnée d'organes clairs larges et très évidents. Ces deux femelles ayant été disséquées avant l'époque où elles me furent soumises, je n'ai pu faire l'examen de leurs organes sexuels et de leurs tubercules urinaires, de sorte qu'il m'est bien difticile de fixer exactement leur place dans la classification. Plus voisines du P. Evansi que du P. Edwardsi, elles se rapprochent certainement de ces deux espèces, et appartiennent peut-être à une variété de la première. En tout cas, elles ne représentent pas un élément bien nouveau dans la faune des Guyanes. 25. Le Péripate de la Trinité. (Peripatus Trinitatis A. Sedgwick.) (Voir PI. II, fîg. 9, PL VIII, fîg. 72, 73 et, dans le texte, Ja fîg. 110.) 1883. Peripatus EdxvardsiU. v. Kennel, Zool. Anz., Bd VI, 532. 533 (M, E). — — — Arb. Zool. zoot. Inst. Wurzburg, Bd VI, 282-285. 1885-1888. — — Arb. Zool. zoot. Inst. Wurzburg Bd Vil, 95-229, Taf. V-XI et Bd Vlll, 1-93, Taf. I-VI (M, E). 1885. — E. Gaffron, Zool. Beit., Bd 1, 33-60, pi. VI1-X1I et ,,ro porte, 145-163, l'ai. XXI-XX1I1 (M, A). ANN. SO. N.AT. ZOOL. U, 19 290 E.-L. BOUVIER 1886. Peripalus trinidadensis. F. Stuhlmann, Ber. naturf. Ges. Freiburg, Bd 1. 189-204, pi. l-X, fig. 224-230 (A). 1 888 . A. Sedgwick, Quat. J . M. Se. , vol. XXV1I1, 477, 487, pi. XL, fig. 29 (M). 1894. — R. 1. Pocock, Ann. nat. Hist., vol. XXIV, 522, 523, 542 (pro parte) (M). 1896. J. II. Hart, Nature, vol. Ll, 511. 1899. F. L. Bouvier, G. R. Acad. des Se, t. GXXVIU, (1898), 1345 (M). 1900. — Ann. Soc. ent.de France, vol. LXVHI (1899), 390, 432-438, pi. V, fig. lu, pi. VI, fig. 5-11 (M). Quat. J. M. Se, vol. XL11I, 567 (M). — — Quat.J.M.Sc.,vol.XLlll,752-753(Mi. Bull. Soc. ent. de France (1900), 394 (M, D). 1901. A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 26. 1902. Peripalus Edwardsii E. Korschelt et K. Ileider, Lehrb. vergl. Entwick. virbell. Thiere,Allg.Theil, p. 435, 436, lig. 250 (A,. 1904. Peripalus Trinidadensis E.-L. Bouvier, Nouv. Arch. du Mus. (4), vol. VI, 7, 10, 14, 31. Ressemble au P. in Thurmi par la disposition des plis dor- saux, par la forme nettement conique des papilles qui ornent ces plis, et, à un degré plus marqué encore, par les passages nombreux qui existent entre les papilles principales et les papilles accessoires. Dans tous les spécimens où la peau n'est pas anormalement dis- tendue, les plis sont hauts, séparés par de profonds sillons et cou- ronnés par un rang de papilles qui carient de taille sans régularité aucune, et se présentent sous la forme de saillies coniques. Les petits exemplaires se distinguent par la prédominance assez marquée de -certaines papilles principales et par le nombre réduit des papilles accessoires ; dans les autres spécimens, ces der- nières sont extra ordinairement abondantes, notamment sur les flancs des plis qui prennent de ce fait une direction légèrement sinueuse. Ligne claire très distincte, généralement accompagnée d'organes clairs. Lames des mandibules presque toujours armées de $ dents accessoires, plus rarement d'une seule; de S à 13 (lenti- cules sur la scie des lames internes. Pattes au nombre de ?8 à 32 paires dans les femelles, de 27 à 30 paires dans les mâles: soles remarquablement grandes ; tubercules urinaires des pattes IV et V ordinairement rattachés au 3 e arceau par une base très large, parfois pourtant isolés. Les glandes salivaires se terminent au coi- sinage des pattes préanales de la 4 e paire et leurs réservoirs entre les pattes I et II. Papilles crurales des çf sur les deux paires île pattes MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 291 prégénitales , les glandes de la paire postérieure débordant seules dans le sinus latéral ; glandes anales larges, irrégulièrement tubu- faires, souvent vésicu H formes en avant où elles se terminent au voisinage de la 6 e paire de pattes préanales. Réceptacles séminaux situés au niveau de la 5 e paire préanale chez les jeunes, entre les pattes préanales Y II et VIII, chez les adultes, avec un diamètre de 350 y, d r ms les premiers, de 600 à 700 \>. chez les seconds. La longueur varie de 33 à 63 millimètres dans les femelles adultes, et de 3i à 30 millimètres chez les mâles. La coloration présente des losanges dorsaux. — Habite Vile de la Trinité. M. Jeffrey Bell m'a fait observer que le nom de P. Trin'i- dadensis n'était pas eonforme aux règles de la nomenclature zoologique et qu'il devait céder la place à celui de P. Trinitatis; la remarque étant juste, j'ai cru devoir en faire mon profit. Historique. — Cette espèce a été l'objet de travaux impor- tants qui nous en ont fait connaître, avec beaucoup de détails, la structure et l'embryogénie ; nul autre Péripate n'a été l'objet de recherches aussi complètes, mais il se trouve mal- heureusement qu'on l'a généralement étudiée en même temps qu'un autre, de sorte qu'il n'est pas toujours facile de savoir la part qui lui revient dans les travaux auxquels je fais allusion. Le P. Trinitatis a été découvert à la Trinité par M. Kennel, qui eut l'heureuse fortune de capturer à la même époque, et dans les mêmes lieux, le remarquable P. torquatus. Comme beaucoup d'autres Péripates caraïbes, l'espèce fut confondue avec le P. Edwardsi; c'est sous ce nom que M. Kennel l'a étudiée, avec le P. torquatus, dans une série de mémoires où sont indiqués certains caractères généraux des deux espèces (1883 b , 532, 533), leur biologie (1883% 282-285), la structure de leurs organes génitaux femelles et leur embryogénie très complète (4885 et 1888). Les mémoires de M. Kennel sont restés classiques et d'ailleurs presque les seuls que Ion ait consacrés jusqu'ici au développement des Peripatus. C'est avec des matériaux que lui avait fournis M. Kennel que M. Stuhl- mann a pu étudier la formation de l'œuf dans le P. Trinitatis (1886, 189-206). Les observations anatomiques de Gaffron n'ont pas une moindre importance, encore qu'elles laissent complètement 292 E.-L. BOUVIER de côté la structure du système nerveux et du tube digestif. Plus que celles de M. Kennel, elles portent toutefois à l'ambi- guïté parce qu'elles ont trait à deux espèces, le P. Sedgwicki et le P. Trinitatis, que Fauteur confondit en une seule sous le nom de P. Edwardsi (Voy. plus haut, p. 213). La première partie du mémoire de Gaffron (4885, 33-60) parait se rap- porter exclusivement au P. Trinitatis, car l'auteur la rédigea sans autre matériel qu'un exemplaire de la Trinité et quelques embryons qui provenaient probablement de cet exemplaire ; la deuxième partie, au contraire, se rapporte surtout au Péri- pate de Caracas (P. Sedgwicki) dont l'auteur avait reçu de nombreux spécimens ; elle a trait exclusivement à l'étude des organes sexuels, et ne fait pas toujours un départ suffisant entre les caractères propres aux exemplaires de Caracas et ceux qui distinguent l'espèce de la Trinité. C'est M. Sedgwick qui reconnut le premier la vraie nature spécifique du Péripate qui nous occupe, d'après deux exem- plaires que lui avait communiqués M. Kennel; il décrivit cette forme sous le nom de P. trïnidadensis , et en donna une courte diagnose (1888 b , 477, 487). Celle-ci était d'ailleurs loin d'être suffisante, car M. Pocock, six années plus tard, confondait le P. Dominicse avec le P. trïnidadensis (1894, 522, 523, 542). Depuis j'ai eu l'occasion d'étudier, à plusieurs reprises, l'espèce qui nous occupe, et de montrer que M. Sedgwick eut raison en la distinguant des autres Péripates américains ; j'en ai notamment donné une étude morphologique assez complète dans mes Contributions à l'histoire des Péripates américains (1900% 432-438) pour lesquelles j'ai utilisé les riches maté- riaux que m'avait communiqués M. Sedgwick et deux types que je dois à la libéralité de M. Kennel. — J'aurai terminé cet historique en disant que M. Hart (1896, 511) a publié une courte note sur les Péripates de la Trinité ; qu'il en avail réuni 50 exemplaires capturés en partie par M. Lund, et que j'ai retrouvé ces richesses, soit dans le matériel que je tenais de M. Sedgwick, soit plus tard, dans les collections du Britisli Muséum. Plus récemment, MM. Korschelt et Heider ont décrit et figuré (1902, 435, 436, fig. 250), d'après un travail inédit de M. Kennel, le spermatophore d'un mâle qui provient sans MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 293 doute de la Trinité, et j'ai publié moi-même quelques observa- tions sur les œufs du P. Trinitatis (1904, 7, 10, 14, 31). Forme du corps, dimensions. — Cette espèce ressemble beau- coup, par sa forme, au P. Edwardsi, mais elle est d'ordinaire plus aplatie, c'est-à-dire moins convexe du côté dorsal. Ses dimensions sont les suivantes : Type ç figuré par M. Kennel. Cotype 9 donné au Muséum par M. Kennel. Petite 9 adulte du Musée Bri- tannique. CT'i 30 paires de pattes du Musée Bri- tannique. Grand cf de M. Uhrich. Petit cT de M. Uhrich. Longueur totale du corps mil] i m . 62 6,5 millim. 42 5,7 millim. 23 4 millim. 20 3,5 millim. 30 2,75 millim. 21 2,75 Largeur maximum . La plupart des exemplaires ont subi le phénomène de con- traction grâce auquel se produisent sur le dos deux dépres- sions longitudinales symétriques et une dépression médiane plus faible. Le cône anal est toujours très peu saillant. Coloration (PI. II, fig. 9). — L'exemplaire figuré par M. Kennel (1885, Taf. V, fig. 2), d'après le vivant, devait se rapprocher beaucoup, par sa coloration, des formes typiques du P. Edwardsi : il présente sur le dos une raie médiane noire, des losanges clairs fort réguliers et, en dehors de ceux-ci, une teinte brune très foncée, avec une série de taches claires. M. Sedgwick (1888 b , 77), qui tenait de M. Kennel des exem- plaires probablement assez frais, ajoute que la face ventrale est d'un brun clair. Dans les deux spécimens qu'a bien voulu me donner M. Kennel, la raie noire existe encore, fréquemment interrompue par des plis de teinte plus claire ; les losanges ne sont plus visibles et la teinte générale, qui est d'un noir grisâtre, atteint son intensité maximum vers le milieu des flancs, de sorte qu'il doit y avoir, comme dans le P. Edwardsi, des aires latérales foncées en dehors des losanges. Dans le type figuré par M. Kennel, la ligne médiane noire se dilate en un triangle céphalique à base antérieure; il en était probablement de même dans l'un des deux exemplaires 294 E.-L. BOUVIER que m'a donnés M. Kennel; mais dans le plus petit, toute la tête est de couleur claire jusqu'à une certaine distance en arrière des tentacules. La série d'exemplaires que m'a remise M. Sedgwick donne une idée très nette des modifications de couleur que peut subir cette espèce. 1° Exemplaires récoltés en 1896 à la Trinité : coloration du type figuré par M. Kennel (losanges clairs, séries de papilles claires, triangle céphalique noir), mais la raie médiane brune se dilate un peu au centre de chaque losange, et les flancs deviennent un peu plus clairs au-dessus des pattes. La face ven- trale est grise avec papilles noirâtres. 2° Exemplaires capturés en 1895, par M. W.-H. Blandford : losanges très effacés, plus de triangle céphalique noir; teinte variant du brun verdâtre au brun grisâtre uniforme ; les papilles claires paraissent distribuées suivant des lignes longi- tudinales sinueuses plus ou moins régulières. Face ventrale d'un gris foncé lavé de rose. 3° Exemplaires recueillis en mai 1895, par M. E.