,M- i FOR THE PEOPLE FOR EDVCATION FOR SCIENCE LIBRARY OF THE AMERICAN MUSEUM OF NATURAL HISTORY |£i1to*ig 1)5 LA SOCIETE LIMÉEME DE BORDEAUX fY TOME XXVI Troisième Série : TOME VI A PARIS, CHEZ J.-B. BA1LLIÈRE, LIBRAIRE, Rue Hautefenille , 19; MÊME MAISON A LONBRÏS , MADRID ST NEW - TOHK. A BORDEAUX, CHEZ CODERC, DEGRÉTEÂU & POUJOL, (Maison LAFARGUE), Riie du Pas Saint -Georges , 18, 1866 DE DE BORDEAUX PROJET DE SONDAGE ARTÉSIEN A LIBOURNE Rapport sur les conditions dans lesquelles cette ville est placée. M. le Maire de Libourne, dans une lettre adressée le 16 janvier à M. le Président de la Société Linnéenne, s'exprime ainsi : « La ville de » Libourne manque de l'eau potable qui est nécessaire à son alimenta- » tion. L'Administration, qui cherche par tous les moyens possibles à » remédier à cet inconvénient, a songé à faire forer un puits artésien. )) Mais elle désirerait avant de s'engager dans cette entreprise, être fixée » sur sa situation géologique et les chances de succès qu'elle peut avoir. » J'ai pensé que votre Société voudrait bien à cet effet nous prêter l'aide » de sa science.... » M. le Président; dans la séance du lendemain 17, a nommé une Commission composée de MM. V. Raulin, professeur de géologie à la Faculté des Sciences , président; 0. Linder, ingénieur des mines; T. Billiot, licencié ès-sciences mathématiques et physiques, entrepreneur de sondages (1). La Commission , dans quatre réunions générales et plusieurs autres partielles, a discuté le projet de rapport préparé par M. Raulin , et elle a adopté sa division en neuf paragraphes, comme il suit : (1) M. Billiot, qui ne partage pas l'opinion de la majorité de la Commission sur un certain nombre de points , a rédigé diverses notes auxquelles il est renvoyé dans le courant du rapport, et qui sont réunies à la fin sous forme d'appendice. Tome XXVI. (3 e Série : T. VI. — l re Livraison.) 4 \° Conditions générales des eaux jaillissantes; 2° Bassin de Paris; 3° Bassin du Sud-Ouest de la France; 4° Sondage d'Arcachon; 5° Belief de la craie; protubérances cl dépression de Bordeaux et de Libourne; 6° Terrain tertiaire de Bordeaux et de Libourne; 7° Profondeur de la craie à Libourne; 8° Profondeur du sable vert inférieur à Libourne; 9° Conclusions. 1° Conditions générales des eaux jaillissantes. — « Réduits en termes généraux, dit Degousée (Guide du sondeur, l re éd., 4 847, p. 27; 2 e éd., 1864, p. 23), les principes que fournit la géologie se réduisent à deux , relatifs, l'un à la stratification des terrains sédimentaires, l'autre à leur soulèvement. Le premier nous montre l'écoroe terrestre , composée de couches parallèles et continues, séparées à la manière d'un mur par des joints bien tranchés et formées par les dépôts successifs des eaux qui ont recouvert à diverses époques la surface des continents. Le second nous apprend que les terrains ainsi régulièrement stratifiés en couches horizontales ont éprouvé des ébranlements successifs qui les ont dislo- qués, fendus en certains points, et infléchis sous forme de bassins ou de cônes plus ou moins étendus. Comme un épais carton qui, formé d'abord de feuillets pleins et superposés , aurait été gauchi et crevassé sous l'ac- tion de causes extérieures, l'ensemble des terrains sédimentaires a joué en quelque sorte , a perdu son niveau , et présente çà et là des creux et des bosses , en imposant à toutes les couches des formes ondulées. Ce double fait de la continuité des couches et de deur inflexion est la clé du problême qui nous occupe. En effet, en se redressant sous l'action des forces de soulèvement, les couches superficielles se sont déchirées , ont livré aux eaux torrentielles une partie de leurs dépouilles et ont mis à nu les couches inférieures qui se montrent au jour soit sur les flancs , soit dans les dépressions des vallées. Or, parmi ces couches, il s'en trouve à divers étages qui sont perméables et qui, présentant leur tran- che à la surface du sol , boivent les eaux pluviales et courantes. Ces eaux doivent donc descendre par leur propre poids , pénétrer à diverses profondeurs entre deux bancs imperméables et circuler ainsi, en vertu de la continuité des couches , sur la surface du bassin. » Le sol étant constitué intérieurement par de grandes assises alter- natives , les unes argileuses ou marneuses imperméables et les autres ( 3 ) sableuses ou calcaires perméables , les eaux superficielles qui pénètrent entre deux assises bien imperméables peuvent parvenir à des profondeurs fort grandes. Lorsque par un sondage on arrive à l'assise aquifère , la pression considérable à laquelle elle est soumise fait remonter l'eau par le trou de sonde à une hauteur plus ou moins approchée de celle de son point d'entrée dans le sol , soit au niveau de celui-ci , soit à une hau- teur plus ou moins grande au-dessus ou au-dessous. 2° Bassin de Paris. — La partie septentrionale de la France se trouve dans d'excellentes conditions pour la réussite des sondages artésiens. En effet, du N.-E au S.-O., de la frontière de Belgique jusque dans le dé- partement de la Vienne, et du S.-E. au N.-O., des Vosges et de la Gôte-d'Or en Bretagne, l'exisîence de plusieurs assises perméables, dis- posées régulièrement et renfermant des nappes d'eau superposées, permet la recherche d'eaux jaillissantes presque partout avec de grandes chances de succès, tantôt à une profondeur médiocre et tantôt à une profondeur considérable, suivant les lieux et suivant la nappe d'eau que l'on veut atteindre. Ainsi, celle des sables de l'argile plastique, vers la base du terrain tertiaire, est partout atteinte, même dans les parties centrales du bassin, à une profondeur qui varie de 50 à 100 m , et qui va bien rare- ment au-delà. Mais lorsqu'on veut obtenir les eaux des sables verts situés au-dessous de la craie, les profondeurs sont d'autant plus grandes que de la périphérie du bassin on se rapproche davantage de Paris, qui est à peu près au centre; tandis que dans le département du Pas-de-Calais les son- dages ont une cinquantaine de mètres et même moins, à Tours, ils at- teignent de 120 à 170 m , et au centre , à Grenelle et à Passy, il a fallu descendre à 547 m et 580 ra . (Celle dernière profondeur n'est pas la plus grande que l'on ait atteinte; près de Minden , dans le N.-O. de l'Alle- magne , on est allé chercher des eaux salées à 640 ;n de profondeur il y a plus de dix ans. Enfin , il y a deux jours , le 5 mars , la reprise du son- dage commencé en 1834 à l'hôpital de la marine à Rochefort, vient d'être couronnée de succès; on a rencontré sous le terrain jurassique, dans les premières marnes du trias, une nappe d'eau jaillissante, mais à une profondeur jusque-là inconnue en France, celle de 817 mètres !) 3° Bassin du Sud-Ouest de la France. — La grande plaine du S.-O. de la France , comprise entre les montagnes de la Vendée , du Limousin et du Rouergue, du N. à l'E., et les Pyrénées au S., ne paraît pas se trouver dans des conditions aussi favorables sous le rapport de la com- position et de la disposition des assises du sol. Les terrains tertiaires ( 4) ne paraissent pas renfermer dans leur intérieur de nappe d'eau impor- tante, c'est-à-dire susceptible de fournir un écoulement abondant et constant à une hauteur de quelques mètres au moins au-dessus des points où les sondages ont été effectués (1) ; leur épaisseur est telle que, dans la plupart des points où ceux-ci ont été entrepris, on s'est arrêté avant d'être arrivé à leur partie inférieure et sans avoir obtenu les résul- tats cherchés. C'est ce qui est arrivé à Beychevelle en Médoc à 98 m de profondeur et à 14 m 50 d'altitude, à Peujard près Blaye à 129 m et 45 m , à Bordeaux à 200 m et 17 m , à Liposthey à 108 œ et 64 m , à Agen à 118 m et 43 m , à Toulouse à 134 m et 146 ffi . Il ne serait toutefois pas impossible que ces grands sondages , réalisés il y a une trentaine d'années et plus , n'eussent pas été exécutés avec le soin qu'on y mettrait aujourd'hui, que les précautions nécessaires pour capter les eaux eussent été trop négligées, et que, par suite, l'on n'ob- tint des résultats moins défectueux si l'on avait à les recommencer main- tenant. Mais, tout en admettant une semblable appréciation des anciens travaux et des résultats obtenus, il est juste de remarquer que les sondages pratiqués vers 1830, par les mêmes entrepreneurs, ont certainement été exécutés de la même manière dans le bassin de Paris et dans celui du S.-O. , et que si les résultats ont été si différents , cela doit tenir essentiellement aux conditions différentes et moins favorables dans lesquelles se trouve le bassin de Bordeaux, assez probablement sous le rapport de l'abondance et de la force ascensionnelle des nappes d'eau. Il est cependant à présumer que si chacun de ces grands sonda- ges avait été poussé un peu plus profondément, il aurait atteint des nap- pes d'eau abondantes, probablement jaillissantes, qui doivent exister à peu de hauteur au-dessus, ou dans les parties lout-à-fait supérieures des terrains crétacés dont la stratification ne présente que des relève- ments à pentes douces , non susceptibles de rompre la coniinuilé des nappes aqueuses. Le peu d'élévation de l'orifice des sondages dans ceux de la vallée de la Garonne n'était certainement pas un obstacle au jaillissement de l'eau des nappes profondes que l'on recherchait. (i) Toutefois, il résulte des sondages et des études faites par M Iîilliot dans les environs de Bordeaux, tant sur la rive gauche de la Garonne que dans l'Entre-deux- Jïers, qu'il y a, à diverses hauteurs au-dessus du niveau de la mer, notamment dans le calcaire à astéries , à 16 m d'altitude, des nappes d'eaux abondantes, peut-être susceptibles de donner des eaux plus ou moins jaillissantes dans les parties basses des vallées. (Voir la note A.) ( 5 ) Dans tous les grands sondages artésiens qui ont été lentes dans le S -0. de la France, on s'est toujours arrêté trop tôt dans le terrain ter- tiaire. Pour savoir ce qu'on pourrait espérer du bassin tertiaire du S.-O., il faudrait , à notre avis . être à l'avance déterminé à descendre la sonde, quelle que puisse être la profondeur, jusqu'à ce qu'elle ait rencontré des nappes jaillissantes, on bien jusqu'à ce que l'on ait atteint le terrain crétacé sous-jacent. Sans ce parti pris, on sera toujours exposé à des mécomptes semblables à ceux qui viennent d'être rappelés. 4" Sondage d'Arcachon. — Une exception bien remarquable, à l'ab- sence de nappe d'eau considérable jaillissante, dans l'intérieur du terrain tertiaire, s'est produite toutefois récemment à Arcachon. Après avoir traversé 9 m de dépôts modernes et le sable des Landes sur une épais- seur de 28 m , puis 24 m de sables et d'argiles d'âge douteux , on est ar- rivé dans le falun de Salles de 29 m d'épaisseur, avec les fossiles les plus caractéristiques dans certains lits. Deux mois plus tard , le 28 septembre dernier, après avoir de nouveau traverse 28 m d'alternances derocbes du- res et sableuses appartenant au falun de Léognan, on est tombé de 106 à 122 m de profondeur, c'est-à-dire de 101 à 117 m au-dessous du niveau moyen delà mer, dans un calcaire arénacé très-grossier, renfermant une nappe d'eau très-abondante. Le forage a été poussé à 126 m 48 (4 m 50 plus bas) dans une argile sableuse où l'on s'est arrêté ; mais l'eau s'est mise à jaillir seulement après que le béton eut été coulé entre les deux tubes, dont l'intérieur a m 26 de diamètre : le débit était de 480 hec- tolitres par 24 heures le 1 er février. Mais il ne faut pas se laisser éblouir par le résultai obtenu à Arca- chr>n ; celui-ci était d'accord avec la constitution géologique du pays, et deux mois avant la fin du forage, alors que la sonde n'était qu'à 75 m de profondeur, le résultat qui a été atteint était déjà considéré comme très- probable. Ce succès a donné à un grand nombre de personnes des espérances qui sont loin de pouvoir se réaliser partout; en effet . la partie du dé- parlement de la Gironde qui se trouve dans des conditions analogues à Arcachon est limitée au littoral et dépasse certainement peu une ligne droite tirée de l'extrémité septentrionale de l'étang d'Hourtin, à l'em- bouchure de la Leyre ou tout au plus à Belin. Toutes les autres parties du département, situées à i'E. de cette ligne, sont dans des conditions différentes, le plus souvent analogues à celles où se trouve la ville de Bordeaux, et qui sont connues par la tentative infructueuse de 1830. ( o ) 5° Relief de la craie ; protubérances et dépression de Bordeaux et de Libourne. — Le terrain crétacé de la Saintonge et du Périgord , pour la nalure minéralogique, a la plus grande analogie avec celui du bassin du nord de la France, sur les bords de la Loire; et par la présence de nombreux Rudistes , il se rattache au type méditerranéen auquel il ap- partient véritablement. Il est formé sur plus des trois-quarls supérieurs de son épaisseur par de grandes assises de calcaires crayeux tendres ou grossiers, poreux, plus ou moins durs, rarement marneux; la partie inférieure comprend des alternances de calcaires , de marnes et de sables qui doivent renfermer des nappes d'eau. Le terrain crétacé forme au N.-E, dans les déparlements de la Charente-Inférieure , de la Charente et de la Dordogne , une zone qui contribue à séparer les terrains ter- tiaires, du Plateau central. L'Aquitaine, des bords du Gave de Pau , où viennent se terminer les dernières pentes des Pyrénées , jusque non loin de Bordeaux , renferme une série de protubérances allongées ou crêtes parallèles à la chaîne, qui ne font point saillie dans la plaine , et dont on ne peut découvrir l'existence qu'en explorant les vallons généralement peu profonds , qui sillonnent le pays. Elles sont formées par le terrain crétacé dont la série devient d'autant moins complète qu'on approche davantage du centre du bassin tertiaire. En effet, tandis qu'à Tercis l'étage néocomien arrive au jour, on ne voit plus à Roquefort et à Saint-Justin qu'une craie sans fossiles , probable- ment analogue à la partie inférieure de celle de Tercis , et à Villagrain et Landiras qu'une craie à fossiles semblable à la partie supérieure et aussi à celle de Talmont, près Royan. L'inclinaison des strates devient moindre aussi à mesure qu'on s'éloigne des Pyrénées; tandis qu'à Dax elle approche de la verticale, elle paraît ne pas dépasser 10° à Roquefort et 5° à Villagrain. Enfin plus au N. encore, entre la Gironde et la Charente, s dans le département de la Charente-Inférieure, existe une autre protubérance très-considérable, montrant toutes les assises du terrain crétacé et même l'étage oolilhique supérieur. Les parties culminantes de ces protubérances ne sont souvent recou- vertes que par le sable des Landes; mais sur leurs pentes viennent s'appuyer les différentes assises tertiaires de la contrée, depuis le terrain à nummuliles ou les sables de Royan jusqu'au falun de Bazas. Deux de ces protubérances sont importantes à considérer relativement ( 7 ) à la recherche d'eaux jaillissantes à Libourne et à Bordeaux. La pre- mière , celle qui est située entre la Gironde et la Charente , occupe la moitié du département de la Charente-Inférieure située au sud-ouest de la Charente. Elle constitue un accident géologique des plus remarqua- bles , qui n'est en rien traduit par la topographie extérieure. Tandis que dans les départements du Lot , de la Dordogne et de la Charente , à mesure qu'en s'avançant des terrains anciens du Plateau central vers la vallée de la Garonne , on renconlre des terrains plus ré- cents , dans celui de la Charente-Inférieure c'est seulement au nord-est de la Charente que cette disposition normale existe. Au S.-O. on trouve deux versants stratigraphiques, de chaque côté d'un axe allongé du N.-O. • au S.-E. partant de l'extrémité nord-ouest de l'île d'Oléron et passant par Brouage, Saint-Genis et Montlieu. Sur les bords., de Saintes à Mont- lieu d'une part et de Montlieu à Royan de l'autre , se trouve l'assise supérieure du terrain crétacé , tandis que sur l'axe apparaissent , non- seulement les assises plus inférieures, comme les sables et grès ferrugi- neux de Fouras, mais même la partie supérieure du terrain jurassique. — Cette protubérance est dirigée exactement du S.-E. au N.-O., à-peu-près parallèlement au cours de la Charente, du confluent du Né à la pointe de Fouras et à îa côte nord-est de la Gironde, de Port-Maubert à la pointe de la Coubre. Les calcaires à ichlhyosarcolites et les assises inférieures se montrent de Saint-Genis à Brouage sur une longueur de 60 kil. et même sur 30 kil. de plus , jusqu'à l'extrémité de l'île d'Oléron. Mais la longueur totale, de cette extrémité à Montlieu, est de 125 kil.; et pro- bablement, au-dessous de la nappe de sable tertiaire, le bombement se poursuit encore au moins à 20 kil. plus loin , jusque vers la vallée de la Dronne. La seconde, celle qui est la plus rapprochée de la vallée de la Garonne au S. se montre sur deux points, à Villagrain, au sud de Saucats , et à Landiras au sud de Langon. — Comme pour Roquefort et Saint-Justin, les deux protubérances de Villagrain et Landiras , formées par la craie supérieure de Saintonge , me semblent liées l'une à l'autre et constituer une nouvelle crête analogue à la précédente par dessous le plateau sa- bleux qui les sépare. La longueur connue dépasserait 16 kil., et la ligne qui réunirait la jonction des ruisseaux à l'ouest du Haut-Villagrain à Verduc, serait dirigée de l'O. 10° N. à l'E. 10° S. La partie septentrionale du grand bassin tertiaire du Sud-Ouest de la France comprend donc une ancienne dépression ou grande vallée sous- ( 8) aqueuse limitée d'une pari, au N. par une crêle courant de l'O. 45° N. à l'E. 45° S., de l'extrémité nord-ouest de l'île d'Oleron à Monllieu et jusqu'au-delà des Eglisottes dans la vallée de la Dronne ; et d'autre part au S. par la crête de Yillagrain et Landiras courant de l'O. 40° N. à l'E. 10° S., suivant une ligne tirée d'Arcachon à Cocumont — La partie centrale la plus profonde courrait ainsi de l'O. 27° N. à l'E. 27" S. 6° Terrain tertiaire de Bordeaux et de Libourne. — Les terrains ter- tiaires qui comblent le bassin du S.-O. de la France, entre le plateau montagneux du Limousin et la chaîne des Pyrénées , viennent en s'abais- sant du N.-E. (depuis les terrains secondaires du Périgord et du Quercy, dans une direction généralement perpendiculaire à la vallée de la Ga- ronne, jusqu'à celle-ci et même bien au-delà. Ce n'est qu'à une distance des dernières pentes des Pyrénées qui n'est pas toujours très-grande , que le fond du bassin et les assises tertiaires prennent une allure en sens inverse, c'est-à-dire commencent à se relever vers le S. Les terrains tertiaires s'étendent dans presque toute l'Aquitaine, soit en nappes continues, soit en lambeaux isolés. Leur élude , commencée il y a une quarantaine d'années , n'est pourtant pas encore irès-avancée. Depuis près de vingt ans, après de nouvelles éludes , le nombre des as- sises a été porté à dix, ainsi qu'on peul le voir par la liste suivante , où elles sont disposées dans l'ordre de leur superposition au-dessous du diluvium, formé par les dépôts caillouteux de l'Entre-deux-Mers, des plaines de la Garonne et de la Dordogne et du Médoc. Terrain pliocène. Terrain miocène supérieur. Terrain miocène inférieur. Terrain éocène. 10. Sable des Landes el molasse supérieure de l'Ar- magnac. Falun de Salles (Gironde). Falun de Léognan et de Marlignas. 9. Calcaire d'eau douce jaune de Bazas et de l'Ar- magnac. 8. Falun de Bazas et de Mérignac; molasse" inférieure de l'Armagnac. 7. Calcaire d'eau douce gris de l'Agenais. 6. Molasse moyenne de l'Agenais. 5. Calcaire grossier de St-Macaire et de St-Émilion. 4. Calcaire d'eau douce blanc du Périgord. 3. Molasse du Fronsadais; sables du Périgord; cal- caire de Bourg. 2. Calcaire grossier de Blaye eldu Mcdoc. 1. Sables de Boyau à Uslrea cymbula. ( Ô ) Tous les bassins tertiaires ne sont pas construits sur le même plan; et l'Aquitaine en particulier est loin de posséder, dans chacune de ses assises, l'uniformité et la régularité qui sont un des principaux carac- tères de celles du bassin de Paris. On ne doit pas hésiter à considérer l'Aquitaine comme un ancien estuaire offrant un des plus beaux exem- ples à l'appui de la théorie des affluents de M. Constant-Prévost Dans cet estuaire, les dépôts marins, pendant la succession des temps, gagnaient continuellement en étendue, et les formations exclusivement d'eau douce étaient refoulées de plus en plus à l'E., vers le fond du bassin. C'est là un fait facile à constater, en remontant, la Gironde et là Garonne; en effet , tandis que les sables de Royan sont limités à l'em- bouchure de la Gironde , et que le calcaire grossier du Médoc ne dépasse guère Blaye , le calcaire de Bourg s'avance au-delà de Bordeaux , le cal- caire de Saint-Macaire au-delà de La Réole; le falun de Bazas, enfin , atteint Agen. Bordeaux et Libourne se trouvant compris dans la dépression du ter- rain crétacé précédemment décrite, il y a toute probabilité pour que le régime des eaux souterraines de l'une des deux localités soit semblable à celui de l'autre. D'une pari, l'inclinaison de la surface de la craie paraissant être faible et à-peu-près la même au N. et au S., et de l'autre Libourne se trouvant à 26 kil. au S.-O. de la crête septentrionale, comme Bordeaux estàSIkii. au N -N.-E. de la crête méridionale, les deux villes semblent bien dans les mêmes conditions apparentes, et il n'y a pas lieu de sup- poser que les conditions de réussite d'un puits anésien soit bien diffé- rentes à Libourne de ce qu'elles ont été à Bordeaux D'ailleurs on a déjà jusqu'à un certain point un commencement de preuve dans l'essai in- fructueux de sondage poussé vers 1830 à 129 m à Peujard , village situé à-peu-près à la même distance que Libourne de la crête septentrionale. La ville de Libourne est assise sur la base d'un coteau formé, au- dessous de la nappe diluvienne, par la molasse qui s'élève jusqu'au sommet du tertre de Fronsac, et qui dans les collines environnantes est couronnée par le calcaire grossier à astéries de Saint Émilion à l'E., et de Saillans et de Saint-Michel à l'O. Ce qu'on sait de positif relativement à la constitution intérieure du sol a été appris par une tentative de sondage faite récemment dans la ville, et qui au-dessous du terrain diluvien a démontré l'absence de tout banc du calcaire de Bourg et la présence, jusqu'à plus de 30 m de profon- deur, d'alternances d'argiles et de molasses sèches appartenant inconles- ( 10) tablement à la molasse du Fronsadais. Un autre sondage poussé infruc- tueusement il y a quelques années jusqu'à 55 m à Perpignan, vis-à-vis de Saint-Pardon, à 5 kil. à l'O. de Libourne, paraît n'être pas sorti non plus des mêmes roches. Mais les grands sondages faits dans l'intérieur de la dépression créta- cée précitée , à Beychevelle, Bordeaux et Peujard, fournissent des don- nées pour la recherche des probabilités relatives à ia constitution du sol dans les profondeurs , au dessous de Libourne. ■' Beychevelle étant placé par rapport à Bordeaux dans une position analogue à celle que Peujard occupe par rapport à Libourne, on a quel- que raison de supposer que ce qui a été constaté dans les deux premiers sondages pourrait se rencontrer dans les deux seconds. Dans le sondage de Beychevelle les dépôts marins en occupent toute la hauteur et le cal- caire de Blaye a une épaisseur qui ne paraît pas moindre de 20 m au-des- sous de la profondeur de 34 m , c'est-à-dire de '24 à 44 m au-dessous du niveau de la mer; par-dessous viennent de nouveaux dépôts marins argileux et. marneux de plus de 45 m d'épaisseur, jusqu'à 98 m de profon- deur. A Bordeaux, au-dessous de 30 m , on n'a plus trouvé que des marnes sans fossiles avec quelques lits calcaires et argileux jusqu'à 98 m de pro- fondeur ou 81 m au-dessous du niveau de la mer, où a été rencontré un banc calcaire de l m 67 d'épaisseur qui représente très-probablement le calcaire de Blaye; celui-ci affecterait ainsi la forme d'une lentille qui doit se terminer bien vite à l'E. de Bordeaux. A Peujard une assise calcaire de 20 m d'épaisseur traversée dans le sondage, de 107 m à 127 m (de 62 à 82 m au-dessous du niveau de la mer), paraît devoir être le représentant du calcaire de Blaye, qui pourrait bien comme à Bordeaux ne se retrouver à Libourne qu'avec une épaisseur comparable à celle de Bordeaux et également à 80 m environ au-dessous du niveau de la mer. A Peujard on s'est arrêté à 2 m au-dessous de l'assise calcaire; dans des sables rouges ébouleux; mais on s'est enfoncé au-dessous à Beychevelle dans des dépôts marins , argileux et marneux de plus de 45 m d'épaisseur, et à Bordeaux dans un système de marnes, d'argiles et de sables de plus de 100 m d'épaisseur, qu'il n'y a pas de raison de ne pas rencontrer éga- lement à Libourne. Comme on ne paraît avoir rencontré ni à Bordeaux , ni à Peujard aucune nappe d'eau jaillissante dans les molasses supérieures au calcaire de Blaye, on n'a pas de raison, pour affirmer qu'il s'y en rencontrera à ( 11 ) Libourne ; toutefois il n'est pas démontré non plus qu'il ne pourrait pas exister à plus de 30 m au-dessous du sol quelque nappe d'eau susceptible d'alimenter abondamment des puits ordinaires d'une profondeur plus ou moins grande. Jouannet était disposé à croire que dans le sondage de Bordeaux, au- dessous du banc calcaire de l m 70, on avait atteint une nappe aquifère de 7 m d'épaisseur vers le milieu de la hauteur des molasses inférieures, à 140 m 30 de profondeur, c'est-à-dire à 123 ,n au-dessous du niveau de l'Océan. Rien ne peut faire supposer que cette nappe sableuse ne se rencontrerait pas à Libourne à une profondeur analogue et peut-être un peu moindre ; mais fournirait-elle une nappe d'eau abondante et jaillis- sante , c'est ce que nul ne peut prévoir. — Toutefois sous le rapport du jaillissement, Libourne se trouve dans des conditions meilleures que la place Dauphine, point culminant de Bordeaux, puisque l'altitude moyenne de la ville est bien de 8 à 10 m moins grande. (Voir la note B. ) 7° Profondeur de la craie à Libourne. — Mais si des nappes d'eau , susceptibles de jaillir abondamment, ne se rencontrent pas dans l'inté- rieur du terrain tertiaire, il y a assez lieu d'espérer qu'il doit en exister dans les parties les plus inférieures du terrain tertiaire, comme dans le bassin de Paris, ou peut-être dans les parties supérieures de la craie, si celle-ci est très-poreuse et crevassée. Il est donc fort important de rechercher à quelle profondeur la craie pourrait être atteinte à Libourne, En examinant la position de cette ville , par rapport à la protubérance crétacée de la Charente-Inférieure , comparativement à celle de Bordeaux par rapport à la protubérance de Villagrain on trouve que ces deux villes sont à-peu-près à la même distance, ce qui ne permet guère de supposer que les conditions dans lesquelles se Irouve l'une ne soient pas aussi celles de l'autre (1). Or, comme la craie n'a pas été rencontrée à Bordeaux à 200°° de profondeur, il n'y a guère de raisons de croire qu'elle puisse l'être à Libourne à une profondeur moindre. (1) L'inclinaison des bancs crétacés a semblé à l'un de nous beaucoup plus forte à Villagrain qu'en Saintonge; mais il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit ici , non de l'inclinaison des eouches du terrain crétacé, mais de celle de sa .surface. Or, d'après ce que l'on peut voir des altitudes de la craie au Haut- Villagrain et au moulin de Peyot , éloigné de l,200' n , il y aurait un abaissement d'environ 8 m donnant une in- clinaison de la surface de 25'. Pour obtenir l'inclinaison de 4T de la protubérance de la Charente-Inférieure, il faudrait supposer un abaissement de I6 m 50, supérieur de beaucoup à la réalité. ( 12 ) Les indications fournies par l'inclinaison de la surface de la craie dans les départements voisins de la Charente-Inférieure et de la Charente , donneraient même des profondeurs beaucoup plus considérables. En effet, la pente de 47' à laquelle l'un de nous a évaluée en 1862, celle de la surface de la craie sur le versant S.-O. de la protubérance crétacée de la Charente-Inférieure, prolongée jusqu'à Libourne , y établirait la surface de la craie à 355 m au-dessous de l'altitude qu'atteint la craie aux Eglisottes par-dessous le terrain tertiaire; altitude située peut-être à-peu -près au niveau de la mer. Deux autres inclinaisons mesurées sur les cartes géologiques de MM. Manès et Coquand, à la disparition de la craie sous les terrains tertiaires, dans les vallées du Lary et de la Dronne, en amont de Libourne, donneraient des pentes beaucoup plus forles : celle de la Pierrière à Su- reau, au S.-S.-E de Montguyon (Charenle-Inférieure), atteindrait 1° 21' correspondant à 627™ de profondeur (1), et celle de Rouffiac à Bazac , au S. de Chalais (Charente), 1° 12' correspondant à 5-45 m . Ces profon- deurs calculées sont certainement trop grandes; car, dans les anciens golfes maritimes, il devait en être comme dans ceux de l'époque actuelle où les pentes du fond, plus ou moins rapides au voisinage des côles vont en diminuant dans la pleine mer. Probablement elles donnent des pro- fondeurs trop grandes de plus de la moitié ; mais il serait imprudent de compter atteindre la craie avant d'avoir traversé, comme à Bordeaux, 200 m ou peut-être 250 m de terrain tertiaire Une donnée qui résulte de nos propres observations de 1847, sur les altitudes de la craie à Montlieu et à Nadeau, dans le vallon du Palais, àl'E.-S.-E., produirait une inclinaison de 35' correspondant à 267 ni ; mais ici on est en dessous de la réalité pour la portion visible de la pente de la surface de la craie, parce que la direction de cette ligne ne diffère que de 15° vers le N. de celle de la ligne de faîte de la protubérance crétacée dont l'inclinaison au S -E., vers l'extrémité du bombement, est plus f ai h I e que celles des perpendiculaires sur l'un ou l'autre ver- sant. (Voir la note G ) (1) En admettant avec M. Billiot, ce qui n'est nullement démontré pour le mo- ment, une dénudation de 4CM à Sureau , et en supposant par conséquent un relève- ment de la craie de cette quantité sur ce point, le calcul établi sur ces nou\elles bases hypothétiques, donnerait encore une inclinaison de 37' correspondant à 280 m , pour la profondeur à laquelle se trouverait la craie à Libourne. ( 13 ) 8° Profondeur du sable vert inférieur à Liboume. — Un autre point important à traiter encore est celui-ci : dans le cas où l'on ne rencon- trerait pas de nappe d'eau suffisante dans les parties inférieures 6u terrain tertiaire ou superficielles de la craie , à quelle profondeur nu- dessous de la surface de la craie pourrait-on espérer atteindre l'assise de marnes et de sables , qui forme les parties les plus inférieures du terrain crétacé du S.-O., et dans laquelle se trouve très-probablement une nappe d'eau plus ou moins analogue à celle qui alimente les puits artésiens de Grenelle et de Passy? Les principales données de la réponse se trouvent dans les épaisseurs moyennes que possèdent les différentes assises du terrain crétacé supé- rieur à ces marnes et sables dans les départements voisins. Ces épais- seurs ont été fixées par M. Manès , en 1853, dans la Charente-Inférieure, à 210 m ; et par M. Coquand , en 1858 , dans la Charente , à 266 ra . Li- bourne étant placé au-devant du département de la Charente , ce serait malheureusement sur cette dernière épaisseur qu'il faudrait compter. Mais il faut bien ls dire , ce serait un minimum qui serait dépassé; car les épaisseurs relatées sont celles des dépôts formés sur les bords du bassin crétacé; et l'on sait que l'épaisseur des dépôts va en augmentant d'autant plis qu'on se rapproche davantage des parties centrales Dans le bassin du Nord, les épaisseurs des assises traversées dans la partie centrale, à Paris, ont été juste moitié en sus de celles que les mêmes assises possèdent sur les bords du bassin. Libourne, dans le bassin du Sud-Ouest, n'est pas placé dans des conditions aussi désavantageuses que Paris dans le bassin du Nord, puis- qu'il n'est qu'au tiers de la distance qui sépare le Plateau central des Pyrénées; mais il serait imprudent de ne pas compter sur une augmen- tation d'épaisseur d'un tiers en sus de celle établie par M. Coquand, soit, sur ZoO® environ de craie à traverser au-dessous des 200 à 250 m de terrain tertiaire, avant d'atteindre les sables verts qui doivent se trou- ver par-dessous. 9° Conclusions. — Il n'est pas impossible qu'il existe dans l'intérieur du terrain tertiaire , au-dessous de 30 m de profondeur, quelque nappe d'eau susceptible d'alimenter abondamment des puits ordinaires plus ou moins profonds ; il est possible que de 100 à 130 71 de profondeur il y ait une nappe d'eau plus ou moins abondante et peut-être jaillissante ; et il semble assez probable que l'on en rencontrera une plus abondante et jaillissante au voisinage de la surface de la craie entre 200 et 250 m de ( 14 ) profondeur, analogue à celle qui alimente les puits artésiens des environs de Paris (à l'exception de ceux de Grenelle et de Passy approvisionnés par les sables verts) ; mais il y aurait témérité à affirmer actuellement qu'il en sera ainsi, car on n'aura de données véritablement positives sur ce point si important de la circulation souterraine des eaux dans le bassin tertiaire du S.-O. de la France que dans deux ou trois ans , après l'achèvement du sondage entrepris cette année aux frais de l'Etat sur le domaine impérial de Solférino (Landes), sondage pour lequel un crédit de 166,000 fr. est préparé en vue d'un approfondissement de 300 111 , mais que l'on doit amener jusqu'au contact de la craie, quelque élevée que puisse être la dépense. A défaut de ces deux nappes, on a une plus grande certitude d'en ob- tenir une fortement jaillissante dans le sable vert situé au-dessous de la craie; mais malheureusement il faudrait aller la chercher à une profon- deur semblable à celle à laquelle on a été obligé de descendre dans les puits artésiens de Grenelle et de Passy qui ont de 550 à 580 m . On peut toutefois compter qu'il ne serait pas nécessaire de l'enfoncer, comme à Piochefort, à la profondeur énorme de 81 7 m . L'Administration libournaise, pour rester dans les limites des proba- bilités les moins dispendieuses , doit donc s'attendre à un sondage au moins aussi profond que celui de Bordeaux, c'est-à-dire d'environ 200 m , et elle ne doit pas en ordonner l'exécution avant d'avoir préparé le crédit nécessaire pour le pousser s'il le faut à 50 ,n plus bas , afin de ne pas rester en chemin , comme on l'a toujours fait , et d'atteindre s'il le faut la surface de la craie. Relativement à la température des eaux qni seraient obtenues, la température moyenne de celles des puits ordinaires étant de 13° et l'ac- croissement de 1° par 30 m de profondeur, les eaux jaillissantes auraient 20 à '21°, de 200 à 250 m de profondeur, et 31 à 32°, de 550 à 580 m de profondeur. Bordeaux, 7 mars 1866. 0. Linder, T. Billiot; V. Raulin, rapporteur. NOTES DE M. T. BILLIOT (Voir pages 1, -4, 11 et 12.) Note A. Dans les études hydrologiques des terrains du bassin du S.-O. qui ont été faites jusqu'à ce jour, on a négligé deux choses importantes et qui suffisent pour expliquer le peu de succès, qui a été obtenu : la pre- mière est l'altitude à laquelle viennent sourdre les eaux provenant des divers étages, la seconde est le plus ou moins de perméabilité des cou- ches qui séparent ces eaux du sol. J'ai consacré à l'étude des sources des divers terrains tertiaires marins du S -0. quatre années , pendant lesquelles j'ai fait exécuter quinze sondages dans ces terrains : six d'en- tre eux , pratiqués dans le calcaire grossier de la rive gauche de la Garonne, ont donné des eaux ascendantes, ûon jaillissantes, d'une abondance assez considérable, puisque, dans l'épreuve la plus sérieuse que l'on ait faite, sous. un épuisement constant de 30 mètres cubes à l'heure, soit 500 litres à la minute, le niveau, après s'être abaissé de 3 m en quelques minutes, est demeuré invariable pendant un essai qui a duré vingt-cinq heures consécutives. Ce niveau et ce débit sont du reste parfaitement d'accord avec les observations que fournissent les sources du même étage. Il résulte pour moi de l'ensemble de mes observations, qu'à la base du calcaire grossier de la rive gauche de la Garonne se trouve un niveau général qui, lorsque les eaux sont bien dégagées, s'é- tablit à 16 m environ d'altitude et serait susceptible de fournir, aux alti- tudes inférieures, assez multipliées du reste, des eaux jaillissantes sou- vent très-abondantes. • Cinq sondages pratiqués sur la rive droite de la Garonne, en général à de grandes altitudes (l'un est à 75 m ), joints à l'observation des sources de cette contrée m'ont encore permis de constater la présence d'un ni- veau d'eau à la base du calcaire à astéries de cette rive. Les nombreux accidents de terrains qui caractérisent cette région ne m'ont pas permis d'apprécier au juste l'altitude maxima et le débit de cette nappe. Ce dernier me paraît assujetti à de nombreuses variations ; mais dans cer- ( 16) tains cas il est considérable à une altitude de ÎÔ" 1 . Je crois que l'on peut fixer approximativement l'altitude maxima à 30 ou 40 m au moins. Enfin , trois autres sondages que j'ai pratiqués dans les Landes de Gascogne, àCestas, Marcheprime et Ârcachon , m'ont encore démon- tré l'existence de niveaux d'eau, dont l'altitude est bien supérieure aux précédentes, puisqu'elle serait comprise entre 40 et 50 m . J'avais depuis longtemps remarqué les belles sources qui viennent sourdre à la base des faluns dans une multitude de points où ils se montrent, et j'étais per- suadé qu'en se plaçant dans l'intérieur de la courbe qui passerait par leurs affleurements extrêmes, par Martignas, Saint-Médard, Mérignac, Martillac au nord, et par les affleurements des faluns des Landes au sud , on pourrait obtenir des eaux jaillissantes dans tous les points situés au-dessous de 40'" d'altitude. L'existence des faluns dans l'intérieur de la courbe (à part les points où les relèvements crétacés en écartaient la possibilité) me semblait certaine, et je les rencontrais eu effet dans les trous de sonde de Marcheprime et de Cestas. Je ne mettais pas en doute que les belles sources qui s'échappent partout de leur base ne corres- pondissent à un niveau d'eau très-général. Telles furent les idées que je soumis dès novembre 1864 à MM. de la Roche Tolay, sous-directeur, et Regnauld , ingénieur en chef de la Compagnie des chemins de fer du Midi, et qui déterminèrent le forage du puits artésien d'Arcachon. Fré- quemment communiquées à iaSociété Linnéenne, elles commencèrent à y être accueillies vers le mois de juin 1865 ; enfin, en septembre de la même année, le succès du puits d'Arcachon vint les confirmer pratiquement Sans pouvoir donner ici tous les détails que je publierai prochaine- ment dans un Mémoire sur la circulation souterraine des eaux dans le S.-O, de la France, je puis dire, en m'appuyant sur de nombreuses ob_ servalions confirmées par quinze sondages (1) , qu'il existe dans les ter- rains tertiaires du S.-O. divers niveaux d'eau importants , dont l'altitude varie de 16 à 45 m environ, et qui , dans un grand nombre de cas , peu- vent donner des eaux jaillissantes d'une assez grande abondance. On est en droit de se demander, d'après cela, comment il se fait que les fora- ges tentés en 1830 n'ont pas fourni d'eaux jaillissantes? Cela tient, comme je l'ai dit en commençant, à deux causes : la première est que ces sondages étaient tous placés à des altitudes trop considérables pour (1) Un de I96 ,n 50 (Arcachon), un de 70'" ( Saint-Selve ) , un de 60 m (Bouscat), trois de 56 m ( Marcheprime , bouillac , Lormont) , les autfes de 20 à 45 1 ". ( 17 ) permettre aux eaux rencontrées de jaillir au sol; la seconde c'est la per- méabilité excessive des terrains supérieurs contre laquelle on ne s'est pas mis en garde. Il est incontestable que i'on a rencontré des nappes ascendantes ; car, à Bordeaux , par exemple , le niveau de l'eau dans le trou de sonde s'est graduellement élevé de 5 m au-dessus de celui des puits voisins, d'après les notes de Jouannet. Or, arrivant à 7 m du sol avec une surcharge de 5 m sur la nappe d'égoût , cette eau devait s'épan- cher abondamment dans les terrains très-perméables (sables, graviers, calcaire grossier) où s'infiltrent les eaux superficielles. Sans doute les entrepreneurs de ces travaux avaient exécuté avec succès des forages dans le bassin de Paris, mais il ne faut pas croire que les eaux jaillis- santes fassent toujours irruption au sol, comme on se l'imagine vulgai- rement, et comme les journaux ne l'ont que trop répété pour Arcachon. Les puils artésiens ne jaillissent souvent que lorsqu'une couche de béton coulée entre deux colonnes , l'une de garantie et l'autre d'ascension, isole complètement la nappe jaillissante des nappes simplement ascendantes qui l'absorberaient. Le moment où l'opération doit être faite est exces- sivement délicat à saisir ; sans doute, lorsque les niveaux sont connus parfaitement et depuis longtemps , comme cela a lieu dans le bassin de Paris, où les puits forés se comptent par centaines, on n'hésite pas; mais il n'en est pas de même lorsqu'on a affaire à un terrain dont les ressources son! inconnues. Pour ce qui concerne en particulier Arcachon , je ferai remarquer qu'alors que le sondage était achevé à 126 m 50 de profondeur, l'eau va- riait encore entre l m et ra 35 au-dessous du sol , sans pouvoir jaillir, malgré la présence de deux colonnes de tubes. Confiant dans la force ascensionnelle de l'eau , que j'avais partout rencontrée à la base du falun deLéognan, je procédai au bélonnage. Après une journée de travail , lorsque j'eus coupé toute communication avec une nappe d'eau rencon- trée vers 40 m , l'eau s'éleva à 4 m 10 au-dessus du sol, malgré l'absorption qui se faisait encore par les sables supérieurs correspondant à la nappe d'eau des Landes. Elle se serait incontestablement élevée bien plus haut, si l'on n'avait coupé le tubage à m 40 au-dessus du sol, afin de faire jouir les visiteurs impatients du spectacle curieux de la première eau jaillissante rencontrée dans le bassin du S.-O. (1). (1) On organise dans ce moment des expériences pour juger de l'altitude maxima du jaillissement et du débita diverses hauteurs. Tome XXVI. 2 ( 18 ) En résumé , les précautions prises clans les anciens sondages exécutés dans le bassin du S.-O. étaient insuffisantes pour assurer le jaillisse- ment, s'il avait dû s'effectuer. Note B. Je ne partage pas la manière de voir de M. le Rapporteur sur l'ana- logie de situation qu'il admet entre Libourne et Bordeaux, relative- ment à la craie; sans doute ces deux villes se trouvent à-peu-près à la même distance des derniers affleurements crétacés, mais mon avis est que l'allure de ces derniers diffère essentiellement. Au N.-E., en effet, les terrains de craie occupent une superficie considérable ; le relève- ment s'est fait avec une certaine modération , les couches n'y sont pas tourmentées et, dans le versant qui regarde nos contrées, l'inclinaison (1) ne dépasse pas 47'. Au S.-O. , les terrains sont au contraire très-tour- mentés; l'inclinaison, déjà beaucoup plus forte àVillagrain et Landiras, où elle est de 5°, passe à 10° à Roquefort, et atteint presque la verticale à Tercis. Tandis qu'au N. les terrains de craie semblent présenter une pente qui diffère peu, comme direction et comme inclinaison de celle des terrains tertiaires, au S.-O. elle est en stratification très-discor- dante avec eux. Aussi serais-je disposé, pour la détermination de la profondeur de la craie à Libourne et à Bordeaux , à porter toute mon attention sur ce qui se passe au N.-E. en négligeant complètement les calculs basés sur la craie du S.-O. Dans cette hypothèse, Bordeaux étant à plus du double de la distance qui sépare Libourne de la bande de cra+e-4u N.-E., serait loin de se trouver dans des conditions aussi favorables. Quant aux sondages de Peujard, Beychevelle et Bordeaux, leur des- cription date de trente ans ; les couches y sont définies d'une manière si vague et les échantillons sont si peu caractéristiques, que je-n'ai pu en tirer aucun parti. La seule chose que je sois dispose à en déduire, c'est qu'il est probable que le calcaire rencontré à Peujard à 107 m est le cal- caire de Blaye ; encore dois-je avouer que j'agis ainsi , simplement par instinct et sans preuves certaines. Dans les notes que l'on possède sur le sondage de Peujard, il n'est pas dit un mot du niveau de l'eau dans le trou de sonde, c'est cependant une donnée importante. Il est évident qu'il y en avait, car tous les puits de la contrée en contiennent. Or, si (2) D'après M. Raulin : Note sur quelques protubérances crétacées. ( 19 ) elle n'a pas jailli à Peujard, est-on en droit d'en conclure que la même nappe ne serait pas jaillissante à Libourne , dont l'altitude est inférieure de 40 m au moins? Pour résoudre cette question , il faudrait avoir sous les yeux le Journal du Sondage, afin de suivre les variations du niveau de l'eau. On pourrait en déduire la connaissance des couches qui en ont fourni , et juger d'après cela des ressources que ces terrains offrent à Libourne. Malheureusement on n'a pas tous ces renseignements, et c'est ce qui me fait dire qu'on ne peut tirer aucun parti d'observations si an- ciennes et si incomplètes Note C. Les données sur lesquelles on se base pour calculer la profondeur de la craie au-dessous de Libourne sont, à mon avis , insuffisantes. Pour avoir la pente du terrain, on prend les altitudes de deux affleurements de craie, et, divisant leur différence par la distance qui sépare les deux localités , on obtient la pente. Ce procédé , excellent lorsqu'on est sûr de prendre pour repère le même horizon d'un étage , me semble ici en défaut. En effet, la surface de la craie a été profondément ravinée par les eaux; la craie a même disparu par places sur une épaisseur considé- rable. En admettant donc que dans deux localités on rencontre le même étage, la craie jaune, comme on l'.a supposé dans les calculs sur lesquels s'appuie le rapport , il est bon de remarquer que cet étage a , d'après M. Coquand, 70 m d'épaisseur. Supposons , par exemple (et c'est fort admissible), que, du côté de la dépression, la craie ait été dénudée sur une épaisseur de 30 à 40 m (peut-être davantage), les calculs cités plus haut subiraient une telle variation, que je n'ose leur accorder la moindre confiance. — J'ajouterai toutefois qu'il n'est pas possible d'adopter un autre procédé; aussi peut-on faire usage de celui-là, mais à la condi- tion de se rendre bien compte de sa valeur. Il est en outre important de remarquer que la pente va en diminuant nécessairement , des bords au centre du bassin , et que Libourne étant au tiers environ , les nombres calculés doivent subir une réduction assez considérable. T. Billiot. Bordeaux, 7 Mars. ADDITIONS PAR M. RAULIN 1° SUft UN PROJET DE SONDAGE ARTÉSIEN A CONDOM (GERS). M. Duran , membre du Conseil municipal de cette ville, m'ayant fait, en décembre 1865, l'honneur de me demander mon avis à cet égard, je transcris ici , à litre de renseignements sur la question dès sondages dans le Sud-Ouest, la réponse que je lui ai faite, à l'exception de deux passages qui ont pris place dans le rapport précédent. « Dans la vallée de la Garonne , le sondage fait à Agen en 1832, a d'a- bord percé le dépôt caillouteux diluvien, dont l'épaisseur est d'environ 10 m , et au bas duquel se trouve la nappe d'eau qui alimente les puits de la ville. Ensuite, on n'a plus rencontré que de nombreuses alternances de marnes plus ou moins argileuses ou sableuses, dans lesquelles on n'a pas mentionné de nappés d'eau même non jaillissantes. On s'est arrêté à 118 m de profondeur, après avoir percé un banc d'un mètre de calcaire dur, au-dessous duquel venaient de nouvelles marnes argileuses. » Condom, situé à-peu-près au S.-O. d'Agen , dont il est éloigné en ligne droite dé 33 kilom., se trouve à mon avis dans des conditions encore moins favorables que cette ville pour la recherche des eaux jaillissantes; car, par suite de l'inclinaison des assises, d'une part les nappes d'eau intérieures qu'elles peuvent renfermer doivent être à une profondeur plus grande, et de l'autre le sol par-dessous Condom renferme une partie des assises qui s'élèvent dans le coteau qui domine Agen au N. Le bassin tertiaire et secondaire du Sud-Ouest de la France, ainsi que je le répète sans cesse, ne se trouve pas dans des conditions aussi favorables que celui de Paris, Sous le rapport de la disposition des as- sises du sol , par exemple, dans le bassin de Paris les différentes assises forment autant de véritables calottes superposées et emboîtées les unes dans les autres, celle des sables verts qui alimente les puits de Gre- nelle et de Passy, ayant 350 kilom. du N.-E. au S.-O., de Hirson à Loudun, et de 320 kilom. du S.-E. au N.-O., d'Auxerre au Havre; tandis que dans le S.-O. , elles ne forment que des demi-cuvettes em- boitées plus irrégulièrement, dont une partie émergée a 300 kilom. du S.-E au N.-O., de Castres à Arcachon, et 340 kilom. du N. au S., de Luçon à Saint-Jean-de-Luz, mais dont l'autre partie , continuant à s'a- baisser, va se perdre dans les profondeurs de l'Océan atlantique. ( 21 ) » Pour en revenir à Condom , d'après les études que j'ai faites à di- verses reprises dans ses alentours , je crois que si on y pratiquait un sondage, on commencerait par trouver sur 15 à 20 m d'épaisseur au moins, le système marneux qui recouvre le calcaire blanc qui supporte la ville de Nérac, puis le grand banc calcaire de Nérac et de Lavardac de 10 à 15 m d'épaisseur encore (lequel est celui qui se retrouve dans le coteau au-dessus d'Agen) , puis sur 20 à 30 m les marnes et molasses qui, dans le coteau d'Agen, se trouvent au-dessous et descendent jus- qu'à la plaine ; enfin , le grand système de marnes et de molasses tra- versé dans le sondage sur 110 m d'épaisseur, et qui en aurait certaine- ment une analogue si ce n'est supérieure. Il me semble donc probable que le forage devrait être poussé à une profondeur de 50 m et peut-être de 100 m plus grande qu'à Agen, pour arriver à la même assise géologique. » Je ne dois toutefois pas dissimuler que Condom ne se trouve qu'à 12 kilom. au N. de la ligne suivie par un bombement du terrain crétacé, que j'ai découvert dans les Landes, de Roquefort à Saint-Justin et Créon, à l'O. de Condom , et dont M. l'ingénieur Jacquot a trouvé un autre jalon à Cézan, au S.-E. de Condom. Si !a pente de ce relèvement du sol cré- tacé se prolongeait beaucoup vers le N., ce terrain serait plus rapproché de la surface , et les marnes et molasses du sondage d'Agen auraient une épaisseur moins considérable. Le sondage dans ce cas pourrait avoir une profondeur qui ne dépasserait pas celle d'Agen , ou qui serait même moindre ; mais c'est ce qu'il est impossible de constater par avance. » Quel résultat obtiendrait-on au point de vue des eaux jaillissantes , soit dans le terrain tertiaire, soit bien plutôt au-dessous? C'est ce que nul ne peut prévoir. Certainement il est possible, et peut-être même assez probable, que l'on rencontre une nappe jaillissante comme celle qui alimente les puits artésiens des environs de Paris (à l'exception de ceux de Grenelle et de Passy); mais ce n'est pas certain. On n'aura de données véritablement positives sur ce point si important de la circula- lion souterraine des eaux dans le bassin tertiaire du S.-O. de la France que dans deux ou trois ans , après l'achèvement du sondage entrepris aux frais de l'Etat sur le domaine impérial de Solférino (Landes). » Telles sont , Monsieur, les données que mes connaissances sur les environs de Condom peuvent me mettre à même de vous fournir. Elles ne sont pas très-encourageantes pour le projet qui a en ce moment les sympathies de votre Conseil municipal. Il ne faut pas se laisser éblouir par le résultat obtenu à Arcachon -, celui-ci était d'accord avec la cons- ( 22 ) titulion géologique du pays, et deux mois avanl la fin du sondage, alors que la sonde n'était encore qu'à 75 m de profondeur, je considérais comme très-probable le résultat qui a été atteint. » 2° NOTE RELATIVE AU SONDAGE DE SOLFÉRINO ( LANDES ). Je crois devoir ajouter ici quelques observations sur le sondage qui s'exécute en ce moment à Solférino. La protubérance crétacée, que j'ai découverte à Roquefort et à Saint- Justin, se prolongeant soulerrainement fort loin dans l'E. , puisque M. Jacquot a trouvé un nouveau jalon de la ligne de faîte à Cézan (Gers), à 60 kilom. de distance, il n'y aurait rien de surprenant qu'un prolon- gement vers l'O. vint atteindre Labouheyre , qui est exactement dans le prolongement de la crête, à 50 kilom. seulement. Toutefois, il se pour- rait bien aussi que celte dernière fut assez abaissée pour s'évanouir au- dessous des terrains tertiaires , comme il est arrivé pour la protubérance de Landiras et Villagrain , par rapport au sondage d'Arcachon, qui est à 47 kilom. exactement aussi dans son prolongement, et dans lequel on n'a rien rencontré qui put en faire soupçonner l'existence, à 177 m au- dessous du niveau qu'elle atteint à Villagrain. Toutefois, admettre que cette protubérance se prolonge encore à Labouheyre , est toujours une supposition qui n'est pas entièrement gratuite et qui ne peut qu'être favorable à la réussite du sondage. Solférino se trouvant à 8 kilom. environ au S. de la ligne de faîte prolongée , est par conséquent sur le bord septentrional de la grande dépression crétacée comprise entre cette protubérance et celle de Dax. Il y a donc probabilité pour que les assises tertiaires intermédiaires au sable des Landes et à la craie, si elles existent au voisinage de la protu- bérance, aient plus d'analogie avec celles des environs de Dax, qu'avec celles des environs de Bordeaux. S'il en était ainsi, les marnes de Gaas remplaceraient le calcaire à astéries et ne renfermeraient sans doute pas la nappe d'eau que M. Billiot y a reconnue; et d'autre part le grand sys- tème de molasse inférieure, traversé au-dessous, sur plus de 150 m d'é- paisseur dans le sondage de Bordeaux, serait remplacé par le terrain nummulitique dont l'épaisseur est souvent fort considérable. M. Jacquot a pensé que , pour placer le sondage dans les meilleures conditions, il était préférable qu'il fût établi à Sabres sur !a ligne de faîte de la protubérance crétacée de Roquefort ; mais M Crouzet, ingé- nieur en chef des Landes , guidé par des considérations étrangères à la (23 ) géologie, a voulu qu'il fût placé sur le domaine impérial privé. Pour moi, je partage l'opinion de M. Jacquot , afin d'avoir la moindre épaisseur possible de terrain tertiaire à traverser, si on veut s'attaquer à la craie el la traverser pour atteindre les sables verts inférieurs, dont l'existence n'est cependant pas certaine, puisqu'ils manquent aux environs de Dax ; mais je crois que si on voulait obtenir des eaux du terrain tertiaire, il était préférable de se placer à quelque distance de l'axe. Relativement aux eaux qui jailliraient à l'altitude de 82 m à laquelle le sondage s'ouvre, M. Jacquot a établi qu'il pourrait en être ainsi de celles de la surface du terrain crétacé et, sans doute aussi à plus forte raison, de celles des parties inférieures; mais pour les nappes aquifères des terrains tertiaires , il y a toute apparence que celles qui existeraient dans le terrain nummulitique et dans l'assise du calcaire à astéries ne pourraient pas s'élever aussi haut. Mais je ne regarderais pas comme impossible le jaillissement d'eaux provenant de l'une ou de l'autre des assises de falun, quoique M. Billiol croie que celle qu'il a rencontrée dans le sondage de Marcheprime , entre Bordeaux et La Teste, renferme seulement une nappe d'eau qui ne pourrait dépasser 50 m d'altitude dans le département de la Gironde. Les Landes forment une vaste surface triangulaire, allongée du N. au S., dont le point culminant se trouve à l'angle oriental , et dont la sur- face va de là en s'abaissant à l'O. Elles sont comprises entre l'Océan à l'O., la Gironde et la Garonne au N.-E. , l'Adour et une ligne menée de Grenade à Gabaret et ta Gelize au S.-E. Elles comprennent une grande partie des départements de la Gironde et des Landes , et une petite por- tion de celui de Lot-et-Garonne. Les divers faluns qui forment les assi- ses inférieures au sable des Landes existent dans tout le pays, excepté probablement vers l'extrémité du Médoc, et viennent affleurer sur tout son pourtour et aussi dans le vallon du Ciron, sur la bordure septen- trionale et dans ceux de la Douze et du Midou, sur la bordure méridio- nale. Mais, à l'exception de Salles dans le grand vallon de la basse Leyre, ils ne sont nulle part atteints par les dénudations diluviennes, dans les parties centrales et surtout sur la ligne médiane et de plus grande pente , qui part de la vallée de la Gelize , vers Nérac , et va droit à l'O. atteindre la côte de l'Océan, vers Mimizan. Dans la partie orientale les faluns s'élèvent à des altitudes peu infé- rieures à celles de la surface du sol qui atteint 195 m à Xaintrailles, 168 m à Réaup et 1 75 m à Gabaret ; par suite de l'épaisseur croissante du sable des G s*-) Landes , qui de quelques mètres en atteint plus de 100 dans la partie oc- cidentale, lesfaluns s'abaissent plus rapidement, atteignent des altitudes moindres et ont une pente supérieure à celle de la surface du sol, qui n'atteint plus que 'ISO™ au Poteau, sur la grande route de Bazas à Mont- de-Marsan, entre le Ciron et la Douze, et 64 m à Liposthey, 82 m à Solfé- rino et 68 m à Morcenx, trois points de sondages, dans lesquels, à l'ex- ception de Solférino ; où l'on n'est encore qu'à 40 m de profondeur, les faluns ne se trouvent pas à moins de 108 m de profondeur, c'est-à-dire à des altitudes de — 40 m en moyenne. Les pentes de la surface du sol sur les grandes lignes suivantes sont : Xainlrailles à Liposthey. diff. 131"-' clist. 92M : '' & 50" • Rtaup à Solférino. ... — 86 — 89, 5 : 3' 20" Gabaret à Morcenx. ... — 113 — 74, 6 : 5' 15" Sur la ligne de Piéaup à Solférino existe à Baudignan et à Rimbèz, à 145 m d'altitude, un falun qui suit la pente générale des assises vers l'O. En faisant abstraction pour Solférino, des chances d'une moindre épais- seur du terrain tertiaire , par suite de sa position dans le voisinage de l'axe de la protubérance crétacée de Roquefort , et en admettant la même altitude qu'à Liposthey et à Morcenx, la surface du falun y serait à 45 m au-dessous du niveau de la mer. C'e^t donc une différence de 190 m qui, eu égard à la différence de 78 kilom. 5 qui sépare les deux points, donne une inclinaison de 8' 15" pour le falun. La pente continue encore vers l'O. , puisque sur la côte, à Arcachon , on ne l'a atteint qu'à 75 m au-dessous du niveau de la mer. — Ce n'est pas faire une supposition trop hasardée, d'admettre que la nappe d'eau du falun est d'une part à 140 m d'altitude à Baudignan , et de l'autre à Solférino à 30 m au-dessous de la surface du falun, puisqu'il en est ainsi à Arcachon, c'est-à-dire à 75 ra au-dessous du niveau de la mer; la différence totale de 215 m , eu égard à la distance, donuerait une inclinaison de 9' 25" à la nappe d'eau. Cette nappe, qui se trouverait sur la ligne du chemin de fer, à Lipos- they, à Morcenx et peut-être aussi à Solférino, à environ 75 m au-dessous du niveau de la mer, y aurait donc une charge d'eau de 21 5 m au moins , c'est-à-dire de près de 21 atmosphères, dans la direction de la plus grande pente, vers l'E. ; pour sortir à 82 m d'altitude à Solférino, l'eau aurait à s'élever de 157" 1 , tout en restant encore de 58 m en dessous de son point de départ à Baudignan. Je sais bien qu'elle est en communica- tion avec la nappe du falun qui , au N., à Saucats , à 60 kilom., ne pa- raît pas pouvoir dépasser 50 m d'altitude d'après M. Billiot, et qui, au S., (25) à48 m kilom., s'ouvre à la vallée de l'Adour à Dax, où elle trouve un écou- lement à 10 m d'altitude seulement; mais je suis disposé à croire, sans toutefois vouloir l'affirmer, que l'eau sortirait encore plus facilement à 82 m d'altitude par un large tube vertical de 1 57 m et avec 58 m de charge , qu'à 10 m et 50 m d'altitude, par la filtration horizontale au travers de 48 et 60 kilom. de roches perméables, avec 130 ou 90 m de charge. Toute- fois, il ne faudrait certainement pas compter sur une abondance d'eau dans les faluns , comparable à celle de la nappe des sables verts cré- tacés du bassin de Paris, d'abord parce que la nappe aqueuse et surtout sa surface d'absorption des eaux atmosphériques, sont bien loin d'avoir une étendue aussi considérable, et ensuite parce que, au lieu d'un bassin complet à bords relevés où les sondages sont dans la partie centrale, il ne s'agit en quelque sorte que d'un quart de cercle convexe, sur la pente duquel ils ont été établis. Pour avoir une semblable opinion , je me fonde sur ce qui se passe dans le bassin de Paris, où la nappe d'eau des sables verts, qui alimente les puits artésiens de Grenelle et de Passy, entrée dans le sol à 110 m d'al- titude à 152 kilom. près de Troyes, à 84 m à 135 kilom. près de Joigny, à 86 m à 80 kilom. près de Gournay, préfère jaillir à Grenelle par un tube vertical à l'altitude de 73 m , alors qu'elle pourrait profiter d'issues naturel- les qui lui sont offertes à 53 m d'altitude à Bures (en Bray), à 127 kilom., et mieux encore à plusieurs mètres au-dessous du niveau de la mer, à 175 kilom. à l'embouchure de la Seine, entre le Havre et Honfleur. La nappe d'eau des puits de Grenelle et de Passy a été atteinte à 547 m et 576 m 50 de profondeur, c'est-à-dire à 511 m et 523 m 50 au-dessous du niveau de la mer. En admettant une profondeur moyenne de 520 m , on obtient, malgré l'absence d'uniformité des pentes dans toute leur lon- gueur, les inclinaisons moyennes suivantes sur les cinq grandes lignes que je viens d'indiquer : Joigny à Grenelle.'. . diff. 604'". dist. 4 ; 35tii, • 15' 20' Troyes à Grenelle. . . — 630 — 152 4 4' 10' Gournay à Grenelle . . — 606 — 80 . 26' Bures (Bray) à Grenelle. — 573 — 127 4 5' 30' Le, Havre à Grenelle. . — 515 — 475 40' 5" 3" SUr. DES SONDAGES ENTRE BAYONNE ET DAX (LANDES). En parcourant, dans les premiers jours de juin 1805, avec une demi- douzaine d'élèves de la Faculté des sciences, la partie occidentale de Tome XXVI. 3 ( 26) l'arrondissement de Dax , j'ai appris que plusieurs grands propriétaires avaient le désir d'y entreprendre des recherches d'eau jaillissante. Depuis quatre années que le Conseil général m'a chargé avec M. Jacquot du re- levé de la carte géologique et agronomique du département, mes études, dans la moitié occidentale de celui-ci, m'ont fait connaître la nature et la structure du sol, et m'ont, par conséquent, mis mieux que tout autre à même d'avoir une opinion sur les chances de réussite des sondages artésiens. J'ai écrit alors une lettre qui a été insérée dans le Réveil des Landes et que je terminais ainsi, après avoir rappelé les principes gé- néraux de la circulation des eaux dans le sol et énoncé les conditions différentes dans lesquelles se trouvent la grande plaine de la France septentrionale d'une part, et celle du Sud-Ouest de l'autre : « Les parties de la grande plaine du S.-O. qui avoisinent les Pyrénées sont dans des conditions bien plus défavorables. Dans le département des Landes en particulier, au S. del'Adour(d'AireàSaubusse)etdela dépres- sion qui renferme l'ancien étang d'Orx, les terrains tertiaires sont moins épais il est vrai que dans la partie centrale; mais les terrains crétacés sous-jacents sont tellement bouleversés, qu'il est impossible d'y concevoir des nappes d'eau continues. En effet à Audignon , près Saint-Sever, à Tercis, àBiaudos, etc., les bancs plongent de 50 à 80°, tantôt dans un sens, tantôt dans le sens opposé. Le terrain tertiaire inférieur , ca- ractérisé par les nummulites, participe lui-même à ces bouleversements, et partout dans les cantons de Monfort, Dax, Pouillon, Peyrehorade, Saint- Vincent et Saint-Martin, les assises plongent de 20 à 40° dans des sens souvent opposés. Si l'eau se rencontre souterrainement en abon- dance dans la Chalosse et dans son prolongement occidental jusqu'à Bayonne, ce ne peut être que sous forme d'amas isolés, placés à des hauteurs variables, et impuissants à venir se déverser à la surface par un trou de sonde, par suite de l'absence de continuité régulière avec des nappes dont le point de départ serait à des élévations plus grandes au-dessus du niveau de la mer. On éviterait je crois de grandes décep- tions si, dans toute cette région, on se bornait à sonder jusqu'à une profondeur de 30 à -40 m , suffisante pour atteindre les amas d'eau placés dans les parties inférieures du terrain tertiaire horizontal , près de la jonction des terrains crétacés ou à nummulites, plus ou moins fortement inclinés. Ces amas d'eau rendraient probablement à peu près intarrissa- bles les puits plus ou moins profonds qu'ils alimenteraient. » E TUDE s-fi CAILLOUX ROULEE DE LA DORDOGl (1865) Par M. Charles DES MOULINS, président. CHAPITRE I" INTRODU GTION J'ai longtemps étudié le Périgord sans rien publier sur la géologie des environs de ma demeure : de bas en haut, c'était chose si simple ! Terre végétale encombrée de pierres et cailloux très-divers; Meulières et calcaire d'eau douce; Minerais de fer; Molasse; Silex rapportés à une craie analogue à celle de Maastricht; Craies du \ eT et du 2 e étages; Voilà tout, et tout cela était décrit dans les travaux de Jouannet, de Dufrénoy, de M. le V te d'Archiac , travaux solidement établis et dont les recherches subséquentes n'ont nullement ébranlé les bases. Depuis quelques années, cependant, des éludes plus détaillées, plus minutieuses sur la formation crétacée , acquéraient chaque jour plus de faveur. Grâce aux grands travaux d'Alcide d'Orbigny, on avait désormais des noms à appliquer aux nombreux et magnifiques fossiles de ce puis- sant terrain : on pouvait s'entendre en en parlant, et on en parla; la formation crétacée fut à l'ordre du jour de la Géologie. Voyant alors qu'on s'occupait de régler les affaires d'intérieur de celte formation, il me sembla nécessaire d'attirer l'attention sur ces silex problématiques qu'on ne voulait plus me permettre d'attribuer à Maës- tricht, et de demander pour eux la fixation d'un état civil quelconque. ( 28 ) Je publiai dans la deuxième moitié de 4 804- mon Bassin hydrographique du Couzeau, et, homme de détails plutôt qu'ambitieux de larges visées, je me sentis instinctivement poussé à parler un peu de ces cailloux qui finissent par être gênants , tant il y en a, quand on pratique longtemps, au point de vue de la science , un pays aussi intéressant que le Péri- gord. On les trouve partout; ils s'accommodent de tout, et se font un chez eux dans tous les terrains; pourvu qu'ils se trouvent une place, ils ont l'air d'être partout également à Taise. Evidemment, il y avait quelque chose à comprendre et quelque chose à dire relativement à ces individualités innombrables, encombrantes, désagréables à tous si ce n'est aux agents-voyers , — intraitables en apparence et pourtant si souples cà tous les régimes ! En ce temps-là précisément, le monde savant commençait à s'occuper d'eux, mais uniquement à l'occasion des diluvhmis et alluviums dont M. Boucher de Perthes avait farci toutes les têtes, même celles qui ne s'étaient jamais penchées sur un dépôt de cailloux. Mais, ni leur met- teur en scène, ni ceux qui les passaient au crible archéo-géologique (mol à la mode, mais qui n'a pas de raison d'être, car il exprime un non-sens ou une naïveté qui appelle le sourire), — en un mot, ni M. Boucher de Perthes lui-même, ni les géologues qui auraient quelque intérêt à se faire un peu archéologues, ni les archéologues qui auraient grand besoin de devenir un peu géologues, ne se mettent beaucoup en peine d'étudier en eux-mêmes ces objets d'une vogue qui s'accroît en- core tous les jours et me permet, pour la géologie comme pour bien d'autres choses, de constater comme signe du temps présent, que «Décidément, le vent est aux cailloux roulés ! » Et en effet, depuis trois ou quatre ans, il a élé dit et écrit un nombre incalculable de paroles sur le diluvium et les alluvions : il semble que , géologues et archéologues, tout le monde joue à qui en proférera davan- tage. Cela serait fort bien , et même fort utile pour l'éclaircissement des questions débattues, si le diluvium et les alluvions étaient suffisamment étudiés, dans tous leurs ordres de caractères, pour qu'on les connût à fond, et par conséquent pour que ceux qui en parlent pussent s'entendre entre eux. L'un de ces ordres de caractères, c'est celui des caractères intrinsè- ques, et personne ne se refusera à avouer que la connaissance des ma- tériaux qui composent le dépôt est dans ce cas , — en d'autres termes , ( '29 ) que « la composition matérielle d'un dépôt quelconque est l'un des j> caractères intrinsèques de ce dépôt. » Plût à Dieu qu'en disant « ce dépôt, » nous comprissions sous un simple, unique et court vocable tout ce qu'on a appelé diluviam, ou tout ce qu'on a appelé alluvium! Mais hélas ! il n'en est point ainsi , et pour peu qu'on veuille y regarder de près , tout le monde convient que chacun a le sien et que , si le mot qui représente l'idée est le même , la chose représentée n'est pas la même partout. De là, une confusion inextricable. Puisque la composition matérielle d'un dépôt est l'un de ses caractères intrinsèques, il ne peut être inutile, — il est même indispensable de connaître parfaitement ce caractère, et l'on ne saurait y parvenir sans l'étudier en lui-même. L'a-t-on fait quelquefois? — Oui. L'a-t-on fait assez? — Non, du moins pour la plupart du temps. Pourquoi la science n'imiterait-elle pas V administration , cette tutrice infatigable et parfois un peu fatigante de la vie entière du citoyen? Elle a souvent du bon ; pourquoi ne se l'approprierait-on pas? Quand elle veut, par exemple, faire le recensement de la population d'une ville, ses agents ne vont-ils pas frapper à chaque porte et dire à chaque habitant : « Quel est (on nom, ta race et ton pays? (1) » Eh bien! si nous voulions vraiment connaître chacun des dépôts, sem- blables ou divers, auxquels, dans chaque localité, on a cru pouvoir attribuer le nom de diluvium ou celui d'alluvion, quoi de plus simple que de l'interroger sur la nature des cailloux, sables ou terres qui le composent, sur leur état physique, leurs conditions de nombre ou de volume, enfin sur le lieu probable de leur provenance et le mode de leur transport? La terre végétale et les sables peuvent et doivent être étudiés, et sou- (1) Dans ses admirables Leçons de Géologie pratique , M. Élie de Beaumont a ex- primé une pensée semblable : « Pour se faire une idée juste de la terre végétale , il « convient d'étudier séparément les localités où chacun des éléments qui concourent « généralement à sa formation se trouve dans une prédominance et un isolement plus » ou moins complets. » (T. I er , p. i 8-i ) .* Le point de vue de l'étude recommandée par ce grand maître n'est pas identique à celui-ci , mais c'est son parfait analogue , et l'utilité de l'étude est la même , bien que son mode et son but soient quelque peu différents. ( 30 ) vent avec profit, — notre savant collègue M. Eug. Jacquol l'a montré par son exemple; mais ils ne sont pas toujours dignes d'une foi aveugle, parce qu'ils ne forment pas toujours réellement le fond du dépôt, adul- térés qu'ils sont très-fréquemment par un mélange inévitable avec les terres ou sables qui pouvaient préexister dans la localité. De là vient qu'on s'adresse plus souvent et avec raison, pour les éiudesde ce genre, aux sables qu'aux terres, et surtout aux cailloux qu'aux sables. Ceci posé, quels cailioux convient-il d'étudier? Tous, sans contredit, c'est le mieux; mais un géologue qui passe , un naturaliste même dont la demeure est un peu éloignée , ne peuvent guère serrer de près une telle étude, et la prestance des primates du dépôt attire de préférence leurs regards : ils font leur choix parmi eux, ou les échantillonnent. L'abondance aura son tour dans ce choix , et souvent même on lui don- nera, ajuste titre, le pas sur la grosseur; mais enfin ce seront toujours les plus apparents, les plus faciles à remarquer , qui seront emportés pour l'étude et pour les listes inventoriales, dont ils constitueront à coup sûr un bon élément , mais non le seul , ni en général le plus essentiel. Et puis, les courses sont longues, et les cailloux sont lourds : adieu donc à l'élément statistique, qui a bien son mérite en cette matière! Je ne voudrais pas être pris pour un frondeur qui, ayant peu fait dans sa vie, croit se donner de l'importance en critiquant, du fond de son cabinet, les us et coutumes le plus généralement et le plus nécessaire- ment mis en pratique. Ce que je reproche aux autres, je m'empresse d'avouer que je l'ai fait, hélas! toute ma vie, et que mes documents caillouliers sur le Bassin hydrographique du Couzeau ont reposé jusqu'ici sur des éléments dont l'étude n'a guère été plus complètement épuisée. Aussi, quand j'ai voulu, celle année 18G5, serrer de plus près encore mon sujet, essayer d'élucider certaines questions, je me suis trouvé, en réalité, aussi court de renseignements que les livres et mémoires que je fouillais avidement et en vain pour en chercher. Sans que tout, assurément, soit la même chose, tout se ressemble plus ou moins, de près ou de loin. Comme les grands et les riches de l'humanité, les gros cailloux se déplacent : ils descendent volontiers des hauteurs dans les vallées; on s'en sert pour le bâtiment des maisons, des murs et des chemins ; et puis (chose désastreuse pour le géologue ! ) les laboureurs ont l'habitude d'épierrer leurs champs. Avec tout cela , faites donc de la statistique cailloulière ! Comme le petit peuple des campagnes au contraire, les menus cailloux restent attachés à la glèbe; ils constituent la population sédentaire, ( 31 ) autochtone , réelle en un mot. Si donc vous voulez connaître le vrai, adressez-vous à eux. Ainsi me suis-je mis à faire. Accroupi, agenouillé, armé de lunettes, j'ai pris pour tâche de re- cueillir un à un , dans un espace de deux mètres carrés par exemple , deux ou trois poignées de fragments pierreux roulés ou anguleux, d'une dimension déterminée (de 2 ou 3 à 15 millimètres , ou bien de 10 à 42 jusqu'à 35 ram de grand diamètre , selon les localités), en ayant soin de prendre , dans les proportions qui paraissent dominantes , des exem- plaires de tous les faciès qui se rencontrent dans la localité. Ce genre de butin n'est ni encombrant, ni lourd : on emporte chez soi les petits paquets, on les lave, on en compte les éléments, puis on attaque les plus durs à l'aide du marteau , les autres à l'aide de tenail- les; on les classe, on les étiquette enfin avec soin pour les conserver, et on obtient presque toujours des résultats instructifs (1). Puisse-t-on juger que j'ai été assez heureux pour en obtenir quelques- uns ! Ce qui semble m'auloriser à l'espérer, c'est que j'ai pour moi l'exem- ple de notre ancien et éminent collègue l'ingénieur en chef Billaudel, qui, chargé des détails du pont de Bordeaux et de l'établissement de tant de routes importantes du département de la Gironde , ne dédaigna pas d'insérer dans le tome IV du recueil de la Société Linnéenne un mé- moire considérable sur les Cailloux roulés de la Gironde. Il avait fait de ce travail son affaire personnelle, et on l'a souvent cité, dans les publi- cations subséquentes, à titre de document réellement important. La col- lection qui s'y rapporte, étiquetée de sa main, m'a été donnée par lui aussitôt après la publication du mémoire , et elle ira après moi et avec celle des cailloux de la Dordogne, dans l'une des collections publiques de Bordeaux. (1) C'est même avec beaucoup de confiance que je publie ces « détails circonslan- » ciés sur chacune de mes » investigations ['] , « sachant bien que ce sont ces délails » parfois en apparence minutieux, qui peuvent mieux que des conjectures hasardées, » éclairer la marche de la science. » (Am. Brouillet, Époques anlé-hisloriques du Poitou, p. 6. Poitiers, chez Dupré; gr. in-8° de 151 pages, avec 10 planches in-4° sur teinte; 1865.) I*] Je substitue ce mot à celui de découvertes employé par M. Brouillet , parce que je n'ai eu , moi , qu'à dénombrer des faits patents et que chacun aurait pu constater avant moi. L'habile artiste archéo- logue de Poitiers me pardonnera l'emprunt que je lui fais : je crois que ce qu'il dit la est vrai, et on ne saurait le mieux dire. (Noie ajoutée pendant l'impression.) CHAPITRE II COMPOSITION DES DEPOTS DE CAILLOUX ROULES % I' ! . — CaàSIoux aie la Mo9asse La Molasse (éocène , d'eau douce) a été déposée, paraît-il , dans des conditions de tranquillité presque parfaite; c'est un dépôt lacustre. Cette tranquillité a nécessairement été précédée de perturbations assez brusques, puisque la surface du 1 er étage de la craie a été complètement dénudée avant le dépôt de la molasse qui repose, sans aucun intermé- diaire, sur lui. Il m'est aujourd'hui démontré, par l'étude minulieusement rigoureuse des cailloux qui appartiennent essentiellement et authenliquement à la molasse , que j'ai commis une erreur en disant , pp. 45 et 40 du Couzeau : « C'est ici même que cet appendice de la craie (la craie à Fanjasia) a » existé ; les rognons de silex qu'elle contenait sont restés sur place, y> oh ils ont été repris par la molasse. » A force de voir ces silex fourmiller dans les parties superficielles de ce dépôt, dans cette molasse remaniée qui en forme constamment le cliapeau et se mêle peu à peu à la terre végétale dont elle constitue une portion notable, — à force aussi de les voir accumulés et saillants à di- verses hauteurs dans les éboulements et au pied des escarpements assez nombreux mais presque toujours peu épais que montre le vif de sa masse pure , j'avais fini par me persuader que ces silex devaient se trouver réellement et indifféremment à toutes les hauteurs, engagés DANS CETTE MASSE. Mais celle année 1865, mes recberebes attentives et directes ne m'en ont pas fait apercevoir un seul fragment ou bloc plus bas qu'un mètre ou un mètre et demi dans le vif des sables purs de la molasse , et ( 33 ) jamais dans ses argiles pures. De plus , j'ai recueilli, lavé, examiné à la loupe et à la tenaille les menus cailloux (absolument identiques) que contiennent ces sables et ces argiles, et je n'y ai pas trouvé un seul fragment roulé de silex à Faujasia, ni de tout autre silex, mais seu- lement des quartz hyalins, grenus ou laiteux des terrains primitifs. Donc , les silex à Faujasia n'ont pas été repris silr place par la molasse, mais ils sont venus se déposer, en blocs et en fragments , sur ou dans sa partie superficielle ou du moins supérieure où on ne les rencontre plus, lorsqu'elle est pure, que jusqu'à la profondeur d'un mètre à un mètre et demi. J'ai contrôlé mes propres observations en consultant un homme d'af- faires qui, depuis plus de trente ans, a constamment suivi les travaux des tuileries du domaine de Lanquais , et il m'a affirmé n'avoir jamais vu un bloc ou une miche entière (rognon que sa forme et sa croûte jau- nie par le fer font ressembler extraordinairement , en grand ou en petit, à un pain de forme allongée), qui fussent retirés du vif de la bonne terre à tuiles, ou du vif des bonnes sablière?, pures. Il demeure donc évident , désormais , qu'au lieu d'avoir été repris par la formation de la molasse , les silex à Faujasia sont venus s'ajouter et se mêler à ses parties supérieures, avant l'invasion du diluvium, puis- qu'ils pénètrent dans la molasse jusqu'à un mètre et demi à-peu-près , tandis que les cailloux du diluvium ne s'y introduisent jamais , ne fût-ce qu'à la profondeur d'un centimètre ! Les minerais de fer appartiennent bien plus réellement à la molasse , puisqu'ils pénètrent dans ses sables et ses argilesjusqu'à une profondeur bien plus grande. Mais puisque les silex à Faujasia renferment exclusivement des fossiles de la craie, ils sont antérieurs à la molasse qui est tertiaire; et puis- qu'ils ne se mêlent à celle-ci que dans ses parties supérieures, c'est d'AiLLEURS qu'ils sont venus s'y mêler ! M. Coquand signale plusieurs de leurs fossiles dans son dordonien de l'Àngoumois; c'est donc dans celle direction du N.-O. que des géologues plus jeunes et plus voyageurs que je ne le suis, peuvent avoir des chan- ces de retrouver le gisement originaire de celte couche crétacée, aujour- d'hui complètement dissoute. Cette recherche serait d'autant plus proba* blement fructueuse , que je ne crois pas me tromper en constatant que celles de nos pentes périgourdines qui regardent le Nord et le Nord-Ouest sont beaucoup plus chargées de silex à Faujasia que celles qui regardent le Sud. ( 34 ) Après avoir ainsi relevé sommairement l'erreur dont je me suis rendu coupable, je vais donner le détail des observations directes sur lesquelles est fondée la rectification que je publie aujourd'hui. Les argiles pures (toujours plus ou moins sableuses) de la molasse, — blanches, jaunâtres, bleuâtres, violettes, roses, rouges enfin, ■ — sont constamment traversées par des veines irrégulières de sable quart- zeux pur ou plus ou moins mêlé d'argile ; ou bien elles sont maculées de taches et parsemées de poches de la même substance. De même, les sables purs le sont constamment aussi de veines , taches et poches d'ar- gile plus ou moins sableuse et des mêmes couleurs. A. Sablière (de la molasse) de la Maison-Blanche, à ?ni-côle, regardant la Pelile-Forêl, à Ligal, commune de Lanquais. Sable parfaitement uniforme , quartzeux. Les plus gros grains ont 2 ou 3 millimètres ; tous sont blancs. Leur gangue est formée d'nn sable encore plus fin , jaunâtre, ferrugineux , un peu plus rougeâtre en cer- tains endroits, bigarré de nids ou de veines de sable tout pareil, mais blanc, très-pur et très-coulant, ou de sable mêlé d'argile d'un blanc bleuâtre (terre à tuiles). Profondeur du fond de l'excavation, 3 mètres au moins. C'est dans le vif de la paroi de l'excavation qui regarde le Midi , qu'en cherchant avec beaucoup d'attention j'ai fini par apercevoir trois gros cailloux faisant saillie sur cette paroi, à un peu moins d'un mètre, à un mètre, et à un peu plus d'un mètre de la superficie du massif pur de la molasse, et fort au-dessous de la profondeur qu'atteignent, en le perçant, quelques racines de chênes. La couche de terre végétale qui recouvre celte molasse est formée d'un demi-mètre à un mètre de molasse remaniée, mêlée de cailloux du diluvium et d'un nombre immense de gros et de petits éclats de silex à Faujasia en général blanchâtres, mais offrant parfois de charmantes nuances de violet, de lilas et de cinabre. Il y a aussi des miches bri- sées, avec leurs croûtes. On ne voit pas un seul petit caillou roulé dans la masse du sable. Les trois gros cailloux que j'en ai retirés sont : 1° un fragment de silex à Faujasia, plus long et plus gros que le doigt, à angles non roulés, mais émoussés; 2° un fragment bi-pugillaire du même silex, à angles plus rapprochés du vif, mais non tranchants; 3° un caillou (plus roulé) de grès très-ferrugineux , un peu plus gros qu'un œuf de poule. ( 35) D. Tuilerie des Hautes-Roques, commune de Lanquais. Les trous de terre à tuiles de l'ancienne exploitation des Basses- Roques sont comblés depuis plusieurs années; mais, depuis deux ou trois ans, il en a été ouvert une nouvelle, assez considérable, à six ou sept cents mètres au sud-est de la première et au point culminant du massif de coteaux qui sépare le vallon de Lanquais de celui de Monsac , et d'une des origines de celui qui vient déboncher dans le premier, sous le château, là même où nous creusâmes notre puits-Paramelle de 1836. Ce point culminant des Hautes-Roques est l'un des deux plus élevés de la commune de Lanquais , et c'est tout au plus s'il est un peu au- dessous des Pailloles (130 m approximativement). Le panorama y est ma- gnifique. On voit, plus bas que soi d'une dixaine de mètres, les som- mets de laPeyrugue et du massif qui sépare Lanquais de Couze; à niveau dans l'éloignement, les premiers rangs de coteaux qui bordent la rive droite de la Dordogne ; plus haut que soi, dans Péloignement aussi, les puissants coteaux du bassin de la Couze vers Saint-Avit-Sénieur et Sainte-Croix-de-Monlferrand ; plus haut que soi et plus loin encore, les buttes de calcaire d'eau douce des moulins de Boisse, de Montaut- d'Issigeac , etc. , qui surgissent de la haute plaine du pays blanc. Les trous de l'exploitation nouvelle des Hautes-Roques sont déjà comblés, ce qui la réduit à une dénudation de la molasse pure blanche ou rouge, sableuse ou argileuse, peu inclinée mais déjà sensiblement ravinée, sur la pente nord du point culminant. Cette dénudation peut avoir 50 mètres dans le sens de la pente du coteau, et 150 mètres au moins dans celui de la largeur, ce qui représente une surface de 7,500 mètres carrés, divisée en quatre grands compartiments, dont l'un rouge foncé au centre et placé entre deux autres d'un blanc pur ; le quatrième plus petit, plus bigarré et moins décidément rouge, à l'Est. Les trous ont dû être faits presque tous dans les parties rouges ou maculées, qui sont plus argileuses (1), en sorte que les crêtes blanches et pres- que uniquement composées de sable qui les séparent sont restées absolument vierges, à tel point que les longues racines traçantes des (1) Les argiles très-rouges sont employés avec les autres pour la fabrication de la tuile ; mais leur qualité trop ferrugineuse est réellement moins bonne que celle des argiles bleuâtres, que les ouvriers nomment communément grises. ( 30 ) souches séculaires de chêne-tauzin qui couvraient la penle serpentent encore horizontalement, déchaussées par les pluies journalières , sur le dos de ces crêtes. C'est donc là que j'étais assuré de recueillir des cailloux appartenant exclusivement à la molasse absolument pure. Je les ai récollés de la façon que j'ai exposée précédemment, au nombre de 388, du grand diamètre de 3 à 27 millimètres , et il n'y en a guère de plus gros. Il ne s'en trouve parmi eux qu'un petit nombre de rouges ou rosaires , pris exactement dans les mêmes conditions sur des crêtes colorées de cette belle dénudation. Tous sont roulés (angles émoussés), mais les plus gros sont tous des fragments anguleux; les petits seuls ont acquis la forme plus ou moins sphéroïdale des grains de sable quarlzeux. Au bord supérieur de l'excoriation, sur ses côtés et dans ses ravine- ments, on a refoulé, en les rejettant de l'exploitation, les gros rognons au nombre d'une centaine dont près de la moitié mélriques ou plus en- core, et des fragmeuts très-nombreux, de silex à Faujasia qui se trou- vaient mêlés à la terre végétale ou à la partie remaniée et improductive de la molasse. Ces blocs sont de toutes les formes qui appartiennent à ce silex, soit tabulaires, soit massifs, souvent polylobés comme le sont les roches dures fortement battues par les eaux. Leur croule est d'une propreté et d'une couleur pure, soit blanche , soit jaunâtre, qui montre bien que les influences atmosphériques n'ont pas encore eu le temps d'a- gir sur elle. L'un d'eux, de plus d'un mètre de grand diamètre, a alliré particulièrement mon attention, à raison des stries parallèles qui sillon- nent faiblement mais régulièrement sa croûte, surtout dans les parties concavcs-arrondies , où elles ne peuvent être que du fait des cailloux auxquels le courant faisait produire un remous dans ces cavités. Maintenant que je sais que ces silex à Faujasia sont venus d'ailleurs , je ne saurais les quitter sans me demander encore une fois quelle était la nature de leur gangue primitive. Si c'était un sable quarlzeux comme à Uchaux et au Mans, — ou si c'étaient des argiles comme à Folkstone , — voilà les deux principaux membres de la molasse tout retrouvés, sans avoir à rechercher autre part leur origine : le lac d'eau douce les aurait reçus, lavés ou dissous, puis laissés se déposer, au commandement des courants importateurs, dans les différentes parties de son étendue, réunis ou plus ou moins bien triés. Mais les fossiles que M. Coquaud a signalés dans son dordonien de l'Augoumois et qui sont ceux de nos silex à Faujasia, — et le Baculilcs ( 37 ) anceps que M. Arnaud (à Mussidan), M. F. Ladevi (à Saint-Astier), puis moi-même (à Lanquais) avons retrouvé dans ces rognons, comme on le trouve dans le silex de la craie de Maëstricht, rendent bien plus proba- ble que leur gangue primitive (ainsi que l'avait présumé M. deCollegno), était une couche de craie maintenant détruite en entier ou presque en entier, dans le Périgord méridional du moins. Ces noyaux se trouvent actuellement chez nous dans deux états diffé- rents, soit entiers (en forme de miches de pain de grandeurs très-di- verses, recouvertes de partout par leur croule siliceuse et grenue, blan- châtre, dont j'ai parlé dans le Couzean), — soit à l'état élastique (en fragments anguleux mais jamais roulés, ou en masses parfois bimélriques de formes diverses et alors pourvues de croûte, ou enfin en masses tabu- laires qui n'ont de croûte qu'en dessus et en dessous, et semblent les dé- bris d'un banc stratifié). Les miches sont assez fréquemment renfermées l'une dans l'autre, et alors séparées (quoique adhérentes) par une mince fissure remplie d'une infiltration ferrugineuse ; la miche intérieure a sa croûte propre, comme l'extérieure, mais moins épaisse. Je reviens à l'exploitation de molasse des Hautes-Roques : Son déblai supérieur, que je viens de décrire, montre un petit nom- bre de blocs ou fragments de grès ferrugineux et de mine de fer, aban- donnés comme trop pauvres. Enfin, on y tronve aussi les cailloux ordinaires du diluvium, mais en quantité fort petite, parce que le diluvium n'a laissé que des traces extrê- mement faibles de sa présence (traces indubitables pourtant) sur tout le plateau ondulé du massif des Hautes et Basses Roques et sur les premiers d'entre ceux qui les suivent, en marchant vers le Nord-Ouest. Divisées, lavées par les pluies, les argiles rouges de l'exploitation ont laissé dans quelques-unes des petites cuvettes que la cassure con- choïdale des silex à Faujasia ouvre à la surface des blocs ou fragments, un dépôt très-pur, de couleur rouge-brique, formé d'argile pulvérulente et douce au toucher, de sable quartzeux excessivement fin, de gros sable et de quelques menus cailloux de même nature : c'est le dépôt molas- sique rouge, au complet et dans toute sa pureté. Le sable quartzeux qui résulte du lavage des menus cailloux recueillis dans la partie blanche du dépôt est absolument le même, moins l'argile que le lavage a emportée. Voici l'inventaire détaillé des 388 cailloux de la molasse que j'ai ré- collés à la surface de l'exploitation : ( 38 ) Silex à Faujasia 1 Grès ferrugineux 3 Quartz hyalin vitreux, teint en rouge vif 1 Quartz grenu, porphyroïde, blanc 2 Quartz grenu ou hyalin, blanc ou rosaire 381 388 Le fragment de silex à Faujasia se trouve là par pur accident ; ses angles vifs en font foi : cet éclat, cette paillette du grand diamètre de 10 millimètres et de 3 millimètres de plus grande épaisseur a dû y être portée par les bourrasques si souvent violentes sur nos sommités, et peut aussi bien résulter d'un choc entre deux morceaux plus gros. J'en dirais autant de l'un des grès ferrugineux (10 millimètres) dé- composé en rouille ferrugineuse mêlée de sable fin , s'il n'était pas déjà tout naturel qu'il se trouvât là ; les deux autres n'ont que 3 -/ 2 et 8 mil- limètres. Le quartz hyalin, rougi dans sa masse, ne me semble pas offrir une cassure vraiment aventurinée ; c'est un fragment anguleux et mame- lonné, très-roulé, de 25 millimètres de grand diamètre. On peut donc dire sans exagération que les cailloux de la molasse de cette localité sont tous en quartz blanc grenu ou hyalin. Parmi eux je dois signaler : 1° Un caillou — un seul — réellement roulé à la façon des cailloux de rivière : il est assez aplati, ovale et n'a plus d'angles du tout ; sa substance est un quartz blanc, grenu, vitreux; son grand diamètre est au-dessous de 10 millimètres. 2° Deux fragments anguleux et un peu aplatis, de quartz grenu por- phyroïde, simulant la pegmatile, blanc, à très-petits éléments disposés sous une forme schisloïde. Cette substance, si elle se présentait sous un volume un peu plus appréciable à l'œil, serait, par sa structure et par la douceur harmonieuse de ses tons, l'une des roches les plus élé- gantes qu'on puisse voir. La pâte quarlzeuse est mate et d'un blanc lai- teux très-pur ; elle paraît feuilletée, à cause des nombreuses linéoles courtes, horizontales , parallèles, interrompues, translucides, qui se détachent sur ce fond blanc. Ces linéoles sont dues à de petites amandes excessivement aplaties de quartz hyalin vitreux et incolore ; elles sont si nombreuses que j'en ai compté, à la loupe, une quinzaine d'étages dans la tranche d'un des deux fragments, épais de 3 à A millimètres. ■ — ( 39 ) La détermination de ces deux jolis fragments « quartz porphyroïde , si- mulant la pegmalite, » a été créée pour eux, par notre professeur de géologie et de minéralogie M. Y. Piaulin, lorsqu'il m'a donné une preuve d'amitié que je puis bien dire non-seulement fatigante mais coûteuse, car il a bien voulu consacrer un bon nombre de ces heures dont l'emploi est disputé par tant de travaux, à venir au secours de mon impuissance en vérifiant, corrigeant ou complétant à la loupe , à la tenaille ou au mar- teau, les déterminations que j'avais ébauchées de tous les cailloux (2,934!) dont je fais mention dans ce mémoire. C'est donc avec une confiance absolue et abondamment justifiée par son long séjour près de M. Cor- dier, que j'en puis offrir aux géologues la nomenclature détaillée. En dehors des sept fragments que je viens de signaler individuelle- ment, tout le reste de ma récolte (381 menus cailloux) offre une par- faite uniformité de caractères essentiels. Ce sont des quartz du terrain primitif, hyalins ou bien plus fréquemment grenus, naturellement blancs, dont un quart environ est teinté, par imbibilion, de rose ou de rosaire et , pour un petit nombre , de jaune rubigineux ou de jaunâtre. Ceux dont la texture est grenue sont pour la plupart anguleux, aplatis, comme s'ils provenaient de petits lits brisés. Leur cassure pourrait être dite saccharine, tant elle ressemble à celle de certains marbres statuaires. Leur dureté est faible et leurs petits éclats s'écrasent parfois en poussière blanche qui pourtant raye hardiment le verre. Souvent ils montrent une surface grumeleuse, comme les géodes de quartz confusément cristallisé qu'on trouve dans le deuxième étage de nos craies , dans les champs de laSainlonge et rejetées par l'Océan sur les côtes de la Gironde. Lorsque ces grains ont séjourné un peu longtemps sur les crêles de l'exploitation, on les voit attaqués par les filaments capillaires, d'un vert noir, de l'hypothalle — et parfois ornés des apothécies du Lecidea alro- alba Ach., Fries ; Rhizoearpon confervoides DC. FI. Fr. — Ces petits graviers ou fragments de formes diverses sont tous roulés (angles émoussés) ; mais jamais, sauf un seul dont j'ai parlé plus haut, ils ne m'ont offert le genre de roulement parfait (oviforme, phaséoliforme ou subglobuleux) des cailloux de rivière ou galets. Donc, ils ne vien- nent pas de très-loin et n'ont pas été roulés longtemps ou avec violence. J'ai profité de ma course aux Hautes-Roques pour visiter, outre les exploitations déjà comblées, deux puits à eau nouvellement creusés dans les argiles rouges ou maculées et qui se comportent comme si leurs parois étaient ouvertes dans un seul et même bloc de pierre. Ces puits, ( 40 ) un abreuvoir à bestiaux et une petite exploitation abandonnée enlre Lanquais et les Roques, ne m'ont offert aucune observation à noter, si ce n'est l'impossibilité absolue d'apercevoir un seul bloc ou gros frag- ment de silex à Faujasia dans le vif des escarpements. Quant aux cail- loux, ce sont absolument les mêmes qu'aux Hautes-Roques. Il en est de même du grand et pittoresque ravin des Basses-Roques, dont j'ai parlé sommairement dans les premières lignes de la page 78 du Cou- zeau. Je l'ai remonté en entier cette année (exercice très-désagréable !) : il offre de belles veines d'argile violette , et ses escarpements, inclinés à environ 45° et parfois davantage, mettent à nu une épaisseur de mo- lasse pure de G à 7 mètres. J'y ai vu un bloc de silex à Faujasia saillant de la paroi, mais à la jonction de la molasse pure et de la molasse re- maniée qui forme le sol du coteau. J'ai décrit dans le Couzeau (p. 75) le bel escarpement de molasse sa- bleuse mêlée d'argiles bigarrées, du Trou de la terre. Je n'en reparlerai donc pas aujourd'hui, et j'en viens à signaler de simples affleurements. C. Affleurement de molasse rouge du pied de la Peyrugue, commune de Lanquais. J'en ai parlé brièvement à la page 75 du Couzeau ; mais j'en ai parlé imprudemment, de mémoire, en disant qu'il est lardé de silex à Fauja- sia, car, cette année, je n'ai pas pu en voir en seul, même petit, sortant du vif de l'escarpement actuel' que les pluies, l'usage du chemin de charrettes et le creusement récent d'un petit abreuvoir à bœufs modifient et renouvellent sans cesse. J'ai extrait 90 cailloux (ou plutôt grains de sable quartzeux) de 3 à 25 millimètres de grand diamètre, un à un , du vif de ce petit escar- pement, et je les ai interrogés à la loupe et à la tenaille. Tous, absolu- ment tous, sont de quartz hyalin blanc ou bleuâtre, teinté de rouge- brique (environ l'a moitié) quand ils sont pris dans les parties sanglantes et soumis à un simple lavage à froid. Quant à leur structure, c'est du quartz hyalin vitreux, laiteux, ou parfois faiblement avanluriné. Quant à leur forme, c'est tantôt le sphéroïde irrégulier, mamelonné, destiné à se résoudre en simples grains sphéroïdaux de sable, ou bien ce sont des frag- ments aplatis et anguleux , dont les angles sont toujours émoussés et ar- rondis. Quanta leur aspect physique, c'est une demi-transparence rendue luisante et comme huileuse par les frottements combinés du sable fin et de ( il ) l'argile. Quant à leur position dans l'escarpement, ce sont de petites veines minces qui traversent l'argile suivant un plan plus ou moins rap- proché de l'horizontal. Quant à leur nombre enfin, il n'est pas grand, et ceux dont le plus fort diamètre dépasse 10 millimètres et qui sont tou- jours aplatis sont fort rares : sur les 90 grains récollés, il n'y en a guère qu'une demi-douzaine de cette taille. L'argile est maculée de blanc, de jaune et de bleuâtre, comme partout; mais sa majeure partie dans celte localité, est sang de bœuf quand elle est mouillée, passant au rouge de brique par la dessiccation , et au rose briqueté par une dilution étendue, Elle est excessivement compacte et dure, presque comme de la pierre, en certains endroits de ses parties les plus rouges. Aucun des grains de quarlz n'est primitivement rouge ou rougeàtre ; leur coloration, superficielle et pénétrante, est plus ou moins fugace. L'escarpement, comme à l'ordinaire, est recouvert de molasse rema- niée et mêlée aux terres et cailloux diluviens qui descendent de la Pey- rugue, et c'est là seulement qu'on peut dire avec vérité que le terrain est lardé de silex à Faujasia. D. Affleurements de molasse, de la Vigne de Reynerie, commune de Lanquais. Le coteau qui porte celte vigne fait partie du rideau dont est formé le flanc Est du vallon de Lanquais ; il est-lrès raide et s'étend du Magne aux Oliviers, ayant à ses pieds, sur la rive gauche du Couzeau, le bourg de Lanquais, et sur sa rive droite le château du même nom. Ce rideau est couronné par le plateau du massif qui sépare le vallon du Couzeau de celui de la Couze. Les terres arables du plateau sont diluviales, argileuses, rougeâtres , et un diluvium caillouteux très-abondant est mêlé à ces terres. Le dilu- vium pur, argile, sable et cailloux, se montre avec une certaine puis- sance sur le versant Nord de ce massif de coteaux, des Bourbons à Couze ; je l'ai décrit et figuré dans le Couzeau, pp. 129 à 136. La Vigne de Beynerie est située très-près du sommet du coteau , tout juste vis-à-vis le sommet de la Peyrugue, mais moins haut qu'elle (ap- proximativement) de 8 ou 10 mètres. Les sables de îa molasse et ses argiles affleurent sur une grande partie de îa pente Ouest du coteau, couverte de taillis, et des trous de mine fort nombreux" oui été ouverts Tome XXVI. 4 ( 42 ) à diverses époques sur celte pente et dans la vigne elle-même, où le terrain est par conséquent très-fortement remanié. Il y a 35 ans environ que , pour achever la clôture du bord supérieur de ce vignoble, un petit fossé d'un mètre de profondeur, courant N.-S., fut creusé dans la molasse argilo-sableuse blanchâtre, et les matériaux jectisses qu'on en relira sont restés depuis lors en tas à cette place ex- posée à toutes les influences atmosphériques : je les ai constamment eus sous les yeux, et reconnus intacts jusqu'à ce jour. J'y ai recueilli un à un, ou par pincées de trois ou quatre dans les érosions de ce tas, puis trié à la loupe, et interrogé à la tenaille 785 cailloux roulés ou anguleux, du grand diamètre de 2 à 15 millimètres. Il est bien certain qu'il n'apparlienent pas tous à la molasse du fossé, parce qu'il est impossible qu'il ne s'y soit pas mêlé une quantité quel- conque de cailloux de la couche superficielle, qui appartient au dilu- vium; mais cette quantité très-faible est facilement appréciable de trois façons : 1° Empiriquement, puisqu'il s'y trouve des cailloux assez gros, tandis que ceux de la molasse pure sont presque tous très-menus ; 11 Expérimentalement, puisqu'il s'y trouve des cailloux véritablement roulés et polis de toutes parts, oviformes ou globuleux, — vrais cailloux de rivière en un mot, qui fourmillent dans le diluvium et ne se rencon- trent point dans la molasse pure ; 3° Enfin scientifiquemmt, parce qu'il s'y trouve des substances miné- rales qu'on ne recueille point dans la molasse. La confusion des deux origines n'est donc possible que pour les menus graviers quarlzeux , qui peuvent se trouver également dans l'un et dans l'autre dépôts et qui, bien souvent, ne sont présents dans le second que parce qu'ils ont été arrachés au premier. C'est donc au point de vue miner alogiqiie seulement que j'en fais un triage où les erreurs restent possibles, mais nécessairement en petit nombre. Sur les 785 cailloux, j'en attribue à la molasse : Mine de fer et grès ferrugineux plus ou moins altéré GO Quartz compacte blanc 1 Quartz hyalin ou grenu, mat, laiteux, blanc, gris-jaunâlre- rubigineux, rosaire, rose, rouge, parfois avanturiné , assez souvent fissile et se brisant en losange 683 À reporter 74-4 ( 43") Report 744 De plus, sur trente cailloux roulés du grand diamètre de 42 à 35 millimètres, recueillis à la même place, la molasse re- vendique : Quartz des mômes variétés que les G83 ci-dessus 4 Total général, sur 815 cailloux de 2 à 35 millimètres. 748 § II. — Cailloux clu cliluviiini. Pour justifier cette dénomination que je continue, du moins provi- soirement, à employer malgré la réserve faite par M. Elie de Beaumont lorsqu'il déposa mon Couzeau sur le bureau de l'Académie des sciences, je demande qu'il me soit permis de renvoyer le lecteur aux Observations placées vers la fin du présent mémoire et qui commencent par ces mots : « Arrivé au terme de l'étude, etc. » A. Diluvium de la Vigne de Beynerie, commune de Lanquais. Je le choisis pour l'élude détaillée de nos cailloux diluviens, parce que celte élude est intimement liée, ainsi que je l'ai dit tout-à-1'heure, à celle des cailloux de la molasse de la même localité. I. Après avoir retiré des 785 menus cailloux que j'y ai recueillis, lés 744 que je crois devoir attribuer sans hésitation à la molasse, il m'en reste 41, qui doivent être répartis ainsi qu'il suit : Porphyre gris, décomposé, du terrain primitif 1 Roche quartzeuse noire , du terrain primitif 1 Quartz hyalin ou grenu, des mêmes variétés que les 683 attri- bués à la molasse 31 Croûte (en quartz nectique) de silex de la craie 4 Silex à Faujasia 4 41 J'ajoute maintenant, sur les 30 cailloux du grand diamètre de 12 à 35 millimètres récoltés en même temps, les vingt-six qui semblent appartenir sans conteste au diluvium, savoir : Mine de fer et grès ferrugineux 2 Quartz hyalin, porphyroïde, rouge et blanc 1 A reporter 44 ( 44 ) Report 44 Quartz hyalin ou grenu, des mômes variétés que les 083 attri- bués à la molasse 21 Silex à Faujasia 2 Total des cailloux qui, sur les 815 récoltés, appartien- nent au diluvium. 07 Abordons maintenant un autre point de vue, qui doit faire le sujet principal et nous faire atteindre le but final de cette étude , — je veux dire la faculté de résistance des diverses substances minérales au roule- ment que le transport par des courants violents ou prolongés leur fait subir. Nous opérons donc sur 815 cailloux, savoir : Mine de fer et grès ferrugineux 02 Porphyre gris, du terrain primitif . .'■ 1 Quartz hyalin, porphyroïde, ou grenu, de toutes couleurs . . 740 Quartz compacte blanc 1 Roche quartzeuse noire, du terrain primitif 1 Croûte (en quartz nectique) de silex de la craie 4 Silex à Faujasia < 6 815 Le porphyre primitif contient des silicates et souvent du quarlz en nature. Le grès ferrugineux est composé pour la majeure partie de sa masse, de grains de quarlz. Il peut d'ailleurs, comme la mine de fer, provenir de la localité même où je l'ai recueilli, car elle a été criblée de puits de mine. Les silex nectiques des croûtes et les silex à Faujasia, enfin, ne sont autre chose qu« des quartz ; en sorte que nous avons pour résultat définitif de l'examen des 815 cailloux, sous le rapport de l'éloignement de leur provenance : Cailloux non transportés de très-loin 72 Cailloux transportés de très-loin 743 815 Et quant à leur nature propre, la mine de fer pure est certainement bien aussi résistante que le quartz lui-même, et l'on ne trouve pas, parmi tous ces fragments, un seul caillou calcaire. ( 45 ) Donc, on peut dire avec vérité que , sauf le métal (1er) et un seul caillou de porphyre où la silice a protégé et consolidé le feldspath, le quartz seul (la silice) a résisté au transport diluvien. II. Dans la même Vigne de Beynerie , mais plus bas, au-dessous de la métairie du Pech-Nadal, d'un autre affleurement de molasse, et sur un point (au bord du chemin de service^ où les fragments de scories de fer attestent par leur fréquence la présence d'une forge antique, — et par conséquent dans la terre végétale remuée pendant bien des siècles , j'ai récollé, un à un, 493 grains du grand diamètre de 3 à 45 millimè- tres. Ces grains sont plus souvent complètement roulés que dans la molasse presque pure du fossé supérieur du vignoble, moins propres, moins lui- sants, et les teintes brunes et jaunes y dominent. La cassure en losange s'y voit aussi, mais bien moins fréquente dans ceux du diluvium que dans ceux qui viennent de la molasse. La forme sphéroïdale est, comme de juste, bien plus commune au contraire, pour les grains un peu plus gros (4 à 10 mil ) que dans la molasse; elle est manifestement dominante pour les quartz hyalins et amorphes. Les silex à Faujasia sont, là, bien plus abondants que dans la mo- lasse jectisse du haut du vignoble, plats, anguleux, fort émoussés sur leurs angles, et l'on ne saurait s'en étonner, puisque les gros fragments à angles vifs et coupants de la même substance se montrent en nombre immense dans le sol meuble de cette partie du vignoble. Le dépouillement, à la loupe et à la tenaille, des 493 cailloux m'a donné : Roche quartzeuse noirâtre, primitive 1 Quartz lalqueux primitif 1 Scories de forges antiques . 7 Mine de fer et grès ferrugineux souvent très-altéré et même terreux, à poussière jaune ou rouge 109 Silex à Faujasia, ou croûte de silex 36 Quartz des diverses variétés détaillées plus haut, savoir : Gris 2 ) Blanc ou plus ou moins rubigineux 112 > 339 Plus ou moins teinté de rouçe 225 i 49 o (46 ) Si, maintenant , nous considérons que tous les cailloux recueillis à la Vigne de Deynerie, gros ou petits , au nombre de 815 +493= 1,308 appartiennent soit à la molasse, soit à mon dilmium, soit à une forge antique, et que ces débris ont été plus ou moins longtemps roulés par l'effet des pluies , nous n'hésiterons pas à les réunir tous dans une même appréciation, et à demander à leur ensemble le bilan définitif de sa composition. Le voici : Scories de forges antiques 7 Porphyre du terrain primitif 1 Substances quartzeuses (en y comprenant le minerai de fer et les grès ferrugineux, où il ne se trouve, en outre du métal, que des grains ou parcelles de quartz) 1,300 1,308 Remarquons : 1° que les scories de forges sont prises là même où l'industrie antique les a formées et laissées ; 2° que, dans le porphyre, la silice protège les substances qui lui sxmt unies; et 3° enfin, que le minerai de fer est bien rarement pur dans nos minières, mais presque toujours mêlé de quartz en sable ou en grains. Voilà donc un résultat acquis, et il n'est pas sans importance. Tout cela vient du Périgord lui-même, de l'Angoumois ou du Limousin (1), (t) Nos quartz roulés, avanturinés ou non, du diluvium, sont absolument identiques à ceux qui, en si grande abondance, servent au macadam des routes du Limousin, et qui proviennent du terrain primitif de cette province. C'est évidemment de là qu'ils nous viennent ; la pente naturelle du plateau de la Haute-Vienne les a amenés sur celui du Périgord, par l'action des courants diluviens, avant que le façonnement et surtout le creusement actuel des vallées fussent amenés au point où nous les voyons. — J'ai voulu obtenir une certitude complète relativement à cette provenance de nos cailloux diluviens, et mon jeune ami et collègue, le D 1 ' Paul Fischer, aide-naturaliste au Muséum, a bien voulu se charger de soumettre les échantillons envoyés par moi , à l'examen de MM. Daubrée et d'Archiac. Voici la réponse textuelle quim'aété trans- mise, avec l'assurance que ces illustres professeurs acceptent complètement mon opi- nion au sujet de l'origine et du dépôt de nos cailloux périgourdins : « Quartz hyalin, o ) Report 40 Porphyre gris 4 — quarlzifère gris-jaunâtre . . 3 — gris en voie de décomposition 1 — rougeâtre 1 — micacé , gris , sans cristaux de quartz et de feldspath 4 Syénite granitoïde noire et blanche. RR ; 1 Pegmalite rose, brune ou blanche, parfois avec traces très- faibles de mica 4 Pegmatite blanche , à grain fin , à gros grains de quartz sail- lants en forme de verrues à la surface roulée du caillou R. 1 Pegmalite à grain fin, renfermant un filon de quartz avec tourmaline 1 Gneiss enveloppé d'une pegmatite blanche un peu micacée. . 1 Bloc céphalaire de gneiss à mica doré, recouvert d'un lit de mica argenté 1 Gneiss finement feuilleté , très-friable, a mica doré 3 — gris, à grain très-fin 3 — rose, à grain très-fin 1 Gneiss communs , à gros et moyen grain , très-divers 24 — rosâtres ou roses, à gros et moyen grain , très-divers. 28 — et granités en voie de désagrégation , plus ou moins friables 11 Granité gris, à grain excessivement fin 1 — rose , , . . . . 4 — avec infiltrations ferrugineuses irisées 1 Micaschistes divers 17 152 Cailloux oi-iginaâres des terrains volcaniques. Phonolite , avec sa patine blanchâtre ou croûte de kaolinisa- tion, plus ou moins épaisse. C 6 Basalte compacte noir, avec ou sans péridot olivine. C. . . . 7 Basanite noire compacte, avec ou sans olivine 3 — grise, celluleuse , sans olivine 1 — jaune-brunâtre, compacte, sans olivine 1 A reporter 18 ( 64 ) Report 18 Porphyre trachytique micacé gris 1 — — rougeâlre, plus ou moins celluleux. . . i — — — compacte 1 — — gris , brun ou noir, compacte ou peu celluleux , parfois tendant plus ou moins à se décomposer. 16 Brèche rouçe et blanche , à ciment ferrugineux 1 Cailloux originaires «le la craie et «les terrains plus réceuts. Silex pyromaque gris , blanchâtre ou noir, rarement rou- geàlre, de la craie du 2 e étage (et fragments de sa croûte passant, soit au quartz neclique soit au cacholong), parfois pseudomorphique (polypiers branchus , Siphonia, etc.) ou fossilifère (Oslrea, Turbo? baguette d'Echinide? etc.) an- guleux ou roulés 16 Rameau silicilié, roulé et pénétré de fer rubigineux, d'un polypier de la craie du 2 e (?) étage ; remarquable en ce que les vacuoles lubiformes qui parcourent longitudinalement la partie centrale de l'axe sont remplies de silex vitreux , translucide, grisâtre 1 Silex jaune-rougeâtre, de la craie, à pâte un peu grossière, avec traces de fossiles indéterminables.. » 1 Boule (roulée) de craie jaune, grenue, grossière, du 1 er étage! seul fragment crayeux trouvé à la Bardette; je devrais même dire seul fragment calcaire, si ce n'était la substance inconnue ci-après 1 Substance inconnue, mais nécessairement présumée cal- caire, puisqu'elle fait une vive et prompte effervescence avec l'acide hydrochlorique. — Son grain , extrêmement fin, est rude et aride au toucher. Elle est un peu tachante. Sa couleur est un jaune parfaitement uniforme , plus rap- proché du nankin lavé que du jaune-serin. Cette petite masse, grossièrement ovalaire, a 3 centimètres de grand diamètre et 2 centimètres de petit. Son poids exact est de A reporter. ..... 19 ( 02 ) Report 19 1 i grammes 47 centigrammes. On dirait un sable excessi- vement fin et faiblement agglutiné à l'aide d'une eau légè- rement gommée. Assurément ce n'est pas là une roche; mais il a été également impossible de se rendre compte de sa présence et de son origine 1 Meulière blonde et silex résinoïde (qui provient, selon moi, des meulières, puis du diluvium). R 2 Grès ferrugineux divers, roulés, à grain fin, de la molasse. . 6 28 Total des cailloux de plus de 20 millimètres , récoltés à la Bardette (terrains primitifs, 152; terrains volcaniques, 41; terrains crétacés et plus récents, 28 221 B. Berge de Laussine {aux Irois-quarls de sa hauteur; coupée pour le chemin qui monte de la plaine du 2° lit au village), commune de Varenncs. J'ai extrait de la coupure de cette berge 59 cailloux du grand diamètre de 10 à 60 millimètres. La coupe , épaisse d'un mètre environ , correspond à celle de la car- rière de Monsagou (Çouzeau, p. 138) , couches n 03 3 et 4, dont elle forme le prolongement à 100 mètres à-peu-près de distance vers l'Ouest; mais elle est plus argileuse , plus empreinte d'un caractère diluvien , parce que les terres diluviennes du 1 er lit s'y versent avec plus d'abon- dance sur sa déclivité peu rapide. Aussi les cailloux du diluvium s'y trouvent-ils en grand nombre, mêlés à ceux du 2 e lit, qui forment le fonds principal du dépôt. Celle circonstance peut-elle infirmer la description sommaire que j'ai donnée (Couzeau, pp. 13, et 137 à 139) de la berge du 2 e lit? — Non , moyennant que j'exprime, en termes plus exacts une proposition énoncée en passant, et à laquelle M. de Mortillet ( Matériaux pour l'Histoire de r Homme, l 1 * année, décembre 1864, p. 113) a adressé un reproche qui eût été parfaitement fondé, si j'eusse ignoré (ce que pourtant tout le monde sait) que les cours d'eau ne rejèlent pas sur leurs bords les cailloux qu'ils charrient, mais les déposent sur leur fond. La mer seule a le privilège de pousser ses galets sur ses rives, et cela est facile à com- prendre : la mer est douée d'une force aggressive; clic arrive, elle ( 03 ) monte , tandis que les cours d'eau, pour si violenls qu'ils soient, s'en vont, descendent, s'enfuient par la tangente, si l'on peut ainsi dire, sans produire, sous ce rapport, les effets qu'on pourrait attendre de leur violence. La faute que j'ai commise se réduit donc à ceci : j'ai écrit que « les » cailloux se déposent sur les sommets et les plateaux » (p. 13); j'aurais dû dire « sur les sommets et les plateaux actuels, qui for- » matent alors une portion du fond du 1 er lit , portion sur laquelle , en » resserrant peu à peu la largeur de leur cours, les eaux les ont » délaissés. » De celte façon , il me semble que ma phrase n'aurait pas donné prise à une critique conçue, d'ailleurs, en des termes dont je n'ai qu'à remercier l'auteur. Avant de procéder à l'inventaire des cailloux de la berge de Laussine et de la gravière dont la description suivra celle-ci , je'crois devoir donner un peu plus de détails que je ne l'ai fait précédemment , sur la berge du 2 e lit de la Dordogne , et prévenir ainsi la surprise que pourrait éprou- ver le lecteur en y retrouvant pour ainsi dire au grand complet, la com- position de la gravière de la Bardette , qui occupe le milieu du fond du 2 B lit. N'y a-t-il donc plus, pourrait-il dire, de séparation tranchée, de différence essentielle entre les cailloux diluviens du 1 er lit et les cailloux alluviaux (seulement mélangés de diluviens) du deuxième? Si tous les cours d'eau coulaient sur des fonds plats , encaissés entre des falaises verticales, rien ne serait plus net et plus facile que l'autop- sie cailloulière d'une vallée à plusieurs étages; rien ne serait plus tranché que la différence et la séparation dont je viens de parler : tout au plus pourrait-on trouver, sur les bords d'un lit , quelques cailloux égarés du lit supérieur, amenés par chute accidentelle ou par quelque éboulement local. Mais, dans la pratique géologique, on n'a pas souvent affaire à des limites si rigoureusement dessinées. Assurément elles existent ou elles ont existé, ces limites! et je dois, dans l'espèce, les appeler falaises, — soit visibles sur certains points, comme elles le sont encore au jour où je parle à Couze , à Yarennes, à Saint-Aigne, — soit cachées à quel- ques pas plus loin , comme on le voit encore aujourd'hui dans les mêmes communes , par les talus d 'éboulement qui sont le résultat de la dégra- dation de la falaise , ou qui ont voilé celle-ci quand elle était plus basse, ou enfin qui ont tenu sa place quand elle se trouvait presque nulle. Il ne faut pas l'oublier : la Dordogne a battu les deux flancs de sa. ( 64 ) valée , — rempli toute la vaste capacité de son 1 er lit , — et par consé- quent déposé des cailloux diluviens , au temps de son énergie primitive, dans toute la largeur de celui-ci. Lorsqu'elle à été rétrécie, puis fixée dans son rétrécissement , elle a commencé à creuser son 2 e lit , ou , si l'on veut, à en approfondir le creusement déjà commencé, et c'est alors que les falaises du 2 e lit se sont produites. Les berges déclives actuelles s'y sont peu-à-peu établies, mélangées dans leur composition , de cail- loux et de terres qui appartiennent plus ou moins également, selon la disposition des lieux, à la fois au 1 er et au 2 e lits. Ces explications me semblent suffisantes pour lever ou prévenir toutes difficultés, et j'en viens à inventorier la composition de la berge de Laussine. Caillons originaires des terrains primitifs. Boche feldspathique noire , à grain fin , avec quartz 2 Pegmatite blanche , à gros et à petit grain 2 — rose, à grain moyen et fin , . . 11 Micaschistes gris ou jaunâtres , à grain fin 4 Gneiss communs, à grain moyen ou fin, par fois en voie de désagrégation 3 — rosaires ou roses. 3 — finement feuilleté, à mica doré 2 Granités communs, à grain moyen 5 — en voie de désagrégation. . • • 1 Quarlz hyalin amorphe , blanc, jaunâtre, gris, avanluriné ou non 9 — — rosaire ou rose. G Cailloux originaires «les terrains volcaniques. Phonolite , avec sa patine ." 1 Basalte , en voie de décomposition terreuse. ........ 2 Cailloux originaires «le la craie on des terrains pins récents. Silex pyromaque du 2 e étage, et son cacb.olo.ng , • 3 — à Faujasîa 3 Grès ferrugineux de la molasse 1 Meulière blonde 1 59 • (05) C. Gravière du Petit^Monsagou, commune de Varennes. Celle-ci , située à 3 ou 4 cents mètres à l'ouest de la localité précé- dente (Laussine), occupe la même position dans la berge du 2 e lit. On peut étudier sa composition depuis la moitié jusqu'aux trois-quarls , à- peu-près, de la hauteur de la berge, le long du chemin qui, venant de Mouleydier et laissant à gauche l'embranchement de Laussine, conduit à Lanquais. Pendant le quatrième quart de la montée, les terres labourées qui la bordent perdent leurs graviers , et l'on se trouve enfin sur les belles terres à blé, légères, du 1 er lit, presque dépourvues de cailloux et n'en tenant plus que de diluviens : ce sont les champs de la métairie de Monsagou. La gravière du Petil-Monsagou offre absolument la même composition que celle de la Bardelte, et le sol qui la renferme, un peu plus argileux qu'à la Bardelte même, l'est beaucoup moins qu'à Laussine. J'ai recueilli dans cette gravière 135 cailloux, et si j'en excepte un Siphonia silicifié, un bloc de quartz celluleux dont je n'ai pris qu'un fragment, et une roche granitoïde dont la forme singulière imite une sau- cisse comprimée de 12 centimètres de long, — ces 135 cailloux sont du grand diamètre de 12 à 60 millimètres. Caiiloisx origiuaires des terrains primitifs. Feldspath compacte rouge (Pétrosilex) 1 Protogyne rose, à grain très-fin 1 Pegmalite grise, à grain moyen . 4 — rose, à grain moyen et à grain très-fin 4 — blanche, avec tourmaline noire 1 Granité rosâtre à gros grain 9 — rose, à grain fin 4 — décomposé, à grain très-fin 1 Gneiss commun (gris, brun, noir, parfois finement fissile et à mica doré, souvent très-altéré) 14 Gneiss rosâtre ou rose. 10 Micaschistes divers 6 Roche quarzeuse noire, à grain fin 1 A reporter 56 ( 60 ) Report 5G Quartz compacte noir i Quartz hyalin amorphe blanc, parfois avanturiné 10 Quartz hyalin blanc ou rosàtre, parfois un peu micacé .... 14 Quartz hyalin ou grenu, rosâtre ou rouge, parfois avanturiné. 9 Quartz grenu, de diverses couleurs 4 Quartz grenu, micacé 2 Quartz et silex, infiltrés de fer rubigineux 2 (DaiUJetix origiotaïres des terrai sas volcaiaisjties. Porphyres trachytiques gris ou bruns, compactes, poreux ou celluleux, souvent altérés 22 Phonolile, avec ou sans sa patine 4 Phonolite à surface (roulée) varioloïde ( peu différente de celle dont les taches sont pétéchiales ; mais, ici, elles offrent quelque saillie sur le caillou 1 Basalte celluleux gris-rougeâtre . . . 1 (L'a 3 DE «mx oHgîuaircs de 9a craie et des terrains gslais récents. Silex pyromaque noir ou gris, parfois pseudomorphique, du 2 e étage, et son cacholong 6 Valve supérieure â'Wppùriïes ". . . . (fragment silicifié). . 1 Valve inférieure à'Oslrea (fragment silicifié). . 1 Mine de fer, de la molasse 1 135 tiras cailSniix (nienlioatsiivn plus leccit! . Pegmalile grisâtre, à grain fin, roulée en forme de saucisse aplatie, de 12 centimètres de long sur 4 de large 1 Silex carié grisâtre, rubigineux, renfermant de nombreux grains de quartz (fragment détaché d'un bloc bi ou tri-pu- gillaire) 1 Siphonid du 2 e étage, avec son pédicule 1 ( 07 ) D. Carrière de Monsagou, commune de Varennes (décrite à la page 138 du Couzeau). J'ajoute aux gros cailloux du 2 e lit ceux que j'ai conservés delà coupe de cette carrière, et j'y joins la mention de ceux que j'y ai constatés sans les conserver, car je ne songeais pas alors à faire une collection-type. La mention d'un seul caillou de chaque nature suffira pour représenter ces espèces au nombre de cinq ; je n'y comprends pas la craie signalée dans le Couzeau, parce que M. Raulin a constaté que ce que j'avais pris alors pour de la craie adhérente à des silex n'est autre chose que le ca- cholong ou le quartz passant à l'état nectique. Quant à ce que j'appelais alors trachyte, et dont j'ai donné les échantillons à M. de Collegno ou à M Delbos, je n'ai pu le remplacer dans ma collection, l'excavation étant comblée lorsque j'ai voulu, en 1864, en recueillir de nouveau : c'étaient nécessairement des porphyres Irachy tiques. Enfin, je réunis à cet inventaire final, comme provenant du 2 e lit du fleuve, les deux magnifiques blocs noirs qui servent de chasse-roues à un portail de Varennes, et dont j'ai parlé à la page 13 du Couzeau, sous le faux nom de basalte noir. Lorsque j'ai pu montrer à M. Raulin les échantillons que j'en avais détachés, il y a reconnu Y Amphibolile noire, sans mélange d'autres substances. Ces deux provenances figurent donc ici pour 19 cailloux, savoir : Cailloux originaires des terrains primitifs. Roche feldspathique noire, renfermant des grains de quartz (nommée trapp dans le Couzeau) 1 Amphibolite noire (nommée basalte dans le Couzeau). . . . 2 Quartzite grenu noir (nommé trapp dans le Couzeau). . . . 1 Quartz opaque (nommé jaspoïde dans le Couzeau; c'était probablement un quartz compacte ou finement grenu). . . 1 Quartz hyalin amorphe (probablement blanc ou rose). ... 1 Gneiss (probablement à gros grain, gris ou rose) 1 Granité ( — — blanc ou rose) ..... 1 .4 reporter. .... 8 ( 68 ) Report Cailloux orlgiuaires dos terrains volcaniques. Porphyre trachylique (nommé trachyte dans le Couzeau). . N. B. — Ce caillou et les quatre précédents sont ceux que je mentionne avec certitude, mais sans les avoir conservés dans mes tiroirs. Phonolite (parfois altérée) avec sa patine, confondue, dans le Couzeau, sous le nom de basalte ou de trapp Basalte avec péridot olivine, plus ou moins altéré, du moins extérieurement, ou sans péridot et à patine épaisse Cailloux originaires de la craie. Silex pyromaque du 2 e étage 19 'l IV. — I&ccftpituËatÉaiig. I. Si je veux récapituler ce que j'ai recueilli de cailloux du 2 e lit de la Dordogne et de ses berges , qui offrent le même fond de composition , je trouve ceci : A. La Bardelle, petits cailloux (ne dépassant pas 20 millim.) 708 — gros cailloux (dépassant 20 millimètres) . . 221 B. Laussine , gros cailloux (10 à 60 millimètres) 59 C. Petit-Monsagou , gros cailloux (12 à 60 millimètres). . . 135 — très-gros cailloux (dépassant 60 mill.). 3 D. Monsagou, gros cailloux (dépassant 00 millimètres et 2 blocs d'amphibolite) 19 1,145 Sur ce nombre, je compte, sans entrer dans le détail de leurs acci- dents de composition : ( 69 ) 860 Roches exclusivement ou principalement silieewte*. Quarlz divers, avec ou sans mélange de miné- raux accessoires 270 Silex de la craie ou des meulières 71 Pegmalite 29 Protogyne 1 Syénite 4 Granités divers, parfois en désagrégation 193 Gneiss - — - 284 La moitié des 46 échantillons ferrugineux (les grès ferrugineux) qui contiennent infiniment plus de grains de quarlz que de matière mé- tallique 8 Hoches non siliceuses ou qui ne contiennent qu'une quantité faible de silice. 1.145 Porphyre primitif et autres roches feldspa- thiques 22 Amphibolite 3 Pioches volcaniques (porphyres trachytiques , basaltes, phonolile) 168 Roches schisteuses (micaschistes et un seul échantillon de phtanite) 82 L'autre moitié des 16 échantillons ferrugineux ( le minerai de fer) qui ne contiennent que peu ou point de quartz 8 Substances calcaires (accidentelles, comme il a été expliqué plus haut) . 2 28; II. Divisant 1,145, nombre total des cailloux recueillis, par 285, nombre de ceux qui ne sont pas principalement siliceux, je trouve pour quotient 4 5 /. 283 , en d'autres termes, que le dernier nombre està-peu- près exactement le quart du premier. Considérés isolément, les 708 petits cailloux de la Bar dette même, élément vraiment statistique du dépôt du 2 e lit, étant soumis à la même opération , c'est-à-dire divisés par le nombre (147 ) de ceux d'entre eux qui ne sont pas principalement siliceux, m'ont donné pour quotient ( m ) 4 120 / U 7 ou > en réduisant successivement de moitié les fractions pour les ramener à une expression plus simple, 4 i;i /,, 8 . En d'autres termes, le dernier nombre est, à bien peu de chose près, le tiers du premier. La moyenne de ces deux résultats est donc, pour l'ensemble des gros et des petits cailloux du 2 e lit, approximativement intermédiaire au tiers et au quart du nombre total ; en d'autres termes , les cailloux non principalement siliceux entrent dans ce nombre total pour plus d'un quart et moins d'un tiers. III. Si maintenant, pour plus de clarté, je veux réduire en tant pour cent le nombre des cailloux non principalement siliceux, comparative- ment à celui des cailloux principalement siliceux, j'obtiendrai la pro- portion suivante : NON SILICEUX ) NOMBRE TOTAL / 1020 f . • " 24 • 100 285 )■' 1445 \" 1145 ' ce qui , par la réduction en fraction plus simple , donne 7 / 8 , si je diminue d'une unité les numérateurs lorsqu'ils se trouvent impairs, et 8 / 9 si, dans le même cas, je les augmente d'une unité. Au résumé, 24. ~/ s est, de même que 24. 8 / 9 , si voisin de 25, que je puis évaluer avec une justesse suffisamment approximative le nombre des cailloux non principalement siliceux , au quart du nombre total. Considérés isolément, en qualité d'élément statistique, les 708 petits cailloux de la Bardelte même, me donneront si je les traite de la même manière : NON' SILICEUX \ NOMBRE TOTAL ) 540 147 j : 708 j :! 708 : 100 ' ou en fraction plus simple */ s ] par le procédé de diminution d'une unité, et 5 / G P ar ce l u i de l'augmentation. Au résumé, 20. l /. s et 20. s / 6 sont, l'un comme l'autre, bien près de 21, c'est-à-dire d'un cinquième pour cent, approximativement. IV. La moyenne pour les petits cailloux comparés à celle que j'ai trouvée pour tous , est plus faible que cette dernière, et réduit la moyenne des deux moyennes à se fixer entre 21 et 25 p. 100, c'est-à- dire 23 p. 100 = un peu plus d'un cinquième et un peu moins d'un quart. V. Le résultat final de la comparaison entre les cailloux réunis de la molasse et du diluvium (à Beyneriç), au nombre de 1,308, parmi les- ( 71 ) quels on ne compte qu'un échantillon de porphyre primitif 'et 7 échan- tillons de scories, — et les cailloux du 2 e lit au nombre de 1,1-45 dont 285 ne sont pas principalement siliceux, — ce résultat final, dis-je, dé- montre à quel point diffère la composition des deux dépôts. Cette diffé- rence est due aux roches volcaniques, qui n'existent pas dans le premier et qui, bien que contenant bien souvent du quartz ou des silicates, ne peuvent être classées parmi les roches entièrement ou principalement quartzeuses. "VI. Et si je veux enfin — et sans tenir aucun compte des provenances, de leur éloignement et du mode de transport du nombre total des 2,934 cailloux que j'ai étudiés cette année, — si je veux , dis-je , savoir quelle proportion de roches non quartzeuses ou du moins non principalement siliceuses y subsiste encore, j'écarterai d'abord les 7 grains de scories de fer trouvés à Beynerie, parce que ce sont des produits industriels nés, à quelques mètres près , à la place même où ils ont été recueillis , et j'aurai à opérer sur 2,027 cailloux, savoir : Molasse de la sablière de Ligal 3 — du pied de la Peyrugue 00 — des Hautes-Roques 388 — et diluvium de Beynerie. 1,301 2 e lit de la Dordogne à La Bardette. 920 — à Laussine 50 — au Petit-Monsagou 138 — à Monsagou 19 Total égal 2,027 Sur ce nombre, et en évaluant approximativement à la moitié le nombre des cailloux ferrugineux qui peuvent, — et le nombre de ceux qui ne peuvent pas être considérés comme principalement siliceux, je trouve pour chacune de ces localités : Principalement siliceux. Non principalement siliceux. Totaux Ligal 2 1 3 Hautes-Roques 385 3 388 Peyrugue 90 » 00 Beynerie 1,214 87 1,301 2 e lit de la Dordogne. 860 285 . 1,145 2,551 376 2,927 ( n ) Divisantie total (2,927) par le nombre (376) des cailloux non prin- cipalement siliceux, j'ai pour quotient 7. 2 '''/ i7(; , et pour fraction plus simple, obtenue comme il est dit plus haut, 7. ;, / G approximativement, ce qui établit, ainsi qu'il suit, la proportion finale : NON SILICEUX ) NOMBRE TOTAL } Mr% 24-76 376 i '' BRE TOTAL } 24-76 2927 j ::12 -292r 100 ' ou, en fraction plus simple , par le procédé de diminution d'une unité 9 / n , et par celui d'augmentation iï / c - — Or, 12. 9 / (1 et 12. s / c sont égale- ment voisins de 13, c'est-à-dire en tant pour cent, et toujours approxi- mativement, d'un septième et deux tiers de septième pour cent. On voit par là combien le tant pour cent s'affaiblit , à mesure qu'on opère sur un nombre proportionnellement plus grand de cailloux appar- tenant à des dépôts plus anciens, et par conséquent plus purgés de subs- tances non principalement siliceuses. APPENDICE DU § IV. — Cailloux du 3* lit (actuel). Il n'y a pas d'utilité réelle à dresser le catalogue exact des galets de la Dordogne actuelle, puisqu'on doit y trouver et qu'on y trouve en effet tout ce qu'elle a reçu des formations ci-dessus dénombrées , et qu'on n'y peut, au demeurant, trouver que cela, pins les débris des falaises crayeuses entre lesquelles le fleuve est encaissé dans certaines parties de son cours. Il est bon, pourtant, de faire remarquer que ces débris crayeux s'y trouvent en nombre immense, soit roulés quand ils viennent d'un peu loin, soit simplement brisés quand ils proviennent d'une très- petite dislance. Ainsi donc, si la saison m'eût permis, cette année, de chercher à com- pléter la série de ces cailloux ou pierrailles que j'ai recueillis à diffé- rentes fois depuis tant d'années, j'aurais à mentionner, en gros : l°Tous les quartz et silex des divers étages périgourdins de la craie, y compris les silex à Faujasia, et ces craies elles-mêmes, ainsi que les pyrites qu'elles renferment quelquefois. 2° Les quartz de la molasse, qui sont des débris du terrain primitif, les mines de fer, parfois géodiques, les grès ferrugineux passant parfois à la sanguine, et les scories de forges antiques qui proviennent de celle formation. ( 73 ) 3 U Les cailloux roulés qui constituent le diluvium, c'est-à-dire les quartz micacés ou non, les roches feldspaihiques et silicatées, mica- schistes, gneiss, granités, etc., du terrain primitif et dontona vu plus haut le détail, les silex divers et autres roches qui sont entrés dans la compo- sition du diluvium. — Ainsi j'y ai recueilli le phtanite, la syénite rose et noire (toujours rare chez nous), la phonolile plus ou moins verdâlre ou noire, parsemée ou non, à l'extérieur, des taches péléchiales blan- châtres que j'ai signalées plus haut. Il est à remarquer qu'une fois roulée par le fleuve actuel, la phonolile n'est plus recouverte de sa croûte blan- châtre de kaolinisalion . 'elle demeure parfaitement lisse, parfaitement décapée. 4° Les cailloux roulés de Vqlluvion ancienne (2 e lit). Je dois faire re- marquer que je n'ai jamais remarqué, dans le lit actuel, de porphyres trachytiques, qui devraient pourtant s'y maintenir plus ou moins, et encore moins de trachytes proprement dits et de laves, qui ne sauraient résister à un charriage si prolongé. On y trouve beaucoup de basalte avec olivine, et des basanites compactes pyroxéniques. 