-W. Uhricii. Les uns sont de taille faible ou médiocre et ornés de losanges; les autres, plus grands, semblent dépourvus de ces derniers. La teinte générale du dos est très variable : violacée chez les jeunes, puis d'un gris roux et enfin d'un brun chocolat chez les grands adultes. Toujours une raie dorsale noire et des papilles claires, ces dernières distribuées assez régulièremenl dans les spécimens ornés de losanges, où elles forment notam- ment une rangée à droite et à gauche de la raie noire. Le triangle céphalique est absent. La coloration de ces exemplaires n'a pas dû varier beaucoup dans l'alcool, car le flacon où ils sont renfermés porte la sus- cription suivante, probablement écrite par M. Uhrich : « Deux espèces : l'une, avec des taches losangiques sur le dos; l'autre, dépourvue de ces taches et toute brune. » Un examen des plus minutieux m'a permis de constater que ces deux formes pas- sent de l'une à l'autre au point de vue de la coloration, et que leurs autres caractères sont absolument identiques. J'ai observé des variations de couleur analogues dans des exemplaires que m'a communiqués le Musée Britannique, et MONOGRAPHIE DES OXYCHOPHORES 295 dans plusieurs autres que M. Lund avait capturés au Jardin botanique de la Trinité. De ce qui précède, on peut conclure que le P. Trinitatis se distingue du P. Edivardai^wr sa teinte en général plus foncée, ses papilles claires éparses et ses losanges dorsaux moins pro- noncés ou peu persistants. Dans les exemplaires les plus nor- maux, la ligne noire se prolonge sur la tète sous la forme d'un triangle . Téguments. — Les plis dorsaux (PI. VIII, fig. 72, 73) res- semblent beaucoup à ceux du P. im Thurmi. Dans les nom- breux exemplaires dont j'ai fait l'étude, ils se reconnaissent toutefois à leur proéminence très forte, à l'étroitesse et à la profondeur des sillons qui les séparent, à la ligne de papilles qui occupe leur crête, et à la nature de ces papilles qui offrent tous les passages entre les papilles principales les mieux carac- térisées et les papilles accessoires les plus réduites. Ces papilles sont coniques et n'atteignent jamais de grandes dimensions parce qu'elles émergent, comme desimpies proéminences, sur la crête du pli. Dans les petits exemplaires, certaines grandes papilles sont assez nettement prédominantes; dans les autres, ces différences s'atténuent jusqu'à disparaître ; en même temps des papilles accessoires très nombreuses s'élèvent sur les flancs des plis, qui deviennent souvent alors très sensiblement sinueux. Lorsque, par endroits, les flancs sont anormalement distendus, chaque pli présente une série de papilles extraordi- nairement variées où toute régularité a presque complètement disparu. La ligne claire est très nette, mais les organes clairs ne sont pas toujours développés. Région céphalïque. — La région oculo-antennaire ne parait pas différer de celle du P. Edwardsi ; toutefois les organes frontaux sont bien plus variables, et souvent restent indistincts ou fort réduits. Les lèvres et le plafond buccal ne présentent rien de particu- lier, mais il y a plus souvent 2 dents accessoires (fig. 110) qu'une seule sur les lames mandibulaires , et parfois on en ob- serve deux d'un côté et une de l'autre. Le nombre des den- ticules de la scie varie de 8 à 13. Dans un très jeune exem- 296 E.-L. BOUVIER plaire, les lames externes des mandibules étaient dépourvues de dents accessoires et la lame interne n'en avait qu'une. Pattes. — Les exemplaires étudiés par M. Kennel avaient de 28 à 30 paires de pattes, et les cotypes communiqués à M. Sedg- wick en présentaient 30 ou 31 paires. Sur les 37 femelles dont j'ai fait l'étude, 4 avaient 28 paires de pattes, 6 en avaient Fig. 110. — Peripatus Trinilalis Sedgw. ; grand cotype donné parM. Kennel ; lames mandibulaires d'un côté. Gr. 72. 29 paires. 19 en comptaient 30 paires et les 8 autres 31 paires. Sur 8 exemplaires mâles, 1 avait 27 paires de pattes, 4 en avaient 28 paires, les deux autres 29 paires, et le dernier 30. En somme, le nombre des appendices locomoteurs est très sensiblement le même que dans le P. im Thurmi et le P. Edwardsi. On peut en dire autant de la structure de ces appendices : dans la majorité des exemplaires, les tubercules urinaires des pattes IV et V sont largement adhérents au 3 e arceau des soles, mais il n'est pas rare de voir ces tubercules complètement isolés ou en relation avec le 3 e arceau par un isthme étroit ; la première disposition rappelle tout à fait le P. Edwardsi, et la seconde le P. im Thurmi \ dans tous les cas, le 3 e arceau des soles est fortement refoulé. Caractères sexuels. — Les papilles sexuelles des mâles se trou- vent en même nombre et situées à la même place que dans le P. brasïliensis ; elles sont généralement très volumineuses et MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES ±91 entourées d'un bourrelet annulaire à leur base. Parfois pourtant, certaines d'entre elles ne semblent pas apparentes au dehors, et se présentent invaginées en partie sur le bord postérieur de la vésicule coxale. M. Gaffron rapporte qu'il en était de même dans un mâle de la Trinité, recueilli par M. K-ennel, et que cet auteur lui a fait savoir par lettre qu'il avait fait des observations analogues sur un certain nombre d'exemplaires de même sexe (15, 157, 158). Pourtant, nous verrons plus loin que M. Gaf- fron semble avoir trouvé des glandes crurales sur d'autres pattes prégénitales. Anatotnie, développement . — Les glandes salivaires se termi- nent au voisinage des pattes de la 3 e paire préanale, soit un peu en avant, soit légèrement en arrière. Leurs réservoirs dépassent à peine les pattes antérieures dans les petits spécimens, et s'étendent entre les pattes I et II dans les exemplaires de plus grande taille. Les prostates du mâle sont brièvement ovoïdes et comprises entre les pattes préanales de la 4 e et de la 10 e paire. Dans la poche à spermatophore d'un spécimen, J'ai trouvé un tube spermatique très irrégulièrement pelotonné et en continuité avec le tube corné inclus dans le canal déférent; c'était, à n'en pas douter, un spermatophore en voie d'évacuation (1). Les glandes anales s'étendent en avant jusqu'au voisinage des pattes préanales de la 6 e paire ; elles sont fort irrégulières et parfois dilatées en partie à leur extrémité. Les glandes cru- rales de la paire prégénitale sont toutes saillantes et déve- loppées dans le sinus latéral, mais fort inégalement; la plus petite reste souvent pelotonnée à la base de la patte, la plus grande s'étend parfois sur la longueur de 2 à 3 segments. Les glandes de la paire précédente se présentent réduites et presque toujours incluses dans la cavité de l'appendice. A ces divers points de vue, les observations de Gaffron ne (1) Avec la partie qui restait incluse dans le canal déférent, cette machine sper- matique ressemblait à celle qu'ont figurée MM. Korschelt et Heider (1902, tîg. 250) et qu'on retrouve chez tous les Péripates caraïbes ; mais on est en droit de se demander si elle rfest pas simplement un appareil qui doit fournir les sper- matophores définitifs, car on l'observe peu différente dans le P. Corradoi, dont les spermatophores se réduisent à une sorte de ballon sphérique à col allongé (PI. III, iig. 15). 298 E.-L. BOUVIER sont pas absolument concordantes avec les miennes : « Dans l'exemplaire de M. Kennel, dit cet auteur, je trouvai que l'une des deux glandes de la 5 e patte préanale gauche s'étendait en arrière jusqu'au voisinage de l'orifice génital, logée entre les muscles circulaires et les muscles diagonaux. Ainsi, par excep- tion, cette glande se trouvait rapprochée de la surface externe du corps; d'ailleurs elle était notablement plus grande que la glande correspondante du côté opposé, laquelle se dirigeait normalement en avant dans le sinus latéral (1885, 158). » Il s'agit bien ici d'une glande située à la base des pattes de la 3° paire prégénitale, bien que M. Gaffron n'ait pas observé de papilles sexuelles sur ces appendices. Je répète que je n'ai jamais fait d'observations analogues, mais il n'est pas rare de voir l'une des glandes crurales s'introduire plus ou moins loin dans la cavité des pattes précédentes, et je suppose, sans autres preuves du reste, que M. Gaffron a pu être induit en erreur par une disposition de cette sorte. Les glandes génitales femelles se déplacent en avant jusqu'à l'époque où la maturité sexuelle est complètement acquise ; dans un spécimen immature de 1 7 millimètres de longueur, j'ai trouvé les réceptacles séminaux à la hauteur des pattes de la 5 e paire préanale ; ces réceptacles étaient au niveau des pattes de la paire précédente clans une jeune femelle de 23 millimètres où se voyaient déjà de petits embryons ; enfin je les ai toujours observés entre les pattes préanales de la 6 e et de la 8 e paire dans les femelles de taille moyenne ou grande. Leurs dimensions paraissent manifestement augmenter avec l'âge, comme le montre le tableau suivant : Longueur. Diamètre des mii.im. réceptacles séminaux 9 immature de M. Blandford 17 350 p sur 300. Très jeune Q de M. Uhrich 22 de 400 à 450 p. 9 de M. Lund 35 620 y. sur 350 et 530 [i sur 400. 9 de M. Uhrich 36 650 \x sur 400 et 570 p sur 400. 9 de M. Lund 37 650 \x sur 550. Cotype de M. Kennel 42 700 p sur 360. Il aurait été intéressant de savoir quelles dimensions attei- gnaient les mêmes organes dans la femelle de 62 millimètres figurée par M. Kennel (1885, fig. 1) ; mais le mémoire de l'au- teur ne donne que des notions générales sur les dimensions de MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 299 l'appareil sexuel, et la figure 4, où sont représentés ces organes, ne se rapporte pas à un exemplaire de taille spécifiée. Le gros- sissement de cette figure est indiqué d'après l'oculaire et l'ob- jectif d'un microscope que je ne connais pas, de sorte que l'on en est réduit à des hypothèses. S'il est vrai, comme le dit M. Kennel (1885, fig. 101), que les ovaires atteignent 2 milli- mètres de longueur, on pourrait croire, d'après cette figure, que les réceptacles séminaux ont un diamètre presque égal, ce qui n'est pas vraisemblable ; en fait, la figure donnée par M. Kennel ressemble tout à fait à celles que j'ai pu relever sur les divers spécimens mentionnés plus haut, et comme les ovaires, dans ces spécimens, mesurent au plus 1 millimètre de longueur, j'en conclus que les réceptacles du spécimen figuré par M. Kennel devaient avoir de 700 à 800 [x de diamètre. Le réceptacle ovulaire était plus long dans mes exemplaires que dans celui étudié par M. Kennel ; il se dilatait générale- ment au sommet, sous forme de sac conique, et présentait en ce point un appendice irrégulier de nature conjonctive. Dans un exemplaire, j'ai trouvé à l'intérieur de la vésicule termi- nale une agglomération de grosses cellules arrondies ; ces der- nières ressemblaient absolument aux œufs très développés, et d'un diamètre de 45 y., qui formaient des taches claires à l'intérieur des ovaires (1 ) . M. Kennel cite une observation analogue, et conclut de ce fait que les vésicules en question sont des réceptacles ovariens. Ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut, les ovaires sont courts et atteignent au maximum 1 millimètre de diamètre ; toujours je les ai vus entourés dans une gaine conjonctive commune, mais M. Kennel dit que « les deux ovaires, avec leurs annexes, sont parfois complètement séparés et entourés chacun d'une enveloppe conjonctive (1885, 101) ». Le funicule est large, simple, un peu rétréci en arrière et, comme de coutume, va se fixer sous le péricarde entre les pattes préanales IV et Y. (1) Cet exemplaire est le seul Peripatu* où j'ai pu observer des cellules ovu- .liformes à l'intérieur des réceptacles. Mes observations ayant été faites sans préparation préalable, je colorais les organes afin de pouvoir mieux en étu- dier la structure et le contenu ; mais un accident me fit perdre la préparation colorée, de sorte que mon examen est resté forcément des plus sommaires. J'en suis encore à déplorer cette fâcheuse aventure, qui m'a privé du plaisir d'élucider un point obscur et fort intéressant de l'histoire naturelle des Péripates. 300 E.-L. BOUVIER Pour le développement , je renvoie à l'œuvre magistrale de M. Kennel (1885-1888), non sans faire observer qu'il ne diffère en rien de celui des autres Peripatus. D'après M. Kennel, les œufs ovariens auraient 40 p. de diamètre, mais j'en ai trouvé qui atteignaient bien près de 50 «. ; ils sont souvent plus ou moins arrondis, tandis que les œufs utérins observés par M. Kennel étaient ovoïdes et mesuraient 46 a sur 33. Les téguments des embryons, la plaque buccale et les saillies dentiformes qui en- veloppent les griffes présentent les mêmes caractères que dans les espèces précédentes. Habitat, mœurs. — Les types de cette espèce ont été étudiés par M. Kennel sous le nom de P. Edwardsi (1883, 1885-1888) ; ce zoologiste les captura en grand nombre dans l'île de la Tri- nité, où il les découvrit en même temps que le P. torquatus (Musée de Dorpat). La première partie du grand mémoire de Gaffron est consacrée exclusivement à l'étude d'un exemplaire de la Tri- nité, auquel Grube avait attribué le nom de P. Edwardsi. Je crois avoir retrouvé cet exemplaire dans les collections du Musée de Breslau ; c'est une femelle qui a 32 paires de pattes comme le dit Gaffron (1885, 33, note) et qui aurait été recueillie par Schilling; elle est en très mauvais état et on pourrait tout aussi bien la prendre pour un P. Edwardsi que pour un P. Trïnitatis (Musée de Breslau). Dans la seconde partie de son mémoire, Gaffron étudie, conjointement avec le spécimen qui précède, un type mâle de M. Kennel, et de nombreux exemplaires de P. Sedgwicki ; il donne à tous le nom de P. Edwardsi et ne mentionne que fort rarement les spécimens auxquels s'appliquent ses descriptions (1885, 145-163). M. Kennel a généreusement fait profiter les hommes de science des riches matériaux qu'il avait recueillis : Gaffron lui doit l'exemplaire mâle dont j'ai parlé plus haut; M. Sedgwick, les deux individus auxquels fut attribué pour la première fois le nom de P. trinidadensis (coll. Sedgwick), et M. Stuhlmann les éléments de ses études sur la structure des œufs de l'espèce (1886, 189-204). Il m'a également offert un mâle et une femelle de belle taille dont j'ai largement tiré parti dans une MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 301 première étude sur les Péripates américains (1900, 432-440) et dans la description plus complète que je donne aujourd'hui (Muséum de Paris). En dehors de ces derniers exemplaires, j'ai pu également étudier : 1° 9 femelles et 2 mâles envoyés à Londres par M. Hart (1896, 51 1) et provenant des récoltes de M. Lund qui avait cap- turé 50 exemplaires de l'espèce (Musée Britannique) ; 2° Une femelle capturée par M. W.-E. Broadway (Musée Britannique) ; 3° Une autre femelle envoyée à Londres en 1900 (Musée Britannique) ; 4° Deux mâles (27 et 30 paires de pattes) et une femelle plus récemment envoyés à Londres (Musée Britannique) ; 5° De nombreux exemplaires recueillis par M. T.-W. Uhrich, M. W.-H. Blandford et M. W. Lund, qui les avaient remis à M. Sedgwick (coll. Sedgwick, Muséum de Paris). Tous ces exemplaires provenaient, comme ceux de M. Ken- nel, de l'île de la Trinité. M. Kennel a publié des observations biologiques intéres- santes sur les deux espèces de la Trinité, le P. torquatus et le P. Trinitatis. On les trouvera résumées au chapitre que j'ai consacré à la première de ces espèces (Voy. p. 194). Affinités. — Cette espèce présente des affinités avec le P. im Thurmi et le P. Dominicœ ; elle s'en distingue toutefois par ses plis très saillants et couronnés de papilles principales va- riées qui passent par tous les degrés aux nombreuses papilles accessoires ; d'ailleurs son funicule ovarien est ordinairement simple et ses téguments se distinguent presque toujours par leurs très nets losanges dorsaux. 26. Le Péripate de Milne-Edwards. [Peripatus Edwardsi E. Blanchard.) (Voir PI. IX, fig. 74-79 et, dans le texte, les lig. 5, p. 15 et 111.) 1833. l'eripatus juliformis Audouin et H. Milne-Edwards, Ann. Se. nat. (1), vol. XXX, 411-414, pi. XXU (A, M). 1837? — — A. -F. -A. Wiegmann, Arch. fur Naturg., Jahrg. 111, 195-200, pi. IV, lig. 20 (A, M). 1839? — C. Moritz, Arch. fur Naturg., Jahrg. V, 175, 176 (M). 302 E.-L. BOUVIER 1839. Peripalûs H. Hollard, N'ouv. élém. de Zool., 144 (note) (M). 1842 ? _ juliformis H. Milne-Edwards, Ann. Se. nat. Zool. (2), t. XVlll. 126-128 (M). 1847. — Edwardsii E. Blanchard, Ann. Se. nat. Zool. (3), t. Vlll, 140 (M)]. 1849. — — — Rech. anat. et zool. faites pendant un voy. en Sicile, 3 e partie, 64 (M). 1865. A. de Quatrefages, Hist. nat. des Annelés, t. Il, 2 e partie, Appendice, 676 (M). 1878. L.-B. Schmarda, Zool., Bd 11, 77 (M). 1879. — H.-N. Moseley, Ann. nat. Hist. (5), vol. 111, 266 (M). 1880. — juliformis W. Peters, Sitz. Ber. natuii. Freunde Berlin, 28, (propartr) (M). 1887. W.-L. Sclater, pp. Zool., Soc, 132 (pro parte). 1888. — de CayenneA. Sedgwick, Quai. J. M. Se, t. XXV111, 478, n° i, 488 (M). — ? — du lac Valentia — Quat. .1. M. Se, t. XXV11I, 479, n° 3, 488 (M). 1898. — Edwardn E.-L. Bouvier, Lut. Congress "Zoology Cambridge, 270 (M). 1899. — C. B. Acad. des Se, t. CXXVill, 1345, 1346 (M). 1900. — Ann. Soc. ent. de France., t. LXV111, (1889), 390-398, 407, pi. II, Un. 1-7, pi. III, iig. 1-3 (M). Sedgwicki E.-L. Bouvier, Ibid., 403, 1 04, 415 (M). — — Edwardsii — Quat. J. M. Se, t. XLUÎ, 752 (M). — — — — Bull. Soc. ent.de France (1900) 394(M). 1901. — A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 26. 1904. — E.-L. Bouvier, Bull, du Mus., 54 (M). — — Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VI, 31 (A). Plis dorsaux disposés de la même manière qae dans le P. Doini- nicae ; papilles principales du dos ayant la même structure que dans cette dernière espèce, mais plus ou moins contiguës et rare- ment séparées par une ou deux papilles accessoires. Dans les grands spécimens, ces papilles principales sont semblables et sans prédomi- nance marquée de certaines d'entre elles, malgré des différences de taille assez fortes; dans les petits exemplaires, on voit, au con- traire, de grandes papilles principales assez fortement prédomi- nantes, et séparées par une ou deux papilles principales plus petites et de forme conique. Les papilles accessoires apparaissent bien distinctes des papilles principales ; elles sont assez communes dans les grands exemplaires, rares dans les autres et presque toujours re jetées sur les flancs des plis. Ligne claire très nette, organes fron- taux longs et très inégalement différenciés ; origines clairs fort variables. Ordinairement, une dent accessoire sur chaque dent MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 303 mandîbulaire, rarement deux ou (rois; scie des lames internes armée de 9 à 13 denticules. Pattes au nombre de 28 ou 29 paires dans les mâles, de 29 à 33 paires dans les femelles. Soles pédieuses et tubercules urinaires rappelant à tous égards le P. Dominiez, les tubercules étant parfois libres. Les glandes salivaires se prolongent jusqu'entre les pattes préanales III et IV, et leur réservoir jus- qu'entre les pattes antérieures de la 2 e et de la 3 e paire. Vésicules prostatiques du mâle entre les pattes pré anales VI-V 111 ; papilles et glandes crurales disposées de la même manière que dans le P. Dominica? ; glandes anales dilatées en avant ; ovaires situés entre les pattes préanales VI-XI, funicule ovarien assez- large et dépourvu de bifurcation. Réceptacles séminaux de 500 à 600 a. La longueur varie de 23 à 56 millimètres dans les femelles ; relie des mâles étudiés est de 25 à 26 millimètres. Est répandu dans r Amérique du Sud depuis l'a Guyane française jusqu'au Darien. Cette espèce a été dédiée par Emile Blanchard à l'illustre H. Milne-Edwards. Historique, — Le nom de P. Edivardsi revient à tout instant dans la littérature des Onychophores, presque aussi souvent que celui de P. juliformis; mais, comme ce dernier, il a presque toujours été attribué à tort, et l'on continuerait sans doute à l'attribuer de même aujourd'hui, si je n'avais eu l'heureuse fortune de retrouver dans les collections du Muséum l'exemplaire type auquel il fut pour la première fois donné. Cet exemplaire est le premier Péripate dont on ait fait l'étude après le P. juliformis ; il fut décrit, et identifié avec ce dernier, par Audouin et Milne-Edwards qui en donnèrent des figures instructives et une diagnose assez complète (1833, 411-414, PL XXII). L'identification établie par les deux auteurs était loin d'être irréprochable et un zoologiste très avisé, Hollard, ne manqua pas d'en faire la remarque : « J'avoue, disait-il, qu'en comparant la figure donnée par ce dernier (la figure du P. juliformis donnée par Guilding) et celle des naturalistes français, je conserve quelque doute sur l'identité des espèces que ces derniers représentent. La tète, dans la figure de MM. Audouin et Milne-Edwards, est grosse, très distincte, arrondie, et le corps présente 30 paires de pattes. Dans la figure de Guilding, le corps, beaucoup plus long, commence 304 E-L. BOUVIER par une tète peu distincte et porte 33 paires de pattes » (1839. 144). Hollvrd a raison de dire que les figures des deux es- pèces sont loin de se ressembler, mais les différences qu'elles présentent dans la région céphalique n'ont pas la valeur d'un caractère important; évidemment, l'exemplaire d'Au- douin et Milne-Edwards se faisait remarquer par la coloration claire de toute la partie antérieure du corps jusqu'à une ligne courbe située en arrière des tentacules buccaux ; mais le des- sinateur a exagéré cette particularité, en figurant la ligne courbe sous la forme d'un étranglement, et c'est ainsi que l'animal fut représenté avec une tête bien distincte. Aujour- d'hui encore, la ligne courbe de l'exemplaire reste assez appa- rente et, avec d'autres caractères, m'a permis de reconnaître sûrement l'exemplaire type de l'espèce qui nous occupe. Emile Blanchard ne paraît pas avoir remarqué la juste obser- vation de Hollard, mais, à la suite de ce dernier, il n'accepte pas l'identification de l'exemplaire, et, croyant que les espèces du groupe peuvent être caractérisées parle nombre des appen- dices, il considère comme distinct le Péripate d'AuDouiN et Milne-Edwards et lui attribue le nom de P. Edwardsi (4847. 140; 1849). En fait, le P. Edwardsi est bien différent du P. juliformis, mais Blanchard fut réellement heureux dans cette circonstance, car nous savons de reste que le caractère sur lequel il s'appuya compte parmi les plus chancelants. Depuis Blanchard jusqu'à l'époque où j'entrepris mes pre- mières recherches sur les Onychophores, personne ne parait avoir examiné le type de la nouvelle espèce; il se trouvait pourtant au Muséum, mais sans étiquette et on n'aurait pu le reconnaître sans une comparaison minutieuse avec les figures qui en ont été données. Aussi certains auteurs se bornèrent-ils à signaler le P. Edwardsi d'après les courtes indications de Blanchard (de Quatrefages, Schmarda); tandis que la plupart le méconnurent complètement. Pe- ters (1880, 28) et Sclater (1887, 132) le confondirent de nou- veau avec le P. juliformis, M. Sedgwick accepta (non sans quelques doutes) l'identification d'AuDouiN et Milne-Edwards (1888\ 478) et donna le nom de P. Edwardsi à une espèce nouvelle de Caracas (le P. Sedgwickï) ; on sait d'ailleurs que MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 305 Grube, ayant en main une curieuse espèce de Tovar (le P. Brôlemannï) , l'étudia et la décrivit avec soin sous le nom de P. Edwardsi (1853). C'est en 1898 que j'ai reconnu le type de l'espèce (1898", 270) ; ultérieurement, j'ai eu l'occasion de signaler quelques- uns de ses caractères (1899% 1345, 1346) et d'en faire une description morphologique assez complète (1900% 390- 398, PL II, fig. 1-7; PL III, fig. 1-3), en le comparant aux exemplaires que M. Geay avait recueillis au Venezuela. Il est facile de commettre des erreurs quand on étudie les Péri- pates et l'on doit, par là même, examiner de très près chaque spécimen; ainsi, dans le mémoire que je viens de citer, il faut rapporter à l'espèce qui nous occupe les exemplaires du Bas-Sarare, que j'ai désignés sous le nom de P. Sedgwickï il900\ 403, 404, 415). Je me fais un devoir de relever cette faute, que j'ai constatée au cours du présent travail. Forme, dimensions. — Le corps est assez fortement convexe du côté dorsal, plus atténué en arrière qu'en avant, mais sur une longueur moins grande, ainsi qu'on l'observe dans les grands spécimens. La convexité est ordinairement régulière, mais elle peut se compliquer par le développement de trois dépressions longitudinales, l'une médiane, les deux autres latérales, qui sont dues à des phénomènes de contraction. Le cône anal est très court et parfois même nul, les deux pattes postérieures se trouvent alors à droite et à gauche de l'extré- mité postérieure, comme on l'observe dans l'exemplaire type, très bien figuré à ce point de vue par Audouin et Milne- Edwards (1833, PL XXII, fig. 5). De tous les exemplaires dont j'ai fait l'étude, les plus grands proviennent du Haut-Sarare où ils