5° Les meulières et les calcaires d'eau douce plus ou moins siliceux de notre terrain éocène. Enfin j'y ai retrouvé, parfaitement isolées et nettoyées, les géodes quartzeuses du 2 e étage de la craie, qui abondent dans les champs de certaines parties de la Saintonge et qui sont rejetées en si grand nombre par la mer sur les plages sablonneuses du Vieux-Soulac (Gironde). Tome XXVI. CHAPITRE III RESULTATS. Des constatations de détail que je viens d'exposer et dont la recherche a absorbé tout le temps dont j'ai pu disposer celte année , il ressort à mon sens un enseignement d'un intérêt réel ; car je crois connaître assez la composition générale de nos divers dépôts de cailloux pour pouvoir, sans imprudence, tirer du petit nombre de localités qu'il m'a été donné d'étudier à fond, des conclusions suffisamment fondées en raison , rela- tivement à celles dont j'aurais désiré de faire une élude également ap- profondie. Le pic de Sancy (Mont-Dore), sommel culminant du bassin hydro- graphique de la Dordogne, étant pris pour point de départ putatif de nos cailloux roulés du 2 e lit de ce fleuve, je prends la gravier e de la Bardelle , qui en offre à ma connaissance la collection la plus variée el la plus pure ( en y joignant celles de même nature que j'ai étudiées dans son voisinage immédiat), — je la prends, dis-je , pour point d'arrivée de ces cailloux. A vol d'oiseau , le pic de Sancy et la Bardelle sont sépa- rés par une distance de 185 kilomètres, qu'il convient d'augmenter d'un quart pour tenir compte des sinuosités excessivement nombreuses du cours du fleuve et de ses affluents. La Bardelle est donc, en réalité, à 231 kilomètres du pic de Sancy; et cette distance, pendant laquelle nos cailloux ont été soumis au dur régime de la trituration torrentielle , a suffi pour faire disparaître com- plètement, à un peu moins d' 'un vingtième près, toutes les roches qui ne sont pas de quartz ou principalement formées de cette substance. Le résultat est analogue, mais bien plus significatif encore, si je le cherche dans l'examen des cailloux de la Vigne de Beynerie (molasse, silex à Faujasia et diluvinm seulement). Là, sous le régime de la tritu- ration diluvienne, ce n'est plus qu'un cinquante- septième de cailloux non qnartzi'ux qui subsiste encore ! ( 75 ) Ainsi, dans ce parcours de 231 kilomètres , tout ce qui est calcaire a clé anéanti; car il ne faudrait pas m'objecler l'unique noyau roulé de craie jaune et presque cristalline que j'ai recueilli à la Bardette : celui-ci provient du 1 er étage de M. d'Archiac , et ce premier étage ne commence à se montrer qu'à Rotersack (entre Couze et Lalinde) à 4 ou 5 kilo- mètres en amont de la Bardette. Il est donc à-peu-près impossible (à moins qu'il ne provienne d'un affluent) qu'il ait parcouru un espace plus considérable , et il est arrondi comme une noix dans son brou. Tout ce qui est feldspath isolé a été également anéanti , et ce n'est que protégés et consolidés par le quartz auquel ils sont unis dans les roches granitoïdes , que les cristaux et les grains de feldspath pur ont pu arriver jusque-là (1). Ceux d'entre eux qui n'ont pas été dissous sont en voie de dissolution pour émanciper les grains quarlzeux et donner ainsi lieu à la formation des sables. Un certain nombre de roches primitives ou d'origine ignée, à pâte feldspathique, est arrivé jusqu'à nous sans altération; mais on sait quelle est l'importance du rôle que jouent les silicates (2) dans la com- position des roches anciennes et dans celle des minéraux disséminés dans leur pâte; donc, la silice y a rempli un rôle analogue à celui dont elle est chargée dans les roches granitoïdes; elle a protégé le feldspath. Les roches pélrosiliceuses et les basaltes se montrent souvent dans nos dépôts, sous l'enveloppe d'une croûte blanchâtre qui va s'épaississant sans cesse aux dépens de la substance enveloppée, et qui n'est qu'une sorte de kaolinisalion qui aboutit à la réduction en poussière. Et c'est ainsi que, de l'élude de ces menus débris des masses monta- gneuses, résulte la mise en lumière, sans objections possibles , de celte merveilleuse disposition providentielle qui fournit sans relâche des élé- ments nouveaux au sol nourricier des végétaux et des animaux. C'est ainsi que la terre végétale, ou susceptible de le devenir, sans cesse appauvrie dans ses principes minéraux, — sans cesse épuisée sous le rapport des agglomérations qui y maintiennent l'humidité nécessaire et y permettent à l'air atmosphérique un certain mouvement de circula- (1) La conlre-partic de ce phénomène est bien connue : le mica fond à 900"; le feldspath vers 1,100°; le quartz pur seulement à 1,500°; mais, unis et étroitement soudés dans le granité , ils fondent tous trois ensemble à 1 ,000 degrés. (2) Les roches de formation ignée ou Plutonicnnnc, essentiellement formées de silicates. (Jules Gossellt : Cunsid. gcn. sur la Gcolog., p. 17). ( 7G ) lion indispensable à la vie, — sans cesse entraînée enfin, et engloutie sans retour dans les abîmes océaniques, se renouvelle et se régénère aussi sans cesse et de toutes pièces. C'est ainsi enfin que, dans ce laboratoire dirigé par la prévoyance toute-puissance du Créateur de toutes choses, les cours d'eau, d'abord violemment torrentiels et doués d'une force irrésistible, puis plus tran- quillement dissolvants, sont chargés : Premièrement, de fabriquer, puis d'entretenir la terre végétale qui s'use, se disperse et disparaît peu à peu des lieux où elle a rempli ses fonctions ; Secondement, de fabriquer les sables siliceux dont la résistance et la persistance visible sont pour ainsi dire sans limites appréciables. A ces sables siliceux se joint souvent et jusqu'au dernier terme per- ceptible de leur atténuation, une substance bien faible en apparence et que je ne veux pas avoir l'air d'oublier, car elle résiste autant que le quartz lui-même. C'est le mica, dont les paillettes, dépouillées enfin de toute forme déterminée, scintillent encore au milieu des sables les plus fins. Le secret de la résistance est en partie dans cette extrême atténua- tion qui réduit sa pesanteur jusqu'à la rendre presque nulle, et aussi dans sa souplesse : symbole matériel et vif pourtraict de ces caractères flottants, sans énergie et sans dignité, de ces parasites flatteurs, obsé- quieux, qui conservent des dehors brillants et trouvent partout leur vie, parce qu'ils savent s'amincir, s'aplatir, s'effacer, se glisser enfin entre la puissance qui chancelle aujourd'hui et celle qui prévaudra demain! Des hommes instruits mais plus ou moins étrangers à l'élude pratique des sciences naturelles, se sont montrés fort surpris de ce qu'on ne trouve jamais de terre végétale, d'humus quelconque, de sol habitable en un mot, tant pour les végétaux que pour les animaux, entre les di- verses formations géologiques superposées , et ils en ont conclu qu'un tel sol n'avait jamais existé. Celte conclusion ne me paraît pas ressortir des faits connus, et il me semble au contraire qu'on a rencontré, dans ces interstices géologiques, tout ce qu'on y pouvait trouver. Les eaux, en effet, opèrent le départ des substances qui ont atteint les conditions nécessaires d'atténuation et de solubilité, et les entraînent dans l'abîme des mers, lorsqu'elles ne leur ont pas permis de se déposer sur place et que les conditions chimi- ques dans lesquelles elles se trouvent leur interdisent encore de se soli- ( " ) difier en couches sédimentaires cohérentes et régulières (1). Mais les substances plus grossières ou non soîubles se retrouvent encore là où il n'y a pas eu de dénudation complète de la surface sous-jacente, et de là vient qu'on les rencontre encore à la place où elles ont été délaissées , sous les formes si variées de sables, de grès, de conglomérats, de brè- ches et de poudingues. Quoi d'étonnant à ce que la pression, l'action du calorique et les modifications chimiques leur aient fait revêtir une forme physique complètement étrangère à l'idée que présentent naturellement les mots terre végétale, sol habitable et nourricier ? Observations relatives à une note de M. Elie de Beaumont. Arrivé au terme de l'étude que, celte année, j'ai pu faire d'un sujet si intéressant et j'oserai presque dire si nouveau , je dois reconnaître qu'elle n'ajoute pas de faits géologiques bien importants aux résultats de mon travail de 1864 sur le Bassin hydrographique du Cou- zeau. Mais il me sera permis de dire aussi qu'elle ne leur enlève rien, si ce n'est une erreur d'importance secondaire et que j'ai rectifiée avec tout le soin dont je suis capable. Ce que j'avais vu et revu cent fois pen- dant plus de trente ans dans l'élude de l'ensemble, relativement à la distinclion de mon diluvium et de mon ail uv ion ancienne , je l'ai re- trouvé sans modifications essentielles, dans l'élude même numérique et statistique des détails. Ce Supplément, auquel j'en aurai peut-être d'au- tres à ajouter dans l'avenir, est donc une confirmation sur preuves, des faits principaux que j'avais cru pouvoir établir. Il en est un pourtant, au sujet duquel il m'a été fait, du plus haut qu'il soit possible, une objection à laquelle je dois une réponse au moins provisoire, — toujours respectueuse et reconnaissante, mais sincère. En faisant hommage de ma part à l'Institut, et en obtenant l'insertion aux Comptes-rendus de la lettre d'envoi de mon Couzeau (Académie des sciences, séance du 26 décembre J 864) , M. Elie de Beaumont a bien (1) Le phénomène que je décris ici n'est qu'une conséquence et un cas particulier tic la loi générale que M. Elie de Peaumont expose en ces termes : « Les eaux cou- » rantes ont déposé le long de leur cours tout ce qu'elles ne tiennent en suspension » qu'avec difficulté : d'abord le gros et le menu gravier ; puis le sable ; et elles ne » charrient à la mer que ces particules impalpables qui restent suspendues dans l'eau » tant qu'elle a quelque mouvement, » [Leçon de Géologie pratique, t. I, p. 275; pays bas Néerlandais. } ( 78 ) vuulu dire quelques mois île celle lellre et, ainsi qu'il avait eu l'extrême obligeance de m'en prévenir, il a fait, sur un passage de sa teneur, ce qu'avec la douceur habituelle de son langage il a daigné appeler simple- ment une réserve. Elle répond à l'alinéa de ma lettre qui commence par ces mots : « Le vrai diluvhim de l'école de Cuvier et de la vôtre, Mon- sieur le Secrétaire perpétuel, etc., » et c'est un devoir pour moi de la reproduire ici : « La Carte Géologique de la France figure dans la haute vallée de la » Dordogne, entre le Mont-Dore et Bort, six petits lambeaux de terrain » caillouteux superficiel coloriés en brun-clair et désignés par la lettre p. » Ce mode de désignation les assimile aux dépôts caillouteux superfi- » ciels de la Limagne, à ceux de la Bresse, des plateaux voisins de )> Tarbes, etc. Ces petits lambeaux de terrain caillouteux ont été tracés » d'après mes observations personnelles. S'ils ne sont pas plus nom- » breux et s'ils n'occupent pas plus d'étendue dans la vallée de la Dor- y> dogne, c'est que mes observations personnelles ne se sont pas élen- » dues de ce côté au-delà de Bort ; mais je n'ai jamais douté qu'ils n'ac- » compagnassent la Dordogne jusqu'au Bec-d'Àmbès , et je suis très- » porté à en reconnaître la continuation dans l'étage supérieur si bien » décrit par M. Charles Des Moulins. Par conséquenl, je ne puis voir y> mon diluvium 8 l que dans un étage plus récent et moins élevé , tel » que celui qui renferme des cailloux trachytiques et basaltiques. Les j> phénomènes diluviens ont puissamment agi sur le Mont-Dore et sur le » Cantal, et il y aurait lieu de s'étonner que l'absence des roches volca- » niques, qui constituent ces montagnes, fût un des caractères du dilu- » vium proprement dit. x> Les respectueuses observations que je crois pouvoir me permettre au sujet d'une déclaration si grave et si nette se bornent à ce qui suit : l re Obs. — Ces petits lambeaux de terrain caillouteux et superficiel peuvent-ils conserver le qualificatif « superficiel » sur nos plateaux, dans les dépressions desquels les sables, argiles et graviers rouges ou jaunes qui les constituent, acquièrent une puissance de 3 à 4 mètres à La Pœdoulie, de 6 mètres à Monsac ? Ce serait donc — qu'on me passe l'expression — un ante-diluvium d'une masse certainement assez impo- sante et qui aurait été entièrement omis malgré cela (et ce n'est pas fa- cile à comprendre), — ou confondu par M. Dufrénoy avec des dépôts plus récents. -' Ods. — Cette dernière supposition n'est pas seulement admissible ( 79 ) en vertu de l'axiome errarè humanum rsl : elle est justifiée pnr un fait — et par un fait authentique. C'est en effet dans le diluvium que M. Dufrénoy plaçait les minerais de fer du Périgord, et c'est précisé- ment ce même dépôt rouge ou jaunâtre de cailloux, de sables et d'argile qiiil faut traverser pour aller chercher ces minerais dans la molasse où j'ai prouvé qu'est leur gisement normal. Donc, mon diluvium est sans aucun doute celui de M. Dufrénoy , et c'est ce qui m'avait porté à croire que c'était aussi celui de M. de Beau- mont. Maintenant, laissons de côté le fait authentique, et ramenons la pro- position cà l'état de simple hypothèse. S'il est en effet arrivé que M. Du- frénoy se soit trompé sur ce dépôt, il faut croire ( puisqu'il ne l'a pas décrit à part) qu'il l'aura relié au diluvium du fond de la vallée, par l'intermédiaire des localités où il offre des fragments de roches micacées (la Redoulie, le Trou de la terre, les Bourbous de mon Couzeau, par exemple). Mais alors, et à l'exception des petits lambeaux caillouteux superficiels de M. de Beaumont, nous n'aurions dans tout le pays, d'après M. Dufrénoy, qu'un dépôt unique de cailloux roulés, et ce dépôt unique serait le diluvium qui y occuperait toutes les positions , depuis les plateaux où il serait sous-jacent aux lambeaux caillouteux , jusque dans le fond du 2 e lit de la Dordogne où M. de Beaumont le place exclu- sivement, à cause des cailloux volcaniques d'Auvergne qui s'y surajou- tent. Or, dans ce cas , pourquoi n'est-il pas partout uniforme dans sa composition ? Pourquoi les cailloux volcaniques n'interviennent-ils pas sur les plateaux et dans le 1 er lit du fleuve comme ils interviennent dans son 2 e lit ? Apparemment, certainement même, parce que ces derniers cailloux ne se seraient mêlés aux premiers que plus tard et après la ré- duction du fleuve ta la capacité de son 2 e lit. Il faut donc conclure que M. de Beaumont scinde en deux parts le diluvium de M. Dufrénoy, et que c'est à la suite de ce dernier auteur que j'ai confondu deux terrains distincts sous le nom de diluvium : c'est encore la même conclusion que ci-dessus. Prenons donc cette erreur pour point de départ et mettons le cap de notre hypothèse sur un point de vue un peu différent : il me faudra ré- péter presque en entier les prémisses de l'argumentation que je viens de développer ; qu'on me le pardonne ! la question en vaut la peine, puisqu'il s'agit d'un terrain inédit h introduire dans la série. Dans l'hypothèse, donc, d'une confusion opérée par M. Dufrénoy, je ( 80 ) suis conduit à me poser celte question : Les lambeaux caillouteux figu- rés par M. de Beaumont sonl petits et superficiels entre le Mont-Dore et Bort, comme dans la Limagne, etc. N'ai-je pas, comme M. Dufrénoy, commis une faute en les confondant, moi aussi, avec le dépôt de sables, argiles et cailloux rouges et jaunes dont je les ai crus une partie inté- grante, lorsque j'ai donné à cet ensemble le nom de diluvium rouge? Dans cette hypothèse, les lambeaux caillouteux de M. de Beaumont ne seraient représentés chez nous que par la pellicule superficielle que constituent à eux seuls, sur quelques points de nos sommités (Là Peyru- gue, etc) 5 les silex résinoïdes mêlés de quelques silex parfois pseudo- morphiques des 3 e et 2 e étages de la craie; et alors, les sables, argiles et cailloux qui sont sous-jacents à celte pellicule appartiendraient à une autre formation, à un autre anle-dilumum plus ancien encore. Mais dans ce cas , comment les silex résinoïdes et pseudomorphiques seraient-ils mêlés à ce dépôt, non-seulement à la surface comme ils le sont presque partout, mais encore et comme ils le sont effectivement , jusque dans le vif de l'épaisseur de ce dépôt sous-jacent? Ce serait là, si je ne me trompe, un problême malaisé à résoudre. Et si ce mélange ne provenait que d'un lavage énergique, qui aurait laissé surnager pour ainsi parler, sur les sommités seulement, des fragments de nappes de cailloux résinoïdes, ne retomberions-nous pas dans les mêmes difficultés ? Que serait ce puissant dépôt sous-jacent? Ce ne serait pas le diluvium de l'école de Cuvier et de M. de Beaumont, puisque M. de Beaumont ne le reconnaît que dans le fond de la vallée (2 e lit), là où il se trouve caractérisé par des roches volcaniques d'Au- vergne. Ce ne serait pas davantage le déluge historique, ou l'un des dé- luges historiques si l'on veut, puisqu'il est antérieur à celui qui remplit la vallée, et puisqu'on n'y trouve ni roches volcaniques ni roches lavi- ques, ni rien qui porte un caractère de contemporanéité avec l'époque actuelle. Encore une fois, ce serait donc un terrain non décrit. 3 e Obs. — Qu'est-ce que le vrai diluvium de M. de Beaumont? C'est un dépôt antérieur à l'apparition de l'homme sur la terre, un dépôt où l'on trouve les restes d'éléphants, etc., d'espèces aujourd'hui perdues. — Eh bien! c'est dans le dépôt que je viens de décrire qu'on trouve ces restes (défense d'éléphant deMonsac), et jamais on n'y trouve de débris de l'industrie humaine ; il satisfait donc aux caractères attribués au vrai diluvium, — moins toutefois les roches volcaniques qui devraient s'y rencontrer d'après la note de M. de Beaumont, et je reconnais que dans ce cas il ne serait pas facile d'expliquer leur absence, (81 ) 4 e Obs. — M. Lartet a constaté que VUrsus spelœus, les éléphants, le renne, etc., ont vécu contemporains de l'homme et, par conséquent , après le diluvium de M. de Beaumonl. Donc, les éléphants, etc., au- raient été témoins de trois dépôts successifs, savoir : 1° L'anle-diluvhim de M. de Beaumont (diluvium de mon Couzeau)\ 2° Le diluvium de M. de Beaumont (2 e lit de la Dordogne , mon alla- vion ancienne ou déluge historique, où l'on peut trouver des ossements d'éléphants, etc., s'ils n'ont pas été anéantis par la trituration torren- tielle); 3° Ce qui serait un post- diluvium pour M. de Beaumont, c'est-à-dire, et comme pour moi-même, les commencements de l'époque actuelle après le déluge historique; et là se trouveraient ou se pourraient trouver unis aux restes de l'éléphant, du renne, etc., ceux de l'homme et les débris ou les témoignages de son industrie (3 e lit de la Dordogne ou lit actuel). Eh bien ! oui ! c'est à cette dernière époque que bientôt — j'en ai la ferme conviction, — la main de la science elle-même ramènera, après des écarts et des bonds qui dureront d'autant moins qu'ils ont été plus vio- lenlSj ce déluge de diluviums que des imaginations ardentes ont cru voir (avant même d'avoir constaté rigoureusement les caractères essentiels du vrai diluvium), partout où l'on a rencontré des débris humains et des restes d'une industrie de sauvages. C'est là , en un mot, que la main de la science ramènera les gravières dites quaternaires des archéo-géolo- gues , les tourbières de nos vallées actuelles, les grottes et cavernes enfin qui contiennent les mêmes débris. Et en effet, s'il y a eu un ou plusieurs ante-diluviums qu'un géologue aussi éminent , aussi consciencieux que M. Dufrénoy ait pu confondre avec des dépôts plus récents, sera-t-il difficile de croire que des post- diluviums , débâcles partielles dont nous ne saurions déterminer le nombre, aient pu faire prendre à bien d'autres , pour le vrai diluvium, des atterrissements et dépôts moins anciens ? Ce n'est point à un humble géologue local qu'il peut appartenir de tra- duire ces simples réflexions en discussion réelle et pratique ; ce travail de haute science revient de droit à la géologie comparée. Tant mieux s'il existe un ante-diluvium ! Tant mieux si je me suis trompé dans l'attribution relative des trois étages de ma vallée de la Dor- dogne ! Il n'importe pas, certes, que j'aie bien interprété ce que j'ai bien vu ; ce qu'il importe. — et ce qui arrivera un jour, — c'est que la Tome XXVI. 7 ( *2 ) vérité soit connue et, je le répète, j'espère que la science aura l'hon- neur de la proclamer spontanément ! En attendant , et pour ne pas jeter de confusion dans ce modeste Sup- plément de mon Couzeau,je demande qu'on m'excuse d'avoir continué à employer les mêmes dénominations, la même classification, les mêmes attributions géologiques que j'ai établies dans mon premier mémoire. Leur justesse est mise en question par une voix trop imposante pour qu'elles ne redescendent pas, par ce seul fait, au rang du provisoire. CONCLUSIONS. En attendant, aussi, l'arrêt qui sera rendu relativement à la délermi- nation définitive du dépôt qui remplit le 2 e lit de la Dordogne et de celui qui couronne les plateaux de son 1 er lit , quelle conclusion matérielle et pratique est-il permis de tirer des faits constatés et dont cette longue étude contient le détail? Sans doute, il serait prématuré d'établir des conclusions générales, absolues, sur des recherches faites dans un si petit nombre de localités si rapprochées l'une de l'autre; mais je ne saurais oublier que ces recherches se sont étendues à trois dépôts dis- tincts et d'âges différents, savoir : 1° la molasse, qui ne renferme que du quartz pur (hyalin ou grenu); 2° le dépôt des plateaux, qui contient, en outre, des silex et un très-petit nombre d'autres roches , lesquelles sont du terrain primitif et ne sont jamais calcaires; 3° enfin, le dépôt du 2 e lit de la Dordogne, qui a recueilli ce que lui ont apporté les deux dépôts précédents et qui renferme , en outre , un nombre considérable de roches primitives qui lui sont venues directement d'Auvergne avec des roches volcaniques de nature résistante et jamais calcaire: Que le nom de diluvium appartienne en réalité au dépôt des plateaux, ou qu'il doive être appliqué seulement à celui du 2 e lit, le résultat, au point de vue qui m'occupe, est absolument le même : le diluvium (dans les localités quej'ai étudiées) ne conserve plus de matières calcaires. La molasse qui, aussi bien que les quartz diluviens ou de V ante-diluvium , provient exclusivement des débris de roches du terrain primitif et qui , par conséquent, a été apportée en Périgord où il n'existe pas de lam- beau des terrains primitifs, ne contient pas non plus de matières cal- caires . D'une autre part, s'il est bien évident qu'il peut exister et qu'il existe en effet des alluvions déposées dans des conditions au moins relatives de tranquillité, concevrait-on un diluvium TRANQUILLE? Aux yeux de ( 83 ) tous les géologues, ne sonl-ee pas là deux mois qui hurlent de se trouver ensemble"? Ne sont-ce pas là deux idées qu'il est impossible d'associer l'une à l'autre? Eh bien ! puisque le calcaire disparaît dès qu'il y a transport un peu lointain . un peu violent des cailloux, ne s'accordera-t-on pas à trouver juste de refuser le nom de diluvidm à tout dépôt de cailloux qui renfer- merait encore des matières calcaires? Pour moi, je ne crains pas de le dire, c'est la conclusion à laquelle je me sens invinciblement entraîné par tout ce qui précède , et je ne regretterai pas le temps et les soins que j'ai consacrés à cette étude, si elle peut, comme j'ose l'espérer, contribuer à fixer désormais le sens du mot diluvium, employé si sou- vent, dans ces dernières années, pour désigner des dépôts de natures si diverses. Cette fixation de sens — je le reconnais — n'est pas complète encore ; mais , si l'on arrive à se mettre d'accord sur ce caractère d'ex- clusion, on aura fait un pas vers une détermination plus précise et plus scientifique du diluvium (1). Je ne dois ni ne veux oublier que le vrai diluvium contient des osse- ments fossiles, et qu'il n'existe pas d'ossements dépourvus de l'élément calcaire ! Mais les phosphates de chaux ne sont pas solubles dans l'ean comme les carbonates : les premiers ne sont pas effervescents, comme les seconds, sous l'action des acides; et d'ailleurs — je suis redevable de cette remarque à mon ami, le professeur Raulin, — les ossements fossiles qui ne sont pas roulés ont certainement été enfouis à Vêlai frais dans le diluvium, c'est-à-dire dans des conditions d'union avec la ma- tière animale , qui les rendent fort différents, minéralogiquement par- lant, d'une roche calcaire (2). Somme toute, c'est donc la silice qui domine — et cela dans une proportion énorme, — partout où il y a eu transport violent et prolongé (1) <( Je ne crois pas possible, » dit M. le docteur Arm. de Fleury, « de retenir un a mot sans le marquer d'un distinct imaginé par riniolligence. » {Essai sur la patho- génie du tangage articulé , p. 54, ad calcem. — Paris, chez V. Masson, i86o) Sans cela , il est effectivement impossible de faire ce qu'on appelle s'approprier une idée, faire sienne uue idée, et l'excellente phrase de M. de Fleury, écrite sous la dictée du bon sens, est parfaitement applicable à la nécessité de fixation de sens que je si- gnale à l'égard du mot diluvium. ( ISole ajoutée pendant l'impression.) (2) La belle défense d'éléphant dont j'ai parlé dans le Couzeau et dans le présent Mémoire , laquelle provient du diluvium de Monsac et dont, après l'avoir vue presque entière , je ne possède plus que des fragments , ne montre , au contact de l'acide hy- drochlorique , qu'une velléité presque insensible et excessivement fugace d'efferves- cence. La très-petite proportion de sous-carbonate qu'elle a contenu a été protégée par le phosphore. ( 84; de roches diverses. Gela veut-il dire que la silice soit la substance do- minante, par sa masse, dans les matériaux du globe terrestre ? Non certes, car les quartz ne forment pas, dans leurs gisements originaires, des masses comparables à celles des roches feldspathiques , calcaires et autres non quartzeuses ; mais ce résultat final des transports n'en est que plus frappant, au point de vue que j'étudie ici, puisque de ces masses gigantesques il ne reste plus, comme résidu du charriage, que des débris bien moindres, quant à leur masse, que ceux des roches quartzeuses. Ces réflexions, assurément, ne sont absolument rien de neuf en elles- mêmes ; je me borne à rappeler la mémoire de faits non contestables; je me borne à appeler, au point de vue de mon étude, l'attention de tout le monde sur ce que tout le monde sait déjà. Mais de là je tire une con- clusion qui sera ratifiée, je crois pouvoir le prévoir avec confiance, par les études qui seront faites subséquemment dans le même ordre de re- cherches. J'en tire enfin l'expression du vœu que je forme pour qu'on n'ajoute plus ce nom significatif et majestueux de diluvium à la liste déjà si longue des choses que l'esprit critiqueur de notre siècle a la pré- tention (bien plus, heureusement, que la certitude logique!) d'avoir fait choir pour toujours de leur piédestal tant de fois séculaire ! Lanquais (Dordogne), 25 novembre 1865. TABLE DBS MATIERES Pages. Cm a p. I. — Introduction 27 II. — Composition des dépôts de cailloux roulés 32 § i. — Cailloux de la molasse Jbid. A. — Sablière de la Maison-Blanche 34 B. — Tuilerie des Hautes-Roques 35 C. — Affleurement au pied de la Peyrugue 40 D. — — de la vigne de Beynerie 41 S 2. — Cailloux du diluvium ^3 A. — Diluvium de la vigne de Beynerie x. ■ • Ibid. B. — — d'autres localités 50 § 3. — Cailloux du 2 e lit de la Dordogne - . . 53 A. — Gravière de la Bardette laid. B. — Berge de Laussine 60* C. — Gravière du Petit-Mansagou 65 D. — Carrière de Monsagou 6' | 4. — Récapitulations 68 Appendice du § 4. — Cailloux du 3 e lit 72 111. — Résultats 74 Observations relatives à une note de M. Élie de Beoumonl. 77 Conclusions 82 DÉCOUVERTE DANS LES PYRÉNÉES D'UNE ESPÈCE PRESUMEE NOUVELLE du (JLYPEOLÀ Par M. Henry BORDÉRE Instituteur primaire à Gèdre ( Hautes -Pyrénées. ) Rencontrer, en abondance, dans une localité sous-alpine des Hautes- Pyrénées , un représentant de ce genre exclusivement, jusqu'ici , médi- terranéen, c'est avoir à constater un fait botanique intéressant et toufc nouveau. Cette heureuse découverte est échue à M. Henry Bordère, aux recherches attentives de qui la Flore pyrénéenne doit déjà plusieurs additions précieuses. La Société Linnéenne se fait un devoir d'ouvrir son recueil à la première constatation de celle-ci. Inutile de chercher dans les organes de la végétation et même dans les fleurs des trois espèces nominales qui forment aujourd'hui ce groupe dans le genre Clypeola , d'autres caractères que ceux., si frappants à la vérité , de la dimension relative des parties. Les silicules seules présen- tent quelques différences appréciables , différences peu tranchées sans doute, plus marquées cependant dans le CL microcarpa Moris (CL his-> pida Presl ) que dans la plante pyrénéenne. La silicule du microcarpa , plus ou moins obovale, ne s'élargit jamais de façon à prendre la forme suborbiculaire; elle est toujours atténuée sensiblement à sa base: l'aile marginale est plus étroite; la graine (dans le fruit mûr) remplit presque toute la cavité de la loge (déduction faite de l'aile membraneuse), ou du moins ses bords sont très-rapprochés de la ligne sulurale, et cette graine mesure environ la moitié de la largeur de la silicule. Les poils plus nombreux, plus égaux entr'eux , plus rigides, revêtent plus uniformé- ment le disque, sans atteindre l'aile. Enfin, et c'est de beaucoup le caractère le plus saillant que présente le microcarpa , on y voit un style ( 86) très-court mais manifeste , surmonté d'un stigmate épais qui atteint la hauteur des lobes d'un sinus très-évasé, tandis que chez le Cl. pyrenaica le stigmate sessile gît au fond d'une échancrure étroite et à bords presque droits Ces derniers caractères , en même temps qu'ils tendent à lier étroitement le Cl. pyrenaica ou Cl. Jonthlaspi, semblent aussi assurer au microcarpa une autonomie spécifique , rendue plus probable encore par l'identité des silicules reçues de M. Moris (Cl. microcarpa) et du Jardin botanique de Copenhague (Cl. hispida Presl) avec celles de la plante de l'Alaric (Cl. gracilis Planch.). Le Cl. pyrenaica n'est-il qu'une remarquable variété pyrénéenne et sous-alpine du Cl. Jonthlaspi? C'est bien possible, probable même. Les caractères qui distinguent les deux plantes sont en effet bien légers :• La dimension au moins trois fois plus grande des fruits du Jonthlaspi, dont la graine occupe à peine le tiers de la largeur de la loge , tandis que la graine du pyrenaica laisse entre elle et le bord suturai un inter- valle relativement beaucoup moindre; La silicule constamment orbiculaire dans l'une, un peu plus longue que large est un peu atténuée à la base dans l'autre; Voilà, avec quelques différences sans importance dans la villosité de ces fruits, tout ce qu'on trouve pour les distinguer. Si la forme pyrénéenne avait été rencontrée dans la région méditerra- néenne, ou même un peu en dehors de celte région, comme cela arrive au Jonthlaspi, je ne crois pas qu'il fût permis, hormis à l'école midli- plicatrice, d'attribuer un nom d'espèce à la plante de Gavarnie. Mais cbez un Clypeola, genre essentiellement méditerranéen, la station sous-alpine doit être tenue en grande considération. Aussi pensé-je qu'il n'y a pas d'inconvénient à laisser se produire celle-ci sous le nom de Cl. pyre- naica Bordère. Ce nom restera, si l'espèce vient à être acceptée, et dans le cas contraire, rappellera toujours la découverte et les observations de cet intelligent et zélé collecteur. Reconnaissons aussi que cette première annonce de la plante ne doit avoir qu'un caractère provisoire. La culture simultanée des trois formes que nous allons étudier comparativement, l'an prochain, au Jardin-des- Plantes de Bordeaux, dans toutes les phases de leur développement, jettera certainement de nouvelles lumières sur la question. En même temps on pourra se procurer des documents qui manquent encore. Ainsi qu'est-ce que ce Clypeola trouvé par M. Darracq à l'embouchure de l'Adour, et qu'il a rapporté au gracilis Planch. (Bull. Soc. Bot., 1859 . ( 87 ) p. 590)? Si c'est bien cette dernière espèce, il sera étrange de lui voir une station dans les sables maritimes. Si c'est la plante même de Gavar- nie , elle perdra presque tout l'honneur des hauteurs où elle vient de se montrer. Ce n'est pas tout. Pour produire un article de quelque valeur sur cette plante , il faut avoir vu des échantillons de toutes les localités où le gracilis a été trouvé jusqu'à présent, afin de bien s'assurer s'il n'y a pas entre les deux petites espèces des variations ou des passages qui tendraient à les fondre l'une dans l'autre et, en définitive, à les ratta- cher l'une et l'autre au Jonthlaspi. « Tant , tant est difficile , » disait l'excellent J. Gay , « même l'étude des questions en apparence les plus « simples et les plus claires. » Je rappelle ce mot , parce qu'il y a aussi des recherches à faire dans les livres. J'ignore encore où M. Moris a publié son Cl. microcarpa , et Presl son hispida. Peut-être ce dernier nom a-t-il l'antériorité. Tout ce que je viens de constater , c'est que M. Moris n'avait pas publié son espèce en 1 837 , et que M. Edm. Boissier proposait un microcarpa, inconnu de moi, en 1842. On ne peut pas lan- cer un article définitif sans être bien fixé sur tous ces points , et la Société Linnéenne doit se borner, pour aujourd'hui, à enregistrer cette heureuse trouvaille et à en constater la date. Bordeaux, 24 juin 18G5. Du Rieu de Maisonneuve. CLYPEOLA PYRENAICA Rordère. €. Ci/ïpeola Jonthlaspi omnibus partibus multo minor ; siliculis laie ellipticis vel suborbiculatis basi vix atlenuatis, disco plus minusve piloso, margine (haud ciliato), quartam semine tertiam siliquœ lali- ludinis partem œquantibus ; stigmate sessili. (§). Hab. La Pena de Secugnal, près Gavarnie (Hautes-Pyrénées), à l'ex- position du Sud et à l'altitude de 1450 mètres (zone sous-alpine supé- rieure). C. dans un sol calcaire, compact, ombragé par de grands rochers. Mai , Juin, Juillet. J'ai rencontré pour la première fois ce Clypeola le 25 juin 1865; je l'ai retrouvé en fleurs et en fruits le 25 juillet 1865 et le 17 mai 1866. ( 88 ) — Hier 20 juin, j'en ai revu toute une pépinière de jeunes pieds , qui n'ont pas encore fleuri. Celte espèce croît entourée des plantes suivantes : Saponaria cœspitosa, Erodium macradenum, Anlhyllis monlana , Bupleurum pyrenœum, Lonicera pyrenaica, Aster alpinus , Carduus carlinoides, Rhaponticum cynaroides , Hieracium mixtum, Phyleuma Charmelii, Globularia nana, Passerina nivalis, Avena monlana, etc.. Gèdre, par Luz-St-Sauveur, 21 juin 1866. H. Bordère. EXCURSION DE LA SOCIETE LINNÉENNE A BAZAS (Gironde - ). 'Procès-Verbal de la 49 e Fête Linnéeone, 28 juin Membres présenis : MM. Ch. Des Moulins, président; Trimoulet, archiviste; Henry Bert, trésorier; Souverbie et Lespinasse, membres du conseil ; D r Eugène Lafargue et Octave Le Roy, titulaires ; Henry Del- fortrie fils, auditeur. Excusés pour cause de maladie : MM. l'abbé Blatairou, ancien vice- président, membre honoraire; le C te de Kercado , vice-président, Billiot, secrétaire du conseil ; Linder, membre du conseil. Les membres présenis eussent été sans doute plus nombreux si la Fête Linnéenne n'eût coïncidé avec la session , à Bordeaux , de l'Asso- ciation scientifique de France qui, précisément ce jour-là, se trans- portait à Arcachon, où elle a dû entraîner quelques-uns de nos collè- gues , et où elle a été effectivement suivie par l'un de nos invités, M. Charles Contejean , professeur de géologie , minéralogie et botanique à la Faculté des Sciences de Poitiers. Quatre des six autres invités étaient présents , savoir : MM. Lam- bertie, conservateur-adjoint du Musée d'Histoire naturelle de Bordeaux; Pallard, membre du Conseil municipal et secrétaire général du Comice agricole de Bazas; le D r Ardusset, correspondant de la Société, prési- dent de notre ancienne Section Linnéenne de Bazas (1); d'Escures, juge (i) C'est à la générosité de M. le D r Ardusset que la Société Linnéenne a dû de posséder dans ses archives une lettre autographe, de Linné, adressée d'Upsal , le 40 janvier 1754, Viro illusiri D.-D. de Mounier. La Société ayant reçu de M. Ar- dusset, le 26 juin 1833, un si précieux cadeau, arrêta qu'il serait encadré entre deux verres et déposé dans ses archives pour y orner la salle de nos séances : elle en promit même une traduction qui, paraît-il, n'a jamais été faite. Tome XXVI. 8 ( 90 ) d'instruction à Bazas. Ces trois derniers , tous propriétaires et habitants du Bazadais, se réunissent pour nous faire espérer que leurs efforts pour la reconstitution de cette ancienne section , œuvre pour laquelle ils seront puissamment aidés par M. l'abbé Audouin et par deux autres ecclésiastiques, professeurs, comme lui, dans l'important collège de Bazas (260 élèves environ),— que leurs efforts communs, disons-nous, ne demeureront pas stériles, et la Société Linnéenne accueille avec joie cette espérance, que plusieurs démarches successives.de sa part ont déjà fait naître depuis longtemps. La Compagnie, qui a voulu profiter de la première année de l'ouver- ture du chemin de fer de Langon à Bazas pour célébrer une de ses Fêtes dans la dernière de ces villes , est partie de Bordeaux par le train de huit heures quinze minutes, et est arrivée à dix heures cinq minutes à la gare de Bazas, où elle a été reçue par M. le D r Ardusset, bientôt rejoint par M. Pallard qui arrivait de la campagne. Après un déjeûner bien nécessaire au moment d'affronter l'effroyable chaleur d'une journée qui s'est terminée par un orage d'une grande violence , la Société est partie, pilotée par l'obligeant M. Pallard , pour faire son excursion dans la vallée du Beuve et sur les coteaux qui en- caissent cette vallée. Le parcours n'a guère été de plus de trois kilomè- tres, et les membres, trop peu nombreux, ne se sont point divisés en sections; mais, tous ensemble, ont exploré sérieusement les environs de la ville , du Nord à l'Est , et de l'Est au Sud-Ouest. Après avoir donné quelques instants à une reconnaissance sommaire de la belle cathédrale que quelques-uns d'entre nous n'avaient jamais visitée , nous avons traversé le Beuve , rivière sur la carte , en réalité mince ruisseau qui conserve toujours assez de litres de liquide pour ne pas perdre le titre de cours d'eau régulier, — ruisseau qu'illustra jadis la plume élégante autant que savante de notre vénéré collègue Jouannet. Le pont qui, à certaines heures du jour et même en certaines saisons , est réellement utile pour traverser à pied sec cet affluent de la Garonne, est situé, selon M. Baulin (Nivellement barométrique de l'Aquitaine), à l'altitude de 48 mètres. Un autre pont très-petit , très-vieux et très- étroit, en forme d'arceau cintré, qui serait extradossé si son tablier n'avait été à-peu-près rongé par les pieds de ceux — bêtes ou gens — qui font le service d'un moulin à eau , se dresse dans le voisinage et figure de plein droit, sinon parmi les antiquités, du moins parmi les antiquailles d'une ville qui va bientôt perdre, hélas ! cette physionomie : 9i ) si chère aux amis de l'Histoire, si odieuse aux yeux d'un siècle, avant tout , industriel ! Avouons-le sans honte à la fin d'un mois hrûlant et après la récolte des foins : presque rien à faire pour les botanistes, qui d'ailleurs étaient en minorité. Citons cependant le peu de noms qui peuvent convenable- ment figurer dans un procès-verbal. Et, d'abord, M. Lespinasse, qui n'a rejoint la Société qu'à la station de Langon, a recueilli une des raretés de notre Flore, YErica vagans L., sur la lisière d'un bois de pins du domaine de Basterot, commune de Cazats , à quatre kilomètres nord-est de Bazas. A Cazats aussi , noire collègue a observé une sorte de mur de verdure en Laurus nobilis qui, depuis plus de quatre-vingts ans qu'ils sont plantés loin de toute habitation et pour ainsi dire en plein champ, n'ont eu que quelques rameaux gelés pendant nos hivers les plus durs, y compris celui de 1829-30. Il n'est pas inutile de rappeler ici qu'ils furent gelés, aux environs immédiats de Bordeaux, jusque et non com- pris leurs racines. Il en fut de même d'une très-belle et très-vieille rangée de pieds de la même essence, qui, à l'exposition du Midi, s'é- tendait le long du mur du potager d'un domaine possédé jadis par Jacques-Joseph de Gourgues, évêque de Bazas, à Saint-Caprais près Cambes, daus l'Enire-deux-Mers , station pour ainsi dire intermédiaire entre Bazas et Bordeaux. Cette circonstance semble accuser, en faveur de la première de ces villes, des abaissements de température sensible- ment moins forts que dans la seconde. A Bazas, nous avons trouvé : Lonicera Xylosleum L. , en fruits mûrs ; aperçu par M. le D r Eug. Lafargue , dans une haie de la côte de Saint-Vivien , vis-à-vis Bazas, et par conséquent sur la rive droite du Beuve. Cet arbrisseau, qu'on trouve assez fréquemment dans les bois deVerdelais, est beaucoup plus rare dans la Gironde que dans le Périgord calcaire et montagneux. Himanthoglossum hircinum Rich. — Un seul pied dans les gazons au bord de la route de la Réole; même observation. Rubus discolor Weihe, forma robusta. Commun dans les haies; remarquable par le rose pourpré très-vif de ses pétales denticulés et un peu crépus. Les feuilles inférieures de ses rameaux sont blanches et laineuses en dessous ; les supérieures ne sont que drapées d'un duvet blanc et très-ras, qui assigne à la plante un rang parmi les innombra- bles formes que l'école maltiplicatrice a arrachées, pour leur attribuer (92) des noms spécifiques, au Rubus frulicoms DC. , FI. Fr. , lequel, en définitive, n'est pas exactement celui de Linné. L'attribution de notre forme à l'espèce de Weihe a été rendue certaine par M. Lespinasse, qui a fait une étude particulière de cet inextricable genre. Un Salix sur lequel M. le D r Eug. Lafargue a appelé l'attention de ses collègues , et qu'il croit ne pas exister aux environs immédiats de Bordeaux. Que dire, aux derniers jours de juin, d'un Saule de la sec- tion Cinerella de Seringe? Et pourtant , celui-là méritait, il faut l'a- vouer, plus d'attention que nous ne lui en avons donné. Les poils ferrugi- neux des nervures du revers de ses feuilles le placeraient dans le rufi- nervis DC , FI. Fr. suppl.; mais ce n'est là qu'une espèce nominale. Ces feuilles sont très-courtes et souvent presque arrondies , surtout au bas des rameaux; mais que signifient des variations foliaires? Ce qu'il y a de vraiment de singulier, c'est que ce saule observé dans une haie au bord du Beuve a été traité en têtard , ce qui n'a pas lieu ordinaire- ment pour les marceaux. Le tronc du têtard a un mètre ou un peu plus de hauteur et est réduit presque uniquement à son écorce. Nous aurions dû prendre exactement les mesures de sa hauteur et du diamètre pro- bable qu'a pu atteindre son tronc lorsqu'il était sain: nous aurions dû rechercher aussi les individus de même forme qui pouvaient se trouver aux alentours, et c'est précisément ce que nous avons omis de faire. Sedum cepœa L. , assez abondant sous les haies des berges dans les chemins creux. Usiilago cavbo (Uredo DC.).Tulasn. Select. Fung. carp., sur YAr- rhenalerum elalhts Mert. et Koch, jS. bulbosum Koch, entre les pierres d'appareil du porche de la petite chapelle de Saint-Michel-de-la-Prade , à l'E. de Bazas, sur un coteau sec et chaud. Pellia epiphylla Nées ab Esenb., qui, certes, n'aurait aucun droit à l'honneur d'être nommé, si son immersion complète et son état nageant dans les eaux fraîches, pures, excellentes et-sans cesse renou- velées d'une fontaine, ne l'avait condamné à une stérilité complète. Ses frondes très-développées et d'un magnifique vert foncé, sont deve- nues excessivement cassantes par l'absorption continue d'une eau cer- tainement calcarifère. Avant même d'être desséchées, et dès qu'elles sont seulement étanchées depuis quelques heures, elles se brisent et se pul- vérisent pour ainsi dire entre les doigts. De nombreux encroûtements ponctiformes et calcaires , colorés en vert presque noir par des algues microscopiques, les rendent fréquemment plus épaisses qu'elles ne devraient l'être dans l'étal normal. ( K ) M. Lespinasse s'est livré à l'examen microscopique de ces divers pulvinules, et il a reconnu qu'ils sont formés « d'une couche de dialo- » niées , parmi lesquelles dominent de beaucoup les Gomphonema abbre- » viatum Kùtz, et olivaceum Rùlz. La teinte blanche, farineuse , qu'on » remarque sur les parties les plus vieilles des frondes du Pellia , est » due à un encroûtement calcaire. » Cette source, auprès de laquelle M. Lespinasse a recueilli le Scolo- pendrium officinale, à frondes bifides, sort du pied de l'escarpement calcaire qui soutient la chapelle de Saint-Michel-de-la-Prade. Elle fournit l'eau d'un beau lavoir, et sort du jardin où elle a été utilisée en venant se mettre à la disposition du voyageur altéré, dans une auge de pierre, carrée et profonde, qu'on a placée charitablement au bord du chemin. Le Pellia qui, d'abord, s'est établi au bord de la gorge de celte auge, et qui sans doute y fructifie au printemps, s'en détache par pla- ques assises sur une légère couche de limon calcarifère. Alors, ces pla- ques se roulent en boules couvertes en tous sens de belles frondes, et restent flottantes entre deux eaux. Nous avons dit que ces eaux sont incessamment renouvelées et d'une pureté parfaite. Aussi n'avons-nous pas été surpris de ne les trouver dépositaires que d'une Faune très-peu riche en espèces et en individus. Quelques ÎNaïdés, quelques larves aquatiques d'insectes, des individus petits et rares de l'inévitable crevette des ruisseaux (Gammarus pulex Fabr.), ce serait tout, si une meilleure fortune ne nous avait été réservée dans l'obtention d'un mollusque bien petit, mais dont la coquille est fort élégante, YHydrobia Ferussina (Ch. Des M. sub Paludinâ) Dupuy, (Moll. terr. et fluv. de France, p. 565, n û 11, pi. 28, fig. 5; Bilhynia Ferussina Dupuy, olim. ; var. A. (typus) Gassies , 1859, Calai, rai- sonné des Moll. terr. et d'eau douce de la Gironde, n° 106, p. 50 du tirage à part ; Paludina Ferussina Ch. Des Moul. , 1828, Calai. Moll. terr. et fluv. de la Gironde, in Bull. Soc. Linn. Bord., t. II, p. 65, cum icône). C'est bien le type de l'espèce qui appartient au Sud-Ouest, et non la variété un peu plus effilée, un peu moins obtuse, qui appartient au midi de la France et qui, lorsqu'elle fut connue de l'auteur primitif, ne fut pas séparée par lui du type , mais que M. l'abbé Dupuy en sépara plus tard sous le nom Bilhynia cebennensis. M. Gassies la rapprocha enfin de ce type spécifique en l'en distinguant seulement comme var. p. ceben- nensis. ( M) Les localités où VHydrobia Ferussina proprement dit a été rencontré dans le Sud-Ouest, sont déjà si nombreuses qu'il devient difficile d'en réunir la liste complète. La coquille que nous avons récoltée à Bazas n'a pas encore acquis tout le développement dont elle est susceptible d'ici à trois ou à quatre mois; bien que paraissant adulte, elle n'offre guère que 4 '/ s à 5 tours au lieu de 6, et sa spire commence à peine à s'encroûter de limon : le dernier tour est même parfaitement transpa- rent. Elle est peu abondante, et il a fallu mettre du soin et employer du temps au lavage d'une bonne poignée de Pellia, pour en retirer un résultat fort mince : 64- individus, adultes ou jeunes; 21 autres individus se sont détachés des échantillons de celle plante en presse; total, 85. Cette espèce est éminemment lucifuge comme les H. bicarinata, conoidea, et probablement comme celles de ses congénères dont les mœurs sont moins bien connues. UH, Môulittsii Dup. paraît l'être un peu moins, car elle se tient souvent sur les pierre de la source froide et presque toujours ombragée qui la nourrit en Périgord. La part des malacologistes dans notre procès-verbal serait épuisée si nous n'avions à signaler, 1° dans celte même auge, un seul individu, mort, de Limnea peregra , tellement encroûté par les petites algues en coussinets verts et calcaires dont il a été question plus haut, que sa détermination spécifique est plutôt probable que certaine. Sa spire paraît trop haute et son ouverture est trop petite pour être attribuée à quelque forme du L. ovala, et la taille de la coquille est fort au-dessus de celle du L. minuta ; 2° Le soin qu'a pris M. le D r Eug. Lafargue de rechercher les variétés diverses de Y H. nemoralis qui présente, ici comme à Bordeaux, ses bandesbien plus souvent en nombre impair qu'en nombre pair. La va- riation à ht bandes n'y est pourtant pas rare, non plus que la variété rose, sans bandes. UH. horlensis n'a pas été vu. Les entomologistes, qui étaient en grande majorité parmi nos cher- cheurs, ont été plus malheureux encore que les malacologistes, en dépit d'une chaleur intense, d'un soleil presque toujours brillant et de l'absence totale d'agitation dans l'air, — en dépit aussi des approches de ces pluies torrentielles qui devaient condamner les insectes à une longue réclusion et par suite à un long jeûne. iNos collègues ne jugent digne d'être enregistré qu'un élégant coléoptère, Hoplia farinosa Fabr. (sub Melolonlhâ). Encore devons-nous ajouter qu'il ne doit point cet honneur à sa rareté, mais à la vogue dont il a joui pendant deux ans ( 95 ) seulement Les femmes constellaient leur chevelure de ces brillantes petites bêtes, et quelques-uns de nos collègues ont connu un marchand nommé De Vios qui, pendant chacune de ces deux années, en a réuni et vendu pour 7 à 800 francs, à raison de 10 centimes, puis enfin de 25 centimes l'un. L'affreux accident qui coûta la vie au jeune duc d'Orléans fit cesser les bals de la cour, et lorsque celle-ci revint aux splendeurs des fêtes , la mode — cette volage ingrate — avait oublié les petites gemmes vivantes dont personne ne voulut plus, si ce n'est les entomologistes du Nord et de l'Est. En erpétologie, l'inoffensive et brillante Couleuvre vipérine a. seule été rencontrée, cherchant un semblant de fraîcheur dans le lit , en cet endroit quelque peu mouillé, du Beuve. Une flaque d'eau un peu plus profonde du même ruisseau nous a donné YHœmopis vorctx Moq. Tand. (Monogr. des Hirudinées), sangsue beaucoup moins terrible que son nom , puisqu'il est reconnu , malgré tout ce qu'en ont dit les anciens auteurs, que ses dents « n'ont pas le » pouvoir d'entamer la peau des vertébrés » (Moq. Tand. , loc. cit. l r ° édit., p. 108). La parole est maintenant aux paléontologistes , car le Nouvel essai d'une classification des terrains tertiaires de l'Aquitaine par M. Raulin (1848) , ne laissait guère à faire à la géologie stratigraphique. Ce n'est pas que celle-ci n'ait élevé, contre un détail de ce mémoire et des tra- vaux aquitaniques de M. Joseph Delbos , une objection fondée sur la position relative d'un des dépôts dont il contient la classification ; mais, en 1863, dans son Aperçu des terrains tertiaires de VAguilaine occiden- tale , (Compte-rendu du Congrès scientifique de Bordeaux, t. III, p. 69), M. Raulin s'est empressé de reconnaître la justesse des observations de M. Mayer (1858) et de M. Tournouër (1S62). La question soulevée par ces deux géologues ne faisant plus l'objet d'une discussion , sera écartée de notre procès-verbal, et elle peut l'être sans aucun inconvénient, puisque notre excursion a été consacrée exclusivement à l'étude d'un seul des dépôts de l'étage faiunien. Nous avons donc affaire uniquement à la 8 e assise (jalun de Bazas) du tableau de M. Raulin (1848, Notes géologiques sur l'Aquitaine, t. I", p. 122; 1863, ibid. , t. II, p. 46), assimilé par ce professeur, avec une justesse incontestée, au falun de Mérignac et à la partie inférieure de celui de Saucats. Le falun de Bazas est parfaitement décrit par lui sous la forme de (96) « sables coquiiliers jaunes, contenanl des calcaires grossiers » (Aperçu, p. 54). Nous l'avons étudié dans un escarpement vertical de 10 mètres environ de hauteur, obtenu par l'extraction du moellon des rochers de Saint-Vivien. Cet escarpement naturel et rocheux du falan de Bazas, nommé calcaire marin grossier de Bazas par notre collègue M. Tour- nouër (Note straligraphique et paléontologique sur les faluns de la Gironde, 4862, in Bull. Soc. géol. de Fr. , 2 e sér., t. XIX , pp. 1035- 1088), a été transformé par l'exploitation en une véritable falaise de vallée d'érosion, haute de 10 mètres environ , et dont la base est à 20 mètres au-dessus du Beuve , ce qui donne à l'ensemble de la vallée, sur la berge de la rive droite du ruisseau , à partir du sommet de la corniche de la falaise, comme au sommet de celle qui lui est opposée sur la rive gauche (sur laquelle sont assises la cathédrale et la chapelle de Saint-Michel-de-la-Prade), une profondeur approximative de 30 mètres, soit de 90 à 100 pieds ; estimation qui confirme parfaitement celle, très- peu distincte, que fournit la carte de l'État-Major : altitude de Bazas, 79 m , — altitude du pont du Beuve (Raulin), 48 m , = profondeur résul- tant pour la vallée , 31 m . Le lieu dit Saint-Vivien est marqué sur la carte du département de la Gironde, revue et corrigée, en 1851, par E. Pagnau, géomètre, 7 e édi- tion (chez les frères Fillaslre, à Bordeaux), au sud-est de Bazas. Ce petit détail , en apparence minutieux , n'est peut-être pas lout-à-fait inutile, car il faut bien remarquer que le triangle à-peu-près équilatéral qui s'étend entre les routes de Bazas à Grignols et de Bazas à Captieux, et qui a Bazas pour sommet, Conques et Sauros pour base, et dont le fil d'aplomb mesure quelque chose de moins que 3 kilomètres , — que ce triangle , disons-nous , contient dans la carte à très-grand point de l'Étal-Major, 61 noms de lieux dits, tandis que celle de Pagnau n'en contient que 11. Sur ces onze, il en est six semblables, ou du moins reconnaissables sous quelque déguisement, dans la carte de l'Etat-Major. Les cinq autres , — et précisément Saint- Vivien, n'y existent pas ou sont tellement défigurés qu'on ne saurait les assimiler avec quelque pro- babilité de succès. Saint-Vivien est le nom qui nous a été donné sur les lieux. Triste métier, vraiment, que celui de l'explorateur obligé de de- mander, à l'aide de la carte qu'il a prise pour guide, où il est, d'où il vient et où il veut aller ! L'escarpement de Saint-Vivien , donc (car nous voulons être compris des Bazadais), paraît être remplacé par Sorbe sur la carte de l'Etal-major„ ( 97 ) — Il se compose d'un mélange plutôt que d'une succession de dépôts de consistance fort diverse, et pourtant, au fond, de même nature. Cesi un calcaire pénétré de sable siliceux à très-petits grains blancs ordinai- rement anguleux, parfois sphéroïdaux, qui paraissent ne dépasser ja- mais^ quart de la masse. Les parties calcaires, presque toutes dues à des détritus fossiles, sont d'un jaune plus ou moins foncé; parfois elles sont blanchâtres, et l'on y voit çà et là de rares et infiniment petites la- melles cristallines et brillantes. Lorsque le sable est abondant, les fossiles sont rares; dans le cas contraire , ils forment un magma rarement un peu cristallisé de débris le plus souvent indéterminables, et où le sable est presque caché par les détritus animaux ; c'est alors un vrai nougat de fossiles assez fine- ment concassés et mêlé de quelques bons échantillons d'empreintes ou de moules, parfois même de tests, lorsqu'il s'agit d'Huîtres ou d'Echi- nides. A différentes hauteurs, la falaise montre des séries irrégulières et à-peu-près horizontales de plaquettes plutôt que des lits de grès jau- nâtre, brunâtre-gris ou bleuâtre, parfois tendre, parfois très-dur : ce sont les parties sableuses de l'ensemble, plus privées de fossiles recon- naissables, plus vigoureusement tassées ou durcies par une proportion plus grande de l'élément calcaire. Nous croyons ne pas faire erreur en disant que lorsque ce grès est gris ou bleuté et très-dur, il ne contient aucune forme appréciable de débris organiques. Nous avons retrouvé, en tas , disposés pour le macadam de la route de Grignols, ce même grès, mais bien plus beau, bien plus dur et coloré en bleu foncé qui passe au gris de fer par la dessiccation ; cette coloration très-riche au grand air et quand les pluies sont encore assez récentes, est parfois disposée en mouchetures plus ou moins grandes, plus ou moins allongées , sur un fond gris-clair; ou bien elle est répandue uni- formément dans la masse d'un moellon , ou seulement sur l'une de ses parties. Un cantonnier intelligent et poli, que nous avons interrogé sur l'origine de ces beaux matériaux que son marteau exploite, nous a dit qu'on les extrait de la commune voisine, Saint-Cosme (au sud-est de Bazas), dans la propriété de M. Herman. C'est évidemment la même chose que le grès de Saint-Vivien ; mais la qualité est très-supérieure. M. Souverbie en a trituré 4 grammes qu'il a traités par l'acide azoti- que : il lui est resté 1 gr. (soit 25 p. ?/„ ou tout juste un quart) de grains de sable siliceux incolore (quartz hyalin), anguleux, nullement roulés. ( 08 ) \ us en niasse ils offrent une teinte gris-bleuâtre , isolés ils paraissent blancs. Parmi eux on aperçoit un certain nombre de très-petits grains d'un vert noirâtre, probablement de chlorile, substance dans laquelle la silice est fortement dominante et qui ne contient point de chaux. Notre laborieux collègue ne s'est pas borné à cette seule analyse : il a voulu nous donner en même temps, et par le même procédé, celle du grès jaunâtre des plaqueli.es disséminées dans le calcaire de l'escarpement des Rochers de Saint-Vivien ; 4 grammes de ce grès lui ont donné pour résidu siliceux gr. 85 cenlig. (soit un peu plus de 21 p. °/ ou un 5 e ). Enfin, les parties moins sablonneuses et beaucoup plus calcaires qui avaient conservé la belle empreinte de Pyrula Lainei lui ont donné, pour 4 grammes, un résidu siliceux de gr. 20 centigr. (soit 5 p. °/ ou un 20 e ). Ces deux derniers sables sont absolument semblables à celui de Saint- Cosme , sauf que leur teinte générale est jaunâtre. En rentrant à Bazas par Sl-Michel-de-la-Prade et la roule départemen- tale de La Réole que nous avons rejointe vers son point culminant (1 kil. nord-est de Bazas ; altitude, 106 m d'après M. Raulin, Nivellement , etc.), nous avons trouvé, dans les tas de grès bleu ou gris , un très-petit nom- bre de rognons d'un silex meulière un peu carié et rendu très-beau par sa pâte fine et d'un blanc de lait; sa croûte est tout aussi fine et d'un beau gris-bleu très-foncé : elle est fort mince et mériterait le nom de patine pénétrante, d'un millimètre au plus. Sa surface extérieure est parfois cariée et blanchâtre. Ces beaux silex proviennent nécessairement du deuxième calcaire la- custre de M. Tournoùer (loc. cit. pp. 1057 et 1058) qu'ils remplacent parfois comme à La Réole où nous avons vu , l'an dernier à pareil jour, leurs analogues. Quant à ce deuxième calcaire lui-même, qui est nommé par M. Raulin calcaire d'eau douce jaune de V Armagnac, nous en avons reconnu un mince affleurement accompagné de marnes où nous n'avons pas vu de fossiles, si ce n'est des huîtres à test assez épais, mélangées dans les parties supérieures de ces marnes , à la terre végétale qui les recouvre , et celte observation est trop superficielle pour que nous nous y arrêtions plus longtemps. Nous nous bornons à établir que le dit affleurement, qui tranche par sa couleur blanche sur le fond jaunâtre des terres du coteau , borde le chemin de charrettes qui, à l'est de Saint-Vivien, des- cend vers le Beuve pour rejoindre la route de Bazas à Saint-Cosme et à ( M ) Grignols. En cet endroit la faiaise tonnée par les rochers de Saint-Yivien a disparu , et le deuxième calcaire , qui leur est immédiatement super- posé , descend ainsi sur les parties inférieures de la berge de la vallée. C'est bien ainsi que M. Raulin le décrit (Aperçu, p. 55) « à Bazas , » où il a quelques décimètres d'épaisseur seulement, et occupe des dé- » pressions à la surface des faluns. » Nous exprimons le désir de lui voir retirer le nom de calcaire jaune , puisque M. Raulin le signale lui- même comme « bigarré de jaune et de blanc » (ibid), et qu'à Bazas c'est précisément sa couleur très-blanche qui nous l'a fait reconnaître pendant une partie rapidement exécutée de notre excursion. Voici la liste sommaire des fossiles que la Société a pu reconnaître dans l'escarpement des rochers de Saint-Yivien. Elle serait longue, croyons-nous , si les fossiles n'étaient à vrai dire comme piles et leurs fragments presque toujours frustes, comme ils le sont dans cette loca- lité. Les empreintes extérieures y sont rares et offrent presque seules des caractères un peu certains. Nous serons donc forcés de nous borner presque toujours à la désignation générique, ce qui, selon la remarque si juste et déjà bien ancienne de notre illustre conchyliologiste Deshayes, ne signifie pas grand'chose en géologie; et encore ne menlionnerons- nous ces noms génériques que lorsqu'ils nous paraîtront à-peu-près certains. Madrépores divers, dont l'un semble reproduire, en petit, les formes du Lilharœa asbeslella d'Orb., Prodr. Flustra ou genres voisins...., deux espèces, dont l'une à grands oscules ovales. La plus. commune est très-petite el paraît répandue indif- féremment dans tous nos dépôts miocènes. Lycophris lenticulata Bosl. — Ce corps nummuliliforme étant presque toujours roulé et très-fruste , nous n'avons pu recueillir qu'un très-petit nombre d'individus qui permettent d'affirmer son iden- tité avec le fossile caractéristique du falun de Mérignac; mais ce petit nombre suffit à garantir la détermination des autres. RemiUtes?.... — Douteux, mais il en existe une ou deux espèces à Mérignac. Corps d'apparence miliolitiforme , en abondance extrême, même dans les parties les plus dures et les plus cristallines du grès de Saint- Yivien et de celui de Saint-Cosme. Ces corpuscules sont de gros- seurs différentes , et les plus gros (comme un très-petit grain de millet) sont sphéroïdaux ou à-peu-près, Sonl-ce bien des Milio- ( 100 ) Ules , ou seulement des fragments calcaires roulés en forme de grains de sable??? Coupe verticale d'un corps aplati, à cassure spathique traversée de vei- nules ou de taches noires, lequel semble ne pouvoir appartenir qu'à une Echinide scutelliforme. Nos terrains miocènes ne ren- ferment que quatre grandes espèces de ce groupe. A Bazas , il faut nécessairement en écarter deux, Scutella slriatula M ei de Serres et Amphiope Agassizii Ch. Des M. , parce qu'elles sont toutes deux propres au calcaire à Astéries. Les deux autres , Scutella subrolunda Lam. et Amphiope bioculata Ag., appartien- nent, la première au falun de Léognan , la seconde à celui de Saucats et à l'étage de celui de Mérignac : ni l'une ni l'autre n'ont été , que nous sachions , rencontrées à Mérignac même, et l'étude de l'échantillon bazadais ne peut être poussée plus loin ; ce n'est qu'un morceau du bord de l'Échinide. Serpula.... cylindrique, d'un calibre assez fort, mais sans aucune con- sistance. Lulraria sanna Bast. — Moules, parfois bien conservés, mais d'une seule valve. Mactra triangula Bast. — Moules et empreintes. Corbula revoluta Brocchi; Bast. — C. à l'état de moules assez gros. Tellina ou Psammobia? Lucina columbella Lam. — Moules et empreintes, de petite taille. Donax Vertus casinoides Lam. Cardium i . \ de petite taille. Arca \ Peclunculus Cor? Lam. — Moules assez bons, de taille médiocre ou petite. Pecten Avicula ??.... ou tout autre genre nacré brillamment, dont il ne reste que de menus fragments. Mylilus Ostrea — Plusieurs espèces petites ou très-petites. Les valves plis- sées y sont rares. Les valves plates sont minces et souvent bri- sées quand elles sont d'une taille un peu forte. L'une des plus grandes espèces (20 millim. à-peu-près) est auriculiforme et pour- vue d'un talon spiral. Une autre espèce, qu'on ne peut étudier qu'à l'aide de la loupe , est cvmbiforme et très-creuse, ( loi ) Cali/plrœa de for mis Lam. — depressa? .Lam. Nerilina pt '.cta F eruss. — Rare à Saint-Vivien ; caractéristique de Mén- gnac, où elle est fort commune { coquille blanche , à stries ver- ticales noires). — un fragment du test de l'espèce ou variété dont la coloration imite de petites écailles isolées et d'un gris clair. Rissoa?.... Pyramidella ?.... Cerilhium inconslans Bast. — margaritaceum? Brocch., ou papaveraceum? Bast., de petite taille, et représentés seulement par des sections ou des emprein- tes, le test ne conservant aucune solidité. — Espèce plus petite que le C. lima de nos côtes océaniques. Espèce sénestre, excessivement petite , qui se trouve aussi à Mérignac, et qui doit être au moins bien voisine du C. inversum Lam. du bassin de Paris. Pyrula Lainei Bast. (Fasus Lainei d'Orb. Prodr. ). — Une superbe em- preinte de spire, dont les tubercules spiniformes sont un peu émoussés et la pyramide un peu courte. Cet échantillon d'une belle et grande espèce caractéristique du falun de Mérignac, a été , d'une commune voix, réservé pour le Musée de Bordeaux. Nassa?.... Balanus.... non déterminé, de petite taille , et qui se trouve à Mérignac. Fragments presque microscopiques de pinces de crabes ? Quelque incomplètes et défectueuses qu'elles soient, ces indications sont suffisantes pour confirmer l'assimilation de l'assise bazadaise à l'as- sise de Mérignac; et cependant, comme l'a déjà remarqué M. Tour- nouër pour des dépôts qu'il regarde comme analogues entre eux , les différences locales de faune ne manquent pas plus ici qu'ailleurs. Ainsi, si le dépôt de Bazas de contient pas VOperculina complanata ni les gran- des bivalves qu'on trouve en si grande abondance dans celui de Léognan , il ne renferme pas non plus, là du moins où nous l'avons exploré, les Rissoa, Vaginella, Arca, Terehra, Turrilella, Lticina scopulorum, Mylilus antiquorum, Fasciolaria Burdigalensis , les gros Nalica et les gros Cerilhium qui sont plus ou moins nombreux à Mérignac. La fra- gilité de certaines autres espèces a pu nous empêcher de les retrouver à Bazas ; mais il ne faul pas oublier que l'épaisseur du test n'est pas toi»- ( 102 ) jours , tant s'en faut, une garantie en faveur de sa conservation , puisque celui des Pétoncles et des Gérites , que nous avons pu y reconnaître, se réduit pour ainsi dire en farine dès qu'on y touche. Ce genre de recherches — nous l'avouons volontiers — n'a pas été poussé à ses dernières limites. Il est incontestable qu'il pourrait fournir à notre liste un certain nombre de foraminifères et un accroissement peut-être assez grand en fait de mollusques; mais il prend beaucoup de temps, fatigue excessivement les yeux, et n'aboutirait probablement qu'à compléter 1 identification déjà bien authentique du falun de Bazas avec celui de Mérignac. Les observateurs qui pourraient désirer de s'y livrer plus à fond, le feront fructueusement en choisissant les blocs les moins compacts , les moins sablonneux, les plus coquilliers du moellon de Saint- Vivien. Les grains spliéroïdaux de quariz blanc qui y sont communs , aident à la désagrégation des fossiles à peine soudés les uns aux autres par un ciment calcaire presque imperceptible et légèrement cristallin. Les dé- tritus et petits fragments sont alors examinés à la loupe, et l'on ren- contre parfois des pièces probantes quoique fragmentaires , sous le rapport des déterminations génériques. Quand la désagrégation ne se fait pas d'elle-même, on brise presque toujours les échantillons qu'on cherche à dégager. C'est ainsi qu'il nous a été impossible d'arriver à la certitude pour quelques genres observés à Mérignac , et que nons avons cru apercevoir, mais que nous n'osons porter sur notre liste (Acasta, Plicalula, Ungulina, Jouannetia, Ringicula, etc.) Mais il est un petit fait, — un très-petit fait, — que nous croyons devoir mentionner au point de vue géologique , comme se rapportant à la fossilisation en gé- néral. Nous voulons parler de la récolte des bivalves microscopiques, ou plutôt des embryons de bivalves , que nous avons faite dans ces dé- tritus ; ces coquilles s'y sont conservées avec leurs deux valves adhé- rentes, réduites à une mince pellicule pierreuse et semi-cristallisée , assez résistante pour que le doigt mouillé en mette en sûreté plus qu'il n'en brise. Nous faisons passer sous les yeux de la société une petite boite qui contient 22 de ces miniatures. Hâtons-nous d'ajouter que cette jolie récolle est sans aucune importance zoologique, parce qu'il ne s'agit nullement d'un genre ou d'une espèce microscopique que nous aurions le plaisir d'avoir à décrire , mais uniquement de véritables embryons d'acéphales très-divers, dont la charnière ne peut être étudiée, mais dont les formes extérieures fixent la place dans les genres Telline ou genre ( 103 ) voisin, Lutine, Corbule , Maclrc, el pèul-êlre Bucarde. La grandeur des échantillons est comprise entre un et trois millimètres. Il est pro- bable qu'on en trouverait de plus petits encore et que nous n'avons pas aperçus. Nous y joignons un tronçon de moule de coquille turriculée, long de deux millimètres, et dont la consistance de fossilisation est le même que celle des bivalves, mais qui mérite une mention particulière en ce que la coquille est sénestre et doit appartenir à une espèce bien voisine du Cerilhium inversum . Lam. foss. 50, du bassin de Paris. La marne blanche passant au calcaire d'eau douce de la descente de Saint-Vivien à la route de Grignols (rive droite du Beuve), offre des tubulures irrégulières moins rares que dans le calcaire qui est le plus souvent compacte et assez dur. Les fossiles y paraissent rares , car nous n'avons obtenu de notre courte station qu'une portion d'empreinte sinon certaine , du moins probable , de Limnée. Les valves plates des Huîtres superposées à ces marnes sont d'une -grandeur au-dessous de la médiocre (5 à 6 centimètres de long sur 3 '/» de large), épaisses et plus ou moins bleuâtres. M. Raulin rapporte ces valves à VOslrea crispata Mérian. A son retour à Bazas , la Société a visité le collège el les spacieux bâtiments qui viennent d'être élevés pour l'agrandir et y satisfaire à toutes les exigences d'un établissement aussi important. Puis , après le dîner et le toast unique que ses usages tolèrent et qui a été porté à la fois à nos invités et à l'avenir de la section Linnéenne qu'ils s'efforceront de reconstruire à Bazas, la Société a repris le chemin de fer à 8 h. 25 m. — Son arrivée en gare de Bordeaux à 10 h. 25 m., a pu être prise pour une apparition du deus è machina emprunté au pro- verbe antique, car elle y a mis pied à terre au milieu des foudres et des éclairs d'un des plus épouvantables orages qui aient éclaté sur la capitale de l'Aquitaine; orage qui pourtant, grâce à Dieu, n'a apporté à notre cité que Veau et le feu, sans lui laisser aucun dommage sérieux à dé- plorer. En remplacement des Secrétaires non présents : Ch. Des MouLtNS , Président. NOTICE GÉOLOGIQUE LE CANTON DE MONSÉGUR DU CALCAIRE A ASTERIES , DE SES DÉBRIS ORGANIQUES ET DU RANG QUE CE CALCAIRE ET LES DEPOTS LACUSTRES OCCUPENT DANS LES ÉTAGES TERTIAIRES DE CETTE PARTIE DU BASSIN DE LA GARONNE Par M. E. DELFORTRIE Juge de paix à Monségur, membre correspondant. Si , de même que les gisements de Gargas , d'Aix , d'Uchaux , de Gri- gnon , etc., les faluns de Bordeaux fixent particulièrement l'attention des géologues, le département de la Gironde offre encore son calcaire à astéries qui , si ce n'est par droit d'aînesse , au moins par les richesses paléontologiques qu'il recèle, est non moins digne d'intérêt que son puîné. Ce calcaire constitue en général le sommet des collines de cette partie de l'Entre-deux-Mers. I. — Stratigraphie. Dans la commune de Saint-Sulpice-de-Guilleragues , à la carrière de Caze, le calcaire à astéries, recouvert par la molasse marine coquillière tantôt friable , tantôt susceptible d'être exploitée en moellons , repose lui-même sur un calcaire lacustre d'une grande dureté , d'une couleur passant du gris-bleu au gris-terne et présentant, à son point de contact avec le calcaire à astéries , une surface mamelonnée et comme bour- souflée. A ce calcaire lacustre succède un banc de sable gris-bleu présentant à son sommet un lit de nodules de même nature que le calcaire lacus- tre; ils affectent en général la forme sphéroïdale, variant de grosseur ( 105 ) depuis celle du poing jusqu'à celle de la têie , ont une teinte violacée et sont formés de couches concentriques ondulées; à ces nodules s'en trou- vent mêlés d'informes, mais toujours mamelonnés et d'un gris terne. Enfin, à la base de ce sable et formant une couche d'une puissance de plusieurs mètres, se montre une véritable argile plastique. A la carrière de Boncet, propriété Moreau, à un kilomètre de Monsé- gur, le calcaire à astéries repose encore sur un calcaire lacustre gris- bleu , très-dense, d'une puissance de près de deux mètres. A quelques pas de cette carrière , le banc lacustre change d'aspect et devient blanc mat et celluleux. Le calcaire à astéries sur lequel est bâti Monségur, repose sur un dépôt argilo-marneux lacustre, qui abonde en nodules de même nature que ceux que j'ai indiqués à Saint-Sulpice de Guilleragues, informes, mamelonnés, à cassure gris-terne, mais plus petits que ceux-ci. A ce banc succède un sable blanc, montrant à sa surface les mêmes nodules. Ce sable, d'une puissance d'un mètre au plus, repose sur l'argile flu- viatile exploitée pour la poterie ; une excavation ouverte en ce moment, d'une profondeur de 9 mètres , présente huit assises séparées entre elles par des lits d'un dépôt argilo-marneux à très-petits nodules, semblables à ceux ci-dessus décrits. Cette coupe de terrain s'observe à la montée de Monségur, en y arri- vant par La Réole. Les indications qui précèdent établissent bien le dépôt lacustre immé- diatement inférieur au calcaire à astéries , mais ne sont pas appuyées des preuves irrécusables que fourniraient les fossiles caractéristiques; la nature des dépôts n'y est appréciable que par le faciès qui leur est propre ; mais ce témoignage incontestable vient de m'être fourni dans une de mes dernières excursions. Près du village de Sainte-Gemme , sur la nouvelle route qui se dirige vers Mongauzy, à 200 mètres environ du moulin à eau, le premier pli de terrain formant talus sur les deux côtés de la route, montre l'affleu- rement d'un dépôt argilo-marneux lacustre qui se perd à 50 mètres en plongeant; il abonde en nodules informes, mamelonnés, à cassure terne, semblables à ceux que j'ai signalés à Monségur et à la carrière de Caze ; mais , dans les nodules de Sainte-Gemme, sont empâtés des Lim- nées etPlanorbes. On trouve aussi des Limnées à l'état libre dans la couche; à ce banc succède une couche compacte peu épaisse d'un cal- caire gris-rose renfermant les mêmes fossiles. Tome XXVI. 9 ( 106 ) Ce dépôt lacusire bien authentique est lui , aussi, immédiatement inférieur au calcaire à astéries qui se trouve à environ 50 mètres, à mi- côteau. IL — Invertébrés fossiles. Le calcaire à Astéries , en outre des mollusques caractéristiques de son étage, m'a fourni dans ses assises moyennes, quelques-unes des Echinides aplaties (Amphiope Agassizii Ch. Des M. 1845, in coll.; Cot- teau, Échin. nouv., p. 103, et Scuteîla strialula M el de Serr.) que ren- ferment en si grand nombre les faluns qui, sur les plateaux, recou- vrent encore la molasse marine coquillière. Ces riches gisements sont, dans la commune de Monségur, aux lieux de Montignac et d'Audrand , dans la commune de Sainte-Gemme aux lieux des Arqueys et de l'an- cien château ; les deux espèces s'y trouvent tantôt confondues , tantôt isolées. Les osselets d'Astéries qu'on rencontre assez fréquemment dans le calcaire qui nous occupe pour qu'il leur doive son nom , paraissent ap- partenir à une seule espèce, Crenaster lœvis A. d'Orb. (Asterias lœvis Ch. Des M., 1832). Us se montrent d'autant plus rares qu'on se rappro- che des assises inférieures; dans le banc qui affleure la molasse coquil- lière, ils apparaissent quelquefois en si grand nombre, à la carrière de Sainl-Sulpice-de-Guilleragues par exemple, que ce calcaire littérale- ment parsemé d'osselets changés en spath , présente i'aspect d'un porphyre. Immédiatement au-dessous de cette première assise se montre, dans la même carrière, un banc de sable gris, variant de 10 à 40 cen- timètres d'épaisseur, dans lequel on trouve à l'état libre une multitude de ces osselets, tandis que dans les bancs de calcaire compacte qui lui sont inférieurs, les osselets n'apparaissent plus que de loin en loin , em- pâtés dans la roche : Apparent rari riantes. Les crustacés de la famille des décapodes abondent aussi dans le cal- caire qui nous occupe ; j'ai pu y recueillir quelques sujets entiers , d'une parfaite conservation , et appartenant à plusieurs espèces : 1° Palœocarpilius aquitamciis (Milne Edwards). — Carapace très- bombée, sans dépression ni aspérités , portant huit dentelures aux bords latéraux antérieurs, y compris celle de l'orbite; orbites fort écartées, bord inter-orbitaire tombant presque à angle droit en forme de visière , et pourvu d'une avance sinueuse très-prononcée, échancrée au milieu. La première articulation de la grosse patte pourvue de cinq boulons sur lé ( 107 ) bord externe; les pinces courtes, lisses et d'inégale longueur. — Les indi- vidus que j'ai recueillis mesurent, d'un bord latéral à l'autre, depuis 4 jusqu'à 13 centimètres. Cette espèce, qui se montre dans toutes les assises du calcaire à astéries, se retrouve encore dans la molasse coqui- Hère qui le surmonte. 2° Sujet ne différant du précédent qu'en ce que le bord inler-orbitaire est sans sinuosité et dépourvu de l'échancrure qui le divise en deux parties égales dans le Palœocarpilius aquilanicus ; il occupe les mêmes gisements que celui-ci. Est-ce une espèce distincte, ou bien cette légère différence se rapporte-t-elle simplement au sexe? Je me borne à la signaler. 3° Neplunus (Milne Edwards). — Les pinces de la grosse patte de même longueur, minces , effilées et toutes deux armées de mamelons cornés , la première articulation dépourvue des boutons observés dans le Palœocarpilius aquilanicus. Carapace très aplatie, peu allongée vers la partie postérieure ; région dorsale formant dans sa partie médiane un dessin symétrique produit par des plis en relief et en creux , portant neuf dentelures aiguës (et non plus des boutons) aux bords latéraux anté- rieurs , y compris celle de l'orbite ; les orbites rapprochées ; bord inter- orbitaire plat et sur le même plan que les bords latéraux , portant cinq dentelures aiguës, celles des orbites comprises. — Les individus que j'ai recueillis mesurent depuis cinq jusqu'à neuf centimètres d'un bord latéral à l'autre ; je ne les ai rencontrés que dans les assises supérieures du calcaire à astéries et dans la molasse coquillière. — J'ai lieu de penser que ce crustacé n'a pas encore été signalé dans le terrain tertiaire de la Gironde. 4 e Autre crustacé très-distinct, inédit et appartenant, d'après M. Alph. Milne Edwards, au genre Xanthopsis. — Ces individus paraissent appar- tenir à une très-petite espèce ; les quinze que j'ai recueillis ne mesurent d'un bord à l'autre que de cinq à dix millimètres. — Carapace peu bombée , portant huit aspérités ou pustules , savoir : deux rangs de trois chacun sur le milieu de la carapace , les deux autres à chacun des angles de la partie postérieure , partie qui est très-allongée; bords latéraux dé- pourvus de sillons s'étendant sur la carapace, et portant quatre dentelu- res ; orbites écartées; bord inter-orbilaire sans sinuosité, échancrurc ni dentelure. — Cette espèce abonde dans l'assise inférieure du calcaire à astéries qui se trouve en contact immédiat avec le calcaire lacustre ; là est son habitai. ( 108 ) III. — Vertébrés fossiles. Dents de poissons placoïdes appartenant aux genres Carcharodon , Noli* danns , Galeocerdo, Sphyrnd, Hemiprislis , Oxyrhina, Lamna ; plaques dentaires de Myliobalis. — Communes dans toutes les assises du calcaire. Dents de poissons ganoïdes du genre Spherodus , et palais de Phylladus. — Je ne les ai rencontrées que dans les assises supérieures. Parmi les reptiles : dents d'Ophidiens, pièces costales de Trionyx , dans les assises supérieures ; plaques lisses et épaisses de Tes- tudo , dans les assises inférieures. Parmi les mammifères marins herbivores, il a été rencontré deux crânes entiers de YHalitherium Gueltardi ; un fragment de maxillaire d'un individu de la même espèce avec ses molaires ; une mâchoire inférieure présentant dans la partie antérieure une conformation toute particulière (M. Lartet la considère néanmoins comme se se rapportant également à YHalitherium). Parmi les mammifères terrestres, j'ai trouvé : mâchoire avec les trois premières molaires de Y Acerolherium incisivum Pictet; Une 7 e molaire supérieure du Rhinocéros megarhinus Gervais; Une arrière- molaire supérieure de Y Anlhracothcrhm (Hyopotamvs leptorhinus) ; Deux arrières molaires inférieures de YHyopolamus bovinus ; Une mandibule de Dremotherium ; Une portion de molaire de Palœotherium (Paloplolherium). Enfin, dans la quantité considérable d'ossements que fournit le cal- caire qui nous occupe , consistant le plus souvent en côtes et vertèbres , la plupart attribuées au genre Lamantin, j'ai à signaler deux petites côtes fort intéressantes, longues de 12 à 43 centimètres, assez arquées; elles portent toutes deux, au gros bout, une cavité très-régulière pénétrant obliquement jusqu'aux deux tiers de l'épaisseur. Un banc de sable marin, riche en Oslrea et débris de Triojiyx , qui repose sur le calcaire à astéries dans la commune de Saint-Vivien, m'a fourni nn fragment de mâchoire que M. Lartet vient de reconnaître pour le Rhinocéros (Radacierium) latidens Croizet. Monségur , 27 avril et lo juillet 1866. E. Drlfortrie. Août 1 »«« MALACOLOGIE TERRESTRE E1T D'EAU DOUCE DE LA RÉGION INTRA-LITTORALE (*) Par J.-B. GASSIES INTRODUCTION §L Le littoral du golfe aquitanique est bordé par une série continue de dunes de sable d'une largeur moyenne de A kilomètres , offrant une bar- rière infranchissable aux envahissements de la mer et fixées par des plantations de pin maritime (2). Ces dunes sont creusées de petits vallons nommés lèdes } leyles ou Ules , selon les localités. Elles cessent alors d'être stériles; car, riches au contraire d'une vigoureuse végétation d'arbustes et de plantes herba- cées, elles offrent de petites oasis au milieu des déserts de sable. La plupart de ces vallons cependant sont marécageux et fort difficiles à parcourir, car le sol très-mouvant est souvent dangereux à cause des nombreuses fondrières , nommées blouses (3) , dont il est parsemé et (1) Nous entendons par intra-littorale , la partie purement arénacée de la rive gau- che de la Garonne qui s'étend du littoral jusqu'à la Baïse. (2) C'est par le célèbre ingénieur Brémontier que furent commencés ces travaux , presque terminés aujourd'hui. (3) Ces blouses sont souvent en communication avec la grande nappe d'eau douce , et par conséquent d'une profondeur variable mais suffisante pour paralyser tout mou- vement ascensionnel de la part de l'homme et des animaux qui s'y sont enfoncés. Dans certaines localités le nom de blouse devient bedouse. Tome XXVI. (3 e Série : T. VI. — 2 e Livraison.) 10 ( 110 ) que dissimulent les tapis de mousses, joncs, carex et autres plantes propres aux marais sablonneux. Les eaux pluviales arrêtées dans ces vallons par les dunes qui les limitent, ne trouvant pas d'écoulement naturel, forment des flaques stagnantes qui persistent jusqu'à l'époque des grandes chaleurs de l'été. C'est dans ces petits réservoirs que vivent certains mollusques dont la vitalité paraît extrême si l'on s'arrête à la surface desséchée pendant l'été, car ils reparaissent aux moindres pluies d'orage; mais il est fa- cile, pour peu qu'on y fasse attention, de voir que ces animaux n'ont souffert relativement que fort peu , car le sous-sol dans lequel ils se sont enfoncés en suivant toujours les parties imprégnées de liquide, et par conséquent très-meubles, les a maintenus dans un état d'humidité, suffisant pour éloigner d'eux tout danger de mort. La partie des dunes qui regarde l'intérieur arrête également l'épan- chement des eaux du plateau des landes, et cela dans des proportions énormes, aussi les flaques s'y transforment-elles en vastes étangs d'eau douce, habités par une population plus ou moins nombreuse d'oiseaux , de poissons et de mollusques. Ces étangs, dont la plupart étaient fort peu connus des zoologistes, avant que les voies ferrées fussent établies , ont été explorés suffisam- ment, aujourd'hui que les relations sont plus faciles, pour qu'un aperçu de leur faune puisse être publié avec quelque certitude. C'est là le but du travail auquel nous nous sommes livré afin de com- pléter, autant que faire se peut, la Faune malacologique du départe- ment de la Gironde commencée en 1827, par M. Charles des Moulins , dans les Actes de la Société Linnéenne, et rééditée par nous en 1859 , avec des additions nombreuses, dans le même recueil. §n. La partie de notre littoral qui s'étend de Sanguinet, au Sud, vers la Pointe-de-Grave, au Nord , nous était complètement inconnue il y a peu d'années. Les moyens de transport si défectueux alors et l'impossibilité de trouver les choses les plus nécessaires à la vie dans des landes inha- bitées; le temps considérable qu'il eût fallu pour mener à bonne fin des excursions consciencieuses; tout nous faisait à la fois défaut et rendait impuissant le désir que nous avions d'étudier par nous-même ce que uous ne connaissions que par des récits plus ou moins vagues. ( 111 ) Nous commençâmes nos excursions en 1860. C'est par l'initiative de la Société de Botanique de France que fut organisée celle de l'étang de Lacanau. Les explorateurs y furent fort nombreux, et les savants d'élite qui s'étaient donné rendez-vous à cette fête, se rappelleront toujours avec un vif sentiment de plaisir les jouissances nouvelles pour tous , qu'elle leur procura ! Il nous semble encore entendre le cri d'admiration poussé simultané- ment par toutes les personnes que renfermait notre barque, lorsque après avoir navigué dans les méandres des chenaux entre les grandes herbes, les roseaux et les joncs, nous débouquâmes tout-à-coup dans l'étang !.. En effet, rien de plus splendide que l'aspect de cette grande nappe d'eau sans coloration , mais qu'un jour couvert semblait argenter (1). Notre première sensation s'exprima par une comparaison , et chacun de nous se rappelant les magiques descriptions de Fenimore Cooper, se crut un instant transporté sur la rive d'un des lacs de l'Amérique du Nord ! Autour de nous, un morne silence; pas un cri d'oiseau ; la voix humaine à peine vibrante !... Devant nous , le lac et ses petites îles ; à l'horizon les dunes couvertes de pins ; à droite et fuyant vers le Nord , les forêts de Lacanau , d'Hour- tin et de Carcans, et enfin, au Sud, une légère échappée dans les nuages, laissant deviner le bassin d'Arcachon , la mer ! Aspect grandiose , mais triste en même temps ! L'une des petites îles de l'étang, dite des Boucs, fort restreinte et que la houle des grands vents d'Ouest, mine constamment, tend à disparaî- tre comme celles dont les vestiges sont encore indiqués par quelques troncs de pins noircis , comme si la flamme d'un incendie les eût carbo- nisés, et qui semblent , laissés là exprès pour avertir le nautonnier des dangers de cette eau trompeuse. Les grands marais qui s'étendent à gauche avant d'arriver à Tétang, sont sillonnés de canaux profonds sur lesquels glissent de nombreux bateaux plats , et une sorte de crique , appelée pompeusement port de Lacanau, sert à la réunion des habitants partant pour la pêche assez (1) Le but de la Société Botanique était surtout de recueillir YAldrovanda vesicu- losa, signalé jadis par notre compatriote, Bory de Saint- Vincent , aux environs de la Teste, et que notre honorable collègue et compatriote également, M. Durieu de Mai- sonneuve, avait retrouvée à Lacanau. ( 112 ) productive qui se fait , quand le temps est beau , à l'aide de l'épervier et de la seine. Les poissons de l'étang sont des carpes, anguilles, tanches et surtout de superbes brochets. Les bords du lac qui touchent les dunes , sont habités par le conduc- teur des ponts et chaussées chargé de l'ensemencement et de la conser- vation des forêts domaniales. Le lieu qu'il habite s'appelle le Moutchic , et nous aurons l'occasion d'en reparler à propos des espèces que nous y avons recueillies. De Lacanau à Hourtin et Carcans , deux autres étangs qui se relient par un étroit canal : la roule e?t peu longue. Ces deux grandes nappes sont loin de présenter le même charme que leur voisine; leur aspect est plus uniforme que celui de Lacanau, et leur foml également d'alios, dépourvu de toute végétation , ne peut nour- rir que de rares espèces. En rebroussant chemin et en suivant les bords du canal de dessèche- ment récemment terminé (1), on arrive aux petits étangs dits du Porge , composés d'un groupe de six ainsi nommés : étangs de Balejin , de Ba- teurtot, de la Grane , de l'Église vieille , Clas de Lagouarde et de l'Ilet. C'est dans ces étangs que parquent les magnifiques bivalves dont nous aurons bientôt à nous entretenir, et dont le premier individu en fut rap- porté , mais brisé, par notre excellent confrère M. D. Guestier. En septembre 1863, M. Emile Lalanne nous apporta quelques indivi- dus vivants de ces mollusques, dont le faciès si remarquable nous décida à aller les étudier dans leur lieu d'habitation. Aussi, aidé des conseils de notre ami, décidâmes-nous d'organiser une excursion toute spéciale , et nous y conviâmes nos bons collègues Bordelais, appartenant à plusieurs Sociétés scientifiques, MM. Guestier, Germain , Lambertie et Souverbie , qui s'empressèrent de se joindre à nous. Comme nous le disions plus haut, ces courses à travers les landes sont maintenant un peu facilitées par la voie ferrée. Celle du Porge présentait néanmoins encore quelques difficultés. Il nous fallait user de quatre moyens différents de locomotion pour arriver au but : (1) En 1866, l'aspect général des étangs est loin d'être le même qu'en 1860, le canal de dessèchement par lequel ils se déversent dans le bassin d'Arcachon les a ('■loignés dejeurs rivages primitifs et par conséquent les a beaucoup amoindris. ( U3 ) 1* Le chemin de fer jusqu'à Facture ; 2° La voiture publique jusqu'à Ares; 3° Une carriole attelée de deux chevaux en flèche jusqu'au Porge ; 4° Enfin , traversée pédestre jusqu'aux étangs. Si la combinaison de notre plan fut assez facile, il n'en fut pas de même de son exécution; car, tandis que nous avions été favorisés pen- dant tout l'été d'un soleil splendide et que le jour de noire arrivée à Ares rien ne faisait présager qu'il dût se cacher, nous partîmes le lende- main par une pluie battante qui ne discontinua point tout le temps de notre excursion , et ne cessa tout juste qu'à notre retour au Porge ! Mais revenons au départ du matin. Réconfortés par l'excellent café que nous avait préparé le brigadier forestier Chéri Rougé, dont la cordiale hospitalité a droit à toute notre reconnaissance, nous nous décidâmes à partir pour les étangs. Les sentiers de la lande nous amenèrent bientôt au milieu des anciens marais récemment desséchés par le canal d'écoulement, et après une marche d'environ une heure, nous fûmes obligés de nous abriter dans la maison forestière contre les torrents de pluie qui ne cessaient de tomber. Mais des naturalistes ne peuvent resterilongtemps inactifs en présence des objets de leur convoitise ; aussi chacun de nous s'armant d'un râ- teau ou de tout autre instrument propre à enlever le sable vaseux, se dirige vers les bords de l'étang le pins proche , connu sous le nom de l'Eglise vieille et en retire avec des cris de joie , de magnifiques indivi- dus de YUnio . but de notre excursion. Une notable partie de l'étang venait d'être récemment mise à sec, et sur la vase encore humide nous rencontrâmes , presque en place, de grandes quantités de ces Unio dont quelques uns fort beaux , un surtout, dépassait la plus grande taille connue et atteignait des proportions énormes (1). D'autres espèces furent pêchées également dans les autres étangs ; mais nous n'y pûmes trouver vivants les Anodonta piscinalis dont de nombreuses valves gisaient cependant séparées ou réunies sur le sol mis à sec. Le cantonnement de YUnio dans un si petit espace, tandis que les étangs voisins de Lacanau et d'Hourtin ne le possèdent pas , est un fait (1) 7 cent, */2 de hauteur, i-i cent, de longueur. ( 114 ) qui explique , jusqu'à un certain point, celui de certaines coquilles qui ne se sont rencontrées à l'état fossile que dans une ou deux localités restreintes. Ces colonies, comme les nomme M. le Professeur Leymerie, peuvent avoir été envahies tout-à-coup sur place , vivant ainsi parquées comme l'est de nos jours la majeure partie des mollusques terrestres ou lacustres , de là leur extrême rareté en d'autres lieux. §111 Nous avions à visiter encore les étangs situés plus au Sud et qui sont ceux de Cazau et de Sanguinet dans la Gironde , de Biscarrosse et d'Au- reilhan , dans les Landes. Le premier de ces étangs est, sans contredit, l'un des plus grands du littoral. Il est partagé dans sa partie médiane, de l'Est à l'Ouest, par la limite géographique des deux départements de la Gironde et des Landes. Nous l'avons visité deux fois : la première en compagnie de nos collègues MM. Clavaud et Léonce Motelay, la deuxième avec deux étrangers , sim- ples touristes. L'étang de Cazau présente la forme d'un triangle irrégulier à angles très-obtus , dont le plus aigu avance vers l'Est en face du hameau de Cazau. Le canal des Landes reçoit le trop plein de ses eaux qui vont se dé- verser dans le bassin d'Arcachon près la station de la Hume. Ce canal amène également dans l'étang de Cazau le surplus de ceux de Biscar- rosse, de Gastes, etc., qui bordent les dunes intra-littorales du dépar- tement des Landes. Autour de l'étang de Cazau , à droite et plus au Nord , se groupent de petites flaques d'eau , isolées les unes des autres par des clayonnages fixes. Nous commençâmes nos recherches de ce côté et nous en fûmes récompensés par de bonnes trouvailles, ainsi que par celles que nous fîmes dans le canal , sur le bord même de l'étang et surtout sur les pieux qui y sont plantés. Nous fûmes moins heureux dans l'étang lui-même, car, à part YAno- donta piscinalis , nous ne rencontrâmes que des vulgarités. Dans une des petites flaques dont nous venons de parler, nous trou- vâmes une délicieuse petite coquille appartenant assurément au Limnea glabra ! , mais, qui, tout en conservant certaines analogies avec le type, s'en éloigne par une foule de caractères dont nous aurons à parler dans la partie descriptive de ce travail. ( M* ) A cette occasion, qu'il nous soit permis de signaler les étonnantes variations que nous avons observées tant de fois et qui feraient présumer des modifications successives , apportées à l'espèce par des causes qu'il n'entre pas dans notre plan d'étudier aujourd'hui , par l'hybridation entre autres , laquelle a offert à notre observation des faits très-extraor- dinaires. Nous nous demandons, par exemple, comment il peut se faire qu'une espèce d'Hélice,, Vericetorum , subisse des modifications tellement brus- ques quelle se présente sur un coteau avec une taille quadruple de celle qu'elle offre sur un autre, et cela à une distance d'un kilomètre à vol d'oiseau? Nous avons recueilli dans plusieurs localités de PAgenais , des indi- vidus qui passaient de Vericetorum au variabilis et du variabilis. au fasciolala , sans autre cause apparente qu'un changement réellement insignifiant dans leur station. Nous avons pris soin de recueillir, dans cette même contrée , plus de mille hélices appartenant aux trois espèces désignées ci-dessus. Nous les avons disposées avec soin sur de grandes tables recouvertes de papier blanc, et là, par analogie de formes, nous sommes arrivé à les réunir par des passages et des nuances presque insensibles. Nous ne disons pas qu'il en faille conclure que ces mollusques appar- tiennent à une seule et même espèce dont le type serait Vericetorum , mais nous avons trouvé des individus du variabilis tout aussi discoïdes que lui et dont l'ouverture était aussi blanche. L'ombilic plus ou moins étroit ne saurait non plus être invoqué comme caractère distinctif, puisque certains variabilis l'ont tout aussi ouvert que les ericetorum les mieux caractérisés. Ce que nous pensons au sujet de ces variations de formes , c'est que, la plupart du temps , des cas d'hybridation se manifestent à l'état de liberté , comme nous l'avons constaté plusieurs fois , et que , lorsqu'une forme est plus féconde qu'une autre, elle tend à envahir le canton qu'elle habite; elle s'y perpétue pendant un temps qu'il ne nous est pas donné de déterminer, et tend toujours davantage à s'éloigner des formes de son prototype. Il n'est pas étonnant, du reste . que la faune et la flore des dunes offrent des sujets d'études nouvelles , car l'aspect général du pays frappe l'œil de l'observateur par l'étrangeté de ses productions. Ce ne sont plus ici ces coteaux calcaires de l'intérieur de la France , ( 116 ) couronnés de chênes, d'ormeaux, de frênes et de châtaigniers; ni ces plaines couvertes de moissons, sillonnées par d'immenses cours d'eau, dont les rives sont ombragées par de grandes lignes de peupliers, d'aul- nes, de saules et de charmes. C'est une vaste plaine couverte de bruyères et de marais stagnants, sans autre horizon que les dunes ou les forêts de pin maritime qui la circonscrivent au loin et jusqu'aux bords mêmes de l'Océan. Ces vastes steppes , déserts que la culture finira par envahir un jour, nourrissent une maigre population d'animaux , et le silence de ces soli- tudes n'est guère interrompu que par le croassement des corbeaux, ou le faible cri des mésanges qui fréquentent toute l'année les bois de pins et les fourrés d'ajoncs semés çà et là sur cet océan de bruyères. Malgré ce triste aspect et la monotonie du paysage , on aime pourtant ces solitudes et c'est toujours avec un nouveau plaisir que le naturaliste s'y engage. C'est donc principalement aux alentours des étangs et au centre des lètes qu'il peut espérer obtenir de voir rémunérer les peines et les dé- penses qu'il fait dans le but de recueillir des faits nouveaux ou peu connus. Malheureusement le temps manque souvent pour conduire à bonne fin les recherches commencées , et nous avons toujours regretté que nos moyens ne fussent pas à la hauteur du vif désir que nous avons souvent éprouvé de séjourner uu peu plus longtemps dans ces localités intéressantes. En effet, bien souvent , il nous a fallu déserter un canton que nous avions à peine exploré et où nous aurions très-certainement pu faire de bonnes trouvailles en mollusques; mais les moyens de transportées lieux de refuge et les choses les plus nécessaires à la vie nous manquaient à la fois, et nous avons dû laisser très-probablement à d'autres une foule de faits curieux à constater. Nos regrets en seront amoindris par la pensée d'avoir ouvert la route à nos successeurs et indiqué les stations les plus convenables pour arriver directement au terme de leurs efforts. N'aurions-nous que déblayé les sentiers et pointé les relais, nous se- rions encore satisfait de ce résultat modeste , et notre but serait atteint ! Bordeaux, 21 Mai 1866. ( in) CATALOGUE DES ESPÈCES Première Classe. — GASTÉROPODES. Famille I. — LIMACIENS, Lamarck. Genre I. — ARION , ARION, Férussac. 1. Arion riifus [Limax), Linné. "Var. B. ater (Limax aler, Linné). Habite : Le type, auprès des dunes à Lacanau , Hourtin, Cazau , Arcachon, etc. La variété, à Sainte-Hélène, Lacanau, C. 2. Arion cinctus (Limax), Muller. Limax sub fusais, Drap. Hab. Le Porge, Andernos , Lége , Ares , Cazau , C. 3. Arion fuscus ( Limax) ', Muller. Hab. Arcachon, Facture, Salles, Saucats, CC. Genre IL —LIMACE, LIMAX, Linné. 4. Limax agrestis, Linné. Limacella obliqua, Brard, Var. B. violacea. Hab. Cazau, La Teste, Arcachon, Audenge, Andernos, Ares, Lége, Le Porge, CCC. La variété, Ares, Piquey, C. 5. Limax niaxiniug , Linné. L. cinereus , Muller. Limacella parma, Brard. Hab. Arcachon, Le Porge, C. 6. Iiimav arcnarius , Gàssies. (FiS-«). Corpus parvulum , viscosum, poslerius vix carinatum, sukatum; ( M8 ) scutellwn elevalum , gibbosum , granulatum ; colore fusco-virescente cel sordide subfusco; lentaculis poslicis breviis, oblusis, anticis breviusculis. Animal, de petite taille, très-vif, gélatineux et visqueux, un peu caréné sur le dos; cuirasse très-élevée, gibbeuse, granuleuse, sillonnée en arrière; collier orné de rides onduleuses; partie postérieure chargée de sillons saillants, élevés; orifice respiratoire très en arrière; tenta- cules supérieurs courts, très-obtus, renflés au sommet, point oculi- forme très-noir ; tentacules inférieurs à peine visibles. Coloration. Dessus du corps bronze noirâtre ou verdâtre, cuirasse plus pâle et tirant sur le jaune sale, cou jaune grisâtre, pâle vers la cuirasse. Mucus abondant, incolore, irisant à la lumière. Aspect général du Vitrina semilimax grandi : Hauteur, du pied au sommet de la cuirasse, 4 mill.; Longueur, du mufle à la queue , 14 mill. Limacelle ovale-arrondie , pellucide, blanche, brillante, avec une légère échancrure au sommet apophysal; stries très-fines; disposées dans le sens ellipsoïdal, visibles à un fort grossissement. Mâchoire arquée en bec, finement striée, langue hérissée de papilles cristallines recourbées en hameçon , disposées d'avant en arrière en s'écartant vers les côtés. L'accouplement a lieu pendant les pluies d'orage, alors que l'électri- cité est dans toute sa force ; nous avons surpris plusieurs groupes dans cet acte, à Lamothe et au Teich le 28 Mai 1861 ; introduits dans nos caisses ils ont pondu trois jours après. L'éclosion s'est opérée le 20 e , le 21 e et le 27 e jours. Les œufs légèrement agglutinés sont fort petits, presque entièrement ronds , moins une petite dépression vers l'un des bouts. L'enveloppe est molle et élastique et, en les élevant vers la lumière d'une lampe on aperçoit un point sombre assez intense indiquant la présence de l'em- bryon , qui vers le douzième jour est déjà très-apparent. Quelques accouplements ont eu lieu, de nuit, en captivité, mais nous n'avons pas pu juger s'ils ont été stériles ou féconds. Un fort orage survenu en Août ayant détruit nos caisses. Stations. Cette limace habite les terrains sablonneux des landes du littoral. Nous l'avons trouvée la première fois en présence de MM. Fis- cher et Souverbie pendant l'excursion d'été de la Société Linnéenne , le 28 Juin 1860, à Lacanau , auprès du vivier d'eau douce au-dessus du- ( 119 ) quel esl bâlie l'habitation du conducteur des ponts et chaussées qui dirige les plantations de pins destinées à fixer les dunes. Ce vivier est situé au bas de la dune près de l'étang du côté opposé au bourg. L'ha- bitation porte le nom de Moutchic. L'animal était caché sous des planches humides et dans l'herbe des bords de l'eau. Sa deuxième station a été Lamothe, sur la grande route de la Teste, au milieu d'un bois taillis récemment coupé et fort sec. Nous trouvâmes un individu dans l'orbite d'une mésange charbonnière tuée par l'orage. Dans d'autres circonstances nous l'avons trouvée à Andernos , rongeant des champignons. Enfin nous l'avons rencontrée dans les prés salés du Teich, sous les joncs mouillés, en compagnie du Succinea stagnalis, rongeant les restes de muscles adhérant encore sur des os de mouton. Se nourrit donc indifféremment de matières végétales et animales, bien qu'elle paraisse avoir une certaine préférence pour ces dernières. Obs. Cette limace ne peut être rapprochée que du L. agreslis , mais il sera toujours facile de la distinguer, par sa taille six fois plus petite, son aspect glutineux, sa forme plus allongée et sa coloration. Famille II — TESTACELLIDÉS , Gray. Genre III. - TESTACELLA, Cuvier. 7. T. HaliotMea, Draparnaud. Var. scutulum, Gray. Hab. Le Teich , La Teste, Facture, Salles, etc. G. 8. T. Manges , Férussac. Var. albina. Hab. Gradignan, Blanquefort, Ares? CC. Obs. Le Testacella Maugei , avec le Succinea longiscala et V Hélix revelala font partie de la faune malacologique littorale commune à la France, à l'Espa- gne et au Portugal. Famille III. — CO LIMACE S , Lamarck. Genre IV. — VITRINE , VITRINA , Draparnaud. 9. Vitrina major, C. Pfeiffer. Vitrina pellucida , Drap. Helicolimax , Fér. père. V. Draparnaldi, Cuv. ( 120 ) Hab. Lamothe, Ares , Eyzines , St-Médard, sous les vieilles haies. CC. 10. Titrînn annularis, Studer. Var. subglobosa, Mich. Hab. Sous les haies , les débris de feuilles , etc., Eyzines, Blanque- fort, Mios, La Teste, Cazau, etc. Genre Y. — AMBRETTE , SUCC1NEA, Draparnaud. 11. Suecinea arenaria, Bouchard. Hab. La lète de Piquey et le cap Ferret, etc. Petite espèce de forme très-gracieuse, finement, striée; d'une belle couleur d'ambre brillant , lorsque la coquille est débarrassée des corps étrangers qui la souillent. 12. Suecinea sstagaaaBis , Gassies. (Fig. 2.). Testa mediocris, saboblonga, oblusa, sublurbinala , subvenlricosa , subtilissime striata, luleo-sttccinea vel fusca, nitida; anfraclibus 3 con- vexis ullimo obliquo 4/5 longiladinis formante. Sutura profunda; linearis ; apex oblusus ; apertura ampla ovalo-oblonga , obliqua, co- lumella simplici, supernè incrassalà ; peristomale membranaceo. Animal jaunâtre, quelquefois noirâtre tirant sur le violet; tentacules supérieurs courts et obtus, les inférieurs à peine visibles; pied grisâtre, collier, bord du pied et du mufle taché de violâlre et pointillé de jaune doré. Le manteau est radié par les ramifications des veines qui viennent franger le bord latéral de la coquille. Ils apparaissent par transpa- rence , d'un beau jaune d'or. La mâchoire est cornée, brune, luisante, avec une apophyse supé- rieure ridée et fortement implantée dans le mufle, le peigne dentaire est armé de cinq dents recourbées vers le centre et avance en bec de perroquet. La plaque linguale est très-allongée et pourvue de petites spinules un peu crochues sur le dessus, très-épaisses au point d'insertion. Coquille un peu oblongue , obtuse, légèrement turbinée, un peu ven- true, finement striée dans le sens des accroissements, luisante, de cou- leur d'ambre passant quelquefois au bronze-verdàlre; spire composée de trois tours convexes , le dernier formant à lui seul les 4/5 de la lon- gueur totale et, dans un sens très-obliqne ; suture médiocre, linéaire, ( 121 ) assez profonde; sommet très-obtus; ouverture ovale-allongée, assez régulière, un peu oblique à droite; columelle simple avec un petit épais- sissement à la partie supérieure; péristome simple et membraneux. Diamètre majeur, 4-5 mill.; mineur 3 \L-4. Hauteur, 8-10. Ouver- ture, 4-7 haut. Largeur, 3-4 mill. Hab. Au bord des étangs, à Cazau , Sanguinet, Lacanau ; les prés salés au Teich , à La Teste, à la base des joncs, sur les pieux, etc. CC. Subfossile à Soulac (M l'abbé Caudéran). Var. B. major, les prés salés, CC, 065. Cette Ambrette est Carnivore; nous l'avons trouvée sur des débris de mouton, avec le Limax arenarius; elle se nourrit également de matières vé- gétales, de poissons morts et de mollusques en putréfaction. La forme courte et obtuse de la coquille la sépare nettement de ses congénères. 4 3. Sificcinea. Eoaîfjâgî'sçtia , Morelet. Cette espèce signalée en Portugal par M. Morelet, a été retrouvée à Lacanau en compagnie des Limax arenarius et Succinea stagnalis, au bas du Moutchic, près des bords du vivier. Nous l'avons recueillie éga- lement en dehors de la Gironde, mais toujours sur la rive ganche de la Garonne, auprès des eaux venant des Landes, sur les Iris (/. Pseudo- Acoms), de la petite rivière nommée Lourbise qui prend sa source dans l'étang de La Lagiie (landes d'Agenais). C'est au déversoir du moulin dé Lussac que nous l'avons trouvée en 1864 avec M. Louis de Montesquiou. Nous en avons donné la description dans les Actes de la Société Lin- néenne de Bordeaux en 1865 , t. XXV, 4 e livr., avec une planche noire. Les caractères indiqués par M. Morelet sont en parfaite identité avec ceux de Lacanau et de Lourbise. Cette espèce doit être réunie au groupe des S. putris Linné , Pfeifferi Rossmassler et stagnalis Gassies. H. Succinea Pfeifferi, Rossmassler. Hab. Ares, Lége, Audenge, etc., dans les marais et lêtes humides. Subfossible à Soulac (M. l'abbé Caudéran), CC. Genre VI. — ZONITE , ZONITES , Montfort, 15. Z. striatulus, {Hélix), Gray. Hélix nitidula, var. B. Drap. H. radiatula , Aider. ( 122 ) Hab. Sous les touffes de mousses et les troncs de pins à Arcachon , à La Teste , à Ares ( Souverbie et Gassies), à Arcachon , à La Teste , à Ares , à Lége (M. Durieu). R. 4 6. Z. nitidulus , ( Hélix ) , Muller. Hélix lucida , Drap. Hab. Les dunes et les lètes à La Teste, Arcachon, Cazau , Ander- nos , etc. C. 47. Z. cristallinus (Hélix), Muller. Hab. Les dunes et les lètes à La Teste, Arcachon, Piquey, sous la mousse , difficile à trouver. C. 4 8. Z. ccllarius ( Hélix ) , Muller. Hab. La Teste, Arcachon, Ares, Lége, Le Porge, Le Teich , aux environs des eaux ou des endroits ombragés et humides, C. 49. Z. fui vus [Hélix), Muller. Hab. Les dunes à Arcachon (Souverbie), assez commune sur une petite dune près de la gare. (Gassies, 1866). Genre VIL — HÉLICE , HELIX, Linné. 20. H* aspersa, Muller. Nom vulgaire : Cagouille. Edule. Var. D. Iranslucens , Gassies. Hab. Arcachon, La Teste, Ares, Andernos, etc. Suit les stations où se trouve le calcaire à bâtir, vit difficilement dans les terrains purement siliceux, CCG. 21. H. nemoralis . Linné. Nom vulgaire: Demoiselle. Edule. Hab. Les lètes , les dunes , et les landes , sur les genêts. A Lacanau , dans l'île des Boucs , au Moutchic , à Hourtin , Soulac , Le Porge , Ares, Andernos, Lége, Arcachon, La Teste, CC. (Très-orangée dans ces deux localités). Nous n'avons jamais rencontré la variété à péristome blanc , H. hor- tensis, Auct. ( 123 ) 22. II. variallilis, Drap. Edule. Hab. Arcachon, La Teste, La Hume, etc. La variété scalaire déposée au Musée de Bordeaux, a été trouvée à Arcachon par M. Fischer. Var. F. piciurala, Gassies , très-belle à Arcachon. Var. K. lineata, Olivier (H. maritima, Drap.). Hab. Arcachon, La Teste, Piquey, Andernos, dans le cimetière où elle est circonscrite; très-petite, rarement fasciée. Obs. Celle variété considérée comme espèce distincte ne peut être mainte- nue qu'à litre de variété. M. Souverbie en a rapporté de nombreux exem- plaires de Royan, en tout semblables à ceux d'Arcachon, de La Teste, de Saint-Médard et d'Andernos. Le rétrécissement de l'ombilic et la forme coni- que , invoqués comme caractères ne peuvent soutenir le plus faible examen , ces prétendues différences se retrouvant chez tous les individus de ce groupe. Nous croyons qu'on ne peut attribuer les caractères invoqués, qu'à l'influence marine. 23. M. pisana, Mullkr. Edule. H. Rhodostoma, Drap. Yar. C. fasciata Iranslucens, Gassies. Hab. Arcachon, surtout la var. C. qui est très-remarquable; La Teste, La Hume, Cazau , Andernos , etc., CG. 24. II. rotundata, Muller. Hab. Les vieux débris de pierrailles et de briques ; les troncs pourris des chênes et des pins, à Arcachon, La Teste, Audenge, Andernos, Ares, Lége, le Porge, etc., C. Arcachon dans les dunes, CCC. 25. H* acialeata, Muller. Hab. Les dunes sous les débris des pins , sous la mousse , rare. Ar- cachon (M. Souverbie et Gassies). Obs. 11 paraît assez étrange de trouver VH. aculeala et plusieurs Pupa au milieu des dunes les plus sauvages, alors surtout que ces espèces n'avaient été signalées que dans les parties montagneuses les plus calcaires. De tels faits d'habilats déroutent assurément les esprits systématiques, puisque ces dunes sont complètement dépourvues de roches où le carbonate de chaux soit signalé et dont la masse n'est composée que de quartz granuleux désagrégés. 26. H. pulcliella, Muller. Hab. Arcachon, La Teste, Ares, Le Teich, Facture, CG. Subfossile à Soulac (M. l'abbé Caudéran). ( 124 ) 27. H. costal», Muller. Hab. Arcachon, La Teste , Audenge , Lanton , Lége , Le Pqrge , C. Obs. Cette espèce diffère de la précédente par les côtes qui l'ornent dans le sens de l'accroissement et qui persistent après la mort de l'animal, tandis que VH. pulchella a le têt toujours lisse et dépourvu de côtes. Les individus fossiles de Sansan, Gers, possèdent leurs côtes sans altération. Subfossile à Soulac (M. l'abbé Caudéran). 28. M. revelata, Férussac. H. Ponentina, Morelet. Occidentalis , Recluz. Hab. Arcachon , La Teste, La Hume, Lamothe , les prés salés , Fac- ture, Mios, Salles, Audenge, Ares, Lége, Le Porge, les lètes de Piquey, de la Garonne, etc., répandue mais peu commune. Obs. Cette espèce dont l'aire se compose des sols arénacés qui forment dans l'Agenais et la Gironde la contrée située sur la rive gauche de la Garonne, est également répartie dans le département des Landes, mais toujours dans sa partie Ouest. Nous l'avons vainement cherchée sur la rive droite de notre fleuve, ce qui nous confirme que sa station véritable l'éloigné des terrains calcaires pour la confiner dans ceux dont la nature siliceuse paraît mieux con- venir à son organisation. C'est ainsi qu'à Facture, près de la gare, nous avons trouvé de nombreux individus collés sur des meules en silex gisant sur le sol. . A Bataillé, en Médoc, M. Guestier les recueille en grand nombre vers le mois de Septembre et d'Octobre, époque où le mollusque a acquis tout son accroissement. Nous croyons donc que cette espèce est automnale et surtout éminemment occidentale ! Il n'y a, par conséquent, rien de bien étonnant à ce que ce mol- lusque soit identique à celui du Portugal et n'en diffère que par une épaisseur moindre, ce qui ne saurait être suffisant pour les distinguer spécifiquement, car le lieu d'habitation influe énormément sur les animaux et leurs coquilles. Avec le Teslacella Maugei et le Succinea longiscala, V Hélix revelala indique la présence des mollusques qui vivent sous l'influence marine, en Espagne, en Portugal et en France. 29. H. intersecta, Poiret. Hab. Arcachon, La Teste, Cazau, Lacanau, GCC. Andernos, R. Sub- fossile à Soulac (M. l'abbé Caudéran). ( 125 ) Genre VIII. — BUUME, DULIMUS, Scopoli. 30. B acutus [Hélix], Muller. But. aculus, Brug. articîiîatus, Lamk. Var. sinistrorsa, Nob. Hab. Tous les lieux secs et arénacés , manque presque complètement sur la rive droite de la Garonne. Excessivement commun à Arcachon , La Teste, Lamothe, Facture, Salles, Andernos, etc. Subfossile à Soulac (M. l'abbé Caudéran). Var. Sénestre à Mérignac. Obs. La variété sénestre du B. aculus a été trouvée par nous en Juillet '1854, sur le tronc d'un jeune mûrier, dans la propriété de Monseigneur le Cardinal Donnet, à Mérignac! C'est en triant sur plus de deux cents individus que sa forme anormale nous frappa. Bien que la station de Mérignac s'éloigne des sables purs, nous avons cru devoir la signaler ici à cause de Foubli que nous avions fait de cette remarquable anomalie, dans notre catalogue raisonné, anomalie que nous ne croyons pas avoir été jamais signalée jusqu'à ce jour ! 31. B. suhcylintiricus (Hélix), Linné. Hélix lubrica , Muller. Zaa lubrica, Leach. Hab. Sous les pierres, les bois morts, à Facture , au Teich , à Ares , à Lége , à Arcachon , R. Genre IX. — CLAUSILIE , CLAUSIUA , Draparnaud. 32. C. perversa (Hélix), Muller. Clans, rugosa, Drap. Bulimus perversus, Brug. Var. B. nigricans , Pulteney. Hab. Trouvée dans un bois récemment coupé, à Lamothe, sur des os de mouton, à Arcachon , dans les dunes sur les arbousiers, CCC. (Gas- sies, 1866). Genre X. — MAILLOT, PUPA , Lamarck. 33. P. umbilicata , Drap. Var. B. abbreviata. Cette variété est remarquable par le raccourcissement de sa spire Tome XXVI. H ( 126 ) qui compte un tour de moins , ce qui lui donne un faciès trapu ; en ou- tre l'ouverture paraît plus oblique et le péristome plus renversé. Hab. La Teste, Arcachon , Facture, etc. CGC. Genre XI. VERTIGO , VERTIGO, Muller. 34. V. an ti vertigo , (Pupa), Draparnaud. Vertigo 6-denlata, Stud. Turbo sexdentatus , Montagu. Vertigo sexdentatus , Férussac père. Hab. La lète de Piquey, à la base des joncs immergés, en compagnie du Succinea arenaria. R. 35. V. edentula, (Pupa), Draparnaud. Vertigo edentula, Studer. Hab. Arcachon , sous les débris des pins , sous la mousse, RR. Genre XII. - ALEXIE , ALEX1A, Leach. 36. A. «Myosotis, (auricula), Draparnaud. Alexia myosotis , Morch. Hab. Les lagunes du bassin d' Arcachon (M. Fischer). OUs. Le remarquable travail du regrettable docteur Mitire nous a dévoilé les habitudes terrestres de ce mollusque qui ne peut vivre néanmoins loin de l'in. fluence marine. 37. A. bidenatata, (volula), Montagu. Jaminia bidenlala, Leach. Conovulus bidenlalus , Gray. Leuconia bidentala, Gray. Hab. Les prés salés à Arcachon et La Teste, RRR. (M. Fischer). TRACHÉLIPODES AQUATIQUES Pulmonés aquatiques , Cuvier. Famille IV. — LIMNÉENS , Lamarck. Genre XIII. — PLANORRE , PLANORB1S, Guettard. 38. P. nitidus, Muller. Var. B. clausidalus , Férussac. ( 127 ) Hab. Les marais , sur les plantes aquatiques , à Lamothe , au Teich , etc. C. 39. P. leucostoma , Millet. Var. B. Perezii, Graëlls. Hab. Les fossés des prés salés , au Teich , parmi les débris de végé- taux, à Andernos, CC. Subfossile à Soulac. (M. l'abbé Caudéran). 40. P. cJBjibs, Muller. Var. B. nana , Gassies. F. 3. Hab. Les étangs et leurs petits affluents, à Lacanau, au bas du Mout- chic , à Hourtin, à Cazau, aux Clas de l'Ilet et de Lagouarde , etc.; à Ares (M. Durieu). Trouvé sur les fourreaux des phryganes avec le Physa acula. Obs. Cette variété, assez rare, pourrait constituer une espèce si les indi- vidus étaient assez nombreux pour pouvoir faciliter les comparaisons. 41. P. spirorhis , (Hélix), Linné. Planorbis spirorbis, Muller. Hab. Andernos, Ares, Audenge, Certes, CC. 42. P. corneus (Hélix), Linné. Var. B. minor. Hab. L'étang de Lacanau , CC. Genre XIV. — PHYSE , PHYSA, Draparnaud. 43. P. acuta , Draparnaud. Var. C. minor. D. aculior. Hab. La var. C, Pinchourlin, Lége (M. A. Lafont). La var. D , les prés salés, à La Teste, Le Teich, Audenge, etc. Ares (M. Durieu) , Andernos (Gassies), CCC. Genre XV. — LIMNÉE, LIMNJEA, Bruguière. 44. Ii. glutinosa (Buccinum), Muller. Amphipeplea glulitiosa, Nilsson. ( 128 ) Hab. Les eaux froides et limpides, les étangs de l'Église vieille , de Bateurtot, de Cazau , etc., ne devient pas très-grande. 45. ÎL. aïBPieBaSaria (Hélix), Linné. Var. B. minor. Hab. Les chenaux des marais à Lacanau, Hourtin, Lége, etc., CC. Pas grande. 46. Ri. limosa [Hélix), Linné. Var. B. intermedia , Fér. G. vulgaris, Pfr. J. auriculata, Gass. Hab. Les ruisseaux et les marais, les étangs , etc. La var. B, à Pinchourlin , Lége (M. A. Lafont), La var. G, La Teste. id. La var. J } Lacanau , dans l'étang, CC. 47. Ii. stagnalis (Hélix), Linné. Hab. Les marais à Lamothe, Audenge, Cazau, etc. 48. Ii. traBBficattaîa (Buccinum), Muller. Var. arenosa, Gass. F. 4. Hab. Les flaques d'eau douce à la lète de Piquey et aux alentours du phare au cap Ferret. Suhfossile à Soulac (M. l'abbé Caudéran ). Obs. Cette variété est très-distincte par la solidité de son têt violâtre, quoi- que vivant au milieu du sable de la lète où elle se trouve souvent à sec, car les trous qu'elle habite ne contiennent qu'un peu d'eau pluviale qui s'évapore avec rapidité; elle a la faculté de vivre dans le fond de la vase à peine hu- mectée pendant l'été ; nous avons pu le constater maintes fois en Agenais et dans la Gironde. 19. Ii. palMStris (Buccinum), Muller. Hab. Les marais, à Parentis, Pinchourlin , Lége (M. A. Lafont). 50. Si. glaïtra (Buccinum), Muller. Var. B. subalala, Kikx. C. gingivala, Goupil. -D. reticulala, Gassies. F. 5. Hab. Les var. B. et C. Les fossés des prés salés à la Teste, Audenge , Le Teich , CCC. ( 129 ) La var. D. les flaques clayonnées près l'étang de Gazau, G. Obs. Cette dernière variété est des plus remarquables : Soulac , etc. ( 136 ) Genre XXIII. — PISIDIE , P1SIDIUM, C. Pfeiffer. 66. P. amnieum , Jennyns. Var. B. sulcata, Gassies. Hab. La grande Jalle, La Leyre et ses affluents, Soulac, Hourtin, Cazau , Lége, C. 67. P. casertanum [Cardium) , Poli. Hab. Les marais, les fossés; commune à Ares, Lége, Parentis, Cazau , Le Teich , Lamothe , la grande Jalle , etc. CC. 08. P. pulehellum , Jennyns. Hab. Le canal des Landes à Cazau, les lètes à Ares, Lége, à La- mothe, etc. C. 69. P. ©fjtsasale (Cyclas), Lamarck. Hab. Les fossés herbeux, Le Teich, Lamothe, Soulac, Hourtin, RR. 70. P. Ciassiesiamwm , Dupuy. Hab. Les eaux vives et courantes , presque tous les esleys , les jal- les, etc. Commune à Lamothe, Blanquefort, Lége, Lacanau , Le Porge, etc. Obs. Cette espèce que plusieurs auteurs ne veulent point accepter est pour- tant l'une des plus caractérisées du genre. Les individus de la Gironde sont un peu plus grands, plus bombés et plus tétragones que ceux de l'Agenais (1). (i) Voir à ce sujet notre Rectification de quelques synonymes dans le genre Pisi- dium; in Journal de Conchyliologie, vol. V, p. 146, 1856. J.-B. Gassies. Actes delà Soc.lum.de Borde aux. T. -XXVI. + i PL.I. 7 r ■ l'.-La.ckerba.uer adnatdel. Imp.Becijy.et à. Paris . QUELQUES VUES GÉNÉRALES SUR LES VARIATIONS SÉCULAIRES DU MAGNÉTISME TERRESTRE Par V. RAULIN Secrétaire général. « Les vues générales, embrassant l'enchaînement des phénomènes, sont la voie la plus sûre pour dé- couvrir les causes de ces anomalies mystérieuses que l'on se presse trop d'appeler des infractions aux lois de la nature. » A. de Hu.UBOi.DT, Cosmos, IV. 55. INTRODUCTION Dans la seconde année de mon professorat à Bordeaux, voulant imiter la marche si méthodique suivie dans son cours par mon ancien professeur et maître, L. Cordier , j'avais à préparer la leçon sur le magnétisme terrestre que je devais faire le 22 avril 1847. J'étudiai à l'avance le VII e volume du Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme que M. Becquerel avait publié en 1840, et pour mieux m'en assimiler le contenu je fis , les cartes de Duperrey , de Berghaus et une sphère sous les yeux, un résumé complet mais très-succinct, qui m'a souvent servi par la suite. A cause de la complexité des phénomènes, sans doute, je m'attachai seulement à comprendre ce qui était enseigné par les maîtres de la science et je ne vis que ce que voyaient les physiciens du jour : plusieurs ordres de faits , régis par des lois , mais non rattachés à une cause unique. ( 138 ) Dix-neuf ans après, dans les premiers jours de juin 4866, j'avais à écrire quelques pages de géologie élémentaire devant servir d'introduc- tion à la Statistique géologique des Landes. Pour résumer facilement en peu de lignes les principales notions du magnétisme terrestre, je relisais mes anciennes notes en présence des planisphères de Duperrey et de M. Evans et d'une sphère terrestre. Je contemplais la ligne sans décli- naison de la côte américaine et la région polaire boréale de la sphère, lorsqu'une idée me vint à l'esprit : la rotation du pôle magnétique autour du pôle terrestre n'expliquerait-elle et ne coordonnerait-elle pas tous les phénomènes présentés par les deux principales aiguilles d'observation? Mon idée prit si vite consistance et tournure que le 15 juin j'adressais un paquet cacheté à l'Académie des Sciences. L'Association scientifique de France devait tenir une session à Bor- deaux dans les derniers jours du mois, et son président avait sollicité les professeurs de la Faculté de faire des communications scientifiques ; je crus ne pouvoir mieux témoigner ma déférence à M. Le Verrier et à l'assemblée qu'en leur divulguant les principales conséquences de mon idée, encore assez incomplètement développée. Je les exposai donc le 26 , mais contre mon gré à une séance à laquelle , malheureusement pour leur appréciation , n'assistaient ni M. Le Verrier , ni M. Daguin (de Toulouse.) M. Abria notre professeur de physique, pensa seulement qu'il y avait lieu de faire des réserves, puisque je n'avais pu encore étu- dier la marche comparative de l'intensité magnétique : Le secrétaire n'ayant voulu consacrer que deux lignes de son procès- verbal à résumer ce que j'avais mis une demi-heure à exposer devant une centaine de personnes , je ne me souciais pas de laisser cheminer mon idée par le monde sans éditeur responsable ; aussi me décidai-je immédiatement à faire imprimer en quatre pages le brouillon des quatre derniers cinquièmes du paquet cacheté dont l'Académie des Sciences avait accepté le dépôt, sous le n° 2336, dans sa séance du 18 juin, sans que toutefois la mention en eût été insérée dans le Compte-Rendu (1). (1) Les communications scienlifiques faites dans la seconde moitié de l'année ont prouvé que je n'avais pas eu tort de me hâter dans ma publication , qui eut lieu le 29 juin. En effet deux notes sur le môme sujet ont été adressées à l'Académie des Sciences dans les séances des 6 août et 5 novembre, avant la publication de la session de l'Association , qui a eu lieu vers la fin de novembre ; l'une de M Renou a paru dans le Compte- Rendu, p. 262-64; l'autre de M. Peslin a été insérée dans le supplément du Bull, inlern. de l'Obs. de Paris , p. 246-49. ( 139 ) Pour mieux préparer la mise en lumière du pas que mon idée me paraît appelée à faire faire à la théorie générale du magnétisme terrestre, je commencerai par établir l'état actuel de la science à l'aide de citations empruntées aux œuvres des hommes de génie qui s'en sont le plus oc- cupés. F. Arago , à qui il a été donné de faire des observations magnétiques depuis 1810, a publié successivement les passages suivants : « Le mouvement progressif de l'aiguille (de déclinaison) vers l'Ouest, s'est continuellement ralenti dans ces dernières années, ce qui semble in- diquer que, dans quelque temps, il pourra devenir rétrograde. Cependant comme l'aiguille a déjà présenté anciennement des stations de plusieurs années, il sera prudent, avant d'adopter définitivement cette conclusion, d'attendre des observations ultérieures. (Annuaire pour 1814, p. 134). » Le 10 février 1817, à une heure après midi, l'aiguille magnétique déviait à l'Ouest de 22° 19'. Cette observation, comparée à celles des deux années précédentes (22° 34'), ne semble plus laisser aucun doute sur le mouvement rétrograde de l'aiguille aimantée (Annales de Chimie et de Physique , 2 e série, t. VI, p. 443). » Depuis qu'on sait faire ces observations délicates (d'inclinaison) avec exactitude, on l'a toujours vu diminuer. Il était curieux de recher- cher si la cessation du mouvement occidental de l'aiguille de déclinaison ne coïnciderait pas avec un mouvement également rétrograde de l'aiguille d'inclinaison. Jusqu'ici , l'expérience ne confirme pas celte supposition (Annuaire pour 1824, p. 190 J. » Dès qu'on vit l'aiguille horizontale stationnaire , on dut supposer que l'autre s'arrêterait aussi , et que des augmentations annuelles d'in- clinaison allaient succéder aux diminutions observées jusque-là ; cette conjecture ne s'est pas vérifiée : pendant que l'aiguille de déclinaison rétrograde , l'aiguille d'inclinaison continue à se rapprocher de l'hori- zontale ; elle marche aujourd'hui comme par le passé. C'est une circons- tance de plus dont il faudra que rendent compte ceux qui essaieront de remonter à la cause, jusqu'ici entièrement ignorée, de ces singuliers mouvements. (Annuaire pour 1827, p. 208). » Arago , dans un mémoire posthume sur le magnétisme terrestre, publié en 1854 , dans le t. IV de ses Œuvres complètes, avait écrit les remar- quables passages suivants : « Les nombres qui déterminent les caractères géographiques, hypso- métriques , climatologiques , de chaque lieu de la terre , ne paraissent ( 140 ) pas, en général, éprouver la moindre altération dans la suite des siècles. Il n'en est pas de même des éléments magnétiques : la déclinaison, l'in- clinaison, l'intensité, changent visiblement en chaque lieu d'année en année et même d'heure en heure. La loi de ces variations n'est pas par- faitement connue. Est-il, cependant , un sujet qui intéresse davantage la navigation ? y> Fixons , pour une année déterminée , la série des points du globe où l'inclinaison est nulle. La ligne continue passant par tous ces points est ce que l'on appelle Véquateur magnétique. Cet équateur, situé partie au nord et partie au sud de l'équateur terrestre , rencontre ce dernier équateur en des points qui portent le nom de nœuds. Eh bien ! les nœuds sont changeants : par suite d'un mouvement de translation graduelle de l'équateur magnétique, les nœuds se transportent de l'Orient à l'Occi- dent; mais, dans ce mouvement, l'équateur magnétique conserve-t-il exactement la même forme? C'est une question qui n'est pas parfaite- ment résolue (p. 462). » » Mettons , si l'on veut, entièrement de côté les applications, les méthodes nouvelles dont ces phénomènes pourront devenir l'objet dans l'intérêt de la navigation ; les changements annuels de déclinaison et d'inclinaison , le mouvement de l'équateur magnétique , n'en resteront pas moins les faits les plus étonnants, les plus mystérieux, les plus dignes d'intérêt que l'on puisse citer dans le vaste domaine des sciences. » L'action directrice du globe est évidemment la résultante de l'action des molécules dont il se compose ; or, comment cette résultante peut- elle être variable, lorsque le nombre, la position, la température de ces molécules, lorsque toutes leurs autres propriétés physiques restent constantes? Faudra-t-il supposer, avec Halley, qu'il existe dans l'inté- rieur de la terre des molécules mobiles? Il n'y a pas de corps savant qui ne doive tenir à honneur de contribuer à résoudre de pareilles ques- tions (p. 463). » » Il était déjà assez difficile d'imaginer quelle espèce de changement , dans la constitution de la terre , avait pu , en cent cinquante-trois ans^ transporter la résultante des forces magnétiques qui en émanent , du Nord à 23° vers l'Ouest. On voit maintenant qu'il faudra expliquer de plus comment ce changement graduel a cessé pour faire place à un retour vers l'état antérieur du globe (p. 471 ). » » Rien , dans le vaste domaine de la physique du globe , n'est plus caché , n'est plus incertain , que les causes qui en chaque lieu font varier ( 141 ) les trois éléments du magnétisme terrestre , savoir : la déclinaison ; l'in- clinaison et l'intensité, » Les magnifiques découvertes qu'on a faites depuis quelques années sur la connexion de la chaleur et de l'électricité avec le magnétisme, ne nous ont presque rien appris au'sujet des causes singulières de ces va- riations. » Peut-être faut-il attribuer cet insuccès à l'ignorance où nous som* mes encore des lois qui régissent de si grands et de si singuliers change- ments. Ainsi, par exemple, avant 1816, on ne savait pas à Paris, par une observation directe, si dans son mouvement dirigé de l'Orient à l'Occident, l'aiguille horizontale arriverait à une limite qu'elle ne dépas- serait pas , pour reprendre ensuite , après une courte station , sa course vers l'Orient. L'aiguille d'inclinaison conduit aux mêmes questions et aux mêmes doutes. Depuis les plus anciennes observations connues jus- qu'à notre époque , l'inclinaison de l'aiguille comptée à partir de l'hori- zontale a toujours diminué; mais quand cette diminution cessera-l-elle? C'est ce que tout le monde ignore. Pour ce qui regarde l'intensité , on a déterminé sa valeur absolue depuis trop peu d'années pour qu'on puisse aborder, même de loin, ce qui se rapporte à ses changements. » Il faut donc se résigner, à l'époque actuelle, à réunir les mesures qui serviront de bases aux recherches de nos successeurs (p. 459-60).» Al. de Humboldt , en 1859 , dans Cosmos, t. IV, a commencé et ter- miné son exposé du magnétisme terrestre par les deux phrases suivantes : << Or, la recherche de l'élément régulier dans les phénomènes varia- bles est le premier but que l'on doive se proposer en étudiant les forces de la nature (p. 57 ). » » En exposant avec tout le soin dont je suis capable l'état actuel de nos connaissances positives touchant les phénomènes du magnétisme terrestre, j'ai dû me borner à décrire d'une manière purement objective des faits qui ne comportent pas encore d'explication théorique , fondée même uniquement sur l'induction et l'analogie (p. 178). » Al. de Humboldt, qui avait fait du magnétisme terrestre l'un de ses principaux sujets d'étude pendant plus de soixante années , avait certai- nement présent à l'esprit le remarquable passage d'Arago de 1827, dont la vérité subsiste encore tout entière aujourd'hui ; cependant, en 1859 , il n'a pas cru le moment venu d'essayer l'application du principe fonda- mental qu'il avait formulé à une page précédente et qui sert d'épigraphe à ce Mémoire. Tome XXVI. 12 ( 142) Jusqu'à présent donc les physiciens, dans leurs recherches, ont surtout tendu à établir sur des bases solides l'état magnétique actuel du globe, et c'est par là qu'ils devaient rationnellement commencer. Il est, il me semble, temps d'essayer de tirer parti de toutes les observations faites, pour déterminer d'une manière précise les changements qui se sont pro- duits; pour rechercher une cause générale reliant les différents ordres de phénomènes les uns aux autres , et qui par cela seul aurait une grande importance ; et aussi pour essayer de prévoir les changements qui se produiront dans l'avenir. Il y aurait injustice véritable à m'accuser de soulever prématurément ces questions ; la science ne se trouve-t-elle pas en possession , à l'heure qu'il est , de périodes d'observation : de près de trois siècles pour la déclinaison, de près de deux siècles pour l'incli- naison, et de Irois-quarts de siècle pour l'intensité? Mais, pour montrer aussi de suite combien les physiciens doivent être peu préparés à accepter mon idée sans examen , je puis rappeler : d'une part, que Al. de Humboldt écrivait presque en terminant son exposé du magnétisme , p. 169 : « Il paraît que le pôle Nord magnétique se meut de l'Ouest à l'Est (le contraire de ce que j'admets), le pôle Sud de l'Est à l'Ouest; » et d'autre part , que M. Daguin , qui prépare une nouvelle édition de son Traité de physique , l'un des meilleurs du moment, me disait le 29 juin, que l'idée d'une corrélation quelconque entre la mar- che de la déclinaison et celle de l'inclinaison était nouvelle pour lui, et que à fortiori il n'avait jamais songé à rechercher pourquoi cette double marche en sens inverse , avant 1814, était devenue dans le même sens à partir de cette époque. Je dois déclarer ici que l'idée que j'ai à développer m'est venue sponta- nément, sans avoir été provoqué par aucune lecture spéciale, même celle des passages d'Arago et de Humboldt que je viens de transcrire. C'est seulement le 11 juillet , dans la soirée , que j'ai découvert le vigoureux coup de cloche d'Arago , entendu certainement de tous les physiciens de l'époque, mais qui pendant quarante années , n'en a amené aucun sur le seuil de l'inconnu. C'est donc véritablement à l'improviste que je me vois obligé à suspendre momentanément mes travaux habituels pour essayer d'en entr'ouvrir la porte. ( 143 ) § I. — ' ÉTAT ACTUEL DU MAGNÉTISME TERRESTRE Division des phénomènes magnétiques Les phénomènes magnétiques qui se manifestent à la surface de la terre me semblent devoir être divisés en deux catégories : 1° ceux tel.; que la déclinaison, l'inclinaison et l'intensité , qui doivent tenir, ainsi que leurs variations séculaires , à la constitution magnétique de la terre ; 2° ceux tels que les variations diurnes et les perturbations que l'on s'ac- corde généralement à attribuer à des circonstances différentes , soit la chaleur solaire, soit des actions électriques superficielles. Dans ce travail , je laisse de côté ia seconde catégorie , je passe un peu rapidement sur la question fort importante de l'intensité, que l'on peut, me semble-t-il , supposer en rapport avec la distance qui sépare les dif- férentes parties de la surface du globe terrestre de celles qui sont le siège des propriétés magnétiques. Les phénomènes magnétiques terrestres, ou mieux si l'on veut, les propriétés magnétiques de la surface de la terre, sont étudiées à l'aide de trois instruments que l'on observe simultanément : soit constamment dans le même lieu, soit successivement sur tous les points de la surface du globe. Ces trois instruments sont : La Boussole de déclinaison , qui varie surtout sur un même parallèle. La Boussole d'inclinaison, ( . . , .,. . _. , ,,. . , qui varient sur un même méridien. La Boussole d intensité , / De l'existence à la surface de la terre , dans chacune des deux régions polaires, d'un point de forte attraction magnétique, appelés pôles magné- tiques, et de leur action sur une aiguille aimantée suspendue à un fil, dérivent deux genres de lignes magnétiques à la surface de la terre ; 1° Des lignes d'égale inclinaison appelées isocliniques , qui sont des es- pèces de parallèles entre les pôles , dont la médiane sans inclinaison est appelée èquateur magnétique; 2° des lignes plus ou moins perpendicu- laires à celles-ci , ou d'égale déclinaison, appelées isogoniques, dont beaucoup partent en rayonnant de chacun des pôles, mais qui sont loin cependant de former des méridiens magnétiques; la plus remarquable, qui fait le tour de la terre en passant par les pôles , est la ligne sans déclinaison. Mais laissons parler Al. de Humboldt dans Cosmos ■ ( U4 ) « La force magnétique de notre planète se manifeste à la surface par trois classes de phénomènes, dont l'une répond à Vintensité variable de la force elle-même, tandis que les deux autres comprennent les faits relatifs à la direction variable, c'est-à-dire Yinclinaison et la déclinaison ; ce dernier angle est compté , en chaque lieu , dans le sens horizontal , à partir du méridien terrestre. L'effet complet que le magnétisme produit à l'extérieur, peut ainsi se représenter graphiquement à l'aide de trois systèmes de lignes , à savoir : les lignes isodynamiques, les lignes isocli- niques et les lignes isogoniques, ou , en d'autres termes , les lignes d'égale intensité, d'égale inclinaison et d'égale déclinaison. » Après n'avoir tenu compte pendant longtemps que de la décli- naison , on se décida à mesurer un autre élément de la force magné- tique, l'inclinaison. Robert Normann détermina, à Londres, cette pro- priété de l'aiguille aimantée Il fallut encore attendre deux siècles pour que l'on essayât de mesurer le troisième élément du magnétisme terres- tre, à savoir, l'intensité de cette même force. » Douze objets différents se recommandent surtout à l'attention : » Deux pôles magnétiques , situés l'un dans l'hémisphère austral , l'au- tre dans l'hémisphère boréal , à distances inégales des pôles de rotation. On appelle pôles magnétiques les points où l'inclinaison égale 90°, où par conséquent la force horizontale est nulle; » L'Equateur magnétique, c'est-à-dire la courbe sur laquelle l'incli- naison égale ; » Les lignes d'égale déclinaison et celles sur lesquelles la déclinaison égale 0, en d'autres termes, les lignes isogoniques et les lignes sans déclinaison ; » Les lignes d'égale inclinaison ou lignes isocliniques; » Les quatre points de la plus grande intensité magnétique. Deux de ces points, de force inégale , sont situés dans chaque hémisphère; » Les lignes d'égale intensité ou isodynamiques; » La ligne des ondulations magnétiques qui lie , sur chaque méridien , les points de la plus faible intensité. Cette ligne est appelée quelquefois aussi équateur dynamique; elle ne coïncide ni avec l'équateur géogra- phique , ni avec l'équateur magnétique ; » La limite de la zone , en général d'une très-faible intensité magné- tique, qui joue, pour ainsi dire, le rôle d'intermédiaire, et dans la- quelle les variations horaires participent alternativement , suivant les saisons, aux propriétés des deux hémisphères. ( U5 ) » J'ai eu soin d'appliquer le mot pôle uniquement aux deux points de la terre où la force horizontale disparaît, parce que, de nos jours, ainsi qu'on l'a déjà remarqué , ces points, qui sont vraiment les pôles magné- tiques , ont été souvent et très à tort confondus avec les points de la plus grande intensité. Gauss a prouvé aussi qu'il y a de l'inconvénient à dési- gner sous le nom d'axe magnétique de la terre , la corde qui joint les deux points de la surface terrestre où l'inclinaison de l'aiguille est égale a 90°. » Pour moi , quoique dans les pages qui suivent je parle des objets pré- cédents et de quelques autres encore, il me semble que ceux qui ont une véritable importance, dans la manifestation des propriétés magnéti- ques de la Terre à sa surface, doivent être ordonnés comme il suit : Déclinaison et Inclinaison. 2 pôles magnétiques. / Premier méridien magnétique et cercle tic l plus forte déclinaison. 1 Lignes isogoniques. Déclinaison \ ' , ,, ,. . 1 Cercle sans déclinaison. / Hémisphères de déclinaison. \ Ovales magnétiques. Lignes isocliniques. Equateur magnétique et cercle sans incli- Inclinaison { naison. Hémisphères d'inclinaison. / 4 foyers polaires. Lignes isodynamiques. Intensité.. . . .{ Equateur dynamique. Ovale ou zone de faible intensité. Hémisphères d'intensité. A. DÉCLINAISON (1858) Historique d'après Arago et A. de Humboldt (1). — « Un aimant na- turel, ou, ce qui revient au même, une aiguille aimantée, convenablement suspendue, se dirige toujours vers les régions polaires. » On est convenu d'appeler déclinaison l'angle que forme la direction (1) Ici, comme en plusieurs autres endroits, je préfère exposer les faits et les opi- nions à l'aide de passages empruntés aux ouvrages précédemment cités d'Arago et de Humboldt, et aussi de M. Becquerel. ( U6 ) de l'aiguille aimantée placée sur un pivot vertical ou suspendue à l'aide d'un fil sans torsion , de manière à ce qu'elle se tienne horizontale, avec la direction du méridien du lieu. » » La plus ancienne indication de déclinaison magnétique, due à Keutsoungcby, écrivain du commencement du XII e siècle, était Est a / e Sud. Voyez la lettre de Klaprolh sur l'invention de la Boussole, p. 68. » Petrus Peregrini écrivait à l'un de ses amis que, dans l'année 1269, l'aiguille aimantée marquait, en Italie, 5° de variation orientale. » L'existence de la déclinaison de l'aiguille aimantée est clairement indiquée dans l'ouvrage manuscrit d'un nommé Pierre Adsiger, qui existe dans la bibliothèque de l'Université de Leyde. La date de cet ouvrage est 1269. L'auteur, dans ce même ouvrage, décrit la boussole comme un moyen de se diriger en mer (1). » En passant d'un lieu à un autre sur la surface du globe , on voit la déclinaison de l'aiguille varier très-sensiblement, comme Christophe Colomb l'a constaté le premier. Dans certaines régions de la terre, en Europe, par exemple, la déclinaison est maintenant occidentale; dans d'autres parties elle est orientale, et enfin, pour une série des points intermédiaires et qui forment les bandes sans déclinaison , l'aiguille se dirige vers les pôles. » C'est Christophe Colomb qui a découvert le changement que la décli- naison de l'aiguille éprouve quand on change de place sur le globe; il a (1) L'authenticité du' document n'est pas certaine pour tous les physiciens ; comme la déclinaison annoncée est en sens inverse de ce qu'elle aurait dû être d'après l'hypo- thèse émise dans la suite démon travail, je rapporte ici l'opinion émise par M. Hunter Ghristie dans le Report of Brilish association, 1833, p. 106 : » It as howcver been said , on ihe aulhority of a letter by Peter Adsiger, that the variation ofthe needle was known as early as 1269 ; and is we fully admit the aulhenticity of this letter, we must allow that the writer was at that date not only aware of the fact, but that he had observed the extenl of the déviation of the needle from the meridian- It is possible that such an observation as this may hâve beeii made at this carly period by un individual devoting his lime to the examination of raagnGtlcal phenomena. » This curious und highly interesting letter , dated the 8 of August 1269, is contained in a volume of manuscripts in the library of the tniversity of Leydea, and we are indebted to Cavallo for having published extracts from it. The variation is thus referred to : t Take notice that the magnet( stone ) as well as the needle that has been touched ( Rubbed ) by it,does not point exactly to the pôles; but that part or it which is reckoned to point to the south déclines a little to the west, and that partwhich looks towards the north inclines as much to the cast. The exact quanlity of this declination lhavefound, after numerous experiments to be five degrees. However this declination is no obstacle , to our guidance, because we make the needle itself décline from the true south by nearly one point und an half towards the west. A point, then, contains five degrees " ( Letter of Peter Adsiger, Cavallo [On Maynetism , LondoD 1S00, p. 31Î), Il is certainly extraordinary, if so clear an account of the déviation of the needle from lie meridian as this , was eommunicaled to any one by the person whc had himself observed that déviation that for more than twe centuries afterwards we should no record of a second observation ol '.hefact. >• ( 147 ) fait cette remarque pendant son premier voyage, le 13 septembre 1492. Il était alors à deux cents lieues de l'île de Fer. La déclinaison allait toujours en augmentant à mesure qu'il s'avançait à l'Ouest. » » Colomb rendit à la science, le 13 septembre 1492, le service de déterminer une ligne sans déclinaison magnétique située deux degrés et demi à l'Est de l'île Corvo , l'une des Açores. En pénétrant dans la partie occidentale de l'Océan Atlantique , il s'aperçut que la variation passait insensiblement du Nord-Est au Nord-Ouest. » Alonzo de Santa-Cruz , qui avait donné des leçons de mathématiques au jeune empereur Charles-Quint, dessina en 1550, un siècle et demi par conséquent avant Halley, la première carie générale des variations, dressée, à la vérité, d'après des matériaux fort incomplets. » Les voyageurs qui ont parcouru les diverses parties du globe depuis près de deux siècles , ont recueilli un grand nombre d'observations rela- tives à la déclinaison de l'aiguille aimantée. y> Les trois voyages maritimes que fit Halley en 1698, 1699 et 1702, sont postérieurs à la première conception d'une théorie , il put construire la première carte des variations embrassant des espaces consi- dérables. Cette carte assure à la science théorique du XIX e siècle un peint de comparaison instructif, qui, bien qu'un peu rapproché de nous , permet déjà de contrôler le mouvement progressif des courbes de déclinaison. » i> En 1745 et 1746, Mountain et Dodson , ayant eu à leur disposition les registres de l'amirauté anglaise, et les mémoires de plusieurs officiers de marine, publièrent une nouvelle carte des déclinaisons. » Churchman fit paraître, en 1794, un allas magnétique, dans lequel il essaya de donner les lois de la déclinaison. » En 1819 , M. Hansteen donna le tableau le plus complet qu'on ait encore eu des observations de déclinaison. Cet ouvrage est accompagné d'un atlas magnétique où se trouvent toutes les lignes d'égale déclinaison. » A la simple inspection de cette carte (des déclinaisons de Hansteen), on reconnaît le défaut de symélrie des courbes de déclinaison; on doit en conclure que les causes dont dépend le magnétisme terrestre sont réparties inégalement. » M. Barlow a repris le travail de Churchman en 1823; mais le capi- taine Duperrey a publié , en 1826 , de nouvelles cartes. » Enfin, M. Fréd. Evans a dressé pour 1858 une Chart of the curves of equal magnelic variation qui a été publiée par l'amirauté anglaise. ( 148 ) Pôles magnétiques. — ■ D'après les phénomènes manifestés par les aiguilles de déclinaison et d'inclinaison lorsqu'on les promène à la sur- face de la terre , on a été amené à conclure que la terre doit être envi- sagée comme un corps aimanté ayant deux pôles et une ligne neutre , comme tout aimant naturel ou artificiel Aux pôles magnétiques, situés dans les régions polaires, l'aiguille d'in- clinaison se tient verticalement, et l'aiguille de déclinaison n'a plus de direction; mais à quelque distance cette dernière, quel que soit le point, a toujours l'une de ses extrémités dirigée vers le point polaire. Le pôle magnétique boréal de ia terre vers lequel se dirige l'extrémité bleuie de l'aiguille a été fixé par Ross, en 1830, au nord de la baie d'Hudson, sur la côte occidentale de l'île Boothia-Felix. Le pôle magnétique austral a été fixé par Dumont d'Urville, en 1840, au sud de l'Australie et de la Terre-Adélie. Leur position approximative avait été assignée antérieure- ment par Duperrey. Les points précis sont les suivants : Pôle boréal en 1830 : Long, occid. de Paris 99°,7'; Lut. bor. 70°, 5'. Pôle austral en 1840 : Long', orient, de Paris L'inclinaison fut observée pour la première fois par Robert Norman , en 1576 (Trans.phil. 1738, p. 310). » « Les observations relatives à l'inclinaison ont occupé les voyageurs non moins que celle de la déclinaison ; mais elles paraissent avoir moins d'importance, en raison du rôle que jouent les déclinaisons dans la détermination des méridiens magnétiques. » » Pour l'inclinaison, les savants voyages de Le Gentil , Feuillée et La- Caille, le premier essai d'une carte de l'inclinaison par Wilcke (1768), les mémorables voyages de circumnavigation de Bougainville , Cook et Vancouver, ont jeté un grand jour sur cet élément si important d'une théorie du magnétisme et néanmoins si négligé jusque-là. » « 11 paraît que la première carte des lignes d'égale inclinaison est celle qui a été dressée par Wilcke ; on la trouve insérée dans les Mémoi- res de l'Académie de Stockholm pour l'année 1768. La même carte a été reproduite plus tard par Le Monnier, mais avec des modifications consi- dérables. » Les cartes de ce genre qui méritent d'être prises en considération sont, pour l'époque où elles ont été dressées , celles que M. Hansteen a publiées en 1819. » Parmi les lignes d'égale inclinaison , il en est une dont les physiciens se sont plus particulièrement occupés ; nous voulons parler de la ligne sans inclinaison à laquelle on a donné le nom d'équateur magnétique. Wilcke en a donné une figure en 1768. MM. Hansteen et Morlet l'ont reproduite à des époques beaucoup plus récentes. ( 155 ) » M. Duperrey a donné , pour 4825, une détermination de la ligne sans inclinaison, en se servant des observations qu'il avait recueillies. Equateur magnétique et lignes isocliniques. — « Dans notre hémis- phère, c'est l'extrémité boréale de l'aiguille qui s'abaisse au-dessous de l'horizon ; on observe le contraire dans l'hémisphère austral. » On conçoit aisément qu'entre deux positions aussi différentes^ il doit exister un grand nombre d'intermédiaires, c'est-à-dire qu'au même moment l'inclinaison doit être différente en différents lieux. On conçoit aussi qu'il doit y avoir des points où l'inclinaison est nulle, c'est-à-dire où l'aiguille se maintient horizontale. » « En étudiant la marche de l'inclinaison, et partant de Paris, se ren- dant vers le Nord, on a trouvé que le pôle austral de l'aiguille s'abaisse de plus en plus au-dessous de l'horizon ; que l'inclinaison augmente en même temps que la latitude, et que dans les régions polaires il existe des points où elle est de 90°. » « Par 79° 44' de latitude boréale, le capitaine Phipps trouva , en 1774; une inclinaison de 82°9'. Plus récemment, en 1830, le capitaine Ross est parvenu à découvrir un point où sa boussole était exactement verticale. » L'inclinaison varie très-rapidement quand on change de latitude. A Paris, l'aiguille fait avec l'horizon un angle d'environ 66" et demi; par 15° de latitude, cet angle n'est plus que de 50°, et enfin, dans le voisinage de l'équateur, l'aiguille est horizontale. » » Au-delà des points où l'aiguille est sans inclinaison , l'inclinaison recommence , mais dans un sens inverse , et continue à augmenter jusque vers le pôle , où elle est de 90°. La courbe qui comprend tous les points où l'aiguille aimantée est sans inclinaison , a été nommée équateur ma- gnétique. » » Les pôles magnétiques sont les points où l'aiguille d'inclinaison res- terait verticale. » On appelle lignes d'égale inclinaison celles qu'on obtiendrait si l'on se mouvait à la surface de la terre avec une aiguille aimantée qui conser- verait la même inclinaison. » Dans les régions équatoriales, l'aiguille d'inclinaison reste horizontale, et l'aiguille de déclinaison se dirige vers les pôles ; il y a là une sorte de ligne neutre sans inclinaison , Y équateur magnétique , qui est oblique par rapport à l'équateur terrestre ; les deux points de croisement appelés nœuds sont à-peu-près situés à l'opposé l'un de l'autre. Du nœud atlan- tique situé à Saint-Thomas , dans le golfe de Guinée, d'après les obser- ( 156 ) valions de M. Sabine , l'équateur magnétique s'écarte , d'un côté vers le N., dans l'hémisphère oriental, jusqu'à l'île de Socotora, et de l'autre vers le S., dans l'hémisphère occidental , dans l'intérieur du Brésil , pour se rejoindre au nœud polynésien , au nord des îles Viti , qui est à 2° près de l'extrémité du diamètre qui aboutit au nœud précédent. Duperrey a déterminé la configuration de l'équateur magnétique pour 1825, et fixé ainsi la position des quatre points principaux : Nœud atlantique à l'île Saint-Thomas : longit. orientale 3° 20'. Point d'écartement méridional , au nord-ouest de Rio-Janeiro , long, occidentale 50°, latit. austr. 15° 4-0'. Nœud polynésien au nord des îles Viti, long, orient. 175° 20', Point d'écartement septentrional à l'île de Socotora, long, orient. 52°, latit. bor. 12°. La position de l'équateur magnétique dépend de celle des pôles ma- gnétiques puisqu'il est situé à une distance moyenne des deux ; il est compris dans une zone à-peu-près perpendiculaire à celle de grands cercles méridiens qui passeraient par les pôles magnétiques et compren- draient d'une part le cercle de plus forte déclinaison et de l'autre le cercle sans déclinaison. « Les lignes d'égale inclinaison sont analogues aux parallèles terres- tres qu'elles coupent obliquement, mais elles n'en ont pas toute la régu- larité, et sont d'ailleurs d'autant moins parallèles entre elles qu'elles se rapprochent davantage des régions polaires , où elles circonscrivent les pôles magnétiques de toutes parts. » Entre les pôles magnétiques et l'équateur, on trace, de 10 en 10 degrés d'inclinaison, des lignes plus ou moins régulièrement concentri- ques à ces pôles et plus ou moins parallèles entre elles, passant par les points sur lesquels l'inclinaison est semblable , et que l'on désigne sous le nom de lignes isocliniques. Dans le voisinage de l'équateur, les espaces qui les séparent sont seu- lement moitié de ceux qui séparent les mêmes degrés de latitude. Ils correspondent seulement à 5°. De là, ils vont en augmentant de telle sorte que par 45° de latitude l'écartement varie de 10 à 15°, étant ainsi double ou triple de ce qu'il était primitivement. Dans les régions polai- res la différence est beaucoup plus grande , comme on va le voir. Hémisphères polaires d'inclinaison. — La surface de la terre est divisée en deux parties par la ligne sans inclinaison. Comme le mon- trent les cartes de Gauss, par suite de la position excentrique des pôles ( 157 ) magnétiques, par rapport aux pôles terrestres, la ligne isoclinique de 80° forme au pôle boréal un ovale , embrassant le pôle terrestre , qui s'écarte de 35° du côté de l'Asie , et de 20° dans l'Amérique d'une lon- gueur par conséquent de 55°, à-peu-près suivant le méridien occidental de la baie d'Hudson , et d'une largeur de 40°. Au pôle austral , l'autre ligne isoclinique semblable forme un ovale moins grand d'une longueur de 35° à-peu-près dans le sens du parallèle de 72° , et d'une largeur perpendiculaire de 28°; il ne renferme pas le pôle terrestre. Dans l'une et dans l'autre hémisphère , entre 60° de latitude septen- trionale et 40° de latitude méridionale, les lignes isocliniques ne s'é- cartent pas beaucoup des parallèles terrestres. Il y a cependant par suite delà position des pôles magnétiques, d'une part, un rehaussement au N., dans la mer des Indes, l'Asie occidentale et l'Europe orientale, et d'autre part, un abaissement considérable au S., dans la partie orien- tale de l'Amérique du Nord et l'océan Atlantique. Il en résulte une obli- quité assez grande des lignes isocliniques en Afrique, de l'E.-N.-E. à l'O.-S.-O. , et une autre moins forte dans l'Amérique du Sud, de l'O.-N.-O. à l'E.-S.-E. Les lignes isocliniques sont ainsi plus serrées dans la partie orientale de l'Amérique septentrionale et au S. de l'Aus- tralie, au N.-E. et au S.-O. de la plus courte moitié du premier méri- dien magnétique; elles le sont moins à l'opposé , c'est-à-dire dans l'O- céan Atlantique méridional et au N. de la Scandinavie. C. INTENSITÉ (1850) Historique d'après A. de Humboldt et M. Becquerel.— « Dans tous les phénomènes que nous venons de rapporter, le globe terrestre fait, relativement aux aiguilles , l'office d'un véritable aimant. Mais la pro- priété magnétique conserve-t-elle la même intensité dans toutes les régions du globe ? » Pour connaître la force magnétique du globe en un lieu donné , on fait osciller une aiguille horizontale, et l'on compte le nombre des oscil- lations accomplies dans un temps déterminé. Mais , si l'on observe à deux époques différentes , il est nécessaire que dans l'intervalle la dose du magnétisme de l'aiguille n'ait pas changé. » « La connaissance de l'élément le plus important du magnétisme , c'est-à-dire la détermination directe de la force totale de la terre , a Tome XXVL 43 ( 158 ) suivi , à un long intervalle, la connaissance de la direction horizontale et verticale de cette force En 1723, Graham mesura les oscillations de son aiguille d'inclinaison , afin de s'assurer si elles étaient constan- tes, et de découvrir le rapport de la force qui les produit avec la pesan- teur. La première tentative pour évaluer l'intensité du magnétisme sur des points très-distants de la surface terrestre, d'après le nombre des oscillations accomplies dans un temps donné, fut faite par Mallet en 1 769. Il trouva, avec des appareils fort imparfaits, que le nombre des oscilla- tions était exactement le même à Pélersbourg par 59° 56' de latitude, et à Paris par 67° 4'. » La pensée d'étudier les différences d'intensité magnétique sur les divers points de la surface terrestre, et de les mesurer à l'aide des oscil- lations d'une aiguille placée verticalement dans le méridien magnétique, est due tout entière à la pénétration du chevalier Borda. Il obtint ce résultat, non par ses expériences personnelles, mais par le raisonne- ment et par ses instances persévérantes, auprès des voyageurs qui se préparaient à des expéditions lointaines. » Le frottement de l'aiguille d'inclinaison employée par Borda sur le pivot qui la supportait ne lui permit pas , dans le voyage qu'il fit aux îles Canaries, en 1776, de reconnaître les différences d'intensité entre Paris, Toulon, Santa-Cruz de Ténériffe et Gorée en Sénégambie, c'est- à-dire sur un espace de 35° de latitude. Lamanon , le premier, constata ces différences avec des instruments perfectionnés, durant la malheu- reuse expédition de La Pérouse (1785 et 1787). » » Mais c'est en France où l'on a eu , pour la première fois, l'idée de déterminer, par l'observation , l'intensité des forces magnétiques du globe en différents points de sa surface. — Les membres de l'Académie des sciences , chargés de rédiger des instructions pour l'expédition de La Pérouse, recommandèrent d'observer la durée d'oscillation d'une aiguille d'inclinaison à des stations très-éloignées , afin d'en déduire des différences entre les intensités des forces magnétiques correspon- dantes à ces stations. — Les observations recueillies à cet égard ont été perdues avec l'infortuné La Pérouse. Mais il résulte d'une lettre de Paul de Lamanon, postérieure à janvier 1787: 1° Que la force attractive de l'aimant est moindre dans les Tropiques qu'en avançant vers les pôles ; 2° que l'intensité magnétique, déduite du nombre des oscillations de l'aiguille de la boussole d'inclinaison , change et augmente avec la latitude. ( 159 ) « Les instructions ont survécu et ont été mises à profit par M. de Rossel, qui accompagnait d'Entrecasteaux. — Les observations ont été faites de 1791 à 1794. » « Les premières observations d'intensité qui aient été rendues publi- ques, et qui furent faites aussi à la sollicitation de Borda , sont celles que j'ai recueillies durant mon voyage dans les régions équinoxiales du nou- veau continent, de 1798 à 1804. Les expériences faites antérieurement, de 1791 à 1794, par mon ami de Rossel, dans les mers de l'Inde, ont été imprimées quatre ans seulement après mon retour du Mexique. » Ainsi, le compagnon de La Pérouse est incontestablement le premier qui ait reconnu l'existence de la loi ; mais cette loi de l'intensité du magnétisme terrestre variable avec la latitude, loi qu'on a si longtemps négligée ou laissée dans un profond oubli , n'a reçu , ce me semble , une véritable existence scientifique qu'à dater de l'époque où j'ai publié mes observations de 1798 à 1804. » » Depuis cette époque, les physiciens et les voyageurs n'ont cessé de s'occuper de recherches relatives à la détermination de l'intensité des forces magnétiques terrestres. » M. le professeur Hansteen a fait paraître à Christiania, en 1826, une première carte dans laquelle se trouvent figurées les lignes d'égale intensité magnétique, qu'il désigne sous le nom de lignes isodynamiques. » M. Hansteen, accompagné du lieutenant Due, a fait, en 1828, un voyage dans l'empire Russe, au nord de l'Europe et de l'Asie. A son retour, de nouvelles cartes, plus complètes que les précédentes, ont été publiées par ses soins en 1832. » Dans les nouvelles cartes que M. Duperrey a présentées à l'Académie des sciences en 1833, les lignes isodynamiqùes de l'hémisphère nord sont à-peu-près telles que M. Hansteen les avait déjà tracées; mais celles de la zone intertropicale et de l'hémisphère sud ont éprouvé des modi- fications considérables. » Variation de l'intensité suivant l'altitude. — « Les voyages aéros- tatiques de Biot et Gay-Lussac exécutés jadis sous les auspices de l'Aca- démie , dit Arago , étaient en grande partie destinés à l'examen de cette question capitale : La force magnétique qui , à la surface de la terre , dirige l'aiguille aimantée vers le N., a-t-elle exactement la même inten- sité à quelque hauteur que l'on s'élève ? » Les observations de ces deux auteurs, celles de Humboldt faites dans les montagnes ; les observations encore plus anciennes de Saussure , ( 160 ) semblèrent toutes montrer qu'aux plus grandes hauteurs qu'il soit donné à l'homme d'atteindre , le décroissement de la force magnétique est en- core inappréciable. » Cette conclusion a été contredite récemment. On a remarqué que dans le voyage de Gay-Lussac , par exemple , le thermomètre qui , à terre, au moment du départ marquait + 34° centigrades, s'était abaissé jusqu'à — 9° dans la région aérienne où notre confrère fit osciller une seconde fois son aiguille; or il est aujourd'hui parfaitement établi, qu'en un même lieu , sous l'action d'une même force , une même aiguille oscille d'autant plus vite que la température est moindre. » Dans cette ascension, l'aiguille semblait également attirée en haut et en bas ; donc , malgré les apparences , il y avait affaiblissement réel. » Cette diminution de la force magnétique avec la hauteur, semble aussi résulter des observations faites, en 1829, au sommet du mont Elbrouz (dans le Caucase) par M. Kupffer. Ici l'on a tenu un compte exact des effets de la température , et cependant diverses irrégularités dans la marche de l'inclinaison , jettent quelque doute sur le résultat. » « Relativement aux observations d'inclinaison, de déclinaison et d'in- tensité, faites au sommet de Mowna-Kaah, dans l'île Owhyhée, à environ 14,000 pieds (4,267 m ) au-dessus de la mer, Douglas a mentionné, comme conséquence générale , qu'il a trouvé peu ou point de différence dans les résultats obtenus à ces diverses hauteurs et près de la mer. Répartition de l'intensité. — « Sans doute, les lignes isogoniques sont plus importantes pour le navigateur et pour le pilote ; mais s'il s'agit de la théorie du magnétisme terrestre, les lignes d'égale intensité sont celles dont on espère aujourd'hui les résultats les plus féconds. Le pre- mier fait que l'on ait constaté , par des mesures directes , c'est la dé- croissance de l'intensité totale en allant de l'équateur vers le pôle. » Si nous connaissons actuellement la loi que suit cette diminution d'intensité et la distribution géographique de tous les termes dont elle se compose , nous le devons, surtout depuis 1819, à l'infatigable acti- vité d'Edouard Sabine Ces lignes (isodynamiques) ne sont pas paral- lèles à celles d'égale inclinaison ; la force magnétique est loin d'atteindre son minimum d'intensité à l'équateur, comme on le crut d'abord; elle n'y est même uniforme nulle part. Lorsque l'on compare les observa- tions d'Erman dans la partie méridionale de l'Océan Atlantique, où se trouve une zone de faible intensité (0,706) qui va d'Angola, par l'île de Sainte-Hélène, jusqu'aux côtes du Brésil, avec les dernières observa- ( 161 ) lions du grand navigateur James Clark Ross , près du cap Grozier , on trouve que la force magnétique augmente presque dans le rapport de 1 à 3, vers le pôle magnétique austral. L'intensité y étant à très-peu près 2,052 (l'unité qu'on a adoptée dans ce genre d'évaluation est l'intensité que j'ai déterminée au Pérou sur l'équateur magnétique, lat. 7° 1' S., long. 80" 40' 0.), Sabine a trouvé qu'elle était seulement 1,624 au pôle ma- gnétique Nord , près des îles Melville , par 74° 27' de latitude septen- trionale, tandis qu'elle est 1,803 à New -York. » Les observations que l'on a pu recueillir jusqu'à présent donnent 2,052 pour le maximum d'intensité sur la surface entière du globe ter- restre, et 0,706 pour le minimum. Le maximum et le minimum appar- tiennent à l'hémisphère austral ; le premier a été observé près du Mont Crozier, à l'ouest-nord-ouest du pôle sud magnétique, par 73° 47' de latitude sud, et par 169° 30' de longitude ouest, en un point où le capitaine James Ross a trouvé 87° 11' pour l'inclinaison de l'aiguille. Le minimum a été observé par Erman par 19° 59' de latitude sud et 37° 24' de longitude ouest, à 80 milles à l'est de la côte brésilienne de la province Espiritu-Sanlo; en ce point, l'inclinaison est seulement de 7° 55'. Ainsi, le rapport exact des intensités est celui de 1 à 2,906. » » L'intensité magnétique est supposée être égale à 1 sous l'équateur magnétique. Foyers d'intensité. — « Lorsqu'on suit attentivement la direction des lignes isodynamiques ou courbes d'égale intensité, qui s'enveloppent les unes les autres , et que l'on passe des lignes extérieures , qui sont les plus faibles , aux lignes intérieures , dont la force augmente graduelle- ment, on reconnaît dans chaque hémisphère, à des distances très-inégales des pôles de rotation et des pôles magnétiques , deux points ou foyers de la plus grande intensité, l'un plus fort et l'autre plus faible. De ces quatre points , le plus fort , le foyer américain , est situé dans l'hémisphère du Nord par 52° 19' de latitude et 94° 20' de longitude occidentale; on place généralement le plus faible , souvent nommé aussi le foyer sibérien, par 70° de latitude et 117° 40' de longitude orientale; mais peut-être doit-il être rapproché vers l'Ouest de quelques degrés. Des deux déterminations qui précèdent, celle du foyer américain est la plus sûre. L'ovale qui enferme le foyer septentrional le plus fort est situé , d'après cela , dans le méridien de la limite occidentale du lac Supérieur, entre l'extrémité méridionale de la baie d'Hudson et le lac canadien Winnipeg. Le milieu de la lemniscate, qui relie les deux foyers de l'hémisphère septentrional ( 162 ) paraît être situé au nord-est du détroit de Behring, plus près du foyer asiatique que du foyer américain. » Il reste encore beaucoup de doutes touchant la position des deux foyers de l'hémisphère méridional. Sir James Ross a plusieurs fois tra- versé les lignes isodynamiques de la plus grande intensité et recueilli des observations d'après lesquelles Sabine, à la suite d'un examen attentif a placé l'un des foyers par 64° de latitude , 135° 10' de longitude orien- tale. Ross croyait approcher de l'autre foyer en parcourant les parages situés par 60° de latitude et 127" 20' de longitude ouest. Cependant, tout considéré, il inclinait à le placer beaucoup plus au Sud, sous un méridien plus oriental et non loin du pôle magnétique. » Lignes isodynamiques. — « Telles qu'elles ont été conçues par M. Hans- teen , elles ont cela de commun avec les lignes d'égale inclinaison , que les unes et les autres sont analogues à des parallèles de la sphère; mais elles sont irrégulières, et, d'ailleurs, elles ne coïncident pas entr'elles , c'est-à-dire qu'à inclinaison , comme à latitude égale, les rapports d'in- tensité magnétique présentent des valeurs souvent très-différentes, ainsi que M. de Humboldt en avait déjà fait la remarque , durant son voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent. /> Comme on admet que l'intensité est double aux pôles de ce qu'elle est à l'équateur, on a établi neuf lignes isodynamiques qui sont de véri- tables parallèles entre les foyers polaires et l'équateur d'intensité, mais dont le tracé est plus ou moins différent de celui des lignes isocliniques. » Voici la loi de variation que l'on peut établir depuis l'équateur ma- gnétique jusqu'au pôle magnétique boréal : Inclinaison. Intensité. Inclinaison. Intensité 86- M 64- 1,3 81 1,6 45 1,2 ™ 2 A 1,5 24 1,1 73 1,4 1,0 Equateur dynamique ; Zone et ovale de plus faible intensité. — « M. Hansteen pense qu'il existe entre les tropiques une courbe sur laquelle l'intensité minima qu'on obtient dans chaque méridien , paraît varier de 0,8 à 1,0, entre deux points qui seraient situés l'un dans la partie méridionale de l'Afrique, l'autre sur les côtes du Pérou ; que les valeurs extrêmes de l'intensité magnétique , à la surface de la terre , sont dans le rapport de 1 à 2,4. ( 163) » Aujourd'hui il n'est plus permis de croire , dit M. Duperrey. que la ligne sans inclinaison soit précisément la ligne des plus petites intensités magnétiques; mais il est bien probable qu'elle n'est pas très-éloignée de la courbe qui doit jouir de celte propriété, et sur laquelle il faudra établir, lorsque sa posilion sera connue, les points de rebroussement des lignes isodynamiques destinées à envelopper les espaces de moindre intensité. » D'après la carte de Duperrey, à peu de distance de Payta , sur la côte occidentale de l'Amérique du Sud, par 80° de longitude occidentale, l'intensité possède une force que l'on est convenu de prendre pour unité, et qui reste la même sur l'équateur magnétique, dans l'océan Pacifique, jusqu'à 120° de longitude. A partir de là elle va en diminuant et la ligne isodynamique 1,0 se bifurque; la branche méridionale reste confondue avec l'équateur magnétique , et la branche septentrionale remonte de manière à s'écarter de 14° vers le N., sur le méridien de 180° , laissant ainsi entr'elles une bande de moindre intensité. Par 200° de longitude, cette bande s'incline vers le Sud. et comprend alors la ligne sans incli- naison dans sa partie médiane; elle s'élargit ensuite graduellement dans l'océan Indien et surtout en Afrique où elle acquiert une largeur de 17° et demi. Plus à l'O., dans l'océan Atlantique et l'Amérique du Sud l'écartement des lignes isodynamiques 1,0 devient encore plus grand, la force diminue , et on voit se former une sorte d'ovale pointu ou plutôt de court fuseau superficiel limité par la ligne 0,9, dans l'intérieur duquel la force descend à 0,706 entre Bahia et Rio-Janeiro. La bande possède alors une largeur de 25° et demi , à-peu-près sur le cercle sans décli- naison. L'équateur dynamique sur lequel la force est variable coïncide donc à-peu-près avec la ligne sans inclinaison , depuis la chaîne des Andes jusqu'au méridien de 120° , qui passe près de San-Diego en Californie; entre celui-ci et les Iles Philippines, par 240°, l'équateur dynamique est rejeté au N. La coïncidence se rétablit à-peu-près dans les Iles Asia- tiques , l'océan Indien et l'Afrique ; mais par suite d'une déviation vers le S., elle cesse de nouveau dans l'océan Atlantique et dans l'Amérique du Sud jusqu'à la chaîne des Andes. Hémisphères polaires d'intensité. — La surface de la terre est divisée par l'équateur dynamique en deux parties renfermant chacune deux foyers. Comme le montrent les cartes de Duperrey, dans la région bo- réale la ligne isodynamique 1,9, qui enceint les deux foyers très-éloignés ( 164 ) f un de l'autre, forme une surface très-allongée qui, du lac Supérieur, passe entre le pôle terrestre et le détroil de Behring et s'étend jusque non loin de l'embouchure de la Lena en Sibérie , sur une longueur de 55°, et une largeur de 8° au plus dans l'Amérique du Nord. Dans la ré- gion australe , les deux foyers étant plus rapprochés la ligne semblable enceint un ovale irrégulier, d'une longueur de 40° du pôle terrestre à la Tasmanie , et d'une largeur de 28". Les autres lignes isodynamiques plus faibles circonscrivent autour de ces deux surfaces des zones concen- triques successives. Dans l'un et l'autre hémisphères , entre les latitudes de 40° au N. et au S., les lignes isodynamiques ne s'écartent pas beaucoup plus des parallèles terrestres , surtout dans l'hémisphère austral , que les lignes isocliniques dont elles reproduisent les inflexions générales ; mais dans les latitudes plus élevées celles-ci sont beaucoup plus prononcées. La ligne isodynamique boréale 1,5 présente quatre courbes par suite du grand écartement des deux foyers : du nord de l'Europe par 73° elle descend en Chine à 42°, remonte dans l'océan Pacifique à 56° et redes- cend enfin au nord de la Havane à 25° pour regagner , par l'Islande, le point de départ. La ligne australe analogue ne présente qu'une double courbure par suite du rapprochement des deux foyers : de l'océan Atlan- tique, où elle s'élève à 62°, elle redescend à 26° dans la partie centrale de l'Australie. » Les deux pôles magnétiques de la surface de la terre, l'un boréal , l'autre austral , ne sont pas diamétralement opposés , et la plus grande distance qui sépare ces pôles est précisément dans les méridiens de l'Asie, tandis que la plus petite est dans ceux du milieu du Grand Océan. — Cette position respective des pôles magnétiques est évidemment l'une des causes qui rendent variable , d'un méridien à l'autre , la distance d'un pôle magnétique à une même ligne isodynamique. » Les lignes isodynamiques sont plus rapprochées les unes des autres dans l'Asie orientale et l'Australie d'une part et dans le continent amé- ricain de l'autre, que dans les océans Pacifique et Atlantique; c'est surtout en Europe et en Afrique qu'elles sont le plus espacées. Ces lignes à l'inverse des lignes isocliniques , ne sont pas beaucoup plus distantes dans les hautes latitudes qu'au voisinage de l'équaleur. ( 165 ) § IL — VARIATIONS SÉCULAIRES DU MAGNÉTISME TERRESTRE. Répartition des orservations.— « Les variations auxquelles la force magnétique de la terre est soumise , en un lieu donné , dit M. Sabine , peuvent être rangées en trois catégories , savoir : 1° les variations irré- gulières , ou celles qui n'ont point de loi apparente; 2° les variations périodiques , dont la somme est une fonction de l'heure du jour ou de la saison de l'année; et 3° les variations séculaires qui sont ou lentement progressives, ou retournent à leurs valeurs primitives dans des périodes d'une longueur très-grande et inconnue. » Dans ce travail, qui a pour but spécial l'étude du déplacement des pôles magnétiques , je ne dois m'occuper que des variations séculaires ; il me suffit même d'établir les variations des trois éléments magnétiques d'une part dans les régions polaires, et de l'autre dans une portion de la surface de la terre les reliant l'une à l'autre. L'océan Atlantique étant le plus fréquenté et celui dans les régions littorales duquel le plus grand nombre d'observations ont été faites, j'ai dû le préférer à tout autre. D'ailleurs il était naturellement désigné par sa position entre l'ancien et le nouveau continent, de l'un à l'autre duquel le pôle magnétique bo- réal, celui sur lequel on a le plus d'observations, semble avoir passé, pendant les trois siècles qui viennent de s'écouler. Les séries d'observations locales appartenant aux trois éléments ma- gnétiques, déclinaison, inclinaison et intensité, seront exposées succes- sivement en cinq groupes pour chacun d'eux : 1° Les séries de Paris et de Londres, beaucoup plus longues qu'au- cune autre, données en première ligne et comparativement (1); 2° Celles du littoral atlantique de l'ancien continent européo-africain ; 3° Celles du même littoral du nouveau continent américain ; 4° Celles de l'Asie septentrionale; 5° Celles de l'Australie. (1) Pour ces deux séries j'ai eu surtout recours au travail de M. Desains inséré dans les Mémoires de l'Observatoire de Paris , t. VII , pour la première , et à l'obligeance de M. Airy, astronome royal de l'Observatoire de Greenwich, pour la seconde. Pour les autres séries, les livres m'ont manqué à Bordeaux comme il en aurait été en toute ville de province ; je n'ai pu achever mes recherches qu'à Paris dans les bibliothèques du Muséum, du Dépôt général de la Marine, et surtout celle de l'Observatoire qui m'avait été gracieusement ouverte par M. Le. Verrier. ( 166 ) A. DECLINAISON ■ <■■ Séries de Paris et de Londres (1) x» paris. losbrks. Différence Z ____________ n..i i n ■■ . m Mois. Observit. Déclinais. Mois. Observât. Déclinais. e £ " a,P ' 1541 Kunst. Bell. 7° 0' E. 1550 Oront. Finn. 8 1576 Burrow. . 11° 15' E. 1580 ..... Serin. Offuc. 11 30 16 oct. — — 17 5 - 0° 12' 5 1600 D'Alence. . . 8 1603 Nautounier. — 45 1610 — 1612 Gunter. ... 60 - 2 1618 — 1622 — — 50 1630 Petit 4 50 1634 Gellibrand. 4 5 1640 P. Bourdin. 3 1642 2 30 1654 . . Bond .... 1659 . — 2 1662 ... . Petit . . . 10 1 1664 Picard. . . . 40 1665 1 22 5 O. 54 1666 — 34 1667 21 juin Académie . . 15 O 1670 Été. . . Picard 2 6 36 . . Halley. . . . — 30 1680 lerjuil. — 2 40 1681 22 mars — 30 1682 — — 30 1683 10 mars La Hire. . 3 50 1684 déc. . . — 4 10 1685 — — — 10 1686 — — — 30 1687 9 nov.. Cassini. . . 5 12 1688 . 4 50 1689 23 nov. Cassini. . . 6 1691 4 40 5 50 . . . Halley. . . . 6 1692 déc. . . La Hire. . 10 1693 déc. . . —■ 6 20 (1) Pour ces deux séries je ne donne qu'une seule observation par année, autant que possible celle qui a été faite pendant les derniers mois. La dernière colonne offre les différences qui ont successivement existé entre les valeurs de la déclinaison dans les deux capitales. ( 167 ) 3E PAKIS. LONDRES. Différence m* m Mois. Observât. Déclinais. Mois. Observât. Déclinais. de L. £ P, 1695 13 oct. La Hire. . . 48 1696 17 oct. — 7 8 1697 22 oct. — — 40 1698 30 oct. — — 40 1699 25 oct. — 8 10 1700 20nov. — — 12 Halley. ... 9 40 1 28 1701 22 sep. 8c 25' 1702 — — — 48 1703 18 déc. — 9 8 1704 30 oct. — — 20 1705 51 déc — — 35 1706 31 — 48 -1707 28 — — 10 H 1708 27 — — — 15 1709 24 — — — 30 1710 50 — — — 50 1711 50 — 50 1712 50 — — 11 15 1715 29 — — — 12 1714 51 — — — 50 1715 50 — — — 10 3716 50 — — 12 20 1717 29 — — — 40 1718 51 — La Hire tils . — 50 1719 2(isep Maraldi. . . . — 50 1720 1er — — 13 ..... . 15 10 10 1721 16oct. 1722 22nov. — — — 1725 22 déc. — — — Graham. . . 14 17 1 17 1724 2nov. — — — 1725 50 déc. — — 15 1726 5 — — — 45 1727 14 — — 14 1728 17nov. — 13 30 1729 5déc. — 14 10 1750 20nov. — — 25 1751 5 déc. 45 1752 15sep. — 15 15 1753 déc. — — 45 1751 l e rdéc. — — 40 1735 1er oct. — 14 55 1756 déc. — 15 40 1737 5 mai. — — 45 1738 28 mars Cassini.. . . — 10 1739 déc. Maraldi . . . — 30 1740 — ~— ~™ 45 ,: 16 10 25 1741 14 mai. 40 1742 2 juin — — 40 1743 15 — — — 10 1744 17-21 jui • de Fouchy 16 15 1745 17-19 mai — — 15 26 mars Graham. . . 17 45 1746 24-25 juin — — 15 18 — — — 10 55 1747 20-22 jui . — — 30 24 fév.. ' — — 50 1 1748 14 juin — — 15 1 janv. . — — 40 1 48 ( 168 ) » a PARIS. LONDRES. Différence m Mois. Observât. Déclinais. Mois. Observât. Déclinais. ie L. a P 4749 10-11 — de Fouchy. — 50 1750 16-17 — — 17 15 1751 30 avril — 1752 15-16juin — 15 1753 25-26 fév _ — 20 1754 6 mars. — — 15 1755 14 mars. Maraldi. . . — 50 1756 50 mars _~ — 45 1757 4 mai. . — 18 1758 10 mai. — — 1759 15 fév . — — 10 1760 8 mai.. 50 19 50 1 18 40 — 50 1763 ..... — 45 1764 .... 19 15 1765 22 avril Maraldi. . . — 1766 — 15 • e — 50 — 50 1769 — 50 1770 15juilK Maraldi. . . — 55 1771 6 mai. . — — 50 1772 5 nov.. Le Monnier. 20 2 1773 22 avril — — 4 Heberden . 2l 9 1 5 1774 2 août.. — — 12 A'-sept. Cavendish. — 16 1 4 1777 17 sept. Cassini . . . — 26 J n -jui". — — 45 1 17 1778 17 déc. 1779 21 nov. — 56 22 11 1 55 — — 35 1780 19 déc. — — 56 1781 lOoct.. — 21 9 1782 4 juill.. — — 12 1785 5 août.. — — 27 1784 27févr. — — 27 1785 18 mars. — — 35 1786 1 juin. . — 27 Juill . . Gilpin . . . 23 17 1 50 1787 — — — 36 — — — 19 1 43 1788 — — — 40 — — — 52 1 52 1789 16janv. — — 56 — — — 19 1 23 1790 7 août.. — — 52 — — — 59 1 47 1791 30 juill. — 22 4 21 55 — — 56 — 56 1 52 1 41 — 54 5 — 54 5 — 49 — 56 — 57 24 — 1 — 6 1 54 5 2 1 7 — 35 2 25 Cassini. . . 22 15 5 1 45 6 1799 7 juin.. 1800 19oct.. Bouvard . . 22 — 5 — — 1 8 24 5 6 2 1 S 1 57 4 1602 2 mai.. 22 3 — 24 4 1803 22 juin. — 21 45 — — 6 2 6 1804 15 mai. — 22 9 — — 8 2 23 1805 16 juin. — 21 42 — — 8 1 57 ( 169 ) PARIS. Décimais. Mois. B,«5Sfl»BSKS Différence m. ni Mois. Observât. Observât. Déclinais. de /,. à P, 1803 16 juin. Bouvard . . 21 42 1806 16 mai. — — 31 Gilpin. 24° 8' 2° 26' 1807 7 oct. . — 22 25 — — 8 2 17 1808 7 oct. . — — 19 .... — — iè 1 45 1809 24 fév.. — — 6 — — 10 1 51 1810 13 mars Arago. . . . — 16 .... — — n 2 5 1811 13 oct.. — — 25 .... — — 14 1 49 1812 9 oct. . — — 29 .... — — 10 1 47 1815 3 oct. . — — 28 .... — — 20 1 52 ■1814 lOaoût. — 22 54 .... — 24 21 2 1 47 1813 — — — 30 .... — — 18 1 48 1816 12 oct.. — — 25 .... — — 18 1 55 1817 10 fév.. — — 19 .... — — 17 1 58 1818 13 oct.. — — 26 .... — — 15 1 49 1819 22 août. — — 29 .... — — 14 1 45 1820 — 25 .... — — 12 12 1821 26 oct.. 1 47' 1822 9 oct. . — — 11 .... — — 9 1 58 1823 21 nov. — — 25 ~ — 10 1 47 1824 15 juin. — — 25 1825 18 août. — — 15 1827 8 juin.. — — 20 1828 7 août. — — 6 1829 5 oct. . — — 12 1850 — — 9 1851 — — 1852 4 mars. — * — 5 1855 9 nov. . — — 4 1840 . . Bravais.. . . 21 29 1841 . .... 1842 1845 ...... 1844 1845 1846 Bravais 20 47 1847 , ' 1848 22déc. Laugier. . . 20 42 1849 30 nov. — - 34 1850 déc. . . - — 51 1851 16 nov. — — 25 1852 1855 5 déc . — — 17 1854 2 sept . — — 10 1855 . . .... 1856 1857 1858 2 déc. . Desains. . . . 19 56 5 1859 déc. . . — — 29 5 1860 26 nov. — — 19 1861 19 déc. — — 12 2 1862 17 déc. Marié-Davy. — 5 1 1865 19 — — 18 50 1864 2 — Bayet — 50 1865 18 — — — 58 2 1866 18 — — — 35 5 Moy Airy. 1 M 25 16 — 14 — 12 — 15 32 57 — 50 5 2 — 51 ? — 52 ? 2 10 — 38 2 4 — 24 1 53 — 18 4 55 — 18 — 10 4 55 — i i 51 21 48 — 45 — 35 27 1 50 S — 23 1 55 5 — 1.4 1 55 — 5 1 55 20 52 1 47 — 46 1 54 — 40 1 50 — 55 1 55 Au bas de la page précédente, les 4 dernières observ. de Londres se rapportent aux années 1801 -i Tome XXVI. a ( no » Dans la plupart des ouvrages , on ne fait pas remonter les observations de Paris au-delà de celle qui a été faite en 1580 par Sennertus et Offucius; on ne tient généralement pas compte de celles de Kûnstler Bellarmalus en 1541, et d'Orontius Finnaeus en 4550, conservées par la tradition et les écrits de ce dernier et de Castelfranc, sans doute à cause de l'état d'imperfection des boussoles à ces époques. Quoique je ne les croie pas non plus exactes, je n'ai cependant pas voulu les passer sous silence. J'en ai même tenu compte dans le tableau ci-dessous, qui montre pour chacune des deux séries de Paris et de Londres la valeur annuelle de la déclinaison pendant chaque période de dix années, excepté pour les premières, qui doivent être plus longues par suite du manque d'observations. LOWDBEg. Périodes. Extrêmes. Valeur ann. Extrêmes. Valeur ann. 1541-1580 39 1580-1612 52 1610-1642 52 1612-1666 24 1666-1670 5 1670-1680 10 1680-1692 12 1692-1700 8 1700-1710 10 1710-1720 JO 1720-1750 10 17Ô0-1740 10 1740-1750 10 1750-1760 10 1760-1770 10 1770-1780 10 1780-1790 10 1790-1800 10 1800-1810 10 1810-1814 4 1814-1820 6 1820-1850 10 1850-1840 10 1840-1850 10 1850-1860 10 1860-1865 5 11 8 2 0' 50 50 ! 50 2 40 5 50 8 12 10 50 15 14 2 17 15 18 50 19 55 20 56 21 52 22 5 22 16 22 54 22 27 22 9 21 29 20 51 19 19 18 58 6' 55' 6 54 11 6 15 22 50 7 15 50 17 45 15 48 13 8 30 8 9 7 30 8 50 5 7 50 A 18 1 11 4 30 1 1 17 47 4 5 4M 7 12 17' 5 6 40 15 10 16 17 19 21 aà 10 40 31) 9 M 59 5 11 21 12 16 21 1*4 9' 55" 8 oi 12 15 (1654-64) 15 45 (J 662- 70 10 58 27 30 10 50 9' H 15 9 10 7 57 12 24 7 20 2 28 58 2 20 1 50 1 12 4 24 5 47 % 7 8 12 On voit que la valeur annuelle de la déclinaison a été à son maximum , alors que la déclinaison était presque nulle , en 1666 cà Paris, en 1652 à Londres; qu'elle a été en diminuant jusqu'au moment où celle-ci a atteint son maximum en 1814 à Paris et à Londres ; pour ensuite aug- menter au fur et à mesure de la diminution de celle-ci. ( 171 ) «L'aiguille aimantée horizontale l'ait, dit Arago , avec le méridien terrestre , un angle qui varie avec les années ; elle semble osciller autour du méridien terrestre selon des amplitudes qu'on ne saurait encore déterminer. » Le mouvement graduel vers l'Ouest n'a eu lieu qu'avec plusieurs oscillations , comme Cassini l'a reconnu le premier. » Ainsi on voit , à en juger par ces seuls résultats , que c'est vers 1814 que l'aiguille aimantée a atteint sa déviation maximum vers l'Occident; depuis cette époque, elle a rétrogradé vers l'Orient, mais avec une grande lenteur d'abord. De même que dans la fin de son excursion occi- dentale sa vitesse était très-petite, le commencement de sa course en sens contraire ne saurait être que très-peu rapide. » Une circonstance digne d'être notée, c'est que la déclinaison a été nulle à Copenhague plus tôt qu'à Londres et qu'à Paris , et nulle aussi à Londres plus tôt qu'à Paris. 3o séries dis littoral atlantique curopco-africaiii. Spitzberg (Bell-Sound) 1596 25 juin.. W. Barentz. . 16° 0' 0. 1615 5 août. . W. Baffin. . . 15 11 1859 29 juillet. Lottin 20 56 Ile Bear (Cherry). 1596 9 juin. . . W. Barentz. . 15° 0' 1610 8 mai. . . Jones Poole. . 15 50 1858 Evans M 20 Cap Nord 1609 5 mai. . . Hudson . . . 1858 Evans . . . . 6° 0' 0. 7 Hammerfest. 1825 li°26'0. 1827 10 14 1858 21 août. . Lilliehoek. 1858 Evans . . . Trondhiem. 1761 . . 1769-70 1771-72 1775-74 1775-76 Holmen Berlin . M 16 8 25 15..50'O 15 25 15 53 16 45 17 14 1777-78 1779-80 1781-82 1785-84 1786 . . Berlin. 17°47'0. 18 18 27 — 52 19 . . . Vihe . . . 1827 Sabine 20 40 1852 Keilhau 20 1858 50 juin. . Lo'h. Lillieh 19 59 5 1858 Evans 18 50 Bergen. 1768 8 juin . . Holm 19°20'O. 1791 1792 . . . Vibe. 1858 Evans Christiania. Holm. . . . Hansteen . 1761 27 oct.. 1769 20 janv. 1816 25 janv. 1817 10 mars. 1818 22 mai.. - 1822 — 1828 — 1850 - 1840 - 1858 Evans. 24 15 25 50 21 15°15'0. 16 45 20 15 19 59 — 45 — 45 — 50 — 50 17 15 \ 172 ) 1718 ...... 1763 18 mai.. 1764 25 juin.. 1765 20 juin.. 1766 5 août. 1767 17 juin.. 1768 5 juin.. 1769 29 mai.. 1771 14 juin.. 1772 26 juin.. 1775 5 juin.. 1777 23 juin.. 1786 1787 1790 à 1800.. Stockholm. . Elvius. . . . Wilcke. . . 4811 juil . . . Svanberg. . 1817 29 mars. Cronstrand. 1828 1830 1833 1858 Evans. . . . 5°37'0 11 48 — 58 12 8 — 1S 21 — 28 — 33 13 4 — 4 — 20 — 56 15 34 — 17 16 20 15 52 14 57 — 54 — 57 12 15 Copenhague 1649 Luchtemacher. 1656 Bartholin. . . Lons (père). Lons ( tils) . . 1808 24 juin.. Wleugel 1809 17 mai.. — 1810 24 juin.. — 1812 7 juin.. 1813 l er juin.. 1813 5 oct. . 1814 29 sept. 1815 16 sept. 1816 4juilL. — 1817 8 sept. 1858 Lamont. Bugge. . Wleugel 18°22'0. 22 — 16 — 17 — 22 — 14 17 56 18 51/2 — 15 17 51/2 15 12 5 Kœnigsherg. 1600 ...... 1628 1642 1774 Reccard, 1858 ..... . Lamont . 1672 1730 juill. . . 1731 ...... 1765 2 juill.. 1767 le'sept. 1768 20 août. 1769 14 oct.. 1770 10 oct. . 1771 15 oct. . 1 772 22 sept. 1773 15 août. 1774 15 oct. . 1775 25 oct. . 1776 15 août. 1777 29 mars. 1779 1782 . . . 1785 1784 1785 1786 . . . 1792 sept 1793 Bugge. 1806 19 mai. 1807 5 oct. Wleugel. l°30'E. 3 35 O. 10 37 11 15 15 6 — 7 — — 34 — 37 16 2 — 17 — 22 — 27 — 26 — 32 — 39 17 5 — 41 — 49 18 — 7 — 9 — 23 — 15 — 25 — 21 1717 1724 1725 1751 1764 1770 1773 1774 1775 1777 1778 1779 1780 1782 1783 1784 1785 1786 1787 1788 1805 1825 1836 1853 1858 10 nov.. 1 5 août . 14 juin.. 1 er août. 6 oct. . I e »' nov.. 10 juin.. 26 sept. 25 août. 29 sept . l" r oct. . 5 oct. . Berlin. Ch. Kirch. 0° 0' 1 O. 1 5 13 30 10 11 8 10°52'O. 11 45 — 11 56 — 14 16 Heccard 14 15 Remondi .... 16 9 _ — 48 _ - 54 Schulze 17 11/2 — 16 42 — 16 45 _ — 461/2 17 47 — 51 — 57 18 3 — 20 li déc. . Bode 17 44 _ 17 5 17 sept. — 18 2 oct 17 40 mars 16 43 septemb. Ermaa. .... 14 57 5 Lamont — ; '23 8 Bruxelles. 1568 (à Louvain) . . 15<>env.E. 1600 (à Anvers). ..90 1772 (à Ostendc). . 20 35 O ( 173) Quetelet 1827 oct. . 1850 fin mars. 1832 — - 1855 — — 1854 5-4 avril. — 1855 fin mars. — 1856 — — 1857 — — ■1858 — — 1859 — — 1840 mars. . . — 1841 — — 1842 28 mars. — 1845 — — 1844 — — 1845 — _ 1846 — — 1847 — — 1848 — _ 1849 — - 1850 — 1851 _ 1852 — 1855 — 1854 — 1855 — 1856 — 1857 - 1858 15 avril. — 1859 mars. . . — 1860 avril. . . — 1861 22 mars. — 1862 _ 1865 18 avril. — 1864 4 août. — 1865 _ Vienne 1658 Cobavius 1696 1858 Evans.... 22 28 8 — 25 6 — 18 — 15 5 — 15 2 — 6 2 — 7 6 — 4 1 — 5 7 21 55 6 — 46 1 — 58 2 — 35 5 — 26 2 — 17 4 — 11 6 — 4 7 20 56 8- — 49 2 20 59 2 — £5 7 24 2 - 18 7 — 6 19 57 7 — 55 5 — 47 8 — 41 9 — 55 7 — 29 1 — 51 9 — 27 51 — 11 50 — 57 58 — 49 52 18 47 8 0° 0' 11 34 0. 12 55 Munich. 1841 Lamont. 1842 _ 1845 _ 1844 _ 1845 _ 1846 _ 1847 __ 1848 _ 1849 _ 1850 _ 1851 _ 1852 _ 1853 _ 16°55'9"0, — 47 4 — 40 7 — 55 8 — 27 1 — 20 — 20 — 60 15 58 2 — 51 5 — 55 5 — 27 1854 ... . 1855 1856 1857 .... 1858 1859 1860 1865 janvier. Lamont. .... 15û19'4 : — — 11 7 — — 5 4 — 14 57 7 — — 51 1 — — 45 7 — — 57 5 — — 18 5 Genève. 1797 19°40'O. 1800 21 30 1801 1802 . . . 1803 1804 1858 Evans — 26 — 27 — 18 — 15 17 25 1600 après. Lyon. Kircber . 4°30'E. 1751 15 45 O. 1756 16 52 1761 18 45 1850 20 20 1846 18 58 1858 . 17 45 1600 après. 1761 mai . , 1798 nov. . Marseille. . Gassendi. . . Niebuhr. . . Humboldt. 2°40'E. 18 O. 20 55 1853 septemb. Erman 17 35 35 1858 Lamont 17 4 Toulon. 1731 H octob. Geddes 10°52'O. 1811 19 10 1818 .........— 50 1820 — 14 1822 1850 1858 — 20 — 20 Evans 17 Rome. 1640 Kircher. 1670 avril. . . . Auzout. 1681 . 1695 octobre . Cassini. 2°45'0. — 50 5 7 50 1750 1762 Asclepi. 1782 1783 1784 1785 1786 1787 1788 ( iU ) Ho 9'0 16 1811 Conti 1819 1833 1853 Pionciani. . . . Secchi 1859 1618 Malte. 1694 1708 1858 14 2i déc. . Chazelles. . . Constantinople. 1600 Krugeras. . . 1625 Fournier. . . 1694 23 octob. Chazelles. . . — 49 — 49 — 54 17 — 4 — 7 — 12 — 5 16 55 — 35 14 3' 35" 13 48 56 0° 9 30' 0. 10 25 13 10 Oo 2 ()' 0. 9 ■12 1858 Evans. Alexandrie ( Egypte ; 1618 1638 décemb.. Joh. Gravius. . 1761 octobre. . . Niebuhr 1798 juillet. . . Nouët 1858 Evans Le Caire. 1694 Chazelles. 1761 décemb . Niebuhr . 1798 — Nouët. . . 1858 Evans. . . 1679 10 sept. 1771 octobre. 1798 15 août. Brest. De la Hire. Verdun. . . Rochon. . 1858 Evans 6< O'O. 5 45 H 4 13 6 7 12°15'0 — 25 — 6 40 1°45'0. 20 10 25 30 22 40 1680 1858 1787 1858 Royan. octobre. . Picard. . . Evans. . . La Rochelle. Beaufoy. . , Evans. . . . Bordeaux. 1825 1830 1846 1847 1854 1858 2 sept . 20 avril, janvier . Abria. 1680 1858 1589 1600 1858 Lamont . . Bayonne. septemb. Picard . . . janvier. . Lamont. . . Cap Finistère 12 nov. . Wright. . . Dudley. . . 1638 1668 1683 1697 1706 1762 1776 1782 1858 1733 1858 1724 1766 1769 1771 .... 1776 ... . 1791 7 août. 1858 . Evans Lisbonne. P. Martinius. 26 déc. . P. Couplet. . . Noël 2 mars . . Ross Borda Lovenorn.. . . Lamont Cap Saint-Vincent 27 sept. . Roy-Bulter . . Evans Cadix. Feuillée . . . . 28 oct. 14 oct. Chappe. . Fleurieu. Verdun. . Ulloa . . . Lovenorn Lamont . l"20'O. 20 30 19o 7'0. 20 55 22° 22' 0, — 15 21 26 20 51 12 — 12 1o20'O. 19 57 50 4« O'E. 8 30 23 10 7o59' E. 50 0. 5 1 18 6 50 17 52 19 — 51 21 40 15°49'0. 21 25 5°25'0 17 12 18 40 18 19 42 21 56 20 12 50 ( 115 ) Açores (Fayal). Wright. .... 5° 5' E. Dudley Cook 22 7 0. Evans 26 Madère (Funclial). Dudley 2» 10' 0. Gray 6 58 Wallis 14 10 Carteret .... 16 Verdun 18 Lovenorn. ... — 22 Tranberg. ... 20 21 Evans 22 Ténériffe (S»-Cruz). 1600 après . . Dudley 4° O'O. 1589 20 sept. . 1600 après. . . 1775 lijuill. . 1858 1600 Mad après . . 1727 décemb. . 1766 8 sept. . . 1771 décerab. . 1783 9 avril... 1802 14 mai. . 1858 1769 . . . 1770 . . . 1776 20ût. 1785 1788 1791 1792 28 août. . 7 janvier. 13 octob. Fleurieu. ... 15 45 Verdun 15 30 Cook 14 41 Ulloa 15 55 La Pérouse. Bligh D'Entrecast . — 52 20 1 18 9 16 32 — 1 1803 octobre. . Krusentern. . . 1837 Vidal 22 40 1858 Evans 20 55 Iles du Cap-Vert (Praya). après . . Dudley 2»50'O. 7 octob. . Mathews. ... 4 5 23 sept. . Cart. , Wallis. 8 20 janvier. . Verdun 10 45 — Marchand.. . . 14 12 ...... Fitz-Roy. ... 16 30 Evans 17 35 Sierra-Leone. W. Keeling. . 1<>50'E. 9novem. Mathews. ... 5 120. 1600 1725 1766 1772 1791 1831 1858 1608 1725 1836 1858 février . . Vidal 18 52 décemb.. — , 20 12 Evans 19 25 1836 1846 1678 1754 1768 1775 1806 1836 1839 1842 1846 1858 1600 1604 1610 1623 1677 1691 1724 1764 1768 1775 1785 1789 1796 1806 1839 1840 1841 1842 1843 1844 1845 1846 1858 Fernando-Po . . Vidal 19o50'o- • . Denham .... 19 4 Ascension. 15 avril. 25 mars. 28 mai . 12 avril. De La Caille Wallis Cook Bonsœ. . . . , Fitz-Roy. . . . Dup.-Thouars. Belcher . . . . Bérard . . Evans. . . . Sainte-Hélène. Kolthurst. Davis. . . . 19 mars. 1 7 mai . 5 mai . Halley. Mathews. Nicholson. Wallis . . Cook. . . Lodberg. Hunter. . ônovem. Macdonald. mai Krusentern Dup.-Thouars. Ross nov. (fin). Observât. Belcher. . nov (fin). Observât. Bérard , Evans. . 1° 0'E. 8 6 0. 9 53 10 52 15 40 17 36 18 31 19 14 — 16 21 8° E. 7 45 — 15 6 40 1 0. 7 50 11 58 12 47 — 18 14 18 15 30 — 48 54 17 18 22 17 — 53 23 1 7 22 11 25 9 4 — 15 7 — 27 5 — 35 8 — 11 24 1497 1605 1607 1609 Cap de Bonne-Espérance. V. de Gama. . Décl. ori. Davis 0o50'E. 22déc. . W. Keeling. . 12 O. ( 176 ) 1614 29 juin. . 1667 Daunton. . . . Io45'0. . 7 15 1775 1780 1784 1788 1791 1792 1804 1815 1818 1825 1829 1836 1859 1841 1842 1844 1845 1858 avril. . . . Cook 21ol4'0 22 16 Leydeker . . . 8 28 . . — 30 11 . 12 50 21 45 1675 30 mai. . 1687 1699 1702 mai .... juillet. . . janvier. . 19 février Bligh Vancouver. . . D'Enlrecast. . Bonsoe 25 16 25 40 24 50 25 4 . 13 40 26 1708 . 14 Mathews. . . . 16 25 — 27 . — 50 — 50 1721 14 juin. . 1724 25 mars.. 1725 . . . • 10 avril. . avril. . . . janvier. . Dup.-Thouars. Observât. . . . Pagoda 28 12 — 1751 26 avril. . 1752 13 mars. 1755 18 janv. . La Caille. . . . 19 15 . — 40 — 40 — 50 " . 20 50 — 26 — 50 29 7 — 7 1771 mars . . . 1772 15 nov. . Wallis . , Cook — 15 — 6 — 51 — 55 3° Séries du littoral atlantique américain. Dyre-Fiord (Islande). 1786 Lovenorn. . . 42o41'0. 1834-56 Lottin 40 58 Bellestadir (Islande). 1780 Lovenorn. . . 54°50'0 1854-36 Lottin 43 14 Ramel-Ford (dét. de Davis) (Au nord du cap Valsingham). 1612 J. Hall 24° 16' O. 1858 Evans 73 50 Iles Résolution (N.-O. ) 1615 1er juin.. Baffin 27°23'0. 1858 Evans 64 Port-Manvers (Labrador). 1606 Knight 25° 0' O. 1858 Evans .... 48 Saint- Jean (Terre-Neuve). 1844 Bayfield .... 29° 56' 1858 Evans 51 50 Saint-Pierre-de-Miquelon. 1772 Mai. . . . Verdun 19°15'0. 1858 Evans 28 10 1649 1686 1810 1814 1851 1842 1859 1795 1818 1822 1830 1851 1852 1854 1857 1855 Québec. Bressan De Hayes. . . . Becquerel. . . . Kent. Becq. . . Bayfield Lefroy Schott Burlington (Vemiont 1708 1742 1757 1761 1765 août. . . Schott . . ...). Cambridge (Massach Brattle. . . . . . Winthorp . . . 16° 0'E. 15 30 11 O. — 50 13 58 14 12 16 17 1. 7°58'0. — 30 — 42 8 10 — 15 — 25 — 50 9 45 — 57 15fév. Williams . . Winthorp . 9° 0'E. 8 O 7 20 — 14 — 1780 25déc. . Williams. 1782 21 juin.. 1783 25 déc . 1788 ( 177 ) Williams, .... 6040' E — — 52 — 08 1850 Bâche 10 00 1855 août Schott — 13 7 Providence (Rh.-Island.). H17 R. Jakson 9»56'E, 1769 D. West 6 30 1813 Brown, etc. 1819 1825 1850 1855 -1840 1841 1842 1843 " 1844 août 1855 20 août. Schott New-Haven (Conneci — 50 O — 57 — 51 7 10 — 54 8 25 — 51 — 59 — 46 9 15 — 51 5 New-York. 1686 Welles 1725 Geo-Buraet... 1 75 Q Alexander 1755 Evans 1789 Encycl. Meth.. 1824 Blunt's Map.., 1S34 Owéri 1857 Renwick 1843 1er juin. Douglass. .. J844 U.S.Coast.Surv. 1845 août. — 1850 Bâche 8 45 E 7 20 6 22 5 4 20 — 40 5 50 40 6 6 15 1835 août. Schott. 1761 1775 1780 Stiles . Strong Stiles . 5<>47' E, — 25 — 15 — 10 0. 4 55 5 17 — 52 — 55 1845 10 sept 6 17 5 1848 10 août — 57 9 1855 août 7 2 7 Toronto (Canada). 1811 N. Redfield... 1819 Fisber 1828 N. Goodwin... 1855 Loomis 1856 E. C. Herrick. Philadelphie (Pens. 1710 Whitney 1"50 Kulm's Trav. 1 7 95 Whitney 1802 1841 septemb. Observatoire 1842 — _ 1845 — _ 1846 — _ 1847 — _ 1848 — _ 1849 — _ 1850 — _ 1851 - _ 1855 — _ 1836 — _ 1857 — _ 1838 — _ 1859 — _ 1860 — _ 1861 — _ 1862 — _ Tome XXVI. M4'70 — 18 1 — 35 8 — 3^6 — 38 2 — 59 7 — 39 9 — 45 — 46 5 1804 1813 1837 1840 25 mai.. 1841 20 juill. 1850 1855 1862 M. Clure Johnson . . 5 sept, août. Bâche. Schott Washington 1800 Par calcul.. . 1810 _ 1820 _ 1850 _ 1840-41 . . . w. Gillïes . . 1850 Bâche 1855 31 juill. Schott. . . . 1860 — 51 9 — 58 5 2 1 6 — 5 4 — 8 8 — !0 8 — 15 2 — 17 2 Charleston (N. 1775 1824 juillet 1857 1841 mai . . . . 1849 avril 1858 . . . -Carol. 7 2 1 . 8°30'E. 5 45 1 50 — 50 0. 2 — 25 5 52 3 51 1 — 53 7 4 20 4 31 7 5 0° 4' — 3 — 8 1 1 1 20 12 1 50 5 44 2 2 6 )• 5° 50' E. 5 45 2 34 2 25 2 20 Evans 15 Cap Florida. 1600 après. . Dudley .... 7 1726 25 sept. . Mathews. . . . 3 1771 G. deBrahm. 6 1850 22 fév 4 Nouvelle-Orléans. 1720 Laval 2<> 1806 Laton 8 1850 Bâche 7 < ( 1- 5'E. 95 O'E. 2 39 La Havane. 1726 4°25'E. 1732 avril. . . Harris 4 50 1815 octob 6 15 1850 5 42 1858 Evans — 35 La Jamaïque (Port-Royal). 1726 12 sept. 1752 .... 1789-95. . . 1791-92. . . Mathews . E. Harris. Lund. . . 4°31'E. — 30 — 28 1819 De Mackau . . 4 30 1821 DeMayne. . . — 30 1822 OweD — 33 1852 Foster. . 1835 ? . . . . carte . . 1840 V .... Sabine . 1857 mars. Friesach . La Martinique. 1682 novemb . DesHayes.. 1704 9 février. Feuillée. . . 1706 novemb . — 1760 16 juin.. Ross. . . . 5 7 4 24 — 5 24 4°10'E. 6 5 - 10 5 41 1858 Evans 1 10 La Barbade. 1726 28juin. . Mathews... .• 4°24'E, 1760 51 mai. 1761 4 mai. . Ross - 50 3 47 1858 Evans 1 10 Cayenne. 1672 Richer. . . . 11° O'E. 1682 Des Hayes. . 5 30 1755 Fresneau. . . 1 40 1744 . . 1762 1767 . . . . Deslingy ... — 5 30 .- 2 12 1788 1789 . . — 5 1858 Pernambuco. 1815 1819 1822 1836 1858 Haworth . Roussin. . 3o O'O 4 45 Owen. .... — 49 Fitz-Roy ... 5 54 Evans 8 40 1600 1708 1819 1822 1832 1858 1670 1768 1858 après. B allia. Stevinus . . . 13° O'E Noël . . . . . H 50 Roussin. . . . 1 58 0. Owen. . . . . 2 Fitz-Roy. . . 4 18 Evans. . . 5 40 Cap Frio Martinus. . . 12°10'E. novemb . Cook 6 40 Evans 1 50 0. Rio-Janeiro. 4 février. La Caille. 1751 1768 octobre . 1787 1850 1852 1856 1857 1845 1858 1712 1785 1804 1832 1858 Cook J. Hunter. . . Erman .... Fitz-Roy. . . Vaillant. . . . Dup.-Thouars Helmriecher . 9° l 22'E. 7 34 6 12 2 tf 2 50 51 13 Evans 1 10 0. Ile Sainte-Catherine. Frezier. ... 12° O'E. 19 nov. . La Pérouse. . — 4 février. Krusentern. . 7 51 Fitz-Roy ... 6 30 Evans 3 ( 119 ) Montevideo . 1807 . . . . . 13° 20 1820 . . . . . (Freycinet). . 12 47 1827 . . . . 1829 . . . . 1830 • (King). . . D'Orbigny. . . — 7 . H 43 — 42 1833 . . . . 1856 . . . . Fitz-Roy. . . Vaillant. . . . 12 40 . 10 55 1843 . . . . 1844 . . . . . Sulivan. . . . — 42 — 55 1855 février 1858 . . . . . Gillies . Evans. . . . — 12 . 9 50 Buenos-Ayres. 1708 21 août.. Feuillée. . . . 15° 52' 1855 16-25 jan Gillies 11 45 1858 Evans — 50 Port Famine (Dét. Magellan). 1766 décemb.. Gook 22°22' 1828 King 23 30 1834 Fitz-Roy. . . — 40 1858 Evans 22 25 E. Gap Horn. 1822 Weddell. . . - 23° 39' E. 1834 Fitz-Roy. ... 24 1858 Evans 22 30 Iles Malouines (Baie franc). 1765 Carte. . . . 1820 Freycinet . 1822 Duperrey. . 1854 Fitz-Roy. . 1842 1844 Ross . . Sulivan. 1858 ..'... . Evans. 22» 0'E. 19 26 7 — 17 36 16 — 20 South Orkney (Saddle). 1823 Weddell. ... 16° 0'E. 1828 ...... D'Urville. ... 14 46 1858 Evans — 4° Séries <ïe l'Asie septentrionale et «Be l'Amérique boréale. Tornea. 1695 Bilb. et Spole. 1756 17 avril. . Mauperluis . . 1748 Hellant 1767 janvier. . — 1777 — — 1859 19 juin. . Lott. Lillieh. . Saint-Pétersbourg. Mayer. . . . De L'Isle. Krafft Braun Krafft 1726 1750 1741 1755 1772 1774 1782 1784 1797 1805 — 1806 1811 1812 1858 Evans. 24 mai . Euler 7° 0' 5 5 7 50 8 50 11 45 12 9 5" 15' 4 40 3 56 4 30 5 30 4 50 7 30 8 13 1752 août. 1805 .... 1828 .... 1858 .... Moscou. 5°26'0 5 24 5 3 Evans 1 45 Arckangelsk. 1800 1826 1858 0°50'O. 2 E. 2 35 23 août. Henry 9 12 — H 12 7 52 — 36 — 16 40 Kazan. 17615octob. Chappe 2°25'0. 1780 1805 Schubert 2 2 E. 1825 Kupffer 3 1826 — 3 6 1835 juillet . . Simonoff 2 41 1858 Evans 3 25 ( 180 ) Ekaterinebourg. 1761 15 sept. . Chappe 0°50'E. 1805 Schubert. . . 1859 septemb. Observatoire 1858 Evans 5 27 8 10 Tobolsk. 1716 0° 0' 1761 19 juin. . Chappe 5 46 E. 1805 Schubert. ... 5 27 1826 6 27 1858 Evans 10 35 Barnaoul. 1770 Sljanv . Issenief . . 1858 . 2<>45'E. Evans 8 25 Irkoutsk. 1735 21 mars. Del'Ilede laCroy. lolS'O" 1805 Schubert. ... 52 E 1820 2 30 1829 2 1858 Evans 2 Iakoutsk. 1768 14 août. . Issenief .... 5° 15' 0. 1788 Billing 2 1820 5 50 1829 5 51 1858 Evans 5 Petropaulowski (Àvatcha-). 1779 octob.. . Cook 6°19'Ë. 1805 octob.. . Krusenstern . . 5 20 1827 1829 1858 Evans 4 15 4 15 5 45 Ounalaschka. 1778 12 oct. . Cook 19°59'E. 1817 19 24 18-27 19 54 1858 Evans Ile Sitka. 21 1804 26o45'E- 1824 27 30 1829 28 19 1858 30 45 Nootka (lie Vancouver). 1778 19°45'E. 1792 octobre.. Vancouver. . . 18 22 1858 Fort William. 23 10 1816 5°30'E. 1825 7 17 1858 Fort Albany. 6 15 1668 Halley 19°15'E. 1730 22 août. Middleton. . . . 25 1774 14 sept.. Hutchins. . . . 17 1858 Factorerie d'York 8 30 O. 1807 4» 55' E 1819 6 21 1858. Fort Pr. of Wales 7 50 1725 Middleton. . . 21° O'O 1738 — 18 1742 — 17 1769 22 août. . Wales .... . 9 41 1858 12 30 E. 5o Séries de l'Australie. Sidney. 1805 . . . . 8°'51E 1817 1819 — 42 . 9 15 . 8 3 1824 Duperrey .... — 56 1825 Bougainville.. . — 3 1826 d'Urville 9 17 1826 Fitz-Roy 10 24 1841 juil . . . Ross 9 51 1858 Evans 10 ( 181 ) 1612 1775 1777 1788 1792 1802 1819 1828 1856 1841 1844 Hobarton (Tasmanie). .... Tasman 10 mars. Bavley 10 26janv. Coôk 5 5 sept. . Bligh 16 mai.. d'Entrecast. Freycinet . oct. Bavley. . . Coôk 8 55 7 40 9 18 E. — 10 12 55 11 6 Ross 10 24 Observatoire. . 9 51 57 ! 185 1845 octobre. Observatoire. . 9 54 49 1846 — — — 55 26 1847 — — — 57 07 1848 — — — 58 10 1858 Evans 10 15 Nouvelle-Zélande (baie des îles). 1770 Cook 12°40'E. 1824 , Duperrey. ... 15 22 1827 dTrville — 8 iSôo Fitz-Roy. ... 14 1858 Scnulze 13 50 1841 août. . . Ross — 56 . . 14 Evans APPENDICE. — Séries extrêmes dm littoral pacifique américain. Cap Disappointment 27 avril. . Vancouver . . 1792 — décembre 1839 1842 1851 1693 1786 1792 1858 1792 1824 1827 1830 1837- 1841 1852 1790 «792- 1837 1839 1841 1851 1792 1793 1839 1841 1851 1853 1769 1803 1856 1726- 1769 1776 1815 1819 1856 Belcher Duf. Mofras . . 17 juillet. Davidson Cap Mendocino. Carreri S septem. La Pérouse . . . 22 avril.. Vancouver.. . Evans. ...... San-Franciscc. 20 nov . . Vancouver. . . . Kotzebue .... Beechey Erman ■39 Belcher octobre.. Dufl. ^lofras . . 23 févr. . Davidson Monterey. 23 sept. . Malaspina. . . . 95 Vancouver.. . . Dup.-ïhouars . Belcher .- Dufl. JJofras . . 8 février. Davidson . . . . San-Diego. 15 janv. . décemb.. 1 er mai, . 15 octob. décemb. . 15 décem •27 ... . 15 mars, juillet. . avril. . . 7 août . Vancouver. Belcher. . . . Duf. Mofras. Davidson. , . Trowbridge. Mexico. Don Alzate. , Humboldt . . Vera-Cruz. . Harris . . . . Chappe. . . . Dlloa... . Malony. . . Wise . . . ISo o E. 20 19 11 1! 20 1 — 45 3 1 If 2° 0'E. 1 14 24 16 n 15 î 1 12°48'E. 16 15 27 — 6 — 20 — 30 1 — 26 9 1 A 10°56'E. 1 12 22 1 14 30 — 13 i 15 14 58 3 11° 0'E. 12 11 12 20 6 11 12 28 8 5°20'E. 8 8 \ — 46 2°15'E. 6 29 7 30 10 37 9 16 8 16 9 Panama. Enc. brit. 1775 décemb. 1791 — 1802 Caries. 1822 B. Hall, 1837 Belcher 1849 Emery 7° 49' E. — 49 8 7 — 2 6 »5 1858 Evans — 45 700 1821 1828 1835 1858 709 795 1S02 1821 1823 1825 1830 1831 1835 1858 Coquirnbo. 17 avril. . Fenillée S°32'E. B. Hall H Beechey — 24. Fitz-Roy .... — 24 Evans 15 Valparaiso. il mars.. Feuillée 9°30'E. Vancouver. ... 14 49 Cartes — 55 B. Bail — 43 Morrell 15 41 Beechey — 52 Lutke 14 26 Ring 15 18 Laplace — l r itz-Roy - 18 ....... Evans 16 709 1821 1823 1824 1825 1827 1829 1835 1858 1670 1822 1835 1858 1807 1829 1834 1858 Talcahuano. !4janv. . Feniilée 10° 20' E. B. Hall 15 30 Duperrey 16 19 Kotzebue 15 Beechey 16 49 Lutke, ...... 17 2 King 16 47 Fitz-Roy — 48 Evans 17 15 Valdivia. Karborough. . . 8°10'E. Lartigue 17 , Fitz-Roy — 30 Evans 18 San- Carlos de Chiloe. Smith 19°20'E. , King 18 23 ....... Fitz-Roy — Evans 19 ( 182 ) B. INCLINAISON i° Séries de Paris et de Lonilrt'*. PARIS. Observât. Inclinais. LONDRES. Différence. m Mois. 1576 . . . . Mois. Observât. Norman . . . Gilbert. . . . Ridley .... Bond Whiston. . . Graham . . . Inclinais. 71° 50' 72 00 — 30 75 50 74 27 5 — 55 — 42 72 19 — 50 — 8 — 5 — 5 7 — 4 71 54 8 — 55 7 — 25 7 — 11 4 70 59 4 — 55 — 52 2 — 55 — 55 6 — 52 — 21 70 54 7 — 33 5 de L. a P, 1600 1615 1660 1668 70° 72 25 75 1671 oct. . . 1673 juil. . . 1676 1720 Uicher. . . . 1°50' 1723 1726 1732 .... 73 40 53 1752 22 sep. 1773 La Caille . . 72 15 - 1775 Cavendish. . 5 1776 1780 Le Monnier. Cassini. . . . Gassini. . . . — 25 71 48 20 1786 1787 1788 sept . . janv . . oct. . . Sabine. . . . 1 5 7 1789 . . 1790 1791 . . . 1795 Cassini. . . . 70 52 51 1797 1798 1799 1800 Borda. . . . Coulomb. . . 69 51 68 9? 1 4 2 45? 1801 1802 1803 1805 1806 1809 15 août 1810 7 oct. . 1811 1er octi 1812 lOnov. 1813 18 sep. 1814 2déc. . Gay-Lussac. Humb. Arag Arago .... 70 18 69 12 68 47 5 — 50 — 43 1/ — 42 — 44 — 36 — 40 — 38 — 35 — 25 — 20 avr. . . oct. août . . 15 avril mars. . 1816 6 oct. . 1817 14inars 1818 11 juil. 1819 11 avril Freycinet . . 1 59 3 2 8 3 ( 183 ) PARIS. Observât. I>ON»I&ES. Observât. Inclinais. Différence de L. à P. 1821 ..... 1822 17 juin 1823 11 nov. 1824 1825 19 août. 1826 1827 21 mai. 1828 1829 29 juin. 1830 1831 12 nov. 1832 1834 9 sep. . 1835 3 juill. 1856 lOoct. . 1837 18 juill. 1838 1839 1841 lerjanv. 1842 1843 1844 1845 1846 1847 1848 31 déc. 1849 1er déc. 1850 nov Arago Mathieu . . . Blosse ville. . 68ol4' — 11 — 9 — 7 — 67 56 — 51 7 août. Sabine 70" 4' 5' 1»50'5 Ar. Reich. 41 Ar. Rudb. . Rudberg . . Duperrey . . Arago. . . . Lottin.. . . C. des Bois. Fox d'Abbadie . Arago. . . . — 9 66 53 Observ. — 37 1851 1852 1853 1854 1855 1856 1857 1858 1859 1860 1861 1862 1863 20 nov. Lausrier. . . — 35 4 déc. Erman. . . . — 28 5 mars. Roche-Ponc. — 25 — 19 13 déc . 18 déc. Annuaire.. . Desains. . . — 16 — 13 — 11 10 nov. Marié-Davy. — 8 — 7 — 1 65 58 août. 40 41 26 5 24 25 2 18 1/2 14 13 Segeleke. 69 47 69 38 Lloyd. . . . 22 5 1 57 Ch.R. J.S. 20 2 2 PMI. Fox 18 9 2 4 Moy" Airy. 69 1 — 68 59 — 58 — 57 — 55 2 10 — 53 2 — 51 2 14 47 2 14 2 16 42 40 2 17 37 2 17 33 31 2 15 26 2 13 22 2 11 17 2 9 12 2 5 7 5 2 2 2 2 4 1865 Dans la plupart des ouvrages on ne fait pas remonter les observations de Paris au-delà de celle qui fut faite par Richer en 1671. Pour Londres M. Airy ne m'en avait envoyé aucune antérieure à 1732. Je n'ai cepen- dant pas voulu passer sous silence diverses observations de Paris et de Londres rapportées par quelques auteurs, quoiqu'il soit évident qu'elles sont erronées. En effet qui pourrait jamais admettre qu'à Paris de 1660 ( 184 ) à 1671 , en 11 années, l'inclinaison ait augmenté de 5° alors qu'il a fallu à celle-ci 126 ans, de 1671 à 17 97, pour diminuer de cette même quantité? L'invraisemblance est moins grande, quoique certaine à mon avis, pour les observations de Londres, même en les prenant à partir de 1576. Je tiendrai cependant compte des unes et des autres dans le tableau suivant qui donne la valeur annuelle de l'inclinaison pendant chaque période de dix années , surtout à partir de 1780. PARIS. LONDRES. i'ériotjes. 1576-1600 1600-1613 1613-1660 1660-1671 1671-1726 1726-1732 1732-1732 1732-1780 1780-1790 1790-1800 1800-1810 1810-1820 1820-1830 1850-1840 1841-1850 1850-1860 1860-1865 Extrêmes. Valeur ann. Extrêmes. Valeur anru 24 13 57 71 55 26 28 10 10 10 10 10 10 10 10 70° 0' 75 73 40 72 15 71 48 70 52 70 18 68 50 68 20 67 40 67 11 66 37 66 11 65 58 28' 1 M" 27 3 16 58 5 5 3 6 3 5 4 5 6 3 35 2 36 2 36 72 72 30 0' 45" 2 19 57 (1613-1676) 75 50 74 27 1 18 (1676-1720) 1 12 (1720-1752) 74 42 72 30 71 55 70 55 70 4 69 58 69 12 68 51 68 22 68 2 5 4 (1752-1775) 2 28 (1775-1790) 7 52 1 55 2 55 2 52 1 26 2 54 4 Relativement à la série de Paris , si , faisant abstraction des deux ob- servations très-anciennes et invraisemblables, on divise à partir de 1671 la série en deux parties , la première comprenant les 119 années d'ob- servations anciennes, de 1671 à 1790, et la seconde les 75 années d'observations récentes, de 1790 à 1865, on trouve que la valeur an- nuelle de la variation de l'inclinaison est moins élevée dans la première partie que dans la seconde : De 1671 à 1790, pendant 119 ans, la moyenne annuelle est de 2' 5" ■ De 1790 à 1865, pendant 75 ans , elle est de 3 55 En divisant la série de Londres en trois parties , l'une fort douteuse , d'inclinaison croissante, de 1576 à 1732, et deux autres d'inclinaison décroissante, de 1732 à 1790 et de 1790 à 1865, on trouve dans la comparaison des deux dernières le même résultat, mais avec des diffé- rences moins grandes : De 1576 à 1752, pendant 156 ans, la moyenne annuelle est de 1' 6" De 1732 à 1790, pendant 58 ans, elle est de 2 54 De 1790 à 1865 , pendant 75 ans, elle est de 3 6 ( 185 ) « L'inclinaison de l'aiguille aimantée est soumise, dit M. Becquerel > comme la déclinaison , à des variations continuelles. On voit par ces résultats que l'inclinaison a toujours été en diminuant depuis 1671 jus- qu'à cette dernière époque. On considère la variation progressive qu'é- prouve l'inclinaison comme la conséquence nécessaire d'un changement dans la latitude magnétique provenant des nœuds de l'équateur magné- tique modifié par la forme de la courbe. » 3» Séries «3i« ïittfos-al ffltBaBiiiqtieJeairopéo-afs'icaiBt. Océan arctique (Long. 40° E.; lat. 75" 22'). 1608 19 juin 89<>50 1840 Gauss 70 Cap Nord 1608 5 juin 84°30' 1760 Bayley 79 1840 lerjanvier Lott. Lillieh.. 76 44 Hammerfest. 1825 Sabine 77° 15' 9 1827 Keilhau 76 58 9 1838 Majer. Boeck. — 49 6 1840 lerjanvier Lott. Lillieh.. — 40 Trondhiem. 1823 : Sabine 74» 43' 5 1825 Hansteen. ... — 40 7 1832 ...... — — 10 7 1838 Boeck 73 57 5 1840 lw janvier Lott. Lillieh.. — 52 Stockholm. 1767 ...... Wilcke . Hansteen. 1825 août. . . . 1828 1830 mai ... . 1832 août. . . . 1835 mars . . . 1834 décemb. . 1840 I e " - janvier 1842 juillet. . . 1845 mai. . . . 1850 août 1853 juillet. . . Rudberg Hansteen . Lilliheock Angstrom Hansteen. 75° 0' 72 8 5 71 43 4 — 45 — 41 1 — 41 6 — 59 6 — 28 99 C) — 25 2 — 16 3 — 15 1 Christiania. 1768 Wilke, . . 1820 juin . . Hansteen. 1821 octobre. . — 1825 février . . 1829 janvier . . — 1850 novembr. — 1851 juillet. . . — 1838 mai — 1839 octobre. . — - 1841 mai. ... — 1842 — — 1843 août. ... — 1844 mai. ... — 1845 août. . . — 1846 avril.. . . 1848 juin. ... — 1849 septemb. — 1850 — 1851 août. . . . 1852 — — 1853 juin. ... — 1855 mai ... . — 1856 — — 1857 — — 1858 — — 1859 — — 1860 - — 1861 — — 1862 - -U 1865 — — 1773 1791 1813 17 août Copenhague. . Lous. . - . • Bugge. . . . . Wleugel. . 1858 Lamont. 77o 72 45 7 — 35 4 — 21 t — 13 — 7 2 — 5 5 71 57 6 — 55 5 — 48 5 — 47 5 — 43 2 — 38 9 — 37 6 — 37 2 — 34 7 — 34 7 — 55 3 — 33 7 — 31 9 — 30 3 — 26 1 — 23 8 — 24 5 — 23 — 20 8 — 21 4 — 18 4 1 — 17 7 — 15 7 71o45' — 201/2 — 26 69 28 -5 Tome XXVL 10 ( 186 ) Berlin. 1755 71°45' 72 — 45 69 53 1761 1769 juin. . . . 1806 janvier. . 1812 juin. . . . 1824 — 1826 novembr. 1828 avril. . . . Ib29 — 1831 décemb . 1832 juillet. . . 1836 mars . . . 1837 juin. . . . 1858 sept. . . . 1839 juillet.. . 1843 janvier. . 1844 octobre. . 1846 septemb. 1849 août. . . . 1849 Le Gentil . . . Euler Humboldt . . . P. Erman . . . Humboldt. . . P. & A. Erman Humboldt. . . Dove etRiess. — et Eneke. . Encke — et Galle. . . A. Erman . . . Encke — Erman. 1853 octobre. 1856 septem. 1858 E. Quételet . Lamont. . . . 1801 décembre Gœttingue Humboldt. Mayer. . . . Humboldt. Forbes. . . Gauss. . . 1814 1825 septemb 1837 juin. . . . 1841 octobre. 18i2 juin. ... — 1850 septemb. Damber. . . 1851 janvier. . 1). R W. . 1852 août. ... — 1856 E. Quételet 1827 28oct .. 1830 fin mars . 1832 — 1833 — 1854 5-4 avril. 1855 fin mars.. 1856 — 1857 — 1838 — 1839 — 1 840 mars . . 1811 — Bruxelles. Quételet. — 16 68 48 — 38 9 — 34 — 50 5 24 2 — 17 1 — 7 4 — 49 — 1 7 67 55 1 — 45 5 — 40 1 — 42 7 — 30 1 — 55 5 — 29 7 — 25 — 31 i 69» 29' -. 26 — 9 68 29 4 67 55 5 — 42 5 — 39 6 — 25 4 22 5 — 18 6 — 6 7 68 «56' — 51 — 49 — 42 — 38 — 35 — 32 — 28 — 26 — 22 — 21 1842 28 mars.. Quételet 1843 — — 1844 — — 1846 1847 1848 1849 1850 1851 1852 1853 1855 1856 .... 1838 15 avril. 1859 mars. . . 1860 avril. . 1861 22 mars. 1862 .... 1863 18 avril. 1864 4 août. 1865 Genève 1775 Schuckburg. 1825 Arago 1829 ..... De la Rive. . 1850 Gauthier. . . 1858 1842 1844 Fox Plantamour . 1855 Marseille. 1799 Humboldt.. 1837 25 août. G. des Bois. 1853 août . . . Erman . . . 1838 Lamont. . . 16 2 Borne. 1640 Kircher 1768 Wilkè. . 1806 • Humboldt. . . 1839 Quételet. . . . 1859 1 er janv . Secchi Alexandrie (Égypie 1768 Wilcke 1799 juillet. . . Nouët 1840 Gauss 68 15 4 — 10 9 — 9 ■}. -65 — 3 4 — 1 9 — 04 67 56 8 — 54 7 — 50 6 — 48 6 — 47 6 — 45 — 42 8 — 57 7 — 34 — 31 9 — 30 — 27 9 — 25 5 — 24 59 — 22 — 19 9 69° 27' 65 48 5 — 42 8 — 31 2 64 55 — 40 5 — 57 4 65 59 6 65° 10 62 52 61 47 6 — 40 5 65^ 40' 65 45 61 57 60 7 1 59 12 2 49° 0' 47 50 58 ( m ) 1748 1830 1843 1847 1854 1858 Bordeaux. De Romas . . . 68° 63 1768 1799 1838 1768 1786 1838 1776 1791 1799 1817 1822 1822 1836 1837 1838 20 juin.. Abria 64 2 sept. . — — 19 avril. — — janvier. . Lamont — La Corogne. . . . Wilke 72« . . . Humboldt.. . . 68 . . . Lamont 64 10' 40 30 27 6 3 8 15' 32 9 I Cap Saint-Vincent. Wilke. ..... 68° 0' 24 juin. . La Pérouse . . 63 Lamont 59 20 Ténériffe (S a -Cruz). août. . . Cook 61°52' octob . . D'Entrecast . . 62 25 6 octob. D'Entrecast Humboldt. . Freycinet. . Sabine. . . . Duperrey . . Bethune . . Wickham . . C. des Bois . Sulivan. . . 57 58 8 59 50 57 6 — 28 — 49 2 59 3 57 40 1836 1839 Iles du Cap-Vert (Praya). , . . Fitz-Roy 45° 46' . . Ross. ......— 32 1754 1775 1825 1834 1836 Ascension. 17 avril La Caille . . . . 1110' mai. . . . Cook 8 57 Duperrey. ... 1 41 7 ... — 57 Allen Fitz-Roy . — 59 2 Sainte-Hélène (mouillage,. 1734 1771 1775 3825 1835 1839 1840 1842 1846 1847 18.18 1849 1840 1841 1842 1843 1844 1845 1846 1847 1848 1849 1751 1770 1772 1774 1775 1775 1776 1780 1791 1792 1818 1836 1857 1859 1840 1841 1842 1845 1844 1845 1831 10 avril, 19 mai. . 17 mai. . La Caille . Ekeberg . Cook. . . . 9" 0' Duperrey. Fitz-Roy . . 13 11 14 18 sept.. du Pet.-Thou.. 17 Ross 18 Belcher 17 Smythe 19 Observât. ... — — 20 — 19 25 15 01 55 16 01 23 5 42 1 58 Sainte-Hélène ( plateau ). septemb. Observatoire.. 21° 17'9 18 7 25 9 48 5 57 5 58 2 27 6 46 6 5 6 2 9 Cap de Bonne-Espérance 26 avril. La Caille . 22 juin . 14 nov. . 3 mai.. . mars. . . 20 août.. 21 avril. jauv. . . 3-11 av.. sept.. . . Ekeberg Bayley. . Bayley. . . . Abercromby Bayley . . . Cook Vancouver . Bertrand. . Freycinet. . Fitz-Roy. . Wickham. . du Pet.-Thou Ross Observatoire. Maclear. 43» 0' U 25 45 37 44 21 45 19 46 26 — 30 8 — 47 48 30 47 25 50 47 3 52 34 4 — 55 5 53 6 — 8 — 9 — 16 — 19 — 53 — 51 54 i 3o Séries du littoral atlantique américain Dyre-Fiord (Islande). 1786 Lovenorn. . . . 79°50' 1856 Lottin 77 42 Reikiavik (Islande). 1786 Lovenorn. . . 78 n 50" 1856 Lottin 77 1840 1er janvier — 76 44 1850 Tuxen — 29 1836 LaBoch.Ponc — 5 ( 188 ) Halifax. 1834 Home . . 1858 Estcourt. 75» 15' — 43 1847 septemb. Keely — 37 Québec. 1842 Lefroy 77o 13" 1843 Younghusband. — 8 Toronto. 1840 septemb. Observatoire 75" 16' 5 3841 — — — 18 8 1842 — — — 14 9 1845 — — — 15 5 — — î7 9 — 16 6 — — 15 7 — — 15 4 _ - 17 ô — — 21 6 _ — 21 — — 20 8 _ - 21 6 _ _ 21 7 ^- — 23 4 _ — 24 5 _ — 24 8 — 25 1 — 25 — 26 4 — — 23 3 — — V.7, fi 1845 1846 1847 1849 1850 1851 1852 1855 1854 1855 1856 1857 1838 1859 1860 1861 1862 Cambridge (Massach). 1780 25 déc. . Williams. . . . 69«51' Î782 2 juin.. — — 41 1783 25 déc. . — — M 1859 septemb. Loomis 74 20 1 1841 juin. . . . Graham .... — 17 5 1842 — — 17 8 1844 Graham — 18 2 1845 juin. . . . Locke — 19 4 1846 septemb. U. S. Coast-Surv.— 12 7 1855 août. . . . Schott 29 1 Albany (New -York). 1853 avril . . . Henry 74° 51' 1 1854 août.. . . Bâche — 40 1 1859 septemb. Loomis. ..... — 51 5 1841 août.. . 1842 1844 juin. . . 1855 août . . Trans. Am. Lefroy . . Locke . . . Scïiotl. . . . 59 9 44 6 43 1 Providence (Rh.-Island. 1834 août. . . . Bâche . . 1859 septemb . Loomis . 1842 Lefroy . . '. . 74 (I 1855 août. . . . Schott — 15 9 74° 2 8 73 59 6 New-York 1822 1825 1825 décemb. mars. . . . avril. . . août. 1851 1855 1834 1835 1859 septemb. 1840 Sabine. ... 75° 0'5 — — 16 Loomis — 27 Joslin — Loomis — 14 Bâche 72 51 7 Back.. . Loomis. 1841 avril. 1842 . . . 1844 1846 1850 .... 1855 août. . Locke mai. avril. . — 51 . — 52 2 . — 55 5 . — 41 — 57 2 — 40 6 — 59 73 12 Schott 72 59 5 Philadelphie (Pens.). juillet. . . Bâche 72< — 71 Loomis. . . . 72 Bâche 71 Lefroy — D. Locke. ... 72 moy 71 avril, mai. 1854 1858 1859 septemb 1840 — 1841 1842 1843 1844 1846 1830 1855 1862 B. Locke. sepiemb. Schott août. ... — Baltimore (Marv!. 2' 45 9 7 1 53 5 59 1 57 5 57 6 1 18 17 7 5 8 1834 juillet. . . Bâche 70°58 6 1839 septemb. Loomis 71 50 5 1840 août. . . . lîache — 54 4 1841 avril. . 1842 .... 1844 juillet. 1845 juin. . Locke — 34 1 Lefroy — 41 4 Trans. Am.. . — 59 5 Lee 72 6 6 1838 1859 1841 1842 1844 1845 1851 1832 1855 1862 Washington Wilkes 71 septemb. Loomis — juin. . . . Graham — ° 15' 21 4 juillet mai. . juin. ... — mai. ... — septemb . Schott août. ... — — 15 7 — 13 1 — 10 6 U.S. Coast-Surv. — 52 5 — — 18 9 — 23 1 . — 29 S — !P La Havane. 1801 Humboldt. 1840 Gauss. . . . Pernambuco. 1856 Fitz-Roy. . 1839 mai .... Sulivan. . . B ahia. 1832 Fitz-Roy. 1837 Wickham 1839 Sulivan. . Rio-Janeiro- 1751 4 février. 1768 1817 1820 ...... 1821 1827 1830 1832 1834 1836 1837 7-14 fév. 1838 septemb. 1839 La Caille. . Wilke. . . . Freycinet. . Rumker . Lutke . , Erman. . 1847 1852 Fitz-Roy. . . . Hagerup. . . . Beechey. . . . Dup.-Thouars. Sulivan Hageru p . . . . Sulivan. ... Rothe (Galath) Aurora 59< 30' 55 13 1 13 8 5 e 25 — 35 — 1 20 0' 18 50 14 42 2 — 42 7 15 25 6 14 54 2 13 29 9 — 37 4 14 11 12 54 13 19 — 5 — 2 3 — 5 11 42 1 12 17 ( 189 ) lie Sainte-Catherine. 1785 19 nov. . La Pérouse. . 30°30' 1822 Duperrey ... 22 46 1827 ...... King ......— 24 8 21 40 1836 Beechey 1838 Sulivan . 1839 ...... Hagerup Montevideo. 1789 Malaspina. 7 22 7 1827 King 1833 Fitz-Roy. 1838 Sulivan. 42° 13' 56 24 34 51 1853 février. Gitlies 32 7 Port Famine (Dét. Magellan).. 1768 Wilcke. . . . 69°50' 1837 19-24 déc C. des Bois. . 58 30 Iles Malouines (Baie franc). 1768 Wilke 66° V 1822 Duperrey. ... 54 41 1834 Fitz-Roy. ... 55 20 1859 Sulivan 52 40 4o Séries de l'Asie septentrionale et de 1'Auiériqne boréale. 1757 1840 1755 1769 1778 1828 1829 1830 1834 1841 1842 1843 Tornea. 2 janvier. Cassini .... 1 er janv. . Lott. Lillieh. Saint-Pétersbourg Phipps.. . Euler. . . Mallet . . Kraft . . . Hansteen Humboldt Hansteen. Kupffer.. juin. . . 6 décem 1845 1850 1851 1855 Tumarcheff . 78 5' 74 53 73 '45' — 30 — 35 7-2 56 71 17 4 — 8 1 — 8 9 — 5 9 70 59 _ 58 4 — 48 7 — 50 8 — 45 5 — 51 1 — 51 5 — 49 42 Kazan . 1830 22 juin. . Simonoff. 1831 !7octob. — 1832 25 juin. . — 1855 22 juin. . — 68° 25 4 — 21 5 — 19 8 — 26 5 Ekaterinebourg- 1828 août 69°42'1 1830 juin — 48 6 1839 16-19 sep. Observatoire.. 70 8 1841 septemb. 69 54 2 1842 juin — '" 1843 — — 1 844 juillet — 1845 juin. .....— Irf46 — ........,— 1849 — -70 1850 — ,....— 1851 1852 53 51 5 54 1 53 5 57 4 2 6 5 2 4 « 6 2 ( 190 ) 1805 18-29 1840 Tobolsk. Schubert. Gauss 78° ? 70 55 — Nertschinsk. 1852 août 66 53 4 1841 1842 1845 1844 1845 1850 1851 1852 septemb 67 6 4 août — 104 juin — 66 — — 15 1 — .. . — 22 5 novembr — 22 6 — 23 1 — 25 5 juin. . . octobre. Petropaulowski. Krusentern. . . 65 52 Horner — 55 2 1779 octobre.. Bayley 64° 21' 1804 .... 1805 .... 1827 .... 1829 .... 1854 . . . Lulke. Erman , — 7 — 49 4 Aurora 64 47 Ounalaschka 1778 octobre.. Bayley 69°23'5 1817 Kotzebue. ... 68 45 1827 Lulke — 25 6 1840 Gauss 66 50 Nootka (lie Vancouver). 1778 4 avril . . Cook 72°29' 1794 juillet. . . Vancouver. . . 75 56 1840 Gauss 72 15 Ile Vancouver (S.-Ë.) 1850 Douglas. . . . 69°59'7 1839 E. Belcher . . — 22 2 1860 Haig — 17 4 Fort Albany. 1775 Hutchins. . . . 79° 20' 1840 Gauss 81 30 Fort York. 1821 79° 29' 1843 août Lefroy 83 47 5o Séries de l'Australie. Détroit de Georges III. 1791 septemb. Vancouver.. . 64° 56' 1802 janvier. . Flinders. . . . — 1 1836 — Fitz-Roy. ... — 41 3 1845 avril. . . . Moore 65 4 7 Botany-Bay et Paramatta. 1770 1er mai. . p^ot. 1821 novembr. 1825 janv. . . . 1824 — 1825 — Brisbane. Rumker . Duperrey. Brisbane. 1851 — Dunlop. . 1856 Fitz-Roy. 1859 Wickham. 1841 juillet.. . Ross. . . 67o 1' 62 56 5 — 18 1 — 20 5 — 41 5 — 51 — 49 — 51 Baie de l'Adventure et Hobarton. 1777 26 janv.. Cook 70° 15' 1795 DeRossel. . . — 10 1856 . . 1857-58 1858 . . 1859 1840 1841 1842 1843 1844 1845 1846 1847 1848 1849 1850 . Fitz-Roy. . Francklin . . Wickham.. . 20-29 déc C. des Bois . septemb. Boss o et obre . Observatoire . 70" — 38 57 2 45 7 56 5 50 9 24 9 52 6 56 1 42 7 56 I 55 4 Eaies Dusky et Otago (N lle -Zélande). 1773 mai. . . . Cook 70° 53' 1840 51 mars . C. des Bois . 69 50 ( 191 ) APPENDICE. - Séries extrêmes «lu littoral {pacifique américain* San-Diego. 1792 avril. . . . Vancouver.. 1839 octobre. . Belcher. . . . Mexico. 1778 Don Àlzate 1799 Humboldt. . 1856 15 décem ........ 179t avril. . . 1803 mars. . . 1838 janvier . 1793 décembre 1837" mars. . . . Acapulco. . Malaspina. . Humboldt. Belcher . . Panama. flîalaspina, Belcher. , . Guyaquil. 1803 eumboldt. . . 1837-42 Belcher Gallao de Lima. 1710 Feuillée 1799 Humboldt. . . 1823 ....... Duperrey. .. . 59o13' 57 06 38» 0* 42 10 41 26 36° r 5 38 53 37 57 4 29o29' 31 59 10° 42' 9 1 18° 40' 9 59 8 53 3 (836 1847 . 1854 . 1710 20 avril 1793 28 — 1790 mars . . 1795 25 mars, 1827 févr . . . 1830 — 1835 juin . . . 1836 janvier . 1847 mars. . . . Fitz-Roy. .... 7 28 . Belcher 6 14 3 . Rothe. ...... 6 12 . Aurora 7 Coguimbo. . Feuillée 47° Malaspina. ... 40 Valparaiso. . Malaspina. ... 44° . Vancouver.. . . 44 . Lulke 39 King 40 . Fiiz-Roy .... 38 . Beechey 37 . Rothe . 36 25' 26 7 57' 7 15 56 4 20 5 3 5 Talcahuano. 1710 14 févr. . 1786 — 1793 novemb.. 1823 févr. . . . 1827 mars. . . . 1835 — 1838 21-26 avril Feuillée 55° 30' La Pérouse. . . 50 45 Malaspina. ... 52 11 2 Duperrey .... 44 55 Lutke, ...... 45 32 6 Fitz Roy 43 15 G. des Bois ... 42 53 G. INTENSITÉ. Les observations d'intensité ne présentent pas dans leur exposé la même uniformité que celles de déclinaison et d'inclinaison ; en effet tel observateur a donné la valeur de la force horizontale; lel autre celle de la force totale; d'autres enfin comme A. de Humboldt, Duperrey et M. Becquerel la valeur comparée à celle qui existe sur l'Equateur ma- gnétique au Pérou , prise pour unité. C'est cette dernière qui est repro- duite dans les séries , à moins d'indication contraire. Ce défaut d'uniformité, toutefois, est à-peu-près sans inconvénients ici, puisqu'il n'empêche pas de constater si dans une localité donnée l'intensité a été en augmentant ou en diminuant. *° Séries de Paris et de Londres. Paris. 1800 De Humboldt.. 1,348 1817-21 — 1,348 1838 Lotlin 1,343 (I. horizontale absolue). 1838 Lotlin 1,827 1853 août. . . Erman 1,850 1855 4 mars. . Mahmoud. . . . 1,882 1858 Lamont 1,876 1862 10 nov . Observatoire. . 1,909 1863 novemb. — 1,919 1864 - — 1,919 Londres (I. horizontale absolue). 1848 Moyenne. Airy 3,755 . .. 3,759 1850 — — 3,770 1851 — - 3,783 1852 — 3,785 1853 — 3,791 1854 — — 3,794 1855 — - 3,808 1856 — 3,815 1857 — 3,858 1858 - — 3,822 1859 — 3,819 1860 — — 3,897 1861 — — 3,815 1862 — 3,852 1863 — — 5,857 1864 — — 3,862 ( \m ) Sp Séries «lu littoral atlautique européo-africaisi,. Hammerfest. 1825 Sabine 1,506 Î827 Keilhau 1,461 1825 1825 1820 Trondhiem. . Sabine 1,442 . Hansteen 1,450 Christiania. Haansteen. 1859 mai. 1860 .... 1861 1862 1865 1,419 1,575 1,571 1,574 1,575 1,575 Stockholm 1825 Hansteen 1 1828 Erman 1 1852 Rudberg 1 Berlin. 1806 De Humboldt. . 1 1828 Erman 1 1829 Quételet 1 Leipsick. 1826 Keilhau ..... 1 1827 1 1829 Quételet 1 ,592 ,586 ,582 ,570 ,567 ,567 ,559 ,567 ,567 1806 1829 1832 1841 1842 1845 1844 1845 1828 1829 1850 Gœttingue. De Humboldt. . Quételet Rudberg Munich. ( I horizontale absolue] novemb Bruxelles. (I. totale absolue] moyenne. Quételet . . 1,548 1,565 1,549 1,929 1,924 1,957 1,957 1,940 4,8216 4,8168 4,* 1851 moyenne. 1852 "— 1855 — Quételet. 1855 — — 1856 — 1857 - 1858 — 1859 — - 1840 - 1841 — 1642 - — 1845 - — 1844 — — 1845 — — 1846 — — 1847 — - 1648 — 1849 — — 1850 - — 1851 — — 1852 - — 1855 — 1854 — — 1855 — — 1856 - — 1857 — — 1858 - — 1859 — — 1860 — — Milan. 1805 De Humboldt. 1850 Quételet. . . . Rome. 1805 Humboldt. . . 1859 Quételet. . . . Madère. 1822 Sabine. 1826 King . . Ténerifle (S a Cruz] 1791 De Rossel. . . 1798 De Humboldt. 1817 De Freycinet . 1822 Sabine 1858 Sulivan 1859 nov. . . . Ross 4,8085 4,8050 4,7987 4,7885 4,7808 4,7770 4,7722 4,7676 4,7610 4,7658 4,7519 4,7558 4,7545 4,7486 4,7458 4,7428 4,7417 4,7426 4,7578 4,7556 4,7501 4,7264 4,7527 4,7505 4,7525 4,7267 4,7150 4,7189 4,7192 4,7149 1,512 1,294 1,264 1,271 1,575 1,577 1,299 1,272 1,265 1,515 1,254 1,256 ( 193 ) Iles du Cap-Vert (Praya; 1822 .. Sabine 1,193 1826 King 1,177 1832 Fitz-Roy 1,156 1836 — 1,156 1839 nov Ross 1,157 Ascension. 1822 Sabine. . . 1836 Fitz-Roy. . 1842 Belcher . . Sainte-Hélène. 1840 Ross 1S42 Belcher . . . 920 873 853 8tl 805 Cap de Bonne-Espérance. 1818 De Freycinet. . 0,935 1836 Fitz-Roy. 1836 Francklin. 1840 Ross. . . . Belcher.. Pagoda. . 1842 avril.. 1844 déc . . . 1845 juillet. (I. horizontale absolue 1846 nov... 1847 — 1848 — 1849 — Observatoire. 1,014 1,008 0,981 1,011 999 1,001 4,511 4,496 4,485 4,493 3o Séries du littoral atlantique américain. 1842 septemb 1845 juin. . . Québec. Lefroy. ..... Younghusband Toronto (Canada occiden (1. horizontale absolue 1845 novemb. Observatoire. . 1847 — 1848 — '1849 — 1850 — 1851 — 1852 — 1855 — 1856 — 1857 — 1858 — 1859 — 1860 — 1861 — 1862 — Philadelphie 1839 1842 janvier — octobre . Lefroy. . . 1862 août.. . . Schott. . . New-York 1822 Sabine. . . 1839 1842 Pens. Washington. 1842 1844 Bâche. . . 1862 août. . . . Schott. . . Tome XXVI. 1,829 1,S01 tal.) 3,547 3,536 3,557 3,525 5,537 3,556 5,550 5,514 5,510 5,505 5,476 5,486 5,482 5,477 3,482 1,788 1,784 1,774 1,755 1,803 1,803 1,783 1,769 1,785 1,786 1,747 La Havane. 1801 DeHumboldt.. 1,351 1822 Sabine 1,492 Pernambuco. 1836 Fitz-Roy. . . . 0,914 1839 Sulivan. . . . 0,899 Bahia. 1822 Sabine. .... 0,898 1856 Fitz-Roy. . . . 0,871 1858 Sulivan. . . . 0,859 Rio-Janeiro. 1817 De Freycinet.. 0,889 1820 — 0,889 1827 Lutke 0,886 1850 Erman 0,879 1852 Fitz-Roy.. . . 0,878 1854 0,854 1858 Sulivan. . . . 0,854 1851 0,840 Montevideo. 1830 King 1,065 1835 Fitz-Roy. . . . 1,055 1858 Sulivan 1,004 Port Famine (Dét. Magellan). 1827 King. ..... 1,505 1854 Fitz-Roy. . . . 1,560 1859 C. des Bois. .. 1,481 Iles Malouines (Baie franc.) 1820 De Freycinet.. 1,559 1853 .... . Fitz-Roy 1,349 1,585 1854 . . . 1858 Sulivan, 1842 avril. . . Ross.. 1,295 1,322 17 ( 49 4 ) 4o Séries de l'Asie septentrionale et de l'Amérique beréale. Sitka (Ile Vancouver). 1827 1829 Lutke. ..... 1,735 Erman 1,726 5o Séries de l'Australie. Sidney. 1819 De Freycinet 1824 Duperrey . . 1856 ....... Fitz-Roy . . 1839 Wickhara. .. 1841 juill.... Ross Hobarton. 1792 De Rossel. 1836 Fitz-Roy. . 1857-8 Francklin. 1838 Wickham. 1840 sept.... Ross. . . . 1,627 1,617 1,685 1,682 1,685 1,836 1,817 1,810 1,850 1,820 1841 avril... Ross 1,820 1844 octobre. Pagoda 1,800 (I. horizontale absolue). 1844 nov.... Observatoire.. . 4,505 1846 — — 4,508 1847 — — 4,492 1848 — — 4,498 1849 — — 4,500 1850 — — 4,498 Nouvelle-Zélande (baie des îles). 1835 Fitz-Roy .... 1,591 1859 C. des Bois . . 1,735 1841 août.... Ross 1,594 APPENDICE. — Séries extrêmes du littoral pacifique américain. San -Francisco. 1829 Erman ........ 1831 ....... Douglas. . . Mexico. 1803 Humboldt . . Valparaiso. 1827 ....... Lutke .... 1830 King 1,585 1,597 1,315 1,170 1,176 Talcahuano . 1827 Lutke 1,234 1829 King 1,250 1835 Fitz-Roy. Chiloe. 1829 King . . . 1834 .... Fitz-Roy . . . 1,186 1,321 1,304 M». RESUME. Je réunis ici sous forme synoptique pour faciliter la comparaison de la marche simultanée des variations, les principaux faits relatifs à la déclinaison, à l'inclinaison et à l'intensité dans les plus longues séries précédentes. Celles-ci sont réparties en quatre catégories ainsi qu'il suit : Littoral atlantique européo-africain ) avec indication de l'équateur Littoral atlantique américain. ) magnétique. Région boréale (Europe, Asie et Amérique). Région australe (Amérique, Afrique, Australie, etc.). ( 195 ) Littoral atlantique européo-africaln. A. Déclinaison. B. Inch naison . C. Intensité. l. < lu nord de l'Equateur magnétique. Trondhiem Hammerfest. 1761 'l3°50'O. 1825 1,506 1827 20 40 1827 1,461 1858 18 30 Stockholm. Stockholm. Stockholm. 1718 5o37'0. 1767 75° 0' 1825 1,392 1800 16 20 1853 71 15 1832 1,382 1858 12 15 Berlin. Berlin. Berlin. 1717 10°52'O. 1755 71°45' 1806 1,370 1786 18 20 1856 67 25 1829 1,567 1858 14 23 Copenhague. Copenhague. Bruxelles. 1649 1°50' E. 1773 71° 45' 1828 4,8216 1656 1858 69 28 1860 4,7149 1806 18 25 0. 1858 15 12 Londres. Londres. Londres. 1580 H 17' E. 1576 71° 50'? 1848 3,755 1654-62 1732 74 42 1864 3,862 1814 24 21 0. 1865 68 2 1865- 20 33 Paris. Paris. Paris. 1580 H°30'E. 1660 70° 0'? ( 1800 1,348 1666 1671 75 11838 1,345 1814 22 34 0. 1866 65 3 1838 1,827 1866 18 53 (1864 1,919 Genève. Genève. Milan. 1797 19°40'O. 1775 69o27' 1805 1,312 1802 21 27 1855 63 59 1830 1,294 1858 17 25 Rome. Rome. Rome. 1640 2°45'0. 1640 65°40' 1805 1,264 1788 17 12 1859 59 12 1839 1,271 1859 13 49 Lisbonne. Cap Saint -Vincent. 1638 7°39' E. 1768 68° 1668 50 0. 1858 59 20 1858 21 40 Acores. Madère. ' 1589 3° 5'E. 1822 1,373 1600 1826 1,377 1858 26 0. Tenèriffe (S a Cruz). Tenèriffe (S» Cruz). Tenèriffe (S a Cruz). 1600 4» O'O. 1776 61°52' 1791 1,299 1837 22 40 1838 57 40 1839 1,256 Iles du Cap-Vert (Praya) lies du Cap- Vert (Praya) 1600 2°30'O. 1822 1,193 1858 17 35 1839 1,157 Ascension. Ascension. Ascension. 1678 1° O'E. 1754 11° 10' 1822 0,920 1754 8 6 0. 1836 1 39 1842 0,853 1858 21 . ',. Au sud d« l'Equateur magnétique. Sainte- Hélène. Sainte- Hélène. Sainte- Hélène. 1600 8° O'E. 1754 9° 0' 1840 0,811 1677 40 1849 19 58 1842 0,805 1858 24 O. A. Déclinaison. Cap de Bonne-Esp ce . 1605 0°30'E. 1607 1858 29 35 O. ( 196 ) U. Inclinaison. Cap de Bonne-Esp ce . 1751 45° 0' 1851 54 C. Intensité. Cap de Bonne- Esp™. 1818 0,935 1845 1,001 Littoral atlantique américain. 1. Au nord de l'Equateur magnétique. Bellestadir. Reikiavik (Islande). 1780 34°30'O. 1786 78° 30' 1836 45 14 1856 76 5 Ramel-Ford 1612 24°16'0. 1858 73 30 Québec. Halifax. Québec. 1649 16° O'E. 1834 75° 15' 1842 1,829 1810 11 00. 1847 75 57 1845 1,801 1859 16 17 St-Pierre-de-Miquelon. Toronto. Toronto. 1772 19°15'0. 1840 75ol6' 1845 3,547 1858 28 10 1862 75 25 1862 3,482 Cambridge. Cambridge. 1708 9° O'E. 1780 69° 51' 1788 6 58 1855 74 29 1855 10 13 O. New-York. Neiv-York. Neio - Yorl ',. 1686 8°45'E. 1822 75° 0' 1822 1,805 1789 4 20 1855 72 59 1842 1,769 1824 4 40 O. 1855 7 2 Philadelphie. Baltimore. Philadelphii 1710 8°50'E. 1854 70° 58' 1859 " 1,788 1795 1 50 1845 72 6 1862 1,755 1802 1 30 O. 1862 5 La Havane. La Havane. La Havane. 1726 4°25'E. 1801 59° 50' 1801 1,351 1815 6 15 1840 55 1822 1,492 1858 5 35 La Jamaïque. 1726 4°51'E. 1793 6 50 1857 3 24 Cayenne Pernambuco Pernambuco 1672 11° O'E. 1856 13° 13' 1836 0,914 1755 1 40 1839 13 8 1859 0,899 1762 4 50 1858 10 Bahia. Bahia. Bahia. * 1600 13o O'E. 1852 5° 25' 1822 0,898 1819 1 58 0. 1859 5 1 1858 0,859 1858 5 40 2 Au sud de l'Equateur magnétique. Rio-Janeiro. Rio-Janeiro. Rio-Janeiro. 1751 9°22'E. 1751 20° 0' 1817 0,889 1845 15 1817 14 42 1851 0,840 1858 1 10 0. 1852 12 17 Ile Ste- Catherine. Ue Sle-Calherinc. 1712 12° O'E. 1785 50° 50' 1858 3 1859 21 23 ( 197 ) A. Déclinaison. B. Inclinaison. C. Intens itc. Buenos-Ayres. Montevideo Montevideo. 1708 15°32'E. 1789 42° 15' 1850 1,065 1838 11 30 1855 52 7 lies Malouincs. Iles Malouines. Iles Malouinet 1763 22° 0' E. 1768 66" 0' 1820 ' 1,359 1838 17 10 1839 52 40 1842 1,52 1 Europe, Asie septentrionales et Amérique boréale Trondhiem. Trondhiem 1761 15°30'O. 1823 1,442 1827 20 40 1825 1,450 1838 18 50 Copenhague. Copenhague. Stockholm. 1649 1°30'E. 1775 71°45' 1825 1,592 1636 1858 69 28 1852 1,582 1806 18 23 0. 1858 15 12 Saint-Pétersbourg. Sainl-Pétersbourg. 1726 3°15'0. 1755 73° 50' 1803 1 i 1835 70 42 1858 4 40 Kazan. Ekaterinebourg. 1761 2°25'0. 1828 69° 42' 1780 1852 70 6 1858 5. 25 E. Tobolsk. 1716 OoO' 1858 10 55 E. Irkouslsk. Nertschinsk. 1755 lolS'O. 1852 66° 35' 1805 52 E. 1852 67 23 1858 2 JakoîUsk. 1768 S°15'0. 1788 2 1838 5 Pe trop auloïc ski. Petrop auloïc ski. 1779 6°19'E. 1804 63°32' 1858 3 45 1854 64 47 Ounalaschka. Ounalaschka. 1778 19°59'E. 1778 69° 23' 1858 21 1840 66 50 Nootka. Nootka. Silka. 1778 19°45'E. 1794 75° 56' 1827 1,755 1858 25 10 1840 72 15 1829 1,726 Fort Albany. Fort Albany. 1668 19°15'E. 1775 79° 20' 1750 23 1840 81 30 1858 8 30 O Hamel-Ford. Fort York. 1612 24°16'0. 1821 79° 29' 1838 73 30 1845 83 47 Saint-Pierre-de-Miquelon. 177-2 19°15'0. 1858 28 10 Bellesladir. Reikiavik. 1780 54°30'O. 1786 78° 30' 1856 45 14 1836 —76 5 ( 198) Extrémités australes des continents A. Déclinaison. B. Inclinaison. C. Intensité. Valparaiso. Valparaiso. Valparaiso. 1709 9°50'E. 1790 44° 57' 1827 1,170 1795 14 49 1827 39 56 1830 1,176 1858 16 1847 56 28 Talcahuano. Talcahuano. Talcahuano 1709 10°20'E. 1710 55° 30' 1827 1,234 1821 15 30 1825 44 55 1835 1,186 1858 17 15 1838 42 35 Valdivia. 1670 8ol0'E. 1822 17 1858 18 Porl Famine. Porl Famine. Porl Famine 1828 23°30'E. 1768 69° 30' 1827 1,505 1858 22 25 1857 58 30 1839 1,481 lies Malouines. Iles Malouines. lies Malouines 1765 22° O'E. 1768 66° 0' 1820 1,359 1858 17 20 1839 52 40 1842 1,322 South Orhney. 1823 16° O'E. 1858 14 lie Trislan-da-Cunha. 1811 9°18'0. 1858 16 25 Cap de Bonne- Esp. Cap de Bonne-Esp. Cap de Bonne-Esp. 1605 0°30'E. 1751 43° 0' (1818 0,935 1607 1851 54 11845 1,001 1858 29 55 11846 (1849 4,511 4,493 lies Kerguelen. 1776 27» 44' 0. 1858 51 30 lie Saint-Paul. 1818 22°30'O. 1858 20 15 Baie du roi Georges. Détroit de Georges III. 1803 6°49'0. 1791 64° 56' 1858 5 45 1845 65 4 Sidney. Botany-Bay. Sidney. 1803 8o51'E. 1770 67° 1' 1819 s 1,627 1858 10 1841 62 48 1841 1 ,685 Hobarlon. Hobarlon. Hobarlon. 1642 0° 0' 1777 70° 15' (1792 1,836 1777 5 15 E. 1850 . 70 35 ( 1854 1,800 1858 10 15 (1844 4,505 (1850 4,498 W*-Zélande (baie des lies). N ]]e -Zélande (baieDusk y). N lle -Zc7ande(B.des 1770 12°40' 1773 70°53' 1835 1,591 1858 14 1840 69 50 1841 1,594 ( 199 ) § III. — DÉPLACEMENT SÉCULAIRE DE DIVERS ÉLÉMENTS MAGNÉTIQUES A. DÉCLINAISON Lignes isogoniques en général. — « Telle branche d'une courbe a toute une histoire particulière, dit Al. deHumboldt; mais, chez les peuples occidentaux , cette histoire ne remonte pas au-delà de l'époque mémorable ( 13 septembre 1492) où le grand homme qui fit la seconde découverte du Nouveau-Monde, reconnut une ligne sans déclinaison vers 3° à l'ouest du méridien de l'une des Açores, l'île de Flores. Sauf une petite partie de la Russie , l'Europe entière a maintenant une décli- naison occidentale, tandis qu'à la fin du XVII e siècle, à Londres en 1657, puis à Paris en 1669, l'aiguille était dirigée exactement vers le pôle (malgré la faible distance de ces deux villes, la différence des deux époques est ici de douze années). » J'ai montré ailleurs que les documents qui nous sont parvenus sur les voyages de Christophe Colomb, peuvent servir à fixer la position exacte de trois points de la ligne .atlantique sans déclinaison, pour le 13 septembre 1492 , le 21 mai 1496 et le 16 août 1498. La ligne atlan- tique sans déclinaison était alors dirigée du N.-O. au S.-O. ; elle touchait le continent méridional de l'Amérique, un peu à l'est du cap Codera, tandis qu'elle le touche aujourd'hui au nord du Brésil. On voit claire- ment par la Physiologia nova de Magnete , de Gilbert (lib. IV, cap. 1 ), qu'en 1660 la déclinaison était nulle aux environs des Açores, comme du temps de Colomb. » Je crois avoir prouvé, sur des documents certains, dans mon Examen critique (t. III , p. 54) , que si la fameuse ligne de démarca- tion , établie par le pape Alexandre VI, pour partager l'hémisphère occi- dental entre le Portugal et l'Espagne, n'a point été tracée par la plus occidentale des Açores, c'est parce que Colomb désirait faire , d'une division naturelle, une division politique. » Quelqu'accroissement qu'ait reçu de nos jours la connaissance par- tielle des lignes sans variation dans le nord de l'Asie, dans l'Archipel Indien et l'Océan Atlantique , grâce à un plus haut degré d'instruction scientifique chez les marins, et au perfectionnement des instruments et des méthodes , il y a lieu cependant de regretter, dans cette branche de la science où l'on sent le besoin de vues cosmologiques , la lenteur des progrès et l'absence de résultats généraux. On doit , je ne l'ignore pas , ( 200 ) au hasard , qui faisait que des bâtiments traversaient les lignes sans déclinaison , un nombre immense d'observations consignées sur les jour- naux de bord ; ce qui manque, c'est le rapprochement et la comparaison des matériaux. « La distance et la position relative de ces lignes ne restent point constantes : elles sont soumises à de continuels déplacements oscilla- toires. Cependant, il est sur la surface du globe des points , tels que la partie occidentale des Antilles et le Spitzberg, où la déclinaison de l'ai- guille aimantée ne varie pas , ou du moins ne varie que de quantités à peine sensibles dans le cours entier d'un siècle. » Ligne sans déclinaison de Paris, en 1663. « On a observé jusqu'ici, dit Arago, trois lignes sans déclinaison que les marins ont suivies jus- qu'à des latitudes plus ou moins élevées; on les a tracées sur plusieurs mappemondes, mais les variations de la déclinaison font continuelle- ment changer leur forme et leur position. Nous avons vu plus haut que l'une d'elles traversait Paris en 1663; depuis celte époque, elle s'est constamment avancée vers l'Ouest, car maintenant (1813) elle passe dans le voisinage de Philadelphie. » L'examen de la question du déplacement des lignes isogoniques peut être approfondi à l'aide des observations de déclinaison faites sur divers points pendant une longue série d'années, tant à Paris, dans l'hémis- phère septentrional, pendant près de trois siècles, depuis l'an 1580, qu'au Cap de Bonne-Espérance, dans l'hémisphère méridional, pendant plus de deux siècles et demi, à partir de 1605. Ces deux séries d'ob- servations donnent les résultats principaux suivants : Paris Ans. Déclinaison. Années. Différeuce. Valeur annuelle. ' 1580 , 1664 ) 1720 | 1770 ' 1814 . 1866 11°30'E. ) 13 0. 19 55 — \ 2-2 34 - : 18 33 — j 84 56 50 l 44 52 H°30'E. 13 0. 6 55 — 2 39 — 4 00 — — 8' 7"E. + 13 56 + 8 18 — + 3 37 — — 4 37 E. 1 ' 1605 0°30'E. \ 3 0°30' E. — ÎO' 0"E. Cap \ de < e-Espêrance-i 1607 I 1667 1724 | 1791 1839 i 1858 7 15 0. 16 27 — 25 40 — 29 7' — J 29 35 — 1 60 53 67 48 19 7 15 0. 9 12 — 9 13 — 3 27 — 28 — + 7 15 + 10 25 — + 8 15 — + 4 19 — + 1 28 — Ce qui revient à dire pour Paris : 1° De 1580 à 1664 (84 ans), diminution de. . . 2° De 1664 à 1814 (150 ans), augmentation de. 3° De 1814 à 1866 (52 ans), diminution de. . , Ho30' E. à Oo 0' à 22 24 O. 22 34 0. à 18 37 0. (3°5T). ( 201 ) Pour le Cap de Bonne-Espérance : 1° De 1605 à 1608 (5 ans), diminution de la dé- clinaison orientale, de o 50' E. à 0° 0' 2o De 1608 à 1858 (250 ans), augmentation de la déclinaison occidentale, de à 29 35 O. Cette augmentation n'est probablement pas encore terminée. L'une et l'autre série d'observations permettent donc de constater l'existence d'un phénomène semblable de déplacement vers l'O. d'une ligne sans déclinaison dans les deux hémisphères; mais entre la série de Paris et celle de Cap de Bonne-Espérance , il y a cette différence, que dans l'hémisphère nord, à Paris, on connaît l'amplitude et la durée d'une demi-oscillation des lignes isogoniques, tandis que dans l'hémis- phère sud, au Cap de Bonne-Espérance, on ne les connaît pas encore, par suite de la plus grande étendue de l'oscillation , quoique celle-ci ait commencé plus d'un demi-siècle plus tôt. Lorsqu'on # examine d'abord la série de cartes des lignes isogoniques contenue dans V Allas de M. Hansteen , et ensuite les cartes de Duperrey et de M. Fréd. Evans, on voit la ligne sans déclinaison qui a passé par Paris en 4663, marcher graduellement vers l'O. pour aller atteindre les Antilles. En 1600, elle passait à l'E. de Paris par le Cap Nord, Saint- Pétersbourg, Kœnigsberg, Malte, le fond du golfe de Bénin et un peu à l'E. du Cap de Bonne-Espérance. On la voit ensuite passer à Copen- hague vers 1620, à Londres de 1654 à 1662, et atteindre Lisbonne en 1668. Plus tard, dans l'Atlantique, entre l'Afrique et la côte amé- ricaine, sa partie courbe médiane a successivement occupé les positions suivantes par rapport au méridien de Paris. Lat. Lor. Long, occid. Lat.aust. Long, occid En 1700 15° 28° En 1770 équateur. 41° En 1710 20 40 En 1787 10° 36 En 1720 15 57 En 1800 équateur. 45 En 1750 22 48 En 1825 équateur. 47 En 1744 22 48 En 1858 équateur. 54 En 1756 15 45 Sur la carte de M. Evans, partant du pôle magnétique boréal, elle passe dans la partie occidentale de la baie d'Hudson, à l'O. de Washing- ton, à l'E. de la Guadeloupe, à l'O. de l'embouchure de l'Amazone et de Rio-Janeiro , et enfin de ia Terre de Sandwich , dans l'Océan glacial antarctique. ( 202 ) Tandis que, en 1600, elle coïncidait à-peu-près avec le méridien, du Gap Nord au Cap de Bonne-Espérance, deux siècles et demi après , en 1858, on constate que par 65° de latitude elle passe au N. par 98° de longitude occidentale de Paris (à l'équateur par 54°), et au S. par 25°, ce qui établit une différence de 73° entre les extrêmes, et une déviation de 23° vers le N.-O. Cette obliquité est en rapport avec la marche de la déclinaison, plus rapide dans l'hémisphère boréal que dans l'hémisphère austral. En effet, on obtient les résultats suivants relativement au taux des déplacements dans les deux hémisphères (1) : Ans. Localités. Différence. Années. Valeur ann. En 1600 à Kœnisberg (18° 9' E.).| ^ 238 ^ ,,, , En 1858 par 90° 2' longitude occidentale. ) En 1607 au Cap Bonne-Espérance (16° 4' E.).i „ , Q „ Q ,1 an , 1 ... ; ., 58» 24' 251 13' 57" 6 En 1858 par 42° 20' longitude occidentale. \ «D'après les documents les plus authentiques, dit M. Becquerel, il paraît que c'est vers l'année 1660 que la ligne sans déclinaison doit avoir traversé l'Océan Atlantique presque à angle droit avec les méridiens de nos contrées, comme cela se voit aujourd'hui dans l'Océan Indien. Depuis ce temps , elle a été graduellement en descendant vers le S. et l'O., et aujourd'hui elle traverse la partie orientale de l'Amérique du Sud. » Ce déplacement de la ligne sans déclinaison parisienne de 1663, si bien établi par les faits et admis, comme on vient de le voir, par Arago , n'a cependant pas paru plausible à Al. de Humboldt, qui admettait la progression vers l'O. des lignes sans déclinaison , car il s'est ainsi ex- primé : « On se demande ce qu'est devenue la ligne sans déclinaison qui passait par Kœnigsbergen 1600, par Copenhague probablement en 1620, par Londres de 1657 à 1662, qui, en 1666, inclinait plus à l'E. et cou- pait Paris, qui, enfin, traversait Lisbonne un peu avant 1668. » Système isogonique de l'Europe, de l'Afrique et de l'Atlantique. Dans leur état magnétique actuel l'Europe, l'Afrique et l'Océan Atlanti- que se trouvent compris entre deux lignes sans déclinaison , passant à- peu-près, l'une B, orientale par les limites de l'Europe et de l'Asie, et l'autre A, occidentale par les côtes d'Amérique. Entre les deux une ligne (1) Le déplacement entre Kœnigsberg et Paris, de 1600 à 1664 , serait pour 18» 9' en 64 ans, de 17' 1" par année. A ce taux en 1580 la ligne sans déclinaison aurait passé par 5° 40' 20" à l'Est du Cap Nord , c'est-à-dire par 29° 17' 35" de longitude orientale. ( 203 ) de plus forte déclinaison part du détroit de Davis et va passer par les Açores, le Sénégal et le Cap de Bonne-Espérance. Ces deux lignes sans déclinaison se déplacent toutes deux actuellement vers l'O., comme il résulte de l'examen comparatif des cartes de Du- perrey pour 1825 et de M. Evans pour 1858. Ainsi sur le 35 e degré de latitude passant par la Crète , les lignes ont été ainsi successivement placées : A. au S. de Washington. B. Perse. Carte de Duperrey... 1825. long. 79°15' 0. 58°45 E. Carte de M. Evans.... 1858. — 8125 0. 51 15 E. . Différences 33 ans. 2°10' 7»30 E. Dans cet intervalle de temps le déplacement vers l'O. de la ligne À n'a donc été que les 2/7 de celui qu'a subi la ligne B. En examinant ce qui s'est passé sur les deux rives de l'Atlantique pendant la période séculaire qui vient de s'écouler, on trouve les données suivantes : Dans l'Atlantique septentrional : Washington. Paris. Duperrey en 1825. déclin. 0. 0° 0' 22" 22' M. Evans en 1858. — 1 45' 19 41 Différences. 55 ans. 1°45' 2° 41' Dans l'Atlantique méridional : Rio-Jdneiro. Cap. de Bon.-Espér. La Caille en 1751. décl. E. 9°22' décl. 0. 19°15' Dup.-Thouars. en 1837. — 51 — 29 7 Différences... 86 ans. 8°31' 9°52' Ces différences d'après les positions respectives des diverses lignes isogoniques correspondent aux déplacements en longitude suivants : Pour Washington... 1°45. Pour Paris 5» 2^ Pour Rio-Janeiro ... 14°30. Pour le Cap 24°15. Dans l'hémisphère N. comme dans l'hémisphère S. l'examen des variations qui se sont produites soit pendant 33 ans , soit pendant un siècle, conduisent donc aux mêmes résultats, c'est-à-dire à un déplace- ment vers l'O. du système de lignes isogoniques placé entre les deux lignes sans déclinaison. A la diminution de la déclinaison dans l'hémisphère septentrional , à Paris et Londres, depuis 1814, ne correspondent donc nullement une rétrogradation vers l'E., ni du système isogonique atlantique, ni des deux lignes sans déclinaison B et A. ( 204 ) Il y a deux siècles, en 1664, une ligne sans déclinaison passait par Paris ; on pourrait au premier aperçu ne pas savoir laquelle des deux lignes précédentes celle-ci représentait. Mais si l'on fait attention que de 4664 à 1814 la déclinaison n'a cessé de devenir de plus en plus occidentale, on ne pourra faire autrement que d'admettre que c'est la ligne sans déclinaison de Paris en 1664 qui s'est graduellement transportée dans l'Ouest et qui avait atteint les côtes d'Amérique, dans le voisinage de Philadelphie, en 1825. Cette ligne était donc la ligne occidentale A. A une époque antérieure, en 1580, alors que la déclinaison à Paris était de 11° 30 vers l'E., cette ligne sans déclinaison A devait se trouver dans l'Europe orientale, prohablement dans les environs de Lemberg en Gallicie, non loin de la position qu'occupera certainement, par suite de sa progression dans l'O., la ligne B dans un demi-siècle. « Les lignes sans déclinaison, dit A. de Humboldt, de l'Asie occiden- tale et de l'Océan Atlantique s'avancent de l'Est à l'Ouest. La première de ces lignes passait par Tobolsk vers 1716; en 1761, du temps de Chappe, elle traversait Katherinenburg ; plus tard elle a coupé Kasan ; enfin , en 1829, elle passait entre Osablikowo et Doskino , à peu de dis- tance de Nishnei-Nowogorod. » Quant à celle-ci, en 1663 et à plus forte raison en 1580, elle devait se trouver fort loin dans l'E., au-delà peut-être des confins de l'Asie et de l'Amérique. On est donc, il me semble entièrement fondé à admettre que pendant les presque trois siècles qui se sont écoulés depuis le commencement des observations de magnétisme terrestre, la ligne sans déclinaison A (de Washington en 1825) a parcouru de l'E. à l'O., entre les 39 e et 48 e degré de latitude N., la distance comprise entre Lemberg, par 25° de lon- gitude orientale, et le nord du lac Huron, par 85° de longitude occiden- tale, c'est-à-dire un espace de 110° ou près de 2/7 e de la circonférence du globe terrestre, presque tout l'espace compris entre les deux lignes actuelles sans déclinaison. En Europe ainsi une ligne sans déclinaison en remplacerait une autre en 3 siècles 1/2 environ. Pendant les 234 années que la déclinaison est devenue graduellement de plus en plus occidentale, de 1580 à 1814 (de ll u 30* E. à 22°34' 0), il s'est donc produit à Paris un phénomène semblable à celui que cons- taterait aujourd'hui un observateur qui se transporterait de Tobolsk ou de la chaîne l'Oural à Brest, en traversant la Russie, la Pologne, l'Aile- ( 205 ) magne et la France. La différence de 34° 4' donne une modification annuelle moyenne de 8' 44". Pendant les 52 années suivantes où la déclinaison arrêtée dans sa marche vers l'O. revient graduellement de plus en plus orientale, de 1814 à 1866 (de 22° 34' à 18° 37' soit 3°5T) il s'est produit un effet comparable à celui qu'éprouverait un observateur allant de Paris à Ulm. Les divers éléments du système magnétique changent de posilion, d'une manière plus ou moins prononcée avec le temps, à la surface de la Terre. Les lignes isogoniques ordinaires moins importantes, et surtout le cercle sans déclinaison subissent des déplacements tels, qu'à un intervalle de 150 années, certaines de ses parties se sont montrées sur des points de la surface de la Terre placés sur des méridiens terrestres qui compren- nent entr'eux jusqu'à 90° ou un angle droit. « Ce que l'on doit voir avec surprise, dit A. de Humboldt, ce sont justement les points de la Terre où , pendant de longues périodes de temps , on n'a pu remarquer aucun changement séculaire. Sir John Herschell a appelé déjà l'attention sur la longue fixité de la boussole à la Jamaïque. » Une des questions dont la solution importe le plus à la théorie phy- sique du magnétisme terrestre, c'est de savoir si les deux systèmes ovales de lignes isogoniques doivent conserver leur forme singulière, pendant toute la durée de ce siècle , ou s'ils doivent finir par se dissoudre en se développant? Dans le nœud de l'Asie orientale, la déclinaison augmente de dehors en dedans. Le contraire a lieu pour le nœud ou l'ovale de la mer du Sud ; on ne connaît même aujourd'hui dans toute la mer du Sud , à l'est du méridien du Kamschatka, aucune ligne de déclinaison qui soit au-dessous de 2°. Cependant Cornélius Schouten aurait trouvé en 1616, le jour de Pâques , la déclinaison nulle par 15° de latitude S. et par 132^ de longitude occidentale, c'est-à-dire un peu dans le sud -ouest de Noukahiva. » Pôle magnétique boréal. — « On eut de bonne heure l'idée , dit Al. de Humboldt , de représenter le point où devaient se réunir tou- tes les lignes de déclinaison magnétique par l'image matérielle d'une montagne d'aimant, voisine du pôle terrestre. Sur la carte du nouveau. Continent qui fut jointe à l'édition de la géographie de Plolémée, publiée* à Rome en 1508, le pôle Nord magnétique est figuré par une île monta- gneuse, située ou nord du Groenland (Gruentlant), qui est représenté comme une dépendance de l'Asie orientale. Le pôle Nord magnétique ( 206 ) se rapproche insensiblement du Midi , dans le Brève Compendio de la Sphera de Martin Cortez (1545) et dans la Geographia di Tolomeo de Livio Sanuto (1588). Ce point, que l'on désignait sous le nom de el Calamitico, excitait une grande attente chez ceux qui prétendaient y parvenir. » J'ai examiné à Paris , à la bibliothèque de la rue Richelieu et ailleurs, un grand nombre des premières éditions in-folio de la Géographie de Plolèmèe sans y rien découvrir de semblable ; savoir : cinq publiées de 1462 à 1490, huit de 1508 à 1552 , et quatre par Mercator, de 1578 à 1618. C'est seulement dans l'édition de Strasbourg de 1522 que j'ai rencontré une carte dans laquelle est figurée une grande montagne conique située par 40° de longitude à l'Est du méridien de l'île de Fer. Ceci indique bien clairement qu'à cette époque la déclinaison était orientale dans toute l'Europe civilisée ou occidentale, et que par suite on admettait que le pôle magnétique était situé par-delà la péninsule Scandinave, presque au N. du Cap Nord. Cette supposition a été manifestement confirmée par les observations faites moins d'un siècle plus tard dans l'Océan glacial arctique, et rap- portées par M. Hansleen. En effet, on trouve dans son ouvrage fonda- mental , publié en 1819, et intitulé Magnelismns der Erde , 2 me partie , p. 21, les observations suivantes, faites en juin 1608 : 3 juin au Cap Nord Inclinaison 84° 1/2. 7 _ par 74° 23' de latitude ... . , 86 0. 19 — par 75° 22' — 89 1/2. 27 — par 72° 12' (Nouv.-Zemble) 84- 0. En 1608, le pôle magnétique était donc bien clairement situé aux deux tiers de la distance qui sépare le Cap Nord de la côte de la Nouvelle- Zemble , c'est-à-dire par environ 40° à l'E. du méridien de Paris. Dans sa carte de l'inclinaison pour 1600, M. Hansteen indique encore une incli- naison de 87° à Bell-Sound au Spitzberg, et il fait passer les lignes iso- cliniques de 85° et de 80° un peu au nord de l'île Jean-Mayen, et par la pointe méridionale de l'Islande. Comme en 1830 le capitaine Ross l'a trouvé situé par 09° 7' de lon- gitude occidentale, sur l'île Boothia-Felix , au N. N.-O. de la baie d'Hudson, il est de toute évidence que de 1608 à 1830, c'est-à-dire en 222 ans, il s'est déplacé de près de 140° de l'E. vers 1*0., c'est-à-dire des deux cinquièmes environ de la circonférence du globe , entre les parallèles de 75° et de 70° de latitude boréale. ( 207 ) B, INCLINAISON Equateur magnétique. — Les lignes isocliniques ordinaires , plus importantes que les lignes isogoniques , éprouvent, ainsi que la ligne sans inclinaison ou équateur magnétique , des variations dans leur position, mais moins considérables, car les pôles et l'équateur magné- tiques ne paraissent quitter ni les régions polaires, ni la zone tropicale. Pour l'équateur magnétique , on peut avoir recours aux observations faites à l'île de l'Ascension, dans la partie médiane de l'Océan Atlanti- que, par l'abbé de La Caille et Duperrey, à près de 71 années d'inter- valle. Ces observations fournissent les données suivantes : De La Caille, 17 avril 1754, inclinaison de 11° 10' au N. Duperrey. . . 23 janvier 1825 — 1 58 — Différences .... 71 années. ... 9° 12' Dans ce laps de 71 années , l'équateur magnétique, au Sud de cette île, a donc été déplacé de 9° 12' vers le N. Nul doute que par la conti- nuation du même mouvement progressif, l'équateur magnétique ne passe au N. dans un petit nombre d'années, et que l'inclinaison ne devienne nulle d'abord dans l'île , puis ensuite au S., c'est-à-dire en sens inverse de ce qu'elle a été jusqu'à présent. « De même qu'on a donné le nom de pôles magnétiques , dit A. de Humboldt, à ces points de la surface terrestre où la force horizontale disparaît , points dont l'importance a du reste été fort exagérée, de même l'équateur magnétique est la courbe des points où l'inclinaison de l'ai- guille est nulle. La position de cette ligne et les changements séculaires de sa forme , ont été , dans ces derniers temps , l'objet de sérieuses re- cherches. D'après les excellents travaux de Duperrey, qui a traversé l'équateur magnétique à six reprises différentes, de 1822 à 1825, les nœuds des deux équateurs, c'est-à-dire les deux points où la ligne sans inclinaison coupe l'équateur terrestre et passe ainsi d'un hémisphère dans l'autre, sont placés d'une manière peu régulière : en 1825, le nœud qui se trouvait près de l'île de Saint-Thomas , vers la côte occi- dentale de l'Afrique, était à 188° */ 8 du nœud situé dans la mer du Sud, près des petites îles de Gilbert, à-peu-près sur le méridien de l'Archipel de Viti. » De nouvelles observations, recueillies et discutées par Sabine , nous ont appris que, de 1825 à 1837, le nœud de l'île Saint-Thomas s'est ( 208 ) déplacé de 4" en avançant de l'Orient vers l'Occident. Il serait extrême- ment important de savoir si l'autre nœud, situé dans la mer du Sud, vers les îles Gilbert , a marché vers PO. d'une quantité égale , en se rap- prochant du méridien des Carolines. On peut voir par cet aperçu général , comment les divers systèmes. de lignes isocliniques se relient à cette grande ligne sans inclinaison, dont les variations de forme et de position changent les latitudes magnétiques , et influent ainsi sur l'inclinaison de l'aiguille, jusque dans les contrées les plus reculées. » Cette marche du nœud vers l'E., de 4° en 12 ans, donne une moyenne de 20' par an. A ce taux, en 1768, cinquante-sept ans avant 1825, le nœud aurait dû être à 19° plus à l'E., c'est-à-dire par 24° de longitude orientale; et Wilcke, dans sa carte, la place par 33° dans la partie orien- tale de l'Afrique. « En cherchant à concilier, dit Arago , les observations d'inclinaison faites à des époques éloignées dans diverses régions de la terre peu dis- tantes de l'équateur magnétique, on avait reconnu, depuis quelques années , que cet équateur s'avance progressivement et en totalité de l'Orient à l'Occident. Aujourd'hui on suppose que ce mouvement est accompagné d'un changement de forme. » Système isoclinique du littoral atlantique. — Pour des lignes iso- cliniques plus rapprochées des pôles on a , dans l'hémisphère septen- trional , la série de Paris remontant à 1671 et ayant par conséquent bien près de deux siècles ; et dans l'hémisphère méridional les observations faites au cap de Bonne-Espérance par La Caille et la Vénus à près d'un siècle d'intervalle. Les deux séries d'observations donnent les résultats principaux suivants : Ans. / 1671 1752 1776 1814 1839 1866 Paris . jclinaison. Années Différence. Valeur annuelle. 75o o') 72 15 [ 105 2° 45' — 1' 46" 72 25 ( 68 36 38 3° 49' — 6' 2" 67 13 ( 65 57 \ 52 2" 39' — 3' ,3" »/ 2 43 0) 46 30 < 50 47 / 25 42 3 30' 4 17' — 8' 24" — 6' 7" 53 6 54 33 5 13' — 5' 57" ' 1751 Cap de Bonne- \ 18 |g Espérance — j | 8 - 9 ( 1851 . La comparaison des observations de Paris et du cap de Bonne-Espé- rance fournit les données suivantes ( 209 ) Paris. Cap. Années 1751-52 72° 15' 45° 0' 1851 66 35 54 Différences : 100 — 5 40 + Il Variation moy. annuelle. — 5' 24" -|- 6' 56" a Si l'on peut, a dit M. Sabine, en 184-0, se fier aux observations faites en 1751 par La Caille qui, à la vérité, eut soin d'intervertir chaque fois les pôles, mais qui avait une aiguille trop peu mobile , l'inclinaison aurait augmenté au Cap de 3° 8' en 89 années ! » Pendant que l'inclinaison a diminué à Paris , elle a augmenté dans un rapport presque double au cap de Bonne-Espérance. Depuis le commen- cement des observations , le sens de la variation n'a subi aucun renver- sement , quoique celle-ci ait lieu inversement dans chaque hémisphère. La comparaison de ces deux séries permet de constater dans les deux hémisphères les deux phases opposées d'un phénomène unique, celui d'un rapprochement vers la région boréale de la terre d'une partie du système isoclinique compris entre deux lignes isogoniques sans décli- naison, et située entre deux méridiens éloignés de 16° et les latitudes de 34° S. à 48° N., c'est-à-dire sur une longueur de Sî° , ou de près d'un quart de la longueur du méridien terrestre. Le déplacement de l'équateur magnétique vers le N. et celui de son nœud vers l'O , indiquent un déplacement général du système isoclinique du littoral atlantique européo-africain, dans une direction plus ou moins approchée du N.-O. Si on compare la carte de Wilcke pour 1768 à celle de Gauss pour 1840 , on constate les faits suivants aux latitudes indiquées sur les mé- ridiens de 20° de longitude orientale de Paris , et de 60° de longitude occidentale. 60o longit. occid. 21<> longit. orient. 1768. 1840. 1768. 1840. Inclinaison de 75° N 46° 30' N. 44- 0' N. 61° 15' N. 66° 15' N. Equateur magnétique 7 20 S. 13 45 S. 4 45 S. 8 ON, Inclinaison de 45° S 39 S. 42 50 S. 51 30 S. 23 30 S. Il y a évidemment translation de tout le système isoclinique de l'Atlan- tique, vers le N. dans la partie orientale, et vers le S. dans la partie occidentale. — « Les lignes isocliniques éprouvent ainsi, dit A. de Hum- boldt, et même l'équateur magnétique, des changements de forme exces- sivement lents et peu prononcés. » Tome XXVI. 18 ( 210 ) C. INTENSITÉ. Lignes isodynamiques en général. — Les foyers polaires de plus grande intensité et la zone intertropicale de moindre, ainsi que les lignes isodynamiques intermédiaires, éprouvent des variations séculaires dont les physiciens semblent ne pas s'être encore beaucoup occupés : sans doute parce que suivant M. Becquerel « tout prouve que les observations d'intensité magnétique ne présentent pas encore assez d'exactitude pour qu'il soit possible d'en déduire la véritable figure des lignes isodynami- ques. j> Quoique ces observations soient plus délicates à faire que celles de déclinaison et d'inclinaison , on peut cependant dire, même pour celles, en beaucoup plus grand nombre , qui ne remontent qu'à 1822, qu'elles fournissent des données qui ont généralement des rapports avec celles qui sont fournies par l'inclinaison. Les séries locales accusent dans la position des lignes isodynamiques des changements analogues à ceux du système isocliniqne , c'est-à-dire peu considérables, parce que d'une part les foyers et la zone de moindre intensité ne quittent ni les régions polaires, ni la zone intertropicale; et que de l'autre, l'espace de temps écoulé a été très-court, puisque les ob- servations n'ont commencé qu'en 1790 et sur quelques points seulement. Si on compare les observations faites à diverses reprises sur les mêmes points, dans les régions qui bordent l'Atlantique ou dans son intérieur, on voit que des changements ont eu lieu ; mais il n'y a pas l'uniformité et la simplicité que présentent la déclinaison et l'inclinaison : ainsi en Europe les variations ont lieu tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, suivant les localités; tandis que sur le littoral africain et celui des deux Amériques une diminution constante se produit. IL le major Sabine a fait en 1838 à l'Association britannique un curieux rapport sur les variations de l'intensité du magnétisme terrestre accompagné de nouvelles cartes de lignes isodynamiques. En 1861 il a fait, sur les variations des trois éléments magnétiques, un second rap- port, duquel il résulte que, dans la partie méridionale de l'Angleterre, de 1837 à 1857, les lignes isodynamiques, aussi bien que les lignes isocliniques , et par suite de la diminution de l'intensité et de l'inclinai- son, ont reculé vers le N. et sont devenues moins obliques par rapport aux parallèles terrestres. ( '214 ) M». RÉSUMÉ. Lorsque, à la surface de l'Atlantique et des régions avoisinantes , on compare les grandes séries d'observations magnétiques , on voit qu'il s'est produit des changements lents , en un sens dans certaines parties et en un sens opposé dans d'autres. Pour la déclinaison on peut dire d'une manière générale : Que par suite de la translation vers l'Ouest des lignes sans déclinaison , celle-ci va en augmentant à l'Est, et en diminuant à l'Ouest de ces lignes jus- qu'à des distances assez grandes , tout aussi bien dans l'ancien que dans le nouveau continent. — Que sur le littoral européo-africain la déclinai- son observée primitivement dans une phase orientale décroissante, est entrée bientôt dans une phase occidentale croissante qui continue encore à l'extrémité australe de l'Afrique , mais dont l'Europe est entièrement sortie, à Paris et à Londres en 1814; elle a été remplacée par une nouvelle phase occidentale décroissante. — Que sur le littoral améri- cain , les parties les plus avancées vers l'Est, le Canada et la Nouvelle- Angleterre d'une part , et le Brésil de l'autre , ont été d'abord trouvés dans une phase orientale décroissante qui a fait place à une phase occidentale croissante, mais dans laquelle ne sont pas encore entrées les parties baignées par la mer des Antilles , non plus que la côte de l'Amérique méridionale située en delà du 25 e degré de latitude Sud. Pour l'inclinaison, il est évident que sur le littoral européo-africain elle a toujours été en diminuant au nord de l'équateur magnétique, et en augmentant au sud de celui-ci. — Que sur le littoral américain, si elle a diminué en Islande , comme en Europe, elle a augmenté dans les Etats-Unis ; mais elle a diminué dans les Antilles et dans toute l'Amé- rique méridionale. Pour l'intensité, dont les observations remontent si peu haut, les résultats sont les mêmes que pour l'inclinaison sur le littoral européo- africain ; mais il y a eu diminution sur tout le littoral américain. Dans la région polaire boréale, les lieux d'observation magnétique, quoique peu nombreux , le sont cependant plus que dans la région aus- trale, par suite de la grande extension des terres vers le pôle; on e** trouve en certain nombre sans être obligé de descendre plus bas que du 55 e au 50 e degré de latitude , tant en Europe et en Asie que dans PAmérique du Nord. ( 212 ) Pour la déclinaison , quand on examine ce qui se passe actuellement , on constate qu'elle diminue dans l'Europe septentrionale, à l'Ouest de la ligne sans déclinaison B de la Russie , tandis qu'elle augmente à l'Est jusqu'au-delà de l'ovale de l'Asie orientale. Elle diminue ensuite dans l'extrême Asie, au Kamschalka , pour augmenter de nouveau dans toute l'Amérique boréale et jusqu'en Islande. Pour l'inclinaison , il ressort qu'elle diminue en Islande et dans toute l'Europe septentrionale , tandis qu'elle augmente dans toute l'Asie sep- tentrionale. Dans l'Amérique boréale, elle diminue sur la côte Ouest et augmente dans la partie orientale. Pour l'intensité, les rares observations permettent de constater seule- ment une diminution dans l'Europe septentrionale et à la côte occiden- tale de l'Amérique boréale. Dans la région australe, au contraire, où les terres ne s'avancent qu'accidentellement vers le pôle, on est obligé, sous peine de ne ren- contrer que quelques îles peu fréquentées , de descendre jusqu'au 30 e degré de latitude, alin de posséder les trois extrémités australes de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Australie, qui établissent les divisions entre les Océans. Pour la déclinaison, on la voit augmenter dans le centre de l'Océan Atlantique méridional , aux extrémités de l'Afrique et de l'Australie , c'est-à-dire à l'est des lignes sans déclinaison A el B ; elle augmente aussi au Chili, mais pour diminuer à l'extrémité de l'Amérique et dans le sud-est de celle-ci. Pour l'inclinaison, elle diminue dans toute l'Amérique australe et augmente au Cap de Bonne-Espérance. En Australie, elle augmente dans la partie occidentale et diminue dans la partie orientale. L'intensité aussi diminue dans l'Amérique australe et augmente au Cap. Les résultats semblent contradictoires dans l'Australie orientale. De l'examen auquel nous venons de nous livrer sur la marche de la déclinaison et de l'inclinaison magnétiques à la surface de l'Atlantique et des régions environnantes, c'est-à-dire dans une vaste portion de la surface terrestre, il est donc démontré que pendant l'intervalle séculaire et même tri-séculaire qui vient de s'écouler, le système magnétique entier de l'Atlantique s'est déplacé d'une part vers l'O. et de l'autre vers le N., c'est-à-dire dans une direction N.-O. par rapport, tant à Paris qu'au Cap de Bonne-Espérance. ( 213 ) Un déplacement vers l'O. dans chacune des deux régions polaires est établi aussi nettement par les faits. Ainsi, pour le pôle boréal , la dimi- nution de la déclinaison dans l'Europe septentrionale et dans l'extrême Asie, au Kamschatka , comme aussi son augmentation dans la moitié orientale de l'Amérique boréale et en Islande , en premier lieu; la dimi- nution de l'inclinaison en Europe et en Islande, et son augmentation dans toute l'Asie orientale, en second lieu; la diminution de l'intensité dans l'Europe septentrionale, en troisième lieu ; cadrent parfaitement avec le déplacement des lignes sans déclinaison vers l'Ouest, et, il faut bien le dire dès maintenant, avec la supposition d'un déplacement du pôle magnétique boréal dans la même direction. Ainsi, pour le pôle austral , la diminution de la déclinaison à l'extré- mité australe de l'Amérique du Sud et dans le Sud-Est, comme aussi son augmentation dans l'Australie , au Cap de Bonne-Espérance et dans les parties centrales de l'Atlantique méridional , en premier lieu ; la diminution de l'inclinaison dans l'Australie orientale et toute l'Améri- que australe, et son augmentation dans l'Australie occidentale et au Cap, en second lieu ; la diminution de l'intensité dans l'Amérique aus- trale , son augmentation au Cap et les résultats probablement contradic- toires de l'Australie, en troisième lieu ; cadrent parfaitement encore avec le déplacement des lignes sans déclinaison et du pôle magnétique austral vers l'Ouest. Depuis le commencement des observations à Paris , en 1 580, jusqu'en 1814, on ne pouvait que constater d'une part le déplacement vers l'O. des lignes isogoniques, et notamment de celles sans déclinaison , et de l'autre, l'augmentation de la déclinaison et la diminution de l'incli- naison, sans pouvoir faire de conjectures sur l'avenir Pendant les premières années qui ont suivi 181-4, en voyant la décli- naison diminuer, on a pu croire à un retour des lignes sans déclinaison à leur position primitive et admettre qu'elles étaient soumises à des os- cillations périodiques dont la demi-durée était de un siècle et demi en Europe. Mais après 52 années d'une marche concomitante dans la dimi- nution de l'inclinaison, de la déclinaison et la progression des lignes sans déclinaison vers l'O., une semblable hypothèse ne peut plus être admise (quoiqu'elle soit encore mise en avant dans le Traité de physique de M.Daguin) et il faut absolument en trouver une nouvelle qui explique les deux faits concernant la déclinaison, qu'au premier aperçu on serait tenté de croire contradictoires. En effet, si le mouvement d'oscillation ( m ) admis par la plupart des physiciens rend compte des variations de la dé- clinaison , il est en opposition avec la continuation de la diminution de 'inclinaison, et surtout avec la progression constante des lignes sans déclinaison vers PO. Pour mieux faire saisir l'incertitude à laquelle les physiciens sont livrés en ce moment à l'égard de l'époque où l'inclinaison cessera de décroître à Paris , à Bruxelles ou à Londres , je crois utile de transcrire le passage suivant de la Physique du globe, de M. Quételet, 1861, p. 174-75 : « D'après M. Hansleen , ïe minimum de l'inclinaison devrait se présen- ter en 1924 (milieu d'avril), c'est-à-dire pendant la première partie du siècle prochain. Déjà le minimum s'est présenté dans quelques localités orientales; il se rapproche de plus en plus de nous, et passera par Paris et Londres, après avoir produit ses effets en Belgique. Nous n'avons malheureusement pas les éléments nécessaires pour calculer, d'une ma- nière précise , la longueur de cette période : les éléments relatifs à son commencement nous font entièrement défaut. Voici les résultats que le physicien norwégien a déduits de nos observations : Diminution annuelle de l'inclinaison » D'après mes calculs, la période des inclinaisons positives devrait se prolonger, dans le siècle suivant, un peu plus longtemps, et ne finir qu'en 1940 au lieu de 1924 que donnent les calculs de M. Hansteen pour limite de la période (1). Ces calculs toutefois supposent une régu- larité dans la marche de la courbe qui se confirme assez par les obser- vations et les calculs qui ont été faits dans ces dernières années; mais rien ne permet encore de conclure avec quelque certitude que la courbe des inclinaisons est régulière et se maintiendra la même dans la suite des temps. » (1) D'après de nouveaux calculs donnés par M. Hansteen dans le Uullelin interna- tional de l'Observatoire de Paris du 7 février 1866, le minimum pourrait arriver vers l'an 1873. (D'après mon hypothèse, développée quelques pages plus loin, ce serait seulement près d'un siècle plus tard, vers 1964.) 1830 3' 219 1840 2 878 1850 2 336 1853 2 366 ( 24 § ) § IV. — CAUSE ET MODE DU DÉPLACEMENT SÉCULAIRE. Une hypothèse qui est venue à l'esprit d'un assez grand nombre de physiciens et que je trouve fort acceptable, c'est que les migrations des lignes sans déclinaison accusent celles des pôles. En effet, la translation des lignes sans déclinaison vers l'O. pendant deux siècles, semble n'être que la conséquence simple et directe d'un déplacement du pôle magnétique lui-même dans notre hémisphère boréal; et comment comprendre qu'en \ 580 la déclinaison était orientale , qu'en 1664 elle était nulle, qu'elle est ensuite devenue occidentale jusqu'enl 814, où elle a atteint son maximum de déviation, et qu'à partir de cette épo- que elle tend à redevenir orientale chaque jour, si l'on n'admet pas que ce mouvement a pour cause nn déplacement du pôle magnétique boréal? Le cercle sans déclinaison passant par les lieux où le méridien ma- gnétique coïncide avec le méridien terrestre , il est de toute évidence que dans la zone tempérée, à part certaines déviations locales, le pôle magnétique doit se trouver à-peu-près sur le méridien terrestre du lieu, à l'époque de la coïncidence. Par conséquent en 1 664 le pôle magnétique boréal devait se trouver sur le méridien de Paris, soit en deçà, soit au-delà du pôle terrestre. De même que, actuellement la déclinaison est occi- dentale et le pôle sur un méridien situé à l'O.; de même avant 1664, alors que la déclinaison était orientale, le pôle devait être sur un méri- dien situé à l'E. Le pôle magnétique boréal, de 1580 à 1814, a donc dû se déplacer de l'E. vers l'O. depuis le prolongement des côtes de la Norwège par plus de 40° de longitude orientale, jusqu'à l'île de Boolhia-Félix par 99° 7 de longitude occidentale, c'est-à-dire d'un tiers de circonférence du parallèle de 70° environ. Pendant le laps de 166 années , de 1664 à 1830 , qui s'est écoulé de- puis que la déclinaison était nulle jusqu'au moment où la position du pôle a été déterminée par Ross en 1830, le pôle magnétique boréal se serait transporté , du méridien de Paris sur un autre situé à 99°7' à l'O. En divisant ce nombre par celui des années, on obtient une moyenne un peu inférieure à 36' par année, pour la progression du pôle boréal dans l'O. sur le 70 degré de latitude. Transportée sur l'équateur terrestre , cette quantité correspond à 66 kil. 672 par année, c'est-à-dire à l/601 e de celui-ci. D'après ce taux de progression, 16 ans auparavant, en 1814, le pôle magnétique aurait été de 576' ou 9° 36' plus rapproché à l'E., ( 216 ) c'est-à-dire par 89 u 31' à l'ouest du méridien de Paris , ou â-peu-pïès sur le méridien qui est à angle droit avec lui. Il y a là , à mon avis , une remarque très-importante pour la théorie des variations séculaires, qui paraît n'avoir pas été entrevue par les physiciens. La diminution de déclinaison qui s'est produite depuis 4814-, à Paris, à Londres, et, un peu avant ou après, dans une grande partie de l'Europe occidentale, ne peut être expliquée, dans l'hypothèse de la mobilité du pôle magnétique boréal, que par les deux suppositions suivantes : 1° celle d'une rétrogradation du pôle vers l'E. qui l'aurait ramené en 1866 à la position qu'il aurait occupé en 1762; mais que la diminution constante de l'inclinaison et la progression également constante des lignes sans déclinaison dans l'O. ne permettent pas d'admettre ; 2° celle de la pro- gression constante du pôle dans l'O., qui cadre bien avec la marche réelle des divers phénomènes. Le taux du déplacement établi pour la région polaire boréale à 36', un peu plus d'un demi-degré, par année, ne semble pas aussi grand dans la zone tempérée; en effet, pendant le même temps , le déplacement n'a été que de 77° 31' de Paris à Philadelphie. Sous l'équateur, dans le golfe de Guinée, le taux augmente, car : « En 1837 le nœud africain, dit M. de Humboldt, était situé par 0° W de longitude orientale; en 1825, il avait été constaté qu'il se trouvait par -4° 35'. Ainsi, le nœud se déplaçant de l'E. à l'O., s'était éloigné de l'île basaltique de Saint-Thomas, haute de 7,000 pieds, avec une vitesse un peu moindre que celle d'un demi-degré par an. » Dans le bassin méridional de l'Océan atlantique par 36°, latitude du cap de Bonne-Espérance, le déplacement vers l'O. est beaucoup plus lent; car de 1607 à 1858, en 251 ans, il n'a été que de 58°, ce qui donne un peu moins de 14' par année. Ces différences ne sont pas de nature à empêcher l'adoption de l'hypothèse que je propose, car le savant illustre que je viens de citer a encore dit : « Des observations exactes démon- trent que les différentes parties des courbes isogoniques se déplacent d'une manière très-irrégulière, que ces lignes, aux endroits où elles étaient parallèles , s'écartent du parallélisme , et que les contrées dans lesquelles régnait exclusivement l'une des deux déclinaisons s'aggran- dissent ou se resserrent dans des directions très-diverses. » L'hypothèse nécessaire, qui semblerait d'une difficile naissance à l'ins- pection des cartes , vient s'offrir elle-même à l'esprit lorsqu'on jette un regard attentif sur la région polaire boréale d'une sphère terrestre. En ( 217 ) effet , comment ne pas s'apercevoir, pour Paris par exemple, que si la déclinaison doit croître tant que le pôle magnétique dans son mouvement de rotation autour du pôle terrestre n'a pas atteint le méridien placé à 90° à l'O., elle doit décroître dès que celui-ci est dépassé et tant que le pôle magnétique n'est pas arrivé à 90° plus loin , c'est-à-dire sur la seconde partie du méridien de Paris située au-delà du pôle; point où elle deviendra une seconde fois nulle comme au point de départ , et au bout d'un temps égal probablement à celui qui a été nécessaire pour l'amener de son point de départ, au maximum de déclinaison , à 90° à l'O. Le pôle magnétique continuant son mouvement de rotation autour du pôle terrestre, la déclinaison deviendra orientale, atteindra son maximum lorsque celui-ci aura atteint le méridien situé par 90° de longitude orien- tale, pour diminuer ensuite jusqu'au moment où le pôle magnétique étant revenu sur le méridien de Paris, elle sera nulle comme au point de départ initial. Dans cette hypothèse la déclinaison présenterait en chaque lieu quatre phases distinctes et successives séparées par les points alter- natifs de coïncidence et de plus forte déclinaison. Si le mouvement de translation du pôle magnétique autour du pôle terrestre boréal, a, comme cela doit probablement être, une vitesse uni- forme (1), celle-ci peut être déterminée assez approximativement à l'aide des données fournies par la série d'observations de Paris. On peut dire à quelques années près , à quelles époques les diverses phases à venir prendront naissance et à quelles époques passées ont dû avoir lieu celles qui les ont précédées. Il suffît de remarquer qu'il s'est écoulé 150 an- nées (de 1664 à 1814) pour la phase pendant laquelle la déclinaison occidentale, de nulle est arrivée à son maximum, et de donner à chacune des autres des durées semblables. On arrive ainsi aux prévisions sui- vantes pour le passé et l'avenir. (Voir le tableau à la page suivante.) Depuis que des observations ont été commencées à Paris en 1580, on aurait ainsi terminé une quatrième phase limitée par un point de coïnci- dence en 1664; traversé une nouvelle phase entière, la l re , limitée par un point de plus forte déviation en 1814; et enfin entamé une autre phase , la 2 e , depuis cette époque. — L'amplitude de la déclinaison à la limite des deux premières phases n'aurait pas dépassé 22° 34' à Paris. (1) Le mouvement de translation du pôle magnétique austral est beaucoup plus lent , à en juger par le déplacement de la ligne sans déclinaison au travers de l'Atlan- tique méridional entre le Cap et Rio-Janeiro, de 1607 à 1858. Il y a donc lieu d'exa- miner ce point à nouveau ; c'est ce que j'essaierai de faire dans un autre travail, ( 218 ) La déclinaison moyenne d'un lieu est la même pour tous ; elle ne peut être que alors que l'aiguille est dans la direction du méridien terrestre. 1064. Point nul rapproché. 1 re phase, occidentale croissante. 1214. Point maximum occidental. 2 e phase, occidentale décroissante. 1er Cycle / 1364. Point nul éloigné, de déclinaison, j 3° phase, orientale croissante. 1514. Point maximum oriental. 4 e phase, orientale décroissante. (Observée pour la fin.) 1664. Point nul rapproché. 0°. (Observé.) l re phase, occidentale croissante. (Observée [150 ans]). 1814. Point maximum occidental. 22° 34'. (Observé.) 2 e phase, occidentale décroissante. (En observation.) 2" Cycle t 1964. p int nul éloigné, de déclinaison j 3 e phase, orientale croissante. 2114. Point maximum oriental. 4 e phase, orientale décroissante. 2264. Point nul rapproché. Relativement à l'inclinaison , la vue de la région polaire boréale sug- gère une continuation de l'hypothèse précédente, qui explique également bien les faits. Par suite du mouvement circulaire du pôle magnétique autour du pôle terrestre , il ne doit y avoir de renversement dans la mar- che de l'inclinaison que lorsque le pôle passe par le méridien de Paris. Il n'est pas difficile de voir alors que l'inclinaison doit être la plus forte lorsque c'est en deçà du pôle, et la plus faible lorsque c'est au-delà. Dans toutes les autres positions , elle est dans une voie intermédiaire, de dé- croissement dans l'hémisphère magnétique occidental , d'accroissement dans l'hémisphère oriental. En procédant comme pour la déclinaison, on arriverait aux prévisions suivantes : 1 er Cycle d'inclinaison. 2e Cycle d'inclinaison. 1064. Point maximum rapproché. 1 re phase, occidentale décroissante. 1364. Point minimum éloigné. 2 e phase, orientale croissante. 1664. Point maximum rapproché. 75° (observé). 4 re phase, occidentale décroissante (en observation pour plus de la moitié). 1964. Point minimum éloigné. 2 e phase, orientale croissante. 2264. Point maximum rapproché. (2io ) La première phase décroissante commencée à Paris très-probable- ment en 1664, ne s'achèverait que vers 1914, contrairement à l'opinion de M. Hansteen, qui pense qu'à partir de 1873, l'inclinaison doit éprou- ver une marche ascendante. L'inclinaison ne cesserait de décroître , pour reprendre une marche ascendante, que quand la déclinaison sera redevenue nulle. Relativement au chiffre auquel l'inclinaison pourrait s'abaisser lorsque le pôle magnétique serait arrivé sur le méridien de Paris, à l'opposé du pôle terrestre, il semble qu'il devrait être inférieur d'une nouvelle quan- tité à-peu-près égale à celle dont elle a varié de 1676 à 1814, soit de 6° 24'. L'inclinaison, de 75° à son maximum, serait donc réduite à 62° 12'. Mais il ne faudrait prendre ce chiffre que comme approximatif, comme l'était certainement celui de 75° pour l'inclinaison en 1676 ou même en 1664. On devrait appeler inclinaison moyenne d'un lieu , celle qui existe lorsque la déclinaison est arrivée à son maximum d'élongation ; par exemple : Déclin, max. Inclin. moy. Londres 1814 2i°21' 70° 30' Paris 1814 22 34 68 36 Différences 1°47' 1°54' En mettant en rapport les cycles de la déclinaison avec ceux de l'in- clinaison , on obtient la concordance remarquable suivante : Déclinaison. Dates. Inclinaison. Point nul rapproché . . . . 1064. . . Point maxim. rapproché. 1 re phase occid. croiss. \ \ Point maxim. occidental. . 1214. .. ( 1 re phase occid. décr. 2 e phase occid. décr. ) \ Point nul éloigné 1364. . . Point minim. éloigné. ) Q 3« phase or. croiss. \ Point maxim. oriental ... 1514. .. > 2 e phase or. croiss. 4 e phase or. décr. (Fin). ) Point nul rapproché. (Obs.) 1664. . . Point maxim. rappr. (Obs. 1 ro phase occ. cr. (Obs.). j Point maxim. occid. (Ob.). 1814. . . .' 1™ ph. occ. déc. (Enobs.)j 2 e phase oc. déc. (En obs.) j , Point nul éloigné 1964. . . Point minim. éloigné. ) S? 3 e phase or. croiss. J Point maxim. oriental ... 2114. .. / 2 e phase or. croiss. 4e phase orient, décr. ; Point nul rapproché .... 2264. . , Point minim. rapproché. ( 220 ) 11 est de toute évidence que chaque méridien terrestre possède s'on année initiale propre, et que, à moins de déviations locales, celle-ci est d'autant plus antérieure ou postérieure à 1664, que le méridien est plus oriental ou occidental par rapport à celui de Paris. Les physiciens semblent ne pas avoir recherché encore pourquoi la déclinaison s'est arrêtée en 1814, sans qu'il en ait été de même pour l'inclinaison, même en 1866. C'est cependant un fait des plus remar- quables. Je viens, en appelant l'attention sur lui, d'en donner une expli- cation plausible. Il serait certainement prématuré de chercher cà établir dès à présent des cycles et des phases pour l'intensité , car les données de l'observa- tion sont complètement insuffisantes; mais je crois probable que ceux de l'inclinaison lui seront applicables. § V. — HYPOTHÈSE FINALE Quelle serait maintenant la supposition qui rendrait le mieux et le plus simplement raison des changements séculaires qui se produisent lentement dans la déclinaison et l'inclinaison , et qui semblent découler si naturellement de l'hypothèse de la rotation du pôle magnétique autour du pôle terrestre. Il me semble qu'il serait fort difficile, pour expliquer ces divers effets, d'avoir recours à une hypothèse plus simple et plus satisfaisante que celle d'un corps fusiforme probablement ferrugineux, plus ou moins irrégulier, doué de la propriété magnétique à l'égal d'un barreau aimanlé, dont les extrémités seraient alignées suivant une corde du sphéroïde ter- restre aboutissant aux pôles magnétiques actuels de la terre, corde placée à une certaine dislance de l'axe terrestre, et plus ou moins obliquement par rapport à lui. Quant au déplacement nécessaire pour expliquer celui de tout le sys- tème magnétique superficiel du globe vers l'O. , il suffirait , pour le com- prendre, d'admettre que le corps fusiforme ou noyau magnétique excen- trique, d'une densité plus forte que le reste des masses qui entrent dans la composition du noyau fluide interne de la terre , est entraîné un peu moins rapidement que l'écorce consolidée externe dans le mouvement de rotation diurne de l'O. à l'E., d'une quantité qui serait l / eoo de la vitesse de l'écorce terrestre à ses diverses latitudes. ( 221 ) Ce retard serait suffisant pour expliquer le déplacement du système isogonique de i / i de circonférence qui s'est produit sur le 70 e degré de latitude boréale, de 1664 à 1814, c'est-à-dire en un siècle et demi, qui s'était poursuivi pendant près d'un siècle auparavant, à partir de 1580, et qui se poursuit encore depuis un demi-siècle. Pour remonter à la cause des phénomènes magnétiques qui se passent dans l'écorce terrestre, deux hypothèses principales sont en présence ; l'une, ancienne , due à Halley, et adoptée par Gordier, d'un noyau fer- rugineux magnétique intérieur, qui explique aussi la densité moyenne de la terre (qui est double de celle des matières qui forment l'écorce consolidée et même les parties liquides sous-jacentes ) , hypothèse qui est surtout admise par les géologues; et l'autre, toute moderne, due à Ampère, de courants électriques équaloriaux , qui est en plus grande faveur parmi les physiciens. En effet, dit M. Daguin dans son Traité élémentaire de physique, t. III, pages 20 et 654 : « Gilbert, longtemps auparavant (Descartes, en 1600), avait donné une explication qui aurait dû entraîner tous les suffrages. Elle consiste à considérer la terre comme un aimant gigantesque dont la ligne neutre est à l'équateur magnétique , et dont les pôles sont situés dans les zones glaciales. » Mais cette hypothèse ne peut expliquer la rotation des courants. D'un autre côté , les variations de l'aiguille aimantée , les perturbations auxquelles elle est sujette, et l'état. de fluctuation dans lequel se trouve perpétuellement le magnétisme du globe ne peuvent être compris qu'avec beaucoup de peine dans l'hypothèse de Gilbert, tandis que tous ces phé- nomènes se conçoivent facilement quand on les regarde comme produits par des courants , dont la mobilité est bien en rapport avec celle qu'il faut supposer à la cause de tous ces changements. » Les géologues avaient besoin d'une hypothèse simple pour se rendre compte des faits; il me semble que je l'ai trouvée. Je ne puis , certes , avoir la prétention de la faire prévaloir dans l'es- prit des physiciens , mais je crois qu'ils ne sauraient méconnaître qu'elle explique très-sîmplement les deux faits capitaux les plus embarrassants dans l'état magnétique de la terre , les variations séculaires de la décli- naison et de l'inclinaison , et qu'elle établit entre la marche spéciale de l'une et celle de l'autre , une corrélation intime qui semble n'avoir pas encore été aperçue. ( 222 ) Je n'aurais pas lieu de regretter d'avoir fait connaître mon hypothèse, quand même elle serait reconnue inadmissible par les mathématiciens, car elle aurait toujours ce résultat utile de faire en quelque sorte tou- cher du doigt aux ignorants le mécanisme apparent des variations sécu- laires. Mais il ne me semble pas impossible qu'elle ouvre aux physiciens quelque horizon nouveau , qu'elle leur fournisse une donnée nouvelle qui leur permettra de se prononcer d'une manière plus précise en faveur de l'une ou de l'autre hypothèse, au sujet desquelles M. Becquerel disait impartialement en 1840, presque à la dernière page (537) du 7 e volume de son Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme : « Ce ne sont là que des conjectures que j'émets uniquement dans » le but d'éclairer le lecteur sur l'origine électrique probable du magné- » tisme terrestre. — Bien que je sois porté à admettre cette origine, ?> néanmoins les faits manquent pour l'appuyer sur des bases solides. » Je ne chercherai pas à examiner jusqu'à quel point est fondée l'an- » cienne hypothèse qui admet que le magnétisme terrestre est l'effet de » matières magnétiques ou ferrugineuses disséminées à travers la masse » de la terre , attendu que les faits manquent également pour donner à » cette hypothèse l'apparence d'une vérité. » Pour moi, je n'hésite pas à admettre l'ancienne hypothèse en m'ap- puyant de l'opinion d'hommes dont les travaux ont tant contribué aux progrès de l'étude du magnétisme terrestre : « Les anomalies, disent MM. Gauss et Weber, ne sont que de légers changements dans la grande force magnétique terrestre , dus probable- ment à des effets magnétiques du globe , ou qui ont lieu peut-être en dehors de notre atmosphère. Il ne faut pas pour cela abandonner l'an- cienne idée, que la force magnétique principale a son siège dans la partie solide du globe. Si , d'après l'opinion de quelques physiciens , l'intérieur de la terre était encore dans un état liquide , alors la solidifi- cation progressive offrirait l'explication la plus naturelle des changements séculaires de la force magnétique. » « En effet, dit M. Sabine, au nom de la Société Royale, rien ne s'oppose à ce que l'on puisse voir, dans les grandes lignes des courbes magnétiques, dans leurs déplacements généraux et leur changement de forme sur la surface du globe , le résultat de causes agissant dans l'inté- rieur de la terre et envahissant toute la masse; tandis que les variations annuelles et diurnes de l'aiguille , avec leur série de mouvements pério- diques subordonnés, peuvent provenir et proviennent vraisemblablement ( 223 ) de courants électriques produits par des variations périodiques de tem- pérature à la surface du globe , variations dues à la position du soleil au-dessus de l'horizon, ou dans l'écliptique, et modifiées par des causes locales; tandis que les décharges électriques locales ou temporaires, dues à des causes calorifiques, chimiques ou mécaniques, agissant dans des régions élevées de l'atmosphère et se renouvelant irrégulièrement ou à intervalles , peuvent servir à rendre compte de ces mouvements incessants et accidentels comme on pourrait le croire , que des observa- lions récentes ont placés dans un jour aussi manifeste et aussi intéres- sant. B Enfin je termine par un passage du directeur de l'Observatoire de Munich, M. Lamont , qui explique en outre, d'une manière si simple, pourquoi les diverses lignes magnétiques du globe sont loin d'avoir la régularité et la perfection géométriques des lignes simplement géogra- phiques. Il est extrait du Bulletin de V Académie des sciences de Bruxel- les, t. VIII, p. 62, 1852 : « Je suppose que le globe terrestre consiste en une écorce composée de substances légères terreuses, sans magnétisme, et d'un noyau proba- blement métallique, solide magnétisé , tout comme si c'était un boulet d'acier. Je suppose de plus que la surface du noyau ait des inégalités, en d'autres termes des montagnes et des vallées. On sait que dans une ai- guille d'acier aimantée, c'est vers les pointes et les coins que se concentre le magnétisme. En appliquant cette analogie au noyau de la terre , il en résulte que chaque élévation présentera une force perturbatrice dont l'effet doit produire une modification dans les courbes magnétiques Les grandes sources de perturbations qui existent vers les pôles auront toujours une certaine influence , de sorte que la direction générale des lignes magnétiques sera modifiée peu à peu Quant au magnétisme, on ne l'a pas encore considéré comme indiquant une certaine condition du globe terrestre , et cependant il me paraît qu'il n'y a aucun autre phénomène qui soit plus propre à donner des indications certaines sur la nature et l'état des substances dont le globe est composé. » ( 2&i ) APPENDICE. je réunis sous cette forme la traduction , aussi littérale que possible , de quelques passages empruntés aux mémoires de plusieurs physiciens qui avaient émis des opinions plus ou moins conformes aux miennes ; je les ai rencontrés dans les bibliothèques de Paris seulement en octo- bre, après la rédaction très-avancée de mon travail et surtout après ma note du 28 juin 1866 et l'acceptation par l'Académie des Sciences dans sa séance du 18 juin, d'un paquet cacheté dont le contenu a été publié intégralement en novembre, dans le Compte-rendu de la session de Bor- deaux de Y Association scientifique de France, p. 15-21. On remarquera que M. Lathrop en 1840, vingt-six ans avant moi, avait émis , dans un très-court mémoire et sans l'appuyer des preuves nécessaires, une hypothèse véritablement identique à celle dont l'idée m'est venue bien spontanément dans les premiers jours de juin; c'est en effet seulement vers le milieu de juillet que j'ai découvert le court exposé qu'en a donné M. d'Archiac dans Y Histoire des progrès de la Géologie, t. I, p. 128-130, 1847. Ed. Halley. — A theory of the Variation of the magnetical Compass. (Philosophical Transactions, vol. XII, 1683. ) p. 220-221 : 68. Altitude I7 m 40. Commencé avec m 30 de diamètre et terminé avec m 26. L'eau très -abondante se main- tient à 13 m au-dessous du sol. Diluvium. 1. Sable grossier un peu argileux jaunâtre, avec cailloux de quartz blanc et gris de grosseur variable 1,95 15,63 Calcaire à Astéries. 2. Calcaire grossier blanchâtre à petites concrétions, très- fossilifère avec intercalation de veinules d'argile bru- nâtre, diluvienne 6,95 22,58 3. Calcaire grossier blanchâtre fossilifère, à grosses con- crétions, avec polypiers, Scutella slrialula, pecten,etc. 4,47 27,05 4. Calcaire grossier, très-dur , jaunâtre, pétri de fossiles, analogue à celui de Saint-Macaire 0,75 27,80 5. Calcaire grossier tendre blanchâtre, fossiles rares 4,26 32,06 6. Marne ligniteuse brune, contenant de nombreux fossiles avec le test excessivement friable 0,80 32,86 7. Molasse grise très-dure, compacte, avec empreintes de petits fossiles 0,30 33,16 8. Marne grise arénifère et avec gros grains de quartz . . 0,39 33,55 ( 252 ) ©" BORDEAUX : rue cPOrnano, 47, chez M. Gassiot, en 1865-66. Au fond d'un picils de 8 m . Allilude 9 à 10 ro . Commencé avec m 30 de diamètre et terminé à 0,21. Calcaire à Astéries. Épaisseurs. Profond. 1. Calcaire très-dur jaunâtre pétri de fossiles avec le test. . 2,10 10,10 2. Calcaire marneux grossier jaunâtre fossilifère 0,46 10,56 3. Calcaire très-dur jaunâtre, contenant des nodules concré- tionnés et des fossiles avec le test 0,27 10,83 4. Marne grisâtre, avec débris de fossiles 0,40 11,23 5. Calcaire grossier gris très-dur fossilifère 1,00 12,23 6. Sable calcaire grossier formé de débris de coquilles et polypiers, Echinocyamus pyriformis, serpule très- carénée, Balanus, etc., avec le test en partie agglo- méré dur. (Falun de Terre-Nègre?) 0,50 12,73 7. Calcaire grossier jaunâtre fossilifère assez dur d'abord, puis tendre et à concrétions dures, Scnlella slrialida. 5,60 18,33 8. Marne grise fossilifère 0,67 19,00 9. Calcaire marneux grossier grisâtre 0,50 19,50 10. Calcaire grossier dur fossilifère grisâtre 2,00 21,50 11. Marne fine blanchâtre 0,75 22,25 12. Calcaire grossier marneux tendre grisâtre 1,78 24,03 Molasse du Fronsadais. 13. Marne grisâtre fine à débris de coquilles 5,04 29,07 14. Marne grisâtre, avec rognons de calcaire grossier dur. . 1,00 30,07 15. Marne grisâtre fine à débris de coquilles 1,00 31,07 16. Marne blanchâtre fine 1,50 32,57 17. Marne blan,châtre, avec nodules de calcaire grossier. . . 0,56 33,13 18. Marne grisâtre, avec nodules de calcaire grossier. .... 1,20 34,33 tf BORDEAUX : rue Peyronnel, à la raffinerie de M. Guibert, en 1 866-67. Au fond d'un puits de 11 m 90. Altitude 3 m 20. Exécuté avec OHO de dia- mètre. Eau abondante. Molasse du fronsadais. 1. Marne légèrement verdâtre, avec cailloux de quartz acci- dentels, jaunâtres, gris, puis fragments de calcaire grossier blanchâtre 6,15 18,05 2. Marne légèrement verdâtre, pure 2,24 20,29 3. Marne légèrement verdâtre, avec grains de quartz 0,91 21,20 4. Marne verdâtre, avec cailloux de quartz accidentels. . . 1,04 22,24 ( 253 ) Épaisseurs. Profond. 5. Marne légèrement grisâtre 2,43 24,67 6. Marne sableuse légèrement verdâtre 1,15 25,82 7. Argile marneuse verte 0,28 26,10 8. Marne verte . 0,90 27,00 9. Marne verdâtre 2,96 29,96 10. Marne calcaire blanche et verte, mélangée en fragments. 2,55 32,51 11 Marne calcaire blanche 0,23 32,74 12. Marne légèrement grisâtre , avec quelques miliolites. . . 0,57 33,31 13. Marne sableuse verdâtre 3,59 36,90 14. Marne verdâtre 1,21 38,11 15. Marne jaune verdâtre 1,24 39,35 16. Marne sableuse verdâtre 0,35 39,70 17. Molasse argileuse très -tendre, vert-jaunâtre 0,92 40,62 18. Molasse micacée jaune-verdâtre 0,81 41,43 19. Molasse argileuse grisâtre. . . 0,17 41,60 20. Marne sableuse verdâtre 0,15 41,75 21. Molasse fine jaune-verdâtre 1,35 43,10 22. Marne sableuse verdâtre 1,97 45,05 23. Marne très-sableuse verdâtre 2,18 47,25 8° MÉRIGNAC : devant l'église Sainl- Augustin, chez M. Bodbès, en 1864. Au fond d'un puits de 9 m 50. Altitude 20^ environ. Commencé avec ra 26 de diamètre et terminé avec m 21 . L'eau se maintient à 1 8 m au-dessous du du sol. 3,600 litres à Plieure. Diluvium. 1. Sable argilifère grossier jaune, avec cailloux de quartz de grosseur variable 6,00 15,50 2. Argile jaune-brunâtre, avec moellons de calcaire grossier jaunâtre, dur et très-dur 5,00 20,50 3. Argile sableuse jaune, avec cailloux roulés de quartz jaunâlre et blanchâtre. 1,00 21,50 Calcaire à Astéries. 4. Argile sableuse jaune et moellons de calcaire presque compacte, très-dur, jaunâtre 3,10 24,60 5. Calcaire grossier jaunâtre coquiller, avec veinules de marne jaunâtre 2,00 26,60 6. Argile sableuse jaune et cailloux de quartz blanc 4,10 30,70 7. Calcaire grossier jaunâtre tendre, avec concrétions dures et nombreux fossiles, Scutella sirialula. . . 1,00 31,70 ( 254 ) Épaisseurs. Profond, 8. Sable argileux grossier jaune-grisâtre, avec petits cailloux de quartz blanc 1,00 32,70 9. Sable argileux jaune-brunâtre, avec cailloux de quartz blanc et de quartzite gris 1,50 34,20 10. Calcaire grossier jaunâtre tendre à nodules plus durs. . 6,80 41,00 Le calcaire à Astéries renferme des veines et des poches de diluvium jusqu'à une grande profondeur. 9° TALENCE : Maison des Sœurs de S. Joseph (300 m au sud-ouest de l'Église), directeur M. Mo.ntcenis, en 1865. Au fond d'un puits de 18 m 70. Altitude 10 m environ. Exécuté avec m 30 de diamètre. L'eau se maintenait à 9 m 90 au-dessous du sol; après l'installation d'une pompe débitant 30 m cubes à l'heure, le niveau ne s'est abaissé qu'à 13 m . Le puits traversait 1 ra 70 de diluvium et 17 m de calcaire grossier. Calcaire à Astéries. 1 . Calcaire grossier dur gris et grisâtre empâtant des fossiles avec le test, oursins, coquilles, (Cardila Bazini, Turbo ParKinsoni) 1,70 20,40 2. Marne grise avec fragments de calcaire, mélangée de cailloux de quartz blanc (en poches) 2,24 22,64 3. Marne grisâtre contenant de nombreux grains de sable gris 2,48 25,12 4. Marne blanche avec parties de calcaire grossier blanchât. 2,65 27,77 5. Calcaire grossier blanc marneux plus ou moins dur pétri de fossiles 8,73 36,50 6. Calcaire grossier et fossilifère jaunâtre 4,14 40,64 1©° TALENCE : vis-à-vis le Collège, chez M. John Durand, en 1862-1863. Au fond d y un puits de 11 m 60. Altitude 20 m environ. Exécuté avec m 30 de diamètre. — Eau inépuisable, se maintenant à 14 m au-dessous du sol. Diluvium. 1. Terre végétale, diluvium et dépôt argilo-caillouleux. . . 10,00 10,00 Calcaire à Astéries. 2. Calcaire grossier jaunâtre dur fossilifère . 7,20 17,20 3. Sable quartzeux jaunâtre, avec nombreux grains calcai- res et gros galets de quartz grisâtre, en poches dans le calcaire 2,40 19,60 ( 255 ) Épaisseurs. Profond. 4. Calcaire marneux jaunâtre, avec petits lits sableux (mi- liolites) 1,31 20,91 5. Argile jaune brunâtre, avec petites concrétions calcaires, en poches 2,25 23,16 6. Calcaire grossier concrétionné blanchâtre 9,22 32,38 7. Argile jaune brunâtre, en poches. 2,15 34,53 8. Calcaire grossier blanchâtre tendre, avec huîtres et Sculella slriatula 2,01 36,54 9. Calcaire marneux arénacé jaunâtre 1,34 37,88 10. Calcaire grossier compacte très-dur jaunâtre 0,42 38,30 11. Molasse jaune verdâtre un peu micacée 3,53 41,83 12. Calcaire grossier blanchâtre un peu concrétionné 3,22 45,05 Le calcaire à Astéries renferme des veines et des poches de diluvium jusqu'à une grande profondeur. 11° TALENCE : château de Thouars, chez M. Balguerie, en 1867. Au fond d'un puits de 24 m . Altitude 16 m . Commencé avec m 25 de diamètre el ter- miné avec m 20. L'eau se maintient à 18 m 68 au-dessous du sol el ne baisse pas par un débit de 4,500 litres à l'heure. Calcaire à Astéries. 1. Calcaire grossier tendre blanc à débris fossiles cristallins 1,40 25,40 2. — — un peu dur blanc, fin 0,72 26,12 3. — — — — avec empreintes de grosses astrées? 1,13 27,25 4'. Calcaire grossier blanc tendre, avec fossiles, dont un petit Echinocyamus pyriformis 4,95 32,10 5. Marne grisâtre, avec sable et mica très-fin 1,30 33,40 6. Calcaire grossier tendre grisâtre, avec Bulle et coquille bivalve de 10 à 12 e , avec marne blanchâtre au milieu. 17,75 51,15 7. Marne verdâtre massive, avec très-petites paillettes de mica 3,90 55,05 8. Calcaire grossier tendre blanc, avec divers fossiles. . . 3,25 58,30 9. Calcaire marneux grossier verdâtre 3,10 61,40 10. Calcaire grossier blanchâtre à débris coquillers , avec moule de Turbo Parkinsonit! 3,10 64,50 Molasse du SVonsadais. 11. Marne jaune verdâtre massive. 5,55 70,05 12. Molasse très-tendre vert-jaunâtre, avec petites lamelles de mica 7,50 77,55 ( 256 ) Ifc° VILLENAVE-D'ORNON : Les Orphelins, directeur M. Buchou, en 1866. Au fond d'un puits de 15 m 90. Altitude 20 m environ. Exécuté avec m 25 de diamètre. Eau abondante se maintenant à 12 m 80 au-dessous du sol. Calcaire à Astéries. Épaisseurs. Profond. 1. Calcaire grossier jaunâtre, rempli de débris de coquilles et de polypiers 2,20 18,10 2. Calcaire grossier jaune dur, avec débris de fossiles. ... 0,15 18,25 3. Calcaire grossier tendre jaune, renfermant des veines d'argile jaune brunâtre. 3,35 21,50 4. Calcaire grossier tendre jaune, avec débris de fossiles. . 1,20 22,70 5. Calcaire grossier un peu dur jaune, avec débris de fossiles 4,55 27,20 6. Calcaire grossier tendre jaune, avec débris de fossiles. . 8,04 35,26 A 30 m 94, Scutella slrialula et Ostrea virgala. 7. Calcaire grossier jaune très-tendre, avec Ostrea virgata, Anomia, Aslerias lœvis, Scutella slrialula, Echino- cyamus pyriformis , polypiers, etc. 1,75 37,00 8. — Id., id 1,50 38,50 9. Calcaire grossier jaune peu dur, à nodules concrétion- nés, débris de fossiles, Aslerias et moules de bivalves. 2,38 40,88 10. Calcaire grossier jaune un peu plus dur que le précédent. 2,50 43,28 11 . Calcaire grossier jaunâtre un peu dur, avec Ostrea virgala (côte siliceuse de Lamantin, de 44 à 45 m ) 1,62 45,00 12. Calcaire marneux grossier jaune-verdâtre 0,60 45,60 Molasse du SVonsadais. 13. Marne verdâtre. 0,80 46,40 14. Marne vert-bleuâtre 1,10 47,50 15. Marne légèrement verdâtre 2,92 50,42 16. Calcaire grossier (lacustre?) blanchâtre 0,40 50,82 17. Marne verte 3,50 53,92 Ï3° SA1NT-SELVE : château de Grenade, à 5 kil. au sud-sud-esi de l'Eglise, chez M. de Carayon-Latour, en 1863. Au fond d'un puits de 9p. Altitude 50 m . Exécuté avec m 30 de diamètre. Eau abondante se maintenant à 42 m au-dessous du sol en donnant 2,700 litres ou 1 i barriques à l'heure. Sable des Landes. 1. Sable quartzeux blanchâtre 9,00 9,00 2. Sable argileux fin cohérent verdâtre 1,50 10,50 3. Sable jaune légèrement ferrugineux 1,50 12,00 4. Argile sableuse grise 7,79 19,79 ( 257 ) Épaisseurs. Profond, cl. Argile sableuse micacée verdâtre, avec fragments de grès marneux blanchâtre 2,22 22,01 6. Argile verdâtre bigarrée de jaune et de blanc, avec frag- ments calcaires 4,80 26,81 7. Sable argileux micacé (molasse) verdâtre 1,05 27,86 8. Argile semblable au n° 6 0,79 28,65 Calcaire à Astéries. 9. Marne jaune 1,75 30,40 10. Calcaire marneux blanc irrégulier 2,64 33,04 M. Calcaire grossier marneux blanchâtre et arénacé verdâtre. 10,64 43,68 12. Calcaire compacte fossilifère jaunâtre 0,35 44,03 13. Calcaire grossier un peu marneux fin jaunâtre 3,39 47,42 14. Calcaire grossier, avec concrétions nodulaires et moules de Peclunculus 2,35 49,77 15. Calcaire grossier gris foncé et marne grise, avec fossiles et taches charbonneuses, et osselet d'astérie étoile. . . 3,75 53,52 16. Calcaire argileux ou compacte gris clair, alternant avec des argiles de même couleur; nombreux fossiles, peut- être d'eau douce 1 4,30 67,82 17. Marne sableuse grisâtre avec petits polypiers 2,22 70,04 14° LÉOGNAN : Caudéron, chez M. Seurin, en 1866-67. A partir du sol. Alti- tude 55 m environ. Commencé avec m 25 de diamètre et terminé avec m 21. Veau se maintient à 3™50 au-dessous du sol et 4 m 50 au-dessus du ruisseau, tout en donnant 1 m cubes 1 1 6 à Pheure. Sable des Iiandes. 1. Sable caillouteux coloré en noir par des détritus végétaux 0,55 0,55 2. Sable argileux grossier micacé jaunâtre , avec graviers de quartz 4,65 5,20 3. Mêmesableavecnombreuxcaillouxdequartzamygdalaires 5,27 10,47 4. Sable argileux grossier jaunâtre, avec nombreux petits cailloux de quartz 2,28 12,75 5. Argile sableuse et graveleuse jaunâtre et grisâtre micacée 3,95 16,70 6. Sable et graviers quartzeux un peu argileux blanchâtres 4,83 21,53 Falun de Ziéognan. 7. Sable fin un peu argileux jaune, avec grains verts et un peu de mica 3,58 25,12 8. Grès calcaire jaune fin, avec fragments de Peclen Burdi- galensis.. 2,98 28,10 Tome XXVI. 22 ( 258 ) É"aisseurs. Profond. 9. Sable argileux grisâtre à grains verts 1 , 46 29,56 4 0. Sable jaune avec Oslrea foveolata, Peclen Bùfdigalensis, Echinolampas hemisphœricus et Scalella subrolunda. 4 ,69 31 ,25 41. Sable argileux gris, avec Peclunculus cor 4,35 35,60 4 2. Sable argileux gris, avec fragments de calcaire marneux verdàtre et Scutella subrolunda " 0,50 36,10 Falun de Kazas. 43. Argile verte, avec petits fragments calcaires 1,05 37,45 4 4. Marne massive légèrement verdàtre 0,90 38,05 45. Grès calcaire grisâtre très-dur 42,07 50,12 16. Marne noirâtre avec divers fossiles bien conservés, Cytherea undata, Ceril/iium subcorruyatum, incons- tans, bidenlalum et Serresii 4,73 54,85 15° CESTAS : Les Taules, chez M. Eug. Brousse, en 1862. A partir du sol. Altitude 58^. Exécuté avec O 25 de diamètre. Eau abondante, un peu ferrugineuse . s' élevant à 4 m 90 au-dessous du sol. Sable des Siandes. 4. Sable quarlzeux pur blanc 2,00 2.00 2. Alios 0,80 2,80 3. Sable quartzeux pur blanc 4,76 7,56 4. Sable argileux grossier jaunâtre, avec petits cailloux de quartz blanc et gris 2,00 9,56 5. Argile sableuse grise et cailloux roulés de quartz blanc, grisâtre, ou noirâtre 3,69 4 3,25 6. Sable argil. jaunâtre, avec petits cailloux de quartz blanc 2,89 4 6,14 7. Sable blanc légèrement argileux 4,86 4 8,90 Falun de liéognan. 8. Argile sableuse jaune-brunâtre micacée, avec nodules de grès argileux et ferrugineux brun 0,55 48,55 9. Sable argileux vert micacé 3,21 21,76 40. Sable argileux et ferrugineux jaune-brunâtre, avec de l'oxyde de fer concrétionné 0,57 22,33 41. Grès calcaire jaunâtre, avec empreintes de petits fossiles. 2,47 24,80 4 2. Sable grossier grisâtre 4,20 29,00 13. Grès calcaire jaunâtre pétri de petits fossiles 4,00 30,00 ( 259 ) 16° BIGANOS : Marcheprime, devant V Eglise, chez MM. Péreire, en 1863. A partir du sol. Altitude 49 m . Commencé avec m 26 de diamètre et terminé avec m 21. L'eau très-limpide, et dissolvant bien le savon se maintient à . 10 m au-dessous du sol; mais aussitôt que la pompe fonctionne, le niveau descend à 21 m qu'il ne dépasse pas, même lorsqu'on lire 7,200 litres ou 30 barriques à l'heure. Sable des Ijandes. Épnisseurs. Profond. 1. Sable quartzeux grossier blanchâtre. 27,00 27,00 2. Sable argileux grossier jaune-brunâtre ou fin brunâtre un peu consolidé 0,20 27,20 3. Argile sableuse gris-clair légèrement micacée et avec grains de quartz gris 1,30 28,50 4. Argile semblable gris-foncé. . 0,20 28,70 5. Sable argileux grossier gris clair consolidé 0,50 29,20 6. Sable semblable avec nombreux cailloux roulés de quartz. 0,40 29,60 7 Sable légèrement micacé semblable au n° 5 2,40 32,00 8. Sable argileux gris avec nombreux cailloux de quartz blanc et grisâtre 3,05 35,05 9. Sable argileux grisâtre clair un peu micacé 2,20 37,25 10. Sable quartzeux grossier avec cailloux de quartz blanc. 2,00 39,25 11. Argile sableuse blanchâtre légèrement micacée 0,30 39,55 12. Sable argileux grossier grisâtre avec cailloux de quartz blanc 6,85 46,30 13. Sable argileux fin grisâtre légèrement micacé avec gros grains de quartz gris 3,08 49,38 14. Sable argileux fin grisâtre légèrement micacé consolidé. 1,52 50,90 45. Sable argileux très-grossier avec cailloux de quartz blanc. 0,80 51,70 l'alun de Salles ou de Xiéognan. 4 6. Sable argileux vert cohérent, avec lits argileux (molasse) et fossiles (Mactra sublriangula) 5,54 55,86 17. Sable argileux friable vert. 1,38 57,24 M. Billiot supposait que les strates 16 et 17 se présentaient avec une inclinaison accidentelle presque verticale, par suite de la tendance du tube et de la sonde à quitter la verticale par suite de la résistance très-inégale des parois du trou de sonde et la présence de débris semblables au strate 15 lorsque le tubage atteignait 56°°45. ( 260 ) 19° ARCACHON : Gare du chemin de fer, Usine à gaz, en 1864, du 7 janvier a«28 septembre. A partir du sol. Altitude 4 m 80. Commencé avec m 30 de diamètre et terminé avec OMS. Dunes et alluvions marines. Épaisseurs. Profond. 4. Sable quartzeux blanchâtre à grains jaunes » » 5,00 2. Sable un peu argileux gris, rempli de coquilles d'espè- ces vivantes (1) 4,00 9,00 3. Sable argileux gris micacé, avec petits débris de coquilles 3,00 12,00 Sable des landes. 4. Sable quartzeux blanchâtre à grains jaunes 8,00 20,00 5. Sable quartzeux blanc à grains noirs 8,50 28,50 6. Grès ferrugineux brun-jaun. formant une mince plaquette » » 28,50 7. Sable quartzeux jaune légèrement argileux, à grains blancs et parties ferrugineuses 1,90 30,40 8. Sable argileux fin micacé jaune 1,00 31,40 9. Sable argileux micacé jaune, avec quelques graviers quartzeux 2,00 33,40 10. Sable argileux micacé jaune, avec nombreux graviers quartzeux 1,10 34,50 11. Sable quartzeux jaune micacé à gros grains de quartz. . 2,50 37,00 12. Sable quartzeux micacé, avec cailloux de quartz jaunâtre. 6,20 43,20 13. Grès ferrugineux jaune à cailloux de quartz, formant une mince plaquette » » 43,20 4 4. Sable quartzeux grossier jaunâtre un peu micacé (sable des Landes? ) 3,56 46,76 15. Sable quartzeux jaune très-micacé, avec plaquettes fer- rugineuses 4,09 50,85 46. Sable légèrement argileux jaune très-micacé 4,61 52,46 47. Sable légèrement argileux jaune-rougeâtre 4,04 53,50 48. Sable quartzeux très-micacé jaune 6,90 60,40 49. Sable argileux fin micacé jaune-rougeâtre 0,55 60,75 Falun de Salles. 20. Sable argileux micacé gris 6,45 67,20 24. Sable argileux micacé gris-verdâtre, avec débris de co- quilles, parties de molasse fine grise; à la base, lit d'Os/rea crassissima 1,85 69,05 22. Molasse fine dure gris-verdâtre. avec cailloux et traces d'ossements, formant une mince plaquette » » 69,05 23. Sable argileux gris pétri de débris de coquilles (2) 0,33 69,38 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. ( 261 ) Épaisseurs Molasse fine grise, avec débris de coquilles 0,15 Sable argileux gris très-fin à débris de coquilles 0,85 Molasse fine dure gris-verd., avec empreintes de coquil. 0,62 Sable argileux gris-verdàtre, avec débris de coquilles. . 1,00 Sable argileux gris-verdàtre, avec nombreux fossiles. . . 2,55 Sable argileux fin gris, avec traces de fossiles 5,45 Sable argileux fin gris, avec traces de fossiles 0,15 Molasse grisâtre, avec nombreuses empreintes de coquilles 7,51 Sable argileux micacé fin gris, avec traces de fossiles. . 2,44 Falun de liéognan. Molasse calcaire dure jaune-grisâtre, avec petits cailloux de quartz jaune et nombreuses empreintes de fossiles, grand Peclen, Sculella subrolunda 5,20 Molasse grossière verdàlre sans fossiles 6,90 Molasse calcaire dure jaune-grisâtre, pétrie de fossiles, grande abondance de Peclen, Balanus 3 Molasse grossière grisâtre, se désaggrégeant en petits no- dules 16,11 Molasse fine gris-verdâire 0,89 Sable argileux fin gris-verdàtre, sans fossiles 3,25 Profond. 69,53 70,38 71,00 72,00 74,55 80,00 80,15 87,66 90,10 95,30 102,20 80 106.00 122,11 123,00 126,25 Le sondage d'Arcachon présente en résumé la coupe suivante : Dunes et alluvions marines. 12 in 00 Sable des Landes (en entier). 48 m 75 Falun de Salles (en entier). 29^35 Falun de Léognan (en partie). 36 m 15 Les corps organisés abondamment renfermés dans les strates 2 et 23 ont été étudiés surtout par moi, puis par M. Ch. Des Moulins; ils indi- quent bien nettement d'une part les alluvions marines de la période actuelle, et de l'autre le falun de Salles. 1. N° 2. Alluvions actuelles. — 24 espèces. Solecarlus candidus Ren. Corbula Nucleus Lamk. Fragilia fragilis L. C. Tellina solidula Lamk. Lucina laclea L. GC. Tapes decussala L. — virginea L. C. Cardium edule L. C. — extguum Gmel. C. Arca tètragona L. Peclen varias L. Oslrea edulis L. jeune. Anomia Epkippium L. Denlalium Tarenlinum Lamk . Trochus cinerarius L. C. — umbiliculus Mont. PhasianeU.a Put lus L. Rissoa ventricosa Payr. C. Litlurina lillorea L. Cerilhium Lima Brug. CCC. Pleuroloma vulpecula Brocch. Murex erinaceus L. Nassa reliculala Lamk. — incrassala Mull. CC. ( 262 ) 2. No 23. Falun de Salles Cupularia intermedia Mich. Panopœa Baslerolina Val. Psammobia Labordei Bast. Corbula Nucleus Laink. Mactra deltoïdes Bast. — sublriangula d'Orb. Tellina planata L. — elliptica Brocch. Cylherea Lamarckii Ag. — Pedemonlana Ag. Venus subplicala d'Orb. Cardium oblongum Brocch. — Mans L. — ciliare Brocch. Arca antiquala Brocch. Nucula margaritacea Brug. Leda minuta Brocch. 34 espèces. Pecten muliiradialus Lamk. — Pusio L, Ostrea rugata Raul. Delb. ? Denlalium Gadus Mont. Ringicula marginata Desh. Nalica turbinoides Grat. — subepiglollina d'Orb. — o//a M. Serr. Acleon Grateloupi d'Orb. Seat aria terebralis Mich. Eulima subula Brocch. Pleurotoma siibvulpecuta d'Orb. Buccinum semislriatum Brocch. — prismalicum Brocch. Cassis texta Broun. Analifa Burdigalensis d'Orb. Lamha elegans Pedr. Des espèces indéterminées se rapportent aux genres Cupularia, Sca- laria, Balanus ; il y a aussi une pince de crustacé et des plaques pala- tales de raie. Pendant le forage , les différentes couches du sable des landes ont occasionné de grandes difficultés à cause des éboulements presque con- tinuels ; à 90 m le banc n° 31 extrêmement dur n'a pu être percé que très-lentement. Des eaux ont été rencontrées à diverses profondeurs : A 2 m ,50 la nappe roussâtre des puits ordinaires. A 40 m ,00 une nappe de qualité médiocre que M. Billiot supposait ali- mentée par l'étang de Cazau. A 50 m 85 une eau abondante remontant jusqu'à 2 m 20 au-dessous du sol. De 80 m 15 à 106 , des eaux qui ont manifesté une tendance à s'élever jusqu'à 2 m et l m ,40 au-dessous du sol. A H9 m ,00 une eau remontant jusqu'à m ,72; l'essai de puisage exé- cuté alors au moyen d'une forte pompe actionnée par une machine à vapeur donnait aisément 400 mètres cubes en vingt-quatre heures. A 123 ,c ,00 enfin, sur le sable argileux formant la base de la dernière nappe aquifère atteinte, l'eau très-abondante remontait jusqu'à m ,35; elle a jailli après que le bélon a été coulé entre les deux tubes. Le débit était alors de 21 litres par minute ou de 1,260 litres à l'heure. Elle semblait alors susceptible de s'élever à 2 ou 3 m au-dessus du sol, mais peu à peu la force ascensionnelle a diminué, et six mois après. ( 263 ) le 24 mars 1867, le débit n'était que de 1/4 de litre par seconde ou 900 litres à l'heure. Soit 21 mètres cubes 6, par 24- heures. Lorsque je l'ai vu six semaines après, le 6 mai, il se produisait au niveau du sol un déversement que j'ai estimé équivalent à celui d'une orifice de deux centimètres carrés de surface. Dès le principe on a installé une pompe Letestu qui plonge à 9™, 75 dans le tube et y puise l'eau par l'action d'une machine à vapeur. Le débit à cette profondeur est de 3 litres 88 par seconde ou 14 mètres cubes à l'heure , ce qui donnerait 336 mètres cubes par 24 heures si l'on n'était obligé d'interrompre plusieurs fois. Les eaux sont envoyées dans des réservoirs établis sur une haute dune, à 45 m environ d'altitude, de manière à pouvoir être distribuées à l'aide de simples conduites, au Casino et dans les diverses villas de la Compagnie. Le forage a été payé 18,000 fr.; les frais occasionnés par la pompe , la machine à vapeur, les conduites et les deux réservoirs se sont élevés à 42,000 fr.; et tout 60,000 fr. s L'eau, disait M. Fauré, pharmacien-chimiste, le 23 octobre 1865, est l'une des meilleures que j'aie été chargé de soumettre à l'analyse : sa pureté est bien au-dessus de celle de l'eau des fontaines de Bordeaux, déjà si supérieure aux eaux ordinaires : c'est dire qu'il n'en existe pas dans nos environs qui puissent lui être comparées. » Un litre de celte eau évaporée à l'éluve avec le plus grand soin, a laissé un résidu de couleur blanche pesant bien sec 0^,1125 et com- posé de : Carbonate de chaux 0,0720 Chlorure de sodium 0,0322 Chlorures de calcium et de magnésium. 0.0035 Silice et alumine 0,0042 Oxyde de fer . 0,0003 Matière organique 0,0003 » En résumé l'analyse a donné les résultats suivants : eau parfaite- ment limpide, incolore, d'une saveur fraîche et agréable. Degré hydro- timétrique : 7 » D'après plusieurs observations faites par M. le D r Hameau , surtout en janvier 1867, la température de l'eau est de 17°, 0. M. Paul Bert a trouvé le 22 juillet 1867, 17°8 en plongeant dans le tube jusqu'à ll m de profondeur, un thermomètre à marche très-lente. D'après la température moyenne de Bordeaux, de 13°,0,, la différence de 4° correspond à un accroissement de température de 1° pour 31 m ,5 de profondeur. ( 264 ) ÎS BAZAS : Gare du chemin de fer , en 1866. Au fond d'un puils de 9 n >92. Exécuté avec m 25 de diamètre. Eau alimentant un débit de 4,300 litres à P heure, pour le service des machines. Falun Je Bazas. Epaisseurs. Profond 4. Molasse dure grisâtre en petits fragments 4,00 10,92 2. Molasse tendre jaune grisâtre 1,00 11,92 3. Molasse semblable au n<> 1 0,80 12,80 4. Molasse très-tendre sableuse jaune-grisâtre 0,70 13,50 5. Sable argileux légèrement jaune grisâtre 1,50 15,00 6. Sable grossier gris, avec débris de coquilles et de poly- piers 1,50 16,50 7. Sable argileux gris 1,50 18,00 8. Molasse dure grise, avec Ostrea et débris de coquilles. . 2,75 20,50 9. Marne gris-verdâtre, avec coquilles blanches 1,00 21,50 10. Marne argileuse verte 0,81 22,31 11. Marne argileuse verte, avec débris de coquilles 2,00 24,31 4 2. Marne gris-verdâtre, avec quelques débris de coquilles. 0,80 25,11 4 3. Marne grise, avec nodules légèrement pyriteux et débris de coquilles 4,20 26,31 DEPARTEMENT DU GERS 19° MIRAMONT : tunnel de Vicnau. Sondage n° 2, près du sommet du coteau, en 4 866. A partir du sol. Altitude 240 m 60. Exécuté avec 0'"30 de diamètre. — Exploration du terrain. Molasse supérieure de l'Armagnac. 4. Argile marneuse jaune, à petits nodules calcaires blancs. 2,80 4,00 2. Argile sableuse peu calcaire jaune-brunâtre 4,50 5,50 3. Argile peu calcaire jaune-brunâtre, à petits nodules cale. 0,80 6,30 4. Argile marneuse jaune- verdâlre, à petits nodules calcaires 3,20 4 4,20 b. Calcaire marneux jaunâtre noduleux 0,40 4 4,60 6. Calcaire marneux dur jaune noduleux 0,60 45,20 7. Argile peu calcaire jaune-brunâtre, à taches verdâtres . 0,60 4 5 80 8. Argile peu calcaire jaune-brunâtre, à nodules calcaires. 4,20 47,00 9. Calcaire marneux dur jaune noduleux 0,40 47,40 4 0. Argile peu calcaire brunâtre, à taches vertes et nodules calcaires 0,80 48,20 41. Argile peu calcaire brunâtre, à taches vertes ?,40 20,60 12. Calcaire marneux dur jaune noduleux 0,40 21,00 13. Sable argileux jaune, à graviers de quartz 1,00 22,00 14. Marne argileuse jaune, à taches verdâtres 4,00 23,00 4 5. Argile jaune-brunâtre, à taches verdâtres 1,00 24,00 46. Calcaire marneux dur jaune noduleux 0,20 24,20 ( 265 ) *«0° AUCH : Gare du chemin de fer, 4 865-66. A partir du sol. Altitude 4 35 m 40, Commencé avec ra 30 de diamètre et terminé avec O m 10. Eau peu abon- dante; sondage momentanément interrompu. Dïolasse inférieure de l'Armagnac, Épaisseurs. Profond, 1. Sable argileux fin brunâtre, avec cailloux quartzeux, for- mant aussi la terre végétale 1,00 1,00 2. Sable marneux jaune, à nodules de-calcaire compacte rose 0,60 1,60 3. Sable marneux jaune sans nodules calcaires 0,85 2,45 4. Marne sableuse jaune 1,40 3,85 5. Sable argileux fin jaune, avec cailloux de silex noirâtre. 4,50 5,35 6. Sable marneux fin jaune, avec cailloux de quartz. .... 1,55 6,90 7. Sable marneux fin jaunâtre, avec graviers calcaires et quartzeux 0,50 7,40 8. Sable marneux fin jaunâtre, avec nodules plus calcaires. 1,65 9,05 9. Marne sableuse jaune, avec rognons de molasse 3,45 12,50 30. Argile légèrement calcaire brunâtre et rougeâtre bigarrée 2,80 15,30 11. Argile marneuse et sableuse brunâtre un peu endurcie, . 4,10 19,40 12. Argile marneuse jaune tachée de rougeâtre 3,50 22,90 3. Argile marneuse et sableuse jaune 5.35 28,25 14. Argile marneuse dure brunâtre bigarrée de rose 5,75 34,00 45. Argile légèrement calcaire brunâtre-violacé 1,00 35,00 16. Argile marneuse et sableuse brunâtre 6,11 41,14 17. Argile marneuse et sableuse brunâtre 5,69 46,80 48. Argile marneuse fine jaune-rougeâtre 6,48 53,28 4 9. Argile marneuse fine brunâtre 2,98 56,26 20. Argile marneuse fine brunâtre à taches rougeâtres. ... 4,50 57,76 21. Argile marneuse fine dure brunâtre 3,96 61,72 22. Argile marneuse fine dure brunâtre et légèrement rou- geâtre 0,78 62,50 23. Argile marneuse et sableuse dure brunâtre 1,97 64,47 24. Argile marneuse dure jaune-rpugeâtre 4,03 65,50 25. Argile marneuse dure brunâtre 4,60 67,10 26. Argile sableuse brunâtre et rougeâtre 2,35 69,45 27. Argile marneuse brunâtre et rougeâtre 0,70 70,15 28. Argile peu calcaire brun-rouge 1,85 72,00 29. Sable argileux et marneux micacé brunâtre et rougeâtre. 3,10 75,10 30. Sable argileux et marneux grossier sans mica, brunâtre. 0,90 76,00 31. Argile peu calcaire brunâtre et rougeâtre 1,50 77,50 32. Argile marneuse jaunâtre 1,14 78,64 33. Argile peu calcaire brunâtre violacée 2,70 4,34 Tome XXVI 23 ( 266 ) Épaisseurs. Profond. 34. Argiie marneuse brunâtre violacée, à taches vertes et violettes, avec, nodules de calcaire compacte 3,17 84,48 35. Argile peu calcaire brunâtre et fougeâtre 1,90 86,38 36. Argile marneuse et sableuse brunâtre et rougeâtre. . . . 4,82 91,20 37. Sable marneux brunâtre à nodules plus calcaires. .... 3,52 94,72 38. Sable marneux micacé brunâtre avec nodules calcaires. 0,49 95,21 39. Sable marneux fin avec nombreux cailloux de quartz blanc et gris 1,30 96,51 40. Argile marneuse et sableuse brunâtre et rougeâtre. . . . 3,40 99,91 41. Argile marneuse et sableuse rougeâtre-violacé 3,95 4 03,86 42. Argile marneuse et sableuse rougeâtre-violacé, avec petits nodules calcaires. 0,66 104,52 43. Sable marneux légèrement micacé rougeâtre-violacé. . . 1,39 105,91 44. Argile marneuse et sableuse rougeâtre-violacé 1,90 4 07,81 45. Argile marneuse rougeâtre-violacé. 3,74 111,50 46. Marne sableuse endurcie, brunâtre. 0,50 112,00 47. Argile marneuse brunâtre 3,05 115,05 48. Argile marneuse et sableuse brunâtre 8,00 123,05 49. Argile fort semblable à la précédente 2,11 125,46 Les deux sondages de Vicnau et d'Auch font connaître la succession des strates qui composent les assises supérieures du terrain tertiaire, dans le département du Gers. Le premier compris entre les altitudes de 240 m 62 et 216 m 62 paraît bien ouvert en entier, sur une hauteur de 24 m , dans la molasse supé- rieure de V Armagnac ; celle-ci renferme souvent des nodules isolés ou des strates noduleux de calcaire d'eau douce. L'intervalle, compris enlre l'altitude du fond et celle de l'ouverture du sondage d'Auch , est de 81 m 22 comprenant sans doute la partie infé- rieure de cette molasse, le calcaire d'eau douce jaune de l'Armagnac, et la partie supérieure de la molasse inférieure de l'Armagnac. Quant au sondage d'Auch ouvert à 135 m 40 et poussé jusqu'à lOS-i au-dessus du niveau de la mer, sur une profondeur de 125 m 16, il n'a traversé que des argiles peu calcaires présentant de telles analogies, du haut en bas , qu'il semble actuellement impossible de savoir si on a dé- passé la molasse inférieure et si on a pénétré dans quelque autre assise. La reprise prochaine des travaux éclaircira sans doute ce point intéres- sant. ( 267 ) DÉPARTEMENT DES LANDES %%• DAX : entre la ville, au sud-ouesl, el l'usine à gaz, chez M. Plaxtier, 4 867. A partir du sol. Altitude 13m environ. Commencé avec O m 15 de dia- mètre el terminé avec m 08. — Reconnaissance du terrain salifère par MM. Hammond et Maxwell-Lyte. Diluvium ou sable des Landes Épaisseurs. Profond. 1. Sable quarlzeux grossier jaune brunâtre 7,75 7,75 2. Tourbe noire argileuse et sableuse 0,20 7,95 3. Argile très-sableuse jaune-grisâtre 3,05 12,00 4. Sable argileux grisâtre 3,20 15,20 5. Cailloux de la grosseur d'une noix, de quartzile gris, de quartz jaunâtre, et de quartzite grisâtre à grains de feldspath blanc 3,44 18,04 6. Argile sableuse grise. 11,86 30,50 7. Sable argileux grossier gris, avec petits cailloux de quart- zite gris. f,34 36,84 8. Sable argileux gris-jaunâtre, avec petits cailloux de quartz 5,16 42,00 Terrain crétacé moyen. 9. Argile rouge-violacé, avec caillou de quartz accidentel. 4,00 43,00 4 0. Argile gris clair un peu rougeâtre 1,00 44,00 41. Argile rouge-violacé, avec caillou de quartz gris acci- dentel. . . . , 1,00 45,00 42. Argile rouge-violacé et verdâtre bigarrée . 2,00 47,00 43. Argile semblable légèrement salée, avec petits nodules de gypse lamelleux blanchâtre. . 4,80 48,00 4 4. Argile violet foncé légèrement salée, avec quelques no- dules de gypse blanc 5,67 53,67 45. Argile rouge-violacé, avec nombreux grains de sel. . . . 2,92 56,79 4 6. Argile semblable, avec quelques grains gypseux. ... . 0,30 57,09 47. Sel gemme plus ou moins argileux rose et verdâtre veiné, 23,51 80.60 48. Argile rouge foncé salifère 0,70 84,30 49. Sel gemme plus ou moins argileux rose veiné . 4,10 85,40 20. Argile rouge foncé salifère. 0,25 85,65 21. Sel gemme plus ou moins argileux rose veiné 1,25 86,90 22. Argile rouge foncé tachée de vert salifère. . . > 0,40 87,30 23. Roche dure, sel ou gypse 1,50 88,80 ( 268 > Pendant ce sondage de nombreux éboulements se sont produits , d'abord à 16 m de profondeur dans la couche n° 5, et ensuite de 20 m 02 à 48 m 79 , dans les dépôts argilo-sableux suivants appartenant au terrain supérieur, et paraîtrait-il dans les couches argileuses 9 à 13 du terrain salifère. Les sables des couches profondes remontaient sur une hauteur de 20 m dans le tube de garantie en l'obstruant entièrement. A 16 m de profondeur, la couche caillouteuse n° 5 a laissé dégager pendant huit jours une quantité d'hydrogène carboné assez grande pour que les ouvriers aient pu l'enflammer à l'orifice du sondage. A 34 m , dans les sables argileux n° 7 , un nouveau dégagement de ce gaz s'est produit pendant que l'on traversait les m 80 suivants. Les argiles salifères du sondage de Dax, parfois fort semblables à quelques-unes de celles qui ont été rencontrées dans le sondage d'Auch, en diffèrent surtout par l'absence complète de la matière calcaire; elles ne font pas la moindre effervescence dans les acides. T. 26. PL. IY. I t s . ■ w ; m '- Qwm ■ ff I a I d . Limnae "pahistris Hem.. I é. Limnae vaiiabilis Millet var. A. 2. L _"palustris var.corvusMoç.l; 5. L .g"la"bra Dup. 6.1 vaT . B . 7. Raisin monstrueux. NOTE SUR Le LIMNEA VARIABILÏS Millet ET Le LIMNEA GLABRA, Yar. 5. VARIABILÏS Moq.-Tand. Par M. l'abbé Lud. BARDIN Professeur au Petit-Séminaire d'Angers, correspondant. La note qu'on va lire est un bien mince travail pour être offerte aux Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux. Un Lirnnea élevé au rang d'espèce, sous le nom de Limnea variabilis, par M. Millet, et rejeté par Moquin-Tandon au nombre des variétés du Limnea glabra, en fait tout le sujet. Mais ce sujet, je ne l'ai point cherché; il s'est présenté de lui-même dans le classement que je viens de faire de mes coquilles terrestres et fluviatiles de Maine-et-Loire ; et , malgré son peu d'importance , j'ai voulu en profiter pour donner plus tôt à ta Société une preuve de ma bonne volonté , sans attendre le moment où je pourrai lui présenter d'autres travaux sur la Géologie tertiaire de l'Anjou. Le respect dû aux hommes distingués qui honorent la science autant qu'elle les honore elle-même en leur ouvrant les portes de l'Institut de France, doit-il empêcher de rectifier quelques erreurs de détail, qui se glissent presque inévitablement dans un long travail d'histoire naturelle? Je ne le crois pas; et sans vouloir énumérer ici bien d'autres causes d'erreur, l'abondance des matières à traiter, et le manque d'échantillons bien authentiques suffisent amplement pour expliquer les inexactitude» scientifiques que l'on rencontre parfois dans les meilleurs ouvrages. ( 270 ) Aussi, lorsque des données certaines permettent de rectifier une erreur de ce genre, quelque légère qu'elle soit, c'est le cas, il me semble, et aussi un devoir de la signaler et de l'empêcher d'avoir plus longtemps cours dans la science. Voilà, sans doute , un bien solennel début pour une si petite affaire , et j'ai bien peur qu'il ne rappelle le vers du poète : Parluriunl montes, nascetur ridiculus mus. Je me hâte d'entrer en matière : En 1854, M. Millet publiait dans son Catalogue méthodique des Mollus- ques de Maine-et-Loire , une nouvelle espèce de Limnée sous le nom de Limnea variabilis. Voici la diagnose de l'auteur : « Coquille cylindracée, ovale, ou bien ovale-oblongue, imperforée; » de couleur cornée ou d'un cendré-jaunâtre , et légèrement striée en » dessus; 6 à 7 tours de spire, plus ou moins convexes, les 2 ou S ' pre- » miers ordinairement absents par rupture ou par érosion; le dernier » très-grand, formant à lui seul , selon les variétés : a, les deux tiers ; » b, les trois cinquièmes; c, la moitié de la hauteur totale de la coquille. » Ouverture ovale-aiguë, de 10-11 mill. de hauteur, sur 5-7 mill. de » largeur. Bord droit, tranchant , non réfléchi , vertical ou arqué ; inlé- » rieur de la coquille d'un fauve brillant, avec une ou deux bandes, » rarement trois, d'un pourpre-violacé sombre, situées non loin de » l'ouverture. Ces bandes sont à peine visibles en dehors de la coquille; » columelle blanchâtre; suture bien distincte. » Les caractères spécifiques de cette Limnée sont donc, d'après l'auteur lui-même : 1° La longueur variable de la spire ; 2° L'érosion ou la rupture du sommet de la spire ; 3° Et surtout, les bandes d'un pourpre-violacé sombre qui garnissent l'intérieur du dernier tour. C'est sur ces trois caractères que Moquin -Tandon s'est appuyé pour ranger la coquille de M. Millet parmi les variétés de son Limnea glabra, sous le nom de L. glabra , var. S. variabilis. Ce qui le prouve, c'est la description même qu'il donne; description qui n'est autre que la traduction de la diagnose latine de l'auteur ange- vin (Millet, Mail, de M. el L., p. 51 ). Il me paraît donc incontestable que Moquin-Tandon n'a pas vu la coquille d'Angers ; car il. n'aurait ( 271 ) jamais fait un pareil rapprochement. En effet, les trois variétés du Limnea variabilis de M. Millet diffèrent du tout au tout du L. glabra. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur le petit dessin que je joins à cette note. J'ai eu soin, pour faciliter la comparaison , de faire représenter les trois variétés du L. variabilis Mill., à côté du L. palastris et du L. glabra. Les figures sont de grandeur naturelle, et dessinées sur les individus mêmes qui ont servi de types à M. Millet, pour caractériser l'espèce qu'il avait cru devoir établir. (Voir PI. IV. fig. 1 — 6). Est-il besoin désormais d'un long examen pour constater l'erreur commise par Moquin-Tandon ? Le doute n'est pas possible; nous avons d'un côté l'affirmation de Moquin-Tandon (Hist. nat. des Mollusg. terr. et fliw. de Fr., p. 478), et de l'autre, voici les dessins d'après nature des types de M. Millet. La comparaison est facile; la conclusion se tire d'elle-même; et de plus longues observations sur ce point seraient tout-à-fait superflues. Si donc on veut faire du L. variabilis Mill. une simple variété d'une espèce déjà connue , ce n'est assurément pas du L. glabra qu'il faut la rapprocher, mais bien plutôt du L. pahislris ; du reste, la seule ressem- blance de forme suggère ce rapprochement. Mais doit-on le faire et appeler la coquille d'Angers Limnea palustris, v. variabilis; ou bien doit-elle reprendre le rang d'espèce que lui assigne M. Millet? Je ne sais trop quelle décision proposer. Il faudrait, je crois, voir l'animal , et ne se prononcer qu'après en avoir fait une étude sérieuse. Je crois pourtant devoir soumettre quelques observations à la Société Linnéenne : L'érosion de la spire dans une Limnée, sa longueur variable, les bandes colorées qui peuvent garnir l'intérieur de l'ouverture , ne sont-ce pas là des caractères trop fugaces pour établir une nouvelle espèce? Pour moi, j'ai vu des échantillons du L. variabilis Mill. à spire peu ou point corrodée; de plus, ce caractère n'est pas particulier au L. va- riabilis, car je possède dans ma collection bon nombre d'échantillons du L. palustris qui présentent la même érosion ou rupture de la spire. — Les bandes colorées ne me paraissent guère plus constantes ! L'ouver- ture en montre tantôt deux , tantôt une seulement ; quelquefois même , ces bandes disparaissent complètement pour laisser à la coquille une teinte uniforme d'un pourpre-violacé sombre, assez semblable à la colo- ration intérieure du L. çorvus Dup. ( 272 ) D'ailleurs, la coquille de Maine-et-Loire offre encore , outre le même faciès général , plusieurs autres caractères du L. palustris. Comme lui, elle a les mêmes stries longitudinales , sensibles , fines , inégales , un peu flexueuses , avec de petites dépressions très-apparentes (méplats) disposées irrégulièrement en spirale ; comme lui , elle est mince , assez solide, subopaque, cornée-fauve ou brunâtre; comme lui, enfin, elle a l'ouverture un peu étroite, légèrement anguleuse supérieurement. Ces observations me poussent presque invinciblement à ranger le Limneavariabilis, Mill. parmi les variétés du L. palustris, avec le nom de Limnea palustris , var. variabilis Mi\\. C'est à la Société Linnéenne qu'il appartient de trancher la question et d'éclairer l'opinion des conchyliologistes. — Je ne veux remplir ici que le rôle d'un correspondant désireux d'écarter de la science , même la plus légère inexactitude. Angers, le 12 mai 1867, DE LA CLASSIFICATION DE CERTAINS OPERCULES de GASTÉROPODES Par ZSX. Oh.. DES MOULINS., Président. ( 15 MAI *§©3 ) Une circonstance particulière m'ayant amené à étudier attentivement le mode de structure de l'opercule dans un certain nombre de genres , je crois pouvoir soumettre aux malacoîogisles l'exposé de mes observa- lions et des résultats auxquels elles m'ont conduit. Les matériaux me manquent, malheureusement, pour étendre à toutes les sortes d'oper- cules l'élude que j'ai pu faire de ceux dont le mode de croissance laisse apercevoir une évolution spirale; mais ces courtes notes appelleront peut-être l'attention sur l'utilité qu'il y aurait à revoir de plus près la classification et la nomenclature générales de ces singulières dépen- dances du pied des gastéropodes. On sait que l'opercule est ou purement calcaire, ou purement corné, ou mixte , c'est-à-dire composé d'éléments calcaires et d'éléments cornés (1). M. \Yoodward (Manuel of tke Mollit sca , 1851-1856) paraît croire que, normalement, il est plutôt corné que calcaire, car il dit (p. 102), qu' «il est formé d'une lame cornée quelquefois fortifiée à l'extérieur par l'addition d'une matière calcaire (2) » , et je suis très-disposé à adopter sans restriction cette définition de l'opercule considéré en géné- (1) M. de Quatrefages m'a fait l'honneur de me dire tout récemment, à Arcachon, que ces trois natures d'opercules se rencontrent également dans la classe des AxNÉLiBts {Noie ajoutée pendant l'impression). (2) It consists of a horny layer sometimes strenglhened by the addition of caica- reous matter on ils exterior. Tome XXVI. 24 ( 274 ) rai, attendu que l'adhérence des parties charnues de l'animal à son enveloppe calcaire a toujours lieu , si je ne nie trompe , par l'intermé- diaire d'une matière plus animalisée que le test lui-même ou plus ré- sistante et plus tenace que la chair du mollusque. Les cartilages, le ligament des bivalves, leurs divers byssus , l'en- duit vitreux et la nacre internes des coquilles où se gravent les impres- sions musculaires, constituent les divers degrés, les diverses variétés, analogues entre elles, de ce mode d'adhérence parfois si énergique , au moins durant la vie de l'animal (1). Au reste, les personnes qui voudront se remettre en mémoire, sans perle de temps, l'ensemble de ce qu'on sait sur l'étude des opercules, n'auront qu'à lire la page 102, précédée des deux dernières lignes de la page 101 , de l'ouvrage de M. Woodward, et l'excellent résumé pré- senté par feu M. de Blainville, en 1824, dans l'article Mollusques du Dictionnaire des Sciences naturelles (Levrault), T. XXXII, pp. 86-89, reproduit en 1825 dans son Manuel de Malacologie, pp. 103-106, pi. II (Principes), fîg. 7 à 16. (1) Le cartilage des mammifères est composé, d'après Hatchett, d'albumine coa- gulée et d'un peu de phosphate de chaux; celui des poissons chondroplérygiens , de mucus principalement , d'eau et de petites quantités de sels minéraux , parmi lesquels ligure le phosphate de chaux (Chevreul et Cuvier, Dict. se. nal., t. 7 ; 1817, pp. 161 à 165, art. Cartilage). — La nacre est composée , suivant Hatchett, « sur cent parties, de 66 de sous-carbonate de chaux et de 54 d'albumine coagulée » ( Blainville , Dicl. se. nal., t. 52; 1824, p. 78, art. Mollusques). — La matière calcaire qui constitue en majeure partie la nacre, « y est unie à une matière ou à un mucus animal » (Blainville, ibid. t. 58; 1825, art. Perle.) — « Le corps du mollusque n'adhère à la coquille qu'au niveau des muscles » (H. Cloquet, Dict. se. nal., t 50; 1827, p. 575, art. Squelette) ; et les divers byssus ne sont formés que des extrémités desséchées, durcies, devenues tendineuses ou cartilagineuses, des fibres musculaires. — La coquille des mollusques , « matière mucoso-crélacée , n'est pas un endurcissement de la peau par le dépôt de molécules calcaires dans les mailles d'un tissu cellulaire , mais bien un dépôt d'une matière mucoso-calcaire , non pas cependant sécrétée à la superficie de la peau , mais bien entre deux de ses parties , le réseau vasculaire et l'épiderme, et quelquefois môme dans le derme lui-même; et en effet elle lient organiquement avec le reste de l'animal , et surtout avec la fibre musculaire ou contractile , etc. » (Blainville, Dicl. se. nal., t. 52; 1824, p. 78) ; ce qui s'applique parfaitement aux relations de l'opercule avec le pied et sa nature propre , môme quand il est purement calcaire comme dans les Turbo où il est tapissé extérieure- ment d'un épidémie d'apparence et de couleur cornées. — J'ai cru utile de rappeler et de grouper ces principes reconnus et enregistrés par des maîtres de la science , à l'appui de l'opinion exprimée par M. Woodward. ( 275 ) Après avoir indiqué les sources où le lecteur peut puiser, il ne me reste qu'à exposer les observations qu'il m'a été donné de faire. J'emploierai la nomenclature adoptée par M. Woodward dans son utile Manual. Plusieurs figures d'opercules y sont disséminées soit dans les planches, soit dans le texte, et notamment à la page 102 où les principales formes sont juxtaposées. La classification que M. Woodward leur applique n'est, à vrai dire, qu'un raccourci de celle de Blainville (loc. cit.). Ce dernier auteur fait remarquer (p. 103) « qu'on en pour- rait tirer» (des opercules) « de bons caractères de familles et de genres » et (p, 105) que «cette partie de l'organisation des mollusques a mal- heureusement été trop négligée. » — Il est permis de dire à ce sujet que , tout en signalant une lacune si regrettable, l'illustre professeur n'a pas fait grand'chose — ni ses successeurs non plus — pour la combler. I. — L'Opercule du genre Natice est bien connu de tous, et sa struc- ture est simple et facile à voir. C'est un opercule paucispiral , dont le dernier tour est borné dans son développement et comme tranché au contact du bord columellaire de l'ouverture , de telle façon que ses stries d'accroissement ne puissent revenir vers le nucléus et l'enve- lopper, ainsi qu'on le voit très-bien dans les espèces à opercule calcaire (N. canrena , maculosa , arachnoidea, etc.) et dans la seule espèce (N. conica? Lamk.) que je possède avec son opercule corné. Les opercules concentriques, au contraire (Woodw., p. 102, pi. 9, f. 26; Blainv. 1. c. p. 436, 439, pi. 34, f. 3), ont des stries d'accrois- sement qui reviennent jusqu'au-delà du nucléus et semblent former ainsi des courbes fermées autour de lui. Je crois que cette apparence est l'expression de la réalité , et que les opercules concentriques sont foncièrement spiraux comme les paucis- pirés et les mullispirés , mais que leur spiralité est uniquement masquée par un changement parfois très-brusque de direction dans les stries d'accroissement , au point où elles arrivent à fermer la courbe dont je parlais tout-à-l'heure; c'est pourquoi je propose de les appeler crypto- spirés au point de vue de leur classification, tout en continuant à em- ployer pour eux, dans la pratique, le nom de concentriques qui exprime si bien leur figure. S'il en était autrement, — je veux dire, si les lames qui semblent superposées pour former l'opercule concentrique étaient réellement des plaques complètes , qui s'infraposassent successivement l'une à l'autre ( 276 ) en devenant de plus en plus grandes et de façon à avoir l'air empilées l'une sur l'autre, —- les opercules dits concentriques, sur lesquels les stries d'accroissement portent ces bords libres à un nombre si élevé , — ces opercules , dis-je , deviendraient inévitablement épais , tandis qu'ils demeurent toujours minces quand leur structure n'est pas compliquée d'un mélange de sucs calcaires. Et en effet, je crois voir que , selon les genres et les espèces pourvus de celte sorte d'opercule, on y retrouve toujours plus ou moins de traces de spiralité, soit au nucléus lui-même (sommet primordial), soit auprès de lui. Si celte proposition est vraie , le travail de sécrétion de l'opercule est absolument continu, et non point discontinu comme il faudrait l'admettre si les stries d'accroissement représentaient les bords réels de lames superposées par des sécrétions successives , ainsi que le premier coup-d'œiï jeté sur un opercule de Paludine (vivipare) par exemple, semblerait le faire présumer, puisque cet opercule, plus épais au nucléus, s'amincit vers ses bords. On en a conclu jusqu'ici que chaque lame sur-ajoutée à la face externe de l'opercule était formée séparément sous la précédente plus petite et la débordait; mais l'hypo- thèse du travail continu me semble expliquer plus convenablement ces faits. Je puise !a preuve de l'opinion que j'exprime ici, dans la comparaison attentive de divers opercules auxquels certains auteurs attribuent des différences considérables de construction , tandis que d'autres savants leur reconnaissent des ressemblances plus concluantes que ces diffé- rences. Ainsi , M. Woodward divise les opercules en bien moins de formes distinctes que Blainville et dit (p. 102) « qu'il ne faut pas atla- » cher trop d'importance , comme aidant à la classification , à celte » plaque très-variable (to this verij variable plate.) » C'est à l'opinion des auteurs synlhélistes que je me range, el à leur tête je place, comme il est juste, noire grand conchyliologisle, M. Des- hayes , dont le discernement est si sûr et les jugements si sages en ma- tière de valeur des caractères. Ce n'est pas que, dans ceux de ses ouvrages que j'ai sous les yeux , il se soit étendu longuement sur ce sujet; il a fait un peu comme ses devanciers et n'a pas serré de près celte étude. Ce n'est pas non plus que j'aie pris pour point de départ de mon travail, le peu qu'il en a dit : non ! c'est par un chemin tout opposé, de comparaison en comparaison, de déduction en déduction, que je suis arrivé à reconnaître comme expression de la -vérité les quelques mois ( 277 ) qu'il a inscrits dans la 2 e édition de Lamarck, t. IX, p. 532 : « L'oper- » cule des Àmpullaires est de même structure que celui des Paludines , » à sommet subcentral et formé d'éléments concentriques plus étroits » du côté columellaire. » Au premier coup-d'œil , ceci n'est pas très- exact, car l'apparence de la face externe diffère, dans les deux genres , avec la position de ses linéaments constitutifs; mais au fond et à l'aide d'une comparaison attentive, on reconnaît que c'est bien la vérité (sauf la question du travail continu, que je soulève aujourd'hui), et je vais le faire voir. Il n'y a pas, en effet, de distinction essentielle h faire entre des oper- cules concentriques dont le sommet organique est : 1) déjeté sur le bord columellaire, au point de devenir exactement juxta-marginal, 2) ou sub-marginal , 3) ou encore plus éloigné du bord , 4) ou enfin sub-central. Dans ces quatre cas , les stries d'accroissement tournent plus ou moins de fois aulour du nucléus qui se montre toujours, je le répète, plus ou moins empreint d'une disposiiion originaire à la spiralité : nous avons donc toujours affaire à un opercule foncièrement spiral , à élé- ments étroits, très-allongés et qui se disjoignent en se déposant succes- sivement du côté le plus large (au bord externe de l'ouverture), tandis qu'ils demeurent plus ou moins entassés et parfois même confondus vers le bord columellaire qui est le côté étroit de la spirale. Dans le premier de ces quatre cas (Ampullaria ovata Féruss.; A. cm- pullacea Féruss.; A. sphœrica Desh. ), ce côté étroit est formé par l'en- tassement épaissi et sans largeur appréciable, des stries d'accroissement forcées par le bord columellaire de se replier brusquement en avant comme en arrière du nucléus , de manière à rester parallèles au bord columellaire de la coquille. L'entassement de ces stries a pour résultat de les rendre indistinctes dans la partie la plus étroite où elles produi- sent un petit bourrelet qui s'infiltre de matière évidemment calcaire (comme dans tout l'opercule du Pahidina impura), bien que cette pièce soit dite toujours cornée dans les Ampullaires. Le nucléus de l'opercule est donc ici non pas marginal , mais rigoureusement juxla-marginah Le sommet organique du nucléus est placé un peu au-dessus de la moitié de la longueur de l'ouverture (si l'on regarde la coquille de face, la spire en haut, comme la placent Lamarck, Blainville et M. Deshayes). ( 278 ) Si l'on veut considérer les relations de position de ce nucléus , on re- connaîtra qu'il est contigiï au ventre de la coquille, c'est-à-dire à la saillie de l'avant-dernier tour dans la cavité de l'ouverture , et au-dessus du point où le bord columellaire se détache de ce ventre de la coquille pour laisser s'ouvrir l'ombilic ou la fente ombilicale. Dans le 2 e cas (Ampiillaria canalicidata Lam.) il n'y a pas (du moins à l'extérieur) d'épaississement et d'infiltration calcaire; le bord flexible de l'opercule entièrement corné se redresse et s'applique contre le ventre de l'avant-dernier tour; le faisceau plus mince et par conséquent un peu plus large des stries d'accroissement bien plus distinctes , occupe un espace plus appréciable, et le nucléus se trouve repoussé un peu plus loin du bord columellaire. On peut discerner que les stries d'accrois- sement, moins brusquement coudées, font complètement le tour du nucléus qui n'est plus juxta-marginal , mais seulement sub-marginal ; ses relations de position sont comme dans le cas précédent. Le 3 e cas, qui diffère peu du 2 e , m'est offert aussi par des opercules exclusivement cornés (Ampiillaria Guyanensis Lam.; A. effusahum.). Toute la différence gît dans l'entassement moindre des stries d'accrois- sement; il en résulte que la bande qui sépare le bord du nucléus du bord columellaire de la coquille , est un peu plus large et plus distinc- tement, striée, et aussi que le nucléus, un peu plus éloigné du bord, me semble (car je ne possède pas cet opercule authentiquement en place) tendre à occuper une position légèrement inférieure h la moitié de la longueur totale de l'ouverture. Le 4 e cas se présente pour une charmante petite coquille ampullari- forme à spire obtuse et courte, à opercule corné et absolument semblable (sauf le nucléus un peu moins éloigné dn bord) à celui des Paludines vivipares, qui est aussi exclusivement corné. La bande formée parles stries d'accroissement est proportionnellement beaucoup plus large et les stries sont plus distinctes. Le nucléus est creusé en soucoupe (à la face extérieure de l'opercule) et situé si loin du bord qu'il peut être qualifié sub -central. De plus , il est placé visiblement au-dessous du point où le bord gauche se détache du ventre de l'avant-dernier tour: c'est encore à-peu-près la moitié de la longueur totale de l'ouverture et aussi de l'opercule, parce que l'un et l'autre sont arrondis dans leur ensemble, tandis qu'ils sont ovales dans les Ampullaires ordinaires. Ce caractère est frappant, pour peu qu'on examine les opercules dont je parle, tellement que je crois maintenant devoir reporter parmi les Palu- ( 279 ) dines (vivipares) cetle jolie petite coquille dont j'ignore encore le nom spécifique et que j'avais jusqu'ici regardée comme une vraie Ampullaire. En décrivant ce quatrième cas, j'ai donc décrit exactement l'opercule du Paludina achatina (un peu plus subcentral que celui dont je viens de parler), — du P. vivipara (peut-être encore plus sensiblement sub- cenlral) — et enfin d'une Paludine bien distincte des précédentes (de Samarang, Java) et que je n'ai pas encore déterminée spécifiquement, mais dont le sommet du nucléus operçulaire est placé un peu inoins loin du bord que dans ces dernières espèces. J'ajoute à ce qui précède, l'énoncé d'un cinquième cas. C'est celui où le sommet organique du nucléus est placé bien plus encore au-des- sous de la moitié de la longueur de l'ouverture, bien plus bas même que le large ombilic de la coquille et tout près de la jonction du bord gauche avec le bord droit de son ouverture. Ces caractères remarquables, accompagnés d'une troisième particularité due à la direction rayonnante en spirale de quelques stries d'accroissement très-fortes qui se montrent à la face externe de l'opercule , me sont offerts par une coquille ampul- lariforme et très-petite, que je crois pouvoir rapporter à VAmpuliacera fragilis Quoy; Desbayes (Ampullaria fragilis Lam.), de la rivière de Samarang, à Java; opercule corné, flexible. II. — En voilà bien assez, si je ne me trompe, pour confirmer ce point de théorie, à savoir que , tandis qu'il existe une différence , sinon bien profonde , du moins importante et facile à saisir, entre un opercule paucispiré de Nalice et un opercule dit concentrique , il n'en existe au- cune qui soit nettement tranchée entre l'opercule des véritables Ampul- laires et celui des Paludines (vivipares) ; c'est une question de plus ou de moins. Et en effet — c'est M. Deshayes qui l'a dit : l'opercule des Ampullai- res « est de même structure » (fondamentale) « que celui des Paludi- nes » : voilà donc un fait acquis à la science. De plus, ce savant a très-nettement prouvé (m Lam. An. s. v. 2 e édition, T. IX, p. 503) que Cuvier et Blainville n'auraient pas dû éloigner les Ampullaires des Paludines et les rejeter toutes ensemble hors de la famille des Périslo- miens de Lamarck : celte erreur n'a plus cours aujourd'hui. Les Nalices, de leur côté, sont retirées par M. Deshayes de la famille des Néritacés pour être reportées dans celle deSigarets, et M. Woodward a adopté celte opinion en conservant aussi à la famille, à l'exemple de Forbes, le nom du plus important de ses genres (Naiicidœ). ( 280 ) Le terrain de la question se trouve ainsi parfaitement déblayé, et les rapports de genres et de familles ne se trouvant plus rompus par ces attributions artificielles, je puis tirer des faits que j'ai observés une conclusion logique, d'une poriée plus étendue et qui pourrait, ce me semble, à l'aide de nouvelles études, conduire à une classification géné- rale et rationnelle des diverses sortes d'opercules. Je les aurais entre- prises bien volontiers, ces études, si je ne me trouvais trop dépourvu de matériaux indispensables. Je le répète : je ne me suis occupé que d'opercules qui m'ont paru foncièrement spiraux. J'ai laissé de côté les autres , dont il me manque trop de formes génériques pour que j'ose entreprendre un travail complet, et je me suis borné , pour cette partie du tableau de classification que je propose, à copier sans élude les indi- cations fournies par Blainville et M. Woodward, en ce qui concerne les opercules qui, comme à eux, m'ont semblé dépourvus du caractère spiral. Ma conclusion se borne donc à demander qu'on considère désormais comme dépendant originairement du mode spiral de structure , non seulement les opercules dits paucispirés ^ mais aussi les concentriques , en considérant néanmoins les seconds comme une modification impor- tante et notable des premiers ; en sorte que les opercules , en général , pourraient être classés comme dans le tableau ci-après. Par cet arran- gement, je m'éloigne de la manière de voir de Blainville et de Woodward, qui regardent l'opercule concentrique comme non-spiral. OPERCULE MULTISP1RÉ Bl. \V(lW Nob. ( paiicispiré ; paucispiré Bl. oPÏRAL 1 SPIRAL ! I \ ' ) Bi Wdw / PAUCISPIHÉ < WdW ' {unîsiiiré'BL. Nob. / id - articulé Bl. Wdw. f subspirë Bl. Wdw. CRYPTOSPIRÉ CONCENTRIQUE Bl. \ \ Nob. Wdw. Nob. Non f non I imbriqué tm t lamelleux Bl. Q \ SPIRAL i lamclleux wdw. \ squameux Bl. N l \ Bl. Wdw. / onguiculé < subonguiculé Bl. Wdw. Nob. i onguiculé Bl. , radié Bl. Nob. * * Je ne sais où Woodward place l'opercule radié ; il n'en fait pas mention. EXCURSION DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE A CAZENEUVE (gironde) (Procès-Verbal de la 50* Fête Linnéenne, 27 Juin 1867). Un demi-siècle s'est écoulé depuis la fondation de la Société 'Linnéenne et , dans le but de fêter cet anniversaire solennel , nous devons nous réunir à la gare Saint-Jean , à cinq heures du matin , pour une excur- sion projetée dans la vallée du Haut-Ciron. Plusieurs jeunes invités , effrayés sans doute par quelques gouttes de pluie qui tombent de temps à autre, s'abstiennent de paraître au rendez-vous; mais les sociétaires, plus entreprenants, arrivent, à l'heure fixée, au nombre de sept, savoir : MM. Ch. Des Moulins, président; Raulin, vice-président; Linder, secrétaire général ; de Kercado , trésorier ; Souverbie , Lespinasse et Samy, membres du conseil et titulaires; Auxquels se joignent : MM. Lambertie, aide-adjoint du Musée d'His- toire naturelle de Bordeaux, et Albéric de Berjon, étudiant à la Faculté des sciences. A Langon , nous sommes rejoints par MM. Théry , médecin ; Belloc , greffier de la Justice de paix, et Goua, tous trois botanistes, lesquels portent à douze le nombre total des excursionnistes. Quand nous atteignons Bazas , la pluie tombe avec une telle violence, que quelques membres, découragés, proposent de renoncer à l'excur- sion; mais leur proposition n'est pas adoptée et l'on se contente de modifier l'itinéraire : au lieu de visiter les rives du Ciron , entre Beau- lac et Gazeneuve , on se rend directement dans cette dernière localité pour en explorer les environs. Arrivée à Gazeneuve, et la pluie ayant enfin cessé, la Société se di- vise en deux groupes : les entomologistes et les malacologistes, auxquels Tome XXVI. 25 ( 282 ) l'orage de la matinée ne laisse que fort peu d'espoir de récolle, se joi- gnent aux paléontologistes et aux géologues pour visiter les falaises et les carrières des bords du Ciron. De leur côté, les botanistes, bravant l'humidité des pelouses et les épines des broussailles , parcourent les bois qui s'étendent entre le pont de Cazeneuve et le moulin de Lauvergne. Le nombre de plantes qu'ils ont recueillies n'a pu être que restreint, vu la faible étendue de leur excur- sion ; celle-ci a pourtant offert quelques observations intéressantes, qui se trouvent consignées dans la note suivante que nous devons à l'extrême obligeance de notre collègue, M. Lespinasse. « Les bords du Giron, dans la partie où nous herborisons , sont très- accidentés, et la petite rivière encaissée dans de hautes falaises, a un aspect sauvage des plus remarquables. » A quelques minutes du pont de Cazeneuve , sur un terrain descen- dant vers le Ciron, nous récoltons Anémone pulsalilla L., en fruits, et Phleum Bœhmeri Webel. Tout à côté, sur un tertre pierreux où laroche est à nu, se trouve Géranium sanguineum L. , en compagnie de di- verses autres plantes des terrains calcaires où figure abondamment Teu- criumChamœdrys L. » En suivant la falaise , on arrive à une carrière abandonnée, entou- rée, en quelque sorte, d'une ceinture à'Astragalus glyciphyllos L. Sur des débris entassés, à l'époque où celte carrière était en exploitation , se développent de vigoureuses touffes de Biscutella lœvigala L., sous les deux formes, désignées comme variétés p. denlata et 7 inlermedia , par MM. Grenier et Godron. Nous trouvons dans nos échantillons diverses formes intermédiaires qui prouvent le peu de valeur de ces deux varié- tés. Cette plante, d'un intérêt assez médiocre, nous a cependant offert ceci de remarquable , que, dans un terrain meuble et profond , sa ra- cine atteint une longueur vraiment extraordinaire. Une de celles que nous avons arrachées, ayant à peu-près la grosseur du petit doigt, me- surait 1 mètre 50 au moins. » Mais le fait le plus intéressant de l'excursion est, sans contredit, la constatation à l'étal spontané de magnifiques hêtres (Fagus sylva- tica L.) plus que séculaires. Ces beaux arbres, au nombre d'une douzaine environ , ont crû sur un terrain tourmenté et tellement abrupte et sauvage , que toute idée de plantation est de suite écartée. Aucun d'eux n'est sur le même plan et la différence de niveau est parfois de 5 à 6 mètres. Us sont dans des sortes de fondrières rocheuses , d'un abord ( 283 ) assez difficile el où certes personne n'a pu avoir l'idée d'aller les plan- ter ou les semer. Rien, bien sûr, n'a été planté sur le terrain où nous sommes, el les chênes (Quercus pedunculala L. ), ainsi que les tilleuls ( Tilia sylveslris Desf. ) qui font aussi partie de ces restes de quelque grande forêt, sont tout aussi spontanés que les hêtres. Il n'y a d'ailleurs rien d'impossible dans un pareil fait; les hêtres et les tilleuls préfèrent, il est vrai, les pays montagneux, mais on les rencontre aussi en plaine dans presque toutes les grandes forêts de la France. Et puis , les bords du Ciron ont ici quelque chose d'âpre et de sauvage, qui rappelle tout- à-fait l'aspect des basses montagnes. Nous ne sommes pas les seuls , du reste, qui ayons été frappés de la physionomie singulière de ce paysage. Un artiste éminent, notre compatriote et ami, M. Léo Drouyn, auteur du magnifique ouvrage, auquel il a donné le nom de Guienne Militaire , s'exprime ainsi à propos du château de Cazeneuve (1) : « Le château de Cazeneuve est une immense habitation, située » dans un lieu on ne peut plus solitaire, au milieu d'une vaste forêt de » chênes et de pins , sur le bord d'une étroite rivière, encaissée entre de » hauts rochers et recouverte de grands arbres , formant au-dessus de » l'eau une voûte de verdure. Nulle part ailleurs on ne trouve unevégé- » talion plus luxuriante , des arbres aussi grands et aussi gros. » » Ici, nous quittons ce site pittoresque et les bords du Ciron, pour suivre, dans les bois, le chemin qui conduit au moulin de Lauvergne. » Nous récoltons, dans le trajet, Thlaspi arenarium Jord., en fruits, Polijgonalum vulgare Desf , aussi en fruits ; puis, reparaît , assez abon- dante, Anémone pulsatilla L. , et plus loin, près du moulin, vient s'ajouter aux plantes déjà cueillies , Epipactislatifolia. Sur un mamelon qui s'élève au bord du Ciron , en face du moulin de Lauvergne , se trou- vent quelques chênes, Quercus pedanculatah., sur les racines desquels vit et croît en abondance le Limodorum aboriivum Swartz, orchidée peu commune dans notre département. Un arbuste charmant, Lonicera xylos- teum L., balance ses jolies baies rouges sur les eaux limpides du Ciron, et, à ses pieds, dans le sable humide, croil\e Scirpus pungensYah\,\e Vero- nica anagallis L. et tout le groupe des plantes aquatiques vulgaires. » C'est ici que finit notre excursion et, faute d'une autre route, nous reprenons celle que nous venons de suivre. Au moment d'arriver , nous trouvons dans un chemin boueux, près du château, Centaurea asperaL. ( 1) L. Drouyn : Guienne militaire, t. II, p. 270. ( 284 ) qui se rencontre rarement aussi loin des bords de la Garonne. Entre les pierres du pont pittoresque deCazeneuve, nous prenons, comme simple souvenir de ce lieu charmant , une petite fougère, hélas ! bien commune, Asplenium rnla muraria L. « Plus tard, à Préchac, où nous devons dîner, et avant de procéder à cet acte important , nous récoltons encore, au bord de la route , Sisym- brittm Sophia L. , et, entre les pierres d'un contrefort de l'église que nous sommes allés visiter, en attendant l'heure du repas, la singulière forme du Chelidonium majus L., dont Miller (Diction. n° 2J avait fait une espèce , sous le nom de Chelidonium laciniatum. » Pendant que les botanistes faisaient cette excursion , M. Ch. Des Moulins, tout en cherchant des fossiles, recueillait aussi quelques plantes, savoir (1) : c Dœdalea betulina Rebent, — Duby, Bot. gall. n° 13. (Falaise du Ci- ron, près du pont de Cazeneuve, sur une vieille souche de chêne). « Parmelia crassa Achar. — Fries. (Squammaria crassa DC. FI. Fr. n°1017). (En larges et nombreuses plaques confïuentes , sur un mur, près du ponl , id. ; fructifications abondantes). « Equisetum ramosun Schleich. — ■ DC. FI. Fr. suppl. n° 4457 /3. — Cr. et Godr. FI. Fr. — Duval-Jouve. — (Equis. multiforme Vaucher. — Var 6 ramosum Duby , Bot. — Equisetum elonga- lum Willd. , var « vulgare (pro parte) Pokerny). — (Falaise calcaire du Ciron, près le pont, id.). « Crépis virens L — CC dans les haies et au bord des chemins autour de Cazeneuve. « Rosmarinus officimlis L. — Falaise du Ciron, près du pont, id. ; sans fleurs. (Simplement naturalisé). « Géranium sanguineum L. — Falaise calcaire et herbeuse du Ciron , près le pont , id. — C. » Reseda phyteuma L. — Pont de Cazeneuve. » Il résulte des détails qui précèdent que l'excursion de Cazeneuve a dû être principalement paléontologique ; car , au point de vue de la géo- logie, Cazeneuve, tant dans les rochers qui forment les falaises du Ci- ron que dans les carrières qu'on exploite dans son voisinage , n'offre (1) Note de M. Ch. Des Moulins. ( 285 ) partout à l'œil que du falun de Bazas, peu différent de celui qu'a si bien décrit M. Ch. Des Moulins, dans le procès-verbal de la 49 e Fête Linnéenne (28 juin 1866) et dont l'analogue se retrouve à Bazas, Saint-Côme, Nizan et Villandraut. Près du pont de Cazeneuve, s'élève une petite falaise, formée par un calcaire grossier coquillier, jaunâtre, dans lequel les fossiles abondent à l'état de moules et d'empreintes souvent très-bien conservées. L'es- pèce dominante y paraît Y Avicnla phalœnacea Lam., lequel s'y trouve par- fois en tel nombre, qu'il constitue en quelque sorte la roche à lui seul. Les autres espèces recueillies en ce point sont (1) : Fluslra sp ?; Vermelus arenarius L.; Spirorbis Iricarinalus Des Moul. ; — — Var. D sulca- Corbula carinala Duj. (2); lus Lam.; Venus multilamella Lam. ; Monodonla Araonis Bast. ; Arca diluvii Lam. (3); Turrilella Desmareslina Bast.-; — clathrata Def.; Centhium plicalumBvng.; Chama gryphoides L. ; — Papaveraceum? Bast. A 4,500 mètres , en amont du pont, est une carrière dans laquelle le calcaire marin de Bazas est très-intéressant à étudier. Cette carrière , exploitée à ciel ouvert , est une excavation , en forme de quart de cercle, d'une profondeur d'environ 5 mètres et d'un développement circulaire de plus de 30 mètres. La roche s'y compose de successions de couches d'une consistance et d'une structnre très-différentes : les couches supé- rieures, immédiatement recouvertes par une faible épaisseur de sable des Landes, sont de même nature que celles qui constituent la falaise dont il vient d'être question ; elles sont formées par des accumu- lations de coquilles agglomérées par un ciment spathique brillant et mélangées de grains, en proportions très-variables, de quarts hyalin incolore, très-fin. Comme à Bazas et dans d'autres localités, les parties calcaires sont jaunes ou jaunâtres, rarement blanches. La quantité de quartz paraît augmenter dans les couches inférieures ; souvent alors la roche devient très-dure et prend une teinte gris-cendré ou bleu d'ar- (1) Voir l'Appendice dû aux savantes recherches de M. Ch. Des Moulins. (2) Ce fossile est assez fréquent dans le falun de Léognan. — Voir la liste des principaux fossiles de ce falun, dans les notes géologiques sur l'Aquitaine, de M. Raulin, t. II, p. 57. (5) Le C. plicalum se trouve quelquefois dans les couches supérieures du cal- caire à Astéries, p. ex. à Saint-Morillon, où j'en ai trouvé de belles empreintes. ( 286 ) doise , qui est due à une matière organique de nature particulière ; les fossiles complets, autres que Psammobia Labordei y sont rares, mais non les débris de coquilles dont la blancheur contraste avec la cou- leur de la pâte. — Cette nature de roche est assez fréquente dans le falun de Bazas , et nous l'avons observée dans diverses localités (Préchac, Villandraut, Uzeste, Saint-Côme , Aubiac , etc.), partout présentant les mêmes caractères de structure et de composition, et souvent la même pauvreté en fossiles déterminables. Dans le fond de la carrière , le calcaire devient sableux, jaune-ocreux et tendre , et les fossiles y sont plus rares encore que dans les calcaires bleus. Il présente, sous le rapport du faciès, une très-grande analogie avec certaines couches exploitées du falun de Léognan, et, quoique peu consistant et même friable, il durcit à l'air et paraît employé comme pierre de taille dans les villages environnants. L'âge du falun de Cazeneuve ne saurait faire l'objet d'un doute, qu'on l'établisse stratigraphiquement ou par les fossiles qu'il contient. Si l'on remonte en effet le Ciron , depuis son embouchure dans la Garonne jusqu'à Cazeneuve, on observe d'abord le calcaire à Astéries à Barsac, Bommes et Pujols; ensuite, au-dessus de ce dernier, des mo- lasses marines et des marnes , auxquelles succèdent un calcaire lacustre, près de Villandraut, puis un calcaire grossier marin; — en un mot on y trouve la reproduction exacte des coupes classiques de Sainte- Croix-du-Mont et de Langon à Bazas. Le calcaire de Cazeneuve appar- tient à l'assise marine supérieure de ces coupes; son assimilation avec le calcaire grossier de Bazas est donc incontestable. Les fossiles conduisent au même résultat , ainsi qu'on peut s'en assu- rer par la liste suivante, que nous devons à notre président, M. Ch. Des Moulins (1) , et dans laquelle, à la suite de chaque nom, nous avons indi- qué l'étage géologique où le fossile a été déjà trouvé antérieurement : Poriles incrustans Defr. (falun cie Mérignac et calcaire à Astéries); Fluslra sp. ? (espèce qui est répandue indifféremment dans tous nos dépôts miocènes); Spirorbis tricarinatus DesMoul. (faluns de Mérignac et de Léognan); Balanus sp.? ; Creuaia Rangii Des Moul. (falun de Mérignac); Solen legumen L.?; LiUraria sanna Bast. (faluns de Mérignac et de Bazas, Saucats, MariHhc, etc. ); Maclra triangula Renieri, (faluns de Bazas, de Léognan et de Salles); (1) Veir l'Appendice au Procès-verbal. ( 287 ) Corbula carinata Duj. (faluns de Mérignac et de Léognan) (4 ); Saxicuva arciica L.; Psammobia Labordei Bast. (faluns de Mérignac et de Bazas, le Haillan); Lucina leonina Bast. (falun de Mérignac); — globulosa Desh. (falun de Mérignac, à Martillac; — calcaire à Astéries); Venus multilamella Lam. (falun de Mérignac); — Aglaurœ Brong. (falun de Mérignac, à Mariillac età Saucats; — calcaire à Astéries); Cardium discrepans Bast. (faluns de Mérignac et de Léognan; — calcaire à Astéries); Arca cardiiformis Bast. (falun de Mérignac); — diluvii Lam. (falun de Léognan); — clathrala Def. (falun de Mérignac); Chama gryphoides L.; — gryphina Lam. (falun de Bazas; — calcaire à Astéries); Lithodomus Hlhophagus L. , (a vécu à toutes les époques tertiaires, depuis l'éocène parisien, et se trouve encore, de nos jours, dans les mers des deux hémisphères) (2); Lithodomus cordatus Lam., (même observation que pour le précédent, sauf en ce qui concerne son existence à l'époque actuelle); Mylilus oblitus Michelotti, (falun de Mérignac et calcaire à Astéries); Avicula phalœnacea Lam. (falun de Léognan); l'ecten Beudanti Bast. (faluns de Bazas et de Léognan); Oslrea undata Lam. (falun de Bazas, Sainte-Croix-du-Mont, Koailhan, Villan- draut)(3); — producla Baulin et Delbos, (falun de Bazas, Sainte-Croix -du-Mont. Uzeste, molasse de Saint-Macaire) (4); Anomia costata Bronn?; • ( 1 ) V. Raulin : Notes géologiques sur l'Aquitaine, t. II, p. 57. ( 2 ) Appendice au Procès-verbal, Actes, page 220 ; tirage à part, 40. (3) V. Raulin: loc. cit. p. 54. ( 4 ) Les molasses et les marnes à Ostrea producta apparaissent, près de Saint- Macaire, un peu au-dessus des carrières de Lavison, au point où la route de Verde- lais se bifurque en deux branches, l'une se dirigeant vers Langon, l'autre vers Saint- Macaire. Vers le sommet du coteau, on trouve quelquefois dans la terre végétale des blocs de calcaire qui renferment Oslrea undata Lam ,• mais ce calcaire n'affleure nulle part. Les molasses de Saint-Macaire ont été signalées, dès 1862, par notre collègue M. Tournouer. (Bulletin de la Soc. géol. de France, 2 e série, t. XIX, p. 1056). J'ai constaté qu'elles se poursuivent, au nord de Cadillac, jusque dans les communes de Laroque et d'Omet, où quelquefois on les observe au-dessous du diluvium. ( 288 ) Nerilina subconcava D'Orb. ; Nalica pseudoepiglotlina Sismonda?; — elongala Michelolti, (falun de Bazas, Saint-Morillon); Vermelus arenarius L. ; — — Var. D sulcalus Lain. ; Trochus Boscianns Brong.; — Moussoni Mayer; Monodonla modulus Lam.? (falun de Mérignac-.); — A raonis Bas t.; Phasianella subpulla D'Orb. ?; Turrilella Desmareslina Bast. (falun deBazas, à Uzeste; — calcaire à Astéries, à Rions et à Saint-Germain-du-Puch); — simplex GraL; — marginalis Brocchi?; Cerithium plicalum Brug. ? (falun de Mérignac, molasse de Saint-Morillon et de Saint-Selve; — calcaire à Astéries de Saint-Morillon); Fusus mitrœformis Brocchi; Myristica cornula Agassiz; Triton subcorrugatum D'Orb.?; Nassa aspcrula Brocchi; — Caronis Brong. (falun de Mérignac et de Léognan), La majeure partie de ces fossiles identifient, de la manière la plus complète, le calcaire de Cazeneuve avec les faluns de Mérignac et de Bazas (1). Un autre fait, déjà signalé ailleurs, ressort encore d'une manière frappante du tableau qui précède : la persistance avec laquelle certaines espèces se sont propagées, sans altération, d'un étage géologique à un autre, et quelquefois , à travers plusieurs étages , jusqu'à l'époque actuelle. Lucina globulosa, Venus Aglaurœ, Cardium discrepans, Chaîna gry- phina, Mylilus oblilus, Turrilella Desmareslina, Cerithium plicalum, Pontes incrustons et certains bryozoaires, appartiennent en effet à la fois au calcaire à Astéries et au falun de Bazas; Spirorbis tricarinalus, Cardium discrepans, Arca diluviij Corbula carinata, Avicula phalœnacea, Peclen Beudanti se trouvent dans le falun de Bazas et dans celui de Léognan ; ( 1 ) Voir le procès-verbal de la 49° fôte Liuuéenne par M. Cli. Des» Moulins, t. XXVI des Actes, pour ce qui concerne l'assimilation de ces deux faluns. ( 289 ) Mactra triangala s'observe depuis lefalun de Bazas jusque dans celui de Salles (1) ; Enfin LUhodomus lilhophagus et L. cordatus, qui apparaissent déjà dans le calcaire éocène parisien , ont traversé, depuis lors, toute la période tertiaire; nous voyons même le premier vivre encore dans les mers actuelles des deux hémisphères (2). Après le dîner, qui a lieu à Préchac, on reprend la route du chemin de fer, que l'on doit rejoindre à la station de Nizan-Yillandraut, En pas- sant le Giron , sur le pont de la Trave, et, avant de quitter le pays qu'ils viennent de parcourir, quelques-uns d'entre nous , qui ont pris l'avance, s'arrêtent saisis d'admiration devant la vue qui se déroule à leurs yeux : de hautes falaises, moussues et couronnées d'arbres et de buissons ver- doyants, encaissent la rivière, dont les eaux, d'une admirable limpidité, bruissent gaiement de rocher en rocher, en se donnant des airs de tor- rent; à leur pied se dressent les murs noircis d'une forge silencieuse, à demi cachée par un rideau de verdure; plus loin, un réservoir, aux bords escarpés et mystérieusement ombragés, écoule son trop plein, en remplissant l'air d'un son argentin. L'aspect de ce lieu, perdu au milieu des Landes, est d'autant plus saisissant, qu'il est plus imprévu et qu'il contraste davantage avec celui du pays sévère et monotone qui l'en- toure. AUzeste, où nous nous arrêtons un instant, nous visitons l'église, monument historique très-remarquable , qui renferme le tombeau ( 1 ) On y peut ajouter Lucina columbella, dont j'ai trouvé de beaux échantillons dans les faluns libres de Salles. ( 2 ) Cette conclusion n'est pas généralement admise : suivant M. Fictet, ( Traité de Paléontologie, 1855, t. III, p. 584 ) , ces fossiles ( LUhodomus sublilhophagus D'Orb, et Modiola cordala Lam. ) appartiendraient au calcaire grossier, — et le L. Ulho-* phagus L. qui est le lithodome actuel le plus commun, ne se retrouverait fossile que. dans les terrains pliocènes. Le même auteur fait encore remarquer (p. 582 ) , que le nom de lithophagu$ doit, remplacer celui de lithodomus, comme étant le plus ancien. Bolten, en effet, en 1798, désignait ees mollusques sous le nom de lithophaga ; Mùhlfeld, en 1811, sous celui de lithopiugus, orthographe qui a prévalu, et ce n'est qu'en 1817, que Cuvier les q nommés lithodomus. Cette conclusion ne me paraît pas devoir être admise : outre que le nom donné par Cuvier est adopté par la plupart des malacologistes, il est d'usage maintenant de prendre des substantifs pour désigner les genres, et de réserver les adjectifs pour h désignation des espèces : or, lilhophagus est un adjectif. ( 290 ) mutilé du pape Clément V, mais qui malheureusement, faute d'en- tretien suffisant, menace ruine. Ici devrait, à la rigueur, se terminer ce procès-verbal , car , à partir d'Uzeste, la course va devenir trop rapide pour permettre à la Société des observations sérieuses. Toutefois, la contrée a été si souvent explorée par le rédacteur, qu'il lui sera facile de suppléer à l'insuffi- sance de ces observations par celles qu'il a faites antérieurement. Entre Préchac et Uzeste , le sable des Landes forme le sol superficiel et recouvre le falun de Bazas d'une couche généralement assez faible, qui ne prend d'épaisseur que dans les parties où l'alios nettement carac- térisé est un peu développé. Ce dernier, lorsqu'il existe, suit les ondu- lations du sol avec une certaine régularité, mais son aspect est très- varié : tantôt il est noir ou d'un brun noirâtre, et le ciment qui en agglutine les grains est presque entièrement organique; tantôt il est jaune-brunâtre et constitue un grès plus spécialement ferrugineux. Un échantillon de sable que nous avons recueilli, au-dessous de l'alios, entre Préchac et la Trave, est essentiellement siliceux; il est jau- nâtre et à grains grossiers , parfaitement roulés, qui lui donnent presque l'aspect d'un gravier fin; les petits cailloux qu'il renferme ont, en moyenne, la grosseur d'un noyau de cerise. Le quartz hyalin incolore ou jaune y domine ; maison y remarque aussi des grains quartzeux roses, bleuâtres, gris ou noirs , et quelques autres d'un gris-noirâtre, à éclat métallique, qui sont attirables au barreau aimanté (1). Près d'Uzeste, situé dans un vallon arrosé par un affluent du Ciron , le sable des Landes devient sensiblement argileux; l'alios cesse d'exister et le terrain prend une co- loration qui le fait, en quelques points, ressembler au sable diluvien dont est formé le sol d'une partie du Blayais. Dans les escarpements du falun sous-jacent, ce sable remplit toutes les anfractuosités du calcaire, et y passe à un sable argileux, ocreux ou jaune, ou à une argile brune ou jaune, à pâte très-fine. Le falun d'Uzeste, au point de vue de sa constitution , ne diffère pas de celui de Cazeneuve ; mais l'apparence en est sensiblement différente : les couches sont plus minces et, commet Bazas, prennent souvent l'aspect de plaquettes gréseuses, d'une extrême dureté et pauvres en fossiles dé- terminables ; d'autres fois, la roche est un calcai-e grossier, pétri d'Oslrea i) Ce caractère esl commun aux sables des landes et à ceux du diluvium des coteaux de la rive droite de la Garonne jusque dans la Dordogne. ( 291 ) pruducta Ràul. et Delb., d'une très-belle conservation et ayant encore leurs deux valves appliquées l'une contre l'autre. Les autres fossiles associés à cette huître sont : Anomia costata Brocchi?; Balanus sp?; Vermetus arenarius L. ; Lucina columbella Lam. — Moules et empreintes; Lucina globulosa Desh. — Moules à l'état de calcaire spathique parfaitement translucide; Arca diluvii Lam. — En fragments très-reconnaissables; Cerilhium plicatum Brug. — A l'état de moules, d'empreintes et quelquefois de débris de test. A. la sortie d'Uzeste, le terrain s'élève rapidement; le sable des Landes prend plus d'épaisseur, et le grès aliotique reparaît bientôt en couches déplus de deux mètres d'épaisseur, généralement noires ou bigarrées de jaune-brunâtre et de gris-jaunâtre, et passant quelquefois d'une teinîe à l'autre sans transition apparente. Calciné , ce grès donne un sable gri- sâtre assez fin, dont les éléments minéralogiques sont les mêmes que ceux du sable de Préchac. Le sable des Landes se maintient avec cette apparence jusqu'auprès de la station de Nizan-Villandraut, où ses caractères physiques paraissent se modifier d'une manière profonde. L'alios, d'une épaisseur d'environ m .70, y recouvre une argile un peu sableuse qui passe promptement à des graviers assez fins, très-argileux, jaunes, maculés de taches grises ou rouges, lesquels se poursuivent, sans discontinuité, sur une assez grande étendue. Lorsque ces graviers affleurent au sol ou que le sable su- perficiel est argileux, l'alios disparaît comme s'il n'avait pu y trouver les éléments nécessaires à sa formation; il reparaît, quand l'élément sableux devient de nouveau très-dominant. Les allures de l'alios se maintiennent avec une grande netteté entre la station de Nizan-Villandraut et la halte de Roaillan. Le terrain sous-jacent présente, dans ce même intervalle , de nom- breuses variations de couleur et de structure : tantôt il se montre argi- leux-sableux, d'autres fois plus ou moins caillouteux ou sablonneux, ayant très-rarement le caractère d'un dépôt régulier et offrant à l'œil toutes les nuances , blanches , jaunes, rouges ou grises que l'on remar- que dans les dépôts de transport qui recouvrent les coteaux de la rive droite de la Gironde, au nord de Langon. ( 292 ) En certains points, d'assez nombreux cailloux roulés apparaissent dans la masse: la plupart sont quartzeux, hyalins, laiteux ou grenus, diversement colorés ; mais les cailloux de phtanite, de silex , de quartz- meulière, de feldspath décomposé, etc., n'y sont pas très-rares. Au-delà de la halte de Roaillan , les caractères généraux de la forma- tion persistent; l'alios pourtant ne paraît plus dans les tranchées du chemin de fer que de loin en loin et pour ainsi dire à l'état d'accident. A mesure que diminue la distance à la Garonne, le nombre des cailloux et leur grosseur moyenne augmentent, tandis que l'élément argileux perd de son importance. Sur le bord de la Garonne , le terrain se modifie complètement à la surface; il renferme une grande quantité de cailloux roulés, générale- ment ovulaires, quelquefois pugilaires et même d'une grosseur plus grande , formant des dépôts à peu près semblables, au point de vue des éléments minéralogiques qu'ils contiennent, à ceux qui constituent les bancs de graviers de la Garonne. Le sable des Landes se prolonge au-dessous de ces dépôts. On est donc ici en présence de deux dépôts distincts : l'nn , plus an- cien, qui est de même âge que le sable des Landes et dont le faciès, dans l'ensemble, ne se distingue pas de celui des dépôts qui recouvrent un grand nombre de coteaux de l'Entre-deux-Mers; l'autre, plus ré- cent, qui s'étend au-dessus du précédent et qui présente tous les carac- tères d'une alluvion ancienne de la Garonne. Le fait que nous signalons ici , c'est-à-dire l'extension de la formation dite sable des Landes , sur la rive droite de la Garonne , n'est pas nou- veau dans la science : car, dès 1862, M. l'Ingénieur en chef Jacquot a publié sur ce sujet une note qui n'a pas été, que nous sachions , con- testée jusqu'à présent. Nous laissons maintenant la parole à notre savant Président, pour développer, dans un appendice à ce procès-verbal, les résultats ,de ses habiles recherches sur les nombreux et quelquefois très-intéressants fossiles que la Société a récoltés à Cazeneuve. Le Secrétaire général, LlNDER APPE1NTD 1CE LISTE DES PRINCIPAUX FOSSILES RECUEILLIS PAR LES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ A CAZENEUVE DANS LE CALCAIRE DE BAZAS Pendant l'excursion de la 50* Fête Linnéenne Par M. CH. DES MOULINS, président. Signaler une lacune importante â combler, une nécessité pressante à laquelle il s'agit d'obéir en poursuivant les études paléontologiques , ce n'est point emprunter à la réclame ses vaines et mensongères paroles. Les faunes paléontologiques demeureront incomplètes , mutilées d'un tiers, — d'une moitié peut-être, — tant qu'on n'y donnera pas*place aux moules pierreux qui représentent ou remplacent totalement, dans certains terrains, l'enveloppe fossilisée des animaux testacés. Besogne aride, ingrate, dont les résultats non-seulement ne flattent pas l'œil du collecteur, mais souvent même sont désagréables à voir dans une collection bien rangée, — mais besogne utile, indispensable à l'avancement de la science. Ce que je dis ici des faunes écrites , est également vrai de leur icono- graphie. On l'a bien senti , — on a de tout temps obéi à cette nécessité en ce qui concerne les échinides par exemple, et Alfred d'Orbigny a grande- ment mérité de la science en accueillant dans sa brillante Paléontologie Française les descriptions et les figures des moules jurassiques et crétacés, ( 294 ) Mais en fait de moules tertiaires, combien peu en a-t-on publié jusqu'ici ! Et cependant , les géologues et les paléontologistes ne se dissimulent plus ce grand desideratum de la science; et M. Hébert, le savant pro- fesseur de la Faculté des Sciences de Paris , n'a pas dédaigné de consa- crer les journées qu'il a passées au milieu de nos calcaires de la Gironde, à faire le métier de manœuvre-cantonnier, pour recueillir des moules pierreux. Il y a bien plus de trente ans que je me suis senti instinctivement porté vers ce genre de recherches qui , je l'avoue une fois encore, dé- pare plus qu'il n'embellit les tiroirs des collections; et, dès 4834, Dufrénoy a admis à l'honneur de iigurer dans les listes annexées à son célèbre Mémoire sur les terrains tertiaires du Midi de la France, les moules pierreux dont je lui avais envoyé le catalogue alors bien restreint et bien vague quant aux déterminations. Depuis plusieurs années, mes honorés collègues Linnéens m'encou- ragent à offrir à la science le tribut des obscurs mais très-nombreux matériaux que ma collection renferme, et j'ai regardé comme un devoir de consacrer les derniers travaux de ma vie à commencer du moins ce laborieux inventaire des moules tertiaires de la Gironde et crétacés de la Dordogne. Inhabile à manier le crayon, je ne puis malheureusement essayer que la détermination et la mise en catalogue de ces moules , et j'avoue humblement que ce n'est là qu'une moitié — le tiers même — du travail à faire; car, je le répète, les fausses paléonloiogiques resteront incomplètes, tant que la figure et la description du moule pierreux n'accompagneront pas la figure et la description du test fossile. Mon catalogue méthodique des deux séries crétacée et tertiaire, dressé sui- vant l'ordre adopté par Woodward dans son Manuel de Malacologie, est bien peu avancé, car il ne compte encore qu'un peu plus de cent espè- ces; mais je ferai tous mes efforts pour l'accroître aussi promplemenl que possible. La fructueuse excursion que la Société Linnéenne a faite à Gazeneuve, dans le Bazadais, à l'occasion de sa fête annuelle de 1867 , me fournit l'occasion d'offrir aux naturalistes un court échantillon du travail géné- ral dont je m'occupe. Ce spécimen , dont les notes sont modifiées en vue de la spécialité, de notre excursion , se compose de 45 espèces seule- ment; car, je ne suis en mesure ni de comprendre dans ce travail les Polypiers et les Bryozoaires dont nous avons rencontré des restes, ni ( 295 ) de l'étendre à toutes les coquilles dont nous avons aperçu , ce jour-là, des vestiges obscurs ou indéterminables. Cette liste sera disposée selon l'ordre des Animaux sans vertèbres de Lamarck, 2 e édition, à laquelle ont collaboré, pour les genres dont je dois parler, Mil. Deshayes, H. Milne-Edwards et Dujardin, et qui est plus familière aux géologues que ne le sont les arrangements plus ré- cents. J'y exposerai une synonymie peu étendue , mais indispensable , soit qu'il s'agisse d'ouvrages généraux (Lamarck, d'Orbigny) ou d'ou- vrages et surtout de figures spécialement consacrés aux terrains miocè- nes (Brocchi, Basterot, Grateloup, Michelotti, Hœrnes enfin, dans son Bassin de Vienne , le plus splendide et le plus parfait travail iconogra- phique qui ait jamais été publié sur les mollusques fossiles.) Afin d'abréger le plus possible cet appendice du procès-verbal dû à la plume de notre savant secrétaire général , j'adopte pour les ouvrages dont la citation revient le plus souvent, des abréviations dont on verra ci-dessous le tableau. J'ai adopté aussi, pour plus de brièveté, l'appellation calcaire de Bazas, pour désigner les masses rocheuses de Cazeneuve, d'Uzeste, de Saint- Vivien , etc. , qui appartiennent à l'assise à laquelle M. Raulin a donné le nom de falun de Bazas, mais se distinguent morphologique- ment du vrai falun par leur consistance vraiment pierreuse. Enfin , j'ai profité de cette occasion pour introduire dans le catalogue de notre 50 e excursion Linnéenne, des études plus développées sur trois des genres que nous y avons recueillis , Spirorbe, Vermet et Creusie. Celte dernière notice renferme la description de deux nouvelles espèces vivantes. ( 29 f> TITRES DES OUVRAGES Lamabck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, 4 re édit. (1822) sans indication de tomes ou de pages; 2 e édit. (1835-1845). Blainyille, Manuel de Malacologie (1825). Hoernes, Mollusques fossiles du Bassin tertiaire de Vienne (1851 et Michelotti, Description des fossiles miocènes de l'Italie septentrionale (1847). Michelotti, Étude sur le Miocène inférieur de l'Italie septentrionale (1861). D'Orbignt, Prodrome de Paléontologie strati- graphique, t. II, 1850, t. III, 1852. Brocchi, Conchiologia fossile subapennina, t. II, 1814. Dufrénoy, Mémoire sur les terrains tertiaires du bassin du midi de la France, (lu à 1 Société Géologique de France, en mai 1834 imprimé en 1835 dans le t. III des Anna- les des Mines; tirage à part, même pagina- tion). Deshayes, Description des coquilles fossiles des environs de Paris (1824-1837). Grateloup, Conchyliologie fossile des ter- rains tertiaires du bassin de l'Adour. Les n° s sont ceux des planches relatives à cha- que genre; (1840-1845). Al. Brongniart, Mémoire sur les terrains de sédiment supérieurs calcaréo-trappéens du Vicentin(1823) Basterot, Description géologique du Bassin tertiaire du sud-ouest de la France fmjMém. Soc. d'Hist. nat. de Paris, t. II), 1825. C. Mater, Descriptions de coquilles nouvel- les des étages supérieurs des terrains ter- tiaires; dans le Journal de Conchyliologie (1857 à ). ABRÉVIATION ADOPTÉE Lam. n»..., ou Lam n°... (foss), ou Lam., 2 e éd. t...., p...., n .... Clainv. Man. malac, f p....; pi...., Hœrnes, Bass. Vienne, t...., p...., n ....; pi.... f.. Michelotti, Foss. mioc. Ital., p....; pi....; f Michelotti, Étud. mioc . inf. Ital., p...., pi...., f.. D'Orb. Prodr. t.. .., p.. ., no. (nom de l' étage). Brocchi, p...., n° ...pi. .., f.. Dufrénoy, Terr. tert. du midi, p..., Deshayes, Paris, t P----, Pi-.-, f Grat. Coucti. Adour, pi...., f.. n .... Brongn. Vie. p....; pi...., f.... Basterot, p...., n ....; pi...., f. Mayer, .tourn. Conchyl. t.... (. ... sér.) p..., n°..., pi f.. de la ( 297 ) ANNÉLIDES. Genre SPIRORBIS. L'organisation du type Annélide ne permet pas la distinction, chez ces animaux, d'un côté droit et d'un côté gauche. Il s'ensuit, si nous les comparons aux mollusques, qu'ils ne peuvent présenter de dextrorsité ou de séneslrorsilé organiques : leur mode d'enroulement est théorique- ment accidentel. Aucun des auteurs que je puis consulter, en effet, n'en parle, en traitant du genre Spirorbe, et Goldfuss , dont le dessinateur C. Hohe est si honorablement cité pour l'exactitude scrupuleuse de ses figures , donne , dans la pi. 71 du Petrefactunden , deux espèces de vrais (1) Spirorbes dont les nombreux individus, fixés sur leur com- mun support, sont indifféremment dextres ou sénestres. Je possède moi-même un moule de Lima, de la craie, portant trois individus de Spirorbe, évidemment de même espèce et qui se touchent presque: deux d'entr'eux sont dextres et l'autre sénestre. — La même différence se reproduit et se répèle sur les individus plus nombreux d'une espèce tricarénée qui a pris pour support un gros Pétoncle du fa- lun de Léognan; ce Spirorbe a été également trouvé à Marlillac. Et cependant , en général , je crois que l'enroulement se produit habi- tuellement dans un sens uniforme , selon les espèces, du moins chez les Spirorbes vivants, dont je possède huit espèces : je n'y ai aperçu aucune exception à cette uniformité. Aussi me suis-je trouvé fort embarrassé quand notre clairvoyant et soigneux collègue, M. Souverbie, m'a fait apercevoir sur le moule d' Avkîda phalœnacea , Lam., recueilli dans la falaise de Cazeneuve et destiné au Musée de Bordeaux, une diversité d'enroulement que j'ai re- trouvée sur les moules de diverses espèces de coquilles que nous a pro- curés notre commune récolte. Avions-nous là deux espèces, ou n'en avions-nous qu'une? Telle était la question. Tout le monde convient qu'il en doit exister bien plus qu'on n'en a décrit, et j'ignore s'il a été constaté que des espèces éocènes de ce genre se retrouvent, ou non, dans des terrains plus récents. Si l'on en ( 1 ) Il confond ce genre avec les Serpules, Vermilieg et Vermets. Tome XXVI. 26 ( 298 ) croyait Defrance, auteur déjà bien ancien , des Spirorbes de Grignon au- raient encore leurs analogues vivants; mais ceci n'est plus guère admis- sible aujourd'hui. Dans le doute, et provisoirement, je vais nommer tricarinatus l'espèce à trois carènes plus ou moins fortes , très-conoïde quand elle est petite, plus discoïde quand elle atteint — et cela rarement — huit milli- mètres de diamètre, que nous avons recueillie sur les Avicules et autres coquilles de Cazeneuve, — qui a vécu dans le Pétoncle de Léognan et de Marlillac, — que je retrouve très- rare dans les trous d'un Porite de Mérignac et qui , en fin de compte , ressemble extraordi- nairement au Sp. tricoslalis Lam. , (espèce vivante des côtes delà Man- che). Comme celle-ci , notre fossile n'a ordinairement guère plus de 2 à 3 millimètres de diamètre, et 3 tours de spire; mais quand il atteint une taille de 5 à 8 millimètres (et alors est-ce bien encore la même espèce ?) , il va jusqu'à près de 5 tours. Ce Spirorbe est généralement séneslre (puisque son moule, renversé sur le moule pierreux des mollusques, est dextre) ; mais il montre, dans les mêmes conditions , quelques individus qui ont vécu dextres, puisque leurs moules paraissent aujourd'hui séneslres. V 'empreinte de ces moules (dans le moule du mollusque, ne me laisse pas voir toujours — tant s'en faut, — les trois carènes longitudinales qui sillonnaient le dos du test , encore moins les élégantes et énergiques stries tranversales qui cou- paient perpendiculairement ces carènes et, parfois relevées en nodo- sités, complétaient la riche ornementation de ce petit parasite ; mais à mesure que sa taille décroît , on est amené à reconnaître les vestiges de plus en plus faibles de ces ornements, réduits enfin à un filet très- grêle, dernier représentant de la plus forte des trois côtes sur les tours pour ainsi dire embryonnaires de la spire. Et maintenant, les plus exigus, les plus voisins de l'état lisse parmi nos individus girondins , ne représenteraient-ils pas ce très-petit (1 mil- limètre) et très-lisse Spirorbis miocenicus que M. Michelotti a trop briè- vement et sans figure, décrit en 1847, dans ses Fossiles miocènes de l'Italie septentrionale , page 74 ? M. Michelotti lui attribue des tours dis- joints; mais il ne dit pas s'il le décrit d'après son moule ou d'après son empreinte. Si c'est d'après le moule, les tours extérieurs sont nécessai- rement disjoints dans tous les Spirorbes, parce que le test est relalive- meut fort épais dans ce genre. Dans le cas où la présomption que je viens de formuler viendrait ? se ( 209 ) réaliser, le nom que je choisis, tricarinatus, devrait céder la place à son aîné , miocenicus. Si donc j'ose aujourd'hui proposer de donner le rang d'espèce à ce fossile, c'est parce qu'il ne me reste aucun espoir probable de le trou- ver décrit dans son état parfait. M. Michelolti (loc. cit.) dit ne connaître, dans la circonscription qu'il étudie, qu'un seul vrai Spirorbis, son Sp. miocenicus. GoWass(Pelrefaclunden) pi. 71 , ne cite aucun Spirorbe tertiaire qui puisse offrir un sujet de comparaison avec celui dont j'ai fait, plus haut, connaître les caractères d'ornementation. La 2 e éd. des An. s. v. de Lamarck n'ajoute au texte primitif que des espèces fossiles non comparables, soit géologiquement, soit zoologique- ment, à celle de Cazeneuve. Il en est de même de neuf espèces fossiles du bassin de Paris , décrites par Defrance, dans l'article Spirorbe, t. 50 du Dict. des se. val. de Levrault, pages 303, 304. Enfin, M. Deshayes (Foss. de Paris) et d'Orbigny (Prodrome), ne s'occupent point des Annélides; où donc espérer de rencontrer le nom et la description du fossile de Cazeneuve? Par ces motifs , j'assigne provisoirement à mon Spirorbe girondin la diagnose suivante, calquée avec un peu plus de détails sur la forme em- ployée par Goldfuss : Spir©B*bis tricariiiftlus Nob. (1867). Sp. lesta 1-8 rnillimelrali in discum lalè umbilicatum convolutâ, conoideo-lruncatà, anfractibus 3-5 rotundis conliguis, diwbas sallem ultimis Iransversim et eleganlissimè strialo — costatove — nodulosis. Hab. — Dans le calcaire de Bazas , à Cazeneuve; abondant sur ceux des moules pierreux à'Avicula phalcenacea Lam. qui ont été fossilisés après la mort de leur habitant. Il se retrouve également et dans les mê- mes conditions d'ensevelissement , sur des moules de bivalves (Arca, etc.) , d'univalves (Turrilella, etc.) de ce calcaire, et aussi sur le test des fossiles des faluns de Mérignac, Martillac et Léognan. J'exposerai plus loin, dans l'article consacré à YAvicula phalœnacea, la preuve de celte fossilisation post morlem, tirée de la présence de pa- rasites sur le moule interne des coquilles, et j'ai été heureux de voir mes idées confirmées en quelques mots par M. Michelotti, dès 1847, ( 300 ) (loc cil. p. 71), lorsque ce savant observateur a dit de son Sp. miocenicus : a Testaheis interne adnexa à l'intérieur des coquilles » qui ont appartenu à des animaux morts avant qn'ils fussent ensevelis. » GIRRHIPÈDES. Genre BALANUS. Celle Balane, qui parait fort rare à Cazeneuve et dont je ne connais pas l'opercule, ressemble en petit à l'espèce blanche et assez mince qui est souvent mêlée au B. miser sur nos côtes de l'Ouest et que j'ai tou- jours cru susceptible d'être rapportée an B. ovularis Lam. Je ne puis rien dire de plus sur sa détermination; j'en ai trouvé un seul individu dans une petite cavité du calcaire plus faluneux que gréseux de la car- rière , et j'ai eu le déplaisir de le perdre , en cherchant à dégager de petits fossiles du bloc auquel il adhérait. Genre CREUSIA. Creaisia B&asigii Nob. (1867) Rang a fait connaître le premier, en mai 1829 (Manuel des Mollus- ques; Roret, in-24, p. 369), qu'il existe des Greusies fossiles et qu'on en i encontre dans les polypiers des terrains bordelais ; c'étaient celles que je venais de lui envoyer pour les dernières pages de son livre, en réponse à une phrase de sa lettre du k avril 1829 : « J'ai vu dans la » collection de M. Michelin un Cirrhipède fossile venant de Mérignac, qui a vous est peut-être inconnu ; il m'a paru remarquable, en voici le des- » sin de souvenir. » (Suivait un croquis fait au courant de la piume, mais suffisamment exact). « Nous connaissons bien des coquilles à » quatre divisions, mais non avec une base semblable à celle-ci » (plus profonde que la partie coronale n'es*t haute J. Le 1 er juillet suivant, il m'écrivit de Marseille qu^tn partant pour prendre le commandement du brick la Champenoise, il avait laissé son Manuel à une personne qu'il chargeait de me le faire passer ; mais cet ouvrage ne me parvint que beaucoup plus lard , sans que je puisse retrouver l'époque précise de sa réception. Sur ces entrefaites et à une époque que je ne sais pas préciser non plus, ne trouvant dans ma bibliothèque, alors encore fort restreinte, ( soi ) iiucun ouvrage où les caractères de ce fossile de nos riches faluns de Mérignac fussent fidèlement décrits, — retrouvant ces mêmes caractères spécifiquement modifiés dans un congénère vivant et non décrit des po- lypiers d'Haïti, — enhardi peut-être enfin par l'étonnement que ces carac- tères avaient causé à Rang, — j'avais eu la tentation de faire de ces deux espèces un genre que je dédierais au respectable Marmin, de Paris, dont la correspondance et l'inépuisable obligeance étaient alors pour moi si utiles et si instructives. Heureusement, je lui fis part préala- ble de mon projet; justice fut faite de ma fantaisie de candide jeunesse, et il ne resta d'elle que deux étiquettes que je conserve comme témoi- gnage de mon respect reconnaissant pour cet excellent homme. Marmin et M. Deshayes avaient répondu « Crensia » ; — le bon Hœninghaus, qui fit un séjour de plusieurs mois à Bordeaux, avait arti- culé « Pyrgoma »; — J.-D.-C. Sowerby, dans son Gênera of récent and fossil shelh , n os XVII et XVIII, dont Férussac rendit compte dans la li- vraison de janvier 1824 de son Bulletin des se. nat. et de géol. , t. 1 er , p. 96 , avait dit que l'opercule des Creusies est réellement quadrivalve ; — M. Hardouin Michelin, dans une lettre en date du 21 mai 1829, m'avait exprimé, mais avec doute, l'opinion « Conta ». — Enfin Rang lui-même, avec qui je ne pouvais plus entretenir de relations fréquentes depuis qu'il avait quitté le commandement du stationnaire de Pauillac, s'était déterminé pour Crensia. Ainsi qu'il arrive trop souvent, je tombai de Carybde en Scylla : de l'ambition irréalisable de créer un genre nouveau, je passai à une erreur, et mû par je ne sais plus quelles raisons , je crus mieux faire que les autres en inscrivant mon fossile, pour les listes du mémoire de Dufrénoy (1834), sous le nom d'Acasta? (avec un point de doute. Ce point de doute fut omis à l'impression , dont je ne fus pas appelé à corri- ger l'épreuve , ainsi qu'il y a lieu à s'en apercevoir assez fréquemment), et il en résulta, à la page 118, l'inscription suivante : « Acasta, 1 esp. » non décrite, dans les madrépores ». Telle est toute l'histoire ancienne du joli Crensia de Mérignac. Aucun des ouvrages que j'ai pu consulter depuis ces 33 années ne m'en a mon- tré la description ou la figure, non plus que celles de la Creusie tubi- forme des polypiers d'Haïti. Ni Goldfuss , ni D'Orbigny, ni M. Mayer, n'ont parlé des Cirrhipèdes fossiles, et feu le colonel Beau Ijn'a pas fait entrer les coquilles vivantes de cet ordre dans son Catalogue de la Marti- nique Je crois donc pouvoir me permettre — sous toutes réserves des ( 302 ) droits d'auteurs qui me seraient restés inconnus , — d'ajouter la descrip- tion de l'espèce vivante à Y histoire moderne de l'espèce fossile. Cette histoire moderne trouve sa place ici, parce que les polypiers du calcaire de Bazas, à Cazeneuve, renferment le fossile des faluns de Mérignac. Fixons la terminologie que j'emploierai dans ces descriptions que je ne suis malheureusement pas en mesure de justifier par de bons et fidè- les dessins. La base, c'est la cupule ou le tube qui remplacent, chez les Creusies, la lame calcaire plate au moyen de laquelle les vrais Balanes se fixent aux corps sous-marins. La courusse, c'est la partie supérieure du test, composée, chez les Creusies, de quatre valves plus ou moins soudées, de six chez les Balanes. La lame interne (Blainv. Man. malac. — Gaine de l'opercule, Miln. Edw. in Lam., éd. 2 a t. 5, p. 670), c'est la paroi finement striée et plus courte que les valves, qui limite la cavité centrale occupée par la portion mobile et exsertile de l'animal, et plus ou moins fermée en haut par son opercule quadrivalve ; tout cela est comme dans les Balanes. Les lamelles agarici formes, ce sont les feuillets calcaires et rayon- nants, remplacés parfois par des crampons qui relient, chez les Creusies, l'extérieur de la lame interne à la paroi intérieure des valves. Ces lames agariciformes sont les analogues des crampons de formes si diverses qui, chez les Coronules et les Conies , remplissent l'ofiice de la base cal- caire des Balanes et servent à fixer le test sur les corps sous-marins. Tous les autres mots que j'emploierai appartiennent au vocabulaire commun. DESCRIPTION DU CREUSIA RANGII (In madreporis penilùsrecondila). C. Testa duploconâ , i. e. èpartibusduabus subsimilibus basioppontis constante, scilicel basi hypocrateriformi (quandoque conoideâ) inlns longiludinaliler slrenuè strialâ ercoronâ conicâ (quandoque fornicalo- conoideâ) basi subœquali paulo majore vel minore) ; — ambabus costis validis radianlibus circiler 20-30 inœqualissimis versus basin furcalis , lamelloso-nodosove rugosis (in areis coronœ angustissimis longiludi- naliler slrialulis penè evanidis) instruclis. ( 303 ) Lamina interior Iranversim slrialula, dimidiam coronam œquans. Lamellsa agariciformes validœ saltem 60 sœpè versus basin furcatœ vel minoribus interjectis, longissimœ, dimidiam coronam œquanles. Operculi valvœ transversim tenuiter slrialœ, majoribus subtriangu- laribus aniicè acuminatis {minores difficilius ob exiguitalem fragilita- temqne observandœ). Aper tara pana (4* m vel 5 am partem dorsi occupons) subovalis, an- iicè acutiuscula. Long, teslce tplius (coronœ et baseos) : 7-12 millimetr. Diametr. maœim. (ad suluram ambarum parlium) , 8-13 millim. Hab. — F alun de Mérignac, G dans l'intérieur des niasses de poly- piers du genre Aslrea; moins G dans ceux du genre Poriles. Falun de Sauçais , R dans la même espèce de Porile. Calcaire de Bazas, dit falun de Bazas, G à Caze neuve, dans la carrière de la forêt ( en amont du pont). On se laisserait volontiers tenter de faire ici deux espèces, mais ce serait s'abandonner à une complète illusion. Sans parler des irrégula- rités de forme et d'ornementation des Balanides en général, provenant de leur groupement sur des objets de formes très-diverses, on com- prend que ces irrégularités sont forcément bien plus grandes chez les Creusies qui sont complètement enfouies dans les polypiers et ne com- muniquent avec la mer que par un petit trou qui se maintient dans la masse de ceux-ci et va aboutir à l'ouverture de la coquille; ce n'est qu'accidentellement que la couronne de ces espèces paraît à ou au- dessus de la surface d'un polypier, et cela n'arrive que lorsque celui-ci a été brisé avant de devenir fossile ou depuis qu'il l'est. En second lieu, les Creusies perforantes sont pressées de toutes parts par le sclérenchyme du polypier; la structure de celui-ci, si différente dans les Astrées et les Porites, ne peut manquer de se tra- duire plus ou moins, ou du moins de laisser quelques traces à la surface du parasite intérieur qui n'y peut prendre d'accroissement qu'aux dépens de la substance de la masse qu'il habite. En troisième lieu, et c'est là ce qui fait naître l'illusion contre laquelle l'observateur doit se défendre, — le polypier des faluns de Mérignac ne change pas d'état en se fossilisant. Les vacuoles, régulières ou non, de son sclérenchyme restent absolument ce qu'elles étaient du vivant de l'animal, sauf la disparition de la matière animale qui les remplissait alors. Ses parties solides restent également ce qu'elles ( 304 ) étaient pendant la \ie ; et il en est de même des vides du cirrhipède lui- même, comparés à ses pleins calcaires ; ses côtes, ses stries, ses lamelles ne sont point épaissies par la fossilisation. Pour l'habitant comme pour l'habité, le staiu quo est complet. Mais il en est tout autrement pour le cirrhipède des roches solides, pierreuses, de Cazeneuve. Le bain calcareux dans lequel la fossilisation a eu lieu, a épaissi les côtes et les lamelles; celles-ci ne sont plus minces ou tranchantes, et les espaces qui les séparent sont devenus moindres : les côtes sont devenues mousses et arrondies, et leurs rugosités écailleuses sont devenues noueuses et granuleuses à la loupe ; les stries de l'intérieur de la base ont disparu sous un dépôt uniforme de particules calcaires, qui lui donne l'apparence d'une surface lisse ou à peine ondulée. En un mot, il semble qu'on ait affaire à deux tests différents par leur ornementation sculpturale; mais les caractères sont absolument les mêmes, et je déclare qu'il m'est impossible d'y aperce- voir une seule différence spécifique. Il est encore un autre danger d'illusion ; mais les observateurs qui ont une expérience un peu longue de l'allure des fossiles s'y laisseront plus difficilement prendre. Parmi les Porites de Mérignac, on trouve parfois des échantillons moins blancs, fortement colorés par le fer, et extrêmement légers, contenant des Creusies détériorées d'une façon fort singulière. On croirait, là encore, voir un autre fossile que le C. Rangii, car il n'y a plus ni lame interne, ni lamelles agaricif ormes. Tout cela a disparu, et l'on ne trouve plus, adhérente au sclérenchyme du polypier, que la couche externe et mince du test du cirrhipède, — les côtes de ce test, en un mol. Parfois même cette couche externe a disparu elle aussi, et il ne reste plus que son empreinte côtelée dans le sclérenchyme. Celte dégradation dans la substance, tout en conservant l'identité de forme du lest disparu et de son ouverture, m'a amené à reconnaître qu'il ne s'agit ici que d'échantillons plus détériorés, plus longtemps roulés que les autres. La couche interne du test a été détruite ou déta- chée, et je crois être dûment autorisé à conclure que ce sont des échantillons morts (polypier et cirrhipède) avant que la fossilisation se soit exercée sur eux. Voilà tout ce que je sais relativement à cette curieuse espèce, à laquelle je crois pouvoir imposer le nom de mon savant et malheureux ami, le capitaine Sander Piang, puisque c'est elle qu'il avait implicite- ment en vue lorsque, le premier, il fit connaître, par la publication de ( 305 ) son Manuel, qu'il existait des Oeusies fossiles. Cet hommage à la mémoire d'un homme que j'ai tendrement aimé, de qui j'ai appris tant de choses, et qui a rendu à la science des services nombreux et incon- testés, sera, j'ose l'espérer, accueilli favorablement par les naturalistes. Je dois ajouter qu'il n'y a aucune espèce de comparaison à faire entre mon espèce et les Pyrgoma undata et fralercula de M. Michelotti (Foss. miocènes de l'Ital. septenlr., p. 72, pi. 3, fig. 1 et 3, 1847). Ces deux espèces nominales, que l'auteur a parfaitement bien fait de réunir en une seule ( P. undata) dans son Etude sur le Miocène inférieur, p. 138; Harlem, 1861) montrent, dans les figures de leur couronne, une ressemblance exacte avec le Conia slalactifera Blainv. (espèce vivant»; ) et, pas plus que leurs descriptions, ne font connaître l'exis- tence d'une base calcaire. Le nom seul, Pyrgoma, ferait supposer que M. Michelotti aurait été à même de la constater. Les fines stries stalacliformes de la couronne me semblent caractéristiques du genre Conia (dont je possède trois espèces vivantes) et qui n'a pas de base calcaire (1 ). Il me reste à dire quelques mots sur les espèces de polypiers qui habitent, les Creusies fossiles de la Gironde. Ces polypiers ne sont jus- qu'à présent qu'au nombre de trois, savoir : 1° Aslrea Ellisiana Defrance, 1826. — Edw. et Haim. 184-9, 4 d mém. s. les polypiers, w Ann. se. nat. 3" sér. zool., t. 12. p. 109., n° 20. — D'Orb. Prodr. III. p 147, n° 2746" (Falunien, B.) — Sarcinula aslroitcs Goldf. Pelr. t. 1., p. 71; pi. 24, f. 12, a. b, (1826). Très-commun dans le falun de Mérignac, et contenant de nom- breuses Creusies. 2° Phyllocœnia Archiaci? Edw. et Haim., 1848, même ouvrage, 1. 10, p. 303 (non figuré). - D'Orb. ibid. n<> 2744". Très-rare à Mérignac, du moins sous le rapport des Creusies qui s'y logent. Un seul très-petit échantillon de ma collection en contient, et elles y sont en mauvais état. — Mes études sur les polypiers sont telle- ment superficielles que je n'ose garantir la justesse de ma détermination, mais elle me paraît probable, du moins quant au genre. i ) Le nom génériqne Conta Leach ne peut être conservé, depuis que M. le docteur P. Fischer a constaté, dans la « Monographie géologique du mont d'Or Lyonnais » (1867) que l'établissement de ce genre a été devancé de quelques jours par celui du genre Tetraclila Schumacher ( 1817 ). I \ i ( 30(3 ) 5° Porites incruslans Defrance (sub Aslreâ, 1826). — Edw. et Haim., même ouvrage, 7 B mémoire, t. 16, p. 34, n° 26; 1851. — Tethya asbeslella Michelotti, 1838. — Poriles Collegniana Michelotli, 1842. — Porites Collegnoana Michelotli, Foss. miocen. d'Italie septenlr., p. 46 ; 1847. — Litharœa asbeslella D'Orb. , 1849, Prodr. III, p. 148, n° 2759, (Falunien, B.). Il ne pouvait, naguère, y avoir aucun doute sur cette espèce, puisqu'en 1851 elle était la seule du genre Porite qui fût connue à l'état fossile (Edw. et Haim., 1. c), et sa structure interne ne pouvait donner lieu à aucune équivoque. Je crois devoir m'en tenir à l'opinion de MM. Milne- Edwards et Haime qui la laissaient dans le genre Porite, alors même qu'ils créaient le genre Litharœa pour les Porites qui n'ont pas de palis (Comptes-rendus, t. 29, p. 258. 1849, et Ann. se, nat. 3 e sér. t. 16, p. 35, 1851 ), c'est-à-dire à la page qui suit immédiatement celle où ils décrivaient avec quelque détail le Poriles incruslans. Je ne puis dire ce qui a déterminé d'Orbigny à le faire passer dans le genre Litharœa; mais ce que je sais bien, c'est que le nom spécifique donné en 1826 par Defrance doit, en tout étal de cause et fût-il même impropre (car ce polypier parait être réellement massif), prévaloir sur le nom plus récent asbeslella. Si donc, — ce que je suis incompétent pour déter- miner, — il doit passer dans le genre Litharœa, c'est incontestablement sous le nom de L. incruslans Defr. 1826 (sub Porite). Ce qui, enfin, me confirme dans l'adoption du nom de Defrance, c'est qu'aucune autre ' espèce de Litharœa, soit d'Edwards et Haime, soil de d'Orbigny, n'est indiquée dans notre extrême Sud-Ouest. Le Porites inscruslans, donc, est très-commun dans le falun de Mérignac, et les Creusies s'y trouvent très-communément, soit dans leur étal complet, soit (plus rarement) dans l'état de détérioration que j'ai signalé plus haut. ■ — Ce même polypier est plus rare, ou du moins ne contient que très-raremenl des Creusies dans le falun de Sauçais, car je ne possède de cette localité qu'un seul échantillon, fort petit, qui contienne une base infundibuliforme de notre fossile. — Enfin, ce même polypier (qui se retrouve également dans notre calcaire à astéries, à Monségur par exemple), est abondant dans' le calcaire de Bazas dit falun de Bazas, et c'est là que, dans notre excursion Linnéenne du 27 juin, il s'est montré très-riche en Creusies admirablement conservées, à Cazeneuve, dans la carrière de la forêt, où les intelligentes recherches de M. Samy en ont enrichi toutes nos collections. La Creusie y présente ( 307 ) • l'aspect décevant que j'ai décrit plus haut ; et comme le calcaire est à la fois très-incrustant et très-tendre, la base est si fortement soudée à la couronne, qu'on extrait avec beaucoup de facilité, du sein de la roche, les individus entiers, remplis d'une sorte de farine calcaire très- grossière où l'on peut souvent recueillir une ou plusieurs des valves de l'opercule. C'est assurément là le plus beau gisement de ce curieux cirrhipède. Il est probable qu'il se retrouve aussi à Bazas même et dans cette même roche., quoique je n'aie osé (dans mon procès-verbal de la Fête Linnéenne de 1866) le citer qu'avec doute, vu le mauvais état des empreintes que j'y avais entrevues, et sous le nom générique Acasta que je lui conservais à cause des listes-Dufrénoy qui la men- tionnent, ainsi que je l'ai expliqué plus haut. Je vais m'occuper maintenant de l'espèce vivante dont j'ai parlé en commençant cet article, à propos du fossile que je viens de décrire. DESCRIPTION DU CREUSIà DOMINGENSIS Nob. C. pro génère angustissimà prœlongâ,cylindraceâ, è parlibns duabus constante maxime dissimiUbus, scilicet basi labiformi sœpè curvulâ apice attennatâ oblusâ intùs longiludinaliter costatâ, costis rotundalo- sub-complanatis lalinsculis circiler 35-40 siibœqnalibus (hœcce striœ in totidem tubulis intùs transversim slriolatis consistant ; intervalla stria- rum angusla è dorsis tubulorum similiiim alternatim suppositarnm constant, ità nt paries baseos duplex sit et interdum triplex), — etcoronâ conicâ basi quater vel quinquiès breviore ; — ambabus (facie exleriori incognitâ) cum madreporarum scier enchy mate arctissimè glulinalis. Lamina interior crassiuscida transversim minutissimè striatula, coro- nam non solùm œquans sed etiam paulo longior. Lamellaa agariciformes totidem ac striœ majores tubi cl iisdem aller- hantes, brevissimœ, crassœ, horizontales (vix crassiludine laminœ inte- rioris longior es), potins quoad formam unci nuncupanda. Operculi valvœ triangulares, transversim subtiiissimè strialœ, mino- ribus acutè candalis. Apertnra perparva. foramen ovale in apice coronœ mentiens (wgrè observanda). Long, testée totius (adultœ) 18-25 millim. ( 308 ) Biam. tubi baseos, 5-6 millim. Hab. Port-au-Prince (Haïli). G dans l'intérieur des masses d'un polypier du genre Porile, que j'avais toujours pris pour le P. astreoides Lam. Mais MM. Milne Edwards et Haime, dans leur monographie des Poritides (Ann. se. nat. 4851, 3 e sér. zool. T. 16, p. 29) assignent pour patrie à cette espèce la mer Rouge, et ajoutent, en note à la page 30, qu'ils ne savent pas à quelle espèce appartient le P. astroides. Lesueur (de la Guadeloupe). Il me semble probable que le polypier d'Haïti doit être le même que ce dernier; et par conséquent je demeure forcément dans le doute sur le nom qu'il devra conserver. Je possède un autre échantillon de la même espèce, complètement enfoui (sans trace distincte de communication avec l'extérieur), dans la masse d'un Meandrina vivant, habité par de nombreux Creusia con- cellala et trouvé sur le quai de Bordeaux; il provient d'un délestage et son origine, par conséquent, n'est pas certaine. Je rapporte à la même espèce, mais provisoirement et avec doute, un échantillon incomplet (base tubiforme, cassée à ses deux extrémités) de 8 à 9 millim. de grand diamètre et encore long de 25 millim. On aperçoit encore quelques crampons (unci) de sa couronne, et ce qui me lient en suspens relativement au nom spécifique de ce fossile, c'est sa couleur rouge-brique très-clair, qui tranche vivement sur le blanc pur du fragment de polypier (Meandrina?) dans lequel il est enfoui. La colo- ration, phénomène dont je ne vois citer qu'un exemple chez une bala- nide perforante (Acasla cjlans Lam.) indiquerait-elle l'autonomie spécifi- que d'un être dont la plupart des caractères me restent cachés? Le polypier, trouvé sur le quai de Bordeaux, provient du délestage d'un navire, comme le précédent. Les balanides perforantes sont si peu connues et si incomplètement décrites, que je crois devoir profiter de cette occasion pour en faire connaître avec plus de détails une espèce vivante que je crois décrite, mais dont je ne possède, en outre des échantillons que je lui rapporte, qu'une figure incomplète et évidemment mauvaise. Je dis incomplète, parce qu'elle ne représente que la couronne (en dedans et en dehors) et non la base ; je dis mauvaise, parce qu'elle ne laisse pas distinguer, de la couche externe de la couronne, sa lame interne, qui ne saurait manquer dans une balanide. L'espèce dont il s'agit me paraît être le ( 309 ) • CREUSIA CANCELLATA Leach (sub Pyrgomâ), Cirrhip., Encycl. brit. suppl. t. 3, p. 171, pi. 57; Gray., ann. of. philos, t. 10., p. 102. — Lam. Ann. s. v. l re et 2 me édit., n° 1, (sub Pyrgomâ). — Blainville ( sub Creusiâ), Man. de malacol., p. 599, pi. 85, fig. 7, la. Je ne connais que cette dernière figure, et ce sont les échantillons de ma collection que je vais décrire. Leur coquille est évidemment con- génère des Creusia ci-dessus décrits, mais je ne retrouve pas les pièces de leur opercule : est-il bivalve ou quadrivalve? La couronne est aussi évidemment distincte de la base cyalhiforme que dans les espèces pré- cédentes; mais elle lui est fortement soudée par les crampons qui remplacent les lamelles agarieiformes, et c'est ce qui a fait croire à Lamarck que la coquille est univalve. Enfin, cette espèce se dislingue des précédentes par un caractère purement biologique que Blainville — avec raison selon moi — n'a pas jugé suffisant pour lui faire adopter le genre créé par Savigny (Pyrgomâ) : ce caractère consiste en ce que la coquille n'est pas complètement enfouie dans la substance du polypier; sa couronne est entièrement exserte à la surface de celui-ci, et sa base seule y est enfoncée. DESCRIPTION DU CREUSIA CANCELLATA Leach. C. [Madreporis basis immersa; corona exserla) testa sub-duploconâ, i. e. è partibus duabus basi oppositis dissimilibus constante, scilicet basi hypocrateriformi [quandoque subconoideâ curvulâ subglobosâve) ple- rumque irregulari exlùs cum madreporarum sclerenchymate solidissimè glulinalâ) inlùs coslalâ, costis lalis planatis longitudinaliler strialulis circiler 30-35 subœqualibus conîiguis — et coronà conico-depressâ basi (plus minus) breviore extùs 29-30 coslatâ, costis frequenlissimè furcatis echinato-rugosis. Lamina interior et lamellse agariciformes ut in précédente videntur. Operculum incognitum. Apcriura mediocris ( 3 Am aut sallem â im parlem dorsi occupans, ovata. Long, leslœ totius, 7-12 millim. Diamelr. majus dorsi, 7-11 millim. Hab. G à la surface d'un Meandrina vivant que je n'ose déterminer spécifiquement, provenant d'un délestage de navire et rencontré sur les quais de Bordeaux, par conséquent sans provenance certaine. On voit par la description ci-dessus, que je connais bien moins com- ( 310 ) plèlement celte espèce que la précédente, et plusieurs fois je me suis senti tenté de les réunir, d'autant que le même fragment de polypier contient avec celle-ci, un très-bel individu de la précédente, et que quelques petits individus qui semblent se rapporter à celle-ci sont privés, comme dans la précédente, de toute communication visible avec l'extérieur. Que faire dans ce cas embarrassant? Ce n'est pas la dureté de Meandrina, comparée à la faiblesse de tissu du Porile, qui produit la grande irrégularité des formes de la seconde espèce, puisque je trouve avec elle un individu très-beau et régulière- ment développé de la première. La différence de proportions qui les distinguent, la différence de forme des côtes internes de leurs bases, enfin et surtout le caractère biologique de l'émersion partielle de l'une et de l'immersion complète de l'autre (caractère plus grave pour l'espèce que pour le genre) m'ont déterminé, et ne pouvant voir et décrire l'opercule de la seconde espèce, je crois pouvoir admettre qu'elles sont très-voisines l'une de l'autre et présentent des individus trop jeunes ou trop gênés dans leur croissance pour pouvoir être nettement distingués les uns des autres. On sait quelle est la tolérance des balanides pour les circonstances défa- forables à leur développement ; elle est si grande qu'elle a valu à l'une de leurs espèces le nom de misérable. (Balanus miser)! Il faut convenir que plusieurs considérations sembleraient militer en faveur de la réunion des deux espèces, en outre de la ressemblance que je viens de signaler entre certains individus immergés et les indi- vidus à couronne exserte. Ainsi, la complaisante plasticité de formes des balanides à support calcaire; Ainsi encore, l'impossibilité où je me trouve de signaler des carac- tères différentiels dans les couronnes des deux espèces vivantes, tandis qu'ils sont si saisissants quand on compare mon espèce fossile à ces deux formes vivantes ; Les paroles de Rang (Manuel , p. 368 ) qui, ayant « examiné une espèce de Pyrgome » , attribue à ce genre « un support calcaire en forme » de calice ou de tube ; » Le mélange, enfin, dans une même et fort petite masse de Méan- drine, des deux espèces présumées : s'obstiner à les séparer, n'est-ce pas oublier que dans foule réunion d'individus immobiles, il faut qu'il s'en trouve de vieux et de jeunes? (311 ) Tout cela est vrai; — et pourtant, si l'on opte pour la fusion des deux espèces, ne sera-t-il pas nécessaire, pour expliquer les faits, de multi- plier les hypothèses , plus que ne l'exige la distinction des deux espèces? Ainsi, il faudra admettre que les individus les plus courts et les moins réguliers (C. cancellata) sont les plus jeunes; — qu'ils sont nés à la surface externe du polypier, et que leur coquille a été peu à peu recou- verte et ensevelie par l'accroissement en hauteur de celui-ci, — qu'ils ont par conséquent allongé la base infundibuliforme de leur coquille afin de soulever leur couronne et de la maintenir exserte*. Or, cela ne peut se faire que par l'accroissement basai de la couronne, et marginal (supé- rieur) de la base infundibuliforme pour la faire passer à l'état tubuli- forme. Encore faut-il ajouter qu'ils sont morts à la peine, comme on dit vulgairement, et sans avoir réussi à se maintenir exsertes, car les in- dividus les plus vieux (dans l'hypothèse), les plus longs, les plus par- faits (C. Domingensis) n'atteignent jamais la surface du polypier. Il faut admettre aussi — ce qui est peu facile à concevoir, — qu'en s'augmentant en longueur et non en diamètre (du moins d'une manière sensible), ils ont trouvé le moyen de rendre régulièrement et élégam- ment tubiforme et souvent un peu courbe, une cavité qui d'abord était irrégulière et à parois plus ou moins gibbeuses. Cela se comprendrait si l'extrémité inférieure du tube était toujours plus épaisse que le reste, mais c'est presque toujours le contraire qui est vrai. Il faudrait encore — et surtout — admettre que la jonction de la cou- ronne et du tube reste à l'état de simple juxtaposition et non de soudure. Or, la soudure est, paraît-il, si étroite (au moyen des crampons ou la- melles agariciformes) que la coquille des balanides perforantes dites Pyrgomes passe pour être univalve! Il faudrait alors s'appuyer sur ce que j'ai constaté, la superposition de deux ou trois conches de côtes tu- buleuses pour former l'épaisseur du tube duC Domingensis , tandis que je n'ai pas constaté celte duplicature dans le C. cancellata qui serait sup- posé plus jeune. Je n'en finirais pas si je voulais épuiser tous détails possibles à invo- quer dans une telle argumentation : mais tout cela n'est-il pas bien compliqué, comparativement à la distinction spécifique que semblent demander — exiger même — des formes en général si différentes que celles d'un long tube régulier et d'une cavité irrégulière et courte, ainsi que des conditions biologiques qui semblent contradictoires (l'occlusion ( 312 ) complète des bras du cirrhipède par un opercule auquel il ne reste qu'une faculté infiniment limitée de mouvements, — et la motililé libre, absolue de ces bras, quand la couronne est exserte et en contaet immé- diat avec le liquide ambiant)? Je conviens qu'il n'y a rien d'absolument péremptoire dans les objec- tions que j'oppose à la réunion des deux espèces, de même qu'il n'y a rien d'absolument démonstratif dans les raisons que j'allègue en faveur de la distinction de ces espèces ; mais j'ai exposé, ce me semble, assez de détails pour qu'il me soit permis de choisir, au moins provisoirement, entre les deux hypothèses, celle qui me semble la plus simple. Rajoute qu'au cas où des éludes plus complètes amèneraient les natu- ralistes à conclure définitivement contre moi, le nom Domingensis de- vrait disparaître, bien qu'il répondît à l'état le plus parfait, à l'état adulte de la coquille, et que celle-ci devrait conserver son appellation la plus ancienne , cancellala. Je possède quelques individus d'une autre Creusie vivante, duplo- cone, à couronne exserte, et qui vit dans un Porite mince et encroû- tant la valve supérieure d'un Spondyle de la Californie (Musée de Bor- deaux, donné par M. Marlineau). Mais cette Creusie est tellement pe- tite (3 1/2 millimètres au plus) que je ne puis en distinguer la struc- ture assez nettement pour la déterminer ou la décrire. Sa couronne est ornée de côtes rayonnantes, écailleuses, bien moins nombreuses que celles du Creusia cancellala (une douzaine tout au plus). Enfin — et pour ne rien omettre de ce qui, dans ma collection, pour- rait se rapporter à des cirrhipèdes perforants, — j'ai recueilli dans la craie supérieure de Royan, un corps fossile de près de 2 1 / 2 centimètres de diamètre, mince, orné de fines stries rayonnantes à l'intérieur, et présentant la forme d'une coupe extrêmement évasée, denticulée en son bord. Je l'avais toujours pris pour la valeur supérieure de quelque très- jeune Rudiste; mais M. de Blainville à qui j'eus l'honneur de le mon- trer, à Lanquais, le 8 août 1846, exprima — avec doute néanmoins , — l'idée que ce pouvait être une base de Creusie ou d'Acaste. Un autre corps un peu plus petit, mais qui me semble assez analogue à celui-ci (si toutefois ce n'est pas une simple empreinte extérieure de polypier lurbiniforme), a été recueilli par moi dans la craie de LanqHais (1 er étage de M. d'Archiac). ( 313 ) COXCHIFÈRES. Solen legumen ? L, — Lam. n° 11. — Basterot, p. 97, n° 3. Polia legumen ? D'Orb. 1843; Prodr. III, p. 179, n u -284 subapen- nin). — Hœrnes, Bass. Yienne, IL p. 17, n° 1 ; pi. 1. f. 15 a. b. Si je ne croyais voir la trace de la côte verticale intérieure qui se di- rige des crochets vers le bord de la valve , je n'oserais faire mention du misérable moule (valve droite qui s'est révélé dans la cassure d'un échantillon de calcaire tendre et grossier, d'apparence faluneuse. Ltjtraria sanna Basterot, p. 94, n û 1; pi. 7, f. 13. — D'Orb. Prodr. III, p. 98, n û 1831 (falunien, B). — Desli. in Lam. éd. 2 e Y. p. 94, n° 16. A l'état de moule et ni abondant, ni très-beau. Nous l'avions déjà- trouvé, l'an dernier, dans les roches de Saint-Yivien, vis-à-vis Bazas. (Yoir le procès-verbal de la 49 e Fête). Mactra ïriangulà Pœnieri. — Basterot, p. 94, n° 3. — D'Orb. Prodr. III, p. 100, n° 288' (subapennin). — Hœrnes, Bass. Yienne, II, p. 66, n° 5; pi. 7, f. 11, a-d. el Mactra sublriangula D'Orb. Prodr. III, p. 100, n° iSG8 (falu- nien , B) Cette espèce, si abondante dans tous nos faluns, ne saurait être rare dans les calcaires de Cazeneuve ; mais sa fragilité en rend l'extraction difficile, parce qu'elle ne laisse que peu de moules solides. Corbula carinata Dujardin, 1837, Foss. test. Tour, in Mém. soc. géol. 2 e part. p. 257. — Hœrnes, Bass. Yienne, II, p. 36, n° 2, pi. 3. f. 8 a-e, Corbula reuoluta Basterot (1825) p. 93, n° 1, non Brocchi (sub Tellinâ), p. 516, n° 14; pi. 12, f. 6 (1814 j. C. Deshayesi, Sismonda (1845?) D'Orb. Prodr. III, p. 109, n°20-il (falunien, B). Assez commun, même à l'état de moules bien reconnaissables, mais qui ne montrent qu'une valve bien détachée. — On sait combien cette espèce abonde dans les faluns du S.-O. et surtout à Mérignac. Saxicava arctica L. (sub Myâ) Philippi. — D'Orb. Prodr. III, p. 99, n° 1851 (falunien B). S. rugosa et gallicana, et Hiatella arclica Lam. n 0! 1, 2 et 1. Tome XXYI. 27 ( 314 ) Je n'ai pu en obtenir qu'un mouie complet et bien dégagé, de 4 y 2 millimètres de long, et la moitié d'un autre beaucoup plus petit. Je crois qu'ils appartiennent à la variété mutica, si commune aujourd'hui à l'état vivant sur les côtes rocheuses de la France occidentale ; mais il ne serait pas impossible qu'ils dussent se rapporter à la variété à deux carènes écailleuses, que Goldfuss à figurée (de la même taille que mon échantillon), pi. 131, f. 14 et dont Lamarck avait fait son Hiatella arctica : on conçoit que le moule intérieur ne peut plus porter de traces de ces appendices complètement extérieurs et variables du test. Psammobia Labordei Basterot, 1825, p. 95, n° 1 ; pi. 1, f. 4. — Desh. Trait, élém. de conchyl., t. 1, p. 417$ 1848. — Hcernes, Bass. Vienne, II, p. 96, n° 1 ; pi. 9, f. 5, a-e. Soletellina Labordei Desh, Dict class. t. 15, p. 489. — Ch. Des M. Not. Solénac, etc. in Act. Soc. Linn. Bord., t. 5; 1832. Tellina Labordei D'Orb. 1847, Prodr. III, p. 101, n° 1894 (falunien, B). Pas très-rare dans les parties terreuses, et G dans les parties gré- seuses (1) très-dures, à grain fin uni et serré, gris-jaunâtre ou gris- bleuté du calcaire de Bazas, à la carrière de Cazeneuve, où l'on en obtient des échantillons très-beaux, (moules et empreintes) et qui ne contiennent peut-être aucun autre fossile. Aucun gisement ne justifie mieux le nom générique Psammobie. Dans ma notice de 1832, j'avais suivi M. Deshayes dans l'attribution qu'il avait faite de cette belle coquille au genre Solételline, et je ne saurais m'empêcher de regretter l'abandon qu'il en a fait pour la ramener aux Psammobies. D'Orbigny seul a été plus loin, puisque en outre des Solétellines de Blainville, il a supprimé jusqu'aux Psammobies elles-mêmes pour en faire des Tellines, à l'exemple de Linné. Quant au nom spécifique, notre coquille n'en aurait reçu qu'un seul ( chose rare ! ), si Bronn n'avait eu la singulière idée de l'en dépouiller pour lui donner celui de M. de Basterot : personne n'a été tenté de l'imiter, malgré toute l'estime qui s'attache à ce nom ; mais la proposi- tion était injuste. (1) Voir ce que nous avons dit de ce grès dans le procès-verbal de la 19 e Fête Linnéenne in Act. Soc. Linn., t. 26, première livraison ; 1866. ( 315 ) Je cite ici, pour mémoire, un échantillon de Psammobia Labordei trouvé en 1838 dans une partie tellement durcie du falun de Gradignan, qu'on le prendrait pour un fragment du calcaire de Bazas (parties terreuses); mais il a conservé une mince couche du test lui-même, ce qui ne saurait arriver dans un véritable calcaire pierreux. Lucina leonina Basterot (sub Cijthereâ), 1825, p. 90, n° 4; pi. 6, f. 1. — Agass. Icon. coq. tert. p. 62 ; pi. 12, f. 13, 15 (1845). — Desh. Dict. class. p. 531 (1826). Hœrnes, Bass. Vienne, II, p 221, ii° 1 ; pi. 32, f. 1 a. e. — D'Orb. Prodr. III. p. 183, n° 347 {subapennin). Venus tigerina Brocchi, 1814, p. 551, n° 16; non Cytherea tigerina Lam. Un très-beau moule, de taille moyenne, et conservant encore un léger enduit formé par la couche interne du test, a été recueilli pour le Musée de Bordeaux. Le test n'est pas très-rare dans le falun de Méri- gnac. Lucina globulosa Deshayes, Encycl. Vers, t. 2, 2 e part. p. 573, n° 2. — non Hœrnes, Bass. Vienne, II, p. 223, n°3; pi. 32, f. 5a-&. — (Espèce non mentionnée dans le Prodrome de D'Orbigny). Un seul moule, d'une seule valve, et que je n'ai pourtant guèrt hésité à placer sous ce nom, bien qu'il ne présente pas de caractères accentués à sa surface; mais la forme renflée de cette belle espèce, forme si rare et si remarquable dans ce groupe nombreux et difficile, me paraît décisive. Il n'est pas surprenant que dans une espèce dont le test est aussi mince, il ne reste sur le moule d'un individu encore assez jeune, aucune saillie bien nettement caractérisée ; or, mon échantillon n'a que 31 à 32 millimètres de diamètre ; j'en possède quelques autres moules des calcaires miocènes de la Gironde^ et le test se trouve dans le falun de Martillac. — J'ai fait, en 1834, la faute grave de regarder cette espèce comme nouvelle, et de l'inscrire sous le nom de L. pomum, Nob. dans les listes jointes au mémoire de M. Dufrénoy sur les ter. tert. du midi de la France. Venus casinoides Lam. éd. 1% foss. n° 1 ; éd, 2» VI, p. 376. — Basterot, p. 89, n° 2 ; pi. 6, f. 11. - D'Orb. Prodr. III. p. 106, n° 1966 ( falunien, B ). Calcaire de Bazas dans ses parties les plus dures et subcristallines, à l'état de moule interne et sans aucun reste d'empreinte extérieure, ce ( 316 ) qui m'empêche d'être parfaitement certain de ma détermination ; mais je serais bien embarrassé pour placer ailleurs ce moule unique, à cause de sa forme générale. C'est à Villandraut que M. Linder l'a recueilli. Venus multilamella Lam. (sub Cylhereâ) n° 2 (foss.) — Hœrnes, Bass. Vienne, II, p. 130, n° 10; pi. 15, f. 2, 3. Vernis subcincta et subrugosa D'Orb. Prodr. III, p. 106, n os 1971 et 1981 (falunien B),ex Hœrnes. Fragments d'empreintes un peu douteuses à cause de leur petitesse. Tout ce groupe des Vénus ou Cylhérées à plis saillants est d'une extrême obscurité, et M. Hœrnes lui-même n'a pas cité tous les synonymes qui seraient susceptibles d'y trouver place. J'imite sa réserve, faute d'avoir pu étudier à fond cette espèce, dont je possède une bonne valve, de Mérignac. Venus Aglauile Brongn. (sub génère Corbis?) Vie. p. 80; pi. 5, f. 5, a. b.; 1823 (ic. bon.). - D'Orb. 1847, Prodr. II (18.50), p. 322, n° 465 (suessonien, B). — Mayer, Journ. conchyl. 1858, t. 7 (2 e sér. t. 3), p. 85, n° 26 ; pi. 4, f. 1 ; icon. et descript. optimœ ! (Tongrien et Aquitanien, Mayer). V. Corbis Ch. Des M. in Dufrénoy, Terr. tert. du midi, p. 29 et 119 (cale, gross. et faluns), 1834; non Lam. Assez commun à l'état de moules surtout, et d'empreintes extérieures fort nettes. On en trouve souvent aussi des moules, en fort bon état, parmi les pierres concassées qui servent à l'entretien des chemins autour de Cazeneuve, et qui proviennent de la carrière. Cette belle espèce, assez commune dans le falun de Mérignac (très- rare dans celui de Saucats, étage aquitanien de M. Mayer), abonde dans toute l'épaisseur de notre calcaire à Astéries : j'en ai sous les yeux, à l'état de moule ou d'empreinte, comme à Cazeneuve, 34 échantillons de Saint-Macaire, Cambes, Quinsac, Cenon-La-Bastide, Floirac, Vire- lade, Barsac et La Roque de Tau. C'est à M. C. Mayer seul que nous devons la connaissance du vrai nom de cette espèce. Elle joue un rôle multiple et important dans nos terrains où elle se fait remarquer par sa taille et l'élégance d'une ornementation qui la rapproche des Venus reliculala, verrucosa e Corbis de Lamarck; elle est bien moins voisine de la belle espèce d'Italie ( V. excentrica Agass. ). D'Orbigny avait eu le mérite de fixer sa place dans le genre Venus ; ( 317 ) mais il déroutait les paléontologistes en plaçant tous les fossiles du célèbre mémoire d'Alex. Brongniart dans son étage suessonien, B. Il paraît n'avoir pas eu connaissance de l'existence de ce fossile dans nos calcaires et nos faluns miocènes (falunien A et B). Gardium disgrepans Basterot, p. 83, n° 7; pi. 6, f. 5. — D'Orb. Prodr. III. p. 118, n° 2204 (falunien, B). — Hcernes, Bass. Vienne, II, p. 174, n°2; pi. 24, f. 1, 6. Un moule complet, de 4 centim. de grand diamètre, a été recueilli par M. Samy dans la carrière. Le test de cette belle espèce est souvent bien plus grand dans les faluns ; mais le moule, dans les calcaires à Astéries, est presque toujours plus petit et ne montre qu'une valve. Cardium multicostatum, var. a Basterot, p. 83, n° 6; pi. 6, f. 9. An verè var. C. multicostali Brocch. p. 506, n° 9; pi. 13, f. 2?? — D'Orb. Prodr. III, p. 183, n° 358 {subapennin)? Abondant, mais assez mal conservé (moules et empreintes) dans les parties les plus dures et subcristallines du calcaire de Bazas, à Villandraut, d'où il a été rapporté par M. Linder. Je doute fort, je l'avoue, que notre fossile bordelais de Léognan, Gradignan, Martillac et Villandraut ne soit qu'une simple variété, comme pense M. de Basterot, du C. multicostatum Broccbi, grande et forte espèce cordiforme oblique, tandis que la nôtre est bien plus petite et presque équilatérale. Ne possédant pas en nature l'espèce italienne, j'aime mieux en laisser deux sous un nom que d'en inscrire une seule sous deux noms ; d'ailleurs, il n'y a pas d'ambiguité dans la citation que je fais aujourd'hui, puisque je l'appuie sur une figure et une diagnose de Basterot; cela suffit au but du présent travail. Arca cardiiformis Basterot (1825), p. 76, n° 5; pi. 5, f. 7. — D'Orb. Prodr. III, p. 123, n° 2326 (falunien, B). — Hcernes, Bass. Vienne, II, p. 331, pi. 43, f. 3, 4, 5. — Desh. in Lam. éd. 2* 1835, VI, p. 480, n° 12 (foss ). Moules et empreintes extérieures et intérieures, C. Cette espèce est, comme on sait, une des plus abondantes et des plus caractéristiques du falun de Mérignac. Arca diluvii Lam. l re éd. n° 2 (foss.). — Nyst. Foss. Belgiq. p. 255, pi, 20, fig. 3 (ïcon optima!) — Hcernes, Bass. Vienne, II, p. 333, n° 8; pi. 44, f. 3 a. e. A.subdiluvii D'Orb. Prodr. III, p. 123(1852), n°2321 (falunien B). ( 318 ) Empreinte extérieure. Cette espèce, de même que dans le falun de Mérignac, paraît beaucoup moins abondante à Cazeneuve que l'A. cardii- formis ; je n'oserais pourtant dire que cette rareté soit très-grande, parce que la grossièreté du grain de la pierre rend les empreintes et les moules bien moins faciles à distinguer entr'eux, et je n'en ai qu'une empreinte qui paraisse nettement distincte. Ce qui m'a même déterminé à passer par-dessus l'hésitation que je ressentais encore, c'est que les parties creuses de l'empreinte (côtes de la coquille) sont manifestement plus larges et moins ridées que leurs intervalles^ et l'excellente figure de Nyst, citée par Hœrnes, me semble sous ce rapport, complètement décisive. M. Linder en a trouvé des débris dans le calcaire à Oslrea producla d'Uzeste. Bien que M. Hœrnes cite aussi pour cette espèce la 2 me éd. de Lamarck, je n'ai pas osé la citer, parce que M. Deshayes y dit positive- ment (t. VI, p. 476, 477, en noie, que l'espèce de Bordeaux est différente, à ses yeux, de celle à laquelle il conserve le nom d'A. diluvii; et qu'il ne donne pas le nom qu'il attribue à cette espèce bor- delaise. Arca clathrata Defrance. — Lam. n° 6 (foss.). — Basterot, p. 75, n° 3; pi. 5, f. 12, - D'Orb. Prodr. III, p. 123, n° 2325 {falunien, B). — Hœrnes, Bass. Vienne, II, p. 340, n° 14; pi. 44, f. a-e. Empreintes et moules de petite taille (jamais complets) mais bien caractérisés. C, ainsi qu'à Mérignac où la taille est plus forte. Quand le moule appartient à un individu jeune et bien frais, dont la partie posté- rieure est prolongée et bien côtelée, on croirait avoir affaire à l'A. Breislaki Bast; mais les dents de la 'charnière sont trop fortes et trop espacées pour appartenir à cette dernière espèce qui les a excessivement fines et serrées. Chama gryphoides L. Basterot (pro parte), p. 81, n° 1, Lam. n° 3. — Hœrnes, Bass. Vienne, II, p. 210, n° 1; pi. 31, f. 1, a-f. Chama Brocchii D'Orb. Prodr. III, p. 185, n° 396 (subapennin). Chama asperella (Lam., Michelotti, Foss. mioc. Ital. (1847). C à l'état de moules de la grande valve, et plus petit, dans cette localité, que l'espèce suivante. M. Hœrnes ramène le Chaîna asperella Lam. au Ch. qryphoides. Chama gryphina Lam. n° 2, (foss.). — Hœrnes, Bass. Vienne, II, ( 319 ) p. 212, n° 2; pi. 31, f. 2 a-d. — D'Orb. Prodr. III, p. 127, n° 2402 (falunien, B) et p. 105, n° 398 (subapennin). Chaîna gryphoides Basterot, pro parle, p. 81, n° 1 ; non L. Un seul échantillon à l'état de moule complet, a été trouvé par M. Samy dans la carrière ; il est d'une grande taille et d'une rare beauté Un ou deux autres moules de la grande valve seulement, mais fort petits, ont aussi été recueillis. Nous avions rencontré la même espèce l'an dernier, dans la carrière des rochers de Saint- Vivien, à Bazas; mais je la confondis par inadver- tance, dans mon procès-verbal de la 49 e Fête Linnéenne, avec des débris d'huîtres indéterminées que nous avions recueillis en même temps. Ces deux espèces de Chama, à cause de leur irrégularité, ne peuvent être distinguées que par la direction de leur grand crochet; elles se trouvent toutes deux à Saucats et à Mérignac. Le gryphoides (dextrorse) paraît y être plus rare que le gryphina (sinistrorse), et ce dernier y offre une variété constante, caractérisée par la forme angulaire de la valve inférieure : on croirait avoir sous les yeux un Exogyra de Goldfuss. Le Ch. gryphina se rencontre aussi dans nos calcaires miocènes de La Roque de Tau. Les auteurs, je le répète, ne donnent aucun caractère qui me paraisse valide pour la distinction spécifique des Chama gryphoides et gryphina. Je ne sais si l'examen comparatif et très-délaillé de près d'une centaine de valves que j'en possède, vivantes ou fossiles, grandes ou petites, m'amènerait à découvrir enfin quelque bon caractère; mais n'ayant pas en ce moment le loisir de me livrer à cet examen, que je réserve pour mon travail général sur nos moules, j'avoue que je ne saurais me défendre de présumer que la direction dextre ou sénestre du grand crochet est purement individuelle, accidentelle et commandée par la place du point d'adhérence. Voici le cas, très-analogue assurément, sur leqnel je crois pouvoir fonder cette présomption. L'an dernier, en 4866, trois ou quatre millions d'huîtres de Lisbonne (Ostrea angnlala Lam. sub Gryphœâ) ont été importées dans les parcs à huîtres d'Arcachon. J'en ai vu beaucoup, et la grande majorité la presque totalité a son grand crochet (vu en dehors) incliné vers la droite : cependant, notre collègue, M. Alexandre Lafont, qui con- sacre tous ses soins à la direction du musée d'Arcachon, m'en remit, pour la collection de la Faculté des Sciences de Bordeaux, un individu ( 320 ; vivant dont le grand crochet est tourné à gauche. Pendant le séjour que je viens de faire à Arcachon, je me suis beaucoup occupé de cette anomalie, et j'ai réussi à trouver, parmi des tas de coquilles d'huîtres mangées et jetées dans les rues, une valve inférieure manifestement tournée à gauche, deux autres ne montrent qu'obscurément cette direc- tion, qui est bien plus obscure encore dans la valve supérieure, coupée presque carrément et souvent sans inflexion, parce qu'elle manque de crochet prolongé hors du disque. Toutes mes autres valves inférieures sont manifestement tournées à droite et, en outre de tout ce que j'ai examiné et distribué, j'en ai encore sous les yeux, au moment où j'écris, quatorze manifestement dextres, contre une manifestement sénestre et deux dont la direction est obscure. Ce n'est, au reste, que d'une manière fort impropre que j'emploie ce mots, dexlre et sénestre, car l'anomalie n'affecte nullement l'animal. Il n'est nullement renversé de droite à gauche, car l'impression muscu- laire, si éminemment caractérisée dans cette espèce par sa couleur d'un violet noirâtre plus ou moins intense, est toujours placée à gauche dans la valve inférieure, à droite dans la valve supérieure (toutes deux vues en dedans et à plat) du méridien qui les partage dans leur longueur. Si donc les choses se passent d'une manière analogue dans les Cames au sujet desquelles j'ai cru pouvoir me permettre cette digression, je suis convaincu que le Chama gryphina Lam. devra disparaître de la nomenclature spécifique du genre. M. de Basterot semblerait avoir eu le même scrupule que moi, relati- vement à l'autonomie des deux espèces, car il donne (p. 81) pour synonyme douteux à son Chama gryphoides L. l'espèce de Lamarck ("An C. gryphina Lam. An. s. v., VI, p. 97 ?" ). Lithodomus lithophagus L. ( sub Mytilo). — D'Orb. Prodr. III, p. 185, n° 391 (subapennin). — Nyst., Foss. tert. Belg. p. 272. n° 224 (sub Mytilo) Lithodomus sublithophagus D'Oib. 1847; Prodr. II, p. 391, n° 1083, {parisien, A). Un fragment de moule, suffisamment caractérisé, et une valve isolée, de la forme raccourcie, mais un peu endommagée. Bien que D'Orbigny ne cite cette espèce que dans le subapennin, il est évident, d'après la figure donnée par M. Deshayes (Coq. foss. de ( 321 ) Paris, t. 1 er ; pi. 38, f. 10, 11, 13), que l'espèce linnéenne s'est maintenue identique depuis le terrain éocène parisien A, en traversant tous les étages miocènes et pliocènes, jusqu'à l'époque actuelle où nous la voyons vivre dans les mers des deux hémisphères. Le Lillwdomus snblilhopliagus d'Orb., du parisien A, n'a donc été institué que pour des besoins d'étage, et personne, à coup sûr, ne sera tenté désormais, de l'adopter comme autonome. Lithodojius cordatus Lam. (sub Modiolâ) n° 3 (foss.) — Desh. Coq. foss. Paris, t. 1 er , p. 268, n° 14; pi. 39, f. 17, 18, 19. — D'Orb. Prodr. II, p. 391, n° 1083 (parisien, A). Modiola cordata Basterot, p. 79, n° 1. Et Mytilus subcordatns D'Orb. 1847; Prodr. III, p. 126, n° 2370 (falunien, B). Un très-beau moule complet; quelques autres, gros aussi, n'ont pu être dégagés de leur gîte; plusieurs autres, très-petits, ont été parfaite- ment dégagés. Les observations auxquelles donne lieu l'espèce précédente s'ap- pliquent de tout point à celle-ci, qui varie presque autant que l'autre par sa taille , et se trouve également dans les divers étages tertiaires ; le subcordalus de D'Orbigny doit partager le sort de son snblilhophagus. L'un et l'autre se rencontrent assez fréquemment dans nos calcaires à Astéries et dans ceux des environs de Dax. Mytilus oblitus Michelotti, Foss. miocèn. Ital. (1847), p. 93, n° 1 ; pi. 4, f. 8; et Étud. miocèn. infér. Ital. (1861), p. 77. — D'Orb. Prodr. III, p. 126, n° 2375 (falunien, B). Un seul moule de la valve droite, conservant un vestige du test dont les stries m'ont permis de bien déterminer l'espèce : il est déposé au Musée de Bordeaux. La carène dorsale de la valve est moins prononcée et moins abrupte au côté antérieur de ce moule, qu'on ne le voit dans la figure citée et dans l'échantillon du calcaire à Astéries de Cenon-La- Baslide, qui me fut donné, il y a bien longtemps, par notre collègue, M. Edouard Legrand. Il résulte de là que cette jolie espèce, indiquée comme rare en Piémont par son auteur, ne l'est pas moins dans notre Sud-Ouest. Avicula phauenacea Lam. n° 45. — Basterot, p. 75. n° 1. — D'Orb. Prodr. III, p. 127, n° 2397 (falunien, B). G et très-grand dans la falaise du Giron, et la carrière de Cazeneuve, ( 322 ) à l'étal de moule qui reproduit presque toujours les deux valves jointes ou à peine déplacées. Je me conforme à l'opinion de M. de Basterot, adoptée généralement aujourd'hui, cerne semble, en conservant le nom spécifique phalœnacea à ce grand et beau fossile que Lamarck croyait spécifiquement distinct des petits individus sur lesquels il établissait son espèce; dans la 2 e édi- dion, M. Deshayes ne dit rien de plus que l'auteur primitif. Des trois beaux individus qui composent ma part dans le résultat de nos communes recherches, il en est deux qui ont été fossilisés lorsqu'ils étaient encore à l'état vivant, et un qui ne l'a*été qu'après la mort de son habitant (1). La preuve en est dans les nombreux individus de Spirorbis qui, fixés à l'intérieur du test, ont laissé leur empreinte en creux et souvent leurs propres moules, en tout ou en partie, sur le moule pierreux del'Avicule. Ils y sont accompagnés d'empreintes très- élégantes de divers bryozoaires ( Flustra, etc.), et rien de semblable ne se voit sur mes deux autres échantillons, non plus que sur les moules des univalves et des bivalves qui ont été saisies, à l'état vivant, par la fossilisation; quelques moules d'univalves fossilisées après la mort ( Turritella, etc.) offrent également des Spirorbes. Cette sorte de certificat de vie ou de mort s'explique facilement et d'une manière certaine; car si l'on conçoit l'établissement d'une annélide testacée à l'intérieur mais près de Couverture d'une coquille univalve dont l'animal, en se contractant profondément dans son test, en laisse l'entrée complètement à nu et à la disposition de l'ambryon étranger qui vient s'y fixer, cela ne peut se concevoir pour l'intérieur d'une bivalve qui, tant que son habitant conserve la vie, a constamment, jusqu'à leur extrême bord, ses valves tapissées en dedans par le man- teau de l'animal; les embryons étrangers ne peuvent venir s'y fixer. Le joli Spirorbe dont il est ici question ne me paraissant pas décrit, je lui ai donné, au commencement de ce travail, le nom de Spirorbis tricarinatus. Pecten Beudanti Basterot, p. 74, n° 3; pi. 5, f. 1 A, B, C (1825). — D'Orb. Prodr. III, p. 128, n° 2415 {fahmien, B). — Deslu in Lam. éd. 2% VU, p. 162, n° 30 (foss.). (1) Cette distinction a déjà été faite, en 1847, et précisément à l'occasion d'un Spirorbis, par M. Michelolti ( Fossiles miocènes de l'Italie septentrionale, p. 71 ) ( 323 ) Un seul fragment du test, mais impossible à méconnaître, a été recueilli, empâté dans le calcaire. Ostrea undata Lam. n° 15 (foss.). — Raulin et Delbos! Extrait d'une monogr. des Ostrea des terr. tert. de l'Aquitaine (in Bull. soc. géol. de France, 2 e sér t. 12, (1855) 2 e part. pp. 1144-1164), p. 1163, n° 32. Ostrea aquilanica Mayer, Journ. de conchyl., t. 7 (3 e de la 2 e sér.), p. 190, n° 33 (1858). Deux valves supérieures, de moyenne taille, ont été recueillies pour le musée de Bordeaux. C'est M. Raulin qui a bien voulu se charger de déterminer celte espèce et la suivante, afin qu'elles portassent authenti- qnement les noms qu'il leur a attribués, de concert avec M. Delbos, dans une publication spéciale à notre région. Ostrea produgta Raulin et Delbos ! loc. cit. p. 1159, n° 20. 0. cyathula Hébert et Renevier, non Lam. Deux valves inférieures, élégamment plissées et parfaitement con- servées, ont été recueillies, ainsi que trois valves supérieures ( aplaties et sans plis), lesquelles sont imparfaitement conservées et ne sont attribuées qu'avec une presque certitude à celle jolie espèce. De très-beaux échantillons de cette espèce, ayant leurs deux valves unies, sont empâtés dans un calcaire blanc très-tendre, que M. Linder à exploré à Uzeste. Anomia costata? Bronn. — Brocchi, p. 463, n° 5; pi. 10, f. 9. — D'Orb. Prod. III, p. 187, n° 431 (subapennin). Je ne saurais dissimuler que, vu l'état de mes échantillons, et vu surtout l'excessive variabilité plastiqne des formes dans ce genre, c'est avec la plus grande défiance que je me hasarde à proposer un nom spécifique pour cette charmante Anomie, dont tout le test semble formé de feuillets de nacre argentée. Nous en avons recueilli : 1° en cet état (à la carrière de Cazeneuve), plusieurs valves supérieures très-bombées et relevées de gros sillons noueux, ainsi qu'une valve inférieure très- plate; 2° dans les parties de la roche où le grain est moins fin et moins uniforme, quelques valves supérieures non nacrées, plus solides et com- plètement isolées. J'en avais recueilli, l'an dernier, aux rochers de Saint-Vivien (Bazas\ une valve supérieure non nacrée : elle fut omise dans mon procès - verbal de la 49 e Fête Linnéenne, où, faute d'échantillons suffisamment (■■Ml ) délerminables, j'inscrivis les menus fragments brillamment nacrés que renfermaient les parties un peu gréseuses de la roche, sous celte indi- cation vague : " Avicula? ou tout autre genre brillamment nacré". D'autres échantillons bien nacrés ont été recueillis par M. Linder à Uzeste, dans le calcaire à Oslrea producta. Je crois posséder la valve supérieure de cette même espèce, des faluns de Mérignac où elle est rare, salie et ternie par l'argile ocreuse qui s'y mêle au sable. Là, sa forme se montre distinctement analogue à celle des individus transverses de VA. coslata Brocchi, mais la direction des côtes n'est pas celle de l'individu que Brocchi a figuré, pi. X, fig 9, elle est analogue à celle que présente l'individu décrit mais non figuré par cet auteur ( toutes convergentes vers le sommet), et elles sont moins régulières, moins saillantes et moins arrondies que dans la fig. 9. Les échantillons de Cazeneuve paraissent plus arrondis et moins transverses que ceux de Mérignac; c'est sur l'analogie des côtes que je m'appuie pour oser proposer l'assimilation des uns aux autres, craignant surtout, à l'exemple de notre illustre maître M. Deshayes, « d'augmenter » la confusion en ajoutant des espèces dont les caractères et la valeur nous laisseraient du doute. » (in Lam. éd. 2 a , t. 7, p. 276, en note). Pour tout autre genre, la citation d'un nom attribué au subapennin pourrait laisser planer une grave incertitude sur son application à une coquille du falunien A ; mais ici encore, je m'appuie sur une parole de M. Deshayes qui (même page), en parlant de son A. tenuistriala, le cite « dans tous les terrains marins depuis les inférieurs du Soisson- » nais jusqu'aux supérieurs; on les trouve aussi dans les terrains de » même âge de la Belgique, de Valogne et d'Angleterre. » En faisant, d'ailleurs, la proposition d'attribution qu'on vient de lire et que j'ai faite mienne par l'étude directe des textes et des figures cités ci-dessus, ainsi que des échantillons, descriptions et figures des espèces voisines, je n'ai fait que me conformer à une tradition déjà vieille, car M. de Basterot, en 1825, disait à la page 74 de son utile travail . « On » cite aux environs de Bordeaux une espèce de ce genre, A. costata » Brocchi, conch. subap. pi. X, f. 9, A. burdigalensis Defr. Dict. des » se. nat. t. II, p. 67, etc. Je ne la connais que par ces indications. » J'en puis dire autant que M. de Basterot, et j'ajoute que l'indication de Défiance est complètement fautive ; il ne mentionne celle espèce ni à la p 67 ni à l'article Anomie, ni dans son Tableau des corps organisés fossiles. :w>; GASTÉROPODES. Neritina subconcava D'Orb. 1847; Prodr. III, p. 40, n° G07 (f alu- ni en, B). Neritina concava, % lineolata Grat. Conch. Adour. pi. 4, f. 20 (ic. bonal) Je me borne à l'indication de cette seule figure de Grateloup, parce que c'est la seule qui montre, avec la forme générale et la taille d'un moule qui n'est pas très- rare dans le calcaire de Cazeneuve., les linéoles noires, brisées, sur fond blanc, conservées dans 'un fragment du test lui-même, (qu'il m'a été impossible de dégager tant il était petit et délicat) dont j'ai constaté l'existence dans un bloc de ce même calcaire. En présence de matériaux si peu nombreux, je ne puis rien affirmer avec une entière certitude quant au nom de l'espèce, puisqu'il en est d'autres qui montrent aussi des linéoles noires brisées (surtout à Méri- gnac) ; cependant, et à cause de la conformité de galbe et de taille du moule, c'est avec quelque confiance que je propose ce nom, tout en m' abstenant d'une synonymie plus étendue, car je n'aurais pas le moyen de l'appuyer sur figures ou échantillons authentiquement dénommés. Les délicates et. élégantes figures que donne M. Sandberger dans son Bassin de Maijence ne montrent rien de semblable à mon échantillon. Quant à la détermination générique, elle ne me laisse aucun doute, bien que je n'aie pu conserver, bien détaché, qu'un seul moule; mais les moules de Néritacés ont un type tellement distinct de celui des Naticidés (par la forme du tortillon), que toute erreur sur ce point est impossible. A Cazeneuve, ces moules sout ordinairement empâtés dans les parties les plus durcies du calcaire, où ils laissent une empreinte paucispirée et presque globuliforme ; ils conservent quelquefois un reste de la couche interne, blanche et comme farineuse, du test. J'aurais pu conserver plusieurs moules et plusieurs empreintes, si je n'avais méconnu longtemps ces vestiges intéressants, lorsque je fractionnais mes échantillons de calcaire pour en tirer des fossiles plus nombreux. Natica pseudo-epiglottina? Sismonda. — D'Orb. Prodr. III, p. 38, n° 569 (falunien, B). Cette espèce, confondue par Grateloup avec ses N. tigrina ou epiglot- tina, me semble représentée dans nos récoltes de Cazeneuve par un ( 326 ) petit moule que recueillit M. Samy ; mais ce n'est pas sans hésitation que je me détermine à proposer un nom, dans un pareil genre, en pré- sence d'un seul échantillon. Natiga elongata Michelotti, Étud. mioc. inf. Ital. p. 88, pi. 10, f. 3, 4 (1861). Cette espèce assez belle et très-distincte de toutes les autres Natices tertiaires, paraît rare à Cazeneuve. Elle est à l'état de moule ; sa forme est élancée au point de la faire ressembler à un Buccin de taille assez forte (3 centimètres). Un autre moule, conservant des fragments de son test, y a été recueilli, mais tellement écrasé et défiguré, que je ne le cite qu'avec quelque doute. Je possédais déjà deux moules de celle espèce, recueillis à Saint-Morillon, près La Brède, par M. Jos. Delbos, qui me les donna sans nom, bien des années avant que M. Michellolti leur en imposât un. Saint-Morillon est une localité girondine trop rapprochée du Bazadais pour ne pas présenter la même assise du terrain miocène. Genre VERMETUS. Vermetus arenarius L. (sub Serpulâ). Hœrnes, Bass. Vienne, I, p. 483 ; pi. 46, f. 15, a-b. Vermetus gigas Bivona. — Michelotti, Foss. mioc. Ital. (1847,), p. 163, n° 1. - D'Orb, Prodr. III, p. 47, n° 775 (falunien, B). M. le D r Souverbie a dégagé de la falaise un magnifique échantillon, composé de deux retours et du sommet spiral du moule pierreux interne, reposant dans un lit formé de leur empreinte finement striée, légèrement côtelée et granulée longitudinalement. Il est contenu entre les deux valves du moule interne d'un grand individu iïAvicula pha- lœnacea fossilisé posl mortem,, puisqu'il est couvert d'empreintes et de moules de Spirorbis Iricarinatus ; il est déposé au musée de Bordeaux. D'autres échantillons, en nombre considérable ( tronçons s du moule interne ou empreintes), ont été recueillis (mais variant beaucoup pour la taille et ne présentant pas ces riches empreintes extérieures), soit dans la falaise, soit dans la carrière de Cazeneuve. La même espèce, offrant diverses variétés de dessin dans l'ornemen- tation de son test, a été plusieurs fois observée dans les faluns de Léognan, Saucats, Mérignac, etc. En plaçant l'espèce sous ces deux noms authentiquement synonymes ( 327 ) {arenarius et gigas), je ne cours pas le risque de me tromper, puisque les auteurs modernes réunissent, sous l'un ou l'autre de ces deux noms, tous les Yermets (anciennes Serpules) tertiaires de la plus forte taille. Ils s'accordent avec M. Deshayes (art. Vermet, mLam. 2 e éd. t. 9) et avec M. Milne-Edwards (art. Serpule, in Lam. 2 e éd. t. 5) pour dire qu'on ne sait encore a peu près rien sur la spécification de ces animaux Leurs formes d'ornementation, irrégulières et si diverses, constituent- elles de simples variétés ou de véritables espèces? L'étude directe de l'animal de chacune d'elles pourrait seule fournir les moyens de répondre avec certitude à cette question; mais on peut, d'avance, se tenir pour très-assuré que les catalogues actuels de Serpules renferment un grand nombre de doubles emplois. Tel est le résumé , peu consolant, de ce que nous disent les maîtres de la science. Pour les fossiles, la difficulté s'accroît, puisque l'espoir des preuves anatomiques fait défaut, et n'est remplacé que par la chance plus ou moins rassurante des déductions analogiques. Le Vermeius arenarius s'est-il perpétué, sous la forme de variétés plus ou moins voisines du type, depuis les formations tertiaires, jusqu'à l'époque où on le trouve vivant dans les mers très-chaudes? Chacun pourra, là-dessus, avoir son avis : quant à moi, je n'en ai point, n'étant pas en mesure de comparer la coquille vivante aux fossiles; mais je crois pouvoir faire remarquer qu'un certain nombre de coquilles, parmi les perforantes surtout, sem- blent jouir d'une résistance plus prolongée au renouvellement des faunes. Ce qu'il y a de bien certain, — et c'est déjà quelque chose pour notre étude zoologique, — c'est que nous avons affaire à des Vermels, vrais mollusques, et non à des Annélides du genre Serpule, car Blainville, (Dict. se. nat. t. 48, p. 550) puis M. Deshayes (m Lam. 2 e éd. t. 9, p. 62, 63) nous enseignent que ce genre de trachélipodes a, comme certaines Turritelles et Cérites, et comme le genre Siliquaire son voisin le plus pro- che, des cloisons testacées en forme de toute qui ferment hermétique- ment, à des distances inégales, le tube du côté de son spiroïde initial. Lors donc qu'on peut constater l'existence de ces voûtes concaves du côté qui regarde l'ouverture, on est en possession d'un critérium indiscu- table, car, disent ces auteurs illustres, l'anus étant, chez les annélides, placé à l'opposite de la bouche, il faut que le tube reste ouvert à ses deux extrémités : il ne peut donc pas se terminer, comme celui des Yermets, en un sommet ordinaire de spire. ( 328 ) Ceci me fournit l'occasion d'affirmer un fait dont je ne me souviens pas d'avoir vu nulle part annoncer l'existence, soit pour les Serpules, soit pour les Vermets ; c'est que les Vermets, qui s'établissent d'ordinaire à la surface des corps marins, peuvent aussi — certains d'entr'eux du moins, — être perforants. J'avais toujours considéré comme des Serpules certains tuyaux d'une grande blancheur et d'un faible calibre, qui parcourent en tous sens l'intérieur des masses madréporiques de Poriles incrustans Defr. = Litharœa asbestella D'Orb., qu'on trouve en si grand nombre dans le falun de Mérignac ; mais ce sont de vrais Vermets non régulièrement enroulés et dont le parcours vagabond est d'une grande longueur, car on y trouve espacées à des distances plus ou moins fortes, soit les traces à bords très-minces, soit les voûtes com- plètes et bien en place, de cette sorte de cloisons. Je n'ai pu constater encore s'il en est de même des tubes en apparence semblables qui traversent les masses de Porites vivantes des Antilles. Je reviens au Vermet fossile qui porte les noms à'arenarius et de gigas, et je me demande s'il ne serait pas possible d'arriver à la déter- mination de quelques-unes des variétés qu'il offre et que Lamarck a distinguées spécifiquement — à tort ou à raison? je répète que nous n'avons pas le moyen de nous en assurer maintenant — sous le nom de Serpules. J'accepte., provisoirement, ce point de départ posé par lui, que certaines espèces vivantes ont des variétés à l'étal fossile, et je cherche à reconnaître quelques-unes de celles qui se trouvent dans nos faluns. M. Deshayes (in Lam. éd. 2 a , t. 9, p. 66, art. Vermet, dit expres- sément qu'il reconnaît, en Italie et en Morée, l'analogue fossile de cette grande espèce ( Vermetus arenarius). M. Hœrnes (Bassin de Vienne) et M. Michelolti ont adopté exacte- ment la même .diagnose pour leur Vermetus arenarius = gigas ; la voici : Testa magnâ, solitariâ, cylindricâ, solidâ, longitndinaliler subgra- nulalâ, slrialâ vel coslalâ, varié contorlâ, quandoque spiratâ. Cetie espèce qui est le Serpula arenaria L. a pour synonymes, dans les deux ouvrages cités : Serpula sipho Lam. Serpula denlifera Lam. Serpula polylhalamia Brocchi, auxquels il faut nécessairement ajouter S. arenaria Lam. n» 26, ( 329 ) puisque Lamarck le donne pour une espèce linnéenne et cite des figures que d'autres auteurs revendiquent pour leurs espèces fossiles ; mais, en qualité d'espèce vivante, elle est laissée de côté par MM. Hœrnes et Michelotti. Je ne la connais pas à l'état vivant. Voyons donc le n° 25 de Lamarck, S. Sipho que, malgré ses nom- breuses variations, cet auteur « croit distinct)) du S. arenaria vivant. Il le donne également pour vivant dans l'Océan des Indes, à Timor, et lui rapporte trois figures, savoir : Gualt. Conch. tab. 10, fig. L? (avec doute; il a cité avec doute aussi, la fig. N de la même planche pour son S. arenaria). D'Argenville, conch. pi. 4, f. H. Adanson, Sénég. p. 165, pi. 11, f. 5, le Masier. J'ai sous les yeux deux de ses figures : celle (L) de Gualtieri repré- sente au jugement de cet auteur comme au mien, la même espèce que sa fig. N, laquelle est rapportée par Lamarck à son arenaria, seulement, L est beaucoup moins sensiblement strié que N, et toutes deux son^ citées sans aucun signe de doute et en première ligne (comme les plus anciennes, 1742) par M. Hœrnes pour son Vermetus arenarius fossile. Elles s'accordent parfaitement avec la figure de celui-ci, pi. 46, f. 15, dont le modèle est vu de deux côtés, l'un lisse ( c'est le côté adhérent en partie), l'autre fortement strié, avec un petit nombre de carènes granu- leuses et saillantes, à grains allongés et écartés l'un de l'autre. Les fig. LN de Gualtieri et la fig. 15 a, b du Bassin de Vienne, consti- tuent pour moi la représentation du type (forme A) du Vermetus arenarius (L. et Lam. sub Serpulâ) fossile, =z V. gigas Biv., Michelotti, D'Orb. Il faut y joindre comme synonyme le Serpulâ polylhalamia (L.) Brocchi (qu'il dit vivant dans l'Adriatique et fossile dans le Beggianais), pour lequel il cite les deux figures LN de Gualtieri, et dont je possède deux beaux tronçons (dont un avec cloison en voûte) fossile de Dax. Cette Serpule est citée comme synonyme douteux du S. dentifera Lam. n° 24 par M. Milne Edwards (in Lam. éd. 2% V. p. 625). Je préfère y voir le type de mon fossile. A ce type répond exactement, dans ma collection, un bel individu recueilli en 1841 dans le falun de Léognan par un paysan-collecteur et marchand nommé Lafont, de qui je l'ai acheté. M. Hœrnes le cite de cette localité, ainsi que du falun de Manthelan près Tours, d'où j'en possède également un beau tronçon sans cloisons, donné par M. de Grateloup. J'y rapporte enfin, à cause de son fort calibre, mais avec Tome XXVI. 28 ( 330 ) doute parce qu'il est fortement roulé et privé de tous les ornements extérieurs de son test, un tronçon presque héliciforme et sans cloisons conservées, que j'ai recueilli dans le falun de Mérignac. Ceci sera donc pour moi la forme (ou variété?) A gigas Bivon. — Gualt. tab. 10, f. L, N. Vermelus arenarius Lam. (sub Serpulâ), n 9 26. — Desh. m Lara, éd. 2 a , IX, p. 66. — Hœrnes, Bassin de Vienne, fig. citée ci-dessus. Serpula polythalamia Brocchi, p. 268, n° 5. Forme ( ou variété?) B sipho Lam. Je n'ai pas encore parlé de la seconde figure rapportée par Lamarck à son Serpula sipho, et que je puis étudier. C'est celle du Masier d'Adan- son, vivant, mais rare, sur les côtes du Sénégal. Lamarck la cite sans la faire suivre d'un point de doute, et je crois devoir la considérer, par conséquent, comme représentant anthentiquement son Serpula sipho, qui sera pour moi la forme B du Vermelus arenarius = gigas, et qui, si elle venait à être reconnue pour spécifiquement distincte, devrait prendre, par droit d'antériorité, le nom de Vermelus Masier Adans. Son tube est de même forme et de même taille que celui de la précé- dente, et ne montre point de stries longitudinales, mais on voit de nom- breuses aspérités marquées sans régularité à la surface de son test. Évidemment, la figure est mauvaise, incomplète, puisqu'Adanson, si exact dans ses descriptions, dit (p. 166): «Coquille.... marquée de vingt cannelures longitudinales extrêmement fines.... » Sur des tests aussi irréguliers que ceux des Yermets, il n'y a pas lieu de compter les stries, cannelures ou petites côtes: c'est l'ensemble du faciès qu'il faut saisir. Or, les « vingt cannelures » d'Adanson peuvent se retrouver, soit en considérant les côtes supposées présentes tout autour du tube, soit au nombre de cinq environ sur le dos du tube (partie supérieure non adhérente) et en considérant qu'elles sont sépa- rées l'une de l'autre par quatre — quelquefois trois ou cinq — fines stries granuleuses. — Ces côtes principales sont ou à peu près lisses, ou très-finement granuleuses, ou relevées de granules bien plus gros, plus espacés, comprimés et presque dentiformes; et parfois ces granulations sont semées sans régularité linéaire, et très-rapprochées sur le tube. C'est alors qu'on ne peut qu'être frappé de la ressemblance extrême d'ensemble qu'offre la coquille avec la figure du Masier d'Adanson. — Et comme toutes ces variations diverses se trouvent réunies et fondues ( 331 ) sur divers points du même tube, je conclus qu'il faut ici une apprécia- tion d'ensemble et non de détails. Ma forme B est la plus voisine du type A; elle offre, dans les faluns de Léognan, toutes les nuances dont je viens d'exposer les détails. Je l'ai retrouvée, très-bien caractérisée mais un peu plus petite, dans ceux de Gradignan, et M. Laporte qui me l'a donnée de Léognan, m'a généreu- sement abandonné un échantillon trouvé par lui dans les faluns de Martiîlac ( domaine Yon Hemert). Sa synonymie particulière, comme var. de Yarenarius = gigas, sera pour moi : Forma B sipho Lam. — Serpula sipho Lam. n° 25. — Edw. in Lam. éd. 2s V. p. 626. Le Masier, Adans. Sénég. p. 165., pi. 11. f. 5. = Vermetus sipho Desh. in Lam. éd. 2 a , IX. p. 65. Forme (ou variété?) C dentifera Lam. Celle-ci, d'après M. Milne-Edwards, est le Vermetus dentiferus Quoy et Gaim. Astrol., et appartient au genre Magile (ce qui, d'après les paroles de Blainville et de M. Deshayes que j'ai rapportées, est abso- lument impossible). M. Hœrnes. d'ailleurs, rapporte sans hésitation le Serpula denlifera Lam. à son Vermetus arenarius. Mes échantillons appartiennent à la var. eadem C fossilis, testis obsolète cancellatis Lam., à laquelle cet auteur attribue comme synonyme douteux^ le Serpula polythalamia Brocchi, que je rapporte de préférence à la var. A. On le voit clairement : nous tournons toujours, jusqu'ici, dans le même cercle. Elle est grande, épaisse, solide, et se distingue de la précédente en ce que ses côtes principales, sur le dos, sont dentifères, presque épineuses, beaucoup plus écartées et séparées l'une de l'autre par cinq ou six stries granuleuses, remplacées souvent par des séries de granulations innombrables, saillantes et qui se lient l'une à l'autre par leurs bases, de manière à former une sorte de réseau très-dense à petites mailles et à intersections graniformes. Elle se lie évidemment à la forme B par ses carènes dentifères, à la forme A par ses rides transversales. Je ne la possède que de Gastel-Arquato en Italie, (envoi de feu B. Geslin), localité où M. Hœrnes signale la présence de son Vermetus arenarius. De toutes les formes c'est la plus belle, et elle fait défaut, jusqu'ici, à notre Gironde. ( 332 ) Sa synonymie particulière, comme var. du Vermetus arenarius = gigas, sera donc , Forma C denlifera Lam. Serpala dentifera Lam. n° 24 ; Edw. in Lam. éd. 2 a V. p. 625. — Vermetus denliferus Quoy et Gaim. Àstrolab. t. 3. p. 291. pi. 67, f. 27,28. -- Desh. in Lam. éd. 2 a IX. p. 65. — Forme (espèce?? ou variété?) D sulcata Lam. Maintenant — - et bien contre mon gré — il me faut voler de mes pro- pres ailes, car MM. Hœrnes et Michelotti n'admettent point le Serpula sulcata au nombre des synonymes du Vermetus arenarius. Ce n'est pas qu'ils en fassent une espèce distincte, — ils n'en parlent point, et me laissent ainsi toute ma liberté. Or, le Serpula sulcata Lam. l re et 2 e éd. n° 22, indiqué comme vivant dans les mers de la Nouvelle-Hollande, et fossile en Touraine, a pour synonyme unique (outre celui de Blainville, Dicl. se. nat. t. 48, p. 558, où l'on ne trouve que la traduction française de la diagnose de Lamarck ) le Dofan à'Adanson, Sénég. p. 164, pi. 11, f. 3; et encore est-il donné comme douteux. Selon moi, la description et la figure d'Adanson s'accor- dent fort bien avec la diagnose de Lamarck et avec mes échantillons tourangeaux, qui sont beaucoup plus conlortupliqués que les formes pré- cédentes du Vermetus arenarius. Mais comment pourrais-je me défen- dre de les considérer comme une quatrième forme de cette même espèce, lorsque, dans ces mêmes échantillons de Touraine, je trouve les caractères de Y arenarius reproduits, quoique affaiblis (stries, côtes et granulations) sur certains points d'un tube qui présente ailleurs les caractères du Serpula coslata? Cela ne m'est vraiment pas possible, et c'est sans hésitation que j'ajoute cette quatrième forme aux précédentes. Les personnes qui ne voudraient pas adopter sa réunion à Y arenarius pourront le nommer Vermetus sulcalus Lam. (sub Serpula) , ou mieux encore, en donnant leur concours à l'œuvre de M. Deshayes qui tra- vaille — et réussira sans aucun doute — à faire restituer aux "espèces leur nom le plus anciennement publié, Vermetus Dofan Adanson, avec le synonyme Serpula sulcata Lam. Elle a pour nous aujourd'hui, cette forme, un intérêt tout particulier, car c'est celle qu'avec une évidence à mes yeux incontestable, nous avons retrouvée dans YAviculaphalœnacea de Cazeneuve, et qui s'y montre avec son empreinte extérieure et son moule interne. — Nous en avions ( 333 ) déjà aperçu des traces en 1866, mais en bien mauvais état (Serpula de notre procès-verbal) à Saint-Vivien (Bazas). Elle aura plus d'intérêt encore, si l'on veut bien accepter une opi- nion que je n'exprime pas sans quelque crainte, car elle est hardie. J'ai parlé de Vermets perforants dans les masses madréporiques du fa- lun de Mérignac ; et je propose de reconnaître clans l'une de leurs deux espèces, dans celle qui vit à l'intérieur du Porites incrustans Defrance, du Phijllocœnia Archiaci M. Edw. et Haim. et de YAslrea Ellisiana Defr., le Serpula sulcata Lam., le Dofan d'Adanson, en un mot, ma 4 e forme D du Vermelus arenarius. Sans doute, — et l'on s'y doit attendre — , les stries sont plus fines, les côtes sont moins saillantes, les granulations plus délicates, les rides transverses plus nombreuses que dans les individus qui vivent à la sur- face des corps marins; mais le faciès, l'aspect général est si bien le même que j'ose proposer cette assimilation. Un de mes deux échantillons des madrépores présente même une particularité qui parfait sa ressem- blance avec l'échantillon de Cazeneuve : le tube se replie sur lui-même, de manière à se souder à lui-même et à se côtoyer dans toute la lon- gueur de l'échantillon ; cette disposition se répète dans plusieurs parties de la figure du Dofan d'Adanson. Une grave objection, je le sais, peut m'être faite : une espèce qui vit habituellement en dehors des corps marins auxquels elle adhère, peut- elle vivre dans l'intérieur de ces mêmes corps? Eh ! pourquoi non, quand il s'agit d'une coquille dont l'accroissement est indéfini, qui peut s'être développée à la surface du polypier, puis y avoir été enterrée par l'accroissement de celui-ci, et qui n'a eu qu'à allonger son tube pour conserver toujours ses rapports avec le monde extérieur, indispensables à son alimentation, à sa vie? Certes, il n'en serait pas de même de l'autre espèce de Vermet, plus grêle et qui n'a d'autre sorte d'ornementation extérieure que ses rides d'accroissement, — qui traverse de part en part et dans tous les sens la masse madréporique et qui enfin, par ces deux caractères, affirme sa qualité de mollusque réellement perforant, tandis que Yarenarius, forme D sulcata, conserve les restes bien caractérisés de son ornementation extérieure, ne s'enfonce pas profondément dans le madrépore, et ne peut réclamer que le titre de mollusque pseudo-per forant. Au résumé, je propose d'établir sa synonymie comme suit, après les deux noms spécifi- ques généraux qui sont en tête de cet article : ( 334 ) Forma D sulcata Lara. Serpida sulcata Lam. 22; Edw. in Lara. éd. 2% V, p. 625. Le Dofan Ad ans. Sénég. p. 164, pi. 11, f. 3. Vermelus sulcalus Desh. m Lam. éd. 2 a IX, p. 65. Qu'il me soit permis de revenir encore sur le Vermelus arenarius pris dans son ensemble. — Le Serpula lorlrix GoldL Petref. t. 1 er , p. 242, n° 80, pi. 71, f. 13, a (testa), b (nuclei fragmenta), des terrains tertiaires de la Bavière orientale et nommément cité par M. Milne Edwards (m Lam. 2 e éd. t. V , p. 632) comme lui paraissant plutôt Vermet que Serpulé, offre une si parfaite analogie de taille, de forme et de faciès avec nos moules de Cazeneuve, que je n'hésite pas à le donner pour synonyme au V. arenarius. Mais la figure de Goldfuss n'étant pas complétée par une empreinte, je ne puis que placer son nom parmi les synonymes généraux, ne sachant à laquelle des cinq formes il faudrait le rattacher. En terminant, je ne saurais passer sous silence les apparences singu- lières qu'offrent certaines cassures de notre Vermet, dans ses circon- volutions à petit calibre, c'est-à-dire plus voisines du sommet orga- nique que ne le sont celles dont le calibre est plus fort. Dans les parties dures et compactes, souvent subcristallines, qui forment les concrétions nodiformes si abondantes dans le calcaire de Bazas comme dans le calcaire à Astéries, les Vermets de Cazeneuve ont pullulé d'une façon extraordinaire et qui n'est pas uniforme, car on trouve parfois l'empreinte et le moule tranchant parleur blancheur sur le reste de la roche et ayant subi une altération qui les attendrit et tend à les réduire en une sorte de farine. Dans ces masses compactes, subcristallines ou farineuses, lorsque les cassures s'opèrent vers un coude du tube, — ou quand ce tube, près du sommet, s'enroule en une spirale plus ou moins régulière, atours serrés, on voit au fond de la cassure qui ressemble à un fond de dé à coudre, les restes de petites cloisons en rayons de roue, mais courbes, partant d'un moyeu central ou noyau testacéo Le fond de la cassure ressemble alors à la section transversale d'une coquille polythalame à cloisons courbes mais écartées l'une de l'autre. Il me semble évident que celte disposition est due à la multiplicité (plus grande dans les commencements de la vie du mollusque qui augmente plus rapidement de volume) des cloisons forniciformes qu'il construit à mesure qu'il ( 335 ) abandonne les parties les plus étroites de son tube pour s'en construire de plus larges. Ces petites voûtes successives, qui deviennent de plus en plus rares à mesure que l'animal s'élève davantage, en grossissant, dans l'intérieur de son tube, ne couperaient pas celui-ci selon un plan horizontal, mais bien selon un plan oblique. Il en est parfois un peu différemment sous ce rapport, et les cloisons qui forment les rayons de la roue sont peu ou point courbes. Alors, le tube^ a un diamètre plus fort, les cloisons sont plus écartées l'une de l'autre, le plan des coupoles (fornices) est moins oblique et devient plus horizontal ; c'est-à-dire que l'animal a grossi, a séquestré au moyen des cloisons une longueur plus considérable du tube qu'il occupait dans sa jeunesse, et il est plus près de fournir ces longs trajets presque recti- ligues et sans cloisons qui caractérisent son état complètement adulte. Je n'ai pu trouver aucune autre explication pour rendre raison de cette disposition singulière, car en supposant que ces cloisons courbes ou droites et ce petit moyeu central fussent formés par la charpente d'un polypier (d'une Caryophyllie par exemple), comment expliquerait- on l'enchevêtrement de ces deux êtres si différents, et la présence constante du moule spirale et de V empreinte extérieure et striée du tube du Vermet, tandis qu'on ne trouve aucune de ces figures en roues qui soient isolées dans la masse calcaire? Ces figures en roue sont très- fragiles, plus souvent farineuses que subcristallines, et on les brise bien aisément par l'ébranlement que cause le marteau lorsqu'il frappe la pierre aux environs des parties qui présentent cette sorte de sections horizontales. Puisse cette longue et quelque peu fastidieuse étude, incomplète et manquant souvent d'authentications précises, — puisse-t-elle faire faire un pas, si petit qu'il soit, à la connaissance si difficile d'un groupe encore bien peu étudié! Dans mon modeste rôle de malacologiste purement spécificateur, c'est le seul but qu'il me soit permis d'avoir en vue. Trochus Boscianus Brongn. Vie. p. 56, pi. 2, f. 11 (1823). — Baste- rot, p. 33, n° 3. — Grat. Conch. Adour, pi. i, f. 10, 11. — Desh. in Lam. éd. 2 a IX, p. 164, n° 13 (foss). Trochus Nom D'Orb. 1847; Prodr. III, p. 1, n° 101 (falunien, A), Et Trochus Boscianus, D'Orb. ibid. II, p. 312, n" 280 (suesso- nien). C'est évidemment, selon moi, parce qu'il ne voulait pas admettre ( 336) qu'une espèce placée par lui dans le suessonien pût se retrouver dans le falunien A, que D'Orbigny a institué, dans ce dernier terrain, son T. Noce en lui donnant pour synonyme Boscianus Bast. non Brongn., et ce n'est pas la seule espèce indiquée par Grateloup dans les faluns bleus, qui ait eu à subir le même arrêt de disjonction. — Mais la figure donnée par Brongniart et celle donnée par Grateloup s'accordent si bien enlr'elles et avec les échantillons de Da'x et de Cazeneuve que j'ai sous les yeux, que je n'hésite pas à restituer à l'illustre Brongniart l'intégrale propriété de son élégante espèce. Quant à sa diagnose, elle est obscure et plus digne de critiques que d'éloges; mais, en la reproduisant dans la 2 a édi- tion de Lamarck, M. Deshayes l'a fait suivre d'une description détaillée, irréprochable sous tous les rapports; exactitude, clarté, précision, rien n'y manque. J'ajoute seulement que mon meilleur échantillon de Caze- neuve (très-belle empreinte extérieure) est un peu plus grand que la figure de Brongniart et semblable sous ce rapport à celle de Grateloup ; de plus, les stries horizontales du milieu du tour de spire se relèvent en côtes verticales obscurément tuberculeuses, et cela d'une manière encore plus prononcée que dans la figure de Grateloup, tandis que cette dispo- sition est à peine et faiblement indiquée dans celle de Brongniart. C'est sans doute sur cette nuance sans importance réelle que s'est appuyé D'Orbigny pour légitimer à ses propres yeux un démembrement qu'il re- gardait comme systématiquement indispensable. Trochus Moussoni Mayer, Coq, tert. nouv., in Journ, Conchyl. 1861, t. 9, (1 er de la 3 e sér. ) , p. 369, n° 68 ; pi. 15, f. 5, 6. — Trois ou quatre moules, conservant quelques restes de la couche interne, blanche et farineuse du lest; j'y rapporte aussi les fragments d'empreintes extérieures dont les stries et les granulations sont moins fines et moins régulières que celles du Monodonta Araonis Bast. M. Mayer a profité de l'occasion que lui offrait l'institution de cette jolie espèce, pour prononcer qu'elle est l'analogue fossile du T. canali- calatus vivant, et que, voisine et pourtant distincte de lui, cette forme « est de celles qui prouvent (sic) que l'espèce n'est pas créée, mais » qu'elle naît de la métamorphose rapide (sic) d'un type préexistant, » due à un changement brusque (sic) dans les conditions d'existence de » ce type » (I. c. p. 370). Voilà une bien grosse conclusion, tirée d'un bien petit sujet ! Mais ce n'est pas ici le lieu d'essayer de la discuter, et je me borne à dire que, selon moi, les quatre caractères détaillés par M. Mayer pour la distinction ( 337 ) spécifique de son type fossile et de l'analogue vivant de celui-ci, et surtout la comparaison des individus fossiles et des individus vivants (qui, les uns et les autres, offrent des variations fort sensibles), sont parfaitement suffisants pour établir la circonscription de deux bonnes espèces, sans avoir recours à ces éternels changements de masque que le Darwinisme met d'autant plus facilement à la mode, qu'il est plus ma- laisé d'en démontrer la réalité. Monodonta modulus (Lam.)? Basterot,, p. 32, n° 2 (non figuré). — D'Orbigny n'en fait pas mention dans le Prodrome., non plus que les autres ouvrages que j'ai sous les yeux. Celte détermination, je l'avoue, est un peu hardie; mais je la crois applicable à un moule recueilli par M. Linder et qui présente des nodo- sités analogues à celles d'une coquille de Mérignac et de Martillac dont j'ai sous les yeux cinq individus et que, depuis plus de 30 ans, je rap- porte à l'espèce de Basterot. Il n'est pas probable qu'elle doive conserver le nom de Lamarck (espèce vivante et que je n'ai pas sous les yeux) ; mais la description de Lamarck lui conviendrait assez bien, et mieux encore celle de Basterot. Le moule de M. Linder renferme encore la ba- guette isolée et tordue qui remplit l'espace laissé libre par le profond ombilic de la coquille vivante. Ainsi qu'il arrive souvent pour les coquilles sillonnées fortement, côte- lées et luberculifères, celle de Mérignac et Martillac est peu constante dans la distribution et la proportion de ses ornements extérieurs. Je crois pouvoir lui rapporter avec quelque confiance une empreinte extérieure (représentant la moitié de la coquille coupée verticalement du sommet à la base) que j'ai recueillie également à Cazeneuve ; ses tubercules et ses stries sont très-nets, et sa longueur totale est d'environ 6 millim. Si le moule de M Linder était bien complet, il en mesurerait au moins 9 ou 10, et mes cinq échantillons entiers, pourvus de leur test (Mérignac et Martillac) , sont longs de 5, 6, 7, 11 et 20 millimètres. Monodonta Araonis Basterot, p. 32, n°3; pi. 1, f. 17.— Hœrnes, Bass. Vienne, I. p. 436, n° 1 ; pi. 44, f. 7 a, b, c. — Gralel. Conch. Adour, pi. 1, f. 3, 4. — Trochus Araonis D'Orb. Prodr. III, p. 41, n° 638, (falunien , B), Un seul moule, bien caractérisé par l'impression qu'a laissée la dent saillante dans l'ouverture. Je crois aussi qu'on doit lui rapporter quel- ques fragments d'empreintes extérieures dont les stries et les granulations sont à la fois plus délicates et plus régulières que celles du Trochus Moussoni May. ( 338 ) Phasianella subpulla? D'Orb. 1847; Prodr. III, p. 46, n° 748 (falu- nien, B). Phasianella pulla? Grat. Conch. Adour, pi. 1, f. 35, 36; non Payraud. Je ne crois pas que ce petit moule soit rare dans le calcaire de Caze- neuve ; mais il est si petit, si facile à briser ou à confondre avec d'au- tres fragments de spires, que je n'ai pu en conserver qu'un ndulte et un très-jeune; j'en ai perdu un, intermédiaire aux deux autres. Un objet d'aussi faible dimension et sans ornements extérieurs, est toujours trop obscur pour que j'ose affirmer la justesse de ma détermination. Turritella Desmarestina Basterot, p. 30, n° 8; pi. 4, f. 4 (optima). -Grat. Conch. Adour, pi. 2, f. 9, 11 (malœt). — D'Orb. Prodr. III, p. 5, n° 64 (fahmien, A). Cette belle espèce est très-variable dans les détails de son ornemen- tation, ainsi qu'il conste de deux individus qui m'ont été donnés par feu Billaudel et qui, pourvus de leur test, proviennent des faluns d'Uzeste (non loin de Cazeneuve). A Cazeneuve où elle est assez com- mune, nous n'avons que le moule et l'empreinte extérieure faiblement accentuée parce qu'elle se trouve dans les parties les plus grossières et les plus lâches du calcaire blanc-jaunàtre. Turritella simplex Grat. Tabl. foss. Dax, n° 258. — D'Orb. Prodr. III, p. 5, n° 63 (fahmien, A). Turritella varicosa, p minor Grat. Conch. Adour, pi. 2, f. 8 (sallem mediocr.); exclude var. A (T. varicosa Grat. Tabl. n° 257 ; Conch. Adour, pi . 2, f. 7 ; non Brocchi ! ) Empreintes assez bien accentuées. Turritella marginalis? Brocchi, p. 373, n° 13; pi. 6, f. 20. — Grat. Tabl. n° 245, et Conch. Adour, pi. 1, f. 11. — Hœrnes, Bass. Vienne, I, p. 428, n° 8; pi. 43, f. 4 (non Brocchi, ex D'Orb). Turritella submarginalis? D'Orb. 1847; Prodr. III, p. 4, n° 48 (fahmien, A). Fragments de moules en tirebouchon assez lâche, avec une seule empreinte trop difficile à bien apprécier à cause de sa très-petite dimen- sion, pour que j'ose donner cette détermination comme certaine. Cerithium plicatum? Brug. — Basterot, p. 55, n° 5. — Grat. Concli. Adour, pi. 2, f. 19. — Hœrnes, Bass. Vienne, I, p. 400, n° 13; pi. 42, f. 6. Cerithium subplicatum? D'Orb. Prodr. III, p. 80, n°1467 (fahmien,^). ( 339 ) De même qu'à Bazas en 1866, les fragments de moules et d'em- preintes que nous avons trouvés assez communément à Cazeneuve en 1867, proviennent d'individus trop petits ou trop brisés pour que j'ose rien affirmer, surtout quand il s'agit d'un groupe aussi obscur que celui des C. plicatum, cinclum et inconslans, lesquels, au dire de M. de Basterot lui-même, " se fondent l'un dans l'autre." En cet état, et avec de pareilles dimensions, je crois pouvoir ajouter à ce groupe indéchif- frable le C. papaveraceum, dont les individus complets sont pourtant bien distincts; mais nous n'en avons trouvé aucun. Le calcaire à Ostrea producta d'Uzeste contient en Irès-grande abondance des frag- ments de moules avec restes d'empreintes, de l'espèce douteuse qui fait l'objet de cet article. (M. Linder). Pleurotojia ramosa Basterot, p. 63, n° 4; pi. 3, f. 15. — Grat. Conch. Adour, pi. 1, f. 21, 22, 23. - Bellardi, mon. Pleurot, 1847, p. 22, n° 9, pi. 1, f. 7. PL reliculata (Brocch.) D'Orb. Prodr. III, p. 60, n° 1049 (falu- nien, B). Calcaire de Bazas, à Uzeste, dans les parties les plus dures et subcris- tallines de la roche , un moule interne en très-bon étal, avec indices d'empreinte, recueilli par M. Linder. — J'en possède un moule absolu- ment pareil et de même dimension (environ 20 millimètres), que j'ai extrait du falun sableux de Gradignan (11 kilomètres de Bordeaux, banc jadis exploré par D'Argenville) et qui s'est aussi bien conservé que s'il eût été tiré d'une roche solide. — Le test, abondant à Saucats et Léognan, se trouve aussi à Martillac ; mais je ne l'ai pas rencontré à Mérignac. Fusus mitr^formis Brocchi (sub Murice), p. 425, n° 48 : pi. 8, f. 20. — Grat. Conch. Adour, pi. 3, f. 36, 37, 38 — Hœrnes, Bass. Vienne, I, p. 283, n° 6 ; pi 3i, f. 7. Fusus siibmitrœformis D'Orb. Prodr, III, p. 66, n° 1183 (falu- nien, B). Empreinte extérieure d'un jeune individu (et un moule intérieur un peu plus grand, douteux parce qu'il ne laisse pas voir son empreinte). Je dis qu'il est jeune, parce que les côtes régulières s'avancent jusques sur le dernier tour visible de cette très-petite mais très-jolie empreinte, tandis que dans mon individu adulte de Dax, et dans les figures, ces cô- tes ne dépassent pas l'avant-dernier" tour. La fig. 38 de Grateloup me semble représenter parfaitement le fossile de Cazeneuve, que je place ici ( 340 ) parce qu'aucune coquille bucciniforme ou fusiforme à moi connue ne présente des côtes et des stries aussi fines et aussi régulières. Contrairement à l'opinion exprimée par D'Orbigny, M. Hœrnes ne sé- pare pas l'espèce de Grateloup de celle de Brocchi, et je crois qu'il a raison. Myristica cornuta Agassiz. Fiisus comulus D'Orb. 1847; Prodr. III, p. 67, n° 1193 (falu- nien, B). Pyrula melongena Basterot, p. 68, n° 4. — Grat. Conch. Adour, pi. 1, f. 1, 7, et pi. 3, f. 12, 15; NONLam. Pyrula cornuta (Agass.) Hœrnes, Bass. Vienne, I, p. 274, n° 7; pi. 29 et 30, entières. Un énorme moule (plus de 20 centimètres) obtenu en trois mor- ceaux, dans la carrière de Cazeneuve, par M. Albéric de Berjon. C'est la première fois qu'on constate un moule de cette espèce dans nos cal- caires solides', sa taille énorme a fait tomber d'accord tout le monde au sujet de cette détermination qui n'a pu être contrôlée dans ses détails, parcequ'on n'a pas été à même de recueillir l'empreinte extérieure. Je profite de cette occasion pour appuyer de toutes mes forces, ne fût- ce que dans l'intérêt de la pratique paléontologique, sur la nécessité de purger le vieux genre Pyrula des éléments évidemment hétérogènes (même au point de vue zoologique), que Woodward y a laissés à l'exem- ple de Lamarck, Les Pyrules-fîgues doivent seules rester dans le genre, pour qu'il soit homogène : elles n'ont pas d'opercule. D'Orbigny a rapproché avec raison, du genre Murex qui a un oper- cule, les Pyrules-bécasses (P. spirillum etc). M. Deshayes, inham. éd. 2% IX, semble approuver ce rapprochement, ainsi que la limitation du genre Pyrula proprement dit, mais il vou- drait associer aux Murex dont il a l'opercule, le sous-genre Myristica ( établi comme genre par Swainson) qui renferme le P. melongenaLam. et les autres Pyrules mur icif ormes. Qu'on les en rapproche tant qu'on voudra, ce sera sans inconvénient, mais pourvu qu'on ne les confonde ni avec les Rochers, qui ont des varices, ni avec les Fuseaux qui n'ont plus de raison d'être, s'ils sont privés de queue. Je crois donc que le genre Myristica de Swainson doit être admis dans la nomenclature, et que les Bécasses ont le même droit à une distinction générique, soit Haustellum, soit Spirillus. Je rappelle ici que nous avons trouvé dans les rochers de St-Vivien, ( 341 ) vis-à-vis Bazas, en 1866 (voir notre procès-verbal de la 49 e fête Lin- néenne), une très-belle empreinte du Myrislica Lainei Bast. (sub Pyrulâ), D'Orb. Prodr. (sub Fuso); nos deux grandes espèces des faluns sont donc représentées dans le calcaire de Bazas. Triton subcorrugatum? D'Orb. 1847 ; Prodr. III, p. 77, n° 1424 (falu- nien, B). Triton corrugalum? Grat. Concb. Adouv, pi. 1, f. 18, 19 ; non Lam. — Triton doliare? Basterot, p. 61, n° 1 ; non Brocchi. Un seul fragment de moule, d'une pureté de contours admirable dans ce qui s'en est conservé, mais tellement incomplet qu'il me reste beau- coup de doutes quant à l'espèce, tandis qu'il n'en peut rester aucun quant au genre. La columelle paraît droite et lisse, et 1 intérieur du bord droit est orné de très-gros tubercules mousses. Genre CHENOPUS? Deux espèces distinctes, mais évidemment du même genre, ont été dé- couvertes en juillet 1867 à Villandraut, par notre infatigable secrétaire général M. Linder, empâtées, tout près l'une de l'autre, dans des parties fort dures et subcristallines du calcaire de Bazas. Ces fossiles, qui y paraissent assez communs et ne s'y sont montrés jusqu'ici que sous la forme d'empreintes lisses et vides de leur moule pour l'une des espèces, mais conservant encore, dans l'autre espèce, quelques fragments du moule, — ces fossiles, dis-je, constituent à mes yeux l'une des deux formes génériques les plus extraordinaires qui, de- puis bien longtemps, aient été rencontrées dans les terrains tertiaires. De même que le Pereirœa Gervaisii Crosse, du Portugal, avait été pris, au premier aspect par son inventeur pour un Pleurolome, la première impression que j'ai reçue de l'examen de la première des deux espèces de Villandraut, m'a poussé à la regarder comme un Pleurotome de la section des conif ormes (Genei, filosa, lineolata, Gratelupii, etc). Je confondis même, d'abord, avec elle, la seconde espèce qui est plus courte, plus globuleuse, et ce ne fut qu'après avoir soumis les échan- tillons au contrôle de MM. Raulin, Souverbie et Linder, que je reconnus que ces Messieurs avaient raison d'y voir deux espèces évidemment con- génères, et représentées chacune par deux échantillons. En outre du galbe général de ces deux coquilles, conif orme chez la première, naticiforme chez la seconde, elles sont distinguées encore par ( 342 ) la forme du canal de leur suture. M. Raulin a observé que le fond de ce canal est étroit et en forme de gouttière chez l'une, plus large et plat chez l'autre. Après avoir ainsi profité des observations attentives et délicates de mes collègues, j'en viens à l'exposition du singulier caractère générique que j'avais reconnu dans ces deux coquilles, dont la longueur est comprise entre 15 et 20 millimètres. L'apparence de sinus qui m'avait d'abord conduit à les rapprocher desPleurotomes, fut précisément ce qui me décida bientôt à les en éloi- gner et à chercher ailleurs leurs affinités ; car le sinus des Pleurotomes coniformes est toujours triangulaire et très-évasé, tandis que l'échan- crure du bord droit de nos fossiles de Villandraut montre des bords reclilignes comme chez les Pleurotomaires, et est exactement conliguë à la suture étroitement et profondément canaliculée. Une fois ce premier pas fait, je m'aperçus bientôt que le vide simulé par cette échancrure dans le bord droit aboutit à un autre vide extra- marginal dans la roche qui sert de gangue à l'empreinte, — c'est-à-dire que ce vide lient la place d'une portion appendiculaire du moule interne, portion extérieure et parallèle au bord droit de l'ouverture, et dont l'en- semble devait représenter un marteau à manche très-court, dont l'axe vertical (la tige) serait perpendiculaire à celui de la coquille. Ceci constaté, j'ai dû en conclure que cet appendice du moule était nécessairement enveloppé par un appendice du test maintenant dissous, et que cet appendice était détaché du bord droit dans le test comme dans le moule ; — enfin, que le lobe de marteau correspondant à la base de la spire devait être une sorte d'aile remontant vers le sommet de cette spire, tandis que le lobe correspondant à l'origine de la queue de la coquille, devait jouer le même rôle du côté opposé, c'est-à-dire descen- dant vers cette queue. Il devenait donc évident que je n'avais nullement affaire à un sinus de Pleurotome, mais bien à un appendice saillant du bord droit, cemme on en trouve dans tant de coquilles de la famille des ailées de Lamarck ; en conséquence, mon fossile devait être classé, selon toutes les probabilités, comme le Pereirœa dont je parlais tout à l'heure, dans la famille actuelle des slrombidés. J'ai employé, presque inutilement, un temps très-long à rechercher dans tous les recueils paléontolgiques que je puis consulter (et qui sont ( 343 ) au nombre de onze) (1), une forme de coquille qui fût analogue à celle que j'avais sous les yeux. Le moule du Pterocera atractoides Eud. Deslongch., de la grande oolite (mémoires de la Soc. Linn. de Normandie, t. 7, pi. IX, f. 7, 8, publié de 1839 à 1842) m'a offert une analogie très-éloignée dans h po- sition, mais non dans la forme d'un appendice de ce genre : la compa- raison ne sanrait être poussée plus loin. Avec une forme générale bien plus différente encore, mais avec un rapprochement plus marqué dans la forme particulière de l'appendice, je signalerai le Boslellaria carinata Mantell, du gault ( in D'Orbigny, Paléontol. franc, crétac. t. 2, pi. 207, f. 2), espèce qui appartient maintenant au nouveau genre Alaria. Si, par la pensée, on réduit pres- qn'à rien le manche et si l'on tronque les lobes du marteau que forme l'appendice de cette coquille, on se fera une idée approximative de l'apparence que devait offrir le bord droit de l'ouverture du genre décou- vert à Villandraut. Je reconnais qu'il existerait encore un autre moyen d'expliquer cette singulière figure de marteau: il consisterait à la considérer comme un vide malléiforme creusé dans l'épaisseur du bord droit, — épaisseur souvent énorme chez les strombidés et en [particulier chez le Chenopus pes-pelecani (espèce vivante de nos côtes). Dans ce cas, il pourrait ne pas exister d'appendice détaché du bord- — Comment choisir entre cette explication et celle qui précède? Je ne vois, dans les quatre échantillons soumis à mon examen, rien qui puisse déterminer une préférence de ma part. Je ne pourrais donc ni faire figurer correctement ces fossiles, ni cons- truire leurs diagnoses ou leur imposer des noms, que si nous venions à en obtenir de meilleurs échantillons ; je n'oserais même me porter ga- 'rant que ceux que j'ai étudiés ne me tiennent pas caché quelque carac- tère qui nécessiterait un autre classement, ou la création d'un genre nouveau. Il me semble pourtant que les deux espèces devront rester dans (1) Mém. Soc. Géol. de Fr., 12 vol — Méra. Soc. Linn. de Normandie, ti vol — Journal de Conchyliologie, Fossiles tertiaires nouveaux, par M. le d r C. Mayer. — D'Orbigny, Paléontologie Française, Terr. jurassique et crétacé. — Dubois de Mont- péreux, Bassin volhyni-podolien. — Sandberger, Bassin de Mayence- — Hœrnes, Bassin de Vienne. — Brocchi, Conchyliologie fossile sabapennine. — Bellardi et Michelotti, presque tous leurs ouvrages sur les fossiles tertiaires d'Italie. — Matheron, Calai, des foss. des Bouches-du-fthône. — Isaac Lea, Fossiles tertiaires de VAlabama. ( 344 ) le groupe si souvent remanié des Plcrocera, Roslellaria, Chenopus, Alaria. Les Pterocera sont maintenant limités aux espèces dont les appen- dices sont digitiformes, cylindroïdes et diversement eourbês. Notre genre fossile semble absolument privé de la queue des Rostellaria, comme de la spire élancée des Alaria. En un mot, son galbe coniforme et subfu- soïde, ou naticiforme et presque subglobuleux le rapproche spéciale- ment du genre Chenopus où, faute de mieux, je crois pouvoir proposer, quant à présent, de lui donner une place tout à fait provisoire; mais quel que soit le genre auquel il devra être définitivement rattaché, il sera juste de donner pour nom spécifique à l'une ou à l'autre espèce, celui de leur inventeur (Linderi). — (13 Janvier 1868). Nassa asperula Brocchi (sub Buccîno), p. 339, n°23; pi. 5, f. 8. — Defrance. — Basterol, p. 49, n° 2. — D'Orb. Prodr. III, p. 83, n û 1540 (falunien, B). Buccinum incrassatum Muller. — Hœrnes, Bass. Vienne, I, p. 148, n° 10; pi. 12, f. 16 a, b, c. Buccinum asperulum (Brocchi), var. c. pulchella Gral. Conch. Adour, pi. 1, f. 33. J'en ai aperçu plusieurs empreintes plus ou moins caractérisées et toujours petites, mais je n'ai réussi à en conserver qu'une bien nette; et pourtant la coquille est fort commune dans nos faluns. Nassa Garonis Brongn. Vie. p. 64, pi. 3, f. 10. — D'Orb. Prodr. II, p. 320, n° 423 (suessonien). — Hœrnes, Bass. Vienne, I, p. 139, n°l; pi. 12, f. 1,2, 3. Eburna spirala Basterot, p. 48 , n° 1 ; non Lam. Eburna spirala et Brugadina Grat. Conch. Adour, pi. 46 (l re du suppl.) f. 6, 11. Buccinanops eburnoides, spiratum et Brugadinum D'Orb. Prodr. III, p. 87, n os 1622, 1623, 1624 (falunien, B). Une magnifique et complète empreinte extérieure de la spire d'un gros individu a été recueillie par M. Linder, et j'ai obtenu le mOule d'un petit individu de la même espèce. Je ne la possède pas de Mérignac ; mais j'en ai un petit individu entier, de Martillac ; or, on sait qu'en outre du falun de Léognan, la commune de Martillac en renferme ( dans l'ancien domaine de M. Von Hemert) d'absolument identiques aux faluns de Mérignac. En somme, avec ou sans son test, à Dax comme à Bordeaux, cette intéressante espèce est rare. LETTRE A Monsieur FRANÇOIS CREPIN PROFESSEUR DE BOTANIQUE A L'UNIVERSITÉ DE G AND (BELGIQUE). Bordeaux, le 3 Janvier 1868. Cher et éminent Collègue , Plusieurs fois déjà, nous avons donné place dans notre correspon- dance, à quelques réflexions sur cette grande question de nomenclature qui a si vivement et si longuement préoccupé, en août dernier, le Congrès international de botanique. Nous avons reconnu qu'au milieu de celte foule de détails si admirablement élucidés, appréciés et pré- parés pour la discussion par la plume éminemment magistrale de M. Alphonse de Candolle, une question, — une seule — la plus com- pliquée, la plus importante, la plus chaudement controversée, recevait une solution qui semble absolument inacceptable à notre conscience scientifique. Nous avons remarqué que cette solution était timide, embar rassée, obscure même à tel point dans le libellé des décisions du Congrès qu'elle a été, au premier abord, comprise par divers lecteurs en deux sens absolument opposés, et qu'il a fallu recourir au Commentaire pour apprendre à laquelle des deux parties contestantes le Congrès avait attribué la victoire (1). D'où vient cela? — J'ignore si le compte-rendu détaillé des séances du Congrès sera bientôt publié; mais dans tout ce que j'ai pu lire des (1) Dans le cours de notre vie scientifique, il nous est arrivé à tous, ou à peu près à tous, d'écrire les noms, parfois suivant la méthode que M. Alphonse de Candolle appelle ancienne, et parfois selon celle qu'il appelle nouvelle. C'était une inadvertance et peut-être un tort, mais l'inconvénient n'élait pas énorme : chacun faisait a sa guise et pouvait librement désapprouver, in petto, ceux qui Tome XXVI. 29 ( 346 ) opinions exprimées sur ce sujet, j'ai vu qu'on avait, de part et d'autre, examiné la question sous toutes ses faces pratiques, qu'on avait pesé avec soin ce que chaque solution pourrait présenter d'utile ou de dan- gereux, de juste ou d'injuste, de net ou d'obscur. On aurait donc, ce semble, frappé à toutes les portes de la pratique, de la théorie et même de la philosophie de la science et pourtant, la solution proclamée n'aura pas l'approbation obéissante de la multitude des naturalistes; elle n'obtiendra pas ce consensus omnium qui est le critérium, le signe éclatant de la vérité atteinte. Non ! elle ne pourra pas l'obtenir, et j'en trouve une première preuve dans cette simple réflexion, que si la loi proclamée eût été l'expression du vrai, son énoncé se serait produit sous une forme indubitablement claire, compréhensible de prime-saut et ne donnant place à aucune ambiguité. Encore une fois, d'où vient cela? — De ce qu'on n'a pas poussé assez loin la recherche d'une base fondamentale, indiscutable aux yeux de tous, et de laquelle pût sortir, en se déroulant logiquement, l'enchaîne- ment des raisonnements sur lesquels l'argumentation aurait à s'appuyer. Il fallait, en un mot, partir d'un principe, mais d'un principe reconnu de tous, par conséquent dominateur, souverain, absolu, dégagé de tous contingents : on ne l'a pas fait, ou du moins je ne sais pas qu'on l'ait essayé. Vous m'avez laissé entrevoir le dessein de faire connaître votre senti- ment sur ce difficile sujet, et vous êtes parfaitement compétent pour accomplir ce dessein. Professeur de botanique, critique exercé et juste- ment apprécié, écrivain riche de toutes les ressources qu'assurent l'habi- leté de la plume et la notoriété de la position, cette mission vous con- vient à tous égards : vous êtes naturellement placé dans la mêlée, dès qu'il s'agit de combattre pour ou contre une doctrine scientifique. A votre bel âge, donc, la polémique! Au mien, le privilège — l'espoir du moins — d'être écouté avec une attention bienveillante, et au besoin, indulgente, lorsque je viens expri- faisaient autrement. Mais maintenant qu'on veut établir un code, donner force de loi à l'une ou à l'autre des méthodes, c'est un point de doctrine scientifique qu'il s'agit de définir, un principe qu'il s'agit de proclamer ; et dès-lors, il y a devoir pour tous à l'accepter si, en conscience, on le croit juste et vrai, à protester contre lui si on le croit injuste ou erroné. ( 347 ) mer une conviction longtemps étudiée et réfléchie, une conviction dont l'énoncé est le verdict de ma conscience scientifique. ■Te viens vous soumettre et placer à votre disposition entière, si vous jugez convenable d'en user, un mode d'argumentation qui me paraît avoir été totalement laissé de côté par nos devanciers dans la discussion sur I'autorité (signature) qui, dans la nomenclature binaire, doit sui- vre la désignation (noms générique et spécifique réunis) d'une plante ou d'un animal : c'est là l'objet de l'article 48 ( section 4 ) des lois adop- tées par le Congrès international, et cet article est ainsi conçu : « Pour être exact et complet dans l'indication, du nom ou des noms « d'un groupe quelconque, il faut citer V auteur qui a publié le premier « le nom ou la combinaison de noms dont il s'agit. » Cette rédaction semble tellement claire et précise, qu'en la lisant on ne saurait s'empêcher de dire : c'est juste ! Et cependant, lorsqu'on en vient à lire les dis pages (46 à 55) que contient à ce sujet le Commentaire, on reconnaît avec stupéfaction qu'à cette rédaction a été attribuée, par la majorité du Congrès^ un sens abso- lument CONTRAIRE ! Puisse le principe que je vais invoquer, ramener la discussion à son élément primordial, à son véritable point de départ! Puisse-t-il retrou- ver sa part d'application (si pana licet compotier e magnis) dans ces pa- roles, légèrement modifiées, du Psalmisle : Lapis quem neglexerunt œdifîcantes, hic factus est in caput anguli. Prétention insensée de votre part, me dira-t-on •Te me borne à demander qu'on interroge le principe, qui n'est pas contestable , et les déductions logiques auxquelles il donne naissance. PRÉMISSES. Le voyageur égaré dans une vaste forêt, privé par une voûte de ver- dure, de chercher au-dessus de sa tête quelque indice de la direction qu'il doit imprimer à ses pas, interroge d'abord le sol, les nuances d'im- portance des sentiers ou des voies qui se croisent, les vestiges qu'a pu laisser le passage des hommes, des animaux, des véhicules divers, la pente des ravinages que les eaux ont produits. S'il ne trouve rien qui l'éclairé sur la direction qu'il doit choisir, il erre au hasard, attentif a toute indication imprévue. Mais s'il rencontre sur son chemin une forte pente de terrain, il n'hésite pas à la gravir, et s'il atteint enfin une cime ( 348 ) dénudée, il domine la forêt ; ses yeux aperçoivent et apprécient les ob- jets qui se montrent sans voile au-delà des dômes de verdure sa route est trouvée. Il en est ainsi des questions difficiles de la science, surtout quand on en vient à leur solution appliquée. On cherche de bonne foi le vrai; on sait qu'il ne peut exister en dehors des voies du bon sens, de la jus- tice, du respect des droits acquis: on fait ce qu'a fait le Congrès qui en a appelé à l'équité distributive, à la philosophie de la science Tout cela est bien bon, et le plus souvent suffisant pour arriver au but. Mais qu'est-ce que tout cela, si ce n'est une masse de contingents qui, dans une question difficile et controversée, masquent l'austère nu- dité d'un principe absolu, abstrait de tout ce qui n'est pas lui? — Qu'est- ce que tout cela, si ce n'est une masse de concrets- dont les intérêts sem- blent se croiser et se combattre? Duc in altum! Il faut monter plus haut, il faut laisser de côté tout à la fois les difficultés de la pratique, les prétentions systématiques de la théorie, les enseignements de la simple philosophie de la science, et s'élever jusqu'à sa métaphysique, jusqu'au principe pur. De là, et de là seulement, on saisira l'ensemble des déductions qui s'en écoulent, et l'on choisira avec sûreté la voie dans laquelle devra s'engager une dis- cussion qui rentrera désormais en pleine possesion de ses éléments accoutumés d'appréciation et de jugement. Ce principe, dans la matière qui nous occupe, est aussi simple qu'in- contesté. LE PRINCIPE ET SES DÉDUCTIONS. Quel est le but des sciences naturelles? — C'est la connaissance des êtres naturels (1). Comment peut-on acquérir cette connaissance? — Absolument par- lant, par l'élude directe de tous et de chacun de ces êtres. Mais celte étude n'est pas possible à l'homme. En laissant même de côté (comme (1 ) On songera peut-être à me reprocher d'avoir donné pour base à mon travail une proposition si élémentaire, si naïve, qu'elle a l'air d'une banalité, d'un lieu commun. Je ne dis pas non, mais cela n'en vaut que mieux : un principe qui ne se- rait pas simple, un principe qui ne serait pas clair, un principe qui ne serait pas fé- cond, ce serait là un mon$lre de rare et singulière espèce qu'où se flatterait de dé- couvrir ! ( 349 ) nous allons le faire ici) le règne inorganique tout entier, par cette rai- son que, chez lui, il n'existe pas d'individualités, l'homme ne peut étu- dier directement tous les individus qui appartiennent aux deux règnes organiques, végétal et animal, dans le passé, dans l'avenir, ni même dans le présent. En vertu des lois de l'analogie, dont la constance et la vérité sont démontrées par l'expérience des siècles, l'homme échappe aux suites de cette impuissance en établissant une méthode, une mise en système au moyen de laquelle tous les êtres semblables entrevx par leur nature et leurs propriétés seront considérés et décrits comme n'en fai- sant qu'un : Ab uno disce omnes. Notons ici que sur la première question et la première réponse qu'on vient de lire, l'accord était parfait entre tous, et c'est pour cela que l'idée qu'elles énoncent constitue un vrai et pur principe dans toute la force du terme, pour le point de vue sous lequel nous avons à considé- rer aujourd'hui les êtres naturels. Mais, à partir de la seconde réponse, l'union de tous cesse d'exister. Le désaccord s'introduit, et l'écart ne fera que s'accentuer de plus en plus désormais, entre le Darwinisme qui veut que les êtres naturels aillent se modifiant perpétuellement par des causes contingentes, et nous qui nous accordons pour admettre une assi- milation entre êtres semblables et dont la ressemblance est stable. Heu- reusement, ce désaccord si voisin de l'aurore de la discussion, ne saurait avoir aucune influence sur la validité des déductions que je tire du prin- cipe énoncé, puisque ce n'est nullement avec les darwinistes que j'ai à discuter sur l'article 48 du Congrès, mais bien avec des hommes qui admettent tout comme moi la fixité des types, — fixité absolue, inflexible aux yeux du Jordanisme, — fixité plus ou moins sujette à des variations qui ont des limites certaines sinon toutes connues, aux yeux de la pres- que totalité des naturalistes. Notre discussion est donc tout simplement une guerre civile que nous nous faisons entre anti-darwinistes, mais une guerre bien courtoise et bien douce, puisque nons sommes d'accord pour proclamer la paix dès que nous aurons trouvé une règle de conduite, non pas arbitraire et imposée, mais évidente pour tous et d'une application raisonnablement facile. Reprenons. Ce que j'ai appelé méthode, mise en système (ou systématisation) est un assemblage composé de plusieurs éléments, tout comme un nombre est composé de plusieurs unités. Arrivés à ce point, de reconnaître que l'étude directe et individuelle des êtres naturels est impossible et doit ( 350) êlre remplacée par une systématisation de ces êtres, nous avons à nous faire, dans la donnée du système, une nouvelle question, et la voici . Où se trouve I'unité ontologique? Est-elle dans le genre? — Évi- demment non, car tout système a besoin d'unités stables et réelles, et le genre n'est ni l'un ni l'autre, puisque chaque auteur peut le limiter d'a- près ses vues personnelles (justes ou erronées, peu importe ici) et que, pour si bon, pour si excellemment construit qu'on puisse le supposer, le genre n'est pas un être réel et fini. Le genre est un être de raison, conventionnel, abstrait, souverainement élastique, car il est monotype aujourd'hui, et de nouvelles découvertes peuvent, demain, le rendre po- lytype. Le genre, en un mot, comme les cercles de la sphère, est une construction due à l'esprit de l'homme, construction commode, utile, rationnelle, ingénieuse, philosophique tant qu'on voudra ; mais en fin de compte, c'est une irréalité matérielle. Or, en histoire naturelle, il faut une existence matérielle à I'unité ontologique : donc cette unité ne peut se trouver dans le genre. Moins encore la trouvera-t-on dans les pièces hiérarchiquement supérieures de l'assemblage qu'on nomme sys- tème : les conditions y seront identiquement les mêmes, et l'arbitraire humain n'aura pas moins de place dans la combinaison de ces conditions constituantes pour les familles, tribus, classes, etc. Où donc se trouve l'unité ontologique? Les parties qui demeurent con- testantes dans la présente question répondent tout d'une voix : « L'unité « ontologique se trouve dans I'espèce et là seulement » ! Il est presque superflu d'évoquer à l'apoui de cette vérité, des preu- ves tirées du consentement général direct ou indirect, que les natura- listes ont donné à ce point doctrinal. J'en citerai pourtant, en passant, deux exemples mémorables. En zoologie, dans son admirable ouvrage ( Voyage au Sénégal) Adan- son n'a fait que des ébauches de genres, des genres si vagues, si impar- faits qu'on ne peut plus en tenir compte ; il n'a fait en réalité que des espèces, dont un grand nombre a passé à l'état de types génériques; vé- ritables unités ontologiques s'il en fut jamais, complètes et se suffisant à elles-mêmes pour prendre place dans une méthode quelconque. Tout le monde le reconnaît aujourd'hui, et notre grand malacologiste M. Des- hayes se fait un devoir de restituer aux mollusques, comme noms spéci- fiques, ces appellations bizarres, sorties du fond du chapeau d'Adanson, Tagal, Ropan, Lisor. etc.; et chacun de ces noms répond à l'être collec- ùf auquel seul il appartient, et dont il proclame les droits au litre d'u- nité ontologique. ( 351 ) En botanique, on se souvient du regret exprimé par l'amant pas- sionné des Synanthérées, par Gassini, — regret, peut-on dire, poussé jusqu'à une folle exagération : Cassini se lamentait de n'avoir pu réussir à ne placer qu'tme seule espèce dans chaque type générique. S'il y avait réussi, l'unité ontologique, telle que tout le monde l'entend, aurait ré- sidé à la fois — ou indifféremment— dans le genre et dans l'espèce. Or, le genre étant une invention toute spéculative et non un être natu- rel, il demeure vrai que l'espèce était pour Gassini l'unité ontologique, et les auteurs systématiques qui ont détruit un si grand nombre de ses genres pour faire entrer ses espèces dans des genres polytypes, ont ainsi adhéré à sa manière de voir relativement à l'unité ontologique. Je puis donc regarder comme absolument démontré, aux yeux de qui- conque n'est pas darwinisle, que l'unité ontologique est représentée par I'espèce (1 ). Il suit de là que l'espèce se trouve être à la fois, 1° en tant qu'unité, la base fondamentale, le point de départ, l'élément uni- que du système ; 2° en tant qu'être naturel, stable et limité dans ses ca- ractères essentiels, le point d'arrivée, le but et l'objet final du système. L'espèce est donc la pièce la plus importante, la maîtresse-pièce, en quelque sorte Yalpha et l'oméga du système. Tout y est fait pour elle, tout y pivote sur elle : la connaissance de l'espèce est le dernier mot de la connaissance des êtres naturels, et cette proposition demeure démon- trée, si je ne me trompe, par une chaîne complète et continue d'argu- ments. Je dois me demander maintenant comment il a pu se faire que l'atten- tion du Congrès n'ait pas été éveillée sur ce principe élémentaire. Une telle omission n'est explicable que par un fait : la question a été dépla- cée par les synlhé listes., qui attribuant avec raison au genre un rang hiérarchique plus élevé que celui de l'espèce dans le système, se sont trouvés par là amenés à perdre de vue le rang primitif, inaliénable dont (1 ) La perfection de. la méthode naturelle est le but suprême de la botanique des- criptive, a dit Linné, cité par M. Alph. de Candolle. — Oui sans doute, pour l'as- semblage, pour le système, pour ce degré supérieur que la mêlhode naturelle atteint mieux que toute autre ; mais à quoi aboutit cette méthode naturelle? à la connaissance plus saine et plus sûre des êtres naturels, c'est-à-dire de l'élément primordial du système, de l'unité ontologique, qui est I'ispèce. ( 352 ) l'espèce est en possession, d'après leurs propres principes, dans {'ensem- ble ed ce même système. Sans aucun doute, la synthèse est le summum de la science, son degré le plus élevé, le plus parfait, — mais comme résultat, comme conclu- sion, et non comme agent. Sans aucun doute aussi, l'analyse est d'une dignité beaucoup moin- dre; mais elle est l'élément actif, indispensable, primordial, unique de la construction de l'édifice scientifique. La nomenclature n'est pas un résultat, mais un agent de systématisa- lion, et son rang d'importance est inséparablement lié à celui de l'objet dont elle exprime et représente l'existence. Or ici, cet objet est le com- mencement et la fin de l'édifice systématique, son élément par consé- quent le plus important, le plus à respecter dans le système. L'espèce est l'élément analytique du système ; tout ce qui tient à l'es- pèce, — son nom par conséquent, — appartient à l'analyse et doit donc avoir ici le pas sur ce qui est du ressort de la synthèse. L'analyste qui a établi une espèce a donc constitué un élément direct, primordial et par suite dominateur, dans le système; il a travaillé sur le réel, sur un être stable et limité. Le synthétiste, au contraire, qui a établi un genre, une tribu, une classe, n'a travaillé que sur le conventionnel, sur l'instable et en dehors de l'ontologie. Donc, en toute cette matière, l'analyse doit prendre et conserver le pas sur la synthèse. Donc encore, I'espèce est la propriété individuelle, intransmissible, invendable, de celui qui Va établie: le nom de cet auteur doit lui rester attaché à perpétuité, et surnager à tous les changements, à toutes les combinaisons possibles (1). ( 1 ) Entre la propriété matérielle et la propriété intellectuelle, il existe une diffé- rence de nature, un abîme que rien ne peut combler. La première peut être conquise, cédée, vendue, transmise avec tous ses droits et ses conséquences, parce qu'il est dans sa nature de pouvoir être payée. La seconde ne peut rien de tout cela, parce qu'elle ne peut pas être payée, puis- qu'elle ne peut être séparée de son auteur. C'est la tunique du centaure : elle fait corps avec son auteur. Si parfois l'intérêt conduit à la vendre, le contrat de vente pourra bien avoir son effet public; mais en droit, il restera nul et de nul effet, parce qu'il n'aura pour base que l'affirmation d'un fai faux, ou si on l'aime mieux, la négation d'un fait vrai. ( 353 ) Il existe cependant des circonstances qui autorisent à changer ce nom ; ce sont des empêchements dirimants à son adoption, et je n'ai pas à en parler, car ils ont tous été exposés et appréciés par M. Alph. de Candolle, avec une expérience, un discernement, une justice, une pru- dence et une sagesse qui commandent l'acquiescement de tous, comme celui du Congrès leur a été acquis. Dans le libellé de l'article 48, le Congrès n'a pas dit clairement ce qu'il veut : M. Alph. de Candolle, au contraire, a dit son sentiment avec une clarté parfaite dans le Commentaire. Il veut que la justice soit entière et qu'il ne lui soit rien retranché de ses droits. Seulement, par suite d'une combinaison d'idées que j'ai cru pouvoir combattre dans le cours de cette lettre, il juge opportun de réléguer au deuxième rang la proclamation de ces droits, et il place ainsi la Justice au plus près du trône, sur lequel nous pensons, nous, qu'elle doit être assise, car elle est souveraine (1). Pardonnez-moi, cher collègue, d'avoir été si cruellement long, bien que je n'aie pu rien emprunter aux esprits éminents qui, par leur exem- ple ou leurs écrits, ont tout dit et si bien dit sur la question en première instance et en appel, — MM. Strikland, Owen, Fries, Schultz, Kirschle- ger, Edm. Boissier, Raulin dans l'introduction de sa Botanique de la Crète, vous-même enfin, et sans doute bien d'autres dont les noms m'é- chappent. Simple avocat en cassation, je crois avoir trouvé dans l'arrêt une cause de nullité : je l'ai plaidée, en m'attachant surtout à développer autant que possible chacun de ses moyens. — Agréez, etc. Charles Des Moulins. (1 ) Bien que, dans cette lettre, je me sois rigoureusement astreint à n'exposer que le côté abstrait, — les généralités — de la discussion, je ne saurais me priver de faire remarquer du moins dans une note, que la forme proposée par M. de Candolle, Mathiola tristis Br. Cheiranthus tristis L. se compose de 39 signes. Celle que l'illustre professeur regarde comme la plus digue, par sa justice, d'être employée à défaut de celle-là, Matthiola tristis L. (sub Cheiranlho) — Br., se compose d'un nombre absolument égal de signes. Il n'y a donc rien à gagner, de par ni d'autre, pour la concision, et quant à la crainte de l'obscurité de notre formule, je ne la partage pas ; la règle de position relative n'est pas plus difficile à apprendre que les abbréviations convenues et auxquelles tout le monde se fait. Tome XXYI. 29 TRANSFORMATION D'UN GRAIN DE RAISIN EN RADEAU J'écrivais, le 2.1 novembre 1860, à feu noire vénérable ami , J. Gay : « Je vous envoie une copie de la figure que j'ai fait faire de la curieuse monstruosité dont je vous ai déjà parlé dernièrement, d'un grain de Malvoisie changé en bout de sarment. C'est au savant spécial, à notre grand tératolosiste (Moquin-Tandon) que je destine celte aquarelle. Si on lui trouve peu de mérite comme peinture , j'affirme qu'elle en a beaucoup comme reproduction fidèle de l'objet. Il n'est pas possible d'être plus exact. Je conserve d'ailleurs le raisin séché , et, au besoin , il pourrait encore servir à la constatation. » Il est grand dommage qu'on n'ait pas pu suivre dès le principe la marche de cette monstruosité. Au point où elle en était lorsque je l'ai reçue, le bois était encore vivant; on voyait même comme une très- petite feuille verte , mais il était impossible de se faire une idée des premières évolutions. Seulement, la vue du pédicelle resté parfaitement normal , sans apparence de déformation ni même d'épaississement , montre clairement que la monstruosité est toute florale : c'est sans doute un ovaire développé en rameau. Mais quel est le rôle qu'ont joué les organes appendiculaires de la fleur? Il y!a bien tout une masse de restes d'écaillés pressées , à la base du rameau , mais en cet état elles ne ren- dent compte de rien et ne peuveut tout au plus que prêter à des conjec- tures. » Ce qui me frappe le plus dans cet exemple , c'est de voir qu'un ré- ceptacle aussi exigu, aussi mince que celui d'une fleur de vigne , ait produit et alimenté le gros corps qu'il supporte, sans avoir subi d'alté- ration dans sa forme et ses contours. Sur l'échantillon on peut encore très-bien juger, à la loupe , de l'intégrité du réceptacle. » Les bourgeons, pressés, informes, couverts d'un duvet épais, sont en partie rejelés d'un seul côlé. On reconnaît qu'ils ont eu un commen- 355 ) cernent de développement, en restant toutefois à l'état de rameaux atro- phiés. Quelques vrilles ehétives apparaissent çà et là, sans alternance marquée. C'est un propriétaire de la Gironde , intelligent et instruit, M. Prosper Lannes, qui découvrit, chez lui, à Camiac, canton de Branne, arron- dissement de Libourne, cette monstruosité. Il envoya aussitôt la grappe à M. Petit-Lafitte, professeur-inspecteur d'agriculture du déparlement. M. Petit-Lafitte jugeant le fait plus intéressant pour un botaniste que pour un agriculteur, s'empressa de me faire abandon de l'objet. C'est ainsi qu'il a pu être figuré dans toute sa fraîcheur. Yalait-il mieux le peindre de la sorte et ensuite le conserver sec, ou bien détacher sans retard le bout monstrueux pour le bouturer ? S'il devait y avoir re- prise, peut-être cette dernière alternative est-elle fort regrettable. M. Lannes, d'ailleurs, avait jugé sainement la chose. Dans sa lettre il dit bien « un grain de raisin transformé en sarment. » Toutefois , cette prodigieuse transformation n'était pas ce qui le frappait le plus dans sa grappe ; pour lui , le phénomène le plus bizarre , c'était le rameau cou vert d'oïdium, quand ni le raisin ni le pied de vigne n'en montraient aucune trace. Il n'y avait pourtant là rien de bien surprenant, car on sait assez que les Erisyphe s'attachent de préférence aux organes appau- vris. » J'adressai effectivement une reproduction exacte du dessin à notre illustre et regrettable tératologiste Moquin-Tandon , et je reçus de lui la réponse qu'on va lire : Paris, le JO Décembre 1860. Mon cher Monsieur, Je vous remercie du Raisin monstrueux dont vous m'avez donné un dessin. La Renommée, aux cent bouches, m'assure que ce dessin, très-joli et très-clair, a été fait par une personne de votre nom, gracieuse autant que modeste... C'est pourquoi, j'ai mis le dit dessin, parmi mes autographes , à la suite de M. Durieu de Maisonneuve. Cette anomalie est fort intéressante. Dans ce phénomène, les sépa- les, les pétales , les étamines et l'ovaire d'une fleur ont avorté; tandis que le réceptacle, par balancement organique, s'est accru outre-mesure, hypertrophié et fascié. ( 356 ) La fasciation s'est augmentée pendant la fructification ; elle serait devenue , probablement , encore plus grande, si l'on n'avait pas cueilli la grappe. Des bourgeons adventifs se sont formés sur l'expansion, sur un côté et à l'extrémité. Ces bourgeons sont revêtus d'écaillés rousses. Trois ou quatre, vers la partie inférieure, ont donné des vrilles filiformes; un autre, vers le sommet, a produit une petite feuille. Tout cela est fort curieux. Tout à vous. A. Moquin-Tandon. En portant ce fait, aussi rare que singulier, à la connaissance des lecteurs de nos Actes, j'y joins la reproduction, due au talent de M. La- ckerbauer, de la presque totalité du dessin original, nécessaire pour l'intelligence et la mise en lumière des détails ci-dessus. (Voir PI. IV, fig. 7). Bordeaux, 8 Août 4 867. DURIEU DE MAISONNEUVE. 3 .- T. 26. PL. Y. 2 m T.J^CLckîT-hau-CT ad. 7 ' h _ &m. i. Solecurtus psendotagal Cales M; 2. Solen sculptus CLies¥. 3 . S . _ — liefula. Cli. des ¥. 4. Xucina gloLulosa -Dest. S.Pecten. Mlaudellii et. àes M. 6 . Ri s s o'a D ufrenoyi CL des M . DESCRIPTIONS ET FIGURES DE QUELQUES COQUILLES FOSSILES DU TERRAIN TERTIAIRE ET DE LA CRAIE (GIRONDE, DORUOGNE, ROÏAN) Par M. CH. DES MOULINS. Président. Décembre 1867 Je me propose de donner, à la suite de mon recensement général des moules pierreux de nos testacés tertiaires et crayeux de la Gironde et de la Dordogne, la concordance des noms que j'ai employés sans leur consacrer descriptions ni figures, soit dans les Actes de la Société Linnéenne, soit dans les listes jointes en 1834 par feu Dufrénoy à son célèbre mémoire sur les Terrains tertiaires du midi de la France, — avec les noms que les publications plus complètes et plus récentes auront conduit, alors, à leur appliquer. Tant que ce travail général ne sera pas achevé, il serait inutile et il me serait impossible de dresser convenablement une telle liste de concordance. Cependant, il est resté jusqu'à présent un très-petit nombre (5 ou 6) de mes espèces, dont la valeur n'a pas encore été fixée ou qui n'ont été illustrées ni par des descriptions ni par des figures. La Compagnie a désiré que je donnasse enfin à celles-ci une existence légale et une possession légitime de nom qui ont été successivement ravies, sans que j'aie le droit de m'en plaindre, à un nombre bien plus grand parmi celles que j'ai, à diverses époques et le premier, reconnues dans ma collection, mais que j'ai trop longtemps négligé de faire connaître au public. Tel est l'unique objet de la présente note, que je fais suivre d'une observation relative à une variation de forme du Venus aurea GmeL, espèce vivante de nos côtes. 358 ) SOLENACÉS. Lorsque, dans les premiers mois de 1831, ma collection fut honorée delà visite de MM. Elie de Beaumont et Dufrénoy, elle renfermait déjà trois espèces du genre Solen de Lamarck, provenant de la formation crayeuse (couches à Sphérulites, faisant actuellement partie de l'étage sénonien d'Alc. d'Orbigny). Ces savants illustres les regardèrent comme le premier exemple connu de la présence de ce genre dans la craie. Moins d'une année après cette visite (15 mars 1832), je publiai dans le t. V des Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, une Notice sur la répartition des espèces dans les genres Solen, Solécurte, Sanguino- laire et Solételline de M. de Blainville, — notice dans laquelle, après avoir cité le fait que je viens de rappeler, j'inscrivis, aux pages 107 et 113 dans le volume des Actes, 25 et 29 du tirage à part, mais sans diagnose et sans description, mes trois espèces sous les noms de Solecurlus pseudotagal, Solecurlus dubius et Solen sculplus. Je commence par mettre de côté la deuxième de ces espèces, S. dubiu (n° 16) dont le nom doit disparaître entièrement de la nomenclature, puisqu'elle a été décrite et figurée en 1835 par M. Dujardin, sous le nom de S. inflexus, dans ses Fossiles de la craie de Touraine (Mém. Soc. géol. de Fr. l re sér. t. 2, p. 222, pi. 15 ; f, A a-b). Je donnerai sa synonymie dans mon travail général sur nos moules pierreux de la Gironde et de la Dordogne, et nous n'avons point à la figurer. Je ne sais pourquoi d'Orbigny n'a pas repris cette espèce de Dujardin dans sa Paléontologie française; mais il l'a citée dans son Prodrome. Je la possède de Royan et du Périgord, et je lui avais rapporté à première vue, quelques échantillons plus récemment recueillis dans cette dernière province. Un examen plus approfondi m'a amené à attri- buer ceux qui sont un peu élargis en arrière au S. Guerangerî D'Orb. Pal. Fr. etProdr. (le S. inflexus Duj. est, au contraire, un peu rétréci en arrière), et un autre échantillon plus petit, dont les deux bouts sont égaux, au S. œaualis D'Orb. Pal. Fr. et Prodr. Restent maintenant, de mon travail de 1832, deux espèces décidé- ment non décrites depuis lors, et que la Société Linnéenne fait figurer aujourd'hui dans la planche qui accompagne cette note. Voici leur des- cription et les observations auxquelles elles donnent lieu. ( 359 ) N° 1 . — Solecurtus pseudotagal Ch. Des M., loc. cit., n» 15 (1832). (PI. V, fig. i, moule interne de la valve droite). S. testa lalâ, parùm elongatâ, inflatâ, lateribus* vix hiantibas, ( lœvi- gatâ?) ; margine cardinali recliasculo ; lalere buccali terliam longiludi- nis partent œquante, anali subdilatato producto nec carinalo; ambobus margine rotundalo. Long. 55 millim. — Lat. 22 millim. — Hab. Craie de Royan (sénonien D'Orb. ). RRR. Plus élargie (plus haute que le Tagal d'Adanson, cette espèce rappelle, par l'ensemble de ses formes, les Solécurtes du groupe strigilatus (genre Psammosolen Risso ). Mon unique échantillon ne laisse voir que les marques d'accrois- sement imprimées sur le moule, et ne permet pas de décrire la char- nière. J'ai dû me demander si cette espèce ne ferait pas double emploi avec un Solecurlus Pelagi D'Orb. 1847, publié en 1850, sans description ni figure, dans son Prodrome, II, p. 458, n° 254 (cénomanien) ; mais je ne suis nullement en puissance de m'en assurer, et l'espèce de D'Orbigny n'étant pas plus légalement constituée que la mienne, le droit me reste de conférer à celle-ci (dont l'existence nominale est plus ancienne) le carac- tère définitif de publication qui manquait, hier encore, à toutes deux. N° 2. — Solen sculptus Ch. Des M. loc. cit., n° 16 (1832, pro parle tanlùm,). (PI. V, fig, 2, empreinte extérieure de la valve gauche). S. testa anguslà, elongatâ, compressa, lateribus hiantibus, postico ra- diatim sulcis prof midis 5-6 (medio majore) in strias tenuiores sensim abeunlibus supernè exaralo, cœîerùm lœvigatâ (!), marginibus reclius- culis; laiere buccali ovatim atlenuato, terliam cir •citer longiludinis par- lent adœquanle, anali paulô magis compresso et dilalaîo. Hab. R.R. dans la craie du Périgord {sénonien D'Orb. ) au Port de Lena, commune de Varennes, aux Guillonets, commune de Saint-Aigne, aux Roques, commune de Lanquais. Le 2 e échantillon a été donné par moi en 1836, à feu Requien, et doit se trouver au Musée d'Avignon ; le 3 e a été vu chez moi en 1831, par Dufrénoy et M. Élie de Reaumont. Je m'exprimais ainsi, en 1832, au sujet de ce Solen, qui appartient à ma 2 e section (Cultellus Meg. ) : « Belle et curieuse espèce, de la craie « du Périgord » (Lanquais, Varennes, canal latéral de la Dordogne ; sénonien D'Orb.), « excessivement allongée, droite, ressemblant un ( 360 ) t peu à une cosse de haricot commun, arrondie aux deux extrémités ; » la postérieure ornée, sur chaque valve, de rayons profondément sculptés » qui partent du sommet. Un pareil caractère est bien rare dans les So- » lens. Je ne puis distinguer (sur ces moules crayeux d'une seule valve) » ni les impressions ni les dents de la charnière; mais la forme suffit » pour fixer sa place. » D'Orbigny, dans sa Paléontologie française crétacée, réunit sous le nom de Solens presque toutes les coquilles soléniformes. Dans son Pro- drome, au contraire, toutes les solénacées de la craie sont des Solécur- tes ou des Legwninaria, et il n'admet le genre Solen, tel qu'il l'entend, que dans les terrains tertiaires. Son genre Polia n'est même, suivant lui, que subapennin. Depuis 1832, deux espèces de Solens, à rayons sculptés, ont fait leur apparition dans les catalogues des terrains crétacés, savoir: En 1842, Solen elegans Matheron, Cat., p. 134, n° 61, pi. 11, f. 3. Il est si court transversalement, et si large dans la dimension de sa hau- teur, qu'aucune comparaison ne peut être tentée entre lui et mon fos- sile. Il a été repris, en 1847, et publié en 1850 par D'Orbigny, sous le nom de Solecurtus elegans D'Orb., dans son Prodrome, t. II, p. 194, n° 103, (turonien), et l'auteur fait remarquer qu'il ne faut pas le con- fondre avec celui qui parut en 1844, sous le même nom, dans sa Paléon- tologie. En 1844, donc, Solen elegans D'Orb., Pal. Fr. crétac, t. III, p. 322, n° 788; pi. 351, f. 3, 4, 5 (craie chloritée), était venu faire double em- ploi de nom avec l'espèce de M. Matheron, à laquelle il ressemble en définitive un ?peu plus qu'à la mienne. D'Orbigny s'étant aperçu de ce double emploi, le fit disparaître en 1850, dans le même volume du Pro- drome, en reprenant sa propre espèce sous le nouveau nom de Solecurtus radians D'Orb., 1847; Prodr. II, p. 158, n° 253 (cénomanien). Mon Solen sculptus n'est ni l'une ni l'autre de ces deux espèces. Je ne parle pas de genre, puisque j'ai travaillé comme les autres aux démem- brements multiformes auquel a été soumis le genre linnéen ; un pareil triage me mènerait trop loin, et cela sans utilité, puisque je peux prou- ver mon dire par la comparaison directe des caractères spécifiques, offerts par les figures et les descriptions. L'angle apicial, sur des coquilles d'une forme si linéaire, est une me- sure bien difficile, bien délicate à prendre, surtout quand on opère sur de gros morceaux de calcaire crayeux. Aussi ne puis-je affirmer avec ( 361 ) une entière confiance les résultats que j'ai, peut-être maladroitement, cherché à obtenir; mais en présence d'un caractère si important, j'ai dû en tenir compte et scinder mon espèce de 1832 en deux espèces distinguées l'une de l'autre, malgré leur ressemblance à première vue, par l'écart que présentent leurs mesures proportionnelles. D'Orbigny donne à son S. radians un angle apicial de 165°. — Mon S. sculplus me paraît en donner 160 (empreintes extérieures des deux val- ves, prises sur deux individus différents ; la fig. 2 de la planche ci- jointe rend à mes yeux l'effet d'un moule saillant; mais c'est en réalité l'empreinte en creux de la valve gauche). J'obtiens le même résultat (approximativement du moins) sur un fragment de moule interne qui appartient bien à la même espèce, car il laisse voir la base du faisceau de rayons sculptés qui la caractérise. En ce qui touche la longueur et la hauteur totales de la coquille, le S. radians D'Orb. accuse, d'après sa figure, 42 millim. pour sa lon- gueur (le texte dit 32 mm , erreur évidente, ce me semble) et 11 millim. pour sa hauteur. Mon -S. sculptus en nature (Fig. 2) dépasse un peu 41 millim. sur 10 de hauteur; c'est le plus entier que je possède. En ce qui concerne les proportions relatives des côtés buccal et anal, le S. radians donne 13 mm pour le premier et 27 mm pour le second. Le même échantillon de S. sculptus donne les chiffres 11 et 35. Il résulte de là que les deux espèces sont très-voisines l'une de l'autre, mais que la mienne est plus allongée et moins haute que celle de D'Orbigny. En outre de cela, la figure du S. radians montre des rayons sculptés à peu près égaux au côté/postérieur et qui s'atténuent et s'amincissent en approchant du côté ventral, tandis que dans le sculptus les rayons sont peu nombreux, fort inégaux; il y en a un très-gros entre deux plus pe- tits ; les autres sont réduits à de simples stries, et le reste du disque de la valve est parfaitement lisse. Donc, les deux espèces sont réellement différentes. Les mômes remar- ques s'appliquent— et bien plus manifestement encore, — à la compa- raison du S. elegans Math, avec le S. sculptus. Je passe à la description de l'espèce que je crois devoir distinguer du S. sculplus avec laquelle je l'avais confondue, la prenant, en 1832, pour son moule, car je ne savais pas alors que les rayons sculptés de l'exté- rieur se traduisent sur celui-ci, et c'est ce que m'a appris la découverte d'un des échantillons dont j'ai parlé plus haut. Tome XXVI. 31 ( 362 ) N? 2 (bis). — Solen ligula Cli. Des M. 1867. S. sculptus (pro parle lanlùm) Gh. Des M. 1832. (PI. V, fig. 3, moule interne de la valve droite.) S. testa anguslissimâ, prœlongâ, valdè compressa, lateribus hiarilibus rolundatis, lœvigatâ (?) ; marginibus redis ferè parallelis ; latere buc- cali subangustalo parle longitudinis quarlâ paulà breviori, anali paulô magis compresso et dilatalo. Hab. RPi dans la craie du Périgord (sénonien D'Orb.) à Lanquais (cet éch. a été vu chez moi, en 1831, par Dufrénoy et M. Elie de Beaumont ; je le confondais alors avec le S. sculptus) ; au port de Lena, commune de Varennes ; dans les déblais du canal latéral de la Dordogne, com- mune de Saint-Capraise-de-Lalinde. Je ne connais point l'empreinte extérieure de cette coquille, et je dois par conséquent la croire lisse ou du moins bien faiblement accidentée. Je n'en possède aucun moule entier, et son extrême allongement doit ren- dre bien rare l'heureuse chance d'en obtenir. Ses bords dorsal et ventral sont si sensiblement parallèles et rectilignes que je la nomme ligula (lame d'épée), d'autant qu'elle est moins bombée que le S. sculptus. Son angle apicial m'a paru être de 170°. — Mon plus grand échantillon dépasse, d'une quantité qui ne doit pas être très-grande, mais qui me reste inconnue, 55 mm de longueur sur ll mm de hauteur. — Le côté buc- cal est long de ll mm et le côté anal dépasse de x 47 mm . Il suit de là que dans le S. sculptus, Haut. : long. : : 1 1 : 41 (un peu moins du quart. ) Côté buccal : côté anal : : 11 : 35 (un peu moins du tiers), tandis que dans le S. ligula, Haut. : long. : : 11 : 55 + x (le cinquième — x). Côtébuccal : côté anal:: 11 : 47 + x (le quart — x). Donc, les deux espèces doivent être séparées. flo 3 # —Solen ventrosus Ch. Des M. loc. cit. n° 15 (1832); et in Dufrénoy, Listes du mém. s. les terr. tert. du midi de la France (1334), impr. dans les Ann des Mines, 1835, p. 118. Je devrais décrire ici et figurer, à la suite de mes trois fossiles de la craie, celte petite espèce tertiaire, du falun de Gradignan, découverte par moi en 1831, et qui appartient à ma 2 e section (Cultellus Meg. ) du genre Solen, tel que je l'ai délimité en 1832. Elle ferait actuellement partie du genre Polia, D'Orb. Pal. crétac. III, p. 391, synonyme du ( 363.) genre Machœra de Gould, et probablement du genre Legwninaria de Schumacher. Dans la courte et incomplète notice que je lui ai consacrée dans le mémoire précité, je. me demandais si cette très-petite, très-rare et très- fragile espèce ne serait pas le S. legamen de Basterot, et je regardais cette assimilation comme possible, dans le cas où M. de Basterot n'au- rait vu que des échantillons brisés, car alors il aurait pu croire les sommets médians, tandis qu'ils sont rapprochés du bord antérieur. Je me demandais si ce ne serait pas le S. affmis Sow., l'analogue du S. pellucidus Penn.? , et la chose ne me semblait pas croyable, parce que ces espèces passent pour un peu arquées, tandis que la mienne est droite. J'en ai rencontré si peu de \alves (4) et ces valves sont dans un tel état de brisement, que je regarde comme impossible d'en tirer une resti- tulion sincère. Aussi, privé du talent nécessaire pour dessiner moi- même des modèles si mal conservés et qu'on ne sait comment manier à cause de leur fragilité excessive, je n'ai pas osé risquer pour eux, en les envoyant à Paris, une destruction entière, et je me borne à esquis- ser, tant bien que mal, leur diagnose approximative, — d'après celle que M. Hœrnes assigne au Polia legumen. S. testa vixelongalâ, sublineari, depressiusculâ, utroque lalere rotun- dalo-oblusâ, sub acri lente vix concentriez slrialulâ, nitente, coslulis duabus radianlibus vix perspicuis ad lalus posticum insignilâ; cardine excentrali (circà guartam longitudinis parlem sito) ; dentibus duabus validis in valvâ sinistré bifidis, in dextrâ integris. Margo dorsalis rec- lus, venlralis autem arcuatim subprominulus (à quo nomen specificum venlrosus originem trahit). Long. 15-17 millim. — Haut. 4-5 millim. — Je ne puis essayer de me- surer l'épaisseur, mais je l'évalue au moins à 1 millimètre et demi, ce qui justifie encore, et sous un nouveau rapport, le nom spécifique ven- lrosus. Le banc de falun de Gradignan, exploré jadis par d'Argenville et que rend si remarquable la présence du genre Tkracia (que nous n'avons jamais retrouvé ailleurs, du moins avec certitude), appartient au falun de Léognan à Sculella subrotunda. Il paraît désormais fermé à toute exploration ultérieure, et c'est la seule localité où j'aie reconnu l'espèce dont il est ici question. ( 304 ) N° 4. — Lucina globulosa. Deshayes (4 830). Enc. mélli. Vers, II, 2 e part. p. 573, n° 2; et Trait, éléra. de Conchyl. II, p., 783 (1850). - Non Hœrnes, Bass. Vienne, II, p. 223, n° 3; pi. 32, f. 5 a, b. (1865).— ? Lucina subedenlula D'Orb. 1847; Prodr. III, p. 116 n°3181 (fa-- lunien, B). ? Lucina edewJwfaSismonda, Syn. méth., pedem. (1847 ) , non Lam , ex D'Orb. — Mayer,Marin., Moll., Schweiz, (1853); non Lam., ex Hœrnes. ! Lucina pomum Ch. Des Moul. in Dufrénoy, Mém. s. les terr. tert. du midi de la France, 1834; p. 119 des Annales des Mines (imp. en 1835), sans fig. ni descript. — (PI. V, fig. 4, valve droite ; a charnière id ; b id. de la valve gauche. ) Je me permettrai de le dire en toute franchise à ce maître si juste- ment honoré : M. Deshayes n'a pas eu la main heureuse, lorsqu'il a choisi, pour la belle espèce dont je vais parler, le nom spécifique globu- losa, trop propre à éloigner du but les recherches de détermination fai- tes dans des livres non illustrés. Globulosa, ce mot si digne du droit, de cité qui lui a été donné dans le meilleur latin d'histoire naturelle, et qui y remplit un rôle si utile et si journalier, implique, quoi qu'on en ait, l'idée d'un diminutif. Globosa qui seul appartient au latin cicéronien, eût été à merveille à une espèce que sa forte taille place dans un rang voisin de la première grandeur parmi les Lucines fossiles, — et globosa, en 1830, était un nom parfaitement disponible. Mais, si M. Deshayes s'est laissé aller à une toute petite faute dans la sélection d'un nom spécifique, j'en ai, moi, une fort grosse à expier, el c'est le devoir dont je viens m'acquitler aujourd'hui. Par quelle inadvertance ne suis-je pas allé chercher dans l'Encyclo- pédie (volume publié en 1830) si quelque nom récent ne devrait pas remplacer ma vieille étiquette de collection, écrite à l'époque où j'avais l'ambition et la volonté, non-seulement de compléter le beau travail de M. de Basterot, mais de l'étendre à tous les lestacés vivants et fossiles de la Gironde?, — par quelle inadvertance, dis-je, n'ai-je pas reconnu que mon Lucina pomum n'avait plus de raison d'être, et ai-je adressé ce nom à feu Dufrénoy pour ses listes, en 1834, lorsque depuis quatre ans, le Lucina globulosa était publié et si bien décrit par M. Deshayes?... ( 365 ) Question à laquelle., après tant d'années, je ne sais répondre que par l'aveu d'une faute inexcusable ! Cela dit, venons à la belle coquille dont il s'agit, et raisonnons d'a- bord dans l'hypothèse de l'identité spécitique des deux espèces de M. Deshayes et de M. Hœrnes. Voici la diagnose de M. Deshayes : Lucina — testa orbiculabâ, cordiformi, globulosâ, subsphœricâ, Icnui, fragili, lenuiler slrialâ, inœquilaterâ ; cardine edentulo ; intiis margi- nibas longitudinaliter subslrialis. M. Hœrnes, seul auteur à ma connaissance qui, depuis ! 830, ait re- pris l'espèce de l'Encyclopédie, n'a fait que deux changements à la phrase de M. Deshayes, et ces changements ont leur utilité, l'un dans tous les cas (radiatim subslrialis au lieu de longitudinaliter subslrialis; M. Hœrnes est plus clair et plus correct), — l'autre, dans l'hypothèse de l'identité des deux coquilles (lesta grandi, dit M. Hœrnes qui figure une coquille de 73 sur 77 millimètres, tandis que celle que décrit M. Des- hayes n'en a que 45 sur 47). Il suit de là que si, comme je le crois, les deux coquilles sont spéci- fiquement distinctes, elles constituent du moins deux espèces systéma- tiquement voisines, puisque la diagnose de l'une a pu être appliquée à l'autre par un appréciateur aussi éclairé que M. Hœrnes. M. Deshayes fait suivre sa diagnose d'une description détaillée et trop longue (23 lignes de la l rc colonne, p. 573) pour qu'il convienne de la transcrire ici, mais tellement parfaite qu'elle ne laisse absolument rien à désirer: c'est l'œuvre du maître, qui ne laisse pas de place pour une relouche. Je ne dirai rien — et pour cause, hélas ! des douze lignes in-4° d'ob- servations, en allemand, que M. Hœrnes place (p. 223) à la suite de sa diagnose. Jusqu'ici tout semble parfaitement d'accord. M. Deshayes cite son espèce, sans désignation particulière, aux environs de Bordeaux. M. Raulin et moi sommes les seuls, ici, qui la possédions, et tous nos échantillons ont été recueillis dans l'ancien domaine Von Hemert, à Martillae, par MM. J.-L. Laporte aîné, Richard et Danon, tous morts depuis plusieurs années. M. Hœrnes cite Martillae, localité à laquelle il ajoute Léognan, Saubrigues, près Dax ( d'où nous ne l'avons pas vue), Turin et le bassin de Vienne, localités desquelles aucun exemplaire n'est venu jusqu'à nous. Jusqu'ici, je le répète, rien ne semble de nature à éveiller un doute. ( 366 ) Il ne me resterait donc qu'à contrôler, par l'examen de nos échan- tillons, l'exactitude de la figure publiée par M. Hœrnes, si je ne devais mentionner, à titre de pur renseignement, une circonstance qui a sa place chronologique entre les deux publications de MM. Deshayes et Hœrnes. En 4840, j'étudiais à Paris, autant qu'on le peut faire à travers la glace des vitrines, une belle Lucine vivante de la galerie du Muséum, et j'inscrivais sur l'étiquette de mes échantillons de L. globîilosa, la note que voici: « Analogue fossile, ce me semble, du L. Bottée de la Mer ii Rouge (point de dents! une fossette linéaire, courbe, sous les cro- « chets). Mus. reg. parisiens. 1 er août 4840 ». — J'ignore encore par quel auteur celte espèce vivante a été nommée et peut-être décrite; mais je puis affirmer que le caractère exprimé dans ma note s'applique avec une exacte rigueur à nos échantillons fossiles de Martillac. Sur une valve parfaite, de 26 sur 29 millim., cette fossette linéaire n'est qu'une vraie gouttière, pour ainsi dire sans largeur appré- ciable, dont le fond et les deux bords aigus et sans épaisseur n'occupent pas tout à fait l'espace d'un millimètre. Dans la figure de M. Hœrnes, au contraire, c'est une vraie charnière (mais sans dents) aplatie et for- mant un entablement de la dimension de 6 millimètres pour une valve de 73 sur 77 millim. Il résulte de là que dans l'échantillon sur lequel je prends cet exemple, l'épaisseur de la charnière, en ce point caractéris- tique, égale un 26 e de la hauteur totale de la valve, tandis que dans l'é- chantillon de M. Hœrnes, ladite épaisseur occupe 6 73 cs de cette hau- teur, soit un douzième (approximativement). II en est presque absolument de même, sur un magnifique échantillon recueilli à Martillac par feu M. Banon et appartenant actuellement à la Faculté des Sciences de noire ville. Cette valve mesure 47 sur 56 milli- mètres. L'ensemble de la gouttière linéaire ne dépasse pas un millimètre sous les crochets, et ce n'est que fort en arrière, vers le milieu de la longueur du corselet, qu'elle atteint un millimètre et demi" de largeur totale, soit de 4 à 2/47 es , ou moins de 4/23% ce qui prouve que la char- nière ne s'épaissit pas proportionnellement à l'accroissement de la coquille. Voilà donc un premier caractère différentiel très- tranché, et d'une importance de premier ordre. Deuxième caractère différentiel. Dans l'espèce de M. Deshayes, « les » crochets sont assez grands, cordifotmes, inclinés en avant » (Desh. ( 367 ) 1. cif. description française) ; ils sont même tellement. inclinés que si l'on prend la plus grande longueur transversale de la coquille et qu'on abaisse sur cette ligne horizontale une verticale qui la coupe en deux parties égales, l'extrémité du crochet est placée au sixième de la longueur to- tale, tandis que dans la coquille de M. Hœrnes, le crochet qui est assez petit et peu saillant, est placé aux cinq-douzièmes de la longneur totale, c'est-à-dire très-près de la moitié. Il résulte de là que le galbe de la valve de M. Hœrnes est presque régulièrement orbiculaire, tandis que celui de la coquille bordelaise est manifestement transverse, et si on voulait la placer le crochet en haut comme l'autre, ce galbe deviendrait longitudinalement oblique. Troisième caractère différentiel. M. Deshayes dit (loc. cit. ) : « Celte » Lucine fossile est la plus globuleuse de toutes celles que nous connais- » sons; ses valves forment un hémisphère presque régulier; elle a y> de très-grands rapports avec la Lucina edentula Lam., mais on la re- » connaît au premier aperçu par son extrême convexité. » Gela est ri- goureusement exact pour la coquille bordelaise, tandis que celle du bassin de Vienne n'est figurée que guère plus profonde que le L. leonina Basterot; pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir la proportion de l'es- pace fortement ombré qui accuse la profondeur de celte valve. Il est fort à regretter que M. Hœrnes n'ait pas donné la figure du profil de la coquille entière, comme il l'a fait dans la même planche, pour les L. leonina Bast. et Haidingeri Hœrn. ; ce caractère de première valeur sau- terait aux yeux. Quatrièmement enfin, la figure donnée par cet auteur accuse une co- quille solide, à test assez épais, tandis que le test de la nôtre est d'une minceur constante et infiniment remarquable. On voit que, dans cette comparaison, je ne me suis attaché qu'aux caractères de premier ordre, et que j'ai négligé tous ceux de détail, tels que la forme et la direction des impressions musculaires, sur lesquelles il y aurait bien encore à épiloguer. Mais en voilà bien assez pour prou- ver que les deux espèces sont distinctes. Si l'on avait affaire à un autre auteur que M. Hœrnes, on pourrait supposer que la figure est inexacte; en présence de son magnifique ouvrage, une telle supposition est radica- lement inadmissible ! et la question se réduit à ceci : M Hœrnes a-t-il vu sa coquille provenant de Marlillac? Dans ce cas, c'est un fossile bordelais qui nous est resté inconnu. N'a-t-il assimilé la sienne à la nôtre que d'après la diagnose de ( 368) M. Deshayes, et sans avoir vu, en nature, le fossile bordelais? C'est possible. Dans tous les cas, la Société Linnéenne fait figurer ce dernier: PI. V, fig. 4, a , b. Il reste à donner un nom à l'espèce figurée par M. Hœrnes, en suppo- sant qu'on ne vienne pas à lui reconnaître une détermination quelcon- que, antérieure à la mienne. Je propose de la dédier à ce paléontologiste illustre, sous le nom de Lucina Hœrn^ea, et je ne me crois nullement obligé à m'excuser de n'y pas faire entrer la reproduction servile de toutes les lettres qui le composent. C'est cette désastreuse méthode, inaugurée seulement depuis peu d'années, qui nous a valu des noms hideusement barbares, tels que Durieua, Boreaui et tant d'autres ! Il suffit au but qu'on se propose dans cette sorte d'hommages, que le nom fabriqué rappelle nettement le nom réel. Pourquoi rendre barbare et grotesque un nom qu'on a l'intention d'honorer? Pourquoi rendre ridi- cule et offensante pour l'ouïe la nomenclature scientifique? Pour moi, je répéterai toujours, en le modifiant un peu, le beau mot d'un ancien : Debelur auribus reverentia. Juvén. Ma tâche sera terminée quand j'aurai rendu à la fois différentielles et comparatives les deux diagnosesdeMM. Deshayes et Hœrnes : j'écris en italique les mots que j'y change ou que j'y ajoute : L. GLOBULOSADesh. non Hœrn. Testa orbiculato — transversâ, cordiformi, globosâ, subsphœricq, lenui, ma\irnè fragili, tenuiter striatâ, inœquilaterâ ; cardine prselenm sublineari — angustissimo, fragjli, edentulo ; inlùs marginibus longi- ludinaliter subslriatis. L. Hœrn.ea Ch. Des M. - L. globulosa Hœrn. non Desh. Testa grandi, orbiculatâ, cordiformi, globulosa, compressiusculà, crassiusculâ, fragili, tenuiter slriata, vix inœquilalerali ; cardine solido, latiusculo, curvulo, edentulo ; inlùs marginibus radiatim substriitis. N° 5.— Pecten Billaudellii ;Ch. Des M. 1834 (sans description ni figure), in Dufrénoy, Mémoire sur les Terrains tertiaires du midi de la France ( listes de fossiles girondins, insérées dans le texte) p. 29 du tirage à part ( le mémoire a été publié en 1835 seulement, dans les Annales des Mines, et reproduit en 1836 dans les Mémoires pour servira une description géologique de la France, t. 3). ( 369 ) Pecten occitanus Malheron (1867), Note sur les dépôts tertiaires du Médoc et des environs deBlaye, etc., in Bull. soc. géol. de Fi*., séance du 4 février 1867; 2 e sér., t. 24, p. 224 (id. du ti- rage à part), sans figure, mais décrit, en français, avec un soin qui exclut toute possibilité d'erreur. 'PI. V, fig. 5 a a, valves inférieures, 5 h b, valves supérieures de deux individus, vus en dehors; il est à regretter que l'un des deux individus n'ait pas été représenté à l'intérieur). P. testa inœquivaki, ambitu subtriangulari, radiatim obtuse costu- lalâ, coslis tribus oblusis vix prominentibus ornalâ ; margine ventrali crenalo ; valvâ superiore planiusculd, inferiore cavâ; auricidis inœqua- libus, majore costulalâ. Cette diagnose, demeurant absolument insuffisante pour faire bien connaître les caractères si compliqués de cette coquille, je la fais suivre d'une description détaillée, construite sous la même forme. P. testa valdè inœquivalvi convexo-trigonâ (quandoquè deformi), ambitu subtriangulari, margine ventrali valdè arcualo, lateralibus rec- tiusculis excavatisve, dense profundèque radiatim et obtuse coslulatâ, slriolis lamelliformibus transversis perexiguis inter coslulas exaratâ ; coslis lalis tribus obtusis in ulriusque valvœ disco vix prominentibus or- nalâ\; valvœ inferioris intùs valdè cavœ curvulœque, et valvœ superioris minoris planœque margine ventrali intùs crenalo, laterali in adultis speciminibus incrassato ; auriculis inœqualissimis, buccalibus multô ma- joribus extùs lanlùm coslutatis triangularibus, analibus ad laminulam marginalem angustissimam triangularem redactis. In speciminibus juvenilibus planiuscula videtur valva superior. Long, et lat. in speciminibus maximis (rarioribus) 20 millimelr. Quant à donner une description française, je ne saurais faire mieux, assurément, que de copier celle que nous devons à M. Matheron (loc. cit.). La voici : « Très-jolie coquille de petite taille, ressemblant à certaines Ja- « nires. La valve inférieure est très-convexe, tandis que la supérieure « est presque plane. Toutes les deux offrent deux ou trois côtes princi- « pales qui se traduisent par autant de dépressions internes. Elles sont t toutes les deux ornées de nombreuses petites côtes rayonnantes. Le « bord palléal interne est crénelé; les oreillettes sont inégales; celle du « côté buccal est très-grande, l'autre est au contraire très-petite. — ( 370 ) « Celte intéressante coquille a environ 13 millimètres de longueur el de « largeur, et 8 millimètres d'épaisseur. » C'est là, en effet, la dimension ordinaire de ses bons échantillons adultes. Je dois faire remarquer qu'on trouve toujours la coquille pourvue de son test solide et proportionnellement assez épais; le calcaire est trop grossier pour en reproduire les détails sur des empreintes ou sur des moules qui soient déterminables. J'ai placé dans la description, entre parenthèses, une allusion assez vague aux irrégularités que présente souvent cette coquille. Elles n'ont pas échappé à M. Malheron, puisqu'il dit que les valves offrent deux ou trois cotes principales. De même, les stries ou petites côtes de M. Ma- lheron sont quelquefois bifides et souvent inégales. Le disque des valves est parfois bosselé, froissé comme celui de la variété du P. varius (vi- vant) qui se rend fréquemment adhérente et dont, dans cet état, Gmelin avait fait son Ostrea sinuosa qu'on a même essayé de faire passer dans les Hinnites. Arrive-t-il parfois quelque chose de semblable à noire co- quille? c'est ce dont je ne suis pas parvenu à m'assurer par l'observa- tion directe. Une de nos grandes valves supérieures est creusée à l'inté- rieur d'un fort sillon ou pli longitudinal, comme si, du vivant de l'ani- mal, elle avait été soumise à une énergique compression latérale. ïïab. Le calcaire à astéries, exclusivement ! : dans la Gironde, à Lan- goiran (Billaudel et M. Linder)-, à Gironde (M. Matheron); à Monsé- gur (M. Delforlrie); à la Roque de Tau , à Cambes (M. J. Delbos , M. Linder et moi) ; à Saint-Emilion, Saint-Macaire, Saint-Mexant, Bourg, Saint-Seurin-de-Bourg , Cérons, Arbis, Haux, Lalresne et Marcamps (M. Linder) ; dans ces dix dernières localités, l'espèce est abondamment représentée. Dans la Dordogne, elle a été trouvée à Ponchat, canton de Vélines (M. A. G.deDives). Les premiers échantillons que j'aie vus de ce Peigne élaient peu nom- breux. Feu Billaudel, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées dans le département de la Gironde, les avait découverts dans le calcaire à Asté- ries (duquel celle espèce est éminemment caractéristique dans ses cou- ches inférieures comme dans les supérieures ) ; à Langoiran (Entre-deux- Mers ) el, ne pouvant les déterminer, il me les donna pour les publier dans le travail général dont je m'occupais déjà ou que j'allais commen- cer ( mes premiers cahiers de rédaction, comprenant les Slellérides et le ( 371 ) commencement des Echinides, sont datés de 18'29; je n'ai publié métho- diquement que la première de ces deux familles). Je reconnus que l'espèce élait entièrement nouvelle, et je la dédiai, par étiquette de collection, à son inventeur. En 1834., feu Dufrénoy m'ayant demandé des listes de fossiles, j'y inscrivis le Pecien Billaudellii, avec la note ci-dessous, que je retrouve sur la minute de ces listes et qui n'a pas été reproduite dans le célèbre mémoire du savant collaborateur de M. Elie de Beaumont : « Charmante petite espèce inéquivalve, qui me fut communiquée » d'abord par M. Billaudel, et que j'ai retrouvée ensuite. Je ne connais » pas de description qui s'y puisse rapporter. Elle est si facile à recon- » naître qu'elle pourrait passer pour caractéristique de cette sorte de » calcaire, où elle n'est pourtant pas très-abondante. » J'ai donné, depuis lors, ce nom à diverses personnes qui m'ont com- muniqué la coquille pour en obtenir la détermination ; mais elle est si exclusivement localisée dans notre calcaire à Astéries où son abondance, je le répète, n'est pas remarquable dans les carrières anciennement con- nues, qu'elle n'a pas été souvent citée dans les publications géologiques, rares d'ailleurs en ce qui concerne le terrain dont il s'agit, depuis 1834 jusqu'à ces dernières années, et presque toujours dues à des géologues peu paléontologistes. Le nombre de ses localités girondines s'est accru successivement à mesure que les explorations du calcaire à Astéries se sont multipliées, et c'est en 1837 seulement qu'elle a été reconnue dans l'ouest du dépar- tement de la Dordogne, à Ponchat, canton de Vélines, d'où mon labo- rieux ami M. de Dives m'en envoya huit ou dix valves. Cette espèce, sans être régulièrement publiée, a donc joui d'un cer- tain degré de notoriété dont voici deux éléments : Premièrement, elle a été placée, sous le nom que je lui avais donné, au Musée de Bordeaux, où son étiquette est écrite de la main d'Hippo- lyte Gachet, conservateur de cet établissement municipal , mort le 22 novembre 184-2, et dont la gestion a été séparée de celle de M. le docteur Souverbie , directeur actuel , par celle du docteur Henry Burguet, qui a duré plusieurs années. Secondement, ce même Peigne a été cité, sous le même nom, en 1847, par M. Joseph Delbos, dans ses Recherches sur l'âge de la forma- tion d'eau douce de la partie orientale du Bassin de la Gironde (in Mém. Soc. cjêol. de Fr. 2 e sér. II, 2 e partie, p, 280; p. 42 du tirage à. ( 372 ) pari). Ce mémoire est l'un des ouvrages cités comme classiques pour notre région. L'auteur dit, dans son résumé des observations relatives au calcaire à Astéries : » Les fossiles les plus caractéristiques de cet étage sont : Aslerias lœvis. Peclen Billandelli (4). Sculella strialula. Cardium voisin de Vaviculare (2). Cassidulus nummulinus. Crania abnormis. Fibularia ovala. Modiola lilhophaga (3). Turbo Parkinsoni. (1) Toujours la même faute typographique que dans le mémoire de M. Dufrénoy, dont je n'ai pas revu l'épreuve; il y est orthographié billandellii (et ce n'esl pas le seul tslropicmenl qu'on puisse relever dans ces listes; comment s'en étonner d'ailleurs, quand on en laisse assez souvent se glisser d'analogues dans le Bulletin de la Société géologique de France!). Dans le mémoire de M. Delbos, le prote a fait un progrès : il s'est douté que ce mot barbare pourrait être un nom propre et il l'écrit Billandelli. (2) Voici l'histoire de ce Cardium; il n'est pas sans intérêt de la faire connaître : même dans le narré de leurs erreurs, les vieux travailleurs peuvent donner des renseignements utiles pour en éviter d'autres. — Je ne me suis jamais déterminé à établir, dans ma collection, un nom d'espèce, sans avoir épuisé tous les moyens alors à ma disposition pour m'assurer si celte espèce était réellement nouvelle; c'est ce qui m'est arrivé pour le Peclen Billaudellii, et là, je ne me suis pas trompé. — Mais je n'avais pas réussi à me former cette conviction pour le Cardium, dont les premiers échantillons me furent communiqués par Billaudel, ainsi qu'il conste de sou étiquette autographe, datée du 20 septembre 1826 (carrière Pénicaut, à Beychac, Entre-deux-mers, route de Bordeaux à Libourne, que Billaudel a ouverte et achevée); je la conserve dans mes tiroirs. Jouannet, Billaudel et moi-même avons retrouvé ces fossiles depuis lors, à Bonzac ( entre Fronsac et Guilres ), à Lormont, à Cenon-la-Bastide, à la Roque de Tau (ma collection, pour ces localités diverses). Je ne lui donnai pas de nom de mon ciù, parce que dans mes sentiments d'horreur pour les mbis hasardas, il me sembla pouvoir, en l'absence de figures et d'échan- tillons authentiques, la rapporter, quoique avec beaucoup d'hésitation, à la diagnose d'une espèce de Lamarck {Cardium Telluris Lam. foss.n 9). J'inscrivis donc ce nom dans ma collection, mais en le faisant suivre de deux points d'interrogation, qui furent reproduits par Dufrénoy dans ses listes, p. 29, et que M. Tournoùer a réduits à un seul, en 1865, dans sa. Yole sur le calcaire à Astéries, 31 juillet 1865 comptes-rendus de l'Institut). M. Matheron, en 1867, a mieux vu la chose que moi. En bon paléontologiste qu'il est, il a reconnu l'espèce pour complètement inédite, et l'a signalée avec une soigneuse et irréprochable netteté, en lui imposant le nom de Cardium girondicum, tout à côté du Peigne dont je m'occupe ici, à la page 224, dans sa Note précitée sur les dépôts tertiaires du Médoc et de Blaye. C'est là une excellente espèce, et il n'y a plus à s'y tromper. (3) En 1843, mou bien cher et regrettable ami, H. de Collegno, dans son Essai ( 373 ) Il résulte de là que M. Delbos connaissait bien notre Peigne sous le nom dont il s'agit; et comme la plupart des auteurs n'ont nommé, en fait de fossiles que ceux des faluns, ou il n'a jamais été rencontré (!), il n'y a pas à s'étonner que ce nom ne se retrouve presque nulle part. Enfin, M. Alex. Lafont {Mémoires de la Société des Sciences physiques et naturelles, t. III. p. 173, — séance du 20 janvier 4851), « lit une » note sur la découverte qu'il a faite dans les sablières de Bel-Orme, j> rue Mondenard, à Bordeaux, d'un affleurement du dépôt de coquilles » libres de Terre-Nègre. — Ce dépôt est séparé des graviers supérieurs » par une mince couche d'argile et a offert plusieurs fossiles dont les » plus caractéristiques sont : » Turbo Parkinsoni et opercules ; » Trochus fragilis ; » Fragments rfe Pecten Billaudelli ; » Débris de Scutella slriatula. Les choses en étaient là lorsque, en juillet 1866 et peu de temps avant qu'une maladie me tînt éloigné des séances de la Société Linnéenne jusqu'en février 1867, mes collègues me demandèrent de décrire enfin et de faire figurer celles de mes vieilles espèces qui, en bien petit nombre, avaient échappé à des publications plus récentes et par conséquent m'appartenaient encore. On s'arrêta à l'idée d'assurer le succès de la lithographie en joignant aux modèles une photographie, du moins pour la plus jolie et la plus malaisée à traduire de ces espèces. Notre secrétaire général, M. Linder, à qui cette idée était due et qui avait sous la main les moyens d'en obtenir la réalisation grâce à l'habi- lelé de M. Gazenave, l'un des garde-mines de son service, m'apporta, lorsque je pus me remettre au travail, la première épreuve du Pecten Billaudellii. Elle n'était pas parfaite, mais elle autorisait l'espoir — la certitude même d'un succès qui ne lui a pas fait défaut. Sur ces entrefaites, arriva le 10 mai, jour où je reçus de notre savant d'une classification des terrains tertiaires de la Gironde (Actes de l'Académie Royale des Sciences, Belles lettres et Arts de Bordeaux, 5 e année), nomme fort peu de fossiles. Il cite pourtant dans les coteaux de Floirac (rive droite vis-à-vis Bordeaux), que nous avons explorés ensemble, cinq des dix espèces données comme caracté- ristiques par M. J. Delbos, et le Modiola lithophaga en est une. Si, dans cette exploration, nous eussions mis la main sur le Pecten et sur le Cardium, il en eût assurément parlé. Ce qu'il appelle Fibularia sculala est Yovala, ainsi que M. Delbos l'a dit avec raison. ( 374) et excellent confrère, M. Matheron, la Note dont j'ai donné le titre en commençant, et ce fut le lendemain que me parvint la livraison du Bulletin de la Société géologique, à laquelle ce tirage était emprunté. Je ne pouvais hésiter à reconnaître mon espèce dans la description éminemment caractérislique du Peclen occilanas, et je ne pouvais pas davantage méconnaître le droit incontestable qu'avait eu M. Matheron de la publier et d'imposer à la nomenclature la dénomination qu'il lui avait plu de choisir. Le droit, oui sans doute! mais à côté de ce droit rigoureux si on le considérait abstraclivement, ne pouvait-il pas se placer quelques consi- dérations morales qui, une fois connues d'un homme tel que notre collègue, obtiendraient presque à coup sûr de sa générosité qu'il se relâchât de la rigueur de son droit? Sa Note — il le disait lui-même, — n'était que l'aperçu, fargumenlum d'un travail définitif et plus déve- loppé. Je ne désespérai pas de la bonté — et j'oserai ajouter de l'esprit d'équité de M. Matheron. Ce que je n'aurais jamais fait, ce que je n'aurais jamais voulu faire — je suis assuré d'être cru sur l'affirmation que j'en donne, — pour une satisfaction personnelle d'amour propre, je je le fis en faveur d'une notoriété déjà acquise bien qu'un peu restreinte, au nom que j'avais choisi depuis plus de trente années, et surtout en faveur d'un pauvre mort — de Billaudel lui-même. Ce savant, qui a tant travaillé, comme géologue et comme ingénieur en chef, à l'exploration scientifique de la Gironde, n'a reçu de son vivant que ce faible et seul hommage qui eût un rapport direct avec les travaux de sa vie, et qui pût donner à son souvenir une place à jamais assurée clans la liste des travailleurs locaux. Ce n'est que quinze ans après sa mort que M. Mayer dans ses Descriptions de coquilles fossiles des terrains tertiaires supé- rieurs (Journ. de Conchyliologie, t. XII, 4 e de la 3 e série, 1864, p. 359 ; pi. XIV, f. 7), a donné le nom de Scalaria Billaudeli à un individu unique d'une petite espèce rencontrée dans le falun au fond des Landes; et, dans le texte de M. Mayer, il n'y a pas un seul mot qui dise ce qu'était Billaudel, ni dans quelle contrée, ni dans quelle branche des sciences humaines il a travaillé pendant vingt ou trente années. Ce fut avec l'autorisation et au nom de la Société Linnéenne que, le 17 mai 1867, j'exposai à M. Matheron les faits de la cause, et fis appel, non à son amitié personnelle qui me sera toujours bien précieuse, mais à ce sentiment délicat d'équité qui a obtenu de sa part un généreux sacrifice. Son acquiescement gracieux à notre demande ne se fit pas ( 375 ) attendre, il voulut bien m'annoncer, le 26 du même mois de mai, qu'il adopterait le nom Billauclellii dans son travail définitif, et c'est ainsi que je puis le placer ici en qualité de nom légitime, bien que cette insertion semble, au premier aperçu, une désobéissance à la loi qui a droit à tout notre respect et qui est en possession de toutes mes sympathies. Il est des personnes qui pensent que la loi d'antériorité défend à un auteur de changer un nom d'espèce qu'il a précédemment institué, et qu'en vertu de cette loi, on doit refuser de reconnaître le changement de nom que cet auteur effectue. Une telle opinion est radicalement inadmissible, parce qu'elle est en contradiction directe avec les grands principes du droit commun. Un codicille a force légale pour annuller tous les testaments antérieurs ; telle est la loi fondamentale, et il n'est ni individu, ni assemblée qui ait qualité pour en proscrire l'exécution. On a très-bien fait de conseiller, de demander instamment aux auteurs de ne se permettre un pareil changement que dans des conditions rares, bien et dûment motivées ; mais leur droit à le faire existe toujours, et nul ne le peut infirmer. N° 6. — Rissoa Dufrenoyi Ch. Des M. 1867. R. aflînis Ch. Des M. coll. (1830), et in Dufrénoy, listes des fos- siles du Mém. s. les Terr. tert. du midi de la France (1834), impr. en 1835 dans les Annal, des mines, p. 121. îiNoN Pi. decussala Grat. Conch. Adour, var. D, pi. 4 (1^ des Mélaniens), fig. 50, cum synonym. falso "R. afflnis Des Moul" !Nec igilurR. affinis D'Orb. Prodr. III, p. 28, n° 366 (falunien, B),quœnon ad speciemmeam, sed ad iconem Gratelupianam f. 50 referatur. (Dans la nomenclature actuelle, cette petite espèce appartient au genre Rissoina D'Orb. Aussi vais-je calquer la .diagnose sur l'excellent modèle qu'en offre M. Hœrnes, dans son Bassin tertiaire de Vienne). (PI. V. fig, a individu grossi, vu de face; b, le même, vu de dos). R. lesta conico-turritâ, nitente, sub infirma lente lœvi; anfractibus 6-7 convexis sub acri lente regulariter subtilissimèque transversim (nec longitudinaliler !) slrialis, striis impressis œquidislantibus ; aperlurâ obliqua ovato-semilunari, angulo superiori oblusiusculo, basî eff'usâ; labro ad lalus(nec ad baslm! ) arcualo et producio, exiàs incrassalo ; labio marginiformi lœvi. ( 376 ) Long, speciminis (inter 6) maximi : 3 millimetr. Hab. RR dans la petite fontaine de Martillac (domaine de M. Von Hemert, si je ne me trompe) , dont le bassin est creusé dans un falun sableux coquillier blanc et très-fin, qui renferme un nombre immense de coquilles de la plus petite dimension et d'une conservation admi- rable. La synonymie de cette jolie espèce a été fort compliquée par une erreur du vénérable Grateloup, — erreur bien excusable, quand on pense à la multitude de coquilles presque microscopiques qu'il avait à faire passer sous des yeux fatigués par soixante années de travaux. En 1830, j'avais dressé avec beaucoup de soin un catalogue manuscrit des cinquante espèce de Rissoa vivants ou fossiles que renfermait dès-lors ma collection, et j'avais donné des noms à celles qui n'en avaient pas. Lorsque, bien des années après, M. de Grateloup voulut publier sa mo- nographie des Mélaniens de Dax, il voulut bien désirer d'adopter mes noms inédits, lorsqne sa manière de délimiter ses espèces inédites le lui permettrait. Je soumis ma collection à son examen, et il confondit mon Rissoa affinis avec une coquille finement cancellée qu'il avait à Dax, et la plaça, comme var. D, avec mon synonyme, dans son R. decassala Conch. Adour, 1845, pi. 4 (l re des Mélaniens), fig. 50. En 1847, D'Orbigny jugea avec raison que cette figure ne pouvait appartenir à la même espèce que les fig. 47, 48, 49, que Grateloup pla- çait sous le même nom spécifique, et ne connaissant de visu ni les co- quilles de Grateloup ni les miennes, il fit, dans le 3 e vol. de son Pro- drome (1852), p. 28, 29, trois espèces différentes, savoir: R. Modlinsii D'Orb., pour mon R. decussala et lui rapporta la fig. 49 de Grateloup ; R. affinis Desmoulins (sic), pour la fig. 50; R. subdecussata D'Orb. pour les fig. 47 et 48. M. Hœrnes ( Bass. tert.de Vienne) a réuni la l re et la 3 e de ces espè- ces de D'Orbigny sous le nom de Bissoa Moulinsi (t. I, p. 5,70, n° 6 ; pi. 48, f. 14); mais il a eu le tort de citer pour cette espèce, en outre des fig. 47, 48, 49 de Grateloup, qui lui appartiennent réellement, la fig. 50 qui ne lui appartient pas, car c'est mon R. affinis de 1830, et par conséquent c'est, dans son système générique, un Rissoina et non un Rissoa. — Après cette digression nécessaire en présence de deux espè- ces si dissemblables, je reviens à la coquille qui m'occupe en ee mo- ment. ( 377 Mon Rissoa affinis aurait] donc dû conserver son nom, puisque D'Or- bigny le détachait du decussala Grat., et c'est en effet ce qu'il a eu l'in- tention de faire; mais comme il a établi son R. affinis Desmoulins sur la figure 50 de Grateloup et non sur ma coquille, il s'ensuit que le Rissoa affinis D'Orb. non Des Moul. doit conserver ce nom qui est léga- lement publié et appuyé sur une figure, et le porter dans le genre actuel Rissoina. Mon véritable R. affinis qui, je le répète, est un Rissoina, doit donc changer de nom, et je lui impose celui de R. Dufrenoyi qui me semble disponible, afin de rappeler que cette espèce a été mentionnée pour la l re fois dans le célèbre mémoire de Dufrénoy. Je n'ai rien voulu changer à la nomenclature employée jadis par moi pour les espèces que je décris et figure aujourd'hui ; c'est pourquoi je place encore celle-ci sous le nom générique de Rissoa, et non de Rissoina. Ce qui constitue la différence spécifiqne essentielle entre mon R. affi- nis et celui que Grateloup et D'Orbigny ont cru lui être identique, c'est que cette dernière espèce est cancellée, c'est-à-dire ornée de côtes lon- gitudinales et de stries transversales dont l'entrecroissement la rend fine- ment granuleuse; tandis que la mienne, lisse et brillante à l'œil nu et quand on l'examine à l'aide d'une loupe faible ou médiocre, n'a pas en réalité la moindre côte longitudinale, mais seulement des stries transver- sales, creusées avec une finesse, une régularié et une élégance extraor- dinaires. On ne peut les apercevoir qu'à l'aide d'une forte loupe et en faisant jouer la coquille sous le rayon de lumière, et je crois avoir re- marqué que ce genre de stries simples et également espacées est en gé- néral, dans les coquilles où on l'observe, entièrement exclusif de toute côte ou strie longitudinales. NOTE SUR m FORME ALLONGÉE DD VENUS AUÎ1EA 6m. Je crois devoir appeler l'attention sur une jolie variété de forme d'une coquille qui vit en abondance dans le bassin d'Arcachon, Tapes aurea Gmel. ( Venus); Fisch. Cat. Girond. p. 54, n° 51. Elle est certainement plus importante à noter que les variétés de couleur, si nombreuses et Tome XXVI. 32 ( 378 ) si impossibles, pourrait-on dire, à limiter; car elle pourrait se conser- ver par la fossilisation et, le cas échéant, plus d'un paléontologiste ne résisterait qu'à grand'peine à la tentation d'en faire une espèce. Il est évident pour moi que ce n'est pas même une variété, mais une simple forme, car il est des échantillons susceptibles de laisser du doute sur le choix à faire pour les classer dans le type (cunéiforme et raccourci transversalement) ou dans la forme (plus allongée transversalement) que je propose de nommer elongata ( 1 ). Les deux formes et leurs diverses variations de couleur se retrouvent à Brest, d'où mon regrettable ami Des Cherres, auteur du Catalogue du Finistère, me les a envoyées sans plus les distinguer que je ne l'ai fait moi-même jusqu'au mois de septembre dernier, époque à laquelle j'eus le loisir d'en faire une ample récolte, particulièrement sur le crassat dit le Grand-Banc, dans le bassin d'Arcachon. J'ai sous les yeux, au moment où j'écris, quatre-vingt-deux individus arcachonais, dont 51 de forme typique et 31 de la forme allongée. Sur ce nombre considérable, un seul échantillon, sans tache postérieure brune, a l'intérieur des valves bordé d'un beau violet clair. Cette variété de cou- leur, qui paraît excessivement rare chez nous, y est restée inconnue à M. le docteur Fischer ; c'est celle que Maton et Rackett (British Testa- cea) ont figurée sous le n° 9 de leur pi. 2 me , mais avec une bordure interne d'un violet noir qui peut exister dans la nature et dont pourtant je me défie, à cause de l'exagération d'intensité qui est habituelle aux figures coloriées des ouvrages anglais. La forme elongata ne se dislingue du type que par la hauteur propor- tionnellement un peu moins forte de la coquille, et par un allongement un peu plus grand de son côté postérieur, d'où il résulte que ce côté de la coquille s'atténue sensiblement en pointe mousse. De même que dans le type, la convexité des valves, habituellement considérable, est assez sujette à varier à tel point que j'ai été plusieurs fois tenté de placer les individus les plus comprimés dans le Tapes virginea L. ( Venus ); mais j'ai dû les laisser définitivement dans ïaurea, par quatre raisons : ( 1 ) J'espère que M. le docteur Fischer voudra bien la mentionner dans le Supplé- ment qu'il prépare pour son excellent Catalogue de la Gironde, et qu'il y fera connaî- tre l'opinion qu'il jugera couvenable d'adopter définitivement au sujet de cette coquille. ( 379 ) 1° l'amincissement du côlé postérieur et sa terminaison en pointe mousse, tandis que le côté postérieur du virginea est largement obtus ; 2° l'absence d'un angle supérieur bien prononcé (dorsal) dans ce côté postérieur, tandis que le bord dorsal du virginea est sensiblement brisé en arrière de la pointe du corselet ; 3° l'absence constante de toute colo- ration rose ou rouge à l'extérieur et à l'intérieur de la coquille dont les valves, lorsqu'elles ne sont pas entièrement blanches à l'intérieur, y re- vêtent une teinte jaune plus ou moins intense, de laquelle l'espèce a pris le nom d'aurea; 4-° enfin, le bord ventral des valves plus tranchant ( moins épais et moins obtus) que dans le virginea. Le Tapes virginea est fort rare à Arcachon, car M. Fischer ne le cite qu'à la pointe du Sud, où M. Daniel Guestier l'a obtenu en péchant au chalut. J'en possède depuis longtemps un échantillon mort, un peu dé- coloré et balloté par la vague ; il me fut donné par feu notre collègue J.-L. Laporte aîné, fondateur de l'École des Mousses, et il provient cer- tainement du service du stationnaire de l'Etat dans les mêmes parages. Enfin, le 19 septembre dernier, j'en ai recueilli moi-même dans l'inté- rieur du bassin, sur le crassat dit le Grand-Banc, un seul iudividu vi- vant, petit, mais parfaitement frais, de couleur rosée, chinée de rose- brun, et dont l'intérieur est d'un très-beau rose laqueux, largement bordé de blanc. NOTE SUR LE GRES INFRALIASIQUE DU DEPARTEMENT DE LA MEURTHE Par M. BENOIST. Ce grès, qui occupe la partie moyenne supérieure des coteaux aux environs de Varangeville-Saint-Nicolas, a une épaisseur moyenne de quinze mètres. J'y ai reconnu trois zones bien distinctes : la première, caractérisée par une faune triasique, forme pour moi la dernière couche des marnes irisées, avec lesquelles elle se lie intimement; la deuxième zone, caractérisée par des dépôts faits sous l'influence d'une grande agitation et de courants violents, annonçant le commencement d'une période nouvelle, est pour moi la première assise de l'infralias véritable; la troisième zone formée de dépôts lents et réguliers ren- ferme déjà des genres fossiles appartenant au lias, qui se rencontreront abondamment dans la zone à Oslrea arcuata qui la surmonte. Ces deux dernières zones constituent pour moi le véritable infralias, la zone inférieure appartenant au trias. PREMIÈRE ZONE. Cette assise se compose de grès argileux jaunes, bruns ou verdàtres avec nodules de marnes; sa partie inférieure se lie aux marnes vertes qu'il surmonte. Sa partie supérieure renferme plusieurs petites couches de galets et passe même à un véritable poudingue; sa puissance ne dépasse pas trois mètres. La carrière située au sommet du coteau qui domine la route de Varangeville à Lenoncourt permet de l'étudier parfaitement* Coupe de bas en haut (fig. \ ). 1. Marnes irisées s'observant dans le talus de la route. 2. Alternances de couches gréseuses et de marnes vertes = l m . 3. Grès brun tendre avec nodules argileux = l m . A. Grès avec petites couches de poudingues, dents et ossements de poissons ±= 1 m . Grès de la deuxième zone. T.XXVI PL _6 Yifi.3. Tifi.4 Y : S&.\aK&&&^> A. Âlios à ciment organique pas ■°'°Ms' sant latéralement au poudin- ^-.^a^. gue ferrugineux G e et celui-ci ^&?~''é< au § ra ' v 'i er argilo-sableux G a = £' hh. Plaquette hématiteuse. J :-b =>• T. Terre véarétale. 7. L'examen des tranchées qu'on a faites, entre Lescornbes et La Fo- rêt, pour la construction du chemin qui relie ces deux villages de la commune à'Eyzines, confirme de la façon la plus positive, la conclusion à laquelle je viens d'arriver. Dans une fouille qu'on a exécutée sous mes yeux, à côté de l'atelier d'équarrissage de Lescornbes, on a rencontré Y alios à ciment organique à une profondeur d'un mètre environ; dans d'autres excavations plus rapprochées du chemin de La Forêt, cette roche perd peu à peu de son importance et finit par disparaître auprès d'un puits, qu'on a creusé, près de l'usine, dans un amas, d'argile de 42 mètres d'épaisseur, qui recouvre le calcaire à Astéries; mais elle reparaît de nouveau à une petite distance, dans les tranchées du chemin, — bien franche et bien nette dans les sables meubles ou les graviers très-sableux;— v nulle dans les parties très-argileuses ; — à l'état d'enduit ou de concrétions ferru- gineuses dans les graviers purs. Le passage graduel de l'une à l'autre de ces diverses natures de dépôts et de leur roche aliotique, l'identité minéralogique absolue des cailloux roulés qu'elles contiennent ou qui les constituent, s'observent ici avec une telle netteté que l'esprit le plus prévenu est obligé d'admettre qu'elles appartiennent à une seule et même formation. ( 391 ) 8. Je donne ci-dessous l'indication des principales variétés de caillux roulés, que j'ai observées à la fois dans les sables aliotiques d'Eyzines et de la lande dePézeu, et dans les graviers au milieu desquels ces sables se trouvent. Afin de faciliter les rapprochements, j'ai suivi les désignalions adoptées par M. Gh. Des Moulins dans son « Etude sur les cailloux roulés de la Dordogne. » a. Silex gris, noirâtre, brun ou blond, translucide ou opaque, résinoïde on mat, avec ou sans empreintes de fossiles, généralement altéré à la surface. AC. b. Silex, présentant une structure zonaire très-élégante, visible à la surface, surtout par l'effet du roulement du caillou; les zones sont alternative- ment jaune-rougeàtre et brunes à l'intérieur, blanches et grises à l'extérieur par l'effet de l'altération superficielle du silex. (Un échan- tillon unique). c. Silex, renfermant quelquefois des fossiles, passant au quartz nectique et simulant, une craie grossière. R. d. Quartz meulière, gris ou blanc, à pores très-fins, avec ou sans empreintes de fossiles. AR. e. Meulière, très-cariée, avec infiltrations ferrugineuses, polylobée. RR. f Quartz hyalin ou mat, avenluriné ou non, vitreux, laiteux ou grenu, de di- verses couleurs, en cailloux toujours parfaitement roulés, provenant du terrain primitif. CCC. g. Quartz rouge, grenu, nuancé de veines plus foncées. R. g '. Quartz grenu, porphyroïde blanc, simulant la pegmatite. RR. g 2 . Quartz noir, grenu. AR. h. Phlanile ou jaspe schisteux, ordinairement noir, quelquefois grisâtre ou verdâtre, provenant des terrains anciens. AR. i. -Phonolile kaolinisé (?). RR. j. Talcshisle décomposé. RR. k. Tourmaline noire, en petits cristaux agglomérés, avec quartz. R. 1. Poudingue quartzeux à ciment ferrugineux. RR. m. Cailloux argileux, provenant probablement de fragments roulés feldspa- thiques décomposés. AR. 9. Entre Eyzines et la station de Gazinet, sur le chemin de fer de Bordeaux à Bayonne, on observe les variations de terrain précédem- ment constatées entre Cachac et Saint-Médard-en-Jalle; en d'autres ter- ( 392 ) mes, les graviers purs passent fréquemment à l'argile, aux graviers argileux ou sableux, ou bien aux sables quelquefois aliotiques, (lande d'Arlac). L'aspect change, mais les éléments composants caillouteux restent les mêmes dans leur ensemble. 10. A partir de Gazinet, le long du chemin de fer, l'alios se montre d'une manière plus régulière dans la formation. On l'observe tantôt au fond des fossés, tantôt dans les tranchées : ici jaune vif ou ocreux, et, alors, à ciment presque entièrement ferrugineux; ailleurs, variant du grisâtre au noir-brunâtre, suivant la quantité de matière organique qu'il contient. Il suit toutes les ondulations du sol ; son épaisseur, tou- tes choses égales d'ailleurs, est plus grande dans les creux que dans les relèvements , dans les sables purs ou les graviers très-sableux que dans les parties un peu argileuses du terrain; il disparaît complètement, lorsque ce dernier contient une forte proportion d'argile ou qu'il est un gravier sans mélange de sables ; mais, dans ce dernier cas, l'alios orga- nique semble remplacé par un poudingue à ciment ferrugineux qui, comme lui, suit les accidents du sol. Il résulte évidemment de là que les surfaces-limites de l'alios doivent être généralement assez irrégulières et souvent insaisissables. C'est ce que j'ai constaté déjà dans la coupe (fig. 1) de l'une des gra- vières de la lande de Pézeu, et ce qui ressort mieux encore de la coupe (fig. 2), que j'ai relevée à 1200 mètres, au Sud de la station de Gazi- Fig. *. : j iïïËsSî^Jlïb.—ïiis LÉGENDE '-•* "I T. Terre végétale. — A. Alios à ciment organique. — G a Gravier argilo-sableux blanc ou gris, avee veines ondulées jaunâtres. — B. Gravier de même nature, jaunâtre, veiné de rouge. — R. Id. rouge — b. Id. blanc. net, dans une tranchée de la voie ferrée. En considérant cette coupe de gauche à droite, on y voit l'alios excessivement développé, s'amincir ( 393 ) prompteraent et prendre bientôt une assez faible épaisseur, après avoir poussé quelques ramifications dans les graviers qu'il recouvre; ceux-ci, d'abord un peu argileux et blancs, passent graduellement à des alternances de graviers et d'argile micacée plus ou moins sableuse, blanches ou grises veinées de jaune dans le haut, et rouges dans le bas ; puis cette dernière coloration s'étend et finit par envahir toute la masse, sauf quelques larges veines blanches, les unes horizontales, les autres verti- cales, comme si la coloration dont il s'agit était due à un double effet, l'un contemporain du dépôt, l'autre postérieur à sa formation. 11. La composition de l'alios, aux environs de Gazinel, est très-varia- ble, ainsi qu'on en peuljuger par les analyses suivantes : les deux pre- mières tirées de la note de M. Jacquot « sur l'existence et la composition du terrain tertiaire supérieur dans la partie orientale du déparlement de la Gironde » , page 8 ; les deux autres déterminées par moi. INDICATION DES ÉLÉMENTS COMPOSANTS Sable quartzeux. . Peroxyde de fer.. Matière organique Eau N° 1. — Alios recueilli à Saint- Alban; il est peu consistant et de cou- leur noirâtre. N° 2. — Alios pris dans un fossé près de la station de Pierroton; il est très-friable et de couleur noire. N° 3. — Alios provenant d'une tranchée du chemin de fer, près de la station de Gazinel; il est très-consistant et de couleur jaune bru- nâtre. N° ht. — Alios provenant d'une excavation ouverte dans un terrain autrefois marécageux, à 1 kilomètre de la station de Pierroton; il est très-friable et d'un brun très-foncé. En appliquant à cet échantillon la ( 394) méthode d'analyse recommandée par le D v Sacc, on en retire une proportion d'acide humique relativement considérable (1). Ces analyses semblent démontrer que, en général, les teneurs en fer de l'alios varient en sens inverse de la quantité de matière organique qui lui est associée. Quant aux sables qui en forment le résidu, ils sont identi- ques entre eux et aux sables de Cachac, sauf la proportion des grains colorés qui s'y trouvent; ils contiennent tous des grains de fer oxydé magnétique, parfois quelques grains de silex et souvent des grains noirs non atlirables au barreau aimanté. 12. Les variétés de cailloux que l'on retire de ces alios et des graviers qui sont au-dessous d'eux, sont les mêmes qu'à Eyzines (§ 8) et parti- culièrement les variétés a, b, d, f, g, g 2 , h, i, 1 et m, les unes provenant des terrains primitifs ou des terrains sédimentaires cristallins, les autres des étages supérieurs delà craie ou des calcaires lacustres tertiaires. 13. Un sondage (2), exécuté il y a quelques années, aux Taules, à quelques kilomètres au sud de la station de Gazinet, a traversé les cou- ches suivantes du sable des Landes : 1. Sable quarlzeux pur blanc 2 m ,00 2. Alios 0, 80 3. Sable quarlzeux pur, blanc 4, 76 (t) La présence de cette matière organique dans le ciment de certains sables des Landes a été déjà signalée antérieurement. On lit dans une note de M. Hervé-Mangon (Annales des Ponts-et-Chaussées, 3 e série, T. 13, p. 126), relativement à un alios pris sur la rive gauche de l'Arance, cours d'ean des Landes de Lot-et-Garonne : « Le produit est formé de sable blanc et fin des Lan- des, agglutiné par une matière organique noirâtre. Cetie matière organique est inso- luble dans ï'eau, l'alcool et l'éther. Elle se dissout, au contraire, avec une grande facilité dans la potasse : les acides la précipitent de cette dissolution en flocons bruns qui présentent tous les caractères de ïacide humique. » Plus tard, dans sa note citée plus haut, M. Jacquot s'exprimait ainsi ( p. v 6) : « Le ciment ou la matière agglutinante de l'alios est toujours double. C'est, d'une part, de l'hydroxyde de fer dont j'ai constaté la présence, en proportion notable, dans tous les échantillons soumis aux essais; et de l'autre, une matière organique rappelant complè- tement la tourbe dans un état de décomposition avancée, ou la substance qui a reçu le nom Culmine. » (2) Actes de la Société Linn. de Bordeaux, T. XXVI, page 251. .le dois à l'extrême obligeance de M me veuve Billiot, d'avoir pu étudier, sur les échantillons, les coupes des divers sondages dont il sera parlé dans ce mémoire. ( 395 ) L Sable argileux grossier, jaunâtre, avec petits cailloux de quartz. blanc 2, 00 6. Argile sableuse grise et cailloux roulés de quartz diversement colorés 3 , 69 fi. Sable argileux jaunâtre, avec petits cailloux 'de quartz blanc. . . 2, 89 7. Sable blanc légèrement argileux \ , 86 8. Argile sableuse jaune- brunâtre micacée, avec nodules de grès argileux et ferrugineux brun , 55 Épaisseur totale IS^oo La partie sableuse de ces couches offre la composition minéralogique déjà signalée plusieurs fois , et contient des grains de fer oxydé magnéti- que en notable proportion. — On remarquera d'ailleurs que celle coupe présente des changements de couleur assez fréquents et que la nature des terrains traversés offre de nombreuses variations. 14. Le sondage de Marcheprime (1) conduit aux mêmes conséquences sur une épaisseur de près de 52 mètres, car le sable, plus ou moins gros- sier, y passe alternativement à l'argile blanchâtre ou grise, ou au sable argileux diversement coloré et souvent micacé, tantôt meuble, tantôt grésiforme, et renfermant assez généralement des cailloux roulés. Comme partout, les couches de sable peu argileux contiennent le fer oxydulé en quantité très-appréciable. 15. A partir de Marcheprime jusqu'à Mor ceux, dans le département des Landes, la voie ferrée ne présente aucune coupe qui mérite d'être signa- lée. L'alios cependant s'y montre d'une manière assez continue, variable de structure et de couleur, suivant la nature du ciment qui en agglutine les grains, mais constant sous le rapport de la composition minéralogique. Au fur et à mesure que l'on avance vers le Sud, les caractères physi-» ques du sable des Landes paraissent se modifier (2) : l'argile y devient (1) Ibid. T. XXVI, p. 259. (2) Mais les caractères minéralogiques restent à peu près les mêmes ; ainsi l'analyse mécanique retire du sable d'Ichoux des grains attirables au barreau aimanté, quelques uns (très-rares) de quartz jaune ou brun, et d'autres qui semblent appartenir aux diverses variétés de cailloux trouvés à Eyzines, à Gazinet, etc. On y trouve queU quefois de petits cailloux, qui paraissent provenir de roches des Pyrénées ! ( 396 ) plus abondante et les graviers plus rares; en même temps les variations de couleur semblent être plus fréquentes et plus tranchées. Un sondage de 68 m , 49, qui a été fait près de Morcenx, dans la vallée de Balan, à 62 m , 50 d'altitude, a traversé des alternances de : Argiles jaunâtres, bleuâtres, bleues, blanches et vertes, plus ou moins sableuses, quelquefois plastiques; Sables quartzeux, blancs, grisâtres, gris, jaunes et noirs, purs ou argileux, fins ou grossiers, quelquefois ligniteux; Graviers sableux. Le sondage de Lipostey (altitude : 6<4 m , 25) a donné des successions de couches différentes, mais qui, au-dessous de Valios , conduisent aux mêmes conséquences : Sables quartzeux, variés, tantôt fins, tantôt grossiers, passant quelque- fois aux graviers ; Argiles blanches, jaunes, vertes et brunes, souvent plas- tiques, quelquefois dures et compactes ; Poudingue ferrugineux très- tenace. Cette variabilité d'aspect du sable des Landes est surtout remarquable le long de la ligne ferrée de Morcenx à Mont-de-Marsan, où la formation se présente sous la forme d'un sable argileux, jaune ou brun-jaunâ- tre, maculé de gris ou de rouge, renfermant, (outre des galets de roches siliceuses, dont quelques-uns d'origine pyrénéenne, le plus souvent disposés, sans aucun ordre, dans la masse du terrain), une faible quantité d'oxyde de fer magnétique, en très-pelits grains roulés. 4 6. Cette variabilité du sable des Landes n'est pas spéciale aux gran- des Landes ; elle existe également, et tout aussi complète, dans les Landes de la Gironde. Je me servirai pour le prouver de la coupe des terrains compris entre Arcachon et Salles. Dans le sondage d' Arcachon le sable des Landes a présenté les alter- nances suivantes (1), au-dessous des terrains modernes : ti) Actes Soc. Lin. Bord. T. XXVI, p. 260. La coupe que je donne ici est celle qui résulte de l'examen que j'ai fait, personnellement, des échantillons du sondage. ( 397 ) Sable des Iiandes Épaisseur Profondeur des des couches. couches. i. Sable quartzeux blanchâtre, assez grossier, à grains jau- nes, gris, roses et noirs, renfermant du fer oxydé magnétique et quelquefois aggloméré par un léger ci- ment argileux 8 m »> 20 IB » 2. Sable analogue au précédent, mais plus grossier et ren- fermant un plus grand nombre de grains noirs de fer oxydé magnétique; contenant en outre une plaquette d'un grès composé de grains de sable agglutinés par un ciment ferrugineux, et des grains roulés d'un blanc mat, d'apparence feldspathique 8, 50 28, 50 î. Grès ferrugineux, brun, jaunâtre, formant une mince plaquette de même nature que celle dont il est ques- tion au n° 2 » » 118, 50 4. Sable quartzeux, jaunâtre, légèrement argileux, à grains d'un blanc mat(feldspalhiques?), à fragments de grès ferrugineux, bruns, jaunes et rougeàtres, et à grains de fer oxydé magnétique 1 , 90 30, 40 5. Argile très-sableuse, micacée, jaune, passant au sable argileux I , 00 31 , 40 6. Sable argileux très-micacé, jaune maculé de rouge, con- tenant quelques graviers quartzeux et de rares grains attirables au barreau aimanté 2, 00 33, 40 7. Graviers quartzeux, agglomérés par de l'argile micacée jaune maculée de gris; quelques grains de fer oxydé magnétique . \ , 10 34, 50 8. Sable quartzeux grossier micacé, un peu argileux, co- loré en jaune par l'oxyde de fer, et renfermant quel- ques graviers, des fragments de grès ferrugineux et d'assez nombreux grains de fer oxydé magnétique.. 2, 50 37, 00 9. Même sable que le précédent, mélangé avec des cailloux roulés, dont un silex ferrugineux, la plupart portant la trace de coloration par l'oxyde de fer ou de con- crétions ferrugineuses 6, 20 43, 20 40. Grès ferrugineux jaune, formant une mince plaquette, à cailloux quartzeux, parmi lesquels la variété d d'Eyzi- nes et de Gazinet, imprégnée d'oxyde de fer » » 43, 20 ( 398 ) 11. Sable lout à fait semblable au no 8 3, 56 46 , 76 12. Sable quarlzeux, très-légèrement argileux, très-micacé, jaune, avec plaquettes ferrugineuses et grains assez nombreux de fer oxydé magnétique 4, 09 50, 85 13. Sable un peu plus argileux et plus fin que le précédent, mais, comme lui, renfermant des grains très-petits, attirables au barreau aimanté 1 , 61 52, 46 I 4. Sable analogue au n° 1 2, jaune rougeâtre, avec quelques graviers, plaquettes ferrugineuses , très-minces et nombreux grains de fer oxydé magnétique 1 , 04 53, 50 15. Sable quartzeux, jaune-rougeàtre, très-micacé, un peu argileux, avec grains de fer oxydulé, mais moins nom- breux que dans le n°14. 6, 96 60 , 40 16. Sable argileux très-fin, micacé, fortement coloré en jaune-rougeâtre par l'oxyde de fer, renfermant une quantité notable de petits grains noirs attirables au barreau aimanté 0, 33 60 , 75 Falun de Salles. 17. Sable argileux, très-fin, micacé, gris, avec parties jau- nâtres, ne renfermant pas de fer oxydé magnétique et donnant, par les acides, un très-faible dégagement . gazeux dû à la présence de rares petits fragments de coquilles 6 , 45 67, 20 17. Trois faits importants ressortent de ce tableau, c'est qu'on observe, dans toute l'épaisseur du sable des Landes : 1° la présence constante du fer oxydé magnétique partout où le sable quarlzeux do- mine; 2° celle de cailloux roulés, les uns provenant de roches primi- tives, les autres de terrains sédimentaires de l'étage de la craie ou de certaines formations tertiaires (1); 3° l'absence absolue de l'élément calcaire. 18 Entre Arcachon et Facture, le sable des Landes ne présente rien de particulier. Les coupes de terrain y sont rares et en général n'atteignent pas la base de l'alios; mais, à partir de l'usine de Pontneau, sur le ruis- El) Les molasses tertiaires renferment assez souvent des cailloux roulés quartzeux. ( 399 ) seau de la Caneau, la route de Facture à Salles passe fréquemment en tranchées profondes à travers la formation que nous étudions. Devant l'usine, la construction de la route de Salles a mis à nu l'alios à ciment organique, sur une épaisseur qui va quelquefois jusqu'à 2 m , 50. Cet alios n'est pas homogène, comme en certains endroits, mais il constitue un grès, de couleur gris jaunâtre, dans les tranchées duquel se dessinent en mailles entrelacées plus ou moins serrées et saillantes, des veines bru- nes, plus fortement agglomérées, qui présentent l'aspect le plus habi- tuel de l'alios. Le sable qui constitue ce grès est assez grossier, un peu argileux et, par places, un peu micacé; il renferme quelques cailloux roulés, et le barreau aimanté en retire des grains de fer oxydulé. Lorsqu'on a dépassé le ruisseau qui alimente le moteur du haut four- neau de Pontneau, on se trouve en face d'une ancienne gravière, dont le front de taille a près de quatre mètres de hauteur. L'alios, analogue à ce- lui dont il vient d'être question, y affleure presque au sol et recouvre un sable quartzeux, micacé, très-légèrement argileux, un peu rose, à grains noirs magnétiques, au milieu duquel on observe les variétés de cailloux suivantes : C. Quartz terreux, dans un état complet de décomposition nectique ; analogue à la variété c d'Eysines (% 8 ) RR. d. Quartz meulière, gris bleuâtre ou brun bleuâtre, à texture bulleuse et cassure terne, — ou blanc grisâtre, à cassure vitreuse, à pâte com- pacte, mais très-poreuse au microscope. AR. f. Quartz hyalin ou mat, aventuriné ou non, vitreux , laiteux ou grenu, diversement coloré. CCC. g. Quartz grenu, porphyroïde blanc, simulant la pegmatite. RR h. Phtanite , noir ou grisâtre , quelquefois partiellement décomposé à la surface. RR. n. Dolèrile à pyroxène noir, magnétique, kaolinisée à la surface. RR. Ce sable caillouteux repose sur des graviers argileux, micacés, blancs, que j'ai divisés mécaniquement, au moyen de la lévigation et du tamis, en trois parties distinctes : \° Argile presque blanche, onctueuse au toucher, renfermant des paillettes de mica blanc; 2* Sable quartzeux blanc, formé des mêmes éléments que le sable de Cachac (§ 4) et renfermant d'assez nombreuses paillettes de mica nacré blanc et quelques grains de fer oxydulé ; ( 400 ) 3« Graviers composés de cailloux de même nature que ceux du sable supérieur, la dolérile exceptée; C'est-à-dire que, à Pontneau, le sable des Landes, plus ou moins argi- leux, est caractérisé par les mêmes éléments qu'à Eyzines et à Gazinet. 49. Entre Facture et Salles, aussi bien le long de la roule de Belin que sur les rives de la Leyre, le terrain présente de faibles ondulations qui ont au plus quelques mètres de bauteur au-dessus du niveau géné- ral de la plaine, et qui affectent la forme de petites dunes disséminées irrégulièrement au milieu de cette dernière. L'alios, qui se montre avec son faciès ordinaire dans toutes les parties planes et dans les bas- fonds, n'apparaît que rarement dans ces monticules; il y est remplacé, au-dessous de la faible épaisseur des sables superficiels qui forment la terre végétale, par des sables le plus souvent un peu argileux, que de l'oxyde de fer colore partiellement en jaune ou en rouge. Cette colora- tion n'est que rarement très-foncée ; elle n'est jamais uniforme, mais offre au contraire à l'œil une bigarrure de tons très-variable, tantôt très- élégante, d'autres fois excessivement bizarre. Quant aux sables, n'étant que légèrement agglutinés par le ciment ferrugineux, ils n'ont donné lieu qu'à la formation d'un grès très-friable, dont les éléments roulés sont les mêmes que ceux des sables dont il a été question jusqu'à présent. Les sables bigarrés prennent, dans ces régions, une extension souvent considérable. Si quelquefois ils semblent exclure l'alios et se substituer à lui sous forme de calotte qui recouvre les sommets des ondulations de la plaine, on les voit autre part se prolonger au-dessous du grès aliotique, qui se trouve invariablement dans toutes les parties plates et dans les bas-fonds du pays, sauf les cas assez rares d'un sol argileux ou formé par des accumulations de cailloux, dans lesquelles l'élément sableux fait défaut. Dans ce dernier cas, on voit souvent un poudingue ou un grès ferrugineux prendre la place de l'alios à ciment d'origine organique. 20. Dans la commune de Salles, les sables sont quelquefois d'une finesse extrême et d'une couleur très-vive. Au Moulin des Gardères, situé sur un des affluents de la Leyre, les berges du ruisseau, hautes de six à sept mètres, présentent à leur som- met des corniches d'épaisseur variable, formées de veines aliotiques noi- res, jaunes ou grises, qui alternent sans ordre, tantôt dans le sens hori- zontal, tantôt dans le sens vertical. Ces veines sont formées par un sable grossier, un peu argileux, et contiennent une quantité notable de grains ( 401 ) magnétiques et de mica. La proportion d'argile et de mica mélangés au sable augmente au-dessous de l'alios ; en même temps apparaissent, à une certaine profondeur, des teintes légères, grises, rouges et jaunes ; plus bas, quelques fragments, roulés ou usés par le frottement, û'Ârca diluvii, Lam.i 1 ), d'huîtres à test épais et de gastéropodes, avec des petits graviers quarizeux de même nature que ceux de certaines couches des faluns de Bazas et de Léognan ; puis, à la base des berges, de nom- breuses concrétions ferrugineuses, espèces d'œLites, irrégulières, noyées dans des sables micacés très-fins, jaunes ou rouges, d'une nuance vive, légèrement argileux., ne renfermant que de très-rares grains allirables au barreau aimanté el nulle trace de débris fossiles. Entre le moulin des Gardères et Salles, les chemins rasent le sol et ne présentent que quelques tranchées qui atteignent à peine l'alios ; mais on voit reparaître la formation, avec toute son épaisseur, dans les carrières qu'on exploite autour du bourg. Dans l'exploitation dite du Château, le sable des Landes remplit toutes les anfractuosités du falun, quelle que soil leur profondeur. Sa colora- tion , qui est Irès-irrégulière et varie du gris au jaune et au rougeàtre, pénètre toute la masse. Au contact de la roche, il passe à l'argile jaune- verdàtre, micacée. Dans une autre carrière, exploitée près du pont et sur la rive gauche de a Lèvre-, en face de la précédente, le falun, à l'état de calcaire gros- sier et caractérisé par Cardita Jouannelï, Desh.., forme une série de bancs superposés, dont la tranche est comme rongée par les eaux et qui sont inclinés ^environ 12 à 15 degrés du 2V. N.-E. au S. S.-O. (fig. 3) (2). Fig. 3. •±J. LEGENDE T. Terre végétale. S. Sable des Landes. A. Argilejaune-verdâtre micacée passant graduel- lement au sable vers le haut F. Falun pliocène de Salles. 'i t Ce fossile est caracféristique des faluns de Bazas el de Léognan qui sont miocènes. ,2, L'inclinaison est la même dans la carrière du Château Cette discordance de Tome XXVI. 34 ( 402 ) Au-dessus, le sable des Landes s'étend en lits parfaitement horizontaux composés de sables argileux gris ou jaunes, à grains magnétiques, qui, dans le bas, passent, comme tout-à-1'heure, à une argile sableuse jaune verdâtre un peu micacée. La formation se continue à travers les communes de Lugos, de Belin et de Béliet, tantôt avec les caractères physiques que nous lui avons reconnus dans les communes de Mios et de Salles ou dans le sondage d'Arcachon, tantôt avec ceux, moins variés, que nous avons constatés aux environs de Bordeaux. 21. Il ne me reste plus que peu de chose à ajouter à ce qui précède pour compléter la description sommaire du sable des Landes. Depuis longtemps, Jouannet (1) a démontré l'existence de bois fossiles dans cette formation. A Béliet, à une très-faible distance au-dessus du ruisseau de la Gaure, près de la route de Bordeaux, il a observé la coupe suivante : Terre végétale et sable O m , 80 Sable ferrugineux 0, 4 Sable blanc 4, 00 Lignite se composant de troncs et de branches, tantôt réduits à l'état de terre d'ombre, tantôt ayant conservé leur tissu, quelque- fois transformés en lignite « piciforme » 1 , 00 Argile grise et brune épaisseur inconnue. A Belin, le même géologue a reconnu l'existence de deux autres dépôts semblables : Terre et sable superficiel m , 50 Poudingue ferrugineux, très-dur 0, 20 Alternats de sable et d'argile 3, 30 Lignite en troncs horizontaux épaisseur inconnue. Il existe un assez grand nombre d'autres gisements de même nature dans le sable des Landes, mais comme ils ne caractérisent nullement stratification a été déjà signalée par M. Tournouër dans sa Note slraligraphique et paléonlologique sur les faluns du département delà Gironde. (Bull. Soc. géol. Fr. 2? série, T. XIX, p. 1061). (1) Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, t. IV, pages 219 et 220. ( 403 ) celle formalion et qu'ils n'y sonl qu'accidentels, je n'en parlerai pas davantage. On a pu voir, par ce qui précède, que l'oxyde de fer se présente au contraire partout et pour ainsi dire à toute hauteur, dans la formation des Landes, ici à l'état de simple enduit qui colore le sable ou le gravier, ailleurs sous forme de concrétions, de poudingues, d'autres fois en roche ou en grains. Dans un grand nombre de localités, les grès et les poudingues ferru- gineux sont, comme l'alios, aune très-faible profondeur et se substituent à cette roche, dont ils sonl la continuation. C'est ce que l'on observe, en grand, dans les communes du Porge, de Belin, de Béliet et. sur une plus faible échelle, dans les communes de Pessac, de Cestas, de Blan- quefort, etc., ainsi que sur beaucoup de points situés à proximité des étangs littoraux et du bassin d'Arcachon. Lorsque le poudingue et le grès ferrugineux (1) existent sur une cer- taine étendue, ils forment sous les sables une couche complètement imperméable, laquelle, comme l'alios ordinaire, s'oppose au développe- ment de la végétation et à l'infiltration des eaux dans les couches infé- rieures; ils deviennent alors, pour la contrée , une cause de stérilité et d'insalubrité, qui ne disparaît que si l'on procure un écoulement arti- ficiel aux eaux pluviales qui s'accumulent au-dessus d'eux. 22. Il résulte évidemment des considérations qui précèdent, que la for- mation, à laquelle on a donné le nom de sable des Landes, ne présente, nulle part, le caractère d'un dépôt lent, mais au contraire celui d'un terrain de transport dont les éléments minéralogiques, presque tous siliceux ou argileux, proviennent : les uns, de terrains primitifs, de terrains anciens cristallins ou de régions volcaniques: les autres, de la craie ou de terrains tertiaires. Le fer oxydulé la caractérise, d'une manière très-nette, partout où elle se présente sous la forme de sable pur ou légèrement argileux. La nature minéralogique des assises irrégulières qui composent cette formation, leur structure, leur couleur sont des plus variées. Quand le ter- rain est à l'étal de sable meuble non coloré par un enduit superficiel, il est blanc, grisâtre, gris, jaunâtre ou rosé, jaune ou jaune-rougeàtre (1 La ténacité de ce grès est quelquefois assez grande pour qu'on puisse s'en ser- vir comme mo^lloDs dans les constructions , ou comme empierrement pour les routes. ( 404 ) suivant la prédominence dans la masse de tels ou tels grains : c'est ainsi qu'il est blanc à Cachac, jaune-rougeâtre à Arlac, rosé à Labou- heyre, jaunâtre à Préchac ; mais lorsqu'un enduit cache la couleur natu- relle du sable, celui-ci varie du jaune au rouge-brique ou sanguin, en passant par toutes les nuances intermédiaires, pâles ou vives. Pareilles observations s'appliquent à l'argile, ainsi qu'aux dépôts caillouteux que l'on rencontre dans le sable des Landes, plus fréquemment qu'on ne pense, mais toujours à des distances peu considérables de la Garonne. 23. L'existence, sur la rive gauche de la Garonne, de dépôts de gra- viers, de sable et d'argile analogues à ceux que je viens de décrire, mais dépourvus d'aïios, est un fait depuis longtemps acquis à la science. Faut-il les identifier au sable des Landes, ou doit-on les considérer comme distincts et différents d'âge ou d'origine? Une série découpes allant des Landes à la Garonne nous permettra d'arriver à la solution de celte question. A. De Gazinet à Bordeaux. 24. En parlant de la station de Gazinet, l'alios apparaît dans les fossés du chemin de fer jusqu'à une distance de 4500 mètres environ ; il dis- paraît ensuite graduellement, en même temps que le terrain se modifie et passe soit à V argile sableuse, soit au gravier caillouteux. Aux abords de Bordeaux, le terrain de transport repose sur le cal- caire à Astéries, dont il remplit les cavités. Il se montre sous des aspects très-variés : tantôt il est à l'état de ce sable, brun ou jaune, tou- jours terne, qu'on prend comme type du sable diluvien; tantôt il est ma- culé de rouge, de jaune et de gris, comme certains sables de remplissage des faluns, à Salles; d'autres fois enfin il est réduit à une argile ocracée, plus ou moins fine, plus ou moins pure, qu'on considère également comme caractéristique du diluvium, mais qui, dans les faluns de Cau- pian, près de Sainl-Médard-en-Jalle, se voit invariablement, à la base du sable des Landes, dans les cavités de la roche tertiaire (§6). Or, quelles que soient la nature et la coloration du terrain de remplissage dont il s'agit, ainsi que celle des terrains traversés par la voie ferrée, on ne trouve dans ces terrains que les variétés de cailloux que j'ai rencontrées dans le sable des Landes, cl point d'autres. Le fer oxydulé existe dans tous les sables meubles qu'on y observe, et ces sables, eux-mêmes, ren- ( 405 ) ferment identiquement les mêmes éléments que le sable type de la forma- tion des Landes. En un mot, couleur, structure, composition minéralo- gique, rien ne différencie ces terrains du sable des Landes, si ce n'est l'absence d'alios (1), et comme, entre Gazinet et Pessac, les uns passent à l'autre par transitions insensibles, il faut nécessairement en conclure qu'ils sont contemporains et que leur origine est la même. B. De Pessac à Eyzines, par la lande rf' Arlac(2). 35. On arrive exactement à la même conclusion quand on va de Pessac à Eyzines, en passant par la lande d'Arlac, Dans cette direction, lorsqu'on a quitté la lande d'Arlac, dontl'origine géologique n'est pas douteuse, caractérisée qu'elle est parl'alios àciment organique, le terrain reste assez longtemps sablonneux, mais en admet- tant, dans sa composition une proportion souvent très-grande de cailloux roulés, généralement hyalins ou laiteux. L'alios n'y apparaît nulle part, ni à la surface du sol, ni dans les rares tranchées ou sablières qui exis- tent entre le village d'Arlac et la Glacière. À l'approche de celte der- nière localité, le long du domaine de l'Archevêché, le sable devient un peu argileux et même gréseux, et ne renferme plus que Irès-peu de cail- loux ; quelques veines peu étendues d'argile, grise ou jaune, et des concrétions ferrugineuses s'y montrent de distance en dislance. Mais un peu plus loin, à Monrabeand, le terrain est complètement modifié : le sable a presque entièrement disparu et l'on se trouve en présence d'une accumulation de cailloux roulés, noyés dans une argile micacée, exactement semblables, au point de vue de leur nature, à ceux des graviers de la lande de Pézeu, dont j'ai démontré la contemporanéité avec le sable aliolique de Cachac et d'Eyzines (§7). Le front de taille de cette gtavière présente une grande bigarrure de teintes; mais les nuances jaunes et grises dominent dans l'ensemble et lui donnent l'aspect de lentilles plus ou moins régulières, alternative- ment jaunes et grises, emboîtées les unes dans les autres En certains points, et surtout vers le haut, l'argile fait place à un gravier sableux, (t) On a du reste vu précédemment que l'alios n'existe pas partout dans le sable des Landes, dont il ne constitue nullement un élément essentiel. <2) Cette coupe a été en partie déjà sommairement indiquée §§ 7 à 9. ( 400 ) lequel est quelquefois coloré en brun par un ciment organique, el pré- sente alors tous les caractères de Yalios type : comme lui en effet, il con- tient des grains noirs attirantes au barreau aimanté, et les grains quartzeux dont il se compose forment, après calcinalion, un sable qu'on ne saurait distinguer du sable ordinaire des Landes. 26. Dans la commune de Caudéran, les coupes de terrain, sans être bien profondes, le sont cependant assez pour que l'on puisse recon- naître à quelle formation appartient ce terrain. Ces coupes sont toutes plus ou moins semblables et peuvent être ramenées à la suivante que j'extrais du tome VII des Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, page 62, mais en la complétant d'après mes propres observations : 1 . Terre végétale (sable et gravier); 2. Sable quartzeux micacé, mêlé de gravier et légèrement argileux, à la base duquel, à Terre-Nègre, Jouannet a trouvé deux molaires d'Ele- phas primegenius ; 3. Argile plastique brune reposant, quand elle existe, directement sur le calcaire à Astéries ; 4. Calcaire à Astéries. La couche n° 2 est un sable tantôt gris, tantôt jaunâtre, généralement assez grossier, qui renferme, en notable proportion, du mica blanc argenté ou nacré, ainsi que d'assez nombreux grains de fer oxydé magné- tique, et ressemble, à s'y méprendre, au sable quej'ai recueilli, au-des- sous de Valios, dans la gravière de Pontneau, près de la station de Facture (§18). Quelquefois le mica est jaune, à reflet verdâtre ; l'argile mélangée au sable devient plus abondante ; un léger enduit ferru- gineux cimente le tout et les grains s'agglomèrent de façon à constituer un grès micacé jaunâtre (1), assez friable, analogue à l'échantillon n° 6 du sondage d'Arcachon. D'autres fois, la proportion de sable diminue et fait place à un gravier un peu argileux jaunâtre, avec cailloux dediffé- (1)  Caudéran, on trouve quelquefois de ce grès ; un échantillon, que j'ai sous les yeux, contient du quartz hyalin et grenu, des plaquettes roulées de schiste quartzeux, un peu de feldspath, des grains de silex brun ou blond, résinoïde ou mal, du mica blanc, jaunâtre ou verdâtre, et, comme dans tous les grès ou sables argileux des Landes une assez faible proportion de grains attirables au barreau aimanté; les grains noirs non attirables sont beaucoup plus abondants. ( 407 ) rentes grosseurs de quartz, de phtanite, de meulière, de silex et de schiste argileux, diversement coloré, provenant évidemment de la décomposition de roches feldspalhiques. Quelle que soit l'apparence physique de cette couche n° 2, elle ren- ferme, partout et toujours, les mêmes minéraux caractéristiques que le sable des Landes, dont il est impossible de la distinguer au point de vue minéralogique. 27. Certains silex roulés des gravières des environs de Bordeaux, entre cette ville et Blanquefort, sont remarquables parles coquilles et les végé- taux, dont ils offrent souvent les moules et les empreintes ; un certain nombre de ces cailloux renferment des hélices, des lymnées et des pla- norbes et paraissent provenir des calcaires lacustres, qui se trouvent intercalés dans les formations tertiaires éocène et miocène. D'après Billaudel (1), l'aspect de ces silex suffirait pour en indiquer l'origine ; mais si cela est vrai pour quelques-uns, il s'en faut de beau- coup qu'il en soit de même pour tous, et plus d'une fois il m'est arrivé de trouver des silex d'apparence lacustre portant des empreintes très- nettes de fossiles marins. Il n'est possible d'arriver à cet égard à des indications d'origine un peu précises, qu'en comparant les cailloux roules avec des silex pris en place dans les couches, auxquelles ils paraissent avoir appartenu. En opérant ainsi, j'ai reconnu, contrairement aux conclusions de ce géologue, que si les silex d'origine marine ne sont pas aussi fréquents, dans les gravières dont il s'agit, que les silex et les meulières d'eau douce, ils s'y trouvent néanmoins encore en proportion très-notable. ; 28. Au-delà de Gaudéran, le terrain sableux passe souvent au gravier très-caillouteux, qui présente la composition et le faciès de celui de la Lande de Pézeu, dont il est d'ailleurs le prolongement évident. Ayant précédemment démontré (§ 7) que le dépôt géologique qui constitue le sol de cette Lande, ainsi que celui de la commune d'Eyzines, est contempo- rain du sable des Landes, j'arrêterai ici le détail de la coupe B, afin d'éviter des redites inutiles. (1) Billaudel : Essai sur le gisement, la nature, Voriginedes cailloux roulés, etc. Actes de la Soc. Linn. de Bordeaux, t. IV, p. 237, — Les échantillons à l'appui de ce mémoire appartiennent à M. Ch. Des Moulins, qui a bien voulu mettre sa riche col- lection à ma disposition, avec une bienveillance affectueuse dont je lui suis profondé- ment reconnaissant. ( 408 ) C. De Landiras à Podensac, à Cérons et à Barsac. 29. En suivant le ruisseau de Cérons, depuis les ruines de l'ancien château de Landiras jusqu'à Coudrine, on reste constamment dans le sable des Landes nettement caractérisé et ne pouvant prêter à aucun doute. Si de ce point on se dirige ensuite vers Podpnsac, on ne tarde pas, vers la cote 16 m ou 17 m au-dessus du niveau de la mer. à voir appa- raître, dans les sables, des cailloux de plus en plus gros, qui, près du bourg, sont souvent presque céphalaires et renferment, outre les varié- tés de roches qu'on observe parmi les cailloux du sable de Landes, toutes celles que l'on trouve dans les bancs de sable qui entravent la navigation de la Garonne entre La Réole et Rions (1). On paraît être ici en présence de deux dépôts distincts : l'un, plus ancien, qui conserve le faciès et les caractères spécifiques du sable des Landes, l'autre, superficiel et par conséquent postérieur, qui semble avoir le rapport le plus intime avec le dépôt caillouteux qui forme le lit de la Garonne. [)) Le sable de Podensac est un peu micacé et composé de grains de quartz hya'in, matou grenu, généralement de couleurs claires, quelquefois brun on ronge, île nom- breux grains noirs non attirables au barreau aimanté et d'autres qui sont magné- tiques. Dans les carrières de Virelade, commune contigue à celle de Podensac, à l'Ouest, on observe des faits analogues à ceux qui viennent d'être constatés dans les carrières de Podensac, particulièrement à Lailley et à Naudoy. Dans cette dernière localité, on observe quelquefois des bigarrures analogues à celles que j'ai décrites à Gazinet. An sud de Virelade s'étendent des bois dont le sol est exclusivement formé de sable des Landes; celui-ci s'étend, sans mélange, jusqu'à une faible distance du chemin de fer, où l'on voit reparaître au-dessus Palluvion ancienne de la Garonne. Une sablière ouverte sur le bord de la roule de Bordeaux à Langon, à la limite des communes <^o Virelade et d'Arbanals, correspond à la séparation superGcielle de cette alluvion et du sable : l'exploitation a quatre mètres environ de profondeur, le sable y est alternati- vement jaunâtre et jaune d'ocre; à la partie supérieure, sur une épaisseur d'environ m 50, il se mélange de cailloux, dont quelques-uns semblables à ceux que charrie la Garonne. Ce sable, qui, dans ses parties jaunes, est souvent décolore autour des rati- nes qui les traversent, est composé des mêmes éléments que le sable de remplissage des carrières de Podensac. ( 4-09 ) La superposition de ces deux dépôts est quelquefois d'une extrême netteté dans les carrières de Larouquey, des Cabanes, et surtout dans celle du Port-de-Rose. Dans cette dernière, le calcaire à Astéries, très- dur et compacte à la base du front de taille, se compose, dans le haut, d'une agglomération de débris fossiles, qui constitue une roche lamel- leuse très-friable, dont la surface, profondément corrodée, est remplie de nombreuses cavités; celles-ci sont comblées, tantôt par de l'argile brune, compacte ou sableuse, tantôt par un sable argileux brun et terne, tantôt par un gravier plus ou moins grossier, avec concrétions ferrugi- neuses et amas de sable blanc ou jaunâtre. Quoique variés d'aspect et de constitution, ces remplissages ne diffèrent en rien de ceux de même nature que j'ai déjà signalés ailleurs et qui appartiennent incontestable- ment à la formation du sable des Landes : en effet, si on les examine au micnscrope et qu'on les soumette à l'action du barreau aimanté, ils ne donnent pour dernier résultat d'analyse qu'un sable cjuartzeux, plus ou moins argileux et coloré par de l'oxyde de fer, renfermant des grains atlirables à l'aimant et mélangé de cailloux de même nature que ceux du sable des Landes, jamais différents*. — Ce dépôt de remplissage ;ie s'élève guère au-dessus du calcaire à Astéries; son profil très-irrégu- lièrement ondulé montre, d'une manière irrécusable, qu'il- a subi l'action d'un courant énergique, qui, après en avoir entraîné une partie, a rempli, de matières meubles et de cailloux provenant d'autres ter- rains, les sillons qu'il y avait creusés. Cet effet est très-apparent dans la figure 4, où C est. le calcaire à Astéries ; D le dépôt qui remplit les cavités du calcaire; A le dépôt qui a comblé et nivelé les irrégularités du dépôt D; T, enfin la terre végétale. — Le dépôt A est un gravier argilo-sableux dans lequel les cailloux, de même nature que ceux de la Garonne, atteignent souvent la grosseur du poing, quelquefois même celle de la tête. Fig. 4. % WÊËËm !IIPllll!il!ll;.;!l:'- ( 440 ) La carrière, dans laquelle j'ai relevé cette coupe, est située à quelques mètres seulement de la Garonne et son niveau supérieur se trouve à une dizaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette situation, la nature des éléments qui entrent dans la composition du dépôt A, et leur presque complète identité avec les matériaux qui forment le lit du fleuve voisin , semblent indiquer que ce dépôt est une alluvion ancienne de ce grand cours d'eau, alluvion que l'on va retrouver dans les deux coupes suivantes, et dont on peut également constater l'existence en nombre d'autres endroits : Virelade, Arbanats, Beau tira n, Saint- Selve, la vallée de La Brède, Bègles, etc., toujours à une hauteur sensi- blement la même au-dessus de l'étiage moyen de la Garonne et d'ailleurs très-supérieure au niveau des plus grandes crues de cette rivière. 30. Si, au lieu de suivre le ruisseau de Cérons, on se dirige vers cette localité par la route qui la relie à Landiras, on traverse jusqu'à lllals un terrain tout-à-fait analogue à celui qu'on a observé entre Pessac et Caudéran, c'est-à-dire alternativement des sables et des gra- viers caractérisés comme le sable des Landes. Il en est encore de même depuis Illats jusqu'au ruisseau de Cérons, en face du village d'Expert; mais arrivé en ce point, on voit, dans les talus de la roule, le gravier sa- blonneux renfermant des cailloux de quartz et des grains de fer oxydé magnétique, passer graduellement, de haut en bas, à un sable quarlzeux très-fin, très-micacé, argileux, jaune- rougeâtre, qui présente la plus grande analogie avec le sable n Q 16 du sondage d'Arcachon. A la sortie du village d'Expert, du côté de Cérons, la nature du terrain change : le gravier quartzeux et sableux se mélange de cailloux de la Garonne et forme au-dessus du terrain sous-jacent une couche de plus en plus épaisse, qui atteint un mètre dans les carrières de l'Avocat, situées à la sortie de la gare de Cérons, près du four à chaux. — Dans cette exploitation, on voit se reproduire le fait que je signalais tout-à- l'heure : les nombreuses cavités dont le calcaire à Astéries est criblé , sont remplies (fig. 5) par une argile brune et un sable argileux brun Fig. 5. A. Dépôt caillouteux qui présente l'apparence d'une alluvion ancienne de la Garonne. D Terres de remplissage générale- ment rapportées au diluvium. a. Blocs calcaires non roulés, mais à angles émoussés. b. Veines sableuses. C. Calcaire à Astéries. ( 411 ) terne, avec cailloux quarlzeux qui forment quelquefois des petits lits inclinés alternatifs, dans lesquels apparaissent quelques blocs calcaires non roulés, et dont les éléments constituants et le faciès sont les mêmes que ceux des terres de remplissage des carrières de Podensac. Ces terres s'arrêtent à l'orifice des cavités qu'elles ont comblées et sont immédia- tement recouvertes par Valluvion ancienne de la Garonne, laquelle s'y montre à l'état d'un dépôt meuble formé par un gravier grossier, argilo- sableux, renfermant de nombreux cailloux de la rivière. 31. Cette ancienne alluvion de la Garonne prend, en certains lieux, une épaisseur considérable : par exemple, dans la commune de Barsac, lorsqu'on quitte les bois d'Illats, près du lieu dit Miaille, on voit bientôt le sable des Landes se mélanger de cailloux étrangers à sa formation, rares d'abord et à peine ovulaires, puis plus gros et plus nombreux à mesure qu'on s'approche de la voie ferrée, et, près de cette dernière, faire place h des accumulations de cailloux de la Garonne, épaisses quelquefois de plus de trois mètres et qui, dans les carrières du voisinage, reposent directement sur le calcaire à Astéries et sur ses terres de rem- plissage. 32. Dans les trois directions que l'on vient de suivre entre Landiras et la Garonne, on a vu le sable des Landes, ou du moins les terrains de même âge, revêtir, dans les cavités du calcaire tertiaire, un faciès très- différent de celui qu'on a l'habitude de lui voir; mais c'est là un cas assez ordinaire et qui n'a rien d'exceptionnel, car l'on pourrait citer tels lieux, cà Salles, Bordeaux, Virelade, Noailhan, etc , où le sable des Lan- des se montre dans les mêmes tranchées, tantôt avec cet aspect terne et brun (1) , qu'on considère comme caractéristique du diluvium, tantôt maculé de couleurs brillantes, rouges ou jaunes, ou à l'état de sable identique avec celui qui constitue le sol des forêts de nos landes. Il en faut conclure que si la coloration du terrain est quelquefois un rensei- gnement utile, elle n'est point caractéristique, et que, en l'absence de fossiles, la connaissance complète des minéraux constituants de la for- (1) L'argile brune, que l'on trouve souvent à la base du sable des Landes et dans les cavités du calcaire tertiaire, ne doit sa coloration foncée qu'à son extrême compacité : réduite en poudre fine, elle présente toutes les nuances des sables jaunes ferrugineux que l'on rencontre, à différentes hauteurs, dans la formation qui constitue le sol des Landes du Sud-Ouest. ( 412 ) mation et de la stratification des couches, peut seule éclairer le géologue ; elle le fait avec d'autant plus de certitude, dans le cas actuel, que les minéraux caractéristiques se montrent, avec une constance remarquable, à la fois sur de grands espaces et dans toute l'épaisseur du terrain que l'on étudie. CHAPITRE II. DES TERRAINS DE TRANSPORT DANS LES PAYS SITUÉS A L'EST DE LA GIRONDE ET DE LA GARONNE. 33. La partie orientale du département de la Gironde diffère de la ré- gion occidentale, autant par le relief de son sol que par la nature géolo- gique des terrains qui en constiluent l'ossature. Limitée du Nord-Ouest au Sud-Est, par laGirondeet laGaronne, elle présente souvent, le long de ces cours d'eau, des escarpements qui tantôt forment la base des coteaux, tantôt en occupent presque toute la hauteur ou bien en couronnent le sommet d'une masse abrupte de rochers, à laquelle des bouquets d'ar- bres, jetés çà et la, prêtent parfois un aspect très-pittoresque; mais sa physionomie change à mesure que l'on s'écarte du fleuve, et bientôt elle n'offre plus à l'œil que des collines plus ou moins allongées, entassées les unes sur les autres, et dont la disposition rappelle les molles ondu- lations d'une mer houleuse. Du Sud-Est au Nord-Ouest, les hauteurs perdent de leur importance. Après avoir atteint son maximum d'élévation au centre de l'Entre-deux- Mers, le terrain perd graduellement de son relief et, vers la limite sep- tentrionale du département, il présente des plaines sablonneuses, dont la monotonie naturelle s'accroît de celle de la végétation qui les couvre. La Dordogne et l'Isle partagent les pays de la rive droite de'la Garonne et de la Gironde, en trois régions distinctes: l'Entre-deux-Mers, l'Entre-Isle-et-Dordogne et la contrée qui comprend le Fronsadais, le Cubzaquais et le Blayais. Les terrains de transport jouent dans ces légions un rôle très-important : ils en recouvrent la surface d'une nappe presque continue, d'une épaisseur quelquefois considérable, surtout sur ceux des coteaux de l'Entre- deux-Mers qui appartiennent au versant de la Garonne; mais, sur le versant opposé qui aboutit à la Dordogne, ils ( 413 ) se sont en général accumulés de préférence sur les pentes inférieures, ne formant, sur quelques hauteurs, qu'une couche superficielle, souvent très-mince, à travers laquelle se montrent des affleurements des roches tertiaires sous-jacenles. Considérés dans leur ensemble, ces terrains de transport sont compo- sés de graviers et de cailloux roulés, de sables et d'argiles plastiques ou sableuses, confusément entremêlés en certains lieux, ailleurs en amas séparés, qui se succèdent sans ordre et comme au hasard, semblables à certains dépôts littoraux qui se composent d'un pêle-mêle de graviers, d'amas de sables et de vases, variables avec la nature de* roches qui constituent les côtes, la profondeur des eaux et les accidents du fond. Je suivrai, dans la description de cette formation., la marche que j'ai adoptée dans le chapitre précédent, et je procéderai en conséquence par coupes, suffisamment prolongées, choisies de façon à grouper, autant que possible, dans un même ensemble, les aspects variés et les caractè- res les plus saillants du terrain qui fait l'objet de celte étude. D. De Blayë à Saint-André-de-Cubzac. 34. C'est, aux environs de Blaye, que M. Jacquot (1) a remarqué pour la première fois, d'une manière bien nette, la démarcation qu'il a établie entre le diluvium et ies sables qui en forment la base. Piien en effet n'est plus de nature à faire admettre cette démarcation, que l'exa- men des tranchées mises au jour par les nombreuses sablières qui exis- tent autour du hameau de Monfollet, situé au Sud-Est de Blaye : « A la partie supérieure de ces exploitations se trouve un sable, de couleur jaune ou brune, toujours terne; au-dessous, un sable présentant, au contraire, des nuances vives qui se rapprochent du rouge ou du rose; le premier n'offre aucune trace de stratification, mais on en remarque d'assez apparentes dans le second ; l'un est à grains très-inégaux, à l'op- posé de l'autre qui présente cette égalité de grains caractéristique du sable des Landes (2) ; enfin, pour compléter la dissemblance, les galets disséminés dans le sable supérieur appartiennent à des roches quart- (1) Jacquol : Noie citée, p. 15. (2) (jette égalité existe en effet généralement dans les grandes Landes , mais elle est beaucoup moins commune dans nos landes de la Gironde, ( 414 ) zeuses très-variées, tandis que dans le sable inférieur on ne rencontre que de petits cailloux de quartz blanc (1). » — Assez souvent, les deux sortes de sables sont distinctes l'une de l'autre; mais, d'autres fois, leur séparation est impossible à saisir : les sables jaunes passent alors aux sables inférieurs par transitions insensibles, et les tranchées se couvrent de bigarrures tout-à-fait analogues à celles que l'on observe entre Factures et Salles (§19). 35. Des observations semblables peuvent être faites le long de la Gironde, depuis Roque-de-Tqu jusqu'à Bourg, où de nombreuses exploi- tations ouvertes, depuis quelques années, dans l'escarpement qui s'élève au bord du fleuve, ont tranché le coteau depuis sa base jusqu'à son som- met. Le calcaire à Astéries forme la masse de cet escarpement, dont la partie supérieure, très-irrégulièrement terminée, composée d'assises marneuses et gréseuses, renferme de nombreuses cavités, souvent très- profondes, qui s'étendent en tous sens et affectent toutes sortes de for- mes. Ces cavités sont comblées par des sables plus ou moins argileux, tantôt rouges, jaune-rougeâtre, jaunes, grisâtres ou brun-jaunâtre, tantôt bigarrés de ces diverses couleurs. Les sables argileux brun-jaunâtre domi- nent dans le haut, les sables rouges, jaunes, gris ou bigarrés dans la partie moyenne, tandis que vers le bas, surtout dans les cavités, dont les rami- fications se prolongent dans les carrières souterraines exploitées à la base de l'escarpement, le remplissage est presque toujours une argile à pâte fine et compacte, ocreuse ou brune, sableuse ou non. Les sables vivement colorés dont il est ici question sont souvent à grains très-fins et quelquefois mélangés de cailloux quartzeux blancs ou gris ; ils renferment de petites paillettes de mica, une très-faible proportion d'argile et de très-rares granules de fer oxydé magnétique; les concré- tions ferrugineuses n'y sont pas rares. Il est impossible de les distinguer de certains sables de même nature qui existent à Salles, au moulin des Gardères, et la même analogie existe, suivant M. Jacquot (2), avec les sables rouges que l'on rencontre dans la Chalosse, au milieux d'un ter- rain que l'on considère généralement comme pliocène. Un échantillon de sable rose provenant de Poyanne, près Marmisson, analysé par cet excellent observateur, a donné : (1) Jacquot : Ibid. p. 44. (2) Loc. cit. p. 16. ( 415 ) Subie quarueux, gris, très-fin, avec quelques pai licites de mica. . . 0, 939 Oxyde de fer 0, OU Eau hygrométrique 0, 017 Total 1 .000 La coloration dont il vient d'être question n'est pas spéciale aux sables lins micacés ; elle se propage souvent jusqu'à la terre végétale, à travers des sables grossiers (Marmisson) ou des graviers fins (Poyanné), qui ne diffèrent pas minéralogiquement de sables jaunâtres . que l'on trouve ailleurs dans des conditions de gisement tout-à-fait semblables (Ville- neuve, près du lieu dit Ferran) (1). 36. Aux approches de Bourg, le sable argileux qui recouvre les co- teaux devient caillouteux; mais les cailloux n'y dépassent que rarement la dimension d'une grosse noix ; de plus il présente les mêmes variations de couleur qu'aux environs de Blaye, bien que d'une manière beaucoup moins prononcée. Un échantillon de graviers blancs, que j'ai recueilli près du village de Camilîac, se compose: d'un mélange de sable grossier et de petits galets de quartz de la grosseur au plus d'une amande, — d'un sable très- fin, gris, micacé, analogue à celui de Poyanne , lorsqu'on lui a enlevé son enduit ferrugineux, — d'une argile jaunâtre, colorée par un peu d'oxide de fer hydraté. Le barreau aimanté retire du sable grossier, un assez grand nombre de grains magnétiques (2). (1) Dans le sable de Villeneuve, on trouve quelquefois des petits tubes, formés de grains de ce sable agglutinés par du carbonate de chaux et se reliant à des incrustations calcaires qui tapissent les cavités de la roche miocène et se prolongent vertica- lement en stalactites de quelques décimètres de longueur. Quelques-unes de ces der- nières sont exclusivement calcaires au centre ; mais, dans leur périphérie, elles sont un mélange de carbonate de chaux et de sable; elles ont donc commencé à se former antérieurement au dépôt de transport qui a comblé les cavités, et, depuis, ont conti- nué à se développer sans interruption. (2) Je crois devoir faire ici une remarque : en opérant sur le gravier de Camilîac, d'abord par décantation pour séparer l'argile ; — puis, par lavage à l'auget, afin d'isoler le sable fin du gravier, on obtient les trois dépôts que j'indique ci-dessus, savoir : une argile légèrement micacée qui ne contient pas trace d'oxyde de fer magné- ( 416 ) Tous les menus graviers ou gravelins de la localité (4), sauf la pro- portion plus ou moins considérable d'oxyde de fer qu'ils contiennent, conduisent au même résultat, qu'on les recueille sous la terre végétale, ou dans la terre végétale elle-même; seulement, dans ce dernier cas, il est nécessaire de faire abstraction des éléments étrangers introduits dans le sol par la culture. 37. Entre Bourg el Taurine, un certain nombre de carrières exploitées à ciel ouvert, permettent d'observer avec facilité les diverses manières d'être de la formation que nous étudions. Au Pas-de-Brel, le calcaire miocène est, comme partout ailleurs, perforé dans tous les sens; ces perforations, évidemment dues à l'action corrosive des eaux , sont fréquemment mises à découvert par les travaux des carriers et donnent à la roche l'aspect que présentent, sur une moin- dre échelle, certains calcaires creusés par des mollusques perforants. Ces cavités sont presque toujours sinueuses , d'une profondeur assez grande, alternativement étroites et renflées; elles sont remplies, dans le bas, par une argile ocreuse ou jaune, à pâte fine et compacte, parfois légèrement micacée, dont la poussière est d'un jaune plus ou moins vif ou un peu rougeàtre, qui rappelle la couleur de certains sables argileux de Salles. Cette argile de remplissage a été évidemment introduite dans les cavités dont il s'agit, à l'état de suspension dans l'eau, car, outre qu'elle affecte en général, lorsqu'elle est sèche, une structure zonaire très-prononcée, elle a éprouvé par la dessiccation un retrait éner- gique, qui en a déterminé la division en nombreux fragments. Au sur- plus , lorsque l'argile, dans les canaux souterrains, est maintenue à l'état plastique par les eaux d'infiltration du calcaire, ce qui est assez fréquent dans les carrières souterraines, on la trouve toujours colorée en tique; un sable fin légèrement argileux qui en renferme quelques grains en Irès-pelil nombre; enfin un sable grossier, où l'on en trouve eu quantité très-appréciable. Cette opération semble expliquer pourquoi le fer oxydé magnétique n'existe pas dans les argiles et ne se trouve souvent qu'à l'état de grande rareté dans les sables très-fins, comme ceux de Salles et de Poyanne, tandis qu'il est en proportion notable dans les sables plus grossiers; mais on verra plus loin que cette explication est trop générale. (1) On appelle gravelins les menus graviers analogues à ceux qui viennent d'être décrits. Je ne connais aucune gravière proprement dite dans la contrée située entre la rive droite de la Dordogne et l'Isle; les sablières, au contraire, y sont très-fréquentes. ( Mi ) jaune vif; mais, desséchée, à une température qui n'altère pas la com- position de sa matière colorante, elle prend absolument l'aspect de celle dont il a été question toul-à-1'heure. Les terres de remplissage changent de nature à mesure qu'elles se rapprochent du sol végétal ; elles deviennent sableuses et finissent par se confondre avec les sables argileux, brun-jaunâtre, généralement ternes, qui forment le recouvrement du calcaire à Astéries. Ces sables super- ficiels sont ferrugineux et, quelquefois, lorsqu'ils contiennent peu d'argile, (ce qui est très-rare), l'analyse chimique y dénote la présence de petites quantités de matière organique , circonstance qui semble les rapprocher de certains alios, de même couleur, que l'on observe à Gazinet, près ù'Uzeste, et dans quelques autres localités des landes de la rive gauche de la Garonne. Au lieu de Croûte (commune de Bourg), on voit, en certains points, le sable brun superficiel reposer sur un sable, grisâtre ou blanc jau- nâtre, semblable à celui qu'on trouve sur la rive opposée de la Gironde, dans les terrains sablonneux de la commune de Margaux. Plus loin, dans les carrières de La Lustre (commune de Tauriac) , ce même sable passe, dans quelques cavités de la roche miocène, à une argile d'abord sableuse rougeâtre, puis bigarrée de rouge et de jaune, qui donne au front de la carrière l'aspect des escarpements de Poyanne ou de quelques carrières des environs de Nizan et de Salles, dans les- quelles le sable des Landes forme le recouvrement de la roche exploitée. Ailleurs, mais toujours dans la même direction, en face de Marcamps, les sables de remplissage sont quelquefois jaunes et blancs. Dans tous ces cas, une couche d'argile, ocreuse ou jaune, d'épaisseur variable, tapisse le fond des excavations, et le sable qui lui est superposé renferme quelques grains atlirables au barreau aimanté 38. A partir de Marcamps jusqu'aux environs de Tizac, dans la com- mune de Saint-Gervais, le terrain de transport n'a qu'une faible épais- seur et ses caractères sont le plus souvent altérés par la culture ou par les débris d'anciennes carrières, dont la roche affleure au sol ; mais, près de Tizac, il reprend de la puissance, en même temps qu'il change de nature : il se montre à l'état d'argile sableuse, de couleur brune, vers Saint- Antoine et Aubie, de sables argileux, rouges, jaunes ou bigarrés, mélan- gés de cailloux siliceux, dans la direction du Sud, et de sables essen- tiellement quartzeux au Sud-Est. Tome XXVI. 35 ( 418 ) Dans cette dernière direction, le sol est d'abord notablement argileux, comme dans les autres directions, et présente des nuances variables, brunes, jaune-rougeâtre ou jaunes, analogues à celles que l'on observe dans le diluvium caillouteux de la côte de Monlalon, près Sainl-André- de-Cubzac ; puis sa teinte tend à s'uniformiser, la végétation change d'aspect et, à la Garosse, l'on se trouve au milieu d'une de ces landes humides, au sol psammique, couvertes de bruyères et d'ajoncs, et par- semées de bois de pins, qui caractérisent nos landes de la rive gauche de la Garonne : Ulex nantis et européens, Erica cinerea, E. ciliaris et E. telralix, Polygala depressa, s'y font remarquer par leur extrême so- ciabilité, et une couche d'alios assez épaisse s'y étend sous le sol, visible sur une assez grande étendue, le long de la route nouvellement ouverte de Saint-Savin à Saint-André-de-Cubzac, à laquelle il sert d'assiette. L'alios de la lande de la Garosse est tantôt noir, tantôt brun-noirâtre ou jaunâtre; sa consistance est médiocre et il se rapproche, par sa com- position chimique, de ceux de Pierroton, n 09 1 et 4, dont j'ai donné précédemment l'analyse. Par la calcination, il devient gris; mais si l'on enlève, par un acide, à la roche calcinée l'oxyde de fer qui la colore encore, on obtient un sable blanc rosé, assez grossier, semblable à celui qu'il recouvre et, comme lui par conséquent, formé par un mélange de grains de quartz hyalin, incolore ou jaune, de grains de silex, brun ou blond, de quelques grains de quartz grenu gris, violacé ou brun, de petits fragments blancs à angles émoussés et de grains assez nom- breux ayant l'éclat métallique, qui sont attirables au barreau ai- manté. L'alios disparaît sur les pentes et, vers le village de Lapouyade, on n'en voit plus trace, bien que le sable quartzeux, rougeâtre, qui forme le sol, y soit le prolongement évident de celui qui constitue la lande de la Garosse. Ce sable est composé de quartz hyalin, incolore ou rouge- jaunâtre, de silex brun résinoïde, de quartz grenu rouge, gris ou brun, de grains roulés durs d'apparence crayeuse, tantôt blancs, tantôt jaunâ- tres tirant sur le rose, de concrétions ferrugineuses roulées, formées par des grains de quartz qui sont agglomérés par de l'oxyde de fer, enfin d'un certain nombre de grains de fer oxydulê dont la forme cristalline est quelquefois encore un peu visible, malgré l'usure qui en a fortement arrondi les angles. 39. En résumé, dans la coupe que je viens de développer, le terrain de transport se présente sous trois formes différentes, qui se succèdent ( 440 ) toujours dans le même ordre, mais cependant, en général sans démarca- tion appréciable, et sans que les trois formes co-exislenl nécessairement. De bas en haut, on trouve d'abord une argile brune ou brun-jaunâtre, à pâle très-fine et compacte; puis, au-dessus, des sables très-fins, plus ou moins argileux, rouges, jaunes ou gris; enfin, dans le haut, des grave- lins ou des sables, plus ou moins grossiers, diversement colorés, renfer- mant quelquefois des cailloux de nature siliceuse et caractérisés, dans tous les cas où l'argile est en proportion relativement faible, par la pré- sence d'une certaine proportion de fer oxydé magnétique. E. De la lande de la Garosse à Bordeaux. 4-0. Lorsqn'on s'éloigne de la lande de la Garosse, en se dirigeant vers Saint-André-de-Cubzac, le terrain cesse bientôt d'être exclusivement quartzeux, et, dans les carrières du Tasta, il se montre sous la forme d'un sable argileux, légèrement micacé, gris, bigarré de rouge, de violacé et de jaune, lequel renferme quelques concrétions ferrugineuses et des cailloux de quartz hyalin ou compacte, et repose sur une argile brun-jaunâtre qui remplit toutes les anfractuosités de la roche. Si l'on continue à se rapprocher de Saint-André, on voit graduelle- ment le terrain redevenir sablonneux et passer, à l'entrée de la ville, à un sable quartzeux, micacé, assez grossier, très-légèrement argileux, coloré en jaune ou jaunâtre par l'oxyde de fer hydraté et renfermant d'assez nombreux grains de fer oxydé magnétique ; ce sable offre la plus grande ressemblance avec celui de la couche n° 8 du sondage d'Arca- chon. Entre Saint-André et la Dordogne, le terrain de transport n'a qu'une très-faible épaisseur et se confond avec la terre végétale profondément remaniée, sauf dans les cavités naturelles de la roche calcaire de Cubzac, où on le retrouve offrant des conditions de gisement analogues à celles qu'on a observées dans les perforations des carrières du Pas-de-Brel ou de Croûte, dans la commune de Bourg. Il reparaît encore sur la rive ganche de la Dordogne, le long et en contre-bas de la voie ferrée, à Puymanot, dans une sablière, dont le front de taille se compose de cou- ches, alternativement jaunes ou jaunâtres, d'un sable identique à celui de Saint-André et contenant quelques grains d'olivine. Dans les ( 420 ) parties supérieures de celte exploitation, le sable devient argileux; il s'étend, sous cette forme, jusqu'auprès de la station de la Grave-d'Amba- rès, où il est recouvert par un conglomérat formé de cailloux, la plupart siliceux et de grosseurs très-diverses, reliés par un ciment argilo-sableux micacé, gris ou jaune-ocreux, dont les teintes sont disposées en bandes lenticulaires assez régulières, simulant des strates sensiblement horizon- taux. Des taches ferrugineuses rouges se montrent de loin en loin dans la masse. 41. La plupart des cailloux qui sont répandus dans ce terrain sont quartzeux; on en trouve cependant quelques-uns dont la nature est plus complexe. Je donne ci-dessous la liste des principales espèces de roches que j'ai trouvées à la Grave et dans une gravière, située à côté de la voie ferrée, à mi-distance d'Ambarès et de Saint-Loubès (1) : a. Silex noir ou gris, à croûte blanchâtre, grenu, tantôt en boule, tantôt un peu rameux; — brun ou blond, translucide ou opaque, résinoïde ou mat, altéré, à la surface, sur une épaisseur très-variable AC. c. Silex passant au quartz nectique et simulant une craie grossière. RR. d. Quarlz -meulière, gris ou blanc, poreux, mais à pores très-fins, avec ou sans empreintes de fossiles. RR. f. Quartz hyalin ou mat, aventuriné ou non, quelquefois en cristaux bacillai- res agglomérés; vitreux, laiteux ou grenu; de diverses couleurs CC. g. Quartz grenu, fin, rouge nuancé de teintes plus foncées, d'apparence por- phyroïde. R. g 2 . Quartz noir, grenu. R. h. Phtanile ou jaspe schisteux, tantôt noir, tantôt gris ou verdàtre, quelquefois en décomposition et se divisant alors en feuillets. RR. j,. Schiste micacé en décomposition. RR. ki. Pegmatile en décomposition. RR. (1) Je conserve à chaque espèce de cailloux déjà citée la lettre par laquelle je l'ai désignée précédemment ( § 8 et 17); les autres sont désignées par la lettre, affectée d'un indice, qui désigne l'espèce dont elle se rapproche le plus par sa nature minéra- logique. ( 421 ) Je rappellerai ici que, depuis longtemps, Billaudel et M. Ch. Des Moulins ont démontré que les nombreuses empreintes de corps organisés fossiles que l'on trouve sur un grand nombre de silex des gravières d'Ambarès, sont de deux sortes : les unes (rudistes, échinides, bivalves et polypiers), appartiennent à la formation crayeuse du Périgord; les autres (planorbes, lymnées et gyrogonites), proviennent de meulières des terrains tertiaires (1). Les cailloux des gravières d'Ambarès ont des grosseurs très-variables : en général et à part quelques silex gris ou noirs qui sont presque cépha- laires, cette grosseur est infra-pugillaire et le plus souvent réduite à la dimension d'un œuf. 42. A mesure que l'on s'élève vers le sommet des coteaux, on voit reparaître des alternances de sables plus ou moins argileux et de graviers semblables à ceux d'Ambarès; seulement les cailloux en sont d'autant plus petits que leur gisement est à un niveau plus élevé au-dessus de la Dordogne ; mais quel que soit le point où on les considère, ils conser- vent la même composition, la même constitution, la même apparence. Ces circonstances s'observent avec une grande netteté le long du che- min qui, partant de la route de Saint-André-de-Cubzac à Bordeaux, auprès du moulin de Monferrand, passe par le Bouscau, Antonne, Le Tertre, Bellassis, Lagrave, et aboutit â Carbon-Blanc. On a ouvert une gravière au point culminant de ce chemin, près du lieu qui figure sur la carte de l'Etat-Major, sous le nom de Vent-du- Nord : le terrain s'y trouve formé par une accumulation de caillou^ noyés dans une argile sableuse, jaune maculée de gris, dont la nature est celle des cailloux d'Ambarès et dont la grosseur dépasse assez rare- ment celle d'un gros œuf. Entre ce point et Carbon-Blanc, les tranchées du chemin sont tantôt caillouteuses, comme à Vent-du-Nord, tantôt argileuses ou argilo-sa- bleuses, et prennent successivement tous les aspects que j'ai décrils en parlant des terrains de Gazinet, placés au-dessous de l'alios (§ 10). Au Sud-Est, vers Pompignac, et particulièrement le long de la roule qui sépare cette commune de celle de Tresses, le terrain offre des aspects (1) Billaudel: Essai sur le gisement, la nalure, l'origine el l'emploi des cailloux roulés, etc. {Actes de la Soc. Lin. Bord. T. IV, p. 256 et 235). — Collections géolo- giques de M. Ch. Des Moulins. ( 422 ) encore plus remarquables. En certains lieux, les coupes en sont sembla- bles à celles qu'on observe aux environs de Bourg et de Blaye : une couche mince d'argile ocreuse en forme la base, au contact du calcaire à Astéries ; un sable fin rouge, jaune ou gris, apparaît au-dessus, et dans le haut, se confondant avec la terre végétale, se montre un sable argileux grossier, d'un brun-terne, caillouteux ou non, qui renferme des grains de fer oxydé magnétique. Ailleurs, le sable supérieur manque presque entièrement, et alors les talus de la route ou les tranchées des sablières présentent, non-seulement l'apparence physique, mais encore la composition minéralogique des sables qui se trouvent à la base des berges du ruisseau d'Argilas, au moulin des Gardères (§ 20). 43. Entre Carbon-Blanc et la côte de Cenon, les coupes de terrain un peu profondes sont rares; cependant la terre végétale n'y diffère pas de ce qu'elle est dans la région que l'on vient de parcourir. Un échantillon que j'en ai recueilli dans une fouille, ouverte au lieu dit le Sourd, et que j'ai soumis à la lévigation, m'a laissé pour résidu un sable quartzeux assez fin, qui renferme quelques petits cailloux également quartzeux, des grains de silex, des granules noirs à éclat métalloïde, ainsi que d'assez nombreux grains attirables au barreau aimanté ; sous le rapport de la composition minéralogique, il offre beaucoup d'analogie avec le sable de la Garosse. Le terrain de transport reparaît de nouveau, avec tout son développe- ment en épaisseur, dans les nombreuses sablières et dans les tranchées des chemins qui sillonnent les coteaux de Lormont, Cenon, Floirac, Bouliac, etc., situés le long de la Garonne. 44. De Carbon-Blanc à Lormont, les coteaux sont recouverts par un sable argileux gris-jaunâtre, ou brun-clair, semblable à celui du Sourd. Si l'on suit le chemin de René à Cailly, qui conduit des hauteurs dans la plaine, on en voit les talus d'abord à l'état de sables argileux, passer de temps à autre au gravier et prendre bientôt, à leur base, des teintes rouges et jaunes de plus en plus vives ; puis apparaissent dès sables fins et colorés des mêmes nuances, qui envahissent quelquefois toute l'épais- seur du terrain et se poursuivent jusqu'à une certaine hauteur au-dessus des alluvions de la plaine. Ces sables bigarrés, ainsi que ceux qui leur sont superposés, sont, quant à leurs caractères essentiels, absolument semblables à leurs analogues des environs de Bourg et de Monfollet. 45. Cette identité se montre non moins complète dans la commune de Cenon. De grandes carrières y sont ouvertes au Coupât, dans le cal- ( 423 ) caire à Astéries. Comme celles de Marmisson et de Poyanne, elles ont tranché le coteau depuis sa base jusque vers son sommet, sur une hau- teur d'environ vingt mètres, et leur partie supérieure a recoupé quelques excavations naturelles qui, du sol, se prolongent dans la roche. Une argile sableuse ou plastique, dont la couleur varie du brun-rougeâtre aujaune-verdâtre, constitue la base du dépôt qui remplit ces cavités, dans lesquelles quelques blocs calcaires, à angles légèrement émoussés et appartenant à la même formation que la roche exploitée, s'aperçoivent noyés dans la masse argileuse : à celle-ci succèdent, par transitions peu sensibles, des sables argileux fins rougeâtres, qui cependant reposent quelquefois directement sur le calcaire et qui passent, dans le haut, à un sable argileux brunâtre, assez caillouteux, de même nature que le sable supérieur de Lormont. Entre le Coupât et les Cavailles, la partie superficielle du terrain de transport devient très-caillouteuse; la partie inférieure reste sablon- neuse et très-bigarrée, mais elle admet souvent dans sa composition des veines d'argile plus ou moins nombreuses. «Aux Cavailles, près de l'église de Cenon, on trouve des lits d'argile rosée au milieu des sables colorés en rouge intense, et renfermant de nombreux galets de quartz blanc ou bleuâtre, dont la surface est enduite d'une pellicule d'oxyde de fer. Ces argiles sont très-distinctement fissiles (1). » Un puits qui a été creusé sur le plateau, entre l'Église et les Quatre- Pavillons (2) , a traversé 16 mètres de dépôt caillouteux et 2 m 50 de sable jaune fin, avec grains plus gros de quartz et de calcaire, au con- tact du calcaire à Astéries. 46. Les cailloux de ces divers dépôts sont de même nature qu'à Vetil- du-Nord et à Carbon-Blanc (§ 42); ils appartiennent particulièrement aux espèces minéralogiques suivantes : A. Silex noir ou gris, à croûte blanchâtre et grenue, affectant toutes luî- mes; a. Silex brun ou jaunâtre, avec ou sans empreintes de fossiles; (1) Jacquot : Note sur l'existence et la composition du terrain tertiaire supérieur dans la partie orientale du département de la Gironde, p. 17. (2) Billiot : Coupes géologiques in Act, Soc. Lin. Bord., t. XXVÏ, (3= sér , T. YJ), p. 249. ( 4â4 ) a,. Silex résinoïde brun, analogue ù celui que M. Cl). Des Moulins considère comme caractéristique du diluvium de Lauquais (1); C. Silex pseudomorphique passant au quartz ncctique; d. Meulière grise ou blanche, à pores très-fins; e Meulière cariée, avec cristallisations quartzeuses et infiltrations ferrugi- neuses; f. Quartz hyalin ou mat, aventuriné ou non, vitreux, laiteux ou grenu ; gris, rouge, rougeâtre ou rosé, jaunâtre, etc., des mêmes variétés que les quartz du diluvium de Lanquais (2); g. Quartz grenu, rouge avec veines blanchâtres ; g,. Quartz grenu porphyroïde blanc, simulant la pegmatite; g 2 . Quartz grenu, noir; h. Phlanite noir, avec ou sans veines quartzeuses; j. Micaschiste quartzeux; k. Granité tourmalinifère, en partie décomposé. 47. Un puits, creusé antérieurement au précédent, au S.-O. des Cavailles, a donné la coupe suivante du terrain de transport qui recou- vre le calcaire à Astéries (3) : Terre végétale. ...... m , 32 Gravier et sable 6, 82 Argile ocracée. ...... 2, 27 Sable argileux 2, 27 A proximité de ce puits, vers la limite des communes de Cenon et de Floirac, au sommet de la côte qui domine la vallée de la Garonne, sur la route de Branne, on exploite des sablières et des gravières, dont le front d'exploitation a quelquefois plusieurs mètres de hauteur. Dans les gravières, la masse est presque entièrement composée de cailloux de même nature que ceux qu'on trouve à Cenon. Dans les sablières, la par- tie supérieure, formée par un gravier très-sableux, repose sur un sable quartzeux légèrement argileux. Dans toutes ces exploitations, les sables renferment de nombreux grains microscopiques de fer oxydé magnétique; dans toutes également, on observe à la base du front de carrière, des (1) Ch. Des Moulins : Bassin hydrog. du Couzeau, p. 205. — Collection minéralo- gique et géologique de ce savant. (2) Collection de M. Ch. Des Moulins. (5) Jouannet : in Act. Soc. Lin. Bord., t. IV, p. 215. ( 425 ) sables très-fins et micacés, qui ne contiennent pas de fer oxydulé ou qui n'en renferment tout au plus que des traces. « Sous le rapport de la couleur, ce terrain présente une grande bigarrure; les nuances rouges, jaunes et grises se succèdent quelquefois dans un espace très-restreint, et elles forment dans la masse les dessins les plus variés. Au fond d'une sablière de la route de Branne, il y a un lit d'argile verdâtre, maculée de rouge (1); » ce lit sépare les sables et les graviers supérieurs des sables fins de la base, dont la couleur jaune ou rouge rappelle les sables de même nature des environs de Blaye et de Salles (2). On y rencontre de nombreuses plaquettes de fer hématileux, qui ne diffèrent, ni par leur mode de gisement, ni par leurs caractères minéralogiques, de celles qu'on observe dans les sables analogues du moulin des Gardères, près de Salles (§ 20). AS. Entre Monrepos et Bouliac, le terrain présente la plupart des aspects qu'on vient de lui voir entre Carbon-Blanc et Cenon. A Belle- Croix, le gravier passe latéralement à des sables quartzeus, riches en fer oxydulé et offrant la plus complète analogie avec le sable de la lande d'Arlac (commune de Mérignac, sur la rive gauche de la Garonne) ; puis ceux-ci se modifient à leur tour et sont remplacés à Bouliac par des alternances de graviers et de sables bigarrés fins, semblables à ceux dont il vient d'être question au paragraphe précédent. Un sondage exécuté au château de Vergnes , à 2 kilom. N.-E. de l'église de Bouliac, a traversé les couches suivantes, dont les supé- rieures seules renferment des proportions notables de fer oxydé ma- gnétique (3) : (1) Jacquot : Note citée, p. 16. (2) Deux échantillons de ces sables fins ont présenté les compositions suivantes : Sable rouge. Sable jaune, Sable quartzeux blanc-grisâtre, très-fin, avec quelques pail- lettes de mica blanc 0, 955 0,962 Peroxyde de fer 0,045 0,056 Argile • tr. tr. Eau 0,019 0,002 On voit que le sable rouge de Floirac présente à très-peu près la composition du sable rouge de Marmisson, dont j'ai donné l'analyse (§ 55). (5J Rilliot : Coupes géologiques, etc., in Act. Soc Lin Bord. T. XXVI, p. 219. ( 426 ) ÉPAISSEURS partielles, cumulées. Terre végétale formée par un limon brunâtre à petits cailloux de quartz 0,60 0,60 Argile sableuse jaune à petils cailloux de quartz; (par lévi- gation on en retire du fer oxydulé) 0,30 0,90 Sable argileux rougeâtre, avec petits fragments de quartz et cailloux roulés (même observation) 1,20 2,10 Argile bigarrée rouge et jaune à petits cailloux de quartz. 8,80 10,90 Argile sableuse jaune rougeâtre, avec lits de sable rou- geâtre 0,74 11,64 Sable argileux jaune, avec quelques gros grains de quartz . 0,90 12,54 Argile sableuse jaune-verdâtre 0,63 13,17 Sable argileux jaune-ocreux 0,58 13,75 Argile verte et jaune 1,70 15,45 49. Ainsi dans la direction que je viens de suivre comme dans celle de Blaye à Saint-André-de-Cubzac, le terrain de transport se montre le même, et dans sa composition générale, et dans son mode de gisement : à la partie inférieure, il est constitué par une couche d'argile quelque- fois très-mince ou même nulle, d'autres fois assez épaisse, plus ou moins plastique et de couleur brun-jaunâtre, jaune-ocreux ou verdâtre ; au- dessus il est à l'état de sables fins, micacés, bigarrés de rouge, de jaune, de gris, de vert, renfermant plus ou moins d'argile et quelques cailloux quartzeux de petites dimensions; enfin, les dépôts les plus récents sont des graviers sableux ou argilo-sableux, des sables grossiers purs ou argi- leux et des argiles sableuses. Les dépôts supérieurs renferment toujours, dans leur partie sableuse, une certaine quantité de grains noirs attîra- bles au barreau aimanté, tandis qu'il n'en existe point, ou qu'il en existe à peine des traces dans les sables fins intermédiaires et jamais dans les argiles inférieures. Les mêmes circonstances vont encore apparaître dans la coupe sui- vante. F. De Créon à Bordeaux. 50. Le bourg de Créon est situé dans la partie centrale de l'Enlre- deux-Mers, sur un plateau dont la hauteur au-dessus du niveau moyen de la mer varie de 95 à 116 mètres. Dans toute l'étendue de ce plateau comprise entre La Sauve e( Cursan, le sol est tantôt ("comme à Sadirar,) ( 427 ) un gravier argilo-sableux, analogue à celui de Vent- du- Nord (§ 4-2); tantôt (comme au Pout, à Cursan, à La Sauve), un sable quartzeux plus ou moins caillouteux, à peine cohérent; tantôt enfin (comme à Créon), un sable argileux jaunâtre, maculé de gris, renfermant quelques cailloux de quartz et de silex, et de nombreuses concrétions ferrugineuses, quel- quefois manganésifères. Ces dépôts présentent souvent une épaisseur considérable. Dans les gravières de Lorient, village situé à 4 kilomètres N.-O. de Gréon, ils sont exploités sur une hauteur de plus de 5 mètres et rien n'indique qu'on soit près d'en atteindre la base. A Bel-Air, plus rapproché de Créon que la localité précédente, un gravier argilo-sableux recouvre une couche d'argile gris-bleuâtre de l m 50 à 2 mètres d'épaisseur, que l'on exploite pour faire de la poterie grossière. A la base de cette argile, j'ai recueilli des empreintes char- bonneuses de monocotylédonées ; mais leur netteté est trop douteuse pour que l'on puisse déterminer, avec quelque certitude, les espèces auxquelles elles appartiennent. La couche argileuse de Bel-Air paraît se prolonger, dans la commune de Sadirac, jusqu'au-delà de Menusey, où un puits de glaisière m'a offert de haut en bas la coupe suivante : 4. Sable grossier argileux, jaune brunâtre et terne, contenant des grains attirables au barreau aimanté 2 met. 2. Gravier ferrugineux renfermant des cailloux semblables à ceux de Lorient et de Cenon (§ 46) et un grand nombre de concré- tions hématiteuses 3 3. Argile grise ou bleuâtre assez fine et compacte, ne produisant toutefois qu'une poterie grossière 4,80 4. Poudingue ferrugineux très-dur 0,20 5. Gravier de même nature que 2 ép. inc. M. Delbos (1) a trouvé une coupe analogue dans un puits, creusé à Créon, il y a quelques années. Toutefois le terrain de transport ne se montre pas avec ces mêmes caractères partout autour de Créon. En divers points, on voit à la base (t) Delbos : Noie sur l'âge des argiles de Sadirac, in Bull. Soc. géol. de Fr. 2e sé- rie, T. X.— Jacquot ; Note citée, p. ! J ( 428 ) de la formation, des sables bigarrés analogues à ceux de Cenon et de Floirac. Ainsi, près de l'église de La Sauve, ces sables reposent sur les argiles marneuses du calcaire à Astéries; on les retrouve encore au Ruzat et au Télégraphe, près de Sadirac. 51. Entre Créon et Lignan, le terrain de transport offre, au sommet des coteaux, l'aspect et la composition qu'on lui a vus à Bel-Air et à Menusey ; il se compose, à la surface, de sables argileux jaunâtres, ma- culés de gris et quelquefois de rouge, qui renferment çà et là quelques galets de roches quartzeuses ; ces sables reposent sur des graviers très- caillouteux, dans lesquels on remarque assez fréquemment des concré- tions ferrugineuses et manganésifères. Mais à mesure que l'on se rappro- che du fond de la vallée de la Pampine, la proportion de sable augmente, la coloration du terrain devient plus variée, et, à l'entrée du village de Lignan, on se trouve en face de tranchées, les unes semblables à cer- taines des coupes des Landes de la rive gauche de la Garonne (Gazinet et Mios) , les autres formées de ces sables argileux, d'un brun terne, que l'on considère généralement comme caractéristiques du diluvium. Dans une sablière, ouverte à quelques mètres du village, à gauche du chemin de Créon à Lignan, un sable blanc très-fin, légèrement argileux, micacé, renfermant quelques grains microscopiques attirables au barreau aimanté, s'appuie sur le flanc du coteau; à mesure qu'il s'en écarte, il se mélange peu à peu de petits galets quartzeux, semblables à ceux qu'on observe dans la molasse du Fronsadais ; puis il devient grossier, se colore en jaune et en rouge et admet, dans sa composition, outre les cailloux quartzeux, des cailloux schisteux et quelques fragments encore anguleux de feldspath et de pegmatite. Cette composition du terrain de transport se poursuit le long du chemin de Lignan à Latresne jusqu'au point où il traverse la Pampine, sauf toutefois la coloration, qui passe souvent au jaunâtre dans le bas, et au brun terne dans le haut. Dans les parties, où les tranchées ont mis à nu des cavités ou des puits du calcaire à Astéries, on observe des remplissages semblables à ceux que j'ai eu à signaler jusqu'à présent. 52. Sur le versant opposé du vallon de la Pampine, en face du point où le chemin de Créon pénètre dans le village de Lignan, le terrain super- ficiel présente les mêmes bigarrures de teintes que dans les couches supérieures de la sablière, dont il a été question toul-à-1'heure, et, par ses couleurs vives et variées, il rappelle les sables argileux bigarrés de Sainte-Eulalie-d'Ambarès et delà commune de Tresses (§42). Il se main- ( 429) lient avec ces caractères jusque sur les sommets, où les sables sont recou- verts par des amas de cailloux, qui se poursuivent jusqu'auprès du vil- lage de Citon, dans la commune de Cénac. 53. Entre ce village et Latresne, le terrain de transport est en général un sable argileux, d'un jaune ocreux terne, parfois maculé de gris ou de jaune, un peu caillouteux, analogue à celui qui recouvre un grand nom- bre des coteaux encaissants de la Dordogne. Les canaux souterrains, qui traversent en tous sens le calcaire à Astéries, dans les carrières de Citon et de Latresne, sont presque toujours remplis d'une argile humide jaune, faiblement micacée, peu ou point sableuse; mais lorsque cette argile s'est desséchée par une cause quelconque, elle est d'un brun-jau- nâtre, très-compacte et un peu zonaire, ainsi qu'on l'observe fréquem- ment dans les cavités qui débouchent dans les tranchées des chemins ou dans les carrières à ciel ouvert. Tous les sables de cette région renferment du fer oxydulé; je n'y ai jamais trouvé de fer titane. 54. Entre le vallon de la Pampine et Carignan, le terrain se montre d'abord analogue à ce qu'on vient de le voir entre Lignan et Latresne : sablonneux, rougeâtre, jaune ou brun-terne, sur le versant du vallon, — formé d'amas de cailloux sur les hauteurs. Mais à mesure qu'on s'appro- che de Carignan et de Bouliac, les sables fins, micacés, rouges, jaunes ou gris, reparaissent graduellement au-dessous des graviers ou des sables argileux grossiers qui constituent le sol végétal, reliant ainsi la forma- tion de Créon à celle des environs de Bordeaux. 55. Les cailloux que j'ai recueillis dans les gravières et les tranchées des chemins, entre Créon et Latresne, sont de nature assez variée; j'en donne ci-dessous le tableau, en suivant le même ordre que dans les tableaux précédents : a. Silex, noir ou gris, à croûte blanchâtre; — brun ou blond, opaque ou translucide. AR. a 2 . Silex ferrugineux, en cailloux aplatis, dont l'analogue a été trouvé dans le sondage d'Arcachon. RR. a 5 . Silex rouge-améthyste, à cassure légèrement esqnilleuse, assez fréquent le long de la ligne de faîte de l'Entre-deux-Mers. b. Silex jaspoïde, à structure zonaire, accusée, à la surface, par des veines concentriques, alternativement blanches et grises, creuses et saillantes, qui sont jaune-rougeàtre et brunes à l'intérieur. Ce silex est en tout ( 430 ) semblable aux échantillons b d'Eyzines et de Gazinet. — ( Un exemplaire unique trouvé à Carignan). c. Silex passant au quartz nectique et simulant une craie grossière. RR. d. Meulière grise ou blanche, à pores très-fins. RR. e. Meulière blanche à texture cariée. AR. f. Quartz hyalin, en cailloux au plus de la grosseur d'un gros œuf, des mê- mes variétés que partout ailleurs dans le département. CC. g. Quartz grenu, rouge ou brun. RR. g,. Quartz grenu, un peu terreux, porphyroïde blanc, simulant la pegma^ tite. RR. g s . Quartz grenu, noirâtre ou noir. Ce quartz existe dans la vallée de la Garonne et dans celle de la Dordogne. On trouve des petits galets de même nature dans la molasse du Fronsadais et dans celle de l'Age- nais. AR. h. Phlanile ou jaspe schisteux, noir, gris ou verdàtre, quelquefois décom- posé. RR. j. Schistes talqueux ou micacés en décomposition. RR. k. Tourmaline noire empâtée dans du quartz. — Je n'en ai trouvé qu'au nord de Créon. RR. k. Pegmatile et feldspath en décomposition. Ne se trouvent guère que dans les parties argileuses du terrain de transport. RR. On voit par ce tableau que la plupart des cailloux que l'on observe dans le diluvium de l'Enlre-deux-Mers, à l'ouest du méridien de Créon, se retrouvent tous dans les dépôts caillouteux qui s'étendent le long de la rive gauche de la Garonne, ainsi que dans les dépôts sablonneux qui continuent ces derniers dans les landes du département de la Gironde. 4° De Créon à Saint-Macaire. 56. Le terrain de transport présente toujours un développement consi- dérable dans cette nouvelle direction ; mais, tout en conservant à peu de chose près les caractères que nous lui avons reconnus dans,, les trois coupes précédentes, il subit des modifications qui deviennent d'autant plus sensibles, que l'on s'éloigne davantage de la ligne de faîte de l'Entre-deux-Mers. En particulier, les sables bigarrés fins que l'on observe assez bien caractérisés autour de Créon, disparaissent bientôt; aux environs deHaux, on n'en trouve déjà plus que des traces et encore n'existent-ils que dans quelques fissures du calcaire à Astéries. Entre Haux et Langoiran, au- ( 431 ) dessus des argiles qui, comme partout ailleurs, forment la base du rem • plissage de presque toutes les cavités de la roche miocène, on rencontre tantôt une argile sableuse jaune micacée, tantôt un sable ferrugineux, renfermant de nombreuses petites paillettes de mica, quelques grains de fer oxydulé, et des fragments blanc-laiteux, un peu anguleux, qui paraissent être du feldspath. Examinés à la loupe, ces derniers sables ressemblent à un mélange du sable fin de Lignan (§51) et du sable qu'on obtient en traitant par un acide, la molasse miocène de Rambaux, (commune de Fossés et Baleyssac, à l'E.-N.-E. de La Réole). Ce mé- lange ne se montre que rarement autour de Langoiran, mais il devient de plus en plus net et tranché à mesure que l'on s'approche de Saint- Macaire. Entre Créon et Donzac, l'Entre-deux-Mers forme un plateau ondulé, dont le niveau moyen est à peu près celui du bourg de Créon. Le terrain de transport superficiel y affecte longtemps les mêmes caractères qu'au- tour de cette localité, et renferme à la fois la plupart des éléments qu'on observe dans celui du versant gauche de la vallée de la Dordogne et dans les dépôts qui couvrent les coteaux les plus rapprochés de la Garonne; mais quand on arrive sur ces derniers, les éléments distinctifs du bassin de la Dordogne disparaissent et les dépôts deviennent semblables à ceux que, sur la rive gauche de la Garonne, le chemin de fer de Langon à Bazas traverse entre le point où cessent les anciennes dilutions de ce cours d'eau et la halte de Roaillan. Je vais entrer dans quelques détails à ce sujet. De Créon à Haux et à Langoiran, les dépôts superficiels offrent les mêmes variations qu'entre la première de ces localités et Latresne. Sur les sommets, ce sont des amas plus ou moins considérables de graviers caillouteux, tantôt sableux, tantôt noyés dans une argile sableuse, jaune, rouge ou grise, qui leur donne un aspect bigarré quelquefois très-bizarre; les concrétions ferrugineuses y sont fréquentes. Dans les vallons, la nature des dépôts se modifie assez souvent et il n'est pas rare d'y ren- contrer des sables presque purs ou des grès quartzeux assez faiblement agglomérés pour s'égrener sous les doigts. A Haux, en face de la tuilerie Dubourdieu, j'ai recueilli à mi-coteau,, dans une sablière, une espèce de grès quartzeux, friable, coloré, tantôt en jaune-rougeâlre, tantôt en jaune-pâle, et renfermant un assez grand nombre de grains de fer oxydulé et des mouches de terre d'ombre. Les cailloux, assez fréquents dans la masse, sont exclusivement siliceux; ( 432 ) quelques-uns sont analogues à des cailloux qu'on ne trouve habituelle- ment que dans les alluvions anciennes de la Garonne, mais les silex et les meulières y paraissent faire complètement défaut. Les cavités profondes, dont la roche miocène sous-jacente est perfo- rée, sont, à Haux, fréquemment traversées par les galeries des carrières souterraines; grâce à cette circonstance, j'ai pu vérifier que, dans le bas, ces cavités sont remplies par une argile légèrement sableuse, jaune-clair et micacée. — A Tabanac, quelques-unes d'entre elles renferment des amas de sable identique à celui des landes de Virelade, sur la rive gau- che de la Garonne (■§ 29, note). 57. Si l'on suit la formation de transport, à la surface du plateau dans une direction parallèle à la Garonne, entre Langoiran et Béguey , on n'aper- çoit aucune modification essentielle dans sa composition ; elle se montre tantôt sous la forme de graviers analogues à ceux des environs de Lan- goiran, d'argile sableuse bigarrée, ou de sable plus ou moins coloré par l'oxyde de fer. Mais auprès de Deslieu, entre les Graves et Pradias, dans la commune de Laroque, on y observe une modification remarquable, et dans l'aspect, et dans la nature même du terrain. En ce point, le sol forme une cuvette assez profonde, dont le centre est essentiellement sablonneux. Une sablière y met à nu, sur une hauteur de trois mètres, une couche de sable présentant, de haut en bas, la coupe suivante : 1. Sable peu consistant, gris-jaunâtre, servant de terre végétale. . ,D ,30 2. Sable aggloméré, de couleur variant du brun au jaune-brunâtre, ayant l'aspect et la structure de Valios qui affleure, près de la fonderie de Pontneau, sur la route de Facture à Sal- les (g 18) 2, 00 3. Sable meuble, assez fin, coloré en jaune-rougeâtre par de l'oxyde de fer, découvert sur une épaisseur de 0, 70 Un échantillon de la couche 2, préalablement desséché, m'a donné à l'analyse chimique et microscopique : Sable blanc-rosé, très-légèrement argileux, composé de grains de quartz-hyalin, laiteux ou grenu, assez fins et de diverses couleurs, entremêlés de paillettes de mica blanc, de grains de fer oxydé magnétique et de nombreux fragments blancs, très- petits, à angles émoussés, analogues à ceux qu'on trouve en ( 433 ) abondance dans la molasse moyenne de l'Amenais ei qui parais- sent feldspathiques 93, 3o Peroxyde de fer . 3. < 5 Eau et matière organique 3, 50 100. 00 Ce sable brun, traité par i'eau bouillante, communique à celle-ci une teinte légère; avec les alcalis (potasse, soude et ammoniaque), il donne une dissolution d'un brun foncé, dans laquelle les acides déterminent un précipité floconneux brun, qui brûle en exhalant une odeur empyreuma- tique très-prononcée. Il présente en un mot tous les caractères de Yaîios des Landes, et doit lui être assimilé (1). 58. Lorsque l'on remonte la pente de la dépression, en se dirigeant vers Deslieu, le terrain change d'aspect à chaque instant et de la même façon qu'entre Lescombes et La Forêt, dans la commune d'Eyzines (§ 7), tantôt d'une manière brusque, tantôt par transitions peu sensibles. Le terrain devient d'abord très-caillouteux ; en même temps l'alios à ciment organique y disparaît et, bientôt, il y est remplacé par des agrégations fer- rugineuses épaisses, tout-à-fait analogues à celles que, dans d'autres contrées, l'on utilise pour les constructions. Plus loin, le sol devenu graduellement argileux se colore de teintes vives, rouges ou jaunes, ma- culées de gris ; des ondulations, les unes sablonneuses, les autres caillou- teuses, s'y dessinent sur les talus escarpés des chemins, semblables à celles qui se produisent, à la surface des eaux, dans les torrents à lit accidenté (2). Enfin, aux environs de Destieu, quelques veines d'un grès quarizeux se montrent éparses dans les graviers, au milieu d'amas de sable de même nature, blancs, gris, jaunes ou rougeâtres, rappelant un fait analogue que j'ai observé aux lagunes des Sauts, près de Magu- das, sur la rive gauche de la Garonne. Sur le plateau, au-dessus de Destieu, les sables argileux bigarrés recouvrent les roches tertiaires sous-jacentes (3) d'une masse puissante, ne différant pas, dans son ensemble, du terrain analogue qui forme la (1) Voir: Jacquot, note citée, p. 7, el Hervé-Maugon, in Ann. des P. et CL. 1837, 3«sér., T. XIU, p. 126. (2) Ces sortes d'ondulations sont très-fréquentes sur les pentes; on en observe aussi dans les contrées peu accidentées. (V. tig. 2'. (5 1 Le calcaire de Bazas, forme la calotte de la plupart des coteaux élevés de l'En- tre-deux-Mers, entre Cadillac el Créon. Tome XXVI. 36 ( 434 ) couverture superficielle des coteaux compris entre Créon et Langoiran. Les tranchées y sont peu nombreuses, très-peu profondes et tout au plus suffisantes pour permettre de reconnaître la similitude que je viens d'indiquer ; mais on en rencontre de nouveau, à chaque pas, sur les versants du vallon de laLeuille, qui débouche, à Cadillac, dans la vallée de la Garonne: le terrain y apparaît, de même que sur la pente de Des- tieu, formé par des lits ondulés de sables argileux, entremêlés de gra- viers colorés en rouge ou en rose et maculés de gris et de jaune, les uns et les autres transformés, sur quelques points, en bancs de poudingue ferrugineux, d'une certaine étendue et d'une épaisseur qui dépasse quelquefois m , 50. 59. Aux environs à' Omet et de Bonzac, la formation se poursuit avec les mêmes caractères : mêmes sables argileux bigarrés, mêmes sables meubles de couleurs variées, même abondance d'oxyde de fer agglutinant les éléments qui composent le terrain, de manière à en faire, tantôt un grès ferrugineux, assez riche en métal, tantôt des aggrégations aliotiques analogues aux poudingues de Destieu, tantôt enfin de véritables œtites, le plus souvent tubiformes, rarement en boules (1). Mais plus on s'approche de Saint-Macaire et plus on voit dominer dans les sables, (particulièrement dans ceux qu'on observe dans les cavi- tés des roches calcaires sous-jacentes et dans ceux qui sont à la base de la formation), les éléments constitutifs du sable infra-aliotique de la dé- pression de Destieu. 60. A Saint-Macaire, le calcaire à Astéries forme la partie inférieure des coteaux. De nombreuses carrières y sont ouvertes et présentent des hauteurs variant de huit à quinze mètres environ ; les couches inférieu- res y sont dures, remplies de moules et d'empreintes de fossiles et ren- ferment généralement peu de cavités ; mais au-dessus de ces couches, la roche est formée par des débris de coquiljes qui lui donnent une struc- ture lamelleuse et la rendent souvent friable et même pulvérulente ; elle est. fissurée et remplie de cavités (2). (1) Os observations se font d'une manière nette, le long de la route de Cadillac à Sauveterre, entre Peytoupin et Saint-Pierre-de-Bat, et le long du chemin de Loupiac à Donzac. (2) Voici une coupe de terrain relevée dans une carrière, située sur le bord du chemin de fer, presque à l'entrée du bourg de Saint-Macaire; celle des autres , ( 435 ) Dans les carrières de Lavison, ces cavités sont nombreuses et quelque- ibis d'assez grandes dimensions. Le remplissage en est généralement fait par une argile ocreuse, mélangée de quelques cailloux, de sable quarlzeux et de sable calcaire provenant de la roche encaissante; cette argile est sèche, très-compacte et, par l'effet de la dessiccation, divisée en fragments, dont les surfaces de rupture mettent bien en évidence la structure arénacée. J'y ai trouvé des concrétions hématiteuses et des sables ferrugineux jaunes, dont la nature minéralogique est celle des sables quartzeux qu'on retire, par lévigation, de l'argile préalablement détrempée dans l'eau. Ces divers sables, débarrassés par un acide faible de leur enduit ferrugineux et des fragments calcaires mélangés avec eux, présentent absolument la même composition que le sable aliolique de Destieu (§ 57) : ils sont grisâtres, composés de grains quartzeux, géné- ralement hyalins ou laiteux, rarement grenus, renferment quelques paillettes de mica, du fer oxydulé et de nombreux grains anguleux d'un carrières n'en diffère que par l'épaisseur des couches et la structure de la couche C A. Couche superficielle : sable quartzeux jaunâtre, à grains magnétiques, et renfer- mant des cailloux de diverses grandeurs, rarement ovulaires, quelques-uns de la na ture de ceux qu'on trouve exclusivement dans ce que j'ai appelé, sur la rive gauche, les allnvions anciennes de la Garonne. L'épaisseur de cette couche varie de m , 50 à 1 mètres, suivant les irrégularités du calcaire à Astéries sous-jacent. Le sable pénètre dans les cavités du calcaire et y prend graduellement l'aspect des terres de remplissage des cavités de Lavison, dont il sera question dans le paragraphe suivant. B. Couche calcaire de 2 m , 50 à 3 mètres d'épaisseur, irrégulièrement corrodée à la surface, et renfermant en abondance des scutelles {Se. strialula, Marc, de Serres), des echinocyames, Pecten Uillaudellii, Des Moul., des bryozoaires, etc. Généralement très-lamelleuse et friable, cette couche prend quelquefois de la consistance , grâce à un ciment spathique. Elle est très-développée entre Samt-Macaire et Barsac C. Cette assise est formée de lentilles de calcaire grossier, dur, très-fossilifère emboîtées les unes dans les autres, à la façon des dépôts alternatifs d'argile et de gravier de nos rivières. Son épaisseur est variable, comme aussi la structure des pla- quettes qui la constituent. Dans le bas, elle passe, par transitions, à la couche D. D. Calcaire coquillier dur, à ciment spathique, contenant la plupart des fossiles caractéristiques de la formation miocène inférieure de la Gironde, de nombreuses dents de squale et des côtes de Manatus Gueltardi et M. fossilis. Les couches B et C sont traversées par deux sortes de cavités, les unes très-irré- gulières, à section variable et s'épanouissant quelquefois en cavernes, les autres coni- ques ou subcylindriques. Celles-ci s'arrêtent généralement au-dessus de la couche D; celles-là au contraire s'y prolongent souvent. ( 436 ; blanc mat, d'apparence feldspathique, et présentent l'aspect de certains sables de la molasse miocène de l'Agenais, auxquels on aurait enlevé leur calcaire et séparé, par lévigation, leur argile et une partie de leur mica. La composition de ce remplissage n'est pas homogène ; il renferme quelquefois des sables plus grossiers qui rappellent par leur aspect, les sables argileux, ternes, jaunâtres qu'on observe à la surface de beaucoup de coteaux des environs et près de Langon (rive gauche de la Garonne). Des ossements fossiles ont été trouvés, à différentes reprises, dans ces terres de remplissage et récemment encore j'y ai recueilli une portion de mâchoire d'un petit carnassier. Au mois de janvier 1826, Billaudel a trouvé, dans l'une des cavités des carrières de Lavison, des ossements brisés, confusément entassés et enveloppés d'une « terre rousse, com- pacte, mêlée de galets et de sablons ». Ces ossements appartenaient à des espèces des genres suivants : bœuf, cheval, cerf, cochon, campagnol, hyène, taupe et blaireau ; parmi celles qui ont été reconnues avec certi- tude, on cite Hyœna spelœa, Goldf. et Sus scrofa, Cuv. (1). 61. En contre-bas du domaine de Lavison, mais à un niveau supérieur à celui des plus grandes inondations de la Garonne, le terrain de trans- port devient très-caillouteux et passe au gravier; on y trouve épars un certain nombre de cailloux, au plus ovulaires, dont les analogues apparaissent souvent sur la rive opposée de la Garonne, mais seulement dans les terrains que jusqu'à présent j'ai considérés (§ 29) comme d'anciennes alluvions de ce fleuve. 62. Un fait important ressort des détails qui précèdent, c'est que, quelle que soit la localité considérée, on retrouve partout et toujours les caractères essentiels que j'ai reconnus dans le terrain de transport du Blayais, du Cubzaquais et de la pointe septentrionale de l'Entre-deux- Mers; mais à ces caractères s'en joignent d'autres très- différents, sui- vant qu'on étudie soit le bassin de la Dordosne, soit celui de la Garonne : tandis que le terrain de transport du plateau qui sépare les deux bassins, participe à la fois de la nature des roches constituantes de ces deux bas- (1) Billaudel, in Bull. Soc. Lin. Bord. 1826-1827. — Act. Soc. Lin. Bord., T. IV, 1830, p. 192. — Pedroni fils, même recueil, T XIV, l84o, p. 75 et suivantes. — Muséum d'histoire naturelle de Boideaux — Un grand nombre d'ossemenls prove- nant des carrières de Lavison sont disséminés dans plusieurs collections particulières, où elles restent malheureusement enfouies sans profit pour la science. ( 437 ) sins, on voit, à mesure qu'on descend les pentes opposées de ses deux versants, certaines différences s'accuser graduellement, d'abord faibles, puis parfaitement nettes et d'autant plus sensibles que les points de comparaison sont plus éloignés de la ligne de faîte. CHAPITRE III. RAPPORTS QUI EXISTENT ENTRE LES TERRAINS DE TRANSPORT SITUÉS DE PART ET D'AUTRE DE LA GARONNE ET DE LA GIRONDE. — LEUR AGE GÉOLOGIQUE. 63. Considérés dans leur ensemble, les dépôts qui ont fait l'objet des deux chapitres précédents, ne paraissent à priori présenter de caractères bien saillants, ni sous le rapport du gisement, ni sous celui de la composition : les sédiments dont ils se composent, semblent former des amas, variables de nature et de coloration, qui s'enchevêtrent les uns dans les autres, sans régularité, sans symétrie, même sans con- tinuité dans leur disposition générale, semblables à ces amas confus de débris, accumulés par les violentes pluies d'orage qui, après avoir ravagé le sol, y déposent les matières qu'elles entraînaient, et dispa- raissent sans rien laisser d'elles que le désordre, souvent même la ruine. Mais cette confusion, vraie au premier aspect, n'existe plus si l'on tient compte de l'ordre dans lequel les éléments sédimentaires se sont dépo- sés et de la nature minéralogique de quelques-uns de ces éléments. Lorsqu'on se reporte en effet aux diverses coupes que j'ai données précédemment, on voit partout las éléments composants du terrain de transport montrer leurs plus fortes dimensions dans les couches supé- rieures, leur grosseur diminuer en se rapprochant de la base de la formation et celle-ci passer à l'état d'argile ou d'argile sableuse à grains fins au contact des roches tertiaires qu'elle recouvre. Partout également on voit de l'E.-N.-E, à l'O.-S.-O. (approximativement), les cailloux diminuer graduellement de grosseur sur les coteaux, — par exemple, se trouver quelquefois presque pugillaires, à la limite du département de la Dordogne, ovulaires dansl'Entre-deux-Mers, à peine de la dimen- sion d'une amande , au centre des Grandes-Landes. En rapprochant ces deux circonstances, on est amené à conclure que les dépôts de transport qui recouvrent le pays traversé par la Garonne ( -438 ) inférieure sont la conséquence d'un courant, qui aurait envahi brusque- ment la contrée et dont les matières, en suspension dans l'eau ou charriées par elle, se seraient déposées sur son parcours, suivant les lois connues de ces sortes de phénomènes. Toutefois pour que cette conclusion fût exacte, il faudrait que l'on trouvât de part et d'autre de la Garonne, des terrains qui fussent la continuation évidente l'un de l'autre ; au sud de ce fleuve, dans les Landes, les mêmes sables et les mêmes cailloux roulés que sur la rive opposée; partout les mêmes phénomènes concomitants. Or, c'est ce qui a lieu en effet. RIVE GAUCHE DE LA GARONNE RIVE DROITE DE LA GARONNE On a vu {$ 20) que, dans les envi- rons de Salles, le sable des Landes repose sur une argile jaune ou jaune- verdâtre, un peu micacée, quelque- fois sableuse, qui le sépare des roches tertiaires sous-jacentes. D'autres fois, comme à Caupian, cette argile que recouvre le sable des Landes, est d'un brun ocreux. Dans le sondage tfArcaction, le sable des Landes se termine, au-dessus du falun de Salles, par des sables ar- gileux, jaune- rougeàlre, renfermant de nombreuses paillettes de mica jaune et quelques graviers. A Salles (% 20), au moulin des Car- rières, on voit, au-dessous de Valios et à la base du sable des Landes, un sable quartzeux très-fin, rouge, jaune ou gris, un peu micacé, renfermant des concrétions iiématiteuses, quel- ques petits graviers de quartz, peu mi point de grains magriéliques. Le même fait s'observe sur un grand nombre de points de la rive droite de la Garonne, à Saint-Seurin de Bourg, Cenon, Lalresne, Cambes, etc. A Bourg, Sainl-André-de-Cubzac, Cénac,Langoiran,Hauz,elc. ,uneargile exactement semblable passe graduel- lement de bas en haut, au terrain de transport qui constitue le sol super- ficiel des coteaux. On retrouve des sables, sinon iden- tiques, du moins tout-à-fait analogues, près de Cérons (§ 30), à la base d'un terrain de transport ne différant en rien de celui qui couvre les coteaux de la rive opposée de la Garonne. Il en existe également à Vayres et à Bas- sens. Des sables identiques existent sur la rive droite de la Gironde et de la Dordogne, depuis Blaye jusqu'à Saint- Andrô-de-Cubzac, et, dans l'Entre- deux-Mers, entre Lormont, Créon, et Loupiac. ( £39 ) A l'Est de Loupiac, sur le versant de la Gaionne, les sables inférieurs changent de caractère et se rapprochent par leur aspect et leur compo- sition, des sables de la molasse miocène de la Gironde et de l'Agenais, auxquels on aurait enlevé leur élément calcaire (1). 65. Les sables, argileux ou meubles, qui constituent la masse des dépôts de transport de la Gironde, renferment partout les mêmes élé- ments quartzeux et ne diffèrent que par la proportion des divers grains colorés qui les constituent et par la présence de certains minéraux accessoires, tels que le feldspath et le mica. On y trouve quelquefois de Yolivine (2), parfois du fer lilarté, toujours du fer oxydulé, qui caracté- rise nettement la formation. De ces sables, plus ou moins grossiers, plus ou moins argileux et caillouteux, il n'en est point, pour ainsi dire, sur la rive droite de la Garonne, dont on ne retrouve l'analogue exact dans les pays de la rive gauche, tantôt au-dessous de Valios, tantôt dans des régions dépourvues d'alios, mais entourées de lieux où il en existe : j'en ai donné plusieurs exemples et il me serait facile d'en multiplier le nombre. 66. La similitude parfaite qui existe entre les sables des deux rives de la Garonne, existe également pour les cailloux roulés qui s'y trouvent mélangés ou qui constituent les amas de graviers que l'on observe, soit dans l'Entre-deux-Mers, soit sur la rive gauche de la Garonne, soit au nord de la Dordogne. La liste suivante des principales espèces caracté- ristiques, en regard desquelles j'ai indiqué quelques-unes des localités, où elles ont été trouvées, en est la preuve. (1) La molasse dont il s'agit ici apparaît sur la rive droite delà Garonne, entre Rions et Beguey, où elle affleure vers le sommet des coteauK. Sur la route de Cadillac à Sauveterre, on en trouve des affleurements près de Peytoupin, au-dessous du calcaire lacustre gris de l'Agenais (Class. de M. Raulin). A Loupiac, elle est au niveau des prairies. On l'observe dans les vallons des environs de Cadillac, jusqu'à plusieurs kilomètres de la Garonne, dans les communes de Laroque, Omet, Donzac, Escoussans, Arbis, etc , partout surmontée par le calcaire lacustre k Hélix girondica, Lymnea girondica, etc., et celui-ci par le calcaire grossier de Bazas. On la retrouve de nouveau, à Verdelais et près de Saint-Macaire. Les couches se relèvent très-lentement vers le Nord, en suivant à peu près la pente des vallées qui se dirigent vers Créon. L'épaisseur de la molasse semble diminuer dn Sud au Nord. Celle du calcaire lacustre paraît plus constante. (5) Cachac (rive gauche) et Ambarèi rive rîmite) ( MO ) NATURE MINERALOGIQUE DES CAILLOUX. NOMS DES LOCALITES OU LES CAILLOUX ONT ÉTÉ TROUVÉS. RIVE GAUCHE de la Garonne. a. Silex, noir ou gris, à croûte blanchâtre. Médoc, Eyzines. Landes d'Eyzines, Silex, brun ou blond, translucide ou opa- deGazinet et de Fac- que, mat ou résinoide. Iture; sondage d'Ar- Icachon. b. Silex jaspoïde, à structure zonaire mise] en évidence, à la surface de roulement,? Landes d'Eyzines par des veines alternativement blancheslet de Gazinet. et grises concentriques. RIVE DROITE de la Garonne. c. Silex passant au quartz neclique, blanc ou jaunâtre, simulant quelquefois le calw Lande d'Eyzines. caire grossier. ' d. Quarlz-?neulière, gris, brun ou blanc, à| Eyzines, Pessac, pores très-fins, avec ou sans fossiles. ^Gazinet, Facture, etc. e. Quartz carié (meulière) Eyzines. f. Quartz hyalin, porphyroïde ou grenu, de! Dans tout ledépar- couleurs variées. itéraient. g,. Quartz grenu, porphyroïde, blanc, simu- lant la pegmatite h. Phtanite, noir, gris ou verdâtre, quelque-/ fois à l'état de décomposition. j. Schiste talqueux ou micacé. Facture Eyzines, Pessac, Gazinet , Facture , Martillac, etc. Eyzines (Lande;. k. Tourmaline noire, bacillaire empâtée! Eyzines (Lande). dans du quartz. n. Pioches volcaniques (dolente et phono-/ Lande de Facture, lite). ( Entre-deux-Mers. Entre-deux -Mers et Saint- André - de Cubzac. Carianan. Cenon, Latresne, Créon, etc. Carignan, Créon, Cénac, etc Entre-Deux-Mers. Dans tout le dé- partement. Lignan. Entre-deux-Mers. Cenon, Ambarès. Cenon. Quelquespointsdes versants de la Dor- dogne. ( 441 ) 67. Près de Villandraut, le sable des Landes renferme des grès blancs, durs et compactes, en gros rognons mamelonnés qui, sous le nom de grès de Barsac, ont été employés au pavage de quelques localités de la Gironde, conjointement avec ceux de Bergerac. J'ai vu des veines de même nature aux lagunes des Sauts, près de Magudas, à l'Ouest du Haillan, dans un grès friable recouvrant une épaisse couche de gravier. On trouve des grès absolument semblables, près de la Sauve, dans l'Entre-deux-Mers (1) et j'en ai constaté de petites veines dans les sables de Laroque et de Loupiac. 68. Donc, sur les deux rives de la Garonne, les conditions de gise- ment, ainsi que la nature minéralogique des terrains de transport, sont parfaitement semblables. Il ne me reste plus qu'à examiner si les circonstances qui ont accompagné le dépôt de ces terrains ont été les mêmes dans toute l'étendue de la formation. On a vu précédemment que, dans les landes, l'alios à ciment orga- nique ne s'est produit que dans des sables meubles, très-peu ou point argileux, et qu'il correspond toujours à des dépressions, tantôt assez restreintes, tantôt très-étendues. Il n'existe jamais qu'à une faible pro- fondeur; il s'arrête dans tous les cas, dès que les sables deviennent argileux; son épaisseur maxima est d'environ trois mètres. L'alios renferme toujours plus ou moins de fer. En général, il affecte la nature gréseuse, à ciment en partie formé par une matière organique, en partie par de l'oxide de fer. Quelquefois ce dernier existe seul, et la roche aliotique devient alors, dans les sables un grès ferrugineux, dans les graviers un poudingue souvent très-tenace. Lorsque le sol est ondulé et que les lignes de faîte des ondulations correspondent aux limites d'une dépression nettement circonscrite, l'alios disparaît sur ces lignes de faîte, mais le terrain y reste générale- ment coloré par le fer d'une manière plus ou moins intense. Si réellement les sables des Landes ont la même origine que les dépôts de transport des pays situés à l'Est de la Garonne, si les uns et les autres sont le résultat d'un seul et même phénomène géologique, on (1) Les grès de Villandraut et de la Sauve sont connus depuis longtemps et il en existe au Musée d'Histoire naturelle de Bordeaux, des échantillons dont l'étiquette est fort ancienne. ( 442 ) iloitnécessairement retrouver, à conditions et natures égales de terrain, les mêmes effets de part et d'autre de la Garonne. Donc les dépressions sablonneuses de la rive droite devront, aussi bien que celles de la rive gauche, nous offrir des dépôts aliotiques; mais ces sortes de dépressions sont rares dans la première de ces régions, et, malgré mes nombreuses pérégrinations à travers FEntre-deux-Mers, le Cubzaquais et le Blayais, je n'en ai observé que deux qui soient un peu nettement caractérisées : la lande de la Garosse (§ 38), près de Saint-André-de-Cubzac, et le bas- fond de Destieu, dans la commune de Laroque (§ 57). Or, dans l'une comme dans l'autre, Valios à ciment organique existe à une faible profondeur, et, tout autour, le sol est coloré par l'oxyde de fer comme dans les landes de Salles et de Mios, ou bien Valios s'y prolonge sous la forme d'un grès ou d'un poudingue ferrugineux comme à Gazinet. 69. Je n'ai pas besoin d'insister sur l'existence de l'oxyde de fer dans les terrains de transport des Landes et de la Gironde, tantôt comme enduit colorant, tantôt comme ciment des sables et des graviers, tantôt enfin à l'état de concrétions hématiteuses ; ce fait résulte avec évidence des coupes que j'ai données précédemment. Je me contenterai de remarquer que les formes par lesquelles l'oxyde de fer se manifeste sont les mêmes partout où la nature des terrains est la même : dans les graviers on a des poudingues (4); dans les sables plus ou moins argileux des grès ferrugineux, des plaquettes hématiteuses, des œtites, (Salles sur la rive gauche; — Vayres, Plassac, Loupiac sur la rive droite), ou bien de véri- tables minerais de fer ( les landes de la. rive gauche ; — les environs de Blaye. Saint-Germain-du-Puch, Loupiac, etc., sur la rive droite, mais à l'étal d'accidents très-circonscrits dans ces dernières localités.) 70. Ainsi donc, conditions de gisement, composition minéralogique, phénomènes concomitants, en un mot tout ce qui peut plus ou moins caractériser des formations de la nature de celle que j'étudie, appa- raissent les mêmes des deux côtés de la Garonne. (1) Sur la rive droite de la Garonne, comme dans les landes de la rive gauche, le poudingue ferrugineux forme souvent une couche imperméable assez étendue qui retient l'eau à une faible profondeur. Tel est le cas des coteaux qui s'étendent au nord de Rions et particulièrement le plateau de Bouet. De nombreuses sources sourdent au-dessus de l'alios et la culture de la vigne ne devient possible, dans ce sol humide, qu'au moyen d'un drainage puissant. ( U'à ) Plusieurs géologues ont rapporté au sable des Landes les dépôts cail- louteux du Bazadais, du Médoc et de l'Entre-deux-Mers, tandis que d'autres les en distinguent et les considèrent comme constituant une formation différente ; mais, pour tous, le terrain de transport de l'Entre-deux-Mers appartient à la même formation que les dépôts caillouteux qui s'étendent le long de la rive gauche de la Garonne, entre ce fleuve et une ligne passant par Casteljaloux, Bazas, Cabanac, Cas- telnau-de-Médoc, Lesparre et Saint- Vivien (1). Or, ces derniers dépôts, ainsi que le prouvent la plupart des coupes que j'ai données précédem- ment (Chap. I), tantôt reposent sur des sables identiques à ceux des landes, tantôt au contraire enchâssent des masses de sables aliotiques qu'ils entourent comme d'une épaisse ceinture de cailloux ; souvent même, comme à Magudas, Gazinet, Nizan, etc., ils sont recouverts par une couche de sable transformée en alios ou surmontée d'une couche d'alios. (2) Nulle part, en un mot, on ne voit le sable des Landes avec les caractères d'une formation géologique nettement distincte de celle des dépôts de graviers contigus, mais on l'observe presque toujours alternant avec eux latéralement et verticalement, comme le feraient les diverses parties d'un tout hétérogène ayant même origine. A la vérité, les sables des Landes renferment graduellement moins de cailloux à mesure qu'on s'écarte de la Garonne, mais ces cailloux restent de même nature et leur grosseur suit une progression décroissante analogue à celle qu'on observe dans l'Entre-deux-Mers, depuis les rives de la Dor- dogne jusqu'à celle de la Garonne. (1) V. Raulin : Notes géologiques sur l'Aquilaine, T. II, p. 60, et Aperçu des terrains tertiaires de V Aquitaine occidentale, in Congrès scient. Fr., 28e session, T. III, p. 70.— Jacquot : Note sur l'existence et la composition du terrain tertiaire supérieur dans la partie orientale du départ, de la Gironde, p. 18. (2) Voir la coupe du sable des landes entre Préchac et Langon, que j'ai donnée dans le procès-verbal de la 50= Fête linnéenne (Actes Soc. lin. Bord. T. XXVI, (3« série, T. VI), p. 290 ; — tirage à part, p. 10). Près du couvent des Dames de Lorette, à Marlillac, j'ai observé dans une gravière, à m 50 environ de profondeur, un amas d'alios de forme ovulaire, noyé dans une masse de cailloux de même nature que ceux qu'on recueille dans le sable des Landes incontesté. Plus loin, vers Labrède, dans des excavations creusées de main d'homme, les graviers tantôt affleurent au sol, tantôt disparaissent au-dessous de sables, en lits plus ou moins épais, qui présentent quelquefois des rudiments bien caractérisés ferrugineux y agglomèrent parfois du sable , des graviers, des cailloux » et des blocs appartenant aux divers, terrains antérieurs, et il en résulte y> une sorte d'altos ou poudingue grossier, analogue à celui que, dans la » Gironde, M. Jacquot place à la base du diluvium de l'Entre-deux- » Mers, mais en le considérant comme partie intégrante des terrains 3> tertiaires et équivalente aux sables des Landes 1). » De même que nos calcaires fertiaires de la Gironde, la craie du Péri- gord est fréquemment perforée et les excavations y présentent parfois de grandes dimensions : telle est la grotte du Gué de La Roque, entre Montastruc et Liorac, d'où M. Des Moulins a rapporté, en 1833, quelques cailloux siliceux, d'aspect crayeux, blancs ou jaunâtres, avec empreintes de fossiles; ces cailloux sont des silex de la craie passant au quartz nec- tique et portant encore la trace de la gangue jaune, argilo-sableuse un peu micacée, dans laquelle ils étaient 6ans doute noyés : la molasse éocène ne renfermant jamais de cailloux de silex à l'opposé du diluvium qui la recouvre (2) , il est probable que le remplissage de la grotte appartient à cette dernière formation, et en effet le barreau aimanté, promené dans la gangue détachée des cailloux, en a retiré une quantité très-appréciable de grains magnétiques (3). Le terrain de transport de la Dordogne, que M. Ch. Des Moulins assi- mile au diluvium, présente donc exactement les mêmes caractères que (1) Ch. des Moulins : Bassin hydrog. du Couzeau,y. 124. — Jacquot, Notecitëé, p. 20 à 22. (2) Ibicl., p, 71 et suiv.; — p 198 et 199. (3) Les silex, dont il est ici question, se trouvent dans la collection minéralogique do M. Des Moulins. ( U6 ) nos dépôts superficiels de l'Entre-deux-Mers, et que les sables des Landes, et par conséquent les uns et les autres ont dû se déposer dans le même courant. 72. On pourrait, en jugeant les terrains simplement sur leur apparence, pousser l'assimilation plus loin encore et faire remarquer que, au- dessous du diluvium périgourdin, s'étendent quelquefois des argiles et des sables fins bigarrés, dont la composition minéralogique est celle des argiles et des sables fins qui se trouvent à Salles, dans le Blayais et dans l'Entre-deux-Mers. On a vu que ces derniers sont généralement quartzeux ou argilo-quartzeux, qu'ils renferment très-rarement quelques grains isolés de fer oxydulé et sont riches en peroxyde de fer. J'ai com- paré les nombreux échantillons que j'en possède avec ceux assez nom- breux des sables du Périgord, qui se trouvent dans la collection de M. Ch. Des Moulins, et, à part, la couleur presque toujours plus viola- cée des sables du Périgord, je n'ai trouvé entre les sables fins micacés des deux régions, (après dissolution préalable de l'enduit qui en masque la physionomie propre), aucune différence bien appréciable, même en les observant avec un fort grossissement. De plus, le fer oxydulé manque, d'une manière presque absolue, dans les uns comme dans les autres ; car je n'en ai pu recueillir de traces certaines, parmi les sables périgourdins, que dans un sable blanc du puits Paramelle, à Lanquais, et dans celui de la Maison Blanche (même commune) (1). Enfin on sait que les sables du Périgord sont très-riches en minerai de fer. Il y a donc similitude complète entre les sables fins du Périgord et les sables inférieurs du terrain de transport de la Gironde; toutefois quelle que soit leur ressemblance, il est impossible d'admettre qu'ils se soient déposés à la même époque, les sables du Périgord étant éocènes, tandis que les sables girondins reposent, dans l'Entre-deux-Mers, sur les calcaires miocènes, et, à Salles, sur les faluns pliocèncs. La seule conclusion que l'on puisse tirer de la similitude si remarquable que je signale, c'est que l'origine des deux sortes de sables est la même et que les sables, plus récents, de la Gironde ne sont que la conséquence d'un remaniement des sables, plus anciens, de la Dordogne. 73. M. Ch. Des Moulins a démontré que son diluvium du bassin du (1) Ch. Des Moulins : Bas. hyd. du Couz., etc. p. 74, 190 et suiv. ( Mï ) Couzeau et de la Dordogne a paur origioe évidente les montagnes du plateau central de la France (1). Ses conclusions, déduites de la nature des cailloux qu'il a trouvés dans ce terrain, s'appliquent évidemment aussi à nos terrains de transport girondins qui en sont la continuation. Aux régions précédentes, il faut ajouter cependant les montagnes de l'Auvergne, car autrement d'où seraient venus les cailloux et les miné- raux volcaniques que j'ai recueillis dans le sable des Landes et dans ceux d'autres localités? Or ces montagnes sont sensiblemect à l'E.-N.-E de nos régions, ce qui confirme une fois de plus la direction que l'ob- servation directe des dépôts m'a fait attribuer au courant dans lequel ces derniers se seraient effectués (§ 63). Ce courant a dû agir par conséquent comme si son point de départ eût été le massif montagneux de l'Auvergne et du Plateau -Central, qu'il eût suivi les pentes du Puy-de-Dôme, du Cantal et du Limousin, puis enfin traversé les départements de la Dordogne et de la Gironde, enlevant à chacune de ces contrées leurs couches meubles superficielles, détruisant la cohésion d'autres couches et, dans sa course impétueuse, roulant pêle-mêle leurs débris, dont il a jonché vallées et coteaux. 74. Bien que les terrains de transport superficiels du déparlement de Lot-et-Garonne aient un faciès fort différent de ceux de la Gironde, leur étude approfondie conduit à des conclusions analogues. On a vu (§ 62) que, à mesure que l'on s'éloigne du bassin de la Dor- dogne, entre Créon et Saint-Macaire, la nature des dépôts de transport qui couvrent les coteaux se modifie graduellement ; cette modification s'accuse de plus en plus qnand on remonte la rive droite de la Garonne jusqu'àMarmande, et finit par devenir tellement tranchée qu'il ne semble plus exister aucune relation entre les terrains superficiels de la Gironde et ceux du département de Lot-et-Garonne. Aux environs de Marmande, les sommets des coteaux sont recouverts par une argile sableuse, légèrement micacée, jaunâtre, irrégulièrement veinée de blanc grisâtre et renfermant de nombreux grains ronds ferru- gineux, argileux et sableux, de la grosseur d'un pois ou d'une noisette; ce dépôt ne renferme pas trace de calcaire. — Plus bas, l'argile a dimi- nué de proportion et le sable qui constitue le terrain superficiel, est associé à de petits galets de quartz blanc, grisâtre ou noir, semblables (l) Ch. Dt'S Moulins: Bassin hydrographique du Couzeau, p. 202. ( US ) à ceux qu'on observe souvent dans certaines couches de la molasse miocène de l'Agenais. Plus bas encore, on tombe dans les graviers sableux qui forment le sol de ce qu'on appelle la plaine haute de la vallée de la Garonne et dans lesquels on a trouvé, en aval de Marmande, une molaire d'éléphant (1). Dans la vallée du Lot, le terrain de transport n'existe bien caractérisé que sur quelques sommités, sur les versants de quelques coteaux et dans la plaine haute de la rivière. Sur les sommités, il se présente généralement avec l'apparence des sables argileux rougeâtres, souvent bigarrés de jaune, de gris ou de blanc, renfermant ou non des grains roulés d'oxyde de fer, et, quelque- fois, comme à Haulerive et Trentel, contenant des fragments de meu- lières, qui proviennent d'un remaniement du calcaire lacustre gris de l'Agenais (terrain miocène inférieur). — Ces sables bigarrés recou- vrent, en beaucoup de localités, les flancs des coteaux, tantôt avec les caractères qu'ils présentent sur les sommets, tantôt plus ou moins modifiés : dans ce dernier cas, ils contiennent des galets quartzeux ou siliceux de même nature que ceux du lit actuel du Lot, souvent ovulaires, comme à Castelmoron et près de Villeneuve-sur-Lot; quelquefois plus que pugillaires, comme par exemple, sur le versant du plateau de Casse-Gros, dans la commune de Trentel ; mais le plus ordinairement, les cailloux sont des petits graviers, dont le diamètre ne dépasse pas trois ou quatre millimètres. — A la base des coteaux, sur la plaine haute de la rivière, le terrain de transport est très-variable : à Casseneuil, Villeneuve-sur-Lot, Saint-Sylvestre, etc., on le voit argileux-rougeâtre, renfermant parfois des grains d'oxyde de fer, ainsi que des grains pisaires de quartz roulé, et ne pouvant être distingué de certains dépôts de même nature qui recouvrent les hauteurs ; ailleurs, comme à Campagnac et Libos, il est à l'état de graviers plus ou moins argileux et sableux; plus généralement, il se présente sous forme d'amas de cailloux roulés de quartz au milieu desquels on .rencontre quelques silex, des meulières et des débris de roches volcaniques ou cristallines. En général, les sables renferment au moins des traces de fer oxydulé en grains roulés. (1) Drouot: Noie sur quelques ossements de mammifères carnassiers et herbivores trouvés au lieu dit Laroque, commune de Bassens, arrondissement de Bordeaux, (Gironde), Annales des Mines, 5 e série, T. XV, p. 81 . ( 449 ) Quelle que soit l'apparence de ces diverses sortes de dépôts, on retrouve, dans tous, des éléments minéralogiques communs ; et lors- qu'ils existent simultanément dans une région, ils se fondent, d'une manière si intime, les uns dans 'les autres qu'il est impossible de .définir leur limite, soit minéralogiquement, soitgéologiquement, et qu'on est forcément conduit, non-seulement à leur attribuer une origine miné- rale commune, mais encore à les considérer comme ayant été formés à la même époque et dans un même courant. 75. Les minéraux qui constituent ces divers dépôts proviennent tous des formations géologiques que traversent le Lot et ses affluents. L'élément calcaire en fait rarement partie et quand on l'y rencontre, ce n'est guère qu'à la base des terrains de transport et pour ainsi dire à l'état de rareté. Comme dans le bassin de la Dordogne, la grosseur moyenne des cailloux de même origine augmente, à mesure qu'on remonte vers la source du Lot. Ici donc, de même que dans la région occidentale du département de la Gironde, le courant qui a formé les dépôts de transport superficiels que nous étudions, a suivi la direction du bassin où gisent ces dépôts, et son point de départ a été celui du bassin lui-même, c'esl-à-dire les monts d'Auvergne. Ce courant, avant de se jeter dans la mer, a dû nécessairement suivre la vallée de la Garonne, en y laissant des traces évidentes de son passage. El, en effet, lorsqu'on observe cette vallée, entre Aiguillon et Bordeaux, on reconnaît bientôt que ce que j'ai appelé précédemment (§29) une alluvion ancienne de la Garonne (1) renferme, parmi ses éléments composants, toutes les natures de cailloux du terrain de trans- port de la vallée du Lot et que celte alluvion se lie, par gradations insensibles, aux dépôts qui s'étendent en nappe à la surface des coteaux. 76. On aperçoit dans certaines parties de la vallée de la Garonne, une ou deux plaines étagées ou terrasses, qui se développent à peu de distance du fleuve, tantôt sur l'une de ses rives, tantôt sur les deux à la (I) On verra plus loin que eette prétendue alluvion appartient à la même formation qua les dépôts de transport qui couvrent les coteaux ; mais ce fait ne pouvant être démontré en ce moment, je continuerai, pour les désigner, à employer provisoirement la même dénomination. TomeXXVJ. 37 ( 450 ) ibis. Ces terrasses, qui rarement se poursuivent sur de grandes étendues, ont une inclinaison sensiblement égale à celle du thalweg, et lorsqu'il en existe en même temps des deux côtés du fleuve, l'une est comme la continuation de l'autre. Leur formation paraît solidaire, et des sinuosités de la vallée, et de la nature des terrains aux dépens desquels elles se sont formées : en général, elles sont d'autant plus étendues et plus fortement accusées que les coteaux voisins sont com- posés de couches alternatives, dont la résistance à la destruction torrentielle est plus tranchée. Dans tous les cas, l'érosion des coteaux de la rive droite de la vallée de la Garonne s'est faite d'une manière différente de celle des coteaux de la rive gauche. Ceux-ci offrent des pentes plus douces que ceux-là, et cette observation s'applique non- seulement à la Garonne, mais encore à ses affluents. Une différence remarquable s'observe également dans les dépôts qui s'étendent à la base des coteaux, aussi bien au point de vue de leur composition minéralogique qu'au point de vue de la grosseur de leurs éléments : sur la rive gauche, les cailloux sont plus gros que sur la rive opposée et, par leur nature, se rapprochent davantage des dépôts caillou- teux, qui constituent le lit de la rivière; sur la rive droite, au contraire, les graviers semblent en général avoir plus de ressemblance avec les terrains de transport qui couvrent les flancs et les sommets des coteaux voisins. Les effets que je viens de signaler sont d'autant plus prononcés, que les vallées sont moins éloignées de la direction N.-S., et d'autant plus faibles que les vallées s'écartent davantage de cette direction (1). (1)11 est facile de se rendre compte de ces divers effets, si l'on suppose qu'ils sont dus à des courants torrentiels d'une extrême énergie, auxquels on applique la théorie du capitaine Maury sur les courants de la mer. {Géographie physique de la mer, Ch. 1 ). Tous les points de la surface terrestre ne se meuvent pas dans l'espace avec la même vitesse ; un point de l'équateur qui, en 24 heures, décrit un grand cercle de la sphère, est entraîné avec plus de rapidité qu'un point plus rapproché des pôles et qui, dans le même temps, décrit un cercle plus petit. Un corps, lancé de l'équateur vers les pôles, participe à deux mouvements : l'un dû à la force projeclive, l'autre à la rotation de la terre à l'équateur. Or, à mesure que le corps en mouvement se rapproche des pôles, il passe au-dessus de points dont la vitesse de rotation est pl'js petite que la sienne, et d'autant plus petite qu'ils sont plus éloignés de l'équateur. Le corps mohile prend donc sans cesse de l'avance ( 451 ) 77. La terrasse la plus remarquable que l'on observe dans le déparle- ment de Lol-et-Garonne est celle qui s'étend entre Damazan et le Mas d'Agenais; le canal latéral à la Garonne en indique la limite du côté du fleuve, et sa hauteur moyenne au-dessus de l'étiage est d'environ 15 mètres. Près de Lagruère, j'ai relevé la coupe suivante dans l'escar- pement taillé à la limite de cette terrasse pour la construction du canal : | 4. Argile sableuse, jaune, micacée, qui constitue le sol végétal de la terrasse. Elle renferme des cailloux de diverses dimensions et de même na- ture que ceux qui forment le lit du fleuve. Le barreau aimanté en retire des grains de fer oxy- dulé. L'épaisseur de cette couche varie de m 50 à 3" 1 , suivant les localités. dans le sens de la rotation diurne, c'est-à-dire vers l'Est. Il est évident que l'effet inverse doit se produire, lorsque le mobile est lancé des pôles vers l'équateur; dans ce cas, la déviation a lieu vers l'Ouest. Dans notre hémisphère, la déviation a donc toujours lieu vers la droite du mouve- ment ; dans l'hémisphère méridional , elle a lieu vers la gauche. Il en résulte que, dans un cours d'eau , la masse liquide en mouvement doit toujours exercer, dans nos ré- gions, une pression plus grande sur sa rive droite que sur sa rive gauche, et que cette pression est d'autant plus forte que le courant est plus rapide et que la direc- tion du cours d'eau est plus rapprochée d'une ligne normale à la rotation diurne, c'est-à-dire à une ligne méridienne. Cette tendance à obéir au mouvement de rotation de la terre et à incliner vers la droite , dans noire hémisphère, s'applique à tous les corps en mouvement , par con- séquent aux matières charriées par les eaux comme à ces dernières; mais la dévia- tion étant en raison de la vitesse, les corps légers sont plus rapidement déviés que les corps plus gros, dont le mouvement est moins rapide, et ceux-ci, par suite, doi- vent se montrer plus abondants à la gauche du courant qu'à sa droite. Ces conséquences ne sont pas absolues et peuvent être quelquefois profondément modifiées par des circonstances locales, telles que la nature des roches qui encaissent les vallées, la raideur des coudes ou des sinuosités qu'affectent ces dernières, etc.; mais si la théorie parait alors se trouver en défaut, l'observation des lieux permet toujours d'indiquer la cause apparente de l'anomalie. En tous cas, les effets de déviation dus à la rotation terrestre ne peuvent être sen- sibles qu'autant que les courants, sur lesquels la déviation agit, sont animés d'une vitesse considérable, autrement cette déviation serait excessivement faible et com- plètement inappréciable à nos moyens d'investigation. Aussi ne faut-il pas chercher la confirmation de la théorie, qui précède dans nos cours d'eau actuels , dont les cou- rants sont loin d'avoir la rapidité nécessaire à la production d'effets bien apparents § 76). Je reviendrai du reste plus tard sur cette théorie. ( 452 ) II. TERRAIN DE TRANSPORT SUPERFICIEL. 2. Au-dessous, sont des graviers ou plutôt des amas de cailloux de même nature que ceux de la couche 1, quelquefois très-gros, (plus que pugillaires), tantôt noyés dans une argile sa- bleuse, jaune, micacée, ou dans un sable argi- leux diversement coloré, tantôt cimentés par de l'oxyde de fer et formant alors un véritable pou- dingue ferrugineux. On a trouvé dans celtecou- che, il y a une trentaine d'années, deux défenses d'Elephas primiyenius et quelques autres osse- ments de l'époque quaternaire (1). 3. Ces graviers reposent sur du sable micacé, ar- gileux, fin, auquel ils passent, tantôt brusque- ment, tantôt graduellement. Dans le haut, ce sable renferme un peu de fer oxydulé; dans le bas, il se mêle à la molasse sous-jacente et fait souvent effervescence avec les acides. molasse miocene de l'agenais (2). Molasse durcie, grossière, très-effervescente, contenant de nombreux grains de feldspath et quelques paillettes de mica. On y trouve assez souvent des petits cailloux siliceux de la grosseur d'une amande. c. calcaire lacustre ineé-1 Calcaire marneux, de couleurvariant du bleuâtre rieur de l'agenais \ au rougeâtre, très-pauvre en fossiles, mais riche Jerr.in ternaire éocène) (3j. f e n rognons calcaires. Une terrasse semblable à la précédente, mais moins nette, s'étend sur la rive droite de la Garonne, au pied des coteaux, entre Tonneins et Virazeil. La composition du terrain qui en, constitue le sol superficiel, a beaucoup d'analogie avec celui de la terrasse de Lagruère; toutefois, il en diffère par la grosseur moindre de ses cailloux et par un nombre pro- portionnellement plus considérable de cailloux quartzeux. Lorsqu'on quitte la terrasse de Lagruère , en descendant la Garonne , le long du canal latéral , le terrain de transport prend un faciès différent de celui de la coupe précédente. Cette transformation n'est pas brusque, mais elle se fait par degrés presque insensibles, et lorsqu'elle est (l)Ces ossements fossiles se trouvent au Musée d'histoire naturelle de Bordeaux. (2) Molasse moyenne de TAgenais et supérieure de l'Albigeois, de M. Raulin. (3) Calcaire d'eau douce blanc du Périgord et de l'Albigeois, de M. Raulin. ( 453 ) complète, elle donne à la contrée un aspect qui rappelle les landes boi- sées de Cadaujac, de Saint-Médard d'Eyrans et de Virelade, dans le dé- partement de la Gironde. Tels sont les bois de Fourques , à quelques kilomètres de Marmande : le sol en est formé par un sable quarfzeux, à grains au plus d'un millimètre de diamètre, de couleur blanche ou jau- nâtre, quelquefois bigarrée de rouge ou de jaune par l'oxyde de fer, et renfermant quelques grains de fer oxydulé. Ce sable superficiel forme, tantôt une nappe épaisse qui cache de puissants amas de graviers et de cailloux de même nature que ceux de la couche 2 du terrain de trans- port de Lagruère, tantôt un lit étroit recouvrant des alternances de sables quarlzeux ou argileux , de graviers, quelquefois de gros galets identiques aux espèces que l'on rencontre dans le lit actuel de la Ga- ronne. En se dirigeant de ce point vers Casteljaloux , la grosseur et le nombre des cailloux vont en diminuant; le terrain de transport prend de plus en plus un faciès et une composition analogues â ceux qu'il présente entre Bordeaux et Facture (§§ 10 et suivants); les concrétions ferrugineuses y sont fréquentes, et, près de Casteljaloux, y affectent souvent la forme d'œtites en boule, éparses dans le sol végétal. Vers le Sud-Est, il se relie aux landes. alioliques de l'arrondissement de Nérac (1) , et vers le Nord- Ouest, aux landes également alioliques du Bazadais. 78. En résumé, sur la rive gauche de la Garonne, jusqu'à une certaine distance du fleuve, se développe un terrain de transport, généralement sablonneux à la surface , et caractérisé, dans ses sables, par la présence de grains plus ou moins nombreux de fer oxydulé et par le grès à ci- ment organique que l'on appelle alios. Ce terrain s'élend, presque sans discontinuité, des environs de Nérac jusqu'à la mer, et constitue la for- mation géologique connue, depuis longtemps, sous le nom de sable des (1) Un alios recueilli sur la rive gauche de ["Avance a présenté la composition suivante: Eau et matières organiques 9, 4 Sable siliceux blanc et fin 90, 5 Chaux traces. Perte 0, 3 100, [Antilles des Ponts et Chaussées, !8o7, 3^ série, T. XIII, p. 126). — C'est, à ma connaissance, le seul échantillon d'alios qui contienne du calcaire et ne renferme point de fer! ( 454 ) Landes. Les cailloux que contient celle formation sont quaitzeux pour la plupart; mais elle eu renferme aussi d'autre nature. A mesure qu'elle s'approche de la Garonne, quelle que soit la région où on la considère, on la voit se modifier graduellement et se modifier de la même façon : le nombre et la grosseur des cailloux roulés augmentent, les sables de- viennent souvent plus argileux , la composition du sol superficiel est plus irrégulière, et les sables, les argiles, les graviers, les amas de galets se succèdent tour-à-tour et comme au hasard, sans qu'il soit possible de discerner une démarcation géologique quelconque entre les uns et les autres, tant leur liaison est intime. Enfin quand on atteint les coteaux les plus rapprochés de la Garonne, de nouveaux éléments apparaissent dans ie sol ; les graviers admettent peu à peu dans leur composition des cailloux et des galets de même nature que ceux qui constiluent le lit du fleuve dans leur voisinage, et deviennent ce que j'ai précédemment ap- pelé alhwion ancienne de la Garonne. Dans le département de la Gironde, cette alluvion semble quelquefois, au premier abord, se distinguer d'une manière tranchée du sable des Landes ( §§ 29 à 31 ) , et constituer une formation tout-à-fait indépendante de ce dernier; mais on vient de voir que dans le département de Lot-et-Garonne il en est autrement , puisque, d'un côté, cette alluvion alterne souvent de haut en bas avec des veines de sable des Landes, et que de l'autre une couche parfois très-épaisse de ce dernier la recouvre. On ne peut donc séparer géologiquement Val- luvion ancienne de la Garonne de la formation du sable des Landes ; ce sont des effets distincts d'un même phénomène géologique, qui corres- pondent à des phases différentes de ce phénomène, ou en d'autres ter- mes , les deux sortes de dépôts se sont formés dans les mêmes eaux , mais probablement à des périodes différentes de leur écoulement. Sur la rive droite de la Garonne et de la Gironde , on observe le même passage graduel entre le terrain de transport qui couvre les flancs et les sommités des coteaux, et celui qui s'étend, à leur pied, au-dessous des alluvions de nos jours, jusqu'au fleuve. Mais, dans cette région , les dé- pôts n'ont, sur les coteaux, ni la continuilé, ni l'uniformité d'ensemble du sable des Landes ; leur nature semble plus complexe , et , dans chaque bassin , être exclusivement en rapport avec les formations géologiques constituant l'ossature de ce bassin. Un terrain de transport , renfermant souvent des cailloux roulés de grosses dimensions, forme le fond de tou- tes les vallées importantes et s'élève plus ou moins sur les flancs des coteaux , tantôt se superposant brusquement à des dépôts argileux ou ( 455 ) sableux, semblables à ceux qui couronnent les bauleurs, tantôt, au con- Iraire, alternant avec ces dépôts ou passant à eux par transitions insen- sibles. Quanta ces derniers, ils se montrent sur tous les coteaux comme un mélange de débris remaniés provenant des formations géologiques qui s'étendent au-dessus d'eux dans la direction de la source du bassin , de sorte que, à la séparation de deux bassins contigus , ils semblent parti- ciper à la fois de la nature minéralogique de ces bassins, comme si les dépôts de transport superficiels de nos contrées s'étaient effectués dans un même courant, une même nappe diluvienne qui, à l'origine, aurait couvert toutes les sommités et dont les eaux , après avoir progressive- ment quitté ces dernières , se fussent ensuite écoulées vers la mer, eu suivant dans chaque vallée la pente naturelle du terrain. Une conséquence immédiate de celte conclusion , si elle est exacte, est l'accumulation des dépôts de transport en masses plus puissantes qu'ailleurs , dans les conlrées où deux vallées de quelque importance se rencontrent; c'est en effet ce qui a lieu. 79. On a vu précédemment (§ 70) que, dans le département de la Gironde, le sable des Landes appartient incontestablement à la même formation que les dépôts de transport de l'Entre-deux-Mers et du Péri- gord. L'étude des mêmes terrains, dans le Lot-et-Garonne, conduit â la même assimilation. C'est donc avec raison que les illustres auteurs de la carte géologique de France leur ont attribué le même âge ; mais ces terrains sont-ils tertiaires, comme M. Dufrénoy l'a supposé, telle est la question qu'il s'agit maintenant de résoudre. On considère généralement le sable des Landes comme pliocène et comme faisant suite au falun de Salles, dont la contemporanéité avec la formation subapennine est admise aujourd'hui par presque tous les géo- logues. Les détails, dans lesquels je suis entré dans le chapitre I sur la manière d'être du sable des Landes au-dessus des formations sous- jacentes, me conduisent à repousser cette classification par les motifs suivants : 1° Le falun de Salles est un dépôt qui s'est effectué dans des mers tranquilles; le sable des Landes, au contraire, est un dépôt de transport. 2° Non-seulement le sable des Landes recouvre Iransgressivement toutes les formations tertiaires et en remplit toutes les cavités :mais, en quelques points , il recouvre, en stratification discordante, t falun ( 456 ) de Salles, dont les assises présentent leur tranche rongée à la surface de séparation des deux terrains (fig. 3). Donc, lorsque le sable des Landes commença à se déposer au-dessus du falun, à Salles, celui-ci émergeait déjà du sein des mers et avait été sillonné par des eaux qui en avaient profondément corrodé la surface. En d'autres termes, entre la période géologique du falun de Salles et celle du dépôt du sable des Landes, il s'est produit un cataclysme qui a mis fin au dépôt du falun , en le faisant sortir de l'eau, et qui en a sé- paré la formation , de la manière la plus tranchée , de la formation, moins ancienne, qui le surmonte. Or, ce falun correspondant par sa faune à la période tertiaire la plus récente, le sable des Landes, qui lui est postérieur, ne peut être que post-pliocène, c'est-à-dire qua- ternaire. 80. On arrive encore à la même conclusion par des considérations d'un autre ordre. J'ai démontré précédemment que la formation du sable des Landes appartient à la même période géologique que les dépôts caillouteux qui couvrent les flancs de la vallée et la plaine haute de la Garonne. Si l'âge de ces derniers dépôts était connu, celui du sable des Landes s'en dé- duirait donc immédiatement. Or, à Marmande ( § 74) , Lagruère (§ 77), Hure(1), Terre-Nègre, près Bordeaux (§ 26), on a trouvé dans ces dé- pôts des ossements de l'époque quaternaire; le sable des Landes est donc quaternaire. En 1837, M. Drouot (2), dans le dépôt de transport qui couvre le petit plateau calcaire de Laroque , près de Bassens, a recueilli un assez grand nombre d'ossements fossiles, actuellement déposés au Musée d'histoire naturelle de Bordeaux. Ces ossements ont été trouvés immédiatement au-dessus du calcaire , à une hauteur supérieure de quelques mètres à celle des crues les plus élevées de la Garonne ; ils étaient épais dans un sable argileux jaunâtre , micacé, mélangé de quelques cailloux quarlzeux et de fragments du calcaire sous-jacent. Quelques-uns portent encore (1) Une dent d'Elephas primigenius, qui est déposée au Mus.e de Bordeaux, a été trouvée dans les graviers de Hure. (2) Dkolot : Note sur quelques ossements, etc. ( Ann. des Mines, 3 e série, T. XV, p. 81). — Le calcaire qui forme ce plateau appartient au terrain miocène inférieur 'calcaire à Astéries), dont j'y ai recueilli la plupart des fossiles caractéristiques : Cre- ( 4-57 ) une légère croûte de sable, d'où le barreau aimanté a retiré du fer oxydulé en petits grains et dont j'ai constaté l'identité avec celui qui constitue le sol du plateau de Laroque et des bas-coteaux de Bassens. Tous ceux de ces ossements fossiles dont l'espèce a pu être déterminée avec précision ont appartenu à des animaux de la faune quaternaire (1). Il en est de même des ossements que l'on a rencontrés dans les ca- vernes de Lavison , près de Saint-Macaire. Celles-ci ne sont plus au même Tins ter lavis. Venus Aglaurœ, Cardium girundicum , Pecten BWàudellii, Perlun- culusorbiculus (?), Nalica crassalina, Cassis mamillaris, PalœorarpilUus aqiti- lanicus . eic. Peu de ces fossiles y existent sous leur forme réelle; en général , on né les trouve qu'à l'état de moules ou d'empreintes. (I ) La détermination de ces ossements a été faite par M. Lartet. En voici le catalogue résumé : Elephas Os du carpe. Rhinocéros Met kit. . . . Troisième ou quatrième prémolaire supérieure gauche. Cervus Elaphus Portion du bois , plusieurs dents. f'ervus... sp ?.•-.. . Dents- Eqwis Dents et ossements. Ane ? Astragale. lios ( grande espèce). . . Dents et fragments d'os. Sus (grandi espèce). . . . Maxillaire supérieur gauche, avec les quatre dernières mâchelières. llyœna spclœa Portion de mâchoire inférieure, dents et coprolithes. Hycena sp. ? . '. Ossements ( tibia et humérus ) , coprolithes. Mêles Cubitus et phalange onguéale. Talpa Tête inférieure de fémur. Lepus Fragment de mâchoire et ossements divers. enfin, un humérus de rongeur (campagnol ou hamster) et une demi-mâchoire in- férieure de chevreuil , qui diffère du dicrocerus par la forme de la troisième mâche- lière ou dernière prémolaire. Il résulte du Mémoire cité de M. Drouot {Note sur quelques ossements, etc., p. 82), que Billr.udel, auquel sont dues les déterminations d'animaux quaternaires des ca- vernes de Lavison , avait examiné les ossements de Laroque , et qu'il y avait reconnu 'es genres hyène , cochon , rhinocéros , lapin, campagnol ou animal peu différent, cerf, et des dents de plusieurs animaux herbivores. On voit que ces déterminations concordent parfaitement avec celles de M. Lartet. Qu'il me soit permis de remercier ici M. le docteur Souverbie , conservateur du Musée d'histoire naturelle de Bordeaux , de l'extrême obligeance avec laquelle il a mis à ma disposition les échantillons du Musée qui pouvaient être nécessaires à mes recherches. ( 458 ) niveau que les gisements précédents; elles le dépassent au contraire de quelques mètres, et les terres sableuses qui le remplissent ont la plus complète analogie avec celles qui ont comblé certaines cavités des cal- caires tertiaires, soit au-dessous du sable des Landes , soit au-dessous des terrains de transport de l'Enlre-deux-Mers , quelle que soit l'altitude de ces cavités au-dessus de l'éliage de la Garonne. L'âge de ces lerres de remplissage ne saurait donc être douteux ( § 62 ) , et comme elles sont tout au moins contemporaines des ossements qui s'y trouvaient enfouis, elles sont quaternaires. Je rappellerai enfin que, dans son Etude du bassin hydrographique du Couzeau, M. Ch. Des Moulins a signalé (p. 184) une défense d'élé- phant trouvée, en 1840, dans le terrain de transport de Mpnsac (Dor- dogne); ce terrain de transport, qui fait partie du dilvvium du savant auteur, est donc encore quaternaire (1). Ainsi, la paléontologie conduit à la même conclusion que la strati- graphie. Les terrains de transport qui couvrent les coteaux de la Dor- dogne, de la Gironde, du Lot-et-Garonne et ceux qui forment le fond des vallées au-dessous des alluvions de l'époque actuelle, sont quater- naires et contemporains ; le sable des Landes , dont l'origine est la même et dont le dépôt s'est effectué dans les mêmes eaux , n'est donc pas tertiaire, mais il est quaternaire. CHAPITRE IV DES ÉLÉMENTS REMANIÉS QUI COMPOSENT LE TERRAIN QUATERNAIRE DE LA GIRONDE. 81. Dans ce qui précède, des considérations, principalement basées sur la composition minéralogique et la manière d'être des terrains de transport qui couvrent le sol de la Gironde, de laDordogne et de l'Age- nais, m'ont d'abord conduit à reconnaître que, sauf les terres d'alluvion qui forment le fond des vallées, où serpentent les cours d'eau, tous ces terrains ont la même origine et sont contemporains. Des considérations (l)On peut encore ajouter le fait suivant à ceux que je viens de rappeler: on a trouvé à Bonzac , près de Libourne, dans le terrain de transport , à 4 mètres de pro- fondeur et à 40 mètres au-dessus du niveau de la Dordogne , une superbe màchelièrc iVElephas prinrfgcnius (Cuviek : Recherches sur les ossements fossiles, T. V, 2 e par- tie, p 492). ( 459 ) à la fois slratigraphiques el paléonlologiques, m'onl ensuite prouvé, que ces terrains appartiennent à la période géologique dite quaternaire. En même temps, j'ai acquis peu à peu la conviction que, bien qu'ils aient été formés à une même époque et qu'ils soient évidemment le résultat d'une même cause générale, les dépôts quaternaires de la Gironde, étant localisés par bassins et ne se reliant les uns aux autres que le long des lignes de faîte des versants contigus, ont dû se déposer dans des eaux, dont l'irruption a été brusque et qui, après s'être éten- dues sur tout le Sud-Ouest de la France, se sont écoulées, dans chaque bassin, en suivant la pente naturelle du sol (1). Tels sont les résultats de l'analyse appliquée aux terrains de transport du Sud-Ouest de la France, dans la partie occidentale de l'ancienne Guienne. Ces résultais me semblent répondre complètement aux ques- tions que je m'étais posées au commencement de cette étude, et je pourrais dès-lors arrêter ici mon travail ; mais il ma paru utile d'exa- miner à quelles conséquences on arriverait en suivant la marche inver&e, c'est-à-dire en supposant connu le phénomène qui a produit le dépôt de notre terrain quaternaire, en en recherchant les conséquences géologiques et en comparant ensuite ces dernières avec les résultats que l'observation m'a fournis. Une pareille synthèse, si elle ne conduit pas nécessairement à la connaissance précise de la cause du phénomène dont il s'agit, peut du moins faire connaître les hypothèses, dont les consé- quences sont en opposition avec les faits et qui, par suite, doivent être éliminées du nombre des causes qui ont contribué à la formation du terrain quaternaire de nos contrées. 82. On sait que les roches sont loin de résister également à la tri tu - (1) Ces caractères se retrouvent tout autour duplateau central de la France. « Dans le Vivarais, dit M. Malbos, (Bulletin de la Société géologique, 2e série, vol. III, p. 631 ), les dépôts diluviens sont composés des mêmes roches que celles que les riviè- res actuelles entraînent dans les vallées, et sont des débris des seules montagnes de la Lozire, du Tanargue et du Mézenc, qui entourent le bassin du Vivarais. Chacun de ces courants a laissé pour ainsi dire sa traînée de dépôts, non seulement dans les vallées, mais encore sur les plateaux des montagnes. L'irruption a été brusque Un fait bien remarquable, c'est que ces dépôts diluviens ne renferment aucun frag- ment calcaire, quoique tous ces débris aient traversé des formations calcaires de plu- sieurs lieues d'étendue » ( 460 ) ration torrentielle. M. Daubrée, dans un travail récent, a montré que celle-ci non-seulemeul détermine la réduction des roches en particules de plus en plus fines , mais encore produit la décomposition lente et graduelle de certaines d'entre elles, des feldspaths, par exemple. Les expériences de ce savant géologue ont démontré que les coeffi- cients d'usure des roches soumises au frottement sont : Feldspath en fragments anguleux 0, 0030 — — arrondis 0, 0020 Obsidienne 0, 0030 Serpentine 0, 0030 Silex de la craie . . . 0, 0002 c'est-à-dire que l'usure du silex est dix fois moins rapide que celle du feldspath en fragments arrondis (1). — Le coefficient du quartz hyalin ou grenu est probablement au moins égal. L'action d'une eau animée d'une grande vitesse, soit dans les vallées, soit sur les hauteurs, ayant dû par conséquent être très- différente, suivant la nature des terrains avec lesquels elle se trouvait en contact , il importe, avant de passer outre, de jeter un coup d'œil rapide sur la constitution pétrologique des bassins qui nous occupent, en tout ce qui est essentiel à mon étude, et de rechercher les effets qui pourraient résulter de l'action d'un courant torrentiel coulant à la surface des sols divers qui forment l'ossature de ces bassins. Lorsqu'on se dirige du Bec-d'Ambès vers les sources de la Dordogne, on traverse successivement des calcaires marins, des molasses éocènes et miocènes, des calcaires lacustres renfermant ou non des meulières, divers étages de craie et de calcaire jurassique, enfin des terrains cris- tallins, primitifs ou métamorphiques, que dominent les sommets volca- niques des Monts d'Auvergne. Calcaires. Les calcaires qui entrent dans la constitution du bassin de la Dordo- gue, présentent de nombreuses variations de structure et de composi- tion : tantôt ils sont un peu quarlzeux, tantôt plus ou moins argileux ; (I) Daubrée: Expériences sur les décompositions chimiques provoquées par les actions mécaniques dans divers minéraux, tels que le feldspath. (Bulletin de la Société géologique de France. — 2" série, T. XXIV, p. 421). ( 4-61 ) quelquefois ils sont feuilletés et friables ou presque pulvérulents ; d'autres fois on les voit d'une extrême compacité. La plupart de ces roches sont traversées par un grand nombre de fissures ou perforées de nombreuses cavités ; elles sont générale- ment assez altérables par l'action des agents atmosphériques et se recouvrent souvent d'une pellicule sableuse qui est entraînée par les pluies (1). Si l'on en juge par la nature des débris roulés constituant les dépôts quaternaires de la Gironde, les blocs calcaires arrachés au sol par le courant qui a charrié ces débris, ont subi la trituration torrentielle pêle-mêle avec des cailloux la plupart quarlzeux. L'effet d'une semblable trituration peut se déduire avec facilité de ce qui se passe sur les côtes de l'Océan, où les calcaires les plus compacts s'usent avec rapidité sous la seule influence du balancement des marées et du frottement des fragments calcaires les uns sur les autres. « C'est ce qui s'observe entre le Havre et Dunkerque ou bien au pied des falaises des Basses-Pyrénées. Il peut même arriver que le dépôt littoral formé sur un rivage de craie ou de calcaire friable ne contienne pas trace de débris calcaires. « Sur les côtes de France, baignées par l'Océan, le carbonate de chaux du dépôt littoral provient presque entièrement des tests sécrétés par les mollusques de l'époque actuelle. Il est en fragments anguleux ou faiblement arrondis et il résiste beaucoup mieux à la destruction que les calcaires les plus compacts (2). (1) Cette altération se remarque surtout sur certaines couches du calcaire à Asté- ries. Il existe quelquefois, dans cet étage géologique, dos couches marneuses exclu- sivement altérables par les alternatives de sécheresse et d'humidité qu'elles subissent. Cet elTet se montre partout où ces couches affleurent dans des escarpements et donne lieu souvent à des éboulements dangereux, par exemple, entre La Roque de Tau et la Brangette, sur la rive droite de la Gironde. Sous l'influence des pluies d'hiver, elles s'imbibent d'eau; au printemps, elles se dessèchent aux affleurements, s'y déli- tent et se divisent en fragments, qui, finalement, tombent en poussière. Cette altéra- tion se poursuivant pendant quelques années, il arrive un moment où les roches calcaires ou gréseuses qui surmontent la marne, surplombent; bientôt leur poids les entraîne et les précipite au pied de l'escarpement, dont elles cachent la base sous des amas de débris ( 2) Delesse : Recherches sur le dépûl littoral de la Fiance. ( Bulletin de la Société géologique de France, 2 e série, T. XXIV, p. 431 ). — Cette résistance des coquilles ( 4Gi> ) Les expériences de M. Daubrée ont, depuis longtemps déjà, mis en évidence la facilité des calcaires à se réduire en limon par l'action mutuelle de leurs fragments au sein des eaux. Ce limon est en général impalpable el d'une ténuité telle qu'il reste plusieurs jours en suspen- sion dans l'eau tranquille (1) et qu'un courant, même assez faible, les transporte à de grandes distances. Il résulte de ces considérations qu'on doit s'attendre à ne trouver de roches calcaires qu'à l'état de traces ou d'accident dans les terrains de transport qui couvrent le sol de la Gironde, la nature et la manière d'être de ces terrains indiquant qu'ils se sont effectués dans un courant, d'une énergie telle qu'aucun phénomène actuel, même les plus terribles cyclones de la mer des Indes, n'en peuvent donner une idée. Ce n'est en effet qu'assez exceptionnellement, que les terrains de transport de la Gironde et du Périgord renferment des débris calcaires. Quand il en existe, ils sont noyés dans les dépôts qui remplissent les cavités des roches sous-jacentes, ou clans ceux qui recouvrent immé- diatement ces dernières. Dans un seul cas, près de Salles (§ 20), j'en ai trouvé dans l'épaisseur même du sable des Landes, mais ces frag- ments, usés par le frottement, étaient des débris de coquilles apparte- nant aux faluns libres du terrain miocène supérieur, dont il n'existe de gisements que sur la rive gauche de la Garonne, et leur lieu d'origine était par conséquent peu éloigné du point où je les ai recueillis : d'où à la destruction s'explique par leur structure et leur composition chimique, qui, en diminuant leur densité, leur permettent de flotter, pour ainsi dire, à ras du fond sableux ou vaseux, sur lequel les vagues les entraînent, au lieu d'y rouler à la façon des cailloux : Les coquilles sont en effet un mélange de matière calcaire et d'une matière muqueuse qui sert de liant aux molécules du carbonate de chaux ; la matière muqueuse détruite, il ne reste plus qu'un tissu minéral, assez léger, très-différent des roches calcaires, au point de vue de la quantité de carbonate de chaux que ce tissu contient sous le même volume. (1) Daubrée : Recherches expérimentales sur le slriage des roches, etc., in Bull. Soc. géol. de Fr., 2e série, T. XV, p. 259 et 260, note. Il est facile du reste de vérifier l'exactitude de ce fait, en porphyrisant du carbo- nate de chaux par voie aqueuse et en en délayant une petite quantité dans l'eau, ou bien encore en déterminant un précipité de carbonate dans une dissolution étendue d'un sel de chaux. Le dépôt ne s'effectue qu'avec lenteur et il suffit, après ce dépôt, de communiquer un mouvement permanent, mais léger, à l'eau, pour y disperser de nouveau les molécules calcaires et les y maintenir en suspension. ( ms ) l'on peut conclure que la vilesse du courant, au fond duquel se sont déposés les sables de Salles, a dû être, aux abords de celle localité, sensiblement plus faible que dans d'autres régions de la Gironde (1). La même conclusion peut se déduire du remarquable état de conser- vation des coquilles des faluns libres de Salles et de Léognan, dont la partie supérieure, mélangée avec le sable des Landes, a été évidemment remaniée avec lui, mais évidemment aussi dans un courant très-faible ; car bien que l'on y trouve de nombreux fragments de coquilles, les traces d'usure que portent ces fragments sont généralement peu appa- rentes (2). Quant aux minéraux adventices des formations calcaires, tels surtout que les silex de la craie et les meulières des calcaires tertiaires, leurs chocs avec les blocs entraînés par un violent courant ont dû fréquem- ment déterminer leur rupture en débris nombreux et de diverses grosseurs. Roulés les uns sur les autres, pêle-mêle avec les roches quartzeuses venant de l'amont, leur transformation en cailloux arrondis a du être rapide, et, l'action torrentielle continuant à agir, déterminer la réduction graduelle d'un certain nombre de ces cailloux en sables grossiers, globulaires, qui doivent se retrouver dans le terrain quater- naire (3). C'est en effet ce que l'observation confirme. Molasses. Les molasses du Sud-Ouest appartiennent à deux périodes géologiques distinctes : les unes sont éocènes et comprennent la molasse du Fronsa- dais, les sables de la Saintonge et ceux du Périgord ; les autres sont miocènes, et c'est à elles qu'appartient la molasse moyenne de l'Age- nais (4), si abondante dans le Lot-et-Garonne. (1) On a vu (§77, note) que, dans le Lot-et-Garonne, on a trouvé un alios qui paraît contenir des traces sensibles de calcaire. (Ann. des P. et Ch., 3 e série, T. X11I, p 326). (2) Dans la commune de Nizan, le calcaire de Bazas est recouvert par une couche de sable des Landes, dont la base est argilo-sableuse et renferme de nombreux fragments de coquilles brisées, parmi lesquels on trouve quelques fossiles complets (Ostrea pro- ducla, Balanes, etc.). (3) Daubrée : Recherches expérimentales, etc. in ibid , p. 253 et 265. (4) Classification de M. Raulin {Noies géologiques sur l'Aquitaine, T. 2, p. 46). ( 464 ) La molasse du Fronsadais a son type dans la contrée de ce nom, au tertre de Fronsac, qui présente de bas en haut la coupe suivante : Couche calcaire, qui existe au niveau de la route de Libourne à Sainl-André-de-Cubïac, au point où elle touche presque la Dordogne; elle disparait promptement sous les alluvions. Argile, un peu sableuse, grise ou gris-jaunâtre. Grès feldspathique gris, à gros grains de quartz, mica jaune et blanc, avec veines argileuses et calcaires. Calcaire marneux, gris rosé, d'apparence lacustre, avec géo- des de chaux carbonatée. Argile grise, nuancée de jaune, exploitée par les tuiliers de la localité. Calcaire lacustre de même nature que 4, mais en couche plus mince. Argile grise dans le haut, passant au gris-jaunâtre dans le bas. Molasse jaune silico-calcaire, micacée (mica blanc), rendue compacte parla présence d'un léger ciment argilo -ferrugi- neux, et envahie, dans ses parties les plus escarpées, par les hyménoptères fouisseurs. 9. Calcaire passant, à la base de l'escarpement qui forme le som- met du tertre, à un calcaire marneux, qui renferme des fos- siles marins : milioliles pétoncles, etc., et constitue le prolon- gement évident des calcaires miocènes qui couronnent les coteaux depuis Saint-Gerniain-I. a-Rivière jusqu'à Saint-Émi- lion (IL Les couches 1 à 8 de celle coupe n'offrent aucune continuité; leur épaisseur varie fréquemment et souvent elles disparaissent à des dislan- ces très-faibles, pour faire place à d'autres de nature différente. Ainsi en remontant l'Isle, le long de sa rive droite, jusqu'à deux ou trois kilomè- tres du bourg de Fronsac, on voit la couche n° 2 envahir promptement presque toute la hauteur des coteaux, en affectant l'apparence d'un grès à pâte argileuse ou feldspathique, composé de grains de quartz hyalin, ( i ) Je crois être le premier à signalerl e calcaire à Astéries au sommet du tertre de Fronsac. Plusieurs affleurements de cette formation se remarquent dans le petit escarpement, couvert d'arbustes et de broussailles, qui couronne ce tertre, mais la végétation qui le masque en rend l'abord assez difficile. ( 465 ) de fragments de feldspath, de mica blanc, rarement jaune, et d'un peu de calcaire. Quelques veines d'argile ou de calcaire lacustre, et de petits amas de la molasse n° 8 sont, ça et là, intercalés dans la masse. Ces cou- ches gréseuses sont souvent recouvertes par un grès argileux, à grain très-fin, calcarifère, blanchâtre-bigarré de jaune, renfermant de nom- breuses paillettes de mica blanc et dont on retrouve l'analogue exact en d'autres points, par exemple, vers le sommet du coteau d'Arveyres, à un kilomèlre environ à l'est de cette locatité. Si l'on se dirige vers l'Ouest, du côté de La Rivière, l'aspect devient tout autre : la molasse passe graduellement à l'état de sable chloriteux. dans lequel les grès feldspathiques, le calcaire lacustre et l'argile, en veines ou amas, n'apparaissent plus qu'accidentellement. Les deux tiers du coteau de Bicol (commune de La Rivière), sont formés par un sable très-fin, gris-jaunâtre ou verdàtre, effervescent, quelquefois meuble, généralement assez consistant pour que les hyménoptères fouisseurs aient pu se loger dans les talus escarpés des chemins qu'on y a creusés. Ce sable, qu'on retrouve à Arveyres . Génissac, Saint-Germain-La- Rivière, etc., est recouvert par une argile gris-bleuâtre, marneuse où plastique, et celle-ci par une marne calcaire, qui renferme de nom- breux fragments de coquilles indéterminables et se trouve, elle-même, surmontée par le calcaire miocène à Astéries. 84. C'est sous ces divers aspects que la molasse du Fronsadaisse mon- tre le plus souvent dans la Gironde. Or, si l'on traite l'une quelconque de ces formes sableuses ou gréseuses par un acide, de façon à lui enle- ver l'élément calcaire qui s'y trouve à l'état de mélange, ainsi que l'en- duit ferrugineux qui la colore, on obtient un sable dont on peut retirer, par la lévigation, un sable très-fin, micacé, légèrement argileux, à cou- leur variant du blanc au grisâtre et ne pouvant que difficilement être distingué de ceux qui forment la base de nos terrains de transport du Blayais, de l'Entre-deux-Mers et de Salles, après qu'on leur a enlevé, par un acide, l'oxyde auquel ils doivent leurs teintes rouges ou jaunes, quelquefois si brillantes. Quant au résidu de la lévigation, quoique ses aspects soient très-variés, il se compose toujours d'éléments que l'on retrouve dans le sable des Landes, ainsi que dans les terrains de trans- port qui recouvrent les coteaux du Cubzaquais et ceux du Blayais. 85. En Saintonge et dans le Périgord, la molasse éocène diffère sen- siblement d'aspect et même de nature de celle de la Gironde. Dans ces contrées, elle se compose spécialement d'argiles et de sables, qui sont Tome XXYI. 38 ( 466 ) plus ou moins mélangés de cailloux roulés quartzeux et dont la couleur, rouge, jaune, verte, violacée ou blanche, tantôt unie, tantôt marbrée, donne au terrain un faciès particulier. Je ne parlerai ici que des sables du Périgord qui, par leur position dans le bassin de la Dordogne, ont plus spécialement dû influer sur la composition des sables de nos terrains de transport girondins. Lorsqu'on soumet à la lévigation ceux de ces sables qui sont argileux, ils se divisent en trois parts très-distinctes (1) : de l'argile, du sable fin généralement micacé, du sable grossier, chacun ayant, plus ou moins, la couleur de la molasse dont il provient. La coloration des sables dispa- raît en grande partie, lorsqu'on a soin de les soumettre, préalablement à la lévigation, à un mouvement rotatoire prolongé de nature à déter- miner un frottement des grains les uns sur les autres; dans ce cas, les particules colorantes se séparent en grande partie des grains les plus grossiers et se concentrent dans le sable fin et dans l'argile. La séparation de la molasse en trois parties se produit souvent natu- rellement. Le plateau des Roques (commune de Lanquais, dans la Dor- dogne), est formé par une puissante calotte de molasse, principalement argileuse, d'une épaisseur moyenne de cinq à six mètres, et qui a été fortement ravinée par les eaux. Dans les glaisières, les argiles rouges « divisées, lavées par les pluies, ont laissé dans quelques-unes des petites cuvettes que la cassure conchoïdale des silex à Faujasia ouvre à la surface des blocs ou fragments, un dépôt très-pur, de couleur rouge- brique, formé d'argile pulvérulente et douce au toucher, de sable quartzeux excessivement fin, de gros sable et de quelques menus cailloux de même nature : c'est le dépôt molassique rouge, au complet el dans toute sa pureté (2). » Les sables fins plus ou moins micacés que l'on retire, par lévigation, de cette molasse, trouvent leurs similaires dans ceux de même nature qui forment la base des terrains quaternaires des bords de la Garonne, aux environs de Bordeaux et de Blaye, et dans ceux des grandes Landes. ( 1 ) J'ai exécuté ces opérations sur des échantillons que j'ai obtenus de l'inépui- sable obligeance de M. Ch. Des Moulins. On trouve quelquefois, au milieu des sables quaternaires jaunâtres ou non colorés, des grains encore partiellement recou- verts d'un enduit rouge, lie de vin ou jaune, semblable à celui de certaines couches de la molasse du Périgord. (2) Ch. Des Moulins : Bassin hydrographique du Couzeau, p. 73 à 77 et 193. ( 467 ) Quant aux résidus plus grossiers résultant de l'opération, on en trouve quelquefois de semblables sur les coteaux de l'Entre-deux-Mers, mais constamment mélangés avec de l'argile ou avec des graviers siliceux d'origine différente. 86. Au point de vue minéralogique, les molasses miocènes de la Gironde et de l'Agenais sont souvent fort difficiles et même impossibles à distinguer de la molasse éocène, dont il vient d'être question. C'est ainsi que la molasse miocène de Saint-Macaire offre la plus grande analogie avec le grès éocène d'Arveyres, et celle de Fossés et Baleyssac, près de La Réole, avec la molasse sableuse de La Rivière (§83). Dans la Gironde, les molasses miocènes sont marines et riches en huîtres, en néritines et en cérites ; elles sont lacustres dans l'Agenais et très-pauvres en fossiles. Dans cette dernière contrée, elles sont sou- vent sableuses et généralement composées de grains de quartz blanc ou gris, souvent transparents et de grosseurs variées, de fragments angu- leux de feldspath et de mica ; elles contiennent ça et là quelques cailloux de quartz hyalin, laiteux ou grenu, diversement colorés, dont les analo- gues se retrouvent dans les dépôts quaternaires; elles font presque tou- jours une effervescence vive avec les acides. Les molasses sableuses de l'Agenais sont quelquefois durcies par un ciment calcaire et, sous celle forme, elles sont exploitées pour pierre de taille dans les contrées qui sont déshéritées de roches calcaires. Quelques veines de marne blanche ou jaunâtre, quelques lentilles peu épaisses d'argile grise, maculée de parties jaunâtres, y apparaissent de loin en loin. Des échantillons de ces terrains, surtout de ceux qui existent à la limite orientale du département de la Gironde, après avoir été traités par un acide, ont laissé des résidus de sables quarlzeux micacés, qui rappellent, d'une manière frappante, le sable de la dépression de Des- tieu ( § 57 ) et celui qu'on retire des terres de remplissage des cavernes de Lavison, près de Saint-Macaire (§ 62). 87. Les molasses du Sud-Ouest renferment, toutes, deux sortes de grains quartzeux : les uns, généralement petits, sont anguleux ; les autres, plus gros, ont éprouvé un commencement d'usure et sont assez fortement arrondis sur leurs angles. Emportées par un courant, elles se trient promptement. Si elles renferment des parties argileuses ou cal- caires, celles-ci réduites, par la trituration, en limon impalpable (§ 82), sont entraînées au loin ; les sables fins les suivent, en flottant dans l'eau ( 468 ) et en conservant leur forme anguleuse (1 ); les grains, trop gros pour flotter, roulent les uns sur les autres et s'usent réciproquement en se transformant, s'ils ne le sont déjà, en sable globulaire. Les effets de ce triage dépendent à la fois de la nature des sables charriés, de la vitesse du courant et de son parcours plus ou moins prolongé. On ne saurait donc en tirer une conclusion complète, absolue, applicable à nos terrains quaternaires d'origine si complexe. Toutefois, en se basant sur ce qui précède et surtout sur les expériences de M. Daubrée, on peut, à priori, sans crainte de se tromper, affirmer que les sables fins qu'on observe à la base du diluvium de TEntre-deux-Mers et dans les Grandes-Landes, doivent être généralement anguleux, et c'est en effet ce que l'observa- tion confirme. Terrains primitifs et métamorphiques. 88. Les terrains primitifs et anciens métamorphiques forment les lisières septentrionale et orientale du bassin de la Dordogne. Les élé- ments qu'ils ont abandonnés au courant, dont je cherche à déterminer l'origine, se trouvent tous, en plus ou moins grande abondance, dans le lit actuel de la Dordogne et même sur la terrasse (2 e lit de la Dordogne de M. Ch. Des Moulins) , qui commence à se dessiner en aval de Cas- tillon et s'étend, en amont, jusque bien au-delà de Lanquais (Dordo- gne) ; ce sont : le granité, le gneiss, la syénite, le micaschiste, la pegma- tile, diverses roches feldspathiques, le quartz, etc. Les montagnes du centre de la France sont presque entièrement com- posées de granité et de gneiss. Cette abondance des roches feldspathi- ques donne aux montagnes du Périgord et du Limousin une physionomie propre; elles sont constamment arrondies et, suivant la facilité avec laquelle les roches se désagrègent, leur surface est couverte de blocs de rochers ou de sable incohérent, qui forme quelquefois une couche assez épaisse. Dans la Corrèze, le granité est peu micacé et de consistance médio- (1) Daubrée : Mémoire cité. « Les sables anguleux que lesglaciers de l'Aar envoient à cette rivière, arrivent à Meyningen, après avoir tourbillonné dans de nombreuses cascades, tout aussi anguleux qu'à leur point de départ. Charriés dans le Rhin, ils ne sont pas plus arrondis à 500 kilomètres de dislance de cette dernière localité. » {Ibid. p. 267). ( 469 ) cre ; il est, en général, à grains moyens et les trois éléments y sont intimement mélangés. Sa couleur, tantôt blanche, tantôt rose, donne naissance à deux variétés qui s'altèrent assez facilement, mais dont le mode de décomposition est différent. La première variété se décompose par couches concentriques, en formant des boules solides entourées de sable et de détritus. La seconde se fendille sous forme de prismes, dont les faces sont presque toujours enduites d'une leinle ferrugineuse, par l'altération des lames de mica. Au nord de Tulle, le granité devient amphibolique et passe même, près de Champein, à une véritable syénite. Aux environs d'Eglelon, il renferme du mica à lames assez dévelop- pées et des cristaux de tourmaline noire (1). Le gneiss du Limousin est à grains fins; le mica en est argenté et le quartz y est peu abondant. Il passe au granité par une diminution de mica, et au schiste par une surabondance de cet élément. Rarement cette roche est intacte et solide ; presque toujours au con- traire elle est transformée en une masse kaolinique très-impure, rôu- geàtre ou jaunâtre. Aux environs de Saint- Yrieix, où son feldspath est souvent profondément altéré, le kaolin constitue une série d'amas dissé- minés sur une longueur de plusieurs kilomètres. Dans les alentours «le Tulle, le gneiss affecte deux couleurs princi- pales : tantôt il est noir, tantôt rose avec veine de mica noir; ce dernier minéral, abondant dans la première variété, l'est infiniment moins dans la seconde. Le schiste micacé constitue dans le bassin de la Dordogne une bande mince, à la séparation des terrains primitifs et des terrains secondaires; il est tantôt gris, tantôt verdâtre, gris-brunâtre ou brun, et, partout il présente la teinte brillante du mica; seulement, au lieu de scintiller par place comme dans le micaschiste, il est satiné, luisant el comme tal- queux. Dans quelques localités, ce schiste passe, par dégradations insen- sibles à un schis'e ardoisier plus ou moins micacé (2). ( I ) Élie de Beau mont et Dufrénoy : Explication de la carie géologique de France, T. I, p. 111 et 116. On a vu (§66) que l'on trouve quelquefois dans le terrain quaternaire de la Gironde (lande d'Eyzines el gravières de Cénon) , du quartz empâtant des cristaux de tourmaline noire. (2) Élie de Beaumonl, et Dufrénoy : Explication de la carte géologique de France, T. F, p. 126. ( 470 ) Le quartz existe partout dans ces terrains, soit à l'état hyalin ou lai- teux, soit à l'état grenu, tantôt en filons plus ou moins puissants, tan- tôt comme partie constituante des roches cristallines. Le fer oxydulé se trouve en petits cristaux disséminés dans le gneiss et dans le schiste micacé. Quelquefois il est visible à l'œil nu dans la roche; mais ce cas est assez rare et plus généralement on ne l'y recon- naît que par l'examen des sables qui proviennent de sa destruction et s'accumulent dans les ravins. Il est en grande quantité dans tous les sables des vallées qui descendent des montagnes du Limousin et de l'Auvergne, ainsi que dans les limons du lit actuel de la Dordogne et dans ceux de la terrasse qui, pour M. Des Moulins, constitue le deuxième lit de ce cours d'eau (1). 89. D'après les expériences de M. Daubrée sur la trituration torren- tielle (2), des fragments anguleux de granité et de quartz, soumis à l'ac- tion d'une eau courante, s'arrondissent rapidement, en donnant lieu à des galets, à des sables et à des limons. Si la trituration est assez éner- gique pour qu'il en résulte entre les fragments des chocs violents, com- parables à ceux que déterminent, au pied des falaises, les vagues agitées par la tempête, le granité se pulvérise et ne produit plus qu'un mélange de limon et de sable très-fin, dont les grains sont généralement angu- leux. Quant au feldspath, bien qu'il domine beaucoup dans la roche, il disparaît presque en totalité dans les limons , comme il est facile de le vérifier sur certaines côtes granitiques, battues par les flots, en analy- sant les sables quartzeux, pauvres en feldspath, qui en forment les plages. Le gneiss et les schistes cristallins donnent lieu, mais plus rapide- ment, aux mêmes effets que le granité. Les sables qui résultent de la trituration torrentielle des roches siliceuses, ne sont pas toujours anguleux; ils affectent au contraire assez fréquemment la structure globulaire, et particulièrement lorsque les grains, trop gros ou trop lourds pour se maintenir en suspension dans l'eau courante, suivent le mouvement de celte dernière eu roulant les uns sur les autres. Dans un cours d'eau, à niveau décroissant comme le serait celui d'un torrent diluvien, la quantité et la grosseur des sables (1) J'ai pu constater ce fait sur les échantillons de sable qui existent dans la col- lection de M. Ch. Des Moulins. (2) Daubrée : Rech. eccp. sur le sir. etc., ibid, p. 258. ( m ) anguleux entraînés par lui décroîtraient donc avec le temps, et les dépôts permanents que l'eau formerait sur son parcours, offriraient, de haut en bas, le même caractère de décroissance. Il résulte de ces considérations que les roches primitives et anciennes du Plateau-Central de la France, dont un torrent diluvien entraînerait des fragments dans sa course, se transformeraient sous l'influence du mou- vement de la masse liquide, en des matériaux très-variés : Galels granitiques et feldspathiques, dont le nombre diminuerait promplement avec leur distance aux gisements d'où ils proviennent ; Galets quartzeux, abondants dans toute l'étendue du courant, mais diminuant de grosseur à mesure qu'ils se rapprocheraient de la mer ; Sables quartzeux globulaires de même nature que les galets ; Sables anguleux fins, micacés, et limons argileux. Les sables contiendraient partout, plus ou moins de fer oxydulé entraîné avec eux et quelquefois des petits fragments de fedlspath. On a vu que ces divers matériaux existent tous dans le terrain quater- naire de la Gironde et qu'ils s'y présentent d'ailleurs dans l'ordre naturel que leur assignent les expériences et les observations de M. Daubrée. Roches volcaniques 90. Ces roches (trachyte, porphyre trachitique, basalte, basanite, dolérile , phonolite) sont, dans le bassin de laDordogne, concentrées sur les versants des monts d'Auvergne. Les sables entraînés par les tor- rents de ces montagnes renferment du fer oxydulé et du fer titane, mé- langés avec du quartz hyalin , du mica blanc et du péridot-olivine, tou- tes espèces qui se retrouvent dans les sables quaternaires de la Gironde. Le fer oxydulé provient en général d'un trachyte poreux, grisâtre, dans lequel il existe à l'état pulvérulent; son peu d'adhérence à la roche le prédispose à être facilement entraîné par les eaux pluviales, partout où il est mis à découvert (1). Les diverses roches volcaniques offrent une résistance très-variable à la trituration torrentielle. Le trachyte, par exemple, en raison de sa porosité et de sa friabilité , ne peut résister longtemps à une action de ce genre un peu énergique, tandis que le porphyre trachilique , la basalte (1) Catalogue et collection des roches de l'Auvergne de M. Gh Des Moulins. (472 ) et la dolérite , beaucoup plus compacts, offrent moins de prise à la destruction. Et en effet, je n'ai jamais trouvé trace de la première de ces roches dans le terrain quaternaire de la Gironde et du département de Lot-et-Garonne, tandis que j'ai recueilli des seconds dans les terrains caillouteux de la vallée de la Garonne (à Fourques et à Langon), dans ceux de la vallée de la Dordogne ( à Génissac) (1), et même dans le sable des Landes , à Facture ( § 4 8). 91. L'aperçu sommaire que je viens de donner, prouve qu'une tritu- ration torrentielle s'exerçant avec une grande énergie sur les terrains qui forment l'ossature des bassins de la Dordogne et du Lot (car ce der- nier donne lieu à des observations tout-à-fait analogues à celles qui précèdent), produirait nécessairement des dépôts composés principale- ment de quartz et d'argile , tantôt isolés , tantôt à l'état de mélange , et dont les éléments constituants auraient respectivement pour origine les formations suivantes : Les sables quartzeux et V argile : les montagnes granitiques et gneissiques du Plateau-Cen'ral et des Monts-d'Auvergne, les schistes cris- tallins qui en forment !a lisière, les molasses tertiaires, enfin , mais en très-minime proportion, les calcaires tertiaires et les craies à silex ; Les cailloux de quartz hyalin ou grenu : les terrains cristallins de la lisière septentrionale des bassins du Lot et de la Dordogne, et en partie les molasses tertiaires ; Les cailloux de silex : la craie du Périgord et de la Saintonge ; Les cailloux de meulière : les calcaires lacustres tertiaires ; Les autres cailloux , suivant leur nature : les sommets volcaniques de l'Auvergne, et les terrains cristallins et schisteux de la même région et du Plateau-Central. Les sables provenant des terrains cristallins et volcaniques renferme- raient le fer oxydulé en plus ou moins grande abondance , tandis que (l) M. Ch. Des Moulins .'a rencontré , sur la partie des coteaux du Périgord qu'il a explorée , que deux échant. Ions de roches volcaniques ; mais il en a trouvé un assez grand nombre dans le deuxième lit de la rivière ( Bassin hyd. du Couzeau , p 20S a 224). ( 473 ) ceux qui résulteraient du remaniement des mollasses, n'en contien- draient tout au plus que des Iraces. Là où les sables seraient formés par un mélange de grains quarlzeux de l'une et de l'autre origine , la pro- portion de grains magnétiques serait en rapport nécessaire avec celle des quantités respectives des sables mélangés, c'est-à-dire moindre si le sable molassique y dominait , plus grande dans le cas inverse. Quant aux roches feldspathiques (granité, gneiss, micaschiste , ba- salte, phonolite , etc. ), leur présence dans les dépôts serait d'autant plus rare, que leur nature les aurait prédisposés à une destruction plus facile par la trituration torrentiells , que leurs blocs originaires , entraî- nés et roulés par les eaux, auraient été de moindre dimension, et que leur gisement se serait trouvé à une distance plus grande de leur origine. 92. On est évidemment en droit de conclure des considérations qui précèdent, que les dépôts produits par un courant d'une extrême énergie dont les eaux s'écouleraient le long des vallées de la Dordogne et du Lot, seraient identiques , au point de vue de leur composition , aux terrains de transport que nous avons étudiés , et que, par conséquent, ces der- niers ont été formés des débris arrachés à l'ossature de ces deux bassins par une puissante nappe d'eau torrentielle ayant eu sa source dans les Monts-d'Auvergne. Mais quelle a été la nature de ce courant? Était-ce un courant d'eau douce s'épanchant des montagnes jusqu'à la mer et s'y perdant graduellement ? Ou bien était-ce un courant marin, résultat d'un immense flot de retour produit par l'Océan momentanément chassé de son lit ? Telle est la question qu'il s'agit maintenant de résoudre et que je me propose d'examiner dans le chapitre suivant. CHAPITRE V. DES PHÉNOMÈNES QUI ONT DONNÉ LIEU A LA FORMATION QUATERNAIRE DU SUD-OUEST DE LA FRANCE. 03. La nature des dépôts de transport que l'on observe à la surface des roches tertiaires et secondaires de la Guienne occidentale et dans les nombreuses excavations qui sillonnent ces roches, quelquefois jusqu'à d'assez grandes profondeurs, démontre avec évidence que le relief actuel du sol dans le Sud-Ouest de la France est, en partie, antérieur à la forma- ( 474 ) lion quaternaire (1) el que, considéré dans son ensemble, il diffère assez peu de ce qu'il était à l'origine de cette formation. Des modifications saillantes ne paraissent avoir eu lieu que dans les vallées, qu'ont dû élargir et approfondir les courants diluviens qui les ont parcourus, et dans les contrées où des dépôts considérables de sable ou de graviers ont masqué le relief primitif de vastes étendues de pays (2). 94. Il est impossible d'admettre que des torrents d'eau douce aient pu être assez puissants pour produire ce dernier résultat. Où trouver, d'ailleurs, leur origine? Serait-ce, avec M. Fournet, dans l'existence d'immenses lacs échelonnés à la surface des Monts-d'Auvergne et dont la débâcle simultanée aurait déterminé l'inondation de toutes les contrées environnantes jusqu'à la mer? Mais si ces lacs avaient existé, n'auraient- ils pas, en s'écoulant, laissé des traces évidentes de leur existence, puisque aucune révolution géologique n'a, depuis la période quaternaire, (1) M. Jacquot a mis ce fait en évidence pour la Gironde. « Dans un petit vallon » situé au nord de l'église de Gauriac, j'ai vu, dit-il, (p. 15 de la note précitée) le ter- w rain tertiaire supérieur » — (qui, pour moi, est la base du terrain quaternaire) — « représenté par une assise sableuse, bigarrée de rouge et de gris, pénétrer dans le » calcaire de Bourg. Comme ce vallon ne se trouve qu'à une faible hauteur au-dessus » du niveau de la Gironde, on ne saurait mettre en doute que le massif calcaire n'ait » été profondément raviné avant le dépôt du sable C'est d'ailleurs ce que Von » observe sur tous les points où celle formation se montre. » Tomes les vallées qui rayonnent autour du plateau central de la France, ainsi que celles qui sillonnent le versant septentrional des Pyrénées, étaient également ébauchées avant la période quaternaire. Dans la vallée de la Loire, par exemple, on remarque souvent dans la craie de profondes excavations naturelles, généralement fermées par le bas et remplies par le dépôt de transport qui recouvre les coteaux. A la sortie de Gien, sur la route de Briars, plusieurs de ces excavations, larges de 8 à 9 mètres, se prolongent au-dessous du niveau de ladite route. Comme elles se trouvent parfois très-rapprochées les unes des autres et qu'elles ne sont, en réalité, que des sillons plus ou moins profonds, coupés transversalement par l'escarpement lui-même, !a craie, semble être partagée en tranches verticales que séparent des couches irrégulières de cailloux. « Cette disposition prouve clairement l'antériorité du creusement de la vallée, vers l'axe de laquelle sont dirigés les sillons, au phénomène cataclystique qui a rem- pli ceux-ci de sable, de cailloux et de gravier. » — (D'Archiac, Histoire des progrès de la Géologie, T. II, p. 187) Dans la vallée du Loir, mêmes caractères [ibid, p. 189) et par conséquent même conclusion. Des observations du même genre peuvent être faites en un grand nombre de points des vallées de la" Garonne el de la Dordogne et de quelques-uns de leurs affluents. i,2) C'est ce qu'il est facile de reconnaître parle tableau suivant, dans lequel les ( 475 ) modifié le relief du centre de la France? Or, ces Iraces ne se trouvent nulle part, et rien, ni dans la disposition des lieux, ni dans celle des dépôts lacustres de la Haute-Auvergne et du Cantal ne permet de suppo- ser qu'il y ait jamais eu, sur les sommités de ces régions, des nappes hauteurs au-dessus du niveau de la mer sont affectées du signe +, et les profondeurs, au-dessous du même niveau, du signe — . ALTITUDES DISTANCES LIEOI D'OBSERVATION de la base OBSERVATIONS. HORIZONTALES DU SOL. DU TERRAIN quaternaire. Mètres Mètres Mètres + 102 + 90 ' Entre Créon et Quinsac, l'altitude des ' 9800 Sommet de l'escarpe- 1 sommets descend ra- ment entre Cambes 1 rement au-dessous de • 3200 + 90 + 83 80 mètres. Bord de la Garonne 1 "L'altitude moyen- ! 2000 + 3 ne de cet escarpement est d'environ 70 met. Cadaujac (station).. t 8900 + 9 45 + 5 *'" Le point de pas- Léognan (sondage sage précis du sable de Caudèron.) ! 4100 + 35 + 30 à +35 des Landes au terrain tertiaire sous-jacent Gestas *"" ( sondage ) est indéterminé. ' 14400 + 53 + 56 à +39 Biganos [sondage de S l 23200 + 49 — 2.70 Arcachon ( sondage i de V Usine à gaz ) . 1 + 4 80 —56 On voit par ce tableau que, antérieurement à la formation quaternaire, le sol, entre Créon et Quinsac, présentait probablement déjà l'aspect d'un plateau calcaire plus ou moins accidenté. Sur la rive gauche de ce fleuve, le sous-sol se relevait peu à peu jusqu'à 40 mètres environ (aux Taules); puis il s'abaissait de nouveau, atteignait à Marcheprime une profondeur de 2 m 70 au-dessous du niveau actuel de la mer, et, à Arcachon, une profondeur de 56 mètres au-dessous du même niveau. Dans la Grande-Lande , l'épaisseur de la formation quaternaire est plus grande encore qu'à Marcheprime et à Arcachon : A Lipostey, elle paraît avoir une centaine de mètres. A Arcachon , le falun pliocène a été rencontré par la sonde à 56 mètres, au-dessous du niveau de la mer; il affleure à Salles, à 34 mètres environ au. dessus du niveau de la mer et à 60 mètres à la Sime, dans la commune de Saucats Ces cotes correspon- ( 476 ) d'eau aussi considérables que le nécessiterait la grandeur des effets que j'ai décrits (1). Faudrait-il rechercher l'origine de ces courants dans la fonte de gla- ciers qui auraient couronné les crêtes élevées du Plateau-Central? Dans ce cas encore, on serait conduit à se demander où sont les traces de ces glaciers (2)? Et en admettant même leur existence, comment auraient-ils pu fondre assez promplement pour former, d'une manière en quelque sorte instantanée, une masse d'eau tellement grande, qu'elle eût non- seulement rempli les vallées, mais même recouvert les coteaux d'une nappe liquide continue et profonde? 95. La cause du phénomène, qui a produit les dépôts quaternaires du Sud-Ouest de la France est évidemment beaucoup plus générale et plus puissante que les causes hypothétiques dont il vient d'être question, et une seule peut rendre compte de l'ensemble de tous les faits, c'est un brusque envahissement des continents par l'Océan (3). dent à une pente moyenne d'environ 12 minutes. Dans la direction de Marchepriine, celte pente est plus faible (7 minutes), en admettant que le terrain tertiaire que la sonde y a rencontré soit le falun de Salles. Si la partie supérieure du falun de Marti- gnas est pliocène, comme cela me paraît assez probable, elle donnerait pour pente approchée de ce terrain, de l'E.-N.-E. à l'O -S.-O., un peu moins que 9 minutes. Le fond de l'ancienne mer pliocène aurait donc été presque horizontal ; mais depuis que les dépôts sédimontaires ont cessé de s'y former, le niveau de celle mer, qui recou- vrait la Sime, a baissé d'au moins 60 mètres L'inclinaison considérable des couches du calcaire pliocène, à Salles, est donc due à un accident tout local, mais qui n'infirme en rien les conclusions que j'en ai tirées § 79). Quant au rivage de la mer, au moment où le sable des Landes a commencé à se déposer au-dessus du falun pliocène, les données qui précèdent semblent indiquer qu'il passait au sud du Temple, vers le bois de Lubec, au nord de Marchepriine, aux environs de Mios, à l'est de Liposley, et par Bayonne, si du moins Ton suppose qu'alors le niveau de l'Océan ait été le même que de nos jours, (1) D'Archiac: Voir dans l'Histoire des progrès de la Géologie,!. IL p. 198 et suivantes, la discussion d'un mémoire de M. Fournet sur le diluvium de la France. (2) Ibid., T. It. p. 196. — Voir aussi la discussion du mémoire de M. Pomel (Nouvelles observations sur la Paléontologie des terrains meubles de la Limagne d'Auvergne), p. 194 et 195 du même volume. (3) M. Ebray, dans sa note sur le diluvium du département de la Nièvre, (bull. Soc. Géol. de Fr , 2 e série, T. XIV, p. 813), est arrivé aux mêmes conclusions pour la Nièvre. ( 477 ) De semblables cataclysmes n'ont pas été rares à la surface du globe, et l'on en cite un grand nombre, depuis les temps historiques, soit en Europe, soit en Asie, soit en Amérique, où, pendant des tremblements de lerre, l'Océan, fortement bouleversé et soumis à de violentes oscillations, a fait irruption dans les terres, s'y avançant, puis s'en retirant tour à tour, en portant la dévastation sur des espaces quelquefois très-étendus. Ces mouvements impétueux d'aller et de retour, se joignant aux disloca- tions subites que les commotions souterraines ont souvent déterminées dans l'écorce du globe, ont donné lieu à d'épouvantables désastres, dont les récits remplissent les annales des contrées maritimes. Si de simples tremblements de terre produisent des effets d'une pareille intensité, combien plus énergiques ne doivent pas être ceux résultant d'un soulèvement important du fond des mers! Les expériences de M. J. Scott Russell tendent à prouver que l'élévation subite d'une masse solide de dessous l'eau produit, à la surface du fluide, une éléva- tion correspondante, qui donne lieu à ce que l'auteur appelle une vague de translation de premier ordre. Cette vague n'oscille pas comme les vagues ordinaires; une fois produite, elle reste au-dessus du niveau de l'eau et s'y maintient, en se propageant avec une vitesse qui varie comme la racine carrée de la profondeur (1). On sait que des mollusques de l'époque actuelle ont été trouvés dans des couches situées quelquefois à d'assez grandes hauteurs au-dessus du niveau de la mer, indiquant ainsi, d'une manière positive, que, depuis la fin des dépôts de l'époque subapennine, la croûte terrestre s'est sou- levée sur plusieurs points. Il paraît évident que le dernier grand soulè- vement qui ait eu lieu en Europe, est celui des Alpes principales ; mais il n'en est pas de même dans les autres pays, et il est à peu près certain, d'après les observations que l'on possède, qu'une partie des immenses chaînes qui longent l'Amérique et qui traversent l'Asie jusque dans l'empire Birman, est le résultat d'une catastrophe beaucoup plus récente. (1) D'Archiac, Histoire des progrès de la Géologie, T. I, p. 147. — M. W. Whewell. en cherchant quelles étaient tes conditions mécaniques nécessaires pour expliquer le transport du drift du Nord par l'action d'une ou de plusieurs vagues de translation, a fait voir que le résultat pouvait être obtenu par une grande secousse, soulevant le fond de la mer sur une surface de 4b, 000 carrés et à une hauteur de 170 mètres, ou bien par une succession de secousses produisant chacune des effets moindres. [Ib. T II, p. 47, note). ( 478 ) Ce soulèvement, sur la direction duquel il reste cependant encore quel- ques doutes, a forcément déterminé, en se prolongeant au fond des mers, un soulèvement équivalent des eaux de l'Océan (1). D'immenses vagues de translation se sont propagées parallèlement aux masses soulevées avec une vitesse proportionnée à la profondeur de la masse liquide. L'équili- bre des mers se trouvant violemment rompu, les vagues ont succédé aux vagues; la première, semblable aune montagne courant à la surface des eaux, a dû se précipiter avec furie sur le continent et l'inonder de ses flots, tandis que celles qui l'ont suivie, moins puissantes, ont diminué graduellement de hauteur et de vitesse, jusqu'à ce que l'Océan , rentré dans son lit, se soit arrêté aux nouveaux rivages résultant du nouveau relief du globe. 96. Pour des vagues d'une hauteur aussi considérable qu'en produirait un soulèvement important de terrain, nos continents on!, en général, fait l'office de ces côtes légèrement inclinées vers la mer, sur lesquelles les flots s'avancent sans obstacle aussi loin que le leur permet l'impul- sion qu'ils ont reçue. Dans l'hypothèse que j'étudie, les eaux ont donc atteint une altitude d'autant plus grande dans l'intérieur des terres, et se sont arrêtées d'autant plus loin des rivages qu'elles avaient envahis, que la cause originelle de leur déplacement a été plus énergique. Toutefois les effets produits ont dû être très-différents, suivant que les flots avaient abordé des côtes s'étendant, au loin, sans discontinuité, ou un littoral entrecoupé de vallées plus ou moins profondes. Dans le pre- mier cas, les eaux auront couvert le continent à la façon des vagues que les ras de marée lancent sur les rivages équatoriaux; dans le second, (1) M. D'Archiac {Ib. T. Il, p. 225) ne pense pas que la cause des courants dilu- viens puisse être le soulèvement d'une chaîne de montagnes, car, dit-il, « l'effet eût été nécessairement en rapport avec ce soulèvement; la direction des courants, déter- minée par celle du nouvel axe montagneux, serait encore traduite pour nous dans la direction des traînées de débris qu'ils auraient charriés; mais il n'y à point de centre commun ; il y a, au contraire, autant de centres particuliers que de gibbosités. Or, si la cause est une, il faut qu'elle ait été jusqu'à un certain point indépendante de ces mêmes centres. » — Cela est évident, la cause doit avoir été telle qu'en agissant à la surface du globe, elle ait eu les mêmes conséquences que si des courants avaient rayonné autour de chaque centre montagneux en particulier; mais un soulèvement indépendant de celui de ces centres conduit précisément à ces conséquences. Je le prouverai dans ce qui va suivre et je rechercherai, dans un travail ultérieur, la direc- tion du soulèvement qui a produit le terrain quaternaire. ( m ) elles auront agi comme les barres le font, de nos jours, dans quelques régions maritimes et à l'embouchure de quelques fleuves. A l'embouchure de la Seine, au Havre, à Honfleur, à Berville, la mer, à l'instant du flux, monte par degrés insensibles; mais près de Quille- bœuf, le premier flot de la marée se précipite en immense cataracte, formant une vague roulante de grande vitesse qui refoule avec fracas les eaux du fleuve dans toute sa largeur, renversant tout sur son passage, rongeant les rives et les îles, enlevant tout obstacle qui s'oppose à sa marche, offrant en quelque sorte « l'exemple d'un ouragan au milieu du calme de la nature » (1). Ce phénomène s'observe dans toutes les rivières à marée, ainsi que le long de toutes les côtes, où le flot se propage dans une eau de moins en moins profonde, et sa cause ne paraît pas différer de celle qui déter- mine, pendant les tempêtes, la formation de ces vagues qu'on voit se déferler en voûtes en approchant du rivage, puis, roulant sur elles- (1) De tout temps la Barre paraît avoir exercé de nombreuses dévastations sur les rives de la Seine. L'île de Belcinac qui, jadis, contenait un monastère et plusieurs églises, a totalement disparu sous ses efforts ; elle a été ruinée et détruite vers 1028. Depuis cette époque jusqu'en 1356, plusieurs îles, auxquelles on donna le nom de celle qui avait cessé d'exister, se formèrent à diverses reprises dans le fleuve, pour disparaître et reparaître alternativement. Vers 1640, il s'en forma une nouvelle, mais pour peu de temps, car la Barre ne tarda pas à la balayer. Vers 1820, une autre île apparut peu à peu et s'étendit graduellement; la ville de Caudebec fit établir un pont en bois pour la relier à la terre ferme. En 1844, sa dis- parition était imminente. J'ignore si elle existe encore. (Sauvage : De la Barre ou Mascaret dans la Seine maritime, et Amand Le Mire, même litre, in Congrès scien- tifique de France, 52 e session, p. 608 et suiv. ) Les Barres se montrent sous un aspect plus redoutable qu'ailleurs dans le fleuve des Amazones, dont, sous le nom de porococa ou pororoca, elles ravagent les rives jus- qu'à plus de quatre cents kilomètres de son embouchure, et dans la baie de Fundy, située entre la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick, (Amérique du Nord), où le flot atteint quelquefois vingt mètres de hauteur. (F. Maury : Géographie physique de la mer, traduction par Terquem, p. 490, note. ) On peut ciler un assez grand nombre de localités où l'on observe ce phénomène. On le connaît, depuis longtemps, dans la Dordogne, sous le nom de mascaret; on le trouve également dans les cours d'eau du nord de l'Ecosse ; en Angleterre, dans la Severn et dans l'Humber; en Chine, dans le Tsien-Tang. Une description intéressante de la barre du Tsien-Tang figure dans un mémoire inséré, le 12 janvier 1853, par le docteur Macgowan, dans les Transactions of Chinese Branch of the Royal Asialic Society. ( 480 ) mêmes, se précipiter sur les plages et s'y étaler en nappe de plus en plus mince, à mesure qu'elles en remontent la pente (1). Les vagues en effet marchent et se propagent dans l'eau avec une rapi- dité proportionnée à sa profondeur; par conséquent « dans toutes les » localités où l'eau deviendra de moins en moins profonde, les premières » vagues retardées par le manque de profondeur, seront devancées par » les suivantes, qui marchent dans une eau plus profonde, et celles-ci » seront elles-mêmes rejointes par celles qui les suivent, de manière que » les vagues antérieures étant dépassées en vitesse par toutes celles qui y> les suivent, ces dernières retomheront en cascade par dessus les vagues » antérieures, et produiront cette immense cataracte dont j'ai décrit plus » haut la forme et les effets » (2). Lorsque l'Océan n'est couvert que de molles ondulations résultant de l'action de la brise sur sa surface, la vague est déjà venue mourir sur la plage, elle est même retournée à la mer, avant qu'une autre lui ait succédé ; mais lorsque l'Océan est bouleversé par la tempête, les vagues (1) Il y a déjà vingt ans environ, que M. Babinet a précisé cette cause, dans une note, qu'il a publiée dans la Revue des Deux-Mondes, (T. XVI, p. 611), sous le titre : Observations sur quelques mouvements de la Mer, à laquelle j'ai emprunté une partie des détails qui précèdent et, depuis, j'ai eu bien des fois l'occasion d'en vérifier l'exactitude, soit sur les côtes d'Afrique, soit sur celles de France. Les vagues que les tempêtes soulèvent dans l'Océan ne sont pas Irès-élevées; leur hauteur ne parait pas dépasser 6 à 8 mètres entre le creux et le sommet. Quant à leur longueur, on a observé, dans le sud de la Nouvelle-Hollande, des lames ayant environ 150 mètres. (Arago: OEuvres complètes, T. IX, p. 277). — M. Siau, pendant un voyage à l'île Bourbon, a constaté que l'action des vagues se faisait sentir jusqu'à la profondeur de 188 mètres; cette action est souvent énorme, mais elle n'est jamais continue. Les corps qu'elle entraîne au fond de la mer, sont soumis à des mouvements alternatifs d'aller et de retour, d'où résulte leur transformation en galets. Les vagues de translation, dont il a été question (§ 95), agissent d'une façon diffé- rente ; leur mouvement est presque aussi grand au fond qu'à la surface; il est continu et constamment dans le même sens. Leur déplacement est complet, comme le serait celui des courants marins, s'ils se prolongeaient jusqu'au fond de l'Océan; leur puis- sance mécanique, doit donc être énorme et suffire, lorsqu'elle correspond à un sou- lèvement un peu important dit sol, pour rendre compte d'effets même plus considé- rables que ceux qui font l'objet de ce mémoire ( D'Arcbiac : Histoire des progrès de la Géologie, T. I, p. 146.) (2) Babinet: Observations sur quelques mouvements de la mer, dans le T. XVI de la Revue des Deux-Mondes, p. 613. ( 484 ) paraissent se suivre el se presser sur le rivage d'autant plus rapides qu'elles sont plus hautes; une vague s'abat sur la précédente avant que celle-ci ait eu le temps d'accomplir son évolution complète; la mer semble s'être en quelque sorte momentanément élevée au-dessus de son niveau, et souvent alors, telles parties des côtes, ordinairement à l'abri de leurs envahissements, ne cessent d'être inondées par suite des attein- tes répétées des flots qui déferlent sur elles. 97. Il résulte nécessairement de ces considérations, et en admettant l'hypothèse d'un soudain envahissement du sud-ouest de la France par la mer, que la première vague de translation ayant abordé les côtes de la Gironde, a instantanément rempli le lit de ce fleuve, tel qu'il existait alors, et que, après s'être brisée contre la base des coteaux, elle s'est engagée, avec une vitesse formidable, dans les vallées plus étroites de la Garonne et de la Dordogne „ les élargissant , arrachant à leurs versants , partout où la nature et la disposition du terrain le permettait, des quan- tités considérables de débris ; puis, avançant toujours, continuant à gros- sir par l'accumulation des parties plus élevées de sa masse qui déferlaient sur elle, charriant et roulant les débris qu'elle avait arrachés au sol, elle a remonté les pentes, recouvert des sommets de plus en plus élevés et poursuivi sa course, avec une vitesse proportionnée à la cause qui l'avait produite, jusqu'à ce que sa force d'ascension fût anéantie par l'immensité du travail accompli. En ce moment, les eaux s'étendaient à perte de vue sur nos régions, qu'elles couvraient d'une nappe pour ainsi dire immobile, qui, presque aussitôt, entraînée par l'action de la pesanteur, rétrograda vers la mer el s'écoula, dans toutes les directions, suivant la pente générale du terrain, comme si le centre de la France eût élè le siège d'un immense réservoir d'eau, dont une cause quelconque eût brusquement abattu les rives. Mais en même temps que ce mouve- ment de retour se produisait, de nouvelles vagues, moins puissantes, s'abattaient sur le torrent que son poids ramenait vers l'Océan, ralentis- saient sa marche et produisaient , en le rencontrant, des effets analo- gues à ceux que les tempêtes déterminent à l'embouchure de quelques fleuves. 98. Les nombreux débris de végétaux trouvés dans le terrain quater- naire démontrent que , au moment de sa formation , une couche de terre végétale, plus ou moins épaisse , existait à la surface de nos régions et recouvrait, suivant les lieux, un sous-sol calcaire, marneux, argileux ou sableux. Lorsque la mer vint balayer cette terre, elle l'entraîna avec Tome XXVI. 39 ( £82 ) elle et, la délayant dans sa masse, en retint la plus grande partie en sus- pension, déposant le surplus dans les creux du terrain où le mouvement du flot ne pouvait se faire que faiblement sentir. A mesure qu'il s'éleva vers les montagnes du Centre, le torrent conti- nua son œuvre de ruine : corrodant toutes les roches , par l'effet de l'immense impulsion dont il était animé, il désagrégea et détruisit de grandes étendues des terrains qui, comme la molasse du Fronsadais, n'offraient qu'une faible résistance à son action et il en retint les menus débris suspendus dans ses flots; il entraîna dans sa course impétueuse les blocs détachés des roches plus résistantes, les roula au fond de son lit, les tritura les uns contre les autres, transformant les plus durs en galets de plus en plus petits et réduisant les calcaires et autres roches de nature analogue en poussière impalpable, qui se perdit au milieu des sables quartzeux et des argiles déjà suspendus dans la masse liquide en énorme quantité. Puis le mouvement de la vague envahissante se ralentit peu à peu; sa vitesse d'entraînement fut moindre ; les matières terreuses en suspension se précipitèrent, les plus lourdes d'abord, les plus légères ensuite, et cou- vrirent le sol d'une nappe d'autant plus épaisse qu'elles se trouvèrent à une distance plus grande de la mer. La masse du dépôt, en chaque point, devait être d'ailleurs formée par des débris enlevés aux terrains .situés en aval de ce point, par conséquent principalement argileuse (1) dans le bordelais, argilo-sableuse ou sableuse aux lieux où dominaient les molasses tertiaires. { >0. Lorsqu'on observe une vague qui vient mourir en s'étalant sur la plage, on la voit éprouver un instant d'arrêt et déposer les matières légè- res qu'elle tient en suspension. Obéissant ensuite à l'inclinaison du rivage, elle retourne à la mer d'un mouvement d'abord accéléré ; puis, à mesure que son épaisseur diminue, sa vitesse se ralentit ; peu à peu quelques saillies sablonneuses se découvrent et bientôt l'eau, éparpillée en capricieux méandres dans les nombreux sillons qu'elle a creusés sur la plage, achève de s'écouler dans les flots d'où elle est sortie. C'est l'image fidèle, quoique très-restreinle, de ce qu'a dû être le ?1) Les couches marneuses sont asses fréquentes dans les calcaires à Astéries , tandis que le sable y est rare. — Les dépôts argileux de remplissage des cavités exis- tant dans les calcaires de la Gironde font quelquefois effervescence avec les acides ; ou y trouve aussi des fragments calcaires (§ 30). ( -483 ) mouvement des eaux de l'Océan rentrant dans leur lit, après avoir envahi le continent (§ 97). Ce qui se passe dans les rivières à marée, entre les étales de pleine et de basse mer, va me permettre de la compléter. Lorsque le flux s'arrête, l'eau cesse de monter et reste dans un état de repos pendant plus ou moins de temps; puis les couches inférieures se déplacent; le jusant commence; son mouvement s'étend peu à peu de bas en haut et s'accélère, jusqu'à ce que la vitesse soit la même dans toute la masse. Alors le courant se ralentit, en commençant par les couches inférieures, et l'écoulement continue, graduellement décroissant jusqu'à l'étalé de basse-mer. La nature et la quantité des matières ter- reuses entraînées par le iusant varient avec la vitesse de l'eau, avec la structure e! la composition des dépôts qui constituent les berges; plus abondants au fond qu'à la surface, les troubles formés par ces matières augmentent quand la vitesse augmente , et se précipitent quand elle diminue (1). 100. Il est évident d'après cela, que les eaux de l'Océan, après s'être arrêtées dans leur mouvement ascendant, ont coulé d'abord très-lente- ment le long des pentes , entraînant avec elles, en les triant dans l'ordre naturel de la grosseur et de la densité de leurs éléments, les troubles que l'écoulement y provoquait. Les limons argileux et calcaires en sus- pension dans l'eau furent , à cause de leur grande légèreté, en majeure partie emportés à la mer. Des sables fins plus ou moins micacés et argi- leux, provenant du remaniement des molasses tertiaires, les suivirent, d'autant plus abondants (2) que le courant qui les entraînait était plus rapide. Mais arrivés sur le versant septentrional du golfe , dont on voit encore aujourd'hui se dessiner les contours en aval et au sud de Bor- deaux, ils se dispersèrent dans des masses d'eau de plus en plus pro- (1) Ces résultats, qu'on pouvait prévoir théoriquement, ont été vérifiés expérimen- talement par M. l'Ingénieur en chef Joly au moyen de plus de sept cents observations, qu'il a fait exécuter entre Bordeaux et le Bec-d'Ambès, dans la Basse-Garoiuse. — Voir, à ce sujet, la note de cet Ingénieur sur le mouvement des eaux dans le lit de la Garonne maritime, publiée dans le compte-rendu de la session, tenue à Bordeaux, en juin 1866, par l'Association scientifique de France , § XIV, p. 45. (2) On a -vu (§ 98) que le jusant se fait sentir d'abord dans les couches inféri jures; par conséquent le mouvement de retour, dont il s'agit ici , a été , durant sa première phase, d'autant plus rapide que les eaux se trouvaient à un niveau plus bas, d'autant moins rapide que les couches considérées étaient à un niveau plus élevé. ( AU ) fondes, ralenties par l'augmentation de section de leur courant et par les chocs répétés des vagues qui s'abattaient sur elles (1); les troubles qui s'étaient formés quand la vitesse de Veau était croissante., se précipitè- rent alors partiellement (§ 98), et constituèrent des dépôts", dont j'ai indiqué des restes entre Latresne et Lormont, aux environs de Salles et dans le Blayais ; le surplus allant se perdre dans ia mer. 101. Peu à peu la vitesse de la nappe mobile s'accéléra : partout où les eaux recouvraient les hauteurs, leur mouvement s'effectua suivant la pente générale du versant méridional des montagnes du centre de la France; mais, au fond, la masse liquide, maintenue dans les vallées par les flancs des coteaux qui les encaissaient, suivit les sinuosités de ces vastes dépressions, ramenant avec elle les matériaux que le flot ascen- dant avait entraînés vers l'amont, et en arrachant de nouveaux aux roches dont la nature se prêtait â une érosion énergique. Bientôt le courant devint un torrent d'une incommensurable énergie, et passant de vallées en vallées, de sommets en sommets, avec une extrême vitesse, il balaya son fond delà plupart des dépôts qui s'y étaient accumulés auparavant, en dispersa les débris, les charria au loin dans les profondeurs de l'Océan, n'épargnant que les seuls dépôts, qui rem- plissaient des cavités sans issue ou que leur situation mettait à l'abri de l'action érosive du courant. Les eaux d'aval, devenues torrentielles, enlevèrent donc au sol de la Gironde la presque totalité des sédiments fins qui s'y élaient d'abord déposés, pendant que les eaux d'amoni, entraînées comme elles au bas des pentes, s'approchaient des rives de la Garonne, roulant, dans leurs tourbillons, des matériaux de plus en plus abondants, grossiers ou fins, quartzeux ou argileux, provenant indistinctement de toutes les régions parcourues par le torrent (2). A partir de ce moment, deux phases sont à considérer dans la marche du phénomène : une première, où les eaux diluviennes ont tout recou- vert , vallées et hauteurs; une seconde, où les eaux ont abandonné les sommités, pour se concentrer dans les vallées. Toutefois ces phases ont été longtemps corrélatives, car les eaux avaient déjà quitté les flancs (1) Dans l'Entre-deux-Mers, ainsi qu'on le verra plus loin, une troisième cause s'ajoutait à celles-ci : la rencontre des courants s'écoulant par les vallées de la Garonne, de la Dordogne et de l'Isle. (2) Voir le chapitre précèdent pour la nature complexe de ces matériaux. ( 485 ) abruptes des monls de l'Auvergne et du Limousin et n'en remplissaient plus que les vallées, qu'elles formaient encore une nappe épaisse au- dessus des coteaux de l'Entre-deux-Mers, situés plus bas (1). 102. Dans la partie supérieure du bassin de la Dordogne, dont la sur- face, à pentes rapides, est profondément ravinée dans toutes les directions, les blocs arrachés aux flancs des montagnes de l'Auvergne et du Limou- sin furent, pour la plupart, entraînés dans les nombreuses échancrures qui sillonnent ces contrées, tandis que, flottant en quelque sorte dans le torrent et dispersés dans la masse de ses eaux, les argiles, les sables et les menus graviers provenant de la trituration des roches, furent tour-à- tour emportés et précipités, suivant la nature et la vitesse du courant. Mais plus bas, dans le Périgord et sur les rives de la Garonne, où le relief du sol présente une série de collines allongées, dont l'ensemble constitue de larges plateaux faiblement inclinés vers la mer, le courant a graduellement perdu de sa vitesse, à mesure que son niveau a baissé, et ses eaux, semblables à celles de ces rivières limoneuses qui, dans leurs débordements, couvrent les campagnes , tantôt d'une fertile allu- vion, tantôt d'amas stériles de sables ou de graviers, ont abandonné, sur les coteaux et sur leurs pentes, les matières qu'elles avaient entraînées jus- qu'alors et qu'elles devenaient impuissantes à charrier plus loin. Quant aux blocs arrachés au sol même des coteaux, trop lourds pour flotter comme les sables et les argiles, ou pour rouler avec vitesse comme les menus graviers, les uns, et c'étaient probablement les plus nombreux, furent peu à peu entraînés , par leur poids uni à l'impulsion des eaux, sur les déclivités et de là dans les vallées ; les autres, soit en raison de leur gros- seur, soit qu'ils n'aient été enlevés à leur gîte qu'au moment où les eaux commençaient déjà à précipiter, furent enveloppés dans les dépôts en formation et mis ainsi à l'abri de tout déplacement postérieur. Il en résulte que les dépôts quaternaires, qui se sont étendus sur les coleaux, doivent renfermer la plupart des éléments entrant dans la com- position des terrains géologiques plus anciens qui existaient en amont de leur gisement; que leur couche supérieure, déposée quand le courant se retirait des hauteurs, c'est-à-dire quand ses eaux n'avaient plus qu'une faible vitesse , doit être composée d'éléments moins grossiers que ceux ( 1 ) Lorsqu'une nappe d'eau s'écoule sur une pente, elle prend assez promptement la forme d'un coin , dont l'arête est en amont et la large base au bas de la pente. Le sommet de la nappe descend à mesure que la nappe s'amincit. ( 486 ) des couches qu'elle recouvre , el que les couches inférieures peuvent renfermer parfois des blocs, même calcaires, dont toutefois le lieu d'origine, vu le peu de résistance de ces sortes de roches à la trituration torrentielle , ne pourra jamais être que peu éloigné du lieu de leur gisement actuel. 103. Appliquons cette conclusion à quelques exemples. Le bassin de la Dordogne, en amont de Lanquais, dans le Périgord, est creusé dans des terrains primitifs el cristallins métamorphiques, dans des calcaires jurassiques, dans la craie à silex et dans des molasses ter- tiaires entremêlées de calcaires lacustres. Les dépôts quaternaires qui couvrent les hauteurs des environs de Lanquais , étant à proximité de la plupart de ces terrains, devront donc, d'après ce qui précède , être for- més par un mélange encore confus des matériaux suivants : 1° Des grains de quartz, les uns anguleux, les autres plus ou moins roulés ; des paillettes de mica ; de l'argile provenant de la trituration des roches primitives et métamorphiques qui forment la lisière septentrio- nale du bassin de la Dordogne (§ 89), ainsi que du remaniement de la molasse éocène (§§ 58 et 87); 2° Des fragments de quartz et de silex, les uns à l'état de galets, les autres plus petits et quelquefois anguleux (1) ; *]° Des galets de roches primitives ou autres roches dures feldspalhi- ques des diverses contrées traversées par le bassin de la Dordogne (§§88 et 89); 4° Des blocs de craie arrachés au sol des contrées avoisinanles et enfouis dans la masse des dépôts, avant qu'ils aient pu atteindre la vallée ou l'un des affluents de la Dordogne, et s'y fondre par l'action des- tructive des eaux (§ 101) ; 5° Enfin du fer oxydulé, de la tourmaline et d'autres minéraux durs, que l'on rencontre dans les granités, les gneiss, les schistes micacés, etc., des mêmes contrées (§§ 88 el 89). Or, telle est précisément la composition des dépôts quaternaires de Lanquais ou de son voisinage , telle qu'elle résulte de l'examen que j'ai fait des échantillons recueillis par M. Ch. Des Moulins , h l'appui de son Elude sur le bassin hydrographique du Conzeau, et des descriptions ( t ) A proximité de leur lieu d'origine, les petits fragments de silex et de quartz ont -o(^-<«- Cliargé des fonctions de directeur de Y Aquarium d'eau douce de l'Exposition universelle, j'ai dû rédiger et remettre à la Commission Impériale une monographie complète de cet Aquarium. De retour à Bor- deaux , j'ai eu le plaisir d'exciter l'intérêt de mes collègues linnéens en leur donnant lecture de ce travail ; mais la nature de nos études ne per- mettant l'admission dans nos Actes que des documents qui peuvent pro- fiter d'une manière directe à l'avancement des sciences naturelles, j'ai dû retrancher de mon travail primitif tout ce qui tient à la construction, à l'ornementation, à la partie artistique et pittoresque enfin de la section confiée à mes soins dans cette immense exhibition de la science, de l'art et de l'industrie. ; Je me borne à dire que Y Aquarium d'eau douce se composait, en place, d'une longue caverne sinueuse construite en rochers artistement groupés , terminée en hémicycle et bordée sur ses deux flancs de onze bacs inégaux et éclairés par le haut. Le toit de cette longue colline artificielle était formé d'une terrasse bordée d'une rivière et dont le centre était occupé par un lagon élargi à ses deux extrémités; le déversoir de ces eaux divisé en cascades élégan- tes décorait la pittoresque façade de l'Aquarium. Celte combinaison savamment conçue et habilement exécutée, a favo- risé le renouvellement continuel de l'eau nécessaire, et a obtenu avec justice l'assentiment général. C'est sur les éléments ainsi disposés que j'ai été appelé à opérer en introduisant , peut-on dire, la vie dans l'Aquarium. Tome XXVI. (3 e Série : T. VI. — 6 e Livraison.) 43 ( 534 ) L'eau de la Seine avait d'abord été employée, mais elle était trop bourbeuse, et nous dûmes la remplacer par celle de la Dhuys, beaucoup plus belle, mais qui s'est montrée moins favorable à la conservation des poissons. La grande cascade se déversait dans un lac alimenté par l'eau de la Seine et garni de plantes aquatiques très-variées. Elles se multiplièrent tellement dans le lac et la rivière qu'elles en remplirent tout le fond. Des poissons mis, pour la plupart, à l'état d'alevin se développèrent admirablement dans ce milieu convenable, où la nourriture était abon- dante et substantielle , et qui se composait , indépendamment des plantes , d'insectes, de mollusques et d'entomostracés qui pullulaient à l'envi dans ces eaux suffisamment renouvelées et réchauffées par un soleil à pic. Des cyprins, carpes, tanches, perches, goujons, vairons, tritons, grenouilles, etc., y atteignirent en peu de mois (5 au plus) presque le summum de leur développement. Mais la partie la plus remarquable au point de vue de la reproduc- tion , c'était, sans contredit, la rivière supérieure qui contournait le dessus des bacs de l'Aquarium. A l'aide de cascades ménagées par l'habile constructeur Bétencourt, l'eau savamment aérée, se déversait dans un marais envahi par les plantes les plus diverses qui, arrivées en avril et mai par petits frag- ments à peine visibles , acquirent les plus belles proportions el firent d'une roche aride le cours d'eau le plus pittoresque et le plus sauvage. La reproduction des poissons et des mollusques y fut très-remarqua- ble : cyprins, carpes, goujons, vairons, épinoches , etc., etc., s'y multiplièrent à l'infini, et il était très-curieux de voir le matin, avant la marche des cascades, les groupes d'alevins se jouer sur le sable, contre les parois, se réchauffer aux premiers rayons du soleil , et pour- suivre la proie mobile des cypris et des larves de moucheron. La partie centrale qui se prolongeait en hémicycle au-dessus des cyprins , des axolotls , des truites et des brèmes , contenait seulement les individus malades. C'est là que nous mettions les poissons que les eaux trop crues de la Dhuys affectaient de byssus. Des carpes, des brèmes el des silures se trouvèrent parfaitement de ce ré°ime, et nous p mes les sauver d'une mort immédiate après quel- ques jours de stabulation à l'air libre. Ceci m'a donné l'idée de donner aux bacs une lumière plus intense et une aération plus grande, à l'aide desquelles la plupart des poissons ( 535 ) délicats se trouveraient mieux et conserveraient toutes leurs facultés vitales. Le 8 mai, après quelques essais de stabulalion de poissons communs , qui furent contrariés par les sédiments calcaires provenant de la cons- truction , nos onze bacs se trouvèrent enfin habités par une population nombreuse. Il fallut dès-lors songer à protéger nos poissons délicats et éviter, autant que possible, les cas de mortalité parmi ceux qui s'accommodent difficilement d'espaces restreints et d'eaux prisonnières. Pour arriver à notre but, nous commençâmes par placer sur le sol une couche de gravier et de sable qui permît aux espèces de poissons , mol- lusques et reptiles de se reposer sans ressentir les atteintes du ciment. Des plantes très-diverses furent disposées dans ce gravier et sur les roches en amphithéâtre qui formaient le fond panoramique de chaque bac; l'effet en fut ravissant, il dépassa nos espérances ! 1 er BAC. Dans le premier bac, composé de trois compartiments réunis, grouillait un essaim de carpes du Rhin, de la Meuse „ de la Loire et de la Seine, ainsi que des tanches et deux singuliers poissons; l'un à écailles d'un jaune doré, était une carpe , la première introduite, et l'autre un métis de carpe et de tanche, tous les deux appartenant à M. Carbonnier. Ce métis, ou jugé tel, participait en effet des deux espèces citées, mais l'anatomie seule aurait pu trancher cette question (1). 2 e BAC Le deuxième bac contenait une grande quantité d'écrevisses de la Meuse, aux pinces énormes, au corps brun ou bleu, envoyées par la pisciculture de Huningue; d'autres de la Hollande et des environs de Paris, dites à pattes rouges et à pattes grises , exposées par M. Carbon- nier, et enfin quelques individus d'une variété du lac de Genève, entière- ment rouges, comme si ces crustacés eussent déjà subi une forte ébulli- tion. Toutes ces écrevisses muèrent et leur carapace nouvelle resta par- faitement conforme à celle qui l'avait précédée, comme faciès et cou- leur, ce qui semblait extraordinaire à plusieurs naturalistes. (1) Lors de la fermeture de l'Aquarium , ce poisson fut écrasé entre deux vannes. ( 530 ) La nourriture donnée sans parcimonie, s'est constamment composée de poisson mort, de mollusques, d'entrailles de volailles, etc., etc. La mortalité ne fut pas considérable; elle ne sévit que pendant l'épo- que de la mue. Déjeunes chevaines furent introduites par M. Carbonnier, et animè- rent un peu les parties supérieures de l'eau trop isolées et sans habitants. M. René Caillaud nous apporta quelques mugilides des rivières de la Vendée, mais ils ne purent supporter la stabulation. 3" BAC. Le bac suivant , composé de deux compartiments reliés , contenait des brochets, des perches et du fretin de la Seine; ablettes, chevaines, nases , etc. Ici la stabulation fut fort difficile : les brochets introduits étaient très-grands et prêts à pondre; aussi le fond fut-il rapidement envahi par les œufs et leurs enveloppes visqueuses, à ce point que nous dûmes vider le bac dans la rivière inférieure. Les perches se maintinrent peu également et leur frai se développa dans un bief de la rivière , tandis que les parents mouraient en captivité dans leur bac. Au 30 octobre, l'état de ces deux espèces était aussi satisfaisant que possible et la mortalité insignifiante. 4 e BAC. Le quatrième avait, de même, deux compartiments qui communi- quaient entre eux ; il était habité par le Cyprinopsis auratus type et ses nombreuses variétés de couleur. Ces poissons pullulèrent à l'infini; seu- lement les gros individus, détruisirent une partie des œufs, et nous dûmes séparer les jeunes et les déposer dans la rivière supérieure où ils se développèrent sans entraves; car, pour une trentaine d'adultes, nous avons vu au 30 octobre plus de mille alevins, que put repêcher leur propriétaire, M. Carbonnier. 5 e BAC. Nous arrivons à un bac très-intéressant , celui qui contenait deux glaces parallèles qui le divisaient de façon à permettre deux comparti- ments isolés l'un de l'autre et avec deux niveaux différents. Dans le fond s'apercevaient des alevins de la Seine et des grenouilles qu'un grillage à mailles assez serrées isolait de l'extérieur; le niveau, bien qu'élevé laissait néanmoins émerger quelques roches sur lesquelles ( 537 ) venaient se reposer ces batraciens qui affectionnent beaucoup les rayons solaires. L'autre compartiment à niveau très-bas était alimenté par deux petites cascades latérales tombant sur deux roches en gradins , où des grenouilles et des tritons venaient respirer l'air extérieur. Parmi les graviers et les plantes du bas vivaient des axolotls qui s'y accouplèrent et dont les pontes ont été l'objet de soins assidus (1). Dans les premiers jours, l'introduction des grenouilles avec les axolotls nous causa des surprises fâcheuses. En effet, les premières arrivées à l'époque du rût s'en prirent aux seconds et en étouffèrent plusieurs dans leurs étreintes caressantes ; nous dûmes les séparer jusqu'à ce que les accouplements fussent terminés. Depuis ce moment tous nos individus se portèrent parfaitement. La nourriture donnée aux batraciens et aux reptiles se composait de viande hachée, de larves de cousin, d'insectes et de cypris. 6 e BAC. Après les axolotls on voyait un bac double contenant la famille des salmonidés. Huningue avait bien fait les choses , et les nombreux captifs qui furent envoyés supportèrent très-bien leur séquestration. Leur stabu- lation fut complète et leur abdomen très-arrondi témoignait d'un appétit des mieux développés. Leur nourriture se composait de petit poisson vivant , de viande et de poissons coupés et de mollusques bivalves de la famille des nayades. Ces aliments présentés à la surface, à la main des gardiens, étaient rapide- ment enlevés par les plus hardis et happés en tombant dans l'eau par les plus timides. Quant à la mortalité elle ne fut pas régulière ; elle n'eut lieu qu'à certai- nes époques où le poisson vivant nous manquait, ou à leur arrivée : les fatigues du voyage ayant quelquefois réagi sur eux en les affaiblissant beau- coup, ou bien encore lorsque dans leurs bonds désordonnés, ils se préci- pitaient hors des bacs et retombaient sur le sol du chemin de service. 7' Bac Nous arrivons au bac des poissons de rivière , dits poissons blancs. Ici nous le constatons à regret, nous n'obtinmes pas les résultats que (1) Nous devions ces axolotls à la libéralité du savant professeur d'Erpétologie du Muséum, M. Duméril. ( 538 ) nous espérions. Chevaines, nases, brèmes et ablettes furent, !ous sans exception , envahis par les byssus et ne résistèrent que fort peu de temps à la séquestration. Il était pénible de voir ces pauvres animaux recouverts de cette hor- rible végétation , lutter quelques jours sous son étreinte dégoûtante et puis mourir infestés de mucosités. Aussi , s'il nous avait été permis d'espérer la'continualion de nos ex- périences, aurions-nous demandé des améliorations au système de sta- bulation adopté. Nous aurions voulu des bacs à ciel presque complètement ouvert et où l'air et la lumière seraient arrivés directement. En effet, pour les poissons qui recherchent les grands cours d'eau, il faut approprier les fonds et les surfaces de manière à augmenter les degrés de chaleur et d'aération, d'autant que sur les surfaces en con- tact direct avec l'atmosphère vivent des myriades d'insectes dont les larves se développent dans le liquide réchauffé par les rayons solaires ; les plantes s'y multiplient également d'une façon remarquable et, ces nourritures animale et végétale sont absolument nécessaires au groupe des poissons dont nous parlons. Nous avons obtenu, à ce sujet, des résultats concluants en portant des poissons malades des bacs intérieurs dans les biefs de ia rivière supérieure, qui étaient en contact direct avec l'atmosphère, et ces mêmes malades ne purent être réintégrés qu'après une pêche laborieuse, tellement ils s'étaient refaits et avaient triomphé de la maladie. Nous fûmes obligés d'agir ainsi pour un silure que les anguilles atta- quaient ; il ne pouvait s'en débarrasser tant son état de souffrance et de prostration était grand. Lorsqu'il parut guéri nous le poursuivîmes pen- dant cinq jours avant de le prendre, à cause de l'extrême vigueur de ses mouvements ; mais réintégré enfin dans son bac, il ne tarda pas à succomber ! 8 e Bac. En suivant toujours le pourtour de l'Aquarium nous nous trouvions en face du bac contenant les Chéloniens et les poissons réputés très- délicats. Les premiers se composaient de sept espèces appartenant aux quatre genres Cisludo, Eirnjs, Emy saura et Cisternum. Nous avons eu le Cisludo europea , tortue des eaux douces de nos landes de Gascogne et que nous devions à la libéralité de notre collègue ( 539 ) linnéen, M. Hector Serres, pharmacien à Dax. Puis les Emys, guttata, picta, rubrivenlris, Troosli, Emysaura serpentina et Cistermim pen- sylvanicum. La nourriture de ces Chéloniens se composait de viande, lombrics, mollusques et poissons. Le bac trop profond et peu ensoleillé ne leur convenait pas parfaite- ment, et les roches émergentes n'étaient pas assez nombreuses pour leur permettre un suffisant renouvellement d'air. Nous devons une mention toute spéciale aux flets et aux rotengles que nous avons eu le bonheur d'acclimater à l'aide d'insectes, de lombrics et de petits entomostracés. Nulle part, croyons-nous on ne pourra voir des poissons dans un tel état de prospérité et surtout de beauté ! Rien n'intéressait plus les visiteurs que la chasse des flets qui, après avoir avalé un ou deux cypris soulevaient vivement le sable sous lequel ils disparaissaient, ne laissant saillir que leurs gros yeux de couleur lapis, et deux fosses nasales toujours en mouvement, aspirant la proie sur laquelle ils s'élançaient avec vélocité. Le rotengle plus modéré dans ses allures, disputait néanmoins aux car- pettes, aux goujons et aux gardons la proie mouvante de cypris agglomé- rée en masses compactes au milieu du liquide ou des plantes immergées. 9 e Bac. Nous voici arrivés au bac des Murénides, composé de trois compar- timents réunis. Les visiteurs de notre Aquarium ont pu se rendre un compte exact de l'appareil buccal de la lamproie marine, car cet animal appliquait constamment ses lèvres contre les glaces et montrait sa bou- che circulaire armée de plusieurs rangées de tubercules cornés et de dents finement dentelées. Tout le monde a pu les voir aussi bien que les Souverains qui leur préféraient de beaucoup les soirées des mauvais petits théâtres. A l'époque de leur retour à la mer, ces poissons essentiellement mi- grateurs, privés de leur élément moururent et nous ne pûmes plus les remplacer. C'est là également que se prélassait la lote, ce délicieux poisson de la famille des Gadidés dont le foie est un mets très-estimé dans nos dépar- tements de l'Est ; puis les superbes anguilles de la Meuse, du Rhin et de la Loire. ( 540 ) La voracité de ces poissons nous obligea de changer de bac les magni- fiques silures envoyés par l'établissement de Huningue, car ils s'intro- duisaient dans leurs branchies et leur faisaient de cruelles morsures. C'est à eux qu'il faut attribuer la mort de l'énorme individu de ce dernier genre, qui mesurait 1 mètre 66 centimètres de long et que les visiteurs avaient nommé la baleine d'eau douce ! Ces poissons, habitants des fonds tourbeux, ne pouvaient s'accoutumer aux eaux limpides et siliceuses qui alimentaient notre Aquarium ; aussi leur vie fut-elle très-abrégée et leur stabulation impossible. Il aurait donc fallu des bacs et des eaux spéciales pour ces animaux auxquels on aurait pu joindre les tanches. 10 e Bac. Vers les deux entrées et les séparant, on remarquait un bac composé de deux glaces prenant jour à l'intérieur et à l'extérieur, laissant jouir delà perspective du jardin réservé sur l'ÉcoIe-Militaire, et dont la transparence permettait à la lumière de vivifier les plantes qui se déve- loppaient dans son centre. C'était le bac affecté aux mollusque, aux insectes et aux petits poissons. Il communiquait avec un petit bac, à droite, dont le trop plein habile- ment conduit venait alimenter une miniature de marais au-devant du bac central, où se jouaient des épinoches, des têtards de grenouilles, des insectes et des mollusques : l'effet était ravissant (1). Dans l'intérieur du bac, au milieu de plantes diverses : Fonlinalis, Valisneria, Naïas, Stralioles, Callytriche, Potamogeton etc., etc., circu- laient des insectes nombreux : dytiques, hydrophiles, gyrins, notonectes etc., e'c, et des tritons. Des roches siliceuses et calcaires étaient recouvertes de grappes de Dreissena polymorpha. Cette mytilacée découverte dans le Volga par le naturaliste voyageur Pallas en 1754, et qui de proche en proche a fini par envahir toutes nos rivières et nos canaux. Les limnées, planorbes, valvées , paludines et ampullaires se prome- naient lentement contre les glaces et les nettoyaient avec leurs mâchoi- res des conferves qui les souillaient, (1) La plupart des grands mollusques, Anodonles, Unio, Dreissena, nous avaient été envoyés de Huninguc et d'Orléans, par les Ponts et chaussées, et de Versailles, de Meudon et de Dunkerque par MM. Letourncur, Lacaze-Dutliiers et Broquanl ( 541 ) Les mulettes et les anodontes traçaient leurs sillons dans l'épaisse couche de sable qu'elles parcouraient, et enfin des goujons, loches, vai- rons , épinoches , jeunes carpes et cyprins se disputaient la proie vivante ou morte, animale ou végétale qui leur était abondamment distribuée. L'aspect de ce bac, je le répète, était charmant, et je puis dire que c'est celui sur l'élablissement duquel j'avais le plus fortement insisté, car c'était la vie intérieure complètement dévoilée. Là plus de secrets à pouvoir celer : le vairon s'y revêtait de ses couleurs pourpre , blanche et noire, signes certains d'une fraie prochaine. La loche guettait sur le galet la proie convoitée. Le goujon fouillait la vase et revenait avec une larve à la bouche. Le jeune cyprin avalait une miette de pain; la car- pette disputait un lombric à un compétiteur vorace, et, enfin, l'épino- che parée de ses couleurs nuptiales bâtissait , dans les touffes de Fonli- nalis ou dans le sable du fond , le nid qu'elle sait défendre si courageuse-, ment. 11 e BAC. Le dernier bac était la reproduction en partie du précédent, sauf la présence trop souvent cachée, hélas! d'un Proteus anguinus rapporté des grottes de la Carniole , par M. Albert Dubois. Cet animal lucifuge a les organes de ha vue complètement atrophiés. Destiné à vivre dans les lacs intérieurs des cavernes où la lumière ne pénètre jamais, la nature n'a pas jugé nécessaire de le doter d'yeux parfaits. Sa structure grêle, ses pattes allongées, paresseuses lui donnent un aspect disgracieux qui justifie le soin qu'il prenait de se dérober aux regards des visiteurs. Un autre animal, poisson vivant dans l'est de la France , habitait avec le Proteus. Sa forme le rapproche de l'anguille , ses flancs sont rayés de jaune sur un fond brun ou bronzé, et ses barbillons Irès-pro- noncés le rapprochent aussi du goujon. C'est la loche d' 'étang, Cobitis fossilis , Irès-commune dans les eaux rhénanes, où elle sert d'appât pour la pêche des anguilles. CONCLUSION Nous l'avons déjà dit plusieurs fois, mais nous ne cesserons jamais de le répéter : l'Aquarium bien compris est le plus utile agent d'expéri- mentation que l'on puisse désirer. Il est pour les grandes espèces ce que le microscope est pour les infiniments petites, et nos établissements ( 542 ) scientifiques privés de ce moyen de comparaison nous paraissent man- quer aux règles les plus élémentaires du progrès nécessaire aux études physiologiques et pratiques. Je crois en offrir une preuve qui me semble concluante. Un essai tenté dans la serre aquatique du Victoria regia a complètement réussi. L'eau chauffée à 30° cent, a permis à des Cyprinopsis auralus et au Physa acuta de se reproduire et grandir dans l'espace de trois mois. Il serait très-utile d'expérimenter quel degré de chaleur pourraient supporter certaines espèces; on obtiendrait, nous n'en doutons pas, des résultats inespérés qui plaideraient d'eux-mêmes la cause que nous défendons avec la plus ferme conviction et pour laquelle nous ne cesserons jamais d'élever la voix. CATALOGUE DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX QUI ONT VÉCU a l'aquarium d'eau DOUCE (*). POISSONS 1. Perça fluviatilis L . Perche de rivière. 2. Cottus gobio L Chabot de rivière. 3. Gasterosteus aculeatus L Epinoche aiguillonnée. i. — Leirus, Cur. Val — à queue lisse. 5. — pungitius L — piquante, 6. Mugil capico L. (Bl.) Muge capiton. 7. — cephalus L — céphale. 8. Pleuronectes flesus L. Pleuronecte flet, vulg 1 Limande Plalusse. 9. Lota vulgaris (Gadus) L Lole commune. 4 0. Cobités barbatula L Loche franche. 41. — tœnia L — de rivière. 42. — fossilis L — d'étang. 13. Gobio fluviatilis (cyp.) L Goujon de rivière. 4 4. Barbus fluviatilis (cyp.) L. Barbeau commun. 4 5. Tinca vulgaris (Cyp. tinca) L Tanche commune. 46. Cyprinus carpio L Carpe commune. 47 # — -yar. à miroir. 4 8. — var. dorée. 065. Les individus envoyés de Huningue étaient remarquables pour la taille et la beauté des écailles; ils provenaient de la Meuse et du Rbin. (1) Toutes les espèces dont l'origine n'est pas indiquée appartiennent à la Franco ( 543 ) La variété dorée fut la première introduite dans l'Aquarium, elle supporta tous les effets du ciment et les fluctuations des eaux. 19. Cyprinopsis auratus (cyprinus) L Cyprinopsis doré. Obs. Très-belle collection avec toutes les variétés de couleur et de taille. Pontes nombreuses dans la rivière supérieure, développement rapide. 20. Abramis Brama Bloch Brème commune. 21. — Gehini, Blanch. . — de Géhin. 22. Alburnus lucidus (Cypr.) L Ablette commune. 23. Scardinius Eryihophtalmus (cypr.) L. . . . Rolengle commun. 24. Leuciscus rutilus Ch. Bonap Gardon commun, v. pallens. 25. Squalius cephalus (cypr.) L Chevaine commune. vulg. le Meunier, le Jouenne , le Cabas, etc. 26. Phoxinus leevis (cypr.) L Vairon commun. 27. Cliondrostoma Nasus (cypr.) L Chondrostome Nase. 28. Thymallus vexillifer Agassiz. . . , Ombre commune. 29. Salmo salar. L. . . . Saumon commun. Obs. Arrivé quatre fois mais n'ayant pu survivre aux blessures que les ligatures des branchies lui avaient faites pendant le voyage. 30. Trutta fario (Salmo). L Truite des lacs. Obs. Parfaitement acclimatées venant au-dessus de l'eau prendre à la main la nourriture qui leur était présentée. 31. Esox lucius L Brochet commun. 32. Anguilla vulgaris (Murena anguilla). L. . . . Anguille commune. Obs. Nous avons eu également de M. Carbon nier, des milliers de jeunes anguilles dites montées, elles ont animé le bac central aux mois d'avril et mai, elles y formaient des groupes nombreux en spirales. Elles s'échappèrent presque toutes par la soupape que nous ouvrîmes exprès dès que nous nous aperçûmes qu'elles souffraient. La rivière inférieure en contenait beaucoup; elles étaient déjà d'une fort jolie taille lors de notre départ. 33. Petromyzon marinus L Lamproie marine. Obs. Les individus envoyés d'Orléans ont vécu jusqu'à l'époque coïncidant à leur retour à la mer. 34. Silurus glanis L Silureglanis, lacs de Bavière. Obs. De magnifiques individus ont vécu un mois et plus, dans les eaux trop crues de la Dhuys, mais ils se seraient parfaitement acclimatés dans la bourbe de la Seine, du lac et des rivières supérieure et inférieure. REPTILES 1. Proteus anguinus L. . ■ Protée anguille. Grottes de Carniole. 2. Triton cristatus Laurentie Triton crêlé. ( bU ) Triton punctatus (Salamandre) Latr. . Triton ponctué. — pahmtus (Sal.) Schn — palmipède. Siredon lichenoides Humb Axolotl du Mexique. BATRACIENS Rana esrulenta L Grenouille verte. Hyla subfusca Roësel Rainette commune. CHÉLQNIENS Cistudo europea L Tortue d'Europe. Emis picta (Tesludo) Sclineid Emide peinte. Mexique. — Guttata, Holb — ponctuée. Mexique. — Troosli Holb — de Troosl. Nouvelle-Orléans. — robriventris Leconte — ventre rouge. Mexique. Cisternum pensylvanicum Wagler. . Cislerne de pensylvanie. États-Unis. Emysaura serpentina Dum Emysaure serpentine. New-York, CRUSTACÉS Astacus fluviatilis L. Ecrevisse des fleuves. Var. major, la Meuse. grisea, l'Oise. brunnea, la Hollande. Cinerea, la Meuse. rubra, lac de Genève. ENTQMOSTRACÉS Cyclops viridis L Cyclope vert. Gypris faba L Cypris fève. Obs. Ces deux entomostracés se sont multipliés à l'infini dans les eaux supé- rieures et inférieures, venant de la Seine et en contact direct avec l'atmosphère. Ils nous ont rendu de grands services pour la nourriture des alevins et des poissons délicats. MOLLUSQUES UNIVALVES Planorbis albus Muller Planorbe blanc. — vortex (Hélix) L — tourbillon- — contortus Mull — contourné. — nautileus (Turbo) L — Nautile. — imbricatus Mull — luilé. — carinatus Mull — caréné. — nitidus Mull — luisant. — corneus (Hclix) L _ — corné. ( 545 ) 9. Phrysa fontinalis (Bulla) L Physe des fontaines, 4 0. — acuta Drapd. Physe aigtië. Obs. La première s'est développée dans la rivière, la deuxième dans les eaux chaudes de la serre du Victoria regia. 41. Limnea limosa (Hélix) L Limnée ovale. 4 2. — var. vulgaris Pf. 43. — var. aperta Gass. 14. — auricularia (Hélix) L — auriculaire. 45. — palustris ( Bucc. ) Mull — des marais. 4 6. — Stagnalis (Helis) L — des étangs. 47. — Truncatula (Bucc.) Mull — troncatulée. 18. Paludina achatina Lamk Paludine agate. 4 9. — contecta — vivipare. 20. Bythinia teniaculata (Hélix) L Bythinie tenlaculée. 21. Ampullaria Guyanensis Lamk Ampullaire de la Guyane. Obs. Individus ayant vécu et pondu à l'Aquarium d'Arcachon. 22. Ancyclus fluviatilis Mull Ancyle Jluvialile. 23. Valvatapiscinalis Mull Valvée piscinale. 24. Neritina fluviatilis (Nerita) L Neriline fluvialile. BIVALVES 25. Anodonta cygnea (Mytilus) L. ......... Anodonte des cygnes. 26. — var. cellensis Pfeif. 27. — piscinalis Nilson — des piscines. 28. — var. rostrata Kok. 29. — var. anatina Dr. 30. — Gratelupeana Gass — de Grateloup. 91. Unio pictorum (Mya) L Mulelte des peintres. 32. — batavus Lamk — obtuse. 33. — littoralis Drap — littorale. 34. — tumidus Lamk — épaisse. 35. Sphœrium rivicola Leach Sphérie des rivières. 36. — corneum (Tellina). L — cornée. 37. — lacustris Tell. Mull — des lacs. 38. Pisidium amnicum Jennyns Pisidie des rivières. 39. — Casertanum (Cardium) Poli — de Caser le. 40. — pulchellum Jennyns — mignonne. 41. Dreissena polymorpha Pallas. Dreissène polymorphe. Obs. Nous n'avons pas cru devoir changer le vocable du genre, bien que portant le nom de M. Dreissens il eût dû prendre la désinence de Dreissensia; mais la nomenclature suffisamment surchargée ne gagne- rait rien à ce changement, et, d'ailleurs, le vocable Dreissena nous semble plus euphonique (1). (1) Voir à ce snjet, notre notice dans le Journal de Conchyologie, l re livraison Jan- vier 1868. ( 546 ) INSECTES 4. Hydrophilus piceus L Hydrophile poisseux. 2. Dytiscus latissimus L Dytique élargi. 3. — marginalis L — marginal. 5. — striatus L — strié. 5. Gyrinus natator L Gyrin nageur, Tourniquet. 6. Nepa cinerea L Nepe cendrée. 7. — linearis L — linéaire 8. Notonecta glauca L — nolonecle glauque. 9. — minutissima Geof — très -petit. 10. Culex pipiens L — cousin commun. Obs. Les larves de ce cousin nous ont été très-utiles pour la nourriture des axolotls et de plusieurs poissons. 14. Libellula depressa Geof Libellule déprimée. 4 2. — quadrimaculata L. — à quatre taches. 4 3. — œnea L — bronzée. 4 4. — grandis L — grande. 45. — forcipata L — à tenailles. 16. Phryganea striata L Phrygane striée. 47. — grisea Jegeer — grise. 4 8. — rhombica Geof — ventrue. 19. — nigra L • — noire. VERS 4. Hirudo sanguisorba Sav Sangsue du cheval. 2. — medicinalis L — médicinale. 3_ — officinalis Sav ' . . — officinale. 4. — vulgaris L — commune. 5. Planaria viridata L Planaire verdâlre. 6. — fusca L — bronzée. 7. — stagualis L — des étangs. 8_ — nigra L. . — noire. 9. — grisea L — cendrée. 4 0. Nais vermicularis L Naïs vermiculaire. INFUSOIRES 11. Hydra viridis L Hydre verte. 4 2. — grisea L — cendrée. 43. Vorticella socialis L Vorlicelle sociale. \ 4. — pyriformis L — pyriforme. 4 5 # — flosculosa L. . . . • — flosculeuse. 16. Plumatella lucifuga Vauch Plumatelle lucifuge. 47. — repens L — rampante. 18. — cristata Blum Plumatelle à crête. 19. Alcyonella stagnalis L AlcyoneUe slagnale. ( 547 ) SPONGIAIRES 1. Spongia fluvialilis L Éponge fluviatile. Obs. A la suite de la rupture du barrage de Suresne , la Seine baissa en Juil- let de près de 12 centimètres. On pouvait apercevoir, en allant à l'Exposition par les bateaux à vapeur, toutes les piles des ponts et les parois des quais recouvertes d'une couche de ces spongiaires, à un niveau égal. VÉGÉTAUX (l) 4. Acorus calamus L. 2. Alisma plantago L. 3. Aponogeton distachium Thun (Cap de Bonne-Espérance). 4. Arundo phragmites L. 5. — mauritanica Def. (Algérie). 6. — donax L. 7. Butomus umbellatus L. 8. Calla palustris L. 9. Callilriche aquatica Smith. 4 0. Caltha palustris L. 44. Chara fœtida L. 42. Carex maxima L. 43. — diodica L. M. — pulicaris L. 45. ■ — vulpina L. 4 6. Cyperus alternifolius L. (Madagascar). 47. — flavescens L. 4 8. — longus L. 49. — papyrus Parlât. (Syrie). 20. Elodea canadensis Hope. (Amer, septent.) 21. Equisetum hyemale L. 22. Eriophorum polystachium L. 23. — vaginatum L. 24. Fontinalis antipyretica L. 25. Glyceria aquatica Smith. 26. — festuca L. 27. — fluitans Palis. 28. Gratiola officinalis L. 29. Hippuris vulgaris L. 30. Hottonia palustris L. 31 . Iris pumila L. 32. — pseudoacorus L. 33. lsolepis fluitans L. 34. — lacustris L. (1) Par ordre alphabétique. ( 548 ) 35. Isnardia palustris L. 36. Jussieua grandiflora Mich. (Amer, septent.) 37. Lythrum salicaria L. 38. Myosotis stricta Kinck. 3H. Myriophillum verticillatum L. 40. Naïas major L. 44. — minor AU, 42. Nymphœa alba L. 43. — lutea L. 44. Osmund3 regalis L. 45. Pistia stratiotes L. (Amer, septent. ) 46. Pontederia cordata L. (Amer, septent.) 47. — crassipes (Amer. sept. ) 48. Polygonum amphibium L. 49. Potamogeton crispum L. 50. — ■ heterophillum Wild. 51. — lucens L. 52. — nataus L. 63. — pectinatum L. 54. — pusillum L. 55. Rumex hydrolapatum Huds. 56. — palientia L. 57. Sagittaria sagittofolia L. 58. _ var. Japonica Horb. 59. — sinensis Simps. (Chine). 60. Salvinia natans L. (1). 61. Scirpus lacustris L. 62. — palustris Poir. et Turp. 63. — sylvaticus L. 64. — triqueter L. 65. Sium latifolium L. 66. Stratiotes aloides L. 67. Typha angustifolia L. 68. — latifolia L. 69. — média Decand. 70. Valisneria spiralis L. 71. Veronica becabunga L. 72. Villarsia corymbosa L. 73. — nymphoides Vent. (1) Nous reçûmes cette plante de Bordeaux, d'où M. E. Lalanne nous l'envoya au nombre de 50 touffes, en moins de deux mois elle avait envahi toute la surface de la rivière supérieure. ( 549 ) P O (M ©3 CM ©-i ©T (S '« '.sa -C3 -co scîq H :0 «o ira CO e>T K -*^ -==- -5- *^" - î =" O © ty» co CO G-J -C8 -ce ■a ■a -C3 •* ira ira ira CM i*! *=■ -<=- **■ ■*=• *^" H O Œ> O ■o -a ■o T3 ^ 3 3 O tel Si C3 ?^ te] C- te) -o H ' w en S "« o a>.„i 3 -S 3 en en T3 tel s 3 r" en u c S = „ es 5a 3 tel c_ m 'o eu 3 eu C tel O CO 2 E C r/i SO en es 3 - ira tel O 3 te C 3 3 •- &0 Q. en 3 O -LxJ B a) cd O o (53 ■e- «*■ OO ^ J> t> H o «s- cr G* '/, -J O <3 P3 to en C en ^ te] O •Cj O — '- 1 ï- C en CL> O CD T3 O 3 O r- o - e/"J '3 3 — U. « ^ - «_ _o CD CD 3 en o-3 n •S ■3 3 S CD 73 >."-^ u o «~ -, C3 ■a CD CO CD -o — ; ■ O G--— — 3 — ,„ C g 9 3 O 3 ço 3 — h > M C en w 3 -a C3 - en-3-J /3 3 eu^ 3 Ci. o x 03 s a en «0 X 3 CO -=• G-l £. CD — • — Tome XXVI. (3 e Série : T. YL — 6 e Livraison. ) 44 I>E LA ZOOLOGIE ET DE LA BOTANIQUE APPLIQUÉE A LÉCONOMIE DOMESTIQUE EN ISLANDE Par M. Ed. JARDIN, Inspecteur-adjoint de la Marine Membre titulaire. La première question qu'on se fait naturellement en mettant le pied sur le sol ingrat de l'Islande, c'est de savoir comment vivent les habi- tants pendant un hiver de neuf mois. Le sol , il est vrai , ne leur fournit absolument rien, en fait de céréales , qu'ils puissent emmagasiner comme provisions d'hiver; mais en revanche la mer leur donne abondamment de quoi, je ne dirai pas vivre délica- tement, mais au moins ne pas mourir de faim; c'est la morue et les autres poissons qu'ils pèchent pendant l'été, et qu'ils font sécher pour l'hiver; ils ont aussi la ressource des bestiaux que lèvent peut avoir précipités dans des ravines, et qu'ils vont chercher en courant de grands périls, et enfin celle de quelques sacs d'orge qu'ils ont été troquer à Reyjavik contre la laine de leurs moutons. Ce mode d'existence si précaire, n'est à vrai dire le partage que de la portion pauvre des habitants de l'île, mais c'est le plus grand nombre. Ceux qui occupent un rang plus élevé dans l'échelle sociale, qu'ils soient propriétaires d'un bétail plus ou moins nombreux, ou fonction- naires du gouvernement, font venir de l'extérieur des provisions plus en rapport avec leurs ressources pécuniaires, de la farine, du lard salé, des conserves, etc., etc. ; le vin et les liqueurs ne leur manquent pas , et chaque année la frégate qui se rend en Islande pour donner des secours à nos pêcheurs de morue, en cas de besoin, est chargée de rapporter de nombreuses provisions, dont une partie est un peu demandée à l'intention des officiers de la station. ( 551 ) Si l'Islande suffit à nourrir les 60,000 habitants environ, qui la peu- plent, ce n'est certes pas d'une manière luxueuse, et pas un d'entre nous ne pourrait se contenter d'un si modeste ordinaire. Mais avant de donner quelques détails sur les productions végétales et animales de cette île arctique , il me semble utile de dire quelques mots sur la température et les saisons, de qui dépend en grande partie la fertilité du sol. En Islande, la température est extrêmement variable ; dans la même journée, on peut avoir du calme et du soleil, et alors, en été, on jouit d'une température égale à celle de l'automne en France. Mais si le vent s'élève de l'Est, du Sud ou de l'Ouest, il est froid, s'il vient du Nord, il est très-froid et oblige à se couvrir comme en hiver. C'est surtout dans la partie nord et est de l'Islande, que ces brusques changements se remarquent le plus souvent. A Akreyri, dans le fond d'Eyjafjord, côte-nord, la chaleur est la plus forte et le froid plus intense qu'ailleurs dans cette île; on a signalé, au commencement d'avril 1859, jusqu'à 26° R au-dessous de zéro, ce qui correspond à 32° 15 centigrades. En hiver, quand le vent souffle avec impétuosité, il est impossible de sortir : c'est alors que les bestiaux roulent dans les précipices et péris- sent en grand nombre, étouffés par les tourbillons de neige; mais quand il fait calme, malgré une forte gelée, les habitants sortent de leurs demeures à moitié souterraines, et vont respirer un air moins méphitique et nauséabond que celui de leurs tristes habitations. Les orages sont fort rares; une personne qui réside en Islande depuis sept ans, m'a affirmé n'en avoir vu que quatre. Ce n'est que dans le voisinage des volcans que le tonnerre se fait entendre. TEMPÉRATURE MOYENNE Janvier 97 R. Juillet 10 75R. Février 1 64 Août..., 9 27 Mars 95 Septembre 6 42 Avril 4 98 Octobre 2 18 Mai 5 69 Novembre 69 Juin 8 70 Décembre 1 15 Quelquefois le ciel est d'une limpidité remarquable, le plus souvent il est nuageux ; on voit des nuages ayant la forme de stratus, stationner sur les montagnes et paraître immobiles, alors que ceux qui sont plus au zénith sont poussés avec rapidité. ( 552 ) Bien qu'il n'y ait, aslronomiquement parlant, de jours de vingt- quatre heures que dans le nord de l'île, coupée par le cercle polaire, cependant la réfraction des rayons du soleil est assez puissante pour qu'on s'aperçoive à peine, pendant le mois de juin et le commencement de juillet, de la transition du jour à la nuit et de la nuit au jour. La clarté de cet astre est très-faible, relativement aux pays plus méri- dionaux, et l'on suit facilement le cours de la lune en même temps que celui du soleil , quand le satellite de la terre n'est encore que dans son premier quartier. Cependant la lumière des planètes et des étoiles ne peut être aperçue. On ose à peine dire que le mois de juillet, dont la moyenne est de iO 9 75, soit exempt de gelées nocturnes; il est facile de citer des années où il neige pendant ce mois. Le 26 juin 1756, la neige atteignit jusqu'à deux pieds de hauteur ; en 1865, au mois de juillet , en revenant de ■visiter les Geysers, j'eus à traverser une plaine dans laquelle une neige très-compacte tombait avec abondance; au mois d'août de l'année sui- vante, nous fûmes très-surpris d'apercevoir le malin, toutes les mon- tagnes qui nous entouraient, entièrement blanches, comme en hiver, mais la chaleur du soleil fit promptement fondre la neige qui était tombée pendant la nuit. Ces quelques détails sur le climat de l'Islande, serviront d'explica- tion à ce qui suit relativement à l'influence de ce climat sur les Euro- péens, à l'économie domestique et l'état de la végétation dans cette colonie danoise. Jetons maintenant un coup-d'œil sur les ressources que l'Islande peut offrir à ses habitants. Dans l'état actuel elles sont bien limitées, puis- qu'un pays d'une surface égale au tiers de la France, peut à peine nourrir les 60,000 habitants qui y végètent péniblement. Le bœuf et le mouton sont le bétail le plus abondant. On y trouve aussi des chèvres, mais en petite quantité. Il faut qu'une famille soit bien pauvre pour ne pas posséder une vache ; c'est une précieuse res- source en hiver, surtout quand la famille compte des enfants en bas âge, à cause de la funeste coutume qu'ont les mères de ne pas vouloir allaiter leurs enfants. Les veaux viennent ordinairement en automne, et le lait des vaches est beaucoup plus abondant en hiver qu'en été; quoique d'une petite espèce et mal nourries, elles donnent en moyenne douze litres de lait pendant les trois mois qui suivent la parlurilion. On les fait entrer ( 553 ) dans les étables au mois d'oclobre et elles n'en sortent qu'au mois de juin, et pendant ce temps leur nourriture se compose du maigre four- rage qu'on récolte en été et de poisson desséché. Les Irlandais emploient le lait soit au sortir de la mamelle, soit en le préparant de diverses manières ; ils ont le syra, petit lait fermenté pendant une année, le skyr, lait caillé et égoulté, le misoslr, espèce de fromage qui consiste à faire bouillir le i etit-lait jusqu'à consistance suffisante; le slrjûgr, autre espèce de fromage; le vellidrdfli, lait caillé et cuit jusqu'à ce qu'il ait alteint une teinte rougeâtre ; le seyddmjôlk, lait doux bouilli. Ils font aussi du beurre qui n'a ni le bon goût, ni la couleur dorée de nos beurres de Normandie. On n'a point remarqué que les Européens arrivant en Islande, eussent à subir un travail quelconque d'acclimatation, attendu qu'il ne vient guère se fixer dans ce pays que des Danois , qui déjà dans leur patrie sont accoutumés aux rigueurs d'un hiver long et souvent rigoureux. Les Français et les Anglais n'y restent que pendant l'été, et n'ont point, en conséquence à souffrir d'une température bien inférieure à celle à laquelle ils sont accoutumés. Les brusques variations de la température occasionnent fréquemment des rhumes et autres indispositions de ce genre, mais l'Islande a cela de commun avec une foule d'autres pays et ne sort pas, sous ce rapport, de la règle générale. L'absence presque complète de nuit modifie la longueur du temps que les Islandais accordent au sommeil. En été ils se couchent plus tard et se lèvent plus matin, ce n'est pas que leurs travaux soient plus nombreux et exigent une plus grande activité, car dans l'intérieur, l'industrie est nulle et les habitants sont assez nom- breux pour suffire à récoller le maigre foin que fournit la prairie, et sur le bord de la mer, on les voit se chauffer au soleil devant leurs ché" tives demeures, occupés quelquefois à faire sécher le poisson péché pendant plusieurs excursions à la mer. Les médecins ont remarqué que les fonctions naturelles des individus qui se fixent en Islande, n'éprouvent point de modification et s'exercen 1 sans difficulté; seulement la sécrétion des urines parait plus abondante, vu l'absence complète de transpiration. La morale publique est facilement observée : dans une région glacée ,. les désirs ne sont point stimulés par un soleil ardent , et bien que chaque année la France verse sur les côtes de l'Islande plus de mille individus , la plupart jeunes et alertes, malgré la facilité qu'ils ont de descendre ( 554 ) à terre, il est bien rare d'entendre parler d'une cohabitation, même éphémère. Pour connaître les maladies dont les Islandais sont principalement affectés, je renverrai à un mémoire de Johannes Thorsteinsson, médecin de cette île, travail inséré dans les mémoires de l'Académie de Médecine, tome VIII, p. 26 et à la relation du voyage de La Recherche en Islande, partie médicale. Jadis on voyait beaucoup de porcs en Islande; le Grâgâs et le Jôns- bok (1) défendent de les mettre dans les pâturages. Il n'en existe plus maintenant. On a essayé d'en élever sur les côtes ; mais le défaut de nourriture convenable fait qu'on n'obtient qu'une chair généralement mauvaise. La plus grande partie des moutons portent des cornes roulées sur elles-mêmes , tandis que les vaches en sont privées ou n'en ont que de rudimentaires. Linné en a fait une espèce parficulière qu'il désigne sous le nom spécifique de polycerata. Il est à remarquer que les brebis qui fréquentent le bord de la mer et qui mêlent des plantes marines à leur nourriture portent communément deux et trois agneaux , tandis que dans l'intérieur, elles n'en donnent ordinairement qu'un. On ne met les moutons à l'abri que pendant les plus grands froids de l'hiver, lorsque la terre est complètement gelée et couverte en entier de neige ou pendant les grandes et fortes pluies qui sont toujours accom- pagnées de grand vent. Pour abri, ils ont des grottes ou des huttes en terre dans lesquelles ils se retirent pendant les mauvais temps. Quelque fois même les laisse-t-on constamment dehors ; aussi , chaque année , il en périt un grand nombre par suite de ce défaut de soin , sans compter les épizooties qui viennent les décimer de temps en temps : et cependant ils ont une fort belle toison qui serait d'un excellent rapport, si ces animaux recevaient les soins qu'ils exigent. On ne les tond jamais ; on se contente de leur arracher la laine qui tombe naturellement^ à partir du mois de juin, pour faire place à une nouvelle toison. Tout le monde a entendu parler des petits chevaux d'Islande, renom- més pour leur douceur, leur intelligence et leur sobriété. Ils supportent patiemment les plus grandes fatigues, trottent et galoppent au travers des montagnes, dans des plaines couvertes de blocs de pierres et par des sentiers sinueux et extrêmement rocailleux , sans jamais broncher. (1) Codes de lois islandais du Moyen-Age. ( 555 ) Quand on fait une course dans l'intérieur du pays, on ne se préoccupe point de leur nourriture ni de leur abri; on les envoie chercher pâture où ils pourront en trouver, sans prendre d'autre précaution que celle de leur mettre des entraves de manière à ce qu'on puisse les retrouver le lendemain. Ces chevaux ont, en hiver, un poil long et fourré , qui les fait res- sembler de loin à de véritables oursons. Ce poil tombe par plaques dans le courant de juin , et pendant quelque temps , ils sont loin d'offrir un aspect agréable. Il paraît que ceux qu'on transporte dans les pays plus chauds deviennent rétifs et méchants. On attribue ce changement de caractère à la nourriture, relativement trop abondante, qui leur est donnée. Le chien constitue une espèce particulière désignée sous le nom de Canis islandicus , dont le faciès a beaucoup d'analogie avec celui du renard. Ces animaux sont très-frileux , et dès les premiers froids, ils rentrent dans les maisons, d'où ils sortent le moins possible , jusqu'à ce que la température se soit adoucie de nouveau. Il y a en Islande, comme partout, des rats et des souris, mais ils sont peu nombreux et n'ont rien de susceptible de fixer l'attention. Les poules qu'on voit dans cette île ressemblent à la poule ordinaire de nos basses-cours ; mais la difficulté qu'on a de les nourrir fait qu'on n'en peut jamais élever une grande quantité; elles commencent à pondre en décembre, et finissent en juin ou juillet, pour couver les œufs qu'on laisse dans leurs nids. On voit autour de quelques habitations des canards domestiques, mais le nombre en est fort restreint, et l'ont peut dire que cet oiseau pas plus que l'oie n'existe pas en Islande. C'est au mois de mai que la nature commence à sortir de sa torpeur, que tout ce qui a vie, animaux et oiseaux, songe à la reproduction; c'est aussi dans ce mois que paraissent les oiseaux voyageurs et parti- culièrement les Eiders (anas mollissima), dont la présence est une source de richesse pour le pays. Ces oiseaux retrouvent l'année suivante leur nid de l'année précédente, qui consiste tout simplement en quelques brindilles et herbes sèches amoncelées entre deux mottes de terre. Ils le préparent en s'arrachant une partie du duvet grisâtre qui se trouve sous leurs plumes et y déposent leurs œufs, d'un blanc sale et d'une forme presque conique. Pendant le temps de l'incubation, ces nids sont visités ( 556 ) à deux reprises et dépouillés d'une partie du duvet qu'ils contiennent. Si on essayait d'enlever une troisième récolle, le père et la mère ne pouvant plus s'arracher d'autre duvet abandonneraient le nid. On laisse donc éclore les petits, qui sont nourris avec beaucoup de sollicitude par leurs parents , et quand la mère les juge assez forts pour entreprendre le voyage d'émigration , elle les conduit à l'eau quelques jours à l'avance, les y plonge brusquement, et répète cet exercice à plu- sieurs reprises. Au jour fixé , ces bandes ailées quittent les rochers de l'Islande et prennent leur vol vers d'autres régions. Les Eiders sont pour ainsi dire sacrés; il est défendu non -seulement de les tuer, mais encore de les effaroucher par des coups de fusil. Ils sont à moitié domestiques, et voulant voir les œufs et le nid, j'ai été obligé plus d'une fois de prendre la mère et la poser au bord du nid sur lequel elle se replaçait dès que je m'étais éloigné . Le duvet de l'Eider est facile à distinguer du duvet de l'oie, d'abord par sa teinte grisâtre, ensuite par son élasticité plus grande, enfin par la propriété qu'il a lorsqu'il est exposé à l'air de se pelotonner au lieu de s'éparpiller comme ferait le second; aussi les habitants ne craignent- ils pas de le mettre à sécher sur des surfaces pierreuses , sûrs qu'ils sont de n'en pas perdre un brin (1). On ne voit en Islande ni taupes, ni lézards , ni escargots ou limaces. Les mouches sont assez rares dans les maisons; mais, dans certaines localités, les cousins tourmentent cruellement les habitants et les bes- tiaux : un des grands lacs de l'île a été appelé Myvatn , c'est-à-dire Lac des Mouches, à cause de la grande quantité de ces insectes. C'est prin- cipalement dans le Nord qu'on les rencontre, et tous les voyageurs dans cette partie de l'île se plaignent de leur présence. Symington dit en avoir été très-incommodé près de la Bruârâ, rivière sur les bords de laquelle il vit de petits papillons aux ailes bleues et blanches. Pendant la saison de l'hiver, c'est-à-dire du mois d'octobre au mois de mai, la végétation est complètement arrêtée, et les plantes mêmes que cultivent quelques personnes dans leurs appartements, rosiers, gé- raniums, etc., périraient à coup sûr, si on n'avait la précaution de les éloigner des vitres à l'abri desquelles elles fleurissent en été, et de les tenir dans le voisinage des poêles qui sont constamment allumés; cette (1) Le prix de la livre d'Edredon , qui, il y a vingt ans n'était que de iO à 12 fr , est doublé maintenant. ( 557 ) remarque ne s'applique qu'aux Islandais de la classe aisée, qui ont adopté les habitudes européennes, car il est bon de remarquer que, malgré la sévérité du climat, l'Islandais qui habite dans les bœrs ou demeures construites en terre, à murailles très-épaisses , se contente d'allumer le feu nécessaire pour la cuisson des aliments , l'esiguité des pièces, le nombre des personnes qui y sont entassées et l'absence de toute communication avec l'air extérieur, suffisent pour maintenir la température à un degré supportable. Ce n'est donc que dans le mois de mai , dans les replis du terrain abrités contre le vent et réchauffés par les rares rayons du soleil , que la neige fond, et qu'alors on voit poindre quelques brins de verdure. Les fleurs de ce froid printemps sont celles du Viola canina L. (1), Draba verna L. (2) et Caltha paluslris L (3). On peut également trouver en fructification les Callitriche verna Kùtz (4) , Liizula pilosa Willd (5) et campestris DC. et les Equiselum sylvalicum L. (6) et limosum L. [Parmi les mousses, hBarbula ruralis Hedw. fructifie même en avril ; mais ce n'est qu'en juin que toute la végétation entre en activité et se développe d'une manière bien plus rapide que dans nos climats. On dirait qu'elle s'empresse de rattraper le temps perdu , car au mois de septembre elle se ralentit considérablement; on peut cependant signaler encore comme fleurissant dans ce mois les Silène maritima With (1), Montia fon- tanaL., Scabiosa succisa L. (2), Saxifraga hirculus L. (3), Sedum album L. (4), Leonlodum aulumnalis L. (5), Gnaphalium uligino- simiL. (6), Gentiana amarella L. (7), Polygonum persicariaL. (8), Limosella aquaticaL. (9) , Euphrasia nemorosah. (10), Vers el par - viflora Soy Will. (11). Octobre arrive avec le vent, la neige et la gelée, qui apparaissent quelquefois dès le commencement du mois, et il ne faut plus chercher des plantes en végétation jusqu'à l'année suivante, sauf deux petites mousses, le Buxbaumia foliosa L. (Diphyscium foliosum Mohr.) (12) et le Phasenm acaiilonL. (13), qui fructifient jusqu'en novembre. Cependant, dans certaines années favorisées et à l'abri du vent domi- nant, on peut avoir encore un peu d'herbe verte jusqu'à Noël, parce (1) Fiola. — (2) Gœsablôm. — (3) Kuablôm. — (i) Vatnstjarna. — (5) Sef. — (6) Elting. (t) En islandais, Holurt. — (2) Hrûdrurt. — (5) Steinbrjôtr. — (4) Sleiuaurt. — (o Ljonstour.— (6) Eylifdarblôm. — (7) Enliana. — (8) Marghyrna". — (9) Skurnurt. — (10) Augnafro. — (11) Buxvidr. — (12) Harinunni. ( 558 ) que le mauvais temps de septembre et d'octobre cesse, et l'on jouit de ce qu'on appelle en France l'été de la Saint-Martin (1). Vu le peu de temps que dure la belle saison, l'Islande ne peut pro- duire qu'un nombre très-restreint d'espèces alimentaires à végétation rapide. Ce sont les navets, les choux frisés de Norvège, les choux de Savoie, les choux pommés. Cette espèce ne pousse que quelques gran- des feuilles jusqu'à la (in d'août, et la pomme ne commence à se former que lorsque les nuits reparaissent; mais le mauvais temps arrive et la végétation s'interrompt. Avec beaucoup de soin, on peut quelquefois obtenir des choux-fleurs; mais la plus grande partie des pieds n'en pré- sente que des rudiments de cette partie du végétal qu'on recherche. Les radis, la laitue, le cresson, les épinards et les pommes de terre entrent encore dans la culture potagère des Islandais, mais les produits obtenus , quelques maigres feuilles, ne valent guère la peine qu'on se donne. Quant aux pommes de terre, il faut les récolter quand elles ont acquis la grosseur d'un œuf, autrement la gelée les saisirait en terre et la récolte serait perdue. Quelques personnes ont voulu essayer la culture des fèves, mais les gelées nocturnes de septembre arrivent lorsque la plante n'est encore qu'en fleur et ne lui permettent pas de former ses graines. Les carottes ne viennent que très-petites , filiformes et peu propres à l'usage culi- naire. Aucune des personnes qui se livrent à la culture du petit coin de terre qu'elles ont défriché devant leurs habitations ne compte sur les graines qu'elles pourraient obtenir de leurs semis, et elles en font venir tous les ans d'Ecosse ou du Danemark. Dans le nord de l'île , le beau temps est plus constant que dans le sud, et permet la culture avec un peu plus de succès. Aux environs d'Akreyri, j'ai pu voir sur le versant de la colline de véritables champs de pommes de terre, dont quelques tubercules arrivaient jusqu'à la dimension d'un œuf d'oie. C'est là qu'on voit une dizaine de sorbiers (2) (1) Il a été imprimé en 1860, à Akureyri, une brochure composée par Alexandre Bjarnason, ayant pour titre : Um Islenzkar Drikkurlir sur les plantes médici- nales islandaises , manière de les recueillir, de les conserver et de s'en servir ; leurs effets , leur préparation. — Le savant docteur Hyaltelin , de Reykjavik , s'occupe égale- ment avec ardeur de la botanique de l'Islande, quand son service m.'dical lui laisse quelques moments de loisir, ce qui est fort rare. {2) Sorbus aucuparia L., en islandais Rcynir. ( 559 ) de 12 à 15 pieds, qui font l'orgueil du pays. Le médecin de la localité qui possède un de ces arbres avait obtenu, au moyen de châssis, soi- gneusement fermés chaque soir, quelques fraises grosses comme des noisettes, mais ces fruits n'avaient aucune saveur; c'était plutôt une curiosité végétale, comme les oranges dans le nord de notre pays. La culture des jardins n'a commencé que depuis quelques années seulement, et seulement sur les côtes. Les habitants de l'intérieur et des fjords peu fréquentés par les navigateurs sont si peu avancés sous ce rapport, qu'ils ne veulent même pas manger de raves, qui viendraient facilement partout, avec un peu de soin. J'ai cité à-peu-près tous les légumes que peut produire le sol glacé de l'Islande. On essaierait vainement d'en cultiver d'autres, ce serait peine inutile. En présence d'un tableau aussi triste de la culture polagère, il est inutile de s'enquérir des arbres fruitiers qu'on y rencontre. Dans les jardins de quelques colons danois , on pourra voir des pieds de groseiller, Ribes rubrum, qui pourront arriver à entrer en fleur avant les gelées; il est rare qu'ils parviennent à mûrir leurs fruits. Ceux du Rubus saooati- lis (1) et de deux ou trois espèces de Vaccinum (2) , plantes indigènes , arrivent à maturité ; ils sont sans saveur aucune, et les graines seules sont susceptibles de germination. Les céréales ne sont point cultivées davantage; je pense cependant que l'orge, qu'on sème en Norvège, donnerait quelques résultats. Il paraît que dans le Nord on a essayé vainement de cultiver l'avoine. Les Sagas islandaises parlent du blé qu'on récoltait autrefois dans cette île. S'il faut ajouter foi à ces écrits , la destructien des forêts et peut-être d'autres causes , telles que le voisinage des glaces , aurait modifié consi- dérablement la température de l'île; actuellement les gelées de mai et de juin , ainsi que les ouragans sont un obstacle invincible à cette cul- ture. Les semis des plantes potagères se font en juin, très-rarement en mai , excepté celui du petit navet blanc. Toutes les graines viennent d'Europe; cependant on préfère celle qu'on peut récolter, peut-être parce (1) Krukla. — (2) V. MyrdllusL. (Adalblaberjalyng) UliginosumL. Vilis idœa L. Je n'ai recueilli cette dernière espèce qu'en Norvège, mais elle est signalée dans la nomenclature que donne M. Vahl des plantes d'Islande Le nom générique islandais est : Blaber. ( 5G0 ) qu'elle est plus robuste Semer en automne serait complètement inutile et même dangereux, parce que les graines germant trop tôt, au prin- temps, la gelée des nuits ne tarderait pas à faire mourir les jeunes plantes. Tel est l'état actuel, en Islande, de la végétation utile à l'homme, bien différente en ce qu'elle était du X e au XV e siècle , si on en croit le rapport des historiens. Est-il physiquement impossible de la modifier? Je suis loin d'être de cet avis. J'ai essayé de démontrer ailleurs (1) que l'on parviendrait à rendre à cette île sa première fertilité , si on parve- nait à reboiser les surfaces qui jadis ont été couvertes de forêts. C'est par là qu'il faut commencer, si on veut que cette colonie danoise recouvre quelques traces de sa splendeur d'autrefois. (1) Mémoire sur le Surtarbrandu (bois fossile) d'Islande, sur les anciennes forêts et sur le reboisement de cette île. — Caen , Leblanc-Hardel, 1867. NOTES POUR SERVIR A L'ÉTUDE DES ÉTAGES JURASSIQUES INFÉRIEURS AUX ENVIRONS DE NANCY L'accueil bienveillant que j'ai trouvé au sein de votre réunion me fait un devoir de vous soumettre les résultats de mes explorations aux envi- rons de Nancy. Je diviserai ce travail en plusieurs notes parlant chacune d'une des divisions de la série jurassique inférieure. LIMITES DES SYSTÈMES LIASIQUE ET OOLITHIQUE KN'FÉRIEUR. § I. — Ces deux systèmes sont nettement limités, d'une part par les argiles et les grès du trias , de l'autre par les argiles oxfordiennes infé- rieures ou callovien. Ils forment, dans le département de la Meurthe, une large zone N.-S. indiquée par la carte géologique de France : les limites géologiques sont parfaitement établies par M.Hébert (I), de même qu'en Normandie. I. — SYSTÈME LIASIQUE § II. — 11 constitue aux environs de Nancy une puissante série de couches, les unes argileuses et calcaires , les autres sableuses reposant sur le trias à l'est de Nancy. § III. Nous comprenons dans le système liasique deux grandes divi- sions bien distinctes par la nature minéralogique et par une discordance de dénudation entre les dépôts de ces deux sédiments. Ce sont d'une part: l'infralias constitué par des sables et des grès coquilliers, de l'autre des assises argileuses et calcaires : 1° à Ostrea arcuata ; 2° à 0. cymbium et à Belemnites ou lias proprement dit. Ces deux derniers (1) Les mers anciennes et leurs rivages dans le bassin de Paris, l re partie, Terrains jurassiques , Hébert, Le Lias comprenant ( 562 ) étages se sont succédé sans dénudations ni discordances. Le système liasique comprendra donc trois subdivisions dans le département de la Meurthe : 4» L'infralias; 2° les couches à 0. arcuala; 3° les couches à 0. cymbium et à Belemnites. Je retranche du système liasique les assises argileuses et argilo- calcaires désignées sous le nom de lias supérieur que je fais rentrer dans le système oolithique inférieur suivant pour cette séparation la discor- dance des faunes qui existe dans notre département, discordance que M. Deslongchamps a reconnu aussi entre le lias à Belemnites et le lias supérieur de d'Orbigny, en Normandie. II. — DE L'INFRALIAS. Puissance : de 15 à 20 mètres. § IV. — Extension géographique. — L'infralias occupe aux environs de Nancy une bande assez étroite qui règne à la jonction du lias et du trias, aux dépens duquel il a été formé. Cette bande entoure l'îlot du lias qui est séparé du reste de la formation par la Seille et les étangs; elle passe par Gripport, Bainville , Roville, Bayon, Saint-Remimont, Neuviller, Crévechamp , Jevoncourt, Germonville, Xirocourt, Vandi- gny, Affracourt, Haroué , Tantonville , Voinemont, Xaintrey, Puligny, Etreval, Forcelle, Ognevilles, Vitrey, Vézelise , Clerey, Quevilloncourt , Houdreville, Omellemont, Geintrey, Aulrey, Pierreville , Houdelmont , Frolois, Burthecourt, Azelot, Rosières-aux-Salines , Saint-Nicolas, Varangeville, Saint-Phlin, Barthelemont -les -Bauzemont, Antienne- ville, Besange-la-Grande , Moncel , Brin, Bioncourt , Lanfroicourt , Aboncourt, Armaucourt-sur-Seille, Manhoué, Malaucourt, Aulnois, Gremecey, Chambrey, Coutures, Salonnes, Ammelecourt , Lubecourt , Fresnes, Vaxy, Vie, Château-Salins, Moyen-Vie, Salivai, Morville-les- Vic, Vuisse, Lidrequin , Lidrezing , etc., etc. Morville-sùr-Nied. Des sondages faits à Nancy ont fait reconnaître sa présence sous le lias pro- prement dit. § V. — Relations géologiques et slratigraphiques. — Il s'est déposé régulièrement sur les dernières assises du Keuper, et il est générale- ment recouvert par une couche d'argile rouge provenant du remanie- ment et de la dénudation des marnes du trias, pendant la période de bouleversement qui a précédé le dépôt du lias à 0. arcuata. Certaines ( 563 ) couches inférieures de l'infralias, qui affectent la disposition de sédi- ments apportés par des courants violents marquent une séparation bien nette entre le Keuper et l'infralias. Dans une précédente note , j'ai décrit sa nature minéralogique ; je ne reviendrai donc pas de nouveau sur ce point. LIAS proprement dit. III. — lias a Ostrea arcuata. Puissance totale : 30 à 35 mètres. § X. — Distribution géographique. — Il occupe un espace double de celui de l'infralias ; il couronne les collines que baignent la Seille -, la Meurthe, à Saint-Nicolas; la Moselle , le Madon et le Brenon. § XI. — Relations géologiques et straligraphiques. — Ses sédiments se sont déposés sur le rivage de l'infralias qu'il a recouvert. Le sol s'affais- sant graduellement lors de son dépôt, sa nature minéralogique diffère essentiellement de celle de l'étage précédent. L'infralias ayant une légère pente , les mêmes assises du lias à 0. arcuata ne sont point partout en rapport avec la surface de l'infralias. Autour de Château-Salin , ce sont les couches inférieures qui sont en contact avec le grès infraliasique ; à Dieuze, Saint-Nicolas, Ars-sur-Meurthe, ce sont les couches supé- rieures qui reposent sur l'infralias. Au lieu de dépôts sableux , ce sont des dépôts argileux remplis de céphalopodes, A' Ostrea et de quelques brachiopodes. Le lias à 0. ar- cuata est recouvert directement par les marnes à 0. cymbium. D'après la considération des espèces fossiles et leurs époques d'apparitions , on peut diviser le lias à 0. arcuata des environs de Nancy en quatre zones : l re Zone : Marne rouge. 2 me Zone : Marnes et calcaires à A. angulalus. 3 me Zone : Id. ici. à A. bisulcalus. A me Zone : Id. id. à B. brevis. 4 re Zone. — Marne rouge. § XII. — Cette première assise mérite particulièrement l'attention : elle existe à la base du lias proprement dit ; elle atteint jusqu'à 5 mètres d'épaisseur et c'est à M. Levallois que nous devons son observation. Étant de la couleur des marnes irrisées, on était naturellement porté à n'y voir que le trias, ce qui fait que la limite de ce terrain a été souvent ( 564 ) indiquée à un niveau supérieur que celui qu'elle atteint réellement. Ces marnes sont onctueuses au toucher, ne se divisent pas en fragments cuboïdes , ne sont point bigarrées et ne contiennent que quelques nodu- les calcaires. Elles ne renferment aucun fossile, et leur présence est dénoncée au-dessus du grès , parce qu'elles donnent lieu à leur contact avec les marnes à 0. arcuata à un niveau de sources constant. Cette marne s'observe à Vie, colline du télégraphe , au-dessus de Château- Salins, dans le bois de Vie ; dans le talus de la roule de Saint-Phlin à Ars-sur-Meurlho et à celle de Manoncourt. A la colline du bois de Vie , j'ai pu observer la coupe suivante dans le tracé d'un chemin d'exploita- tion; de bas en haut (PI. 7, fig. 1. ) 1. Grès blanc avec schistes noirs. 2. Schistes noirs, \ m 50 à 2 m ( Infralias). 3. Argile rouge, 5 m . 4. Marne bleue et calcaire argileux à A. angulatus , \ m . a. Petits bancs calcaires lumachelle à Ostrea. Celte marne rouge, qui a été formée au dépens des marnes du trias, marque entre les couches de l'infralias et les argiles du lias proprement dit une période de bouleversement pendant laquelle le fond de la mer s'est affaisé et a formé un bassin au fond duquel les couches inférieu- res à A. angulatus se sont déposées ; cette marne rouge recouvçe géné- ralement partout l'infralias. 2 me Zone. — Marnes et Calcaires a A. angulatus. § XIII. — Celte assise dont l'épaisseur environ 5 mètres, est carac- térisée par VA. angulatus et la rareté de VU. arcuata qui manque tota- lement aux environs de Château-Salins, où cette zone est développée. A la carrière de la Marchande, les bancs calcaires qui alternent avec une marne grise, sableuse , bleuâtre ou jaunâtre y sont pétris de fossiles microscopiques : Arca, Lima, Mytilus, Cardium, Myoconcha," Cerithium, Turbo, Pleurolomaria. Les fossiles dominants sont : A. angulatus, Torus , Liasicus et Simpsoni , Spiriferina, etc. Ces couches sont sépa- rées de la marne rouge par une assise de marne grise jaunissant à l'air et renfermant dans sa partie moyenne un petit banc de calcaire luma- chelie à Ostrea. Les bancs supérieurs sont caractérisés parla Tereb. causoniana , la Rhynchon. variabilis et des Cardinia. Celte zone s'observe parfaitement ( 565 ) aux carrières près de la Marchande, où j'ai pu relever la coupe suivante de haut en bas. (PI. 7, fïg. 2.) 1. Marne rouge ( fossés du bois). 2. Marne bleue avec bancs calcaires lumachelle à Oslrea (chemin d'exploi- tation). 3. Calcaire gris alternant avec des marnes grises bleuâtres. A. lorus , an- gulatus, Planorbis (?), Lyonsia, Spiriferina pinguis , 3 m . 4. Lits argileux à petits bancs calcaires à A. angulatus, lorus, liasicus, Simpsoni; Cardinia, Turbo, Trochus, etc., 1"» 50. 5. Zone à A. bisulcatus. Ces couches sont recouvertes par la zone à A. bisulcatus, aux envi- rons de Nancy, à Moncel et à Harancourt, etc. 3 me Zone. — Calcaires 4 A. bisulcatus. § XIV. — Cette zone est caractérisée par YO. arcuata qui jusqu'alors avait été peu abondante , elle offre constamment une alternance de cal- caire et d'argile dont les épaisseurs relatives et la nuance varient beau- coup. Tantôt grises ou jaunes, bleues ou noires, ces nuances ne sont point constantes pour un même horizon. Les bancs calcaires varient d'épaisseur de 25 à 50 centimètres; les lits d'argile sont plus épais vers le haut et les calcaires plus minces que dans le bas. Toute la masse offre YO. arcuata', les autres caractéristiques sont : les Ammonites bisulcatus et Simpsoni, les Lima gigantea (Edula d'Orb. ) et Hermanni. Cette zone renferme aussi des Pleurolomaria et des Spiriferina ; à Haraucourt, la Rhynch. variabilis , la Tereb. Causoniana , le Pentacrinus tuberculosus et le Montlivaltia sinemuriensis. A Saint-Phin et à Vie, les carrières nous donnent la coupure suivante, de bas en haut (PI. 7, fig. 3.) 1 . Marne rouge. 2. Argile et calcaire sableuse jaune à Lima Hermanni. 3. Alternance de bancs sableux et d'argile bleue, 2 m 50 à 3 m , à A. bisul- calus, 0. arcuala , Lima giganlea, Spiriferina pinguis. Dans ces carrières cette zone repose sur la marne rouge ; les dépôts à A. angulatus s'étant faits dans le fond du bassin et celui-ci s'affaissant toujours, les dépôts à 0. arcuala ont eu uneextension plus grande et ont recouvert directement le trias (Côte d'Essey). A Lenoncourt, cette zone contenait à sa partie supérieure une assez grande quantité de Spiriferina. 4 me Zone. — Marne a Belemniles aculus § XV. — Cette quatrième zone, la moins importante du lias à 0. ar- cuala comme épaisseur, est parfaitement caractérisée par la Bel. aculus Tome XXVI. 45 ( 56G ) qui y apparaît. La partie supérieure de cette zone est entièrement argi- leuse et les bancs calcaires de la partie inférieure y sont fendillés et plus rares. Cette couche a été mise à découvert dans les travaux du chemin de fer et du canal aux environs de Laneuveville. Les bancs cal- caires y ont fourni ainsi que la marne une excellente chaux hydraulique. Outre YO. arcuala qui caractérise cette zone , on y observe la Bel. aculus, les Spiriferina pinguis, Roslrata et Wulcotii; Tereb. causoniaua, Rhyncho. variabilis, Monllivallia sinemuriensis, Penlacrinus luberculo- sus , des Lima, Peclen, Arca, Avicula, Mylilus , etc. Cette zone renferme à sa base de petits bancs calcaires criblés de Car- dinia et renfermant la Bel. aculus. (Coteau de Lenoncourt, au-dessus du pont, près du moulin.) § XVI. — Résumé sur le lias a 0. arcuala. — Notre lias à 0, arcuala est peu connu. M. Guibal en a confondu toutes les zones. M. Levallois n'a fait que le mentionner dans son explication de la carte géologique de la Meurthe, et M. Élie de Beaucourt s'en est rapporté à M. Guibal , pour l'explication de la carte géologique de France. Le lias à Oslrea arcuala s'est déposé en discordance sur l'infralias; il est recouvert par le lias à 0. cymbium qui lui succède sans discor- dance ; on y reconnaît quatre zones bien distinctes dont les formes sont celles de rivages vaseux et tranquilles ; ces qualres zones sont : 1° Marne rouge, marquant un dépôt fait pendant une période de bou- leversement; discordance avec l'infralias; 2° Couches à A. angulalus, déposée en arrière de la marne rouge; période de retrait des eaux ; 3° Zone à 0. arcuala et à A. bisulcalus , les eaux sont revenues et ont recouvert les deux zones précédentes et même le trias ; période d'ex- tension; 4° Marne à Belemniles aculus ; les eaux se sont retirées , et le dépôt de cette marne s'est effectué bien en arrière, laissant à découvert la zone à A. bisulcalus. IV. — lias à Belemniles et a Oslrea cymbium. Puissance totale : 50 à 60 mètres. § XVII. — Distribution géographique. — La partie supérieure du lias ou lias à Bélemnites, occupe à l'est de Nancy une large bande double de surface à celle des deux étages précédents. Il existe aux pieds des coteaux couronnés par les calcaires à Polypiers , de Tont à Mousson à ( 567 ) Fraisnes-en Saintois , on le trouve aux environs de Nancy à Saint-Max- la-Poudrière, Malzeville , Essey-les-Nancy , Agincourt, Lailre et Dom- martin-sous-Amance , la Neuvelolte , Seichamp , Velaine, Ptilnoy, Cer- cueil, Saulxures , Bosserville, Tomblaine, la Neuveville , Heillecourt , Ludres, Fleville , Richardmesnil , Ville-en-Vermois , Lupcourt; on le trouve également autour de Nomeny , de Vezelise. § XVIII. — Relations géologiques et straligraphigues. — L'affaisse- ment du sol se continuant, le lias à Bélemnites s'est déposé en arrière du lias à 0. arciiala. C'est une mer ouverte, vaseuse et uniforme qui a effectué le dépôt de cet étage. Les Céphalopodes y abondent , et les dépôts de récifs si curieux de Normandie, y manquent totalement. La composi- tion minéralogique de cet étage est la même partout où j'ai pu l'étudier, ainsi que les fossiles qui le caractérisent. J'y ai reconnu 6 zones bien tranchées , qui sont , de bas en haut : l re Zone. — Marne à Hippopodinm. 2 e Id. — Calcaires à Terebratula numismalis. 3 e Id. — Marnes à A. Davœï. 4 e Id. — Marnes sans fossiles. 5 e Id. — Marnes à A. margaritalus , comprenant : A — Marne à B. clavatus. B — Marne à Ovoïdes. C — Grès à A. spinalus et à Plicalula peclinoïdes. 6 e Id. — Sable argileux à Terebratula resupinala et à Plicalula peclinoïdes 4 re Zone. — Marne a Hyppopodium. § XIX. — Cette zone , qui constitue la partie inférieure du lias à Bélemnites, atteint quelquefois une puissance de 10 à 12 mètres. Elle est formée d'argiles bitumineuses, pyriteuses , de nodules ferrugineux et d'argiles sableuses alternant avec de petits bancs calcaires marneux ; elle s'exploitait autrefois pour la fabrication des briques et des tuiles à Bosserville. Sa partie inférieure est argileuse et contient les nodules ferrugineux et pyriteux; on y trouve peu de fossiles; sa partie supérieure, qui est sableuse, avec cristaux de gypse, contient les nodules calcaires, mar- neux , fossilifères à A. Dudressieri , subplanicosta , Mylilus , Avicula , Hyppopodium ponderosum et des Cardinia. Celte couche se retrouve à Yillo-en-Vermois avec YO cymbium, l'A. ( 568 ) subplanicosta. Elle y est grise, argileuse avec plaquettes de gypse et nodules pyriteux. 2« Zone. — Calcaire a T. numismalis. § XX. — Ces couches, qui ont une épaisseur de 5 à 6 mètres, sont remarquables parla quantité de pyrites qu'elles contiennent. Ces pyrites, en se décomposant, leur donnent une teinte rouge ocreuse. De là, le nom de Calcaire ocreux donné à celte zone par M. Levallois, dans l'explication de la carte géologique du département. Ce calcaire y existe d'un bout à l'autre depuis Nomeny jusque dans le département des Vos- ges. Il est très-riche en fossiles. Sa partie inférieure contient surtout : les A. Bêcha, armalus, lamel- losus, subplanicosta, Guibalianus et Buvigneri (plus rares que dans la partie supérieure) ; Chemnitzia subnodosa ; Turbo niso ; Pleurolomaria expetisa , anglica; Hyppopodium ponderosum ; Cardinia continua , hy- brida et crassissima ; 0. cymbium ; Bhynch. variabilis ; Tereb. numis- malis, Lampas; Spiriferina pinguis. La partie supérieure offre surtout la Bel. umbilicatus ; les A. Guiba- lianus, Buvigneri (très-comm.), Nodotianus, Conybeari , raricostatus, Acteon ; Pleurolomaria expensa ; Phaladomya ; Panopea slrialula ; Uni- car dium janlhe; Lima ; Ostrea cymbium; Tereb. cor, numismalis et cornula. Ce niveau offre, comme on le voit, un certain nombre d'espèces de Céphalopodes citées généralement dans le lias à Ostrea arcuata, espèces que je n'ai pas rencontrées dans cette division du lias. Cette zone était probablement une partie du lias à Gryphea de M. Guibal. 3" Zone. — Marnes et Calcaires a A. /imbrialiis et Davœi, § XXL — Cette assise, qui surmonte le calcaire à Tereb. numismalis, est bien distincte de la masse d'argile sans fossiles , citée par M. Des- longchamps dans l'est de la France. Elle consiste dans une marne grise, sableuse alternant avec des cal- caires marno-sableux d'environ A à 5 mètres de puissance avec A. fim- briatus , Davœi et planicosta. Elle s'observe à Laneuvelotle , route de Laître-sous-Amance et à Tom- blaine, au bord de la Meurlhe. Elle se retrouve à Fleville, Ludres, Manoncourt, Arraye , Han-sur-Seille et à Nomeny. J'ai recueilli dans celte zone les espèces suivantes qui la caractérisent : Bel. elongalus , ( 509 ) clavatus , umbilicalus ; A. Davœï , fimbriatas , planicosta; Normania- mus , Henleyi ; Pleurotomaria expensa , Turbo niso , Plicalula ( très- rare et nondét.); Ostrea cymbium , Tereb. numismalis ; Spiriferina pinguisel rostrata; Rhynchonella variabilis. A Essey, fossés de la route de Saulxure , la base de cette zone offre un petit horizon de Gastéropodes et de Brachiopodes. J'y ai surtout observé : Deux espèces nouvelles d'Ammonites, VA. Heuleyi ; les Pleurotoma- ria anglica et expensa, le Turbo mso et trois autres espèces ; deux espèces de Plicalula ; YUnicardium cardioïdes ; les Rhynch. thalia , va- riabilis : les Spiriferina ocloplicala, rostrata, pinguis, verrucosa , et les Tereb. cornula et numismalis. Cette zone est surmontée directement par les marnes à gypse sans fossiles. 4 me Zone. — Marne sans fossiles. § XXII. — Ces marnes, qui atteignent une assez grande épaisseur, ne renferment point ou que très-peu de fossiles ; elles sont grises ou bleues, renfermant des plaquettes de gypse cristallisé et quelques nodules cal- caires. Cette marne est visible sur une assez grande hauteur, dans l'an- cienne carrière de la tuilerie de Seichamp. Elle renferme quelques fora- minifères qui deviennent plus abondants dans la couche suivante, à la- quelle elle passe insensiblement. o me Zone. — Couches a A. margaritatus. § XXIII. — Cette zone, qui comprend plusieurs niveaux minéralogi- ques différents, a une puissance d'environ 15 à 20 mètres. Ces niveaux sont tous caractérisés par VA. margaritatus. Ils sont cons- tants dans le département et seretrouventen Normandie. Ce sont : 1 er niveau : marne bleue Beletmiilcs clavatus. 2 me niveau: marne à ovoïdes ferrugineux et à grands indi- vidus d'A. fimbrialus. 3 me niveau: grès argileux et ovoides gréseux à A. spinatus et à Plicatula (harpax) pectinoïdes(\), suivant Deslong- champs. 4 er Niveau. — Marne à Belemnites clavatus. § XXIV. — Elle est argileuse bleue et pyriteuse , avec nodules de (1) Plicalula spinosa (Sow.) ( 570 ) même substance décomposés : elle s'exploitait il y a quelques années à la tuilerie Saint-Jean, (route d'Esseyà Agincourt.) Les couches supérieures de celte marne sont caractérisées par les espèces suivantes que j'y ai recueillies : B. clavalus et elongatus ; A. mar- garilalus ; Nautilus inlermedim? Turbo Mydas , Pleur olomaria ex~ pensa et anglica , Unicardium janthe ; Plwladomya ; Pecten œquivalvis ; Mytilus scalprum. Plusieurs Arca et Nucula sont très-communes. Ce niveau a été mis à découvert dans la tranchée du chemin de fer à la Neuveville, ainsi que le suivant. On le retrouve à Thélod, aux environs de Nomeny, etc. 2 rae Niveau. — Marne à ovoïdes ferrugineux et niveau à grandes A. fimbriatus, § XXV. — Ce niveau est moins riche en fossiles que le précédent : la marne est jaune, d'environ 5 à 6 m d'épaisseur; elle est caractérisée par des couches d'oroïdes ferrugineux, régulièrement disposées dans sa masse et par la présence de grands individus de VA. fimbriatus, espèce que nous avons vue très-petite dans la 3 me zone déjà décrite. Cette espèce atteint dans cette couche une épaisseur de m 20 e (et un diamètre de m 50 c et plus.) A la partie supérieure de ce niveau on trouve un horizon caractérisé par les Belemnites Fournelianus, une Arca et une Cypricardia. J'ai observé ce niveau à Thélod, Pont-Saint-Vincent, Ludres, près de Fléville et à la tuilerie Saint-Jean. 3 o 5J C3 . 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Jacquot met sous les yeux des membres un échantillon d'argile bleue de Sadirac , canton de Créon (Gironde) , contenant des empreintes et des fragments de végétaux fossiles. Cette argile est grossière et n'est point exploitée par les tuiliers. Le même membre présente une carte géologique provisoire de la pé- ninsule ibérique, dressée par MM. de Verneuil et Collomb; il en expose les détails, en partant des terrains inférieurs et poursuivant jusqu'au diluvium, puis il entretient la Société de la formation des montagnes et des grands lacs. Entomologie. — M. l'abbé Catjdéran, correspondant, envoie un mé- moire sur le système nervulo-alaire dans la famille des Piérides. Botanique. — M. Lafont soumet à la Compagnie" un album composé des dessins originaux de plusieurs espèces de Staiice, genre dont il s'occupe spécialement. ( 576 ) Séance du 1 er février. — Malacologie. — M. Gassies lit une noie sur la disparition de YHelix Pomalia dans le bassin sous-pyrénéen et l'accli- matation de certaines autres hélices dans nos régions. Quelques observations sont échangées à ce sujet entre l'auteur d'une part, MM. Des Moulins , Jacquot, Raulin et Durieu de l'autre. Séance du 15 février. — Botanique. — M. Mabille, correspondant à Bastia, envoie un travail sur la flore d'une partie de la Bretagne. L'im- pression dans les Actes de ce mémoire est autorisée ( t. XXV, 6 e livrai- son). Séance du 22 mars. — Paléontologie. — Communication de M. Cot- teau relative à plusieurs échinides nouveaux ou peu connus , et parti- culièrement à YAmphiope Agassizii Des M., du calcaire à Astéries de l'Entre-deux-Mers. Séance du 5 avril. — Botanique. — M. Souverbie lit une lettre du B. P. Montrouzier, correspondant de la Société à l'Ile Art (Nouvelle- Calédonie) ; cette lettre annonce l'envoi de graines de cette contrée et d'une plante desséchée que le K. P. se propose de nommer Dunalia Artensis. Examen fait de cette plante et du dessin colorié qui l'accompagne, M. Durieu reconnaît qu'elle appartient à un genre connu (Amorpho- phallus) ; mais il lui est impossible d'en déterminer l'espèce, le végétal ayant été rongé par des Dyptères, dont les larves et les nymphes rem- plissent le tubercule et la fleur. Sur la proposition du Président , la Société décide que le R. P. Mont- rouzier sera prié de vouloir bien faire à M. Durieu un nouvel envoi de graines et de tubercules de cette plante. Géologie. — M. Lafont dépose sur le bureau des coquilles marines qu'il a trouvées dans la dune de Moulleau , à Arcachon, au milieu d'un sable titanique et mélangées à des arbres en place et à des fragments de poterie. Malacologie. — M. Gassies dépose sur le bureau des coquilles de la Nouvelle-Calédonie, Bulimus pseudo-Caledonicus , qu'il a reçues du R. P. Montrouzier et qui varient de forme, d'aspect et de coloration , au point de se relier à d'autres espèces qu'on devra faire rentrer peut-être dans un type plus rigoureux. Séance du 19 avril, — Botanique. — Communication de M. Durieu elative à l' Amorphophallus , plante néo-calédonienne, dont il a été ( 577 ) question dans la précédente séance. Cette plante , avec le dessin à l'appui, a été envoyée au Muséum d'histoire naturelle, à Paris , pour y être examinée avec les moyens puissants dont dispose cet établissement. Zoologie. — Le même membre signale le fait remarquable d'une ponte de six œufs, qui vient de se produire au Jardin des Plantes de Bordeaux, et qui est le produit de l'accouplement de deux cygnes d'es- pèces différentes : un mâle noir, une femelle blanche. Géologie. — M. Souverbie présente, au nom de .M. Tournouër, une roche des environs de Meilhan (Lot-et-Garonne), qui contient des Oper- culines et des Nummulites (N. intermedia?). Celte roche, qui appartient au calcaire à Astéries, existe particulièrement dans une carrière ouverte sur la rive droite du Lizos. Elle correspond à la formation miocène infé- rieure du bassin de l'Adour et n'avait pas encore été indiquée dans le bassin de la Garonne. Séance du 3 mai. — Géologie. — M. Delfortrie, correspondant à Mon- ségur, envoie un dessin de poisson fossile trouvé dans le calcaire à Asté- ries de Saint-Sulpice deGuilleragues. Il signale aussi des débris de Palœo- therium dans les terrains du hameau de Gravelines, à 2 kilomètres de Duras, dans le Lot-et-Garonne. Botanique. — M. Durieu met sous les yeux de la Compagnie deux fort belles gousses de vanille, les premières qui aient fructifié dans les serres du Jardin des Plantes de Bordeaux. Ces fruits ne le cèdent en rien à ceux de nos colonies , aussi bien sous le rapport du parfum que sous celui de la grosseur. Divers. — M. Gassies dépose un Unio sinualus de la Garonne, dont la nacre a été polie et présente plus d'irrisalions que la nacre exotique. Il montre divers objets, tels que broches, boutons, etc., qui ont été façonnés avec la coquille de ce mollusque. Le même membre expose sur le bureau des haches en pierre polie que le R. P. Montrouzier lui a envoyées de la Nouvelle-Calédonie; elles sont au nombre de cinq et différentes de forme et de nature. Aucune n'est emm nchée; mais il en existe une au Muséum de Bordeaux, qui est montée en herminelte. Ces pierres paraissent analogues à celles des peuplades qui, jadis, habitaient nos contrées, et M. Gassies, qui s'est livré à des recherches suivies à ce sujet, a rencontré dans l'Agenais des types tout-à-fait identiques à ceux de la Nouvelle-Calédonie. Des objets , taillés et polis, en os de chèvre, de mouton , etc, , affec- tant, les uns la forme de poinçons aigus destinés à la coulure, les autres (578 ) celle de lissoirs pour écraser les surjets, sont ensuite communiqués par M. Gassies, qui les a reçus de M. Noulet de Toulouse ; ils proviennent des cavernes de l'Ariége. Le même membre fait encore voir un objet servant de parure aux Néo- Calédoniens; cet objet est un ovale irrégulier, en pierre madréporique , percé à peu près aux deux tiers de sa longueur, d'une ouverture oblique à l'axe. Séance du 17 mai. — Botanique. — M. De Kercado dépose sur le bureau une rose dont le cœur est vert. M. Des Moulins fait remarquer que cette monstruosité, qui paraît se perpétuer sur le même pied et peut s'obtenir par greffe, tient à une double cause : 1° Au changement des étamines (dont quelques-unes ont encore un filament et une anthère jaune et vide), en pétales ; 2° A la prolification du fruit, qui se divise en plusieurs fleurs avor- tées, formant une sorte d'ombelle d'avortement , dont l'axe se prolonge sous la forme d'un bouquet de folioles calicinales ou sépales. Il y a donc, dans ce cas, double prolification : i° prolification mé- diane courte, avec disjonction des sépales incomplètement changés en feuilles; et 2° prolification axillaire partant de la base du fruit et ne donnant que des fleurs avortées. M. Durieu signale comme existant en abondance à l'étang de Cazeaux : Linaria IhymifoliaDC. et Isoëles Hijstrix DR. dont il distribue de nom- breuses touffes. Malacologie. — M. Gassies présente quelques remarques au sujet de trois coquilles de la Nouvelle-Calédonie : Melampus sciuri Lesson , Truncalella conspicua Bronn et T. semicostata Montrouzier. Le Melampus sciuri porte à son sommet une sorte de ponctuation concave formant un ornement assez régulier, due à des lames épidermi- ques qui existent dans le jeune âge , mais disparaissent dans l'âge adulte. Les Truncatella conspicua et semicostata sont complets et sans tron- cature; tous les jeunes individus de ces espèces faisant partie d'un ré- cent envoi fait par le R. P. Montrouzier, ressemblent au Paludina Des- noyersii Payraudeau, ce qui vient à l'appui de l'opinion émise par M. Deshayes que cette paludine est simplement une jeune troncatelle. Séance du 2 août. — M. Des Moulins , au nom de M. Durieu de Mai- sonneuve empêché, met sous les yeux de la Compagnie un échantillon de pâte à papier fabriquée par M. Pedroni avec la cellulose de YUeleocharis ( 579 ) amphibia (DR. in litt. ) , plante exotique , aujourd'hui acclimatée sur les rives de la Gironde et de la Garonne. Séance du 8 novembre. — M. Linder dépose sur le bureau un fruit d'Heritiera du Gabon, dont l'amande, traitée par l'eau de mer, devient un savon très-actif. Malacologie. — M. Gassies entretient la Société de l'apparition du Dreissena polymorpha dans le canal latéral à la Garonne, à Agen, ce qui fait supposer que ce mollusque existe dans tout le parcours du canal et peut-être dans la Garonne et la Gironde. Séance du 20 décembre. — Botanique. — M. Durieu présente : I e des rameaux feuilles d'Eucalyptus globulus de la Nouvelle-Hollande, dont l'odeur aromatique paraît préserver des fièvres paludéennes ; 2° de jeunes pieds de divers acacias du même pays ; 3° des sporanges de Marsilea salvatrix de la Nouvelle-Hollande; 4° des plants desséchés de Marsilea hirsula provenant de ses cultures (1). (1) Lorsque j'entretins la Société linnéenne du Marsilea hirsula. j'ignorais que le continent australien recelait, outre ce Marsilea, publié par l'illustre R. Brown, il y a plus d'un demi-siècle, d'autres espèces analogues, toutes de grande taille, à feuilles soyeuses , formant avec la première un groupe tout particulier et fort beau. Je n'hésitai donc pas à étiqueter du nom de M. hirsula une plante obtenue de fruits reçus de M. F. Mùller. Plus tard, j'apprenais, par un envoi dû à la bienveillance de M. Al. Braun, que ce prétendu M. hirsula constitue une espèce nouvelle, récemment distinguée par lui, inédite alors, à laquelle il avait donné le nom très-approprié de M. elala. Deux autres belles espèces , M. Drummondi et M. salvalrix , déjà décrite par l'illustre professeur de Berlin , appartiennent également au même groupe. On se rappelle comment la dernière a acquis une sorte de célébrité, qui lui a valu le nom de salvalrix Au surplus, le M. hirsula, qui ne paraît pas avoir été retrouvé depuis R. Brown, est encore une plante douteuse comme espèce, ainsi que le constate M. Al. Braun dans son mémoire sur le Marsilea et le Pilularia (Monatsberichte der Kônigl. Akademie der Wissenschaften zu Berlin, oct. 1863, p. 426), En effet, si ce M. hirsula semble se rapprocher du M. Drummondi par ses folioles obovoïdeo- cunéiformes, d'autre part ses sporanges presque sessiles l'éloigneraient de cette der- nière espèce dont les pédicelles mesurent 5 à 5 centimètres de longueur. Dans tous les cas, la plante de R. Brown est très-distincte du M- elala A. Br., dont les sporan- ges sont portés sur des pédicelles atteignant 10 à 12 centimètres. La culture des Marsilea, de celles de la Nouvelle-Hollande surtout, est des plus faciles, à la condition toutefois de ne point les cultiver dans l'eau , comme quelques personnes s'obstinent encore à le faire. Les spores ne peuvent germer ailleurs que dans l'eau sans doute , mais les jeunes sujets doivent en être bientôt extraits, et c'est après les avoir laissés se fortifier quelque temps en pot, qu'ils sont livrés à la pleine ( 580 ) ANNÉE 1866. Président, : M. Ch. Des Moulins. — Vice- Président : M. De Kercado. — Secrétaire général : M. Raulin. Séance du 3 janvier, — Malacologie. — M. Gassies entretient la Société de quelques particularités relatives aux mœurs des Dreissena. « M Van Beneden a affirmé, dans son mémoire spécial , que ce mollus- » que n'a pas de pied; que l'organe qui le remplace n'est qu'une sorte j> de languette destinée à filer le byssus. Sa forme et ses fonctions étant » ainsi définies, il assure que le muscle est trop lâche et tendineux. » M. Gassies pense que ce dernier caractère ne peut être invoqué sérieu- d sèment, les Cyclas et les Pisidium possédant un organe semblable „ » qui cependant n'a été nié par personne comme organe de locomotion. » Il affirme aujourd'hui, après de nombreuses observations que le Dreis- » sena polymorpha possède un véritable pied à l'aide duquel il peut » changer de place à son choix , et que chaque fois le byssus est renou- » vêlé. y> Botanique. — M. Clavaud rend compte d'un mémoire de M. Etienne, sur les éléments corticaux, que cet auteur ne considère pas comme un tissu homogène, mais plutôt comme des écailles imbriquées les unes sur les autres. Chacune des écailles serait un individu dont la tige serait le support parfaitement organisé, et chaque élément serait composé de deux parties : la plaque corticale et la feuille. Gaudichaud, dans la théorie des phylons, regarde la feuille comme l'individu végétal le plus élémentaire. Comme M. Clavaud, MM. Durieu, Des Moulins et Raulin trouvent que la théorie de M. Etienne rend compte de la Phyllotaxie d'une manière très-simple. Séance du 6 janvier. — Botanique. — M. Des Moulins communique une lettre de M. Spragus , de Boston. Dans cette lettre M. Spragus affirme, avec beaucoup de détails, qu'il n'a jamais vu de champignon parasite sur les fruits des vignes de son pays, où on les recueille pour terre, où leur croissance est rapide et leur fructification abondante. Le M. salvatrice est surtout remarquable par le développement extraordinaire qu'il prend en une seule saison, le produit d'une seule spore pouvant former, à la fin de l'automne , une prairie épaisse, d'un mètre environ de diamètre. Bordeaux, février 1868. Durieu de Maisonneuve, ( 581 ) la table, et où, par conséquent, il serait facile d'apercevoir les moindres taches fungiques. Il pense que la taille européenne détruit la vigueur de nos vignes et les rend sujettes aux attaques des parasites ; mais qu'en général les plantes non cultivées possèdent une robmticilé qui les met à l'abri des attaques de ceux-ci. Par conséquent il croit que nous pou- vons facilement cultiver sans maladie les vignes américaines en Europe, jusqu'au moment où ces vignes auront été affaiblies par leur croissance dans un pays qui n'est pas le leur, et par un régime artificiel de culture ; elles deviendront alors malades comme celles qui y sont cultivées depuis un temps très-long. Géologie. — M. F. Ladevi présente à la Société quelques échantillons de roche siliceuse, grise, grenue, remarquable par le grand nombre d'empreintes et de moules qu'elle renferme. On y distingue à première vue des polypiers, àesrudisles, des pétoncles , des avicules, des co- quilles lellinoïdes, beaucoup d'autres bivalves, des dentales, des na- liccs , des moules forts variés, des coquilles turriculées, des baculiles ; enfin plusieurs formes singulières qu'on ne peut guère rattacher à aucun genre connu. Tous ces échantillons proviennent de la commune de Saint-Germain-du-Salembre (Dordogne) , où les roches auxquelles ils appartiennent, forment une couche brisée sur place, qui termine le terrain crétacé et paraît appartenir à un étage géologique non encore étudié. M. Des Moulins pense que ces silex se rattachent à ceux qu'il consi- dère comme les équivalents de la craie de Maëstricht. 11 pense qu'il faut attendre, pour être fixé, à cet égard, que la localité ait été bien explo- rée ; elle donnera sans doute lieu à un supplément considérable à cette faune spéciale. Séance du 21 mars,. — Géologie et Hydrologie. — M. Linder montre des échantillons des trois roches inférieures du sondage artésien de Rochefort: un grès grossier granitique avec veines schisteuses, un grès moins grossier sans feldspath , tous deux de la base du lias; enfin, des argiles brunâtres peu ou point calcarifères , appartenant au trias et à la surface desquelles, à 83 mètres, a été trouvée une nappe d'eau dont le débit est de \ litre par seconde, soit de 96 mètres cubes par jour, quan- tité suffisante pour le service de l'hôpital de la marine. La température de l'eau paraît être d'environ 41° 5. Séance du 4 avril, — Hydrologie. — M. Linder rend compte de la visite qu'il a faite, le 24 mars, au puits artésien d'Arcachon L'orifice du ( 582 ) tubage s'élève à m ,30 environ au-dessus du fond d'une dépression, fond qui, lui-même, est à l m ,80 environ en contre-bas du niveau de la gare et de l'avenue de la plage. Une pompe Leteslu puise l'eau dans le puits, aune profondeur de 9 m , 75 au-dessous de l'orifice du tubage. A cette pro- fondeur, le débit est de 14 mètres cubes à l'heure ; il n'est que de 900 litres à l'orifice. Le niveau hydrostatique du puits d'Arcachon ne dépasserait probablement pas une hauteur de m ,67 au-dessus de l'orifice du tubage, c'est-à-dire qu'il n'atteindrait pas le niveau de l'avenue de la plage. Le puits d'Arcachon n'est donc pas un puits artésien dans l'acception propre du mot, car il ne pourrait servir à l'alimentation de cette localité, sans l'intermédiaire d'une force motrice. Il n'en est pas moins vsai que ce forage est un immense bienfait pour Arcachon , l'eau qu'il fournit étant d'excellente qualité. Cette eau est élevée dans des réservoirs placés à 45 m d'altitude , d'où elle est ensuite distribuée dans le Casino et les villas d'hiver. Si la municipalité d'Arcachon se décidait à son tour à faire forer un puits pour les besoins de la ville , l'eau de ce puits, élevée de quelques mètres seulement, au moyen d'une pompe, permettrait d'alimenter des fontaines dans toutes les parties basses de la commune. Séance du. 2 mai,— Botanique. — M. Durieu annonce : 1° qu'un Chamœrops excelsa Thunb. femelle, palmier originaire de la Chine, qu'il a cultivé en pleine terre au Jardin botanique , est en fleur; 2° qu'un Gerrardanthus porlenlosus Ndn. d'Afrique, commence à pousser (1); (l) Le développement énorme que continue de prendre le tubercule radical de cette curieuse cucurbitacée, justifie de plus en plus le nom provisoire, sous lequel elle est désignée. Jusqu'à présent elle n'a pas produit de graines, la plante n'ayant pas fleuri ; mais elle se reproduit par boutures. Toute bouture devrait produire identiquement le végétal d'où on l'a détachée , et néanmoins celles du Gerrardanthus n'ont point développé de tubercule, sauf un petit nombre d'éntr' elles , trois ou quatre seulement sur soixante, qui ont produit, au bas de la tige et au niveau du sol , un tubercule fort petit , à peine gros comme une noisette , tandis que le pied-mère , venu de graine , étalait déjà sur le sol, au bout de quatre mois de plantation , un disque de 10 centimètres de diamètre, du centre duquel s'élevait la tige. Du reste , on remarque aussi des renflements latéraux sur des points non déterminés des tiges du pied-mère , et comme j'ai eu soin de faire bouturer quelques tronçons présentant ce renflement , il est possible que ce soit d'eux seulement que tirent leur origine les pieds munis du petit tubercule latéral dont je viens de parler. Le fait assez singulier de la non-reproduction , par la voie du bouturage, du gigan- tesque tubercule épigé du Gerrardanthus s'expliquerait par une hypothèse qui me ( 583 ) 3° que YAmorphophallus , envoyé par le R. P. Montrouzier, a élé arrangé au Muséum, et qu'il constitue une nouvelle espèce, nommée Neo-Calé- donicus par M. Ad. Brongniart; 4° que M. Balansa a trouvé le Pilularia minutaBR. et un nouveau Riœlla monoïque à Roque-Haute , près Agde. M. Ivoy annonce qu'il est parvenu à faire lever des graines de Cedrus Deodora. M, Des Moulins a reçu de M. Bordère un Dioscorea (!) des Pyrénées , découvert primitivement par M. Boubani, et retrouvé plus à l'Ouest de la première station. M. Al. Lafont présente le Myosotis Balbisiana J ord. et le Polysiphonia fibrata, trouvés à Arcachon par M. Lespinasse. Géologie. — M. Delfortrie lit une note géologique sur le canton de Monségur (Gironde). (Cette note a été insérée dans les Actes, t. XXYI , l re livraison.) Zoologie. — M. Lafont dit que dans les Marsouins et les Squatina d'Arcachon, il y a deux poches ou réservoirs alimentaires dans lesquels on trouve habituellement des soles , des royans et des jeunes grondins. Séance du 6 juin — Paléontologie. — M. Gassies annonce que M. Daniel Guestier vient de recevoir une tête entière de Cervus Mega- ceros d'Islande, dont le bois mesure 3 m 50 d'envergure. Géologie. — M. Delfortrie envoie des échantillons d'un calcaire blanc à Hélix Aginensis et H. Ramondi de Mauvezin , à 4 kilomètres de Mar~ mande. Séance du 1 er août. — Physique générale. — M. Raulin communique des vues générales sur le magnétisme terrestre , dont l'impression dans les Actes est volée (t. XXVI, 2 e et 3° livraisons). Séance du 7 noyembre, — Géologie. — Communication de M. Linder, tendant à démontrer, comme l'avait déjà avancé M. Jacquot , que des sables pliocènes existent tout aussi bien sur la rive droite que sur la rive gauche de la Garonne. Ces sables diversement colorés, traités par des réactifs, laissent pour résidu un sable identique à certains sables des Landes, mais plus fin. Outre les lieux indiqués par M. Jacquot, M. Linder semble réunir de grandes probabilités. En effet, puisqu'il paraît établi déjà que, seuls, les sujets venus de graines donnent naissance à l'énorme masse radicale , n'est-iPpas probable que le tubercule est exclusivement congénial, qu'il existe à l'état de germe au bas de la tigelle de l'embryon , et que l'analyse en révélera l'existence. Bordeaux, février 1SGS. Dit.ieu De Maisonseuve. ( 584 ) cite des sables blancs , à Lignan et à Blanquefort, où ils sont caractéri- sés par Valios qui les couronne, et des sables jaunes et roses dans les communes d'Artigue et de Tresses. M. Linder dit ensuite quelques mots sur des observations qu'il a faites et qu'il poursuit , et desquelles il paraît résulter que le calcaire de Bourg et le calcaire de Saint-Macaire doivent être réellement considérés comme un tout unique, postérieur à la molasse du Fronsadais, et dans lequel semblent avoir apparu de temps à autre, dans quelques localités, des dépôts calcaires lacustres. M. Ladevi communique de nouvelles observations sur le banc fossili- fère qu'il étudie depuis quelques années dans la Dordogne. Il pense que cette coucbe, qui n'a queO m ,60 d'épaisseur, n'exisle que là où la mollasse repose directement sur la craie. De plus, il croit que les par- ties qui n'ont pas été recouvertes par la mollasse ont été détruites par les agents atmosphériques , ce qui expliquerait sa rupture. M. Des Moulins cite son silex à Faujasia comme identique aux échan- tillons présentés par M. Ladevi. Malacologie. — M. Gassies lit un mémoire sur la malacologie terres* tre et d'eau douce de la partie purement arénacée de notre littoral. (Ce travail a été inséré dans le tome XXVI, 2 e et 3 e livraisons des Actes ) Séance du 5 décembre. — Zoologie. — M. Trimoulet fait une com- munication sur un tissu marin en forme de cornet , qu'il considère comme un nid de crustacé. D'après M. Paul Bert, ce cornet aurait été déjà décrit, il y a quelques années , par B. Owen comme un spongiaire siliceux sous le nom d' Euplectena aspergillus et figuré en même temps de grandeur naturelle avec les deux extrémités grossies. La nature de sa silice, qui n'est pas susceptible de se transformer en silice gélati- neuse, non plus que celle des spicules des éponges, ne laisse aucun doute à M. Bert sur l'exactitude du rapprochement établi par Owen. M. Des Moulins aurait été disposé à considérer ces corps comme des capsules ovigères de crustacés. Séance du 19 décembre. — Zoologie. — Il est donné leclurc d'une note sur les spicules de spongiaires par M. P. Fischer. L'impression de celte note est votée (t XXVI, 2 e et 3 e livraisons). Paléontologie. — M. De Kercado présente divers fossiles du Gard , notamment : Gryphœa arcuala , Exogyra Couloni, des Sphériililes , etc. ( 585 ) ANNÉE 1867. Président : M. Ch. Des Moulins. — Vice-Président : M. Raulin. — Secrétaire général : M. Linder. Séance du 16 janvier.. — Géologie. — M. Linder donne lecture d'une correspondance d'Alger, relative au tremblemeut de lerre qui vient de désoler la province de ce nom. Celte correspondance, qui confirme les principaux faits publiés à ce sujet par les journaux, signale comme centre du mouvement ondulatoire un filon Irachylique situé aux envi- rons de Bou-Roumi. M. Linder cite, à cette occasion, quelques obser- vation qu'il a faites lors du tremblement de terre qni a détruit Djigelly il y a une dizaine d'années , et dont l'ensemble tend à prouver que l'oscillation qui a déterminé cette catastrophe a été une ondulation com- plexe. L'extrémité d'un pendule d'environ 4 m 50 de longueur traça sur le sable une courbe en huit irrégulier, dont la plus grande dimension était à peu près dirigée de l'Ouest à l'Est. A Philippeville , la flèche du clocher éprouva un déplacement remarquable, comme si elle eût été saisie par son sommet et qu'on lui eût imprimé un mouvement de torsion de gauche à droite. Physique générale. — M. Raulin communique à la Société les résul- tats que M. Peslin, ingénieur des mines à Tarbes, a obtenus relative- ment à la durée de la rotation du pôle magnétique autour du pôle terrestre : ces résultats concordent parfaitement avec ceux auxquels il est arrivé de son côté par une méthode différente. L'impression dans les Actes de la note de M. Peslin est votée. Séance du 6 février. — Malacologie et Paléontologie. — M. Ch. Des Moulins lit une note de M. l'abbé Bardin, membre correspondant à An- gers, sur des lymnées et des miliolites du Maine-et-Loire. Le même membre fait ensuite passer sous les yeux de la Société un très-bel échantillon d'Echinobrissus (?) paraissant appartenir à une espèce nouvelle et provenant du calcaire à Astéries de Monségur, où M. Delfortrie l'a trouvé. Cet échantillon sera communiqué à M. Colteau, avec prière de vouloir bien en donner la détermination. Séance du 20 février. — Géologie. — M. Des Moulins lit un extrait du rapport annuel (1865) des conservateurs du Muséum de géologie du collège Howard, à Cambridge (Massachusetts). Il résulte d'un pas- ( 580 ) sage de ce rapport que, dans l'Amérique du Sud, on observe souvent, tantôt sous le diluvium, tantôt à fleur de terre , des masses granitiques , dioriliques et métamorphiques , passées à l'état presque pâteux. MM. Raulin et Linder font remarquer que ce fait n'est pas rare. Le premier en cite plusieurs exemples , en France, et rappelle que, depuis longtemps, M. de Boucheporn en a signalé de semblables à l'isthme de Panama, où l'altération des roches est même si profonde, qu'il est difficile de l'expliquer par des causes actuelles. M. Linder indique des masses granitiques en décomposition qu'il a observées dans les monts Cantabres, entre Ribadeo et Yivero. Comme en Amérique, ces masses sont tantôt sous le diluvium , tantôt à fleur de terre. Elles sont surtout abondantes autour de Sargadelos. Lorsqu'on a traversé la Sierra-de-Loba , pour se rendre de Mondonedo à cette loca- lité, dès le village de Rua, on se trouve dans des terrains kaolinisés dans lesquels les pieds des chevaux s'enfoncent plus ou moins profondé- ment. Les mêmes faits s'observent entre Sargadelos et la mer, partout où le granité se montre à la surface. Le gisement le plus important de ces granités en décomposition existe à Castro-Alto, dans la paroisse de Lago , commune de Jove , à 7 kilomètres environ à l'O. N. 0. de Sargadelos. Il s'étend sur une grande surface le long de la mer, recouvrant le granité massif d'une couche pâteuse de quelques mètres d'épaisseur, et dont la limite inférieure est de forme très-irrégulière: tantôt cette limite des- cend en effet au-dessous du niveau de basse-mer, tantôt, au contraire, elle s'élève à quelques mètres au-dessus du niveau des plus hautes marées , selon les ondulations qu'affecte elle-même la surface du ter- rain. L'épaisseur de la couche kaolinisée varie généralement de 3 à 4 mètres. Souvent la masse pâteuse renferme distinctement les trois éléments composants du granité ; d'autres fois elle est littéralement à l'état d'argile molle , presque coulante, d'un blanc de lait éclatant et à peine mélangée d'un peu de quartz et de mica. Considéré dans son ensemble, le gisement de Castro-Alto comprend trois variétés de kaolin : un kaolin caillouteux, grenu et friable, qui se compose d'un mélange de grains de quartz, de paillettes de mica et de kaolin; un kaolin sablonneux qui est friable, très-maigre au toucher et renferme une assez grande quantité de quartz à l'état de sable; enfin un kaolin argileux, à l'état de pâte peu liante, formée par un mélange d'argile blanche (arcilla blanca) et de paillettes de mica en assez petit nombre. ( 587 ) Dans certaines localités , ces argiles ont été entraînées par les eaux atmosphériques au bas des pentes , où elles ont comblé des bas-fonds qui sont parfois l'objet d'exploitations a,ssez actives : tels sont les dépôts de la Limosa, de Rego-de-Varas , de Vega-de-Vila , etc. (1). Séance du 6 mars. — Botanique. — M. Lafont annonce qu'il a trouvé le 5 février précédent, dans une lète du Cap-Ferret et en pleine fructifi- cation, un Ophioglossum qui n'est pas Y Op. lusitanicum L. , et par con- séquent pourrait bien être une espèce nouvelle , Y Op. vulgatwn L. , fructifiant en juin. M. Durieu répond qu'il a déjà trouvé cette même fougère en fructifi- cation , mais au mois de mai ; elle se distingue des autres espèces con- nues à' Ophioglossum par la position des frondes fructifères, qui se dé- veloppent plusieurs à la fois à chaque nœud; mais ce caractère lui paraît insuffisant pour en faire une espèce nouvelle. Dans tous les cas, s'il devait en être autrement, cette fougère devrait figurer sous le nom de M. Puel, qui, le premier, l'a trouvée en herborisant aux environs de Paris. Zoologie, — M. Lafont donne ensuite quelques détails intéressants sur l'aquarium d'Arcachon. Parmi les observations qu'il signale , il insiste sur celles qui sont relatives au syngnathe. Chez ce poisson, c'est le mâle qui porte les œufs dans une poche sous-ventrale, formée par deux pellicules symétriquement placées par rapport à l'axe du corps, les- quelles se soudent par leurs bords libres et restent ainsi jusqu'à ce que l'incubation soit complète. A ce moment une petite déchirure se produit à l'extrémité du sac , le long de la suture, et les petits en sortent au fur et à mesure de leur éclosion. M. Lafont termine son intéressante communication par quelques obser- vations sur la respiration de plusieurs poissons et de quelques mollus- (1) Ces argiles sont très-blanches et très-réfractaires. Celles de Rego-de-Varas ont la composition chimique suivante : Silice 0,o00 Alumine 0,520 Oxyde de fer 0,039 Chaux et magnésie traces Perte par la calcination 0,120 Total 0,979 Les argiles de la Limosa ont une composition peu différente, mais elles ne ren- ferment pas de fer. L. ( 588 ) ques. Par exemple, il a constaté que les squales ont 50 aspirations par minute, quand ils sont éveillés , et un tiers de moins pendant leur sommeil. Séance du 20 mars. — Paléontologie. — M. Delfortrie dépose sur le bureau de beaux échantillons de crustacés fossiles du genre Neplunus Milne Edw. , qu'il a trouvés dans le calcaire à Astéries de Monségur. Zoologie. — M. Souverbie place sous les yeux des membres présents un spécimen de poisson empaillé, dont la forme générale est conique et la peau de couleur marron, zébrée de raies brunes transversales assez larges. La tête a beaucoup d'analogie avec celle du dauphin légendaire; elle est très-grosse et présente, à sa partie postérieure, deux fentes qui paraissent correspondre aux ouïes. La bouche est bordée d'une triple rangée de dents. La longueur du corps est de cinquante centimètres environ. Ainsi que M. Souverbie, aucun des membres présents ne connaît le nom de ce poisson , dont le mode vicieux d'empaillement rend d'ailleurs la détermination précise assez difficile. Séance du 3 avril. — Zoologie. — M. Souverbie fait connaître que le poisson qu'il a montré à la précédente séance, paraît être un gymnomu- rena , nom sous lequel un échantillon analogue figure dans les collec- tions de la Faculté des Sciences. Toutefois la description que donne des animaux de ce genre le dictionnaire des Sciences naturelles , ne corres- pond qu'imparfaitement à celle du poisson dont il est question. Paléontologie. — M. Durand , correspondant à Philadelphie , écrit au sujet d'un saurien fossile présentant quelque analogie avec le Kan- guroo, et que le docteur Cope a trouvé dans le cretaceous green-sand, du New-Jersey, à 8 milles de Philadelphie. Il complète sa communication par la note suivante de ce savant naturaliste : « Le Lœlops aquilonguis » Cope est voisin du Megalausorus ; mais il se tenait debout sur ses » hanches comme un Kanguroo. Le Bathygnaltis Leydy, des Inas, était )> aussi un genre allié au précédent et c'est probablement lui qui a laissé » les empreintes, semblables à celles de pieds d'oiseau du grès du Con- w necticut. Les os du Lœlops seront prochainement figurés; la phalange •jt unguéale est en hameçon et longue de 10 pouces anglais. » Séance du 17 avril. — Acclimatation. — M. Personnat, secrétaire honoraire de la Société des Sciences naturelles de l'Ardèche écrit au sujet du Bombyx Varna-mai , ver-à-soie nouvellement connu , se nour- rissant de feuilles de chêne et dont l'acclimatation en France peut être ( 580 ; aujourd'hui considérée comme définitive. Depuis cinq ans que celte nou- velle espèce est introduite en notre pays, M. Personnat a pu l'élever, même en plein air et sur taillis vivants, et la reproduire avec succès, dans l'Ardèche, pendant quatre générations consécutives; il a encore mieux réussi à Laval, dont le climat paraît mieux convenir à la culture en grand de ce bombyx. Paléontologie. — M. Linder ayant trouvé dans diverses localités des échantillons complets de Pecten Billaudellii Des Moul., fait faire la pho- tographie de ce fossile , dont M, Des Moulins se propose de donner dans les Actes une description avec planche à l'appui. Botanique. — M. Duuieu annonce à la Société qu'un pied mâle de Chamœrops excelsa Thunb., palmier de la Chine, vient de fleurir en pleine terre au Jardin des Plantes et qu'il porte quatre spalhes. Il rappelle à celte occasion, qu'il a déjà obtenu, en 1866, la floraison d'un plant femelle de la même espèce. C'est la première fois que pareil résultat est obtenu en Europe. Le même membre fait passer sous les yeux de ses collègues une graine de Zanonia macrocarpa Bluhm , cucurbitacée originaire de Java. Cette graine remarquable par ses ailes allongées , légèrement recourbées en forme de croissant , présente un développement en largeur, ailes comprises, de 15 à 16 centimètres; celles-ci déduites, sa largeur est de 12 millimètres et sa longueur de 20. Les ailes ont leurs extrémités arrondies ; elles ont à peu de chose près la même largeur dans toute leur étendue. Zoologie. — M. Samy rend compte d'une expérience qu'il a tentée pour étudier ce que devient un animal sur lequel on a greffé une partie d'un animal de même espèce, mort des suites des morsures d'une vipère aspis. Le dimanche, A avril , étant parvenu à s'emparer d'un reptile de cette dangereuse espèce, il l'enferma dans une boîte, où se trou- vaient déjà un lézard et une salamandre, et l'y laissa vingt-quatre heures. Il n'observa rien de particulier pendant ce temps. Mais le saurien et le batracien ayant été remplacés par un rat du Nord , la vipère se précipita sur celui-ci et le mordit; mordu à son tour, le reptile se vengea aussi- tôt par une seconde morsure. Dix-sept minutes après, le rat était mort, mais contrairement aux prévisions, son sang était liquide et son corps à peine enflé. M. Samy enleva une greffe au cadavre et l'implanta dans le corps d'un animal de même espèce, qu'il place sous les yeux de la So- ciété : c'est une jolie bêle, à fourrure brune et blanche , dont la vivacité Tome XXVI. 47 ( 590 ) ne laisse pas soupçonner la cruelle opération qu'elle a subie , ni sup- poser qu'elle soit de nature à déterminer sa mort. Séance du 1 er mai. — Géologie. — M. Des Moulins lit, par extraits , une lettre qui lui a été adressée par M. Albéric de Berjon. Les consé- quences suivantes résultent de cette lecture : 1° Le terrain crétacé de Lembras (Dordogne) contient des thécidées, des orbi toi i tes, Nalica rngosa, fossile caractéristique de la craie de Maëstricht, des pattes de crustacés, etc. 2° Un dépôt de cailloux roulés, calcaires, suivant M. de Berjon , (mais siliceux en réalité) , s'étend le long du ruisseau de Candau , depuis Pom- bonne jusqu'au Saintonget et probablement jusqu'à la Dordogne. Ce dé- pôts outre quelques silex taillés , renferme de nombreux polypiers bran- chus, Ostrœa arcuata et O.plicata, des fragments derudisles, etc.; tous ces fossiles sont roulés. 3° Un banc iïOslrœa longiroslris , non signalé par M. Delbos, existe dans le canton de Vélines et paraît être la continuation du banc du mou- lin de la Ferraille , que ce géologue indique. Paléontologie. — M. Des Moulins dépose ensuite, sur le bureau , au nom de M. Delfortrie, une collection de fossiles trouvés par ce dernier dans le calcaire à Astéries de Monségur : Pecten Billaudellii Des Moul. , Lithodomus cordatus , Xantopsis sp.?, Milne Edw. , une empreinte ne se rapportant à aucun fossile connu , etc., et que l'honorable président croit être l'empreinte d'un opercule de Nalica crassatina. M. Des Moulins appelle l'attention des membres sur la structure remarquable du crustacé (Xantopsis) et fait remarquer à ce propos combien les habitudes des crustacés du calcaire à Astéries paraissent avoir été différentes , suivant les genres : ainsi les Palœocarpiliius se trouvent toujours disséminés et isolés les uns des autres, tandis que les Neptimus sont toujours groupés, en quelque sorte, par familles. M. Souverbie dépose ensuite de magnifiques fossiles en nature du calcaire à Astéries de la côte de Pavie, près Saint-Émilion, On remar- que particulièrement le parfait état de conservation de Turbo Parkin- soni, Trochus Bucklandi et de divers échinides. Malacologie. — M. Lafont montre des Spirula Peronii Lk., mollus- que des mers australes, amenés dans nos régions par les courants péla- giques et rejelés sur la côte par les dernières tempêtes, pêle-mêle avec des Janthina communis Lk. et des Analifa slriala. Zoologie. — Le même membre entre ensuite dans quelques détails ( 591 ) au sujet d'un animal fort singulier, V Amphioxus lanceolalus Yarell , qu'il a découvert dans une excursion faite avec M. Fillioux, sur le Banc blanc, à Arcachon. Cet animal, qui appartient bien évidemment à l'em- branchement des vertébrés, manque de tous les caractères les plus remarquables de ce groupe : il ne possède ni vertèbres proprement dites, ni cœur, ni sang rouge, ni cerveau distinct; son squelette n'est repré- senté que par une ligne cartilagineuse analogue à la corde dorsale qui se montre chez l'embryon des vertébrés ordinaires et y précède l'exis- tence des vertèbres; l'axe cérébro-spinal y occupe sa place habituelle, mais ne présente en avant aucun renflement qui puisse être comparé à l'encéphale; la circulation s'effectue à l'aide de vaisseaux à parois con- tractiles, et ce sont les parois de la cavité pharyngienne qui remplissent le rôle d'un appareil branchial. h' Amphioxus est très-commun à Arcachon. Séance du 15 mai. — Botanique. — M. Raulin informe la Société que la partie botanique de son mémoire sur la Crète est à l'impression. M. le Président, à ce propos , félicite M. Raulin d'avoir, dans sa classi- fication , attribué aux espèces antérieurement décrites, le nom de l'au- teur qui les a établies le premier, et repoussé l'étrange manière de voir de certains botanistes qui croient pouvoir inscrire, sous leur propre nom , des espèces qu'ils ont distraites d'un genre pour les transporter dans un autre. Ces observations reçoivent l'assentiment général des membres présents. Paléontologie. — M. Des Moulins annonce qu'il a reçu de M. de Berjon une intéressante collection de fossiles de la craie de Lembras (Dordogne); il en donnera prochainement la liste détaillée. M. Des Moulins développe ensuite quelques considérations sur la clas- sification de certains opercules de gastéropodes , à propos de l'empreinte d'opercule corné que M. Delfortrie a trouvé dans le calcaire à Astéries de Monségur et qui a passé sous les yeux des membres dans la séance du 1 er mai. Il donne d'abord une description détaillée du fossile dont il s'agit; il en fait remarquer la forme caractéristique et les stries qui en recouvrent la surface; il montre que le fossile est sans épaisseur, et en conclut que ce n'est ni à un corps , ni à son moule qu'on a affaire , mais uniquement à son empreinte extérieure. La forme générale de celte empreinte, sa forte taille font supposer à M. Des Moulins qu'elle ne peut appartenir qu'au Nalica crassalina , si abondant, à l'état de moule , dans notre calcaire à Astéries. L'honorable Président cherche à justifier ( 5 45 Argile à anomies (n os 10 à 12) 6, 92 ( Calcaire grossier de Blaye (no s 13 et suivants ) 6, 15 y Dans le sondage de Margaux, on est actuellement dans des sables argileux gris, renfermant de petits échinides, des Peclen, des fragments ( 603 ) d'huîtres, etc., appartenant à des fossiles dont les analogues se retrou- vent dans les carrières de Blaye ou des environs. M. Linder rappelle ensuite l'existence de molasses, d'argiles et de marnes à Ostrœa producla au-dessus des carrières de Lavison , au nord de Saint-Macaire ; cette formation apparaît très-nette dans les tranchées de la route de Yerdelais, vers le point où cette route se divise en deux , l'une se dirigeant sur Langon, l'autre sur Saint-Macaire. Plus haut, dans les terres végétales, on voit quelquefois des blocs de calcaire qui renferment Ostrœa undala Lam., mais nulle part on n'en voit d'affleure- ments en place. Les molasses et les marnes de Saint-Macaire ont été signalées, dès 1862, par M. Tournouër, dans le Bulletin de la Société géologique, tome XIX, page 1056. — M. Linder a constaté que cette formation se poursuit, d'une part, jusqu'au-delà de Cadillac, dans les communes de Beguey, deLaroque, d'Omet, d'Arbis, d'Escoussans, etc.; d'autre part , jusqu'à Caudrot, pour reparaître plus loin à La Réole et au-delà. Séance du 20 novembre. — Botanique. — M. Lespinasse donne lec- ture d'un rapport sur la Monographie de la classe des fougères de M. Bommer, secrétaire général de la Société royale de botanique de Belgique. Ce mémoire , qui n'est que la première partie d'un travail beaucoup plus étendu, renferme une histoire complète de toutes les classifications proposées depuis la fin du siècle dernier. Après avoir passé en revue toutes ces classifications et en avoir signalé les particularités les plus saillantes, M. Bommer expose la sienne : « Il » résulte de mes études, dit-il, et de la compulsion des nombreuses » classifications que, depuis Bernhardi et Swartz, les seuls caractères d fondamentaux pour la classification des fougères doivent être tirés des » sporanges annelés , pseudo - annelés ou exannelés. J'ai adopté ces » caractères dans l'essai de classification que je présente à l'appréciation » du monde scientifique. » Les autres caractères , pris dans la préfoliation circinale ou dressée et le mode de déhiscence des sporanges (Fée); — dans les sporanges réunis ou distincts (Payer) ; — dans l'articulation ou la continuité de la fronde avec le stype ou le rhizome (Smith), — etc., ne sont considérés par M. Bommer que comme des caractères de second ordre servant, dans sa classification, à former des sections ou des sous-sections. « En résumé, dit M. Lespinasse, ce premier mémoire de M. Bommer ( 604 ) sera, comme il le dit lui-même, très-utile à ceux qui voudront étu- dier les fougères; ils s'éviteront ainsi la peine de rechercher les diverses classifications dans les nombreux ouvrages qu'il est jparfois fort diffi- cile de se procurer — Et j'ajouterai qu'en adoptant la classification de M. Bommer, ils auront fait un très-bon choix, parfaitement justifié quand on a lu le livre de ce savant naturaliste. » Le même membre rend ensuite compte du mémoire de M. le docteur Lortet de Lyon , intitulé : Recherches sur la fécondation et la germina- tion du Preissia commutata. Ce travail , comme la plupart de ceux qui sont publiés sur les cryptogames, depuis quelques années , a princi- palement pour but , ainsi que le dit son titre , de rechercher et d'étudier, pour les faire connaître, les organes et les moyens de fécondation si merveilleux dans les végétaux inférieurs. C'est un des écrits les plus intéressants et les plus remarquables qui aient été publiés sur la fécon- dation par les anthérozoïdes. Un grand nombre de faits très-curieux y sont observés et étudiés avec la plus grande sagacité et doivent le faire considérer comme un modèle au point de vue de la bonne observation. L'auteur prend l'anthérozoïde au moment de son entrée dans l'arche- gore et suit pas à pas la marche et les résultats de la fécondation jus- qu'au moment de la germination de la nouvelle plante. Ses observations viennent , du reste , d'être en grande partie confirmées dans un mémoire publié par un botaniste du plus grand mérite, M. Roze , dans le tome YII de la 5* série des Annales des sciences naturelles. Géologie. — M. Linder développe les observations qu'il poursuit, depuis bientôt deux ans, sur les terrains de transport de la Gironde, et dont il a plusieurs fois déjà entretenu la Société; il expose ensuite som- mairement ses conclusions. L'impression de ce travail dans les Actes est votée (voir t. XXVI, 5 e livraison). Le même membre fait connaître que le sondage de la'Eégorce a atteint une profondeur de 32 m ,43. On se trouve en ce point dans un calcaire tendre, miliolitique, fossilifère, qui, outre des débris de Pecten du calcaire grossier de Blaye , renferme des fragments de grosses huîtres et à'Echinolampas Bardigalcnsis (Agas. — 1" centurie, 49) du calcaire grossier de Pauil- lac (1), des scutelles , etc. Cette couche, qui a l m ,28 d'épaisseur, con- tient un grand nombre de grains pisaires, plus ou moins roulés, de quartz hyalin ; elle est la 16 e couche traversée jusqu'à présent par la sonde. (1) M. Desor considère VEchinolampas Burdigalensis comme une simple variole cïL. ovalis. L. ( 605 ) Séance du 4 décembre. — Paléontologie. — M. le Président dépose sur le bureau un dessin représentant une mâchoire inférieure de Squa- lodon Graleloupii Gervais , trouvée à Léognan, par M. Delfortrie, la- quelle paraît être le complément de celle qu'on a recueillie autrefois dans la même molasse et figurée dans les Actes de l'Académie de Bor- deaux. Cette mâchoire est caractérisée par des dents fortes, à couronne comprimée et crénelée. M. Des Moulins met encore sous les yeux de ses collègues, au nom de M. Delfortrie empêché, deux molaires d'Anthracolerium appartenant à une espèce que M. E. Lartet croit nouvelle. Botanique. — M. le Président dépose sur le bureau un échantillon d' Anthémis cotula L., flore pleno , qui lui a été envoyé par M. de Dives. — M. Durieu fait observer que cette monstruosité est assez commune. Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de l'excursion faite à Cazeneuve par la Société, le jour de la fête Linnéenne ; ce procès^ verbal est approuvé et l'impression en est votée avec l'appendice paléon- tologique rédigé par M. Des Moulins, pour le compléter. A l'occasion de ce procès-verbal, M. Durieu fait observer que la lon- gueur exceptionnelle de certaines racines de Biscutella lœvigalaL., qu'on y signale, n'est pas spéciale à cette espèce du genre Bisailella ; qu'elle est au contraire le cas ordinaire pour le B. radicata DR., qui vit en grande abondance dans les sables de l'Algérie, et dont les racines, très-puissantes, pénètrent habituellement à une profondeur très-grande dans le sol. Le même membre dépose, sur le bureau , le raisin dont il a été ques- tion dans la séance du 24 août. Il montre ensuite un fruit de Marlinia de la famille des Pédalinées et rappelle que, il y a un siècle environ, un botaniste anglais, voyageant dans l'intérieur de l'Afrique , trouva une plante de cette famille , dont il dessina le fruit. Celte plante, nommée par De Candolle Arpagophilum procumbens , nom auquel les Anglais ont substitué celui d'Uncariapro- cumbens, était restée depuis lors complètement inconnue aux botanistes et aux voyageurs ; mais elle vient d'être retrouvée par M. Brown, direc- teur du Jardin botanique de Cap-Town. Son abondance et la nature de ses fruits rendent presque inaccessibles à l'homme les lieux où elle croît. Le fruit a l'aspect général d'une arachnide , dont les pattes seraient munies de quelques fortes épines largement espacées; sa forme est parfaitement symétrique et sa résistance à l'écrasement très-grande. Tome XXVI. 48 — . __. ( GOG ) M. Durieu fait encore passer, sous les yeux de ses collègues, quelques photographies représentant des vues de l'intérieur de la Cafrerie et de quelques plantes de celte contrée, notamment d'un champ de Naras (Acanthosicyos horrida) et d'un fruit de Weltvitschia mirabilis. M. Brown, à qui M. Durieu doit ces intéressantes photographies, assure que les champs de Naras sont si épais, qu'on n'y peut pénétrer. Enfin le même memhre place sur le bureau des fruits mûrs de Cha- mœrops excelsa Thunb., provenant des palmiers qu'il a cultivés en pleine terre dans le Jardin botanique de Bordeaux. Il fait remarquer que c'est la première fois qu'un pareil résultat est obtenu en Europe. Il ajoute que le périsperme des fruits étant déjà corné , ceux-ci seraient probablement déjà aptes à reproduire, mais il préfère laisser encore les régimes à l'arbre pour assurer le succès de la reproduction. Paléontologie. — M. de Kercado met sous les yeux de la compagnie un gros moellon de calcaire à Astéries de Cérons, qui est rempli de côtes et de vertèbres de lamantins , ainsi que d'empreintes de diverses coquilles de cette formation , particulièrement de Turbo Parkinsoni. Il en fait don au Musée de Bordeaux. Séance du 18 décembre. — Zoologie. — M. Ch. Des Moulins lit une note sur le Tapes aurea Gmelin , dont l'impression est votée. (T. XXVI , I e livraison.) M. Gassies donne lecture d'un travail sur l'Aquarium d'eau douce qu'il a installé au Palais de l'Exposition universelle, à Paris. La Société en autorise l'impression dans les Actes. (T. XXVI, 6 e livraison.) M. Des Moulins lit quelques extraits d'une lettre de M. Fischer. Il résulte de cette communication que M. Al. Lafont a découvert à Arca- chon un mollusque nu, nouveau pour la localité , le Diphyllidia pustu- losa Guv. , et que le Fusus propmquus du catalogue de M. Fischer (t. XXV, p. 331), est une espèce nouvelle, Fusus Jeffreysianus Fis- cher. — La même lettre rappelle que le Musée de Bordeaux possède un moule de baleine des mers du Sud, en plâtre, qui parait être une réduction très-fidèle du cétacé qu'il représente. M. Fischer pense qu'il serait fort intéressant d'en donner la reproduction dans les Actes. M. Des Moulins fait observer à ce sujet que le moule dont il s'agit n'est pas une réduction de baleine, mais bien le moule exact d'un fœtus de cétacé, qui avait été donné par le D r Barbe à la Société Linnéenne. Celle-ci ne possédant aucun local , où elle puisse déposer des collec- tions, a fait don de ce moule au Musée d'Histoire naturelle de Bordeaux. ( 607 ) Quant à la reproduction dont parle M. Fischer, il fait remarquer qu'elle n'aurait de valeur que si elle était accompagnée d'un texte explicatif émanant d'un naturaliste compétent , condition à laquelle ne satisfait actuellement aucun membre résidant de la Société. Il propose donc de faire connaître à M. Fischer l'historique réel du moule du Musée et d'aviser avec lui aux moyens d'en donner dans les Actes une descrip- tion fidèle et complète. — La proposition est adoptée. ANNÉE 1868 Président : M. Cii. Des Moulins. — Vice- Président : M. Raulin. — Secrétaire général : M. Linder. Séance du 15 janvier. — Paléontologie. — M. Des Moulins lit une note sur des fossiles trouvés par M. Linder dans le calcaire miocène supé- rieur de Villandraut. (T. XXVI, 4 e livraison , p. 341.) Botanique. — Le même membre donne ensuite lecture d'une lettre qu'il adresse à M. Crépin au sujet des règles à suivre en matière de nomenclature scientifique des êtres organisés. L'impression de cette lettre dans les Actes est votée. (T. XXVI, 4 e livraison, p. 345.) Séance du 5 février. — Paléontologie. — M. le Président donne lec- ture d'une lettre de M. l'abbé Bardin, relative à un travail que ce natu- raliste prépare sur les fossiles des faluns de Jenneteille (Maine-et- Loire). Botanique. — M. Durieu fait connaître les effets de la températur rigoureuse du mois de janvier sur quelques végétaux exotiques du Jardin botanique. Il divise sa communication en trois parties : la première con- cerne les végétaux qui n'ont pas souffert des rigueurs de l'hiver; la seconde est relative aux plantes dont les parties aériennes seules ont subi les atteintes du froid; dans la troisième, il s'oceupe des végétaux qui ont péri. 1° Parmi les plantes qui ont complètement résisté au froid , M. Durieu cite d'abord le Chamœrops excelsa Thunb. de la Chine; il en dépose sur le bureau un magnifique régime, parfaitement mûr, enlevé de l'arbre, le 5 janvier, après avoir subi une température de — 11°,5, et dont la parfaite maturité des graines rend la germination à peu près certaine. L'individu femelle étant exposé au Midi, le mâle au Nord, la floraison du premier s'est montrée avec une avance de plus d'un mois sur celle ( 608 ) du second. Toutes les fleurs de quatre régimes femelles tournées au plein Midi, et la plupart de celles d'un cinquième placé latéralement, étaient déjà desséchées et tombées sur le sol , lors de l'épanouissement des premières fleurs de l'individu mâle. Mais le sixième régime, complè- tement abrité du Midi par le tronc même du palmier, ayant fleuri plus tardivement, a pu être fécondé par les premières fleurs mâles ouvertes dans les premiers jours de mai; et, bien que la fécondation n'ait pu être pratiquée que tardivement, plusieurs jours après l'épanouissement des dernières fleurs femelles, les fleurs encore attachées au spadice ont toutes noué sans exception. Ces faits prouvent : 1° que le Chamœrops excelsa peut, sans souffrir, supporter des froids intenses ; 2° que ce palmier, en pleine terre, pro- duit des fruits mûrs , en Europe , même en traversant des températures très-basses ( — 11° 5). Un autre végétal, Y Acacia Julibrissin Willd , a donné lieu à une observation très-curieuse. Dans la nuit du 3 au 4 janvier, le tronc de cet arbre se fendit dans sa longueur et les lèvres de la fente s'écartèrent, au point de produire une fissure, à travers laquelle on voyait le jour. Peu de temps après, les lèvres de la plaie s'étaient rapprochées de nouveau, et toute trace de rupture avait disparu. Medicago arborea L. et un arbre de la Chine , Rhus succedanea — ce dernier légèrement abrité , — n'ont pas souffert. Ficus repens, arbrisseau grimpant, qui fructifie abondamment dans les serres de la ville et qu'on emploie très-avantageusement pour le palissage des murs, avait passé, jusqu'à ces derniers temps, pour arbre de serre-chaude. M. Durieu en avait planté une bouture en pleine terre, dans le but de vérifier si réellement il en était ainsi et si la plante ne pouvait, comme on le croyait généralement, supporter une température inférieure à + 4°. Déjà l'arbrisseau avait très-bien résisté à trois hivers, pendant lesquels la température avait plusieurs fois atteint le zéro de l'échelle thermométrique ; mais le 4 janvier dernier, M. Durieu le trou- vant couvert de givre, supposa que sa partie aérienne avait dû être gelée, et voulant faciliter sa reproduction par les racines, au cas où celles-ci auraient résisté , couvrit d'un paillasson la base de sa plante. Mais grand fut son étonnement quelques jours après, en retrouvant les feuilles du Ficus aussi brillantes qu'avant les froids et ses tiges entièrement saines ! Le savant directeur du Jardin des Plantes cite encore, parmi les plantes qui n'ont pas ou qui n'ont que très peu souffert des froids , quelques espè- ( 609 ) ces de Myrlhe, ayant bien résisté du tronc , moins bien des brandies, Poterium spinosum, Ebenus cretica, des Clématites, etc. 2° Parmi les végétaux dont les parties aériennes ont gelé , mais qui pourront repousser de leur racine , M. Durieu cite l'Eucalyptus, qui a gelé à — 7°; Ferdinanda Augusla, qui avait résisté à l'hiver de 1867, mais a succombé aux froids rigoureux du mois écoulé ; Leonotis leonurus, etc. 3° Adenocarpus Frankenioides a été complètement perdu. Après celte intéressante communication, M. Durieu dépose sur le bureau une branche de Parkinsonia aculeata, arbrisseau qu'il a fait venir en pleine terre, dans le Jardin-Public de Bordeaux, de graines provenant des Andes du Chili. Ce végétal présente une disposition qui rappelle certains caractères des Berberis : les feuilles et les stipules de la tige et des rameaux développés y sont représentés par une épine mé- diane forte et deux latérales plus petites ; de l'aisselle de l'épine médiane sort un rameau très-raccourci, qui est muni de 3 à 6 feuilles normales (rarement 3 ou 6, plus souvent A). M. Des Moulins, à l'occasion de la communication de M. Durieu, fait observer que, parmi les plantes qui ont heureusement supporté la basse température du mois de janvier, se trouve la fève. Il attribue ce fait à l'extrême sécheresse du sol , au moment où les froids ont apparu. Géologie. — M. Linder donne quelques nouveaux détails sur les son- dages en cours d'exécution à Margaux et à la Bégorce. Dans le premier, après avoir traversé une couche épaisse de sable très-riches en foraminifères , huîtres et échinides (ces derniers à l'état de fragments), on a pénétré dans un terrain d'apparence un peu crayeuse, mais encore évidemment tertiaire. A la Bégorce, le sondage a été poursuivi à travers les couches suivantes : Numéros Profondeur Épaisseur ries de la des coucbea. base des couches. coucbei, 17. Calcaire grossier coquillier, miliolitique, avec empreintes tfOrbiloliles complanala Lamk. . 33 m , 94 -H, 51 18. Calcaire grossier cellulaire et sable calcaire, riches en foraminifères 35, 79 1, 85 19. Calcaire analogue au n°17, presque entièrement composé de foraminifères; quelques grains de quartz 38, 14 2, 35 20. Calcaire dur, renfermant de nombreux grains de quartz, hyalin, des foraminifères et divers fragments de fossiles indéterminés 38, 72 0, 58 ( 610 ) Numéros Profondeur Épaisseur des delà des couches. base des couches. couches. 21. Calcaire tendre, riche en foraminifères, avec plaquettes de calcaire n° 20 42^,30 3'", 58 22. Même calcaire que le n° 20 42, 58 0, 28 23. Calcaire formé par une agglomération de co- quilles et caractérisé par des empreintes d'Or- bitoliles complanata , alternant avec des calcaires semblables à ceux du no 21 59, 90 17, 32 24. Calcaire dur, avec grains de quartz hyalin , renfermant de nombreux foraminifères, Orbi- toliles complanata, Pecten s p.? 61, 60 1, 70 Ces diverses couches présentent tous les caractères des terrains qu'on rencontre en marchant de Blaye vers la mer. Séance du 20 février. — Zoologie. — M. Lafont communique diver- ses observations qu'il a faites sur divers animaux marins recueillis, dans ces derniers temps , par la Société scientifique d'Arcachon. Parmi les faits qu'il signale, il appelle particulièrement l'attention de ses collègues sur les suivants qu'il croit nouveaux : « On a , dit-il , considéré jusqu'à présent l'organisation des Pennatu- » les comme très-simple, et on présente ces animaux comme presque » exclusivement composés de matière sarcodaire. » L'étude que j'ai faite d'un assez grand nombre d'individus de Pen- » natula grisea , me permet d'affirmer : » 1° Que ces animaux possèdent un appareil aquifère , formé de deux » grandes poches qui régnent d'un bout à l'autre de l'axe central , le » long du stylet, et communiquent, à l'extérieur, par deux ouvertures » situées vers la base nue du pédoncule; » 2° Qu'il existe , autour de ces poches , une série de très-grandes » cellules ovoïdes paraissant établir une communication entre les polypes » et les poches aquifères ; » 3° Que la matière sarcodaire, formant l'enveloppe extérieure de » l'axe du polypier, est parcourue par des tubes qui semblent établir » une communication entre les estomacs particuliers situés à la base de » chaque aile polypifère et deux poches closes de toutes parts, situées le » long du stylet, entre les deux poches aquifères, à la partie inférieure » de l'axe central vers son renflement. * Le Sagartia parasilica Délie Chiaje m'a paru posséder aussi un appa- » reil aquifère communiquant à l'extérieur par un certain nombre de ( 611 ) » pores ou d'ouvertures , situées symétriquement vers la base du pédon- » cule charnu. » A l'occasion de cette communication, M. Gassies fait remarquer que M. Laporte a signalé le Silurus glanis L., parmi les poissons qui vivent dans le bassin d'Àrcachon. Cette indication est évidemment le résultat d'une erreur, ce poisson étant essentiellement fluviatile et vivant dans les fonds vaseux d'eau douce. Botanique. — M. Des Moulins fait connaître une nouvelle station du guy (Viscum album L,) , dans la Gironde; il en a reconnu de belles touffes au château de Vayres , sur le charme et l'amandier. Séance du 1 er avril. — Géologie. — M. Linder dit quelques mots au sujet d'une exploration qu'il a faite dans la commune de Bassens. Le calcaire à Astéries forme la charpente entière des coteaux des environs; la base en est formée par un calcaire grossier, renfermant la plupart des fossiles caractéristiques du calcaire miocène inférieur du sud-ouest de la France : Nalica crassatina, Phorus Deshayesi, Cassis mamillaris, Pecten Billaudellii, Venus Aglaurœ, Cardium girundicum, Crenasîerlœvis, etc., et une carapace presque complète de Palœocarpillius aquilanicus Milne Edw., qu'il dépose sur le bureau. M. Jakdin lit la note suivante sur les éruptions du grand Geyser d'Is- lande : «Les Geysers ou Geysirs sont, en Islande, des sources thermales » jaillissantes qu'on rencontre dans beaucoup de localités, mais c'est » dans la partie S.-O. de l'île, à une trentaine de lieues de Reykjavik, » que l'on trouve la plus imposante. Sur un plateau de 500 mètres » environ de longueur, au pied de la montagne Laugarfjall , existe un » bassin d'environ 17 mètres de diamètre; ce bassin est formé de con- » crélions siliceuses ; au centre, un puits de 3 mètres de diamètre donne » issue à une gerbe d'eau bouillante qui s'élève de 30 à 40 mètres. Cette » éruption n'est pas continue; il s'écoule quelquefois vingt-quatre heu- » res, deux, trois jours même, avant qu'elle ait lieu. D'abord l'eau » s'élève en bouillonnant jusque dans la vasque du bassin ; on entend » comme un bruit de tonnerre lointain , puis l'eau commence à surgir : » le jet est d'abord peu élevé; mais après trois ou quatre coups de pis- » ton , il atteint une hauteur qui varie , comme je l'ai dit , de 30 à » 40 mèlres. Cette masse d'eau, lancée à une si grande hauteur, s'épa- » nouit en gerbe enveloppée de vapeur et retombe en partie dans ce o puits; le reste s'étend à l'entour et s'écoule dans \j plaine. L'eau ( 612 ) » étant chargée de matières siliceuses, les dépose en forme de choux- » fleurs dans le voisinage immédiat du puits, ou en forme de sédiment » dans les parties plus éloignées où le dépôt peut s'effectuer d'une ma- » nière moins tumultueuse. C'est cette dernière forme que je présente » à la Compagnie. Ce sédiment, qui est de la silice hydratée, a reçu le t> nom spécifique de Geijserite. Il est désigné par M. Brard sous le nom » de quartz agate thermogène. » En réponse à l'un des membres , qui lui demande si la cause de ce phénomène est connue, M. Jardin développe la théorie que lord Duffe- rin en a donné. Cette théorie suppose l'existence d'une grande cavité souterraine remplie en partie d'eau et communiquant avec l'air extérieur au moyen d'un syphon naturel renversé , dont la branche la plus lon- gue est le puits érupteur et la plus petite débouche dans la cavité sou- terraine au-dessus de la masse liquide qui s'y trouve enfermée. Cette dernière, échauffée par les foyers volcaniques du voisinage, dégage incessamment de nouvelles quantités de vapeur, qui s'accumulent au- dessus de l'eau ; elles la compriment graduellement jusqu'à ce que la pression intérieure soit en équilibre avec celle de l'atmosphère, augmen- tée du poids de la colonne liquide comprise entre le niveau du bassin extérieur et celui du réservoir souterrain. A partir de ce moment, la moindre diminution de pression, à l'extérieur, suffît pour faire jaillir l'eau du Geyser. M. Linder fait observer que la théorie très-ingénieuse que vient de développer M. Jardin et qui consiste à assimiler en quelque sorte les Geysers à des chaudières à vapeur, dont les puits érupteurs seraient la soupape de sûreté , a le grand avantage d'être fort simple et d'une con- ception facile. Aussi, jusque dans ces derniers temps, a-t-elle été la plus généralement admise, et l'on pourrait même presque dire la seule admise , malgré son insuffisance pour expliquer certains phénomènes qui accompagnent les éruptions des Geysers. Aujourd'hui , grâce aux travaux de deux illustres physiciens, Bunsen