ont été recueillis par M. Geay; ils sont tous du sexe femelle et mesurent en moyenne 40 à 50 millimètres de longueur sur 5 à 7 milli- mètres de largeur; les dimensions de l'un d'eux atteignent 56 millimètres sur 6 1/2. La femelle type, qui est fort con- tractée, n'a que 35 millimètres de longueur, mais sa largeur maximum égale presque 4 millimètres. M. Geay a rapporté du Bas-Sarare un certain nombre de spécimens plus petits; deux d'entre eux sont des mâles qui mesurent 25 à 26 millimètres ANN. SC. NAT. ZOOL. II, 20 :î06 e.hl. bouvier sur 4; le plus petit est une femelle déjà nuire, qui a 23 milli- mètres sur 3 1/2. Coloration. — Dans les exemplaires bien conservés, la face ventrale est d'une teinte gris clair uniforme, mais la face dor- sale a une coloration bien plus compliquée. On y peut distin- guer trois zones longitudinales : une médiane, qui est la plus large, et deux latérales symétriques qui semblent un peu plus étroites. Les deux aires latérales sont d'une teinte brunâtre qui devient de plus en plus foncée a mesure qu'en se rap- proche de Faire médiane ; elles présentent une tache un peu moins obscure au-dessus de chaque patte. L'aire médiane a pour centre une ligne axiale noirâtre (parfois légèrement tein- tée de rouge), qui traverse, au niveau de chaque patte, une tache brune moins foncée, diffuse et vaguement triangulaire ou rhombique. Chacune de ces taches sert elle-même de centre à un losange plus clair qui s'étend sur toute la largeur de Taire médiane, le grand axe du losange correspondant au mi- lieu des pattes du même segment; les triangles isocèles, à som- met interne, que laissent en dehors les losanges, sont d'une leinte brun foncé, qui tantôt passe par tous les degrés à lit teinte brune des aires latérales, tantôt forme une ligne presque noire à la limite des deux aires. La tête et les an- tennes ont à peu près la même coloration brune que les triangles isocèles; les pattes sont très sensiblement de même ton que les faces correspondantes du corps. La coloration que je viens de décrire peut être considérée comme la plus caractéristique de l'espèce et se trouve bien conservée dans les exemplaires du Haut et du Bas-Sarare. Elle était vraisemblablement identique dans le type de l'espèce, comme on peut s'en convaincre en jetant un coup d'oeil sur la figure qu'en ont donnée Audouin et Milxe-Edwards (1883, PL XXII, fîg. 5). Aujourd'hui, cet exemplaire est devenu presque blanc, mais on peut encore, par endroits, y observer des traces de taches rhombiques. Dans un vieil exemplaire, sans indication de localité, qui se trouve au Muséum, les taches brunes diffuses deviennent des chevrons et occupent toute la largeur des losanges, les espaces clars de ces derniers se réduisant presque à des chevrons intercalaires. Ce spécimen MONOGRAPHIE DÈS ONYCHOPHORES 307 est vraisemblablement lin de ceux qu'a étudiés Blanchard. D'après M. Geay, les exemplaires du Sarare n'oiit pas beau- coup varié dans l'alcool ; leur coloration y est devenue seule- ment un peu plus foncée, mais elle s'atténue lentement et finira sans doute par disparaître. Dans les grands exemplaires, les papilles principales du dos sont subégales, les plus grandes étant ordinairement un peu plus claires que les autres, beaucoup plus dans une femelle capturée à Mérida (Venezuela). Ces différences de taillé et de coloration des papilles principales s'exagèrent beaucoup daiis les spécimens dé dimension plus réduites. Téguments. — Les téguments dorsaux (PL IX, fig. 74-78 présentent des différences assez considérables suivant la taille des individus. Chez les mâles et les petites femelles, ils res- semblent assez à ceux des espèces précédentes, en ce sens que les papilles principales sont de deux sortes : les unes assez grandes, cylindriques (fig. 5, p. 15) ou subconiques et géné- ralement de coloration claire, les autres toujours plus ré- duites, franchement coniques et comprises au nombre d'une ou deux entre les précédentes. Ces diverses papilles sont contiguës ou peu écartées les unes des autres, d'ailleurs ac- compagnées d'un très petit nombre de papilles accessoires minuscules, qui, parfois, s'intercalent par deux, l'une en avant, l'autre en arrière, entre deux papilles principales. Cette disposition n'est pas sans rappeler celle qu'on observe dans le P. juliformis et dans le P. Dommicœ; toutefois, les papilles principales sont plus rapprochées et leurs différences de taille beaucoup moins grandes. Dans les femelles de dimension plus forte, les papilles princi- pales deviennent presque toujours franchement contiguës, et les papilles accessoires s'intercalent rarement entre elles. Quoique de dimensions variées, oii peut dire qu'elles sont subégales, car les plus grandes ne se distinguent des autres ni par un volume beaucoup plus grand, ni par leur forme; toutes apparaissent cylindriques ou subconiques suivant l'état d'évagination où elles se trouvent; il est rare d'en rencontrer qu'on puisse con- fondre avec des papilles accessoires. Ces dernières sont presque toujours situées sur les flancs des plis ; elles varient en nombre 308 E.-L. BOUVIER suivant les exemplaires, mais sans devenir jamais aussi abon- dantes que dans le P. Trinitatis. Dans tous les spécimens, la ligne claire est fort nette, mais les organes clairs ne sont bien développés que dans les femelles de taille médiocre ou assez grandes, où ils semblent d'ailleurs très variables. Ces dernières se font également remarquer par labsence de toute différenciation dans les papilles qui avoisinent la ligne claire, tandis qu'une ou deux de ces papilles sont ma- nifestement plus réduites dans les petits exemplaires. Les plis sont de largeur égale et les incomplets commencent un peu au- dessus du milieu des flancs. Toujours la base des papilles prin- cipales est beaucoup plus développée que le cylindre du sommet. Fig. 111. — Peripatus Edwardsi Blanch., 9 type ; lames mandibulaires droites Gr. 72. Les téguments ventraux se subdivisent en plis complexes où les papilles sont multiples et de dimensions fort variées. Parfois, certaines papilles principales prédominent nettement parmi les autres et, généralement, ont une coloration un peu plus claire. Les organes ventraux sont très nets, mais on observe rarement des organes préventraux. Région céphalique. — La région oculaire est sensiblement la même que dans les espèces précédentes, mais Y organe frontal esl beaucoup plus développé, quoique à des degrés de différenciation fort divers : dans les grands exemplaire du Sarare, il se présente sous la forme d'un long arceau absolument dépourvu de saillies ; rhez certains des petits spécimens de la même région, on voit encore à sa surface les proéminences rudimentaires de 5 ou 6 pa- pilles; enfin, dans l'exemplaire type, ces dernières atteignent des dimensions normales et l'organe n'a plus de limites distinctes. Les antennes se dilatent un peu en avant et présentent de MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 309 45 à 48 anneaux moyens ou de grande taille. Le bout terminal est formé par 5 arceaux contigus, auxquels font suite deux arceaux très réduits et deux grands qui alternent avec les premiers. Les lèvres ont un lobe impair antérieur bien développé, au- quel font suite de chaque côté deux lobes puissants suivis d'un troisième plus petit. Le plafond buccal est tout à fait normal, mais les mandibule* (fig. 111) présentent des variations assez considérables dont je donne quelques exemples dans le tableau suivant : Type Ç du Bas-Sarare (long.45millim.). Autre Ç du Bas- Sarare (longueur 42milim.) Q du Darien Ç du lab. de ma- lacologie Grande Q du Haut- Sarare Autre grande 9 du Haut-Sarare Petit cf du Bas- Sarare LAME EXTERNE (Denis ac ess lires). Côlé droit. 1 1 1 +1 rud. 1 rud. 1 1 3 1 Côté gauche. 1 + 1 rud. Dents accessoires Côté droit LAME INTERNE. Denticules de la scie. I 1 + 1 rud. Côté gauche. Côté droit. 8 dents su moins. 11 13 12 13 12 11 Côté gauche. 10 12 11 On voit que la formule dentaire de cette espèce est assez variable ; pourtant le nombre des dents accessoires est rare- ment supérieur à l'unité et celui des denticules de la scie reste toujours compris entre 9 et 13. Pattes. — J'ai constaté dans le nombre des paires de pattes les variations suivantes : Type de l'espèce 30 paires. Femelles du Haut-Sarare 29 — (1 ex.), 31 (4 ex.), 32 (3 ex.). — du Bas-Sarare 29 — (1 ex.), 31 (1 ex.), 32 (1 ex.). — du Darien 29 — (1 ex.), 31 (1 ex.), 32 (1 ex.). — de Panama 32 — de Mérida (Venezuela). 33 — — de Paramaribo 30 — (2 ex.). Mâles du Bas-Sarare 28 — (1 ex.), 29 (1 ex.). $iO E-L. BQUVIER En somme, le nombre des pattes varie de 28 à 29 paires pour les mâles, de 29 à 33 paires pour les femelles. Les pattes sont cylindro-coniques, généralement peu écartées jes unes des autres et munies de soles à 4 arceaux sans rudimenl d'un cinquième. Les saillies ventrales de leur pied présentent ordinairement 2 soies, rarement 3, et quelquefois une seule; sur certaines pattes anormales on peut trouver 4 papilles pé- dieuses : 2 en avant et 2 en arrière Les tubercules un maires des pattes IV et Y échancrent un peu le 3 e et le 4 e arceau des soles et, le plus souvent, refoulent aussi ce dernier. Dans la majorité des cas, ils se continuent en avant avec le 3 e arceau, par l'intermédiaire d'un isthme plus ou moins étroit; mais cet isthme se déprime parfois fortement et parfois aussi disparaît, le tubercule restant isolé. Dans beaucoup d'exemplaires, les vésicules coxales sont très largement dévaginées. Caractères sexuels externes. — J'ai observé deux mâles de cette espèce, ils ont 26 millimètres sur 5 et proviennent du Bas- Sarare ; les orifices de leurs glandes anales sont séparés, très instincts et occupent la position ordinaire, un peu en avant de la commissure aniéro-inférieure de l'anus. Les tubercules spécimens. La face ventrale est de couleur chair, avec une raie médiane plus foncée, régulièrement interrompue par les organes ventraux. Téguments (PL X, fîg. 85). — La ligne claire de tous les spé- cimens est bien distincte, mais atténuée ou interrompue au bas des sillons ; les organes flairs font absolument défaut. Dans le type, les papilles dorsales ont une forte base sub- cylindrique et une étroite partie apicale. Elles sont très net- tement de deux sortes : les unes plus grandes, plus larges et à base plus élevée ; les autres inégales, plus basses et toujours plus réduites. Toutes ces papilles, quoique très serrées, présentent entre elles, dans chaque pli, une ligne transversale irrégulière où les écailles sont plus ou moins atrophiées. Cette disposi- tion n'est pas sans rappeler un peu celle que l'on observe dans le P. torquatus et dans les autres espèces du même groupe. Les papilles accessoires sont rares, fort petites et dissimulées MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 323 entre les papilles principales. Dans les deux autres spécimens, les papilles ont une base subconique et rappellent tout à fait, parleur disposition, le P. Edivardsi; les papilles accessoires, toutefois, ne paraissent jamais très nombreuses. Les plis dorsaux incomplets, régulièrement disposés, s'éten- dent presque jusqu'au milieu des flancs. Les organes ventraux sont bien distincts, mais on n'en saurait dire autant des organes préventraux. Région céphalique. — La région oculaire et les antennes ressemblent à celles des deux espèces précédentes ; les organes frontaux existent, mais présentent des variations notables et ne sont pas très différenciés . Fig. 115. — Peripatus Biol- leyi Bouv., ô type lame mandibulaire externe. Gr. 211. Fig. 116. — Peripatus Biolleyi Bouv., Ç type; lame mandibulaire interne avec une portion de la scie. Gr. 211. Les lames externes des mandibules ont une dent accessoire bien développée et, dans le type mâle (fig. 115), une seconde très réduite; sur les lames internes (fig. H 6) se trouve une scie de 10 ou 11 denticules, et une forte dent accessoire qu'un pro- fond sinus sépare du diastème. Pattes. — Les pattes sont au nombre de 26 paires dans l'un des exemplaires mâles, de 28 dans l'autre (le type) et de 30 dans le spécimen femelle. A l'exception de celles qui occupent les extrémités de la série, elles présentent toutes 4 arceaux bien développés et parfois même les rudiments d'un cin- 324 E.-L. BOUVIER quième. Quant aux pieds et aux vésicules enraies, ces appendices ressemblent à ceux des espèces précédentes. Les tubercules urinaires des pattes IV et V sont très caracté- ristiques. Toujours indépendants du 3 e arceau, dont ils échancrent un peu le bord proximal, ils refoulent très forte- Fig. 117. — Peripatus Biolleyi, tvpes; soles et tubercules urinaires de trois pattes. Gr. 64. ment l'arceau suivant et le divisent en tronçons qui se soudent parfois aux papilles voisines. La forme et la position relative de ces tronçons varie (fig. 117, 118) d'un spécimen à l'autre et dans les diverses pattes d'un spécimen, sans que cesse d'être la règle précédente ; il est rare que les tronçons soient réunis entre eux par des isthmes. Caractères sexuels externes. — Dans le mâle à 28 paires de pattes, j'ai constaté la présence d'une ou deux papilles crurales sur chacune des pattes des deux paires prégé- nitales ; dans l'autre mâle, la plupart de ces papilles ne sont pas apparentes. Les deux exemplaires se font remarquer l'un et l'autre par le fort développement de leurs papilles anales, qui forment une paire de saillies fortes et distinctes juste en avant de l'anus, du côté ventral. Anatomie et développement . — Les glandes salivaires se ter- minent au voisinage de la 4 e paire préanale, tantôt un peu en avant, plus rarement en arrière; presque toujours, elles con- servent jusqu'à la fin un calibre assez fort. Dans le mâle type, Fig. 118. — Peripatus Biolleyi Bouv., sole pédieuse et tubercule urinaire d'un autre individu. Gr. 64. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 325 leur large réservoir n'atteint pas tout à fait les pattes de la 2 e paire; dans F autre mâle, il atteint ce niveau, et, dans la femelle, il le dépasse sensiblement. Les organes génitaux mâles ressemblent tout à fait à ceux des espèces précédentes ; leurs vésicules prostatiques sont ovoïdes et situées entre les pattes préanales V-VII ; dans le mâle type, l'anse déférente atteint presque le cerveau ; dans l'autre, elle se recourbe vers le tiers antérieur du corps. Les glandes crurales sont toujours fort réduites. Celles de la paire de pattes prégénitales se présentent au nombre de deux de chaque côté, et l'une seulement déborde quelque peu dans le sinus latéral. Les glandes de la paire de pattes précédente sont bien plus petites et toujours incluses dans les appen- dices ; peut-être n'y en a-t-il qu'une pour chaque patte de cette paire. Les glandes anales paraissent assez puissantes ; elles se dilatent régulièrement d'arrière en avant et viennent se termi- ner à peu près au niveau des pattes de la 5 e paire préanale. Les ovaires sont, comme de coutume, réunis et juxtaposés dans une gaine commune, qui se continue par un funicule simple et assez long ; ce dernier va prendre attache sous le péricarde, entre les pattes préanales IV et V. La masse ova- rienne est située un peu plus en avant; dans son voisinage immédiat se trouvent les réceptacles séminaux qui mesurent respectivement 480 p sur 310 et 420 a sur 330. La femelle unique dont j'ai fait l'étude avait été capturée au mois de janvier; ses oviductes renfermaient quelques œufs utérins, et divers embryons dont les plus âgés dépassaient à peine le stade en spirale. Ceux-ci étaient encore fort éloignés du vagin dont les séparait le conduit utérin vide et à parois épaisses. La plupart des autres embryons présentaient un placenta. Habitat. — Tous les exemplaires de cette espèce ont été cap- turés par M. P. Biolley, qui, sur le conseil de M. P. Brôlemann, les offrit généreusement au Muséum d'histoire naturelle. Le mâle type fut pris aux environs de San José, dans la République de Costa-Rica, sur un plateau qui s'élève à 1 161 mètres d'alti- tude, et dont les eaux se partagent vraisemblablement entre le Pacifique et la mer des Antilles. Les deux autres, exemplaires furent capturés sur le versant du Pacifique, à Surubres, près 326 E.-L. BOUVIER de San Matteo, sur les bords de la rivière Surubres, par 250 mètres d'altitude. Au lieu de se trouver sous le bois pourri, comme l'exemplaire précédent, ils étaient tapis sous des pierres, dans le sable humide, près des bords du cours d'eau. Un troisième spécimen, recueilli dans les mêmes conditions, a été conservé par M. Biolley, pour le Musée de Costa-Rica. Affinités. — Cette espèce se rapproche surtout du P. Edwardsi, mais elle présente ordinairement beaucoup moins de papilles accessoires, et, dans certains cas, ses papilles prin- cipales ne sont pas sans rappeler quelque peu le P. Domi- nicœ ou le P. torquatus. Elle se distingue de tous les Péripates caraïbes précédents parla position de ses tubercules urinaires, qui s'isolent franchement du 3 e arceau des soles et s'avancent dans le 4 e qu'elles dissocient. C'est le signe d'une évolution avancée. 29. Le Péripate du Nicaragua. [Peripatus nicaraguensis E.-L. Bouvier.) (Voir les fig. 119, 120, 121 du texte.) 1874? Peripatus T. Belt, The Naturalist in Nicaragua, 140-141 (H). 1879? — H. N. Moseley, Ann. Nat. Hist. (5), vol. III, 265 (M). 1900. — nicaraguensis E.-L. Bouvier, Bull. Soc. ent. de France, 395 (M). Plis dorsaux et papilles dorsales de P. Edwardsi ; toutefois, l'es papilles principales sont moins inégales et les papilles accessoires beaucoup moins nombreuses. Une dent accessoire sur chaque lame mandibulaire et 11 denticules à leur scie. Pattes au nombre de 32 paires dans la femelle; soles pédieuses fort étroites et à4 arceaux très réduits ; tubercules urinakres des pattes IV et V complètement libres, échancrant à peine le 3 e arceau des soles et rejetant obli- quement le 4 e . Longueur, 46 millimètres ; largeur maximum. 6 millimètres. — Habite le Nicaragua. Historique. — J'ai décrit (1900 h , 395) sous le nom de P. ni- caraguensis, un Péripate que m'a communiqué en 1900 le Musée de Berlin et qui provient du Nicaragua, où il fut recueilli par le D r Rothschule ; par sa morphologie générale, cet exemplaire se rapproche surtout du P. Edwardsi, mais il MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 327 s'éloigne de tous les autres Péripates caraïbes par la réduction extrême de ses soles pédieuses qui sont fort étroites. Il est possible qu'on doive attribuer à la même espèce un autre Péripate signalé parBELT (1874, 140, 141) à SanBenito, dans le Nicaragua; mais on saura difficilement la vérité sur ce point, car il semble bien que cet exemplaire soit perdu. D'après M. Moseley, il avait 31 paires de pattes (1879, 265). La description suivante s'applique au type du Musée de Ber- lin ; elle est purement morphologique et ne contient aucune notion sur les organes frontaux. Forme, dimensions. — Le type de l'espèce est une femelle qui ressemble de tous points, par sa forme, au P. Edwardsi; il mesure 46 millimètres de longueur sur 6 de largeur. Coloration- — La face dorsale, est d'un brun noirâtre assez uniforme ; pourtant on observe une ligne plus foncée au milieu du dos, et de chaque côté, un peu en dehors de cette ligne, une bande longitudinale assez large qui est également de teinte plus sombre que le reste des téguments. Les antennes sont d'un brun presque noir ; les pattes et la face ventrale ont une colo- ration grise plus ou moins noirâtre. Téguments. — Les plis dorsaux sont disposés de la même manière que ceux du P. Edwardsi et les papilles qui les recou- vrent appartiennent également au même type ; pourtant, les papilles principales sont de taille moins variable et les papilles accessoires qui les accompagnent paraissent beaucoup moins nombreuses. La région médiane du dos est occupée par des papilles plus réduites ; elle forme une bande étroite que limitent, de deux en deux plis, des papilles principales plus fortes. Région céphalique. — La région céphalique ne diffère pas notablement de celle du P. Edwardsi; je noterai cependant ([lie le lobe labial antéro-médian (fig. 119) est réduit, que les deux lobes pairs qui lui font suite sont très développés et que les autres sont de dimensions médiocres ; on trouve en ar- rière un lobe impair d'assez grande taille. Les lames des mandibules (fig. 120) n'ont qu'une dentac- cessoire et leur scie se compose de 1 1 denticules ; un très pro- fond hiatus sépare cette scie de la dent accessoire. 328 E.-L. BOUVIER Pattes. — Les pattes forment 32 paires et portent presque Fig. liy. — Peripatus nicara- Fig. 120. — Peripatus nicavaguensis Bouv., type ; gùensis Bouv., type; lèvres lames mandibulaires d'un côté. Gr. 46. grossies. toutes des vésicules eoxales largement dévaginées. Les soles pédieuses sont remarquablement étroites, leur 4 e arceau se «#■ Fig. 121. — l'eripatus nicaraguensis Bouv., type; soles grossies d'une patte du milieu du corps et de la 4 e patte droite. réduit à une courte surface sétif ère, deux fois plus longue que large et de forme assez irrégulière. Les tubercules urinaires des pattes IV et V (fig. 121) son! complètement indépendants du 3° arceau des soles, qu'ils échancrent un peu ; ils refoulent fortement et rejettent de côté le 4 e arceau qui, de la sorte, laisse complètement libres leurs bords proximal et supérieur. Habitat. — Le type unique de cette espèce a été capturé à Matagalpa (Nicaragua), par M. le D r Rothschule (Musée de Ber- lin). L'exemplaire de Belt, dont j'ai fait mention ci-dessus, provenait de San Benito, dans la vallée de San Antonio, au Nicaragua. Affinités. — Le P. nicaraguensis.se rapproche évidemment beaucoup du P. E&wardsi, mais il s'en distingue par ses soles MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 329 pédieuses fort réduites et surtout par le 4 e arceau de ces soles qui est en voie d'atrophie manifeste. Ces deux caractères sont l'indice d'une évolution très avancée, comme l'isolement des tubercules urinaires des pattes IV et V. Aussi me paraît-il rationnel de placer le P. nïcaraguensïs au som- met du groupe des Péripates caraïbes et de le considérer comme une forme qui permet d'expliquer les Péripates africains. On sait, en effet, que ces derniers se distinguent morphologique- ment des Péripates caraïbes par leurs soles pédieuses réduites à 3 arceaux et par l'isolement de leurs tubercules urinaires au- dessus des soles ; or, le 4 e arceau des soles est en voie de ré- gression manifeste dans le P. nïcaraguensïs , et son atrophie complète aurait pour résultat de donner aux pattes les deux caractères morphologiques essentiels des Péripates africains. Je signale plus loin (p. 333) les très grandes affinités de cette espèce avec le P. Biolleyi. Peripatus nïcaraguensïs var. isthmicola E.-L. Bouvier. (Voir PL X, fig. 86, 87 et, dans le texte, les lig. 40 (p. 37), 122, 123, 124.) 1902. Peripatus nicâraguensis var. isthmicola E.-L. Bouvier, Bull. Soc. ent. de France, 239-240 (M). 1904. — Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VI, 31 (A). Extérieure nient se distingue de l'espèce typique : /° Par ses papilles principales fort inégales et par ses papilles accessoires ordinairement bien développées; T Par ses soles pédieuses un peu moins réduites ; 3° Par ses lames mandibulaires internes qui, dans la majorité des cas, ont deux dents accessoires au lieu d'une seule. A l'intérieur, ressemble surtout au P. Biolleyi, mais, au contraire de cette espèce, présente des funicules ovariens séparés en avant. La variété est représentée jusqu'ici par cinq spécimens, quatre femelles et un mâle, qui proviennent de la République de Costa- Ricaoù ils ont été recueillis par M. Biolley : le mâle compte 26 paires de pattes et 20 millimètres de longueur; deux femelles ont 29 paires de pattes, une troisième 31 paires et la quatrième 32 ; la plus grand mesure 46 millimètres sur 5 et demi, la plus petite, 20 millimètres sur 2 et demi. 330 E.-L. BOUVIER J'ai décrit l'un de ces spécimens en 1902 (1902e, 239-240) ; les quatre autres me sont parvenus depuis lors. Morphologie. — Après quelques mois dans l'alcool, la femelle type présentait du côté dorsal une teinte violacée bru- nâtre uniforme sauf sur la ligne médiane qui était de coloration plus sombre ; la face ventrale tirait sur le rose jaunâtre et les antennes sur le noir. Les deux femelles récemment capturées dans la plaine de Santa-Clara, présentent à peu près la même coloration ; à l'état vivant, au contraire, le plus petit de ces exemplaires, dit M. Biolley, avait une teinte « rouge-lie foncé » et le plus grand « une belle coloration orange qui a disparu d'ailleurs presque immédiatement après sa submersion dans l'alcool ». Les deux autres exemplaires, probablement décolo- rés, étaient d'un blanc jaunâtre sur le dos, et légèrement lavés de rose sur la face ventrale. Les dimensions des exemplaires sont les suivantes : . Longueur. Largeur max. Ç de San José (type) à 29 paires de pattes . 20 mm 2 mm ,5 Grande 9 de Cachi à 29 46 mm 5 mm ,5 tf de Cachi à 26 20 mm 2 mm ,5 Les plis dorsaux (PL X, fîg. 86, 87) sont disposés de la même manière que dans le P. niearaguensis , mais leurs papilles prin- cipales appartiennent à deux types, les unes étant très prédomi- nantes, les autres nettement plus petites et généralement au nombre de trois entre deux grandes. Contrairement à ce que je croyais tout d'abord, ces différences ne sont pas fonction de la taille, car elles présentent le même développement dans tous les spécimens, et s'exagèrent particulièrement dans les grandes femelles et dans le mâle. Dans ce dernier, les papilles accessoires sont peu apparentes; dans les deux autres, elles se multiplient et acquièrent un réel développement, ce qui donne aux téguments dorsaux une grande ressemblance avec ceux du P. Dominicœ, encore que le sommet des papilles principales soit toujours beaucoup plus réduit. Les autres caractères des téguments sont ceux de l'espèce typique. Les lames mandi biliaires externes (fig. 122) ne présentent qu'une dent accessoire; quant aux lames internes (fig. 123), elles en ont deux bien développées, sauf dans l'exemplaire type où la dent accessoire la plus petite est rudimentaire. Sur la scie mandibulaire se trouvent de 10 à 12 denticules. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 331 Les soles pédieuses sont un peu plus développées que celles du P. nicaraguèhsis, en ce sens que leur 4 e arceau est ordinai- rement moins rudimentaire. Les très grands tubercules urï- naires des pattes IV et V (fîg. 124) refoulent largement cet ar- J?ig. 122 et 123. — Peripatus nicaraguensis\a.v. isthmicolà Bouv., grande 9 de Gachi: lames mandibulaires d'un côté. Gr. 72. ceau, qui se réduit presque toujours à un ou deux fragments fort petits et souvent même à peine distincts. Fig. 124. — Peripatus nïcaraguensis var. IsthmlcolaBouv. ; sole et tubercule urinaire de la 4 e et de la 5 e patte droites. Gr. 64. Dans l'exemplaire mâle, j'ai observé des papilles crurales sur les pattes des deux paires prégénitales : deux sur la patte droite et une sur les trois autres. Les papilles anales ne faisaient pas suffisamment saillie pour être apparentes. Anatomie, développement. — Les glandes salivaires se termi- nent entre l'orifice génital et les pattes préanales de la 4 e paire; leur réservoir se prolonge jusqu'au voisinage des pattes II. L'anse déférente de Y exemplaire mâle s'avance jusqu'à la région buccale, et les vésicules prostatiques largement ovoïdes 332 E.-L. BOUVIER se trouvent au niveau des pattes préanales VIII-X. Les glandes- anales sont semblables à celles du P. Biolleyi, mais un peu plus développées ; leur extrémité libre et dilatée se trouve entre les pattes préanales VI- VII. Quant aux glandes crurales, elles sont représentées au moins par une paire qui débouche au dehors sur les pattes prégénitales et qui se prolonge dans le sinus latéral sur la longueur de 2 à 3 segments. Les ovaires de la grande femelle de Cachi (fig. 40, p. 37) sont situés au niveau de la 9 e paire de pattes préanales ; ceux du type et de la grande femelle de Santa Clara, beaucoup plus courts, se trouvent au niveau de la 6 e paire préanale, et occu- pent la cavité d'une enveloppe commune, dont ils s'isolent eu arrière. Dans les trois exemplaires, chaque ovaire se prolonge par un funicule indépendant qui, après un trajet plus ou moins long(l), se dilate pour se réunir à son congénère et se fixer sous le plancher péricardique vers le niveau de la 5' paire de pattes préanales. Chaque femelle est munie de réceptacles séminaux et de réservoirs ovulaires parfaitement normaux; dans la grande fe- melle de Cachi, les réceptacles mesurent 435 \>. sur 280, et 360 p sur 290 ; dans le type, ils ont 360 u. sur 270 (fig. 40, p. 37). Malgré sa faible taille, la petite femelle renferme déjà des embryons dont les plus âgés se trouvent au stade en spirale. Dans les grandes j'ai observé des embryons à divers stades, les uns aussi jeunes que possible, les plus âgés sur le point de naître et déjà pigmentés ; ceux-ci mesurent 23 millimètres sur 2, ce qui est, à très peu près, la dimension du mâle et de la petite femelle adultes. Par conséquent, la maturité sexuelle doit être rapidement acquise. J'ai compté 10 embryons (fig. 40, p. 37) dans chaque branche utérine de la grande femelle de Cachi, et de 27 à 29 paires de pattes dans plusieurs de ces embryons. Habitat. — C'est à M. Biolley que le Muséum de Paris est redevable des cinq spécimens de cette variété ; trois provien- nent du plateau qui, dans la République de Costa-Rica, réunit le versant du Pacifique au versant de la mer des Antilles : ce (1) Dans la grande femelle de Santa Clara, une mince lame conjonctive réunit les deux i'unicules dans leur partie antérieure, où ils apparaissent, au surplus, bien écartés et nettement distincts. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 333 sont la femelle type qui fut capturée en juillet, par 1 100 mè- tres d'altitude, aux environs de San José et les deux exem- plaires, trouvés à Cachi, sous un même tronc de bois vermoulu. Les deux autres exemplaires furent pris, dit M. Biolley, « au mois de décembre 1904, sur les bords de la rivière Reventazon, dans les plaines de Santa Clara (versant de l'Atlantique) , à une altitude de 100 à 150 mètres, c'est-à-dire dans les terres chaudes. Ils se trouvaient à l'aisselle de feuilles de Cocotier desséchées ». Affinités. — J'ai donné à cette variété le nom dJisthmicola, à cause de son habitat dans l'isthme qui réunit les deux Amé- riques ; on a vu plus haut comment elle diffère du P. nïcara- guensis normal. Comme lui, elle se trouve au stade évolutif le plus avancé dans le groupe des Péripates caraïbes, car si elle a des soles pédieuses un peu moins réduites, elle se distingue d'ailleurs par l'atrophie remarquable du 4 e arceau de ces soles sous l'influence des tubercules urinaires. En fait, dans la variété qui nous occupe, les soles des pattes IV et V se réduisent presque à 3 arceaux. Dans le P. Biolleyi, qui habite exactement la même région, les papilles principales sont moins dissemblables, les soles pédieuses sont beaucoup plus grandes et présentent tou- jours un 4 e arceau bien développé, les lames mandibulaires externes n'ont qu'une dent accessoire, les glandes salivaires sont un peu plus courtes, les glandes crurales débordent peu dans le sinus latéral, le funicule ovarien reste simple et réu- nit étroitement les ovaires, en outre, la coloration se distingue par la présence de losanges dorsaux. Les deux formes sont donc essentiellement différentes, encore qu'elles présentent presque exactement le même nombre de pattes. Les Péripates africains. 1900. Péripates du Congo E.-L. Bouvier, Quat. J. M. Se, vol. XLUI, 370. 1901. Mesoperipatus R. Evans, Quat; J. M. Se, vol. XL1V, 482. 1902. Veripatus africains E.-L. Bouvier, Zool. Jahrb. Anat., Suppl. V, 719-723. 1904. — — Nouv. Arch. du Muséum (4), vol. VI, p. 10. Le groupe des Péripates africains selimite jusqu'ici à une seule espèce, le P. Tkbllohi, que j'ai fait connaître au début 334 E.-L. BOUVIER de mes recherches (1898 a , 1898 b ), et qui habite la région du Congo. Par la position des tubercules néphridiens, par la structure des pieds et par l'ensemble de ses caractères anato- miques et embryogéniques, cette espèce se rapproche des Péripates caraïbes ; mais elle en diffère par la réduction des soles à 3 arceaux, par le groupe- ment des embryons avancés dans des poches utérines terminales, par l'ouverture des glandes anales dans une fente excrétrice commune et par l'isolement complet des deux moitiés de l'appareil génital femelle en avant du vagin. Le premier de ces caractères (fîg. 125) indique une évolution avancée et rapproche le P. Thollonï des espèces caraïbes où se réduit le 4 e arceau des soles (P. Biolleyi, P. nicaraguensis) . Il semble aussi rapprocher cette espèce des Ony- chophores sud-africains, et j'ai cru d'abord (1898 a , 1361 ; 1898 b ) que ces derniers se rattachaient aux espèces caraïbes par l'inter- médiaire des Péripates congolais ; mais il m'a fallu reconnaître (1900 b , 68, 1900 e , 1900 f ), que cette conception reposait sur des fondements superficiels, qu'en réalité les Onychophores de l'Afrique australe se lient étroitement aux espèces océaniennes, et qu'ils ne présentent que des affinités lointaines avec les Péri- pates caraïbes. Le groupement des embryons avancés dans des poches uté- rines terminales (voir fîg. 31, p. 30) éloigne le P. Thollonï de toutes les espèces de la famille, à l'exception du P. nicara- guensis var. isthmicola (voir fig. 40, p. 37). Cette disposition rapproche notre espèce des Peripatopsis primitifs tels que le P. Sedgwicki; mais cette analogie n'est pas autre chose que le résultat d'une convergence et n'indique nullement des affinités avec les Peripatopsis. Quant à la réunion des orifices des glandes anales dans un Fig. 125. — Peripatus Thollo ni Bouv., 9 capturée par M. Haug; patte gauche de la 4 e paire avec son tu- bercule urinaire. Gr. 23. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 335 sillon excréteur commun, elle m'a d'abord paru réalisée dans un embryon, et je l'ai observée récemment dans un mâle adulte (%. 126). Ce caractère doit être considéré comme secondairement " *-" acquis ; il est le fruit d'une évolution qui éloigne le P. Tholloni des autres représentants du même genre et le rapproche des E ope ri pat m. Chez ces derniers, toutefois, la réunion des glandes anales semble assez profonde , tandis qu'elle est tout à fait superfi- cielle dans le P. Tholloni. La séparation complète des deux moitiés de l'appareil génital femelle, en avant du vagin (voir fig. 31, p . 30), n'existe nulle part ailleurs dans la classe des Onychophores ; elle se manifeste de bonne heure dans l'embryon (fig, 127), sans Fig. 126. — Peripaius Tholloni Bouv., ô capturé par M. Haug ; extrémité postérieure du corps vu du côté ventral et montrant la dépression où viennent dé- boucher côte à côte les glandes anales. Grossie. Fig. 127. — Peripatus Tholloni Bouv. ; organes génitaux femelles et partie postérieure du corps (ouverte et disséquée) d'un embryon presque mûr. O, ovaire; S, récep- tacle séminal; U, utérus ; R, rectum rejeté en arrière; 22, 23, 24, 25 les quatre pattes postérieures d'un côté. Quelques fibres, qui disparaîtront plus tard, rattachent encore les ovaires à la paroi du corps. Gr. 31. d'ailleurs retentir en quoi que ce soit sur les autres caractères des organes sexuels. Cette particularité est certainement d'ac- 336 E-L. BOUVIER quisition récente ; quoique fort curieuse, elle rie semble pas présenter de signification spéciale et résulte probablement du flottement des ovaires, flottement qu'on observe dans le P. Tholloni, comme dans certains Péripates (P. Lankesteri, P. Goudotï) et Péripatopsis (P. Sedgwicki, P. Moseleyï). Ces caractères sont-ils génériques ou de nature spécifique? on ne saurait le dire, et il convient d'attendre, pour se pro- noncer, une exploration minutieuse de l'Afrique tropicale. Là certainement existent des espèces inconnues, plus ou moins voisines du P. Tholloni, et dont on doit attendre la décou- verte pour fixer la valeur systématique du groupe des Péri- pates africains. Ce que l'on peut dire actuellement, c'est que le P. Tholloni appartient à la série évolutive des Péripates américains, qu'il provient d'une migration de ces derniers sur la terre africaine, et que sa différenciation spéciale ne re- monte probablement pas au delà de l'époque où l'effondre- ment atlantique a séparé le nouveau continent de l'ancien. Faire de cette espèce le type d'un nouveau genre comme l'a proposé M. Willey (1898 e , 3), et attribuer à ce nouveau genre le nom de Mesoperipatus comme l'a fait M. Evans (1901 e , 480), c'est peut-être trop présumer des futures découvertes que nous réserve le centre africain. Si les Péripatidés de cette région présentent en commun les caractères propres du P. Tholloni, on devra se ranger à l'avis de M. Willey et accepter la dénomination introduite par M. Evans ; mais s'ils se ratta- chent par tous les degrés aux espèces américaines, il con- viendra de les ranger dans le genre Peripatu.s, comme ces der- nières. En attendant, je crois qu'il est sage de considérer le P. Tholloni comme un Pefïpatus à évolution spéciale, et duquel se rapprochent certains Péripates caraïbes par la réduction de leurs soles (P. nïcaraguensis , P. Biolleyi), cer- tains Péripates andicoles (P. Lankesteri, P. Goudotï), par leurs ovaires flottants. Les tubercules urinaires des pattes IV et V étant situés au-dessus du 3 e arceau des soles, l'espèce se rapproche surtout des Péripates caraïbes et dérive certai- nement de ces derniers. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 337 30. Le Péripate de Tholloni. (Peripatus Tholloni E.-L. Bouvier.) (Voir PL II, fig. 11, PL X,fig. 88, 89 et, dans le texte, lesfig. 7 (p. 16), 30 (p. 29), 31 (p. 30), 125 (p. 334), 126 et 127 (p. 335), 128, 129, 130, 131.) 1898. Peripalus Tholloni E.-L. Bouvier, G. R. Acad. des Se, vol. CXXVI, 1359- 1360 (M). Bull. Soc. entom. de France, 197-198 (A,E). — — Int. Gongr. Zool. Gambridge, 269- 270 (M). — A. Willey, Anat. and Devel. of Peripatus Novae Bri- tanniœ, 3 (note). 1899 E.-L. Bouvier, G. R. Acad. des Se, vol. CXXVlll, 1344 (M). 1900. W. F. Purcell, Ann. South Afr. Mus., vol. II, 73, 111, E.-L. Bouvier, Bull. Soc. ent. de France, 395 (M). 1901. Mesoperipatus TholloniR. Evans, Quat. J. M. Se, vol. XL1V, 478,479,482. 1901. Peripatus Tholloni, A. Sedgwick, Cambridge Nat. Hist., vol. V, 26. 1902. E.-L. Bouvier, Bull. Soc. entom. de France, 160 (A). — A. Sedgwick, Encvcl. bi il., vol. XXXI, p. 612. 1903. — E. Haug, Bull, du Mus., 221 H). 1904. • E.-L. Bouvier, Nouv. Arch. du Mus. (4), vol. VI, 10 (A). • — — Bull. Soc. ent. de France, 193 (A). Plis dorsaux alternativement larges et étroits, continus sur toute la largeur du dos, à papilles principales unisériées, conti- guës, de dimensions variables et plus grandes sur les grands plis que sur les petits; papilles accessoires petites , situées sur les flancs des plis, rarement entre les grandes papilles et assez souvent au fond des sillons où elles se cachent et établissent par fois des anasto- moses entre les plis. Ligne claire assez distincte et accompagnée d'or- ganes clairs ; organe frontal très variable. Une dent accessoire sur les lames mandibulaires ; scie des lames internes armée de 1*2 à 14 denticules et séparée de la dent accessoire par un diastème profond. Pattes munies de 3 arceaux sur les soles, et de 3 papilles sur le pied, 2 en avant et 1 en arrière; ces appendices sont au nombre de 23 à 24 paires chez les mâles, de 24 à 27 chez les femelles. Tubercule urinaire des pattes IV et V situé au-dessus du 3 e arceau des soles, qu'il échancre un pe . Glandes salivaires détendant sur les trois quarts environ de la longueur du corps, et munies de réser- voirs qui atteignent les pattes de la 2 e paire. Mâles munis de ANN. SC. NAT. ZOOL II, 22 338 E.-L. BOUVIER landes anales qui débouchent en avant de l'anus dans un sillon commun. Ovaires de l'adulte séparés, libres, sans funicule, et situés entre les pattes VII et XII; oviductes absolument indé- pendants sur toute leur longueur, des réceptacles séminaux de 490 [j.; des réceptacles oculaires. Longueur des femelles, de 5$ à 60 millimètres ; longueur d'un mâle, SS millimètres. — Habite le Congo français. Cette espèce a été dédiée au regretté voyageur Thollon, qui l'a découverte. Historique. — Le P. Tlwlloni compte certainement parmi les types les plus curieux et les plus suggestifs de la classe ; l'étude très succincte que j'en fis primitivement (1898% 1358- 1361; 1898\ 197-198) eut pour résultat de montrer que les Onychophores ne sont pas localisés dans quelques îles océa- niennes, dans l'Amérique tropicale et dans l'Afrique du Sud comme on le croyait jusqu'alors, mais qu'ils existent aussi dans le centre du continent africain et qu'ils s'y présentent avec des caractères tout à fait inattendus. J'avoue d'ailleurs bien franchement que je me suis trompé au début en consi- dérant le P. Tholloni comme une forme intermédiaire entre les Peripatus américains et les Peripatopsis de l'Afrique australe. En fait, il ne m'a pas été difficile d'observer depuis lors que les Peripatopsis se rattachent essentiellement aux Onychophores océaniens (1900 g , 654) et que le P. Tholloni, comme les formes indo-malaises, appartient à la même série évolutive que les Péripates caraïbes (1900 e , 373 ; 1900\ 395). Malgré ces affini- tés évidentes, l'espèce se distingue des autres Peripatus par des caractères qui lui sont propres : les uns morphologiques, comme la présence de trois soles pédieuses, les autres anato- miques ou embryogéniques, comme l'indépendance des deux ovaires, le groupement de plusieurs embryons dans un même sac utérin (1898 b , 198), et la réunion des orifices des glandes anales (1904 d ). A cela près, elle ne diffère pas des autres formes du genre. Plusieurs zoologistes, entre autres M. Willey (1898 e , 3) et M. Richard Evans (1901% 478), ont proposé d'établir, pour le P. Tholloni, un groupe générique distinct. J'ai combattu plus haut (Voy. p. 336) cette manière de voir qui s'accorde peu MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 339 jusqu'ici avec tout ce que l'on sait de l'histoire naturelle des Onychophores. Les exemplaires que j'ai utilisés dans mes recherches sont au nombre de neuf : les deux femelles types trouvées par ïhollon, deux femelles recueillies en 1903 par M. le Pasteur Haug (1903, 221), enfin quatre femelles et un mâle capturés il y a quelques mois (1904 d ) par le même missionnaire. Forme (PL II, fig. H), dimensions. — - Par sa forme, le P. Tholloni ne diffère pas des autres espèces du genre. Par ses dimensions, il se place au rang des espèces d'assez grande taille : l'une des femelles capturées par Thollon atteint 60 mil- limètres de longueur, l'autre 52 millimètres sur 6 millimètres de largeur maximum; au surplus, la grande femelle de M. Haug mesure actuellement GO millimètres sur 5,20, et la petite 50 millimètres sur 3,75. M. Haug (1903, 221) a relevé les dimensions de cette dernière quand elle était vivante; sa longueur variait de 30 à 60 millimètres (sauf les antennes), sa largeur de 5 millimètres à 3 1/2 ; ses antennes pouvaient atteindre de 2 à 8 millimètres de longueur et ses pattes de 1 millimètre 1 /2 à 4 millimètres. La longueur du mâle est de 38 millimètres. Coloration. — Ayant séjourné longtemps dans l'alcool, les femelles de Thollon s'étaient décolorées et avaient pris une teinte uniforme d'un blanc grisâtre; pourtant les soles pédieuses avaient conservé leur coloration rousse et une ligne brunâtre occupait l'axe du dos. Les spécimens recueillis par M. Haug me sont parvenus très vite après leur capture et fort peu décolorés. Quand je les reçus, ils avaient une teinte d'un brun noirâtre lavée de rose violacé, leur face ventrale était plus claire et plus fortement teintée de rose, les soles pédieuses se distinguaient par leur coloration rousse et les yeux par une teinte absolument noire. On n'ob- servait pas la moindre trace de losanges pigmentaires, mais une étroite bande noire suivait toute la ligne médiane du dos. Les plus grosses papilles des grands plis dorsaux avaient une teinte sensiblement plus claire dans leur moitié supérieure, abstraction faite du cylindre apical. Depuis neuf mois, ces exemplaires se sont partiellement décolorés, et l'étiquette qui 340 E.-L. BOUVIER plonge avec eux dan* l'alcool a pris une teinte rose qui dispa- raît à la lumière. Téguments. — Les plis dorsaux sont alternativement larges et étroits, continus sur toute la largeur du dos et au nombre de 12 par segment. La ligne claire qui les traverse axialement est toujours fort étroite, quoique très distincte, et fait songer bien plus aux Péripates américains qu'aux Péripates indo- malais; les organes clairs sont arrondis, larges, et font rare- ment défaut. Les plis tégumentaires présentent une ran- gée de papilles principales- de tailles diverses (PI. X, fig. 88), mais qui ne peuvent se diviser en plusieurs groupes tant sont nombreuses et variées les transitions qui les rapprochent ; elles apparaissent plus grandes dans les grands plis, plus réduites dans les petits, et ont un diamètre moyen de 150 à 250 a. Sur le dos, elles présentent toujours la forme d'un cône et leur cylindre apical, fort réduit, n'est presque jamais apparent; sur les pattes, elles ont une forme à peu près semblable, mais leur cylindre apical est plus fréquemment dévaginé. Les papilles accessoires occupent particulièrement (PI. X, fig. 89) les grands plis, où elles s'intercalent fréquemment entre les papilles principales. Elles abondent surtout dans les exemplaires de M. Haug et s'y développent de préférence sur les flancs des plis, parfois même au fond des sillons; dans ce dernier cas, on peut les voir se grouper en petites séries qui passent obliquement d'un pli à l'autre ; de sorte que les plis dor- saux, en apparence d'une régularité extrême, manifestent une vague tendance à se compliquer et à se réunir suivant la forme réticulaire. Les plis ventraux sont, comme de coutume, très divisés; leurs papilles fort réduites ont un diamètre moyen de 15 à 30 y. ; il en est d'ailleurs de beaucoup plus petites. Les organes ventraux se présentent sous la forme de fossettes très distinctes, où, d'ailleurs, la différenciation tégumentaire est réduite à l'atrophie des papilles; les organes préventraux sont également fort distincts, mais leur différenciation réelle est presque nulle. Les stigmates ont en moyenne un diamètre de 20 (*; du côté dorsal, il y en a 3 à 4 par millimètre carré, tandis qu'ils sont d'une rareté extrême du côté ventral. MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 341 Région céphalique. — Vœil du petit exemplaire a un dia- mètre maximum de 200 \j. ; il est accompagné d'un petit ar- ceau intercalaire qui vient se loger entre l'arceau infra-oculaire et l'arceau oculaire; ce dernier présente parfois un organe frontal assez net. Les papilles frontales ne se prolongent pas entre les arceaux frontaux. Les antennes s'atténuent régu- lièrement de la base à l'extrémité libre, et c'est à peine si elles pré- sentent une légère dilatation au Fig. 128. — Peripatus Tholloni Bouv., d" capturé par M. Haug ; lèvres et pla- fond buccal. Grossis. Fig. 129. — Peripatus Tholloni Bouv , Ç tvpe ; lame mandibulaire externe. Gr. 64. niveau de leur région distale. Cette dernière est occupée par 6 grands arceaux contigus, sans compter le bouton du som- Fig. 130. — Peripatus Tholloni Bouv., 9 type : lame mandibulaire interne. Gr. 64. met; le reste de l'antenne présente 22 grands arceaux qui alternent très régulièrement avec autant d'arceaux beaucoup plus réduits ; de sorte que chaque antenne compte en tout 50 ar- ceaux, dont 28 grands et 22 petits. Les lèvres (fig. 128) sont très déformées dans les deux types 342 E.-L. BOUVIER de l'espèce ; dans les autres exemplaires, on peut constater que les deux paires de lobes antérieurs sont infiniment plus dévelop- pées que la troisième, et qu'elles forment avec elles un arceau indépendant presque dépourvu de papille médiane impaire. Les lames mandi biliaires (fig. 129) sont armées d'une seule dent accessoire. La scie des lames internes porte 12 à 14 denti- cules (fig. 130); elle est séparée de la dent accessoire par un diastème convexe et profond. Pattes (fig. J 25, p. 334). — On compte 24 paires de pattes dans le grand spécimen type et 25 dans le petit ; dans cinq des femelles capturées par M. Haug, ces appendices sont au nombre de 27 paires, dans une autre au nombre de 26; le mâle adulte a 24 paires de pattes. Les pattes de F avant-dernière paire sont nettement plus réduites que les précédentes, mais bien plus grandes que les dernières, qui sont remarquables par leurs faibles dimensions ; les pattes des paires post-buccales se déve- loppent moins que les suivantes, toutefois ces différences sont moins accentuées et s'atténuent par degrés quand on passe d'une patte à l'autre. Les soles des pattes postérieures comptent un ou deux petits arceaux; toutes les autres sont grandes et comprennent trois arceaux inégalement longs, mais de lar- geur égale. Le dernier arceau de chaque sole est toujours embrassé par une rangée de papilles très régulières et conti- guës, dans lesquelles un certain nombre d'écaillés deviennent sétiformes (voir fig. 125, p. 334); cette couronne papillaire représente évidemment l'ébauche d'un 4 e arceau qui ne s'est pas complètement développé; quelques papilles analogues conti- nuent sur les côtés le 2 e et surtout le 3 e arceau. Le pied a une structure tout à fait normale, et porte une soie spiniforme sur chacune de ses quatre saillies internes; il est muni de deux papilles en avant et d'une en arrière, comme celui des Péripates caraïbes. Les fentes coxales ont la même longueur que celles des Pé- ripates américains, mais elles paraissent ne pouvoir se déva- giner que dans leur partie inférieure, sur les deux tiers les plus rapprochés des soles pédieuses. C'est du moins ainsi que je les ai vues dans les deux types de l'espèce, surtout dans la petite femelle, où on les trouvait saillantes sur presque toutes les MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 343 pattes, y compris les antérieures et celles des deux dernières paires. La partie supérieure de la fente est représentée par un sillon, au sommet ventral duquel se voit presque toujours l'ori- fice néphridien normal. Les tubercules urinaires des pattes IV et V (voir fîg. 1 25, p. 334) sont situés à la même place que dans les Péripates caraïbes, c'est-à-dire au-dessus du 3 e arceau qu'ils échancrent légèrement, et avec lequel ils sont presque toujours plus ou moins large- ment concrescents. Ils refoulent la rangée de papilles qui repré- sente le 4 e arceau, mais ne deviennent jamais concrescents avec elle. Caractères sexuels — L'unique mâle adulte de cette espèce a 24 paires de pattes et mesure 38 millimètres ; j'ai tiré des femelles récoltées par Thollon un certain nombre d'embryons mâles plus ou moins avancés. Ils avaient tous 23 paires de pattes et présentaient sur le côté inférieur du corps, en avant de l'anus, un orifice très net qui est certainement le lieu où viennent déboucher les glandes anales ; dans le mâle adulte, on voit en ce point une sorte de fente, avec un repli médian sur les côtés duquel s'ouvrent les glandes anales (voir fîg. 126, p. 335). Je crois avoir aperçu des papilles crurales sur les pattes pré- génitales d'un embryon mâle; dans l'adulte du même sexe, il y a deux papilles crurales sur chacune des pattes des deux paires prégénitales ; l'une de ces papilles occupe l'extrémité inférieure du sillon coxal, l'autre sa lèvre postérieure. Anatomie, développement . — Les glandes salwaires (fîg. 30, p. 29 et fîg. 31 , p. 30) présentent des variations de longueur assez considérables. Dans l'un des types, elles s'arrêtent au niveau de la 8 e paire préanale, dans l'autre à la hauteur de la 5 e ; dans la grande femelle de M. Haug, elles se terminent au niveau de la 7 e paire (voir fîg. 31, p. 30), et dans la petite, entre les pattes préanales 8-1 0. Dans trois embryons femelles munis de 25 paires de pattes et dans le mâle adulte, elles atteignent les pattes de la 5 e paire préanale ; dans un autre, elles ne dépas- sent pas la 1" paire. En tous cas, les réservoirs salivaires se terminent au voisinage des pattes antérieures de la 2 e paire. Les néphrid'ies normales présentent deux longues dilatations ampuliformes dans leur partie tubulaire ; celles des pattes IV 344 E.-L. BOUVIER et V décrivent une anse assez longue en avant de l'appendice, mais leur tube ne présente pas de renflement. Les cordons nerveux, en avant des pattes antérieures, sont reliés l'un à l'autre par la longue commissure normale et par six autres qui lui font suite ; cinq de ces dernières sont remar- quables par leur largeur. Au niveau des pattes des deux der- nières paires, les cordons présentent des renflements ganglion- naires très prononcés. Les organes génitaux femelles (fig. 31, p. 30) se distinguent essentiellement par l'indépendance com- plète des deux moitiés qui les consti- tuent, abstraction faite de l'extrémité vaginale. Ce caractère distingue le P. Tholloni de tous les autres Onychophores jusqu'ici connus; comme dans le P. Larikesteri, les ovaires sont isolés l'un de l'autre (voir fig. 31, p. 30) et complè- tement dépourvus de funicule, mais les deux moitiés de l'appareil restent in- Fig. 131. — Peripatus Tholloni dépendantes jusqu'au vagin, au lieu de Bouv., 9 capturée par M. , l , . . ,. , Haug ,- un ovaire avec le ré- se reunir dans un atrium îmmediate- ceptacie ovuiaire, le recep- men { après la région ovarienne. tacle séminal et 1 oviducte L ° correspondants. Gr. 30. Dépourvus de funicule et absolument indépendants (fig. 131) l'un de l'autre, les ovaires du 'P. Tholloni occupent à l'intérieur du corps des positions fort variables. Dans les deux femelles types, ils se trouvaient côte à côte, au-dessus de l'intestin, entre- les pattes préanales XI-XII ; dans la grande femelle de M. Haug, l'un des ovaires occupait la même position, tandis que l'autre était situé sur le flanc droit, entre les pattes préanales VII et VIII (voir fig. 31, p. 30); enfin, dans la petite femelle recueillie parle même zoologiste, les deux ovaires, parfaitement isolés, se trouvaient dorsalement au niveau de la 10 e paire préanale, au centre d'une sorte de tortillon formé par les oviductes. Quelle que soit sa position, chaque ovaire (fig. 131, O) est immédiatement suivi d'un réceptacle ovulaire (Bo) qui précède lui-même un réceptacle séminal (Bs). Le premier a une forme subconique et des dimensions beaucoup plus faibles que celui MONOGRAPHIE DES ONYCHOPHORES 345 des Péripates américains ; le second présente des caractères très normaux et son diamètre maximum varie entre 450 y. (petite femelle) et 550 y. (grande femelle). Les œufs ovariens occupent la même position que ceux des Péripates américains ; certains peuvent mesurer 58 \>. sur 46. A la suite du réceptacle séminal se trouve un conduit étroit, assez long et fort grêle, qui s'élargit peu à peu dans sa partie distale. Je considère ce conduit comme un oviducte parce que je n'y ai jamais observé d'embryon ; il offre des parois épaisses avec un revêtement interne de longues cellules épithéliales. Chaque oviducte est suivi d'un utérus qui, par sa struc- ture et la disposition de ses embryons, offre généralement les caractères qu'on observe dans les Péripates américains. Pourtant, la partie terminale de ce conduit présente une dis- position qu'on observe rarement ailleurs dans le genre : elle se dilate en une poche volumineuse et forme un long sac où s'entassent et se disposent sans aucun ordre les embryons les plus avancés (fîg. 31 , p. 30). De sorte qu'au chapelet normal qui caractérise l'utérus des Péripates, fait suite une énorme dilata- tion, où, avant de naître, les fœtus libres se réunissent et pour- suivent leur évolution. Ces caractères ne sont pas sans présenter quelques variations, ainsi que je l'ai observé dans une femelle type où les deux branches utérines étaient assez différentes l'une de l'autre. Dans l'utérus droit de cette femelle, j'ai observé successi- vement : 1° Une poche étranglée aux deux bouts et renfermant un très jeune embryon ; 2° Une poche également étranglée dans laquelle se trouvait une nichée de 5 ou 6 embryons un peu plus avancés ; 3° Une partie vide à parois épaisses ; 4° Un chapelet de renflements dont chacun renfermait un embryon recourbé sur lui-même et déjà pourvu de tous ses appendices ; les deux premiers renflements du chapelet étaient seuls séparés par des constrictions épaisses et fort étroites ; 5° Une courte partie vide ; 6 e Une très grande poche à parois minces et hyalines qui renfermait 6 embryons plus avancés que les précédents, mais "346 E.-L. BOUVIER à divers stades et d'ailleurs placés en tous sens, les uns droits, les autres un peu recourbés à leur extrémité postérieure, ou complètement infléchis suivant un grand arc. Dans l'utérus gauche de la même femelle, je n'ai pas trouvé de poche à embryons multiples, mais un petit nombre de ren- flements à embryons très peu avancés. Venait ensuite un cha- pelet de 3 dilatations séparées par de faibles étranglements : dans la l re se trouvait un embryon spiral ayant tous ses seg- ments ; dans la 2 e un embryon réfléchi sur lui-même, et dans la :3 e un embryon très avancé qui devait être sur le point de passer dans la poche terminale. Celle-ci ne le cédait en rien, par ses dimensions, à la poche de l'utérus droit et, comme elle, se terminait par un fond arrondi, latéralement inséré sur la partie précédente de l'utérus. On y trouvait 5 embryons très avancés, mais à des stades assez divers. Les embryons des vastes poches terminales ne sont pas dis- posés suivant l'ordre de leur évolution. Ainsi, dans la poche de l'utérus gauche, on trouvait successivement, du fond à l'extré- mité vaginale, les embryons suivants : 1° Au fond, recourbé, un embryon 9 de 13 millimètres, à 25 paires de pattes, muni d'organes ventraux largement sépa- rés et de lobes préventraux ; 2° Un embryon 9 semblable au précédent, mais droit, et le bout anal tourné en arrière ; 3° Un embryon cf ayant 9 millimètres, 23 paires de pattes, de larges organes ventraux contigus, et la tête tournée . 9^ S-èries. Zool. T.II.-Pl.K bouvier, del. Masson& C Ie , éditeurs. 4- Imp.L .Lafoniaiae. A. Bénard, Kth.. ln/i .des Se .nat .S) c Série*'. Zool, T. //.- PlIII. ,del. Masson &. C 1 ?, éditeurs. Imp . I lafoniaine A.BènaTiJith. Ann. des Se. Nat., 9 me Série 20 Zool., Tome II, PI. IV. VtÊÊk ^^ ^ ^'^ il 2!) m : • >■ m MS. m * Z mr Clichés et Phototypie Saluer & C" Ann. des Se. Nat., 9 me Série 32 Zoo!.., Tome //, PL V. Clichés et Phototype Sohier &■ C" Ann. des Se. Nat., 9 me Série Zool., Tome IL PI. VI. :gç*?«5g58ga»gs Clichés et Phntotypie Sohier & C" Ann. des Se. Nat., 9 me Série 52 Zool., Tome II, PI. VIL 5i ^ŒMPill Clichés et Phototypie Sohier & C" Ann. des Se. Nat., 9 me Série 64 Zool., Tome II, PI VIII. 06 no 172 mm' *i i 71 73 Clichés et Phototype Sohier & C i0 Ann. des Se. Nat.. 9 m*>!* "i ««fat* •♦' W - .95 Clichés et Phototypie Sohier & C" Ann. des Se. Nat., 9 me Série Zool., Tome II, PL XII. gâgb^ÉI /oc rJklwNH lfrw« y// te 3K ï?y* s j> Clichés et Photolyse Sohier & C" //,? Ann. des Se. Nat., 9 me Série Zool., Tome II, PL XIII. typie. Sohier & C _ . MASSON ET G ie , ÉDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE — 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS (VI e ). NOUVELLE PUBLICATION. ANNALES DE PALÉONTOLOGIE PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION Marcellin BOULE PROFESSEUR DE PALÉONTOLOGIE AU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE Les Annales de Paléontologie paraissent tous les trois mois dans le format in-4 carré. — Les 4 fascicules annuels forment un volume d'au moins 20 feuilles in-4 et 20 planches. Des clichés dans le texte, schémas au trait, reproductions de fossiles en phototypie compléteront l'illustration. ABONNEMENT ANNUEL : Paris et Départements. . 25 fr. — Étranger 30 fr. Sommaire des Fascicules I et Iï (Janvier igo6) Fossiles de Patagonie. — Les Attitudes de quelques animaux, par Albert Gaudry, Paléontologie de Madagascar. I. — Fossiles de la Côte orientale, par M. Boule et A. Thevenin (avec 2 planches). II. — Sur Quelques Gisements nummulitiques de Madagascar, par Robert Douvillé (avec 1 planche). Les Grands Chats des cavernes, par Marcellin Boule (avec 4 planches). Types du Prodrome de Paléontologie stratigraphique universelle de d'Orbigny (avec 2 planches). TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE CAHIER Monographie des Onychophores, par M. E.-L. Bouvier. Corbeii.. — Imprimerie Ed. Crète. *P 5JI SMITHSONIAN INSTITUTION UBRARIES 3 9088 013551726 >■■"■'■■■>>■ mm!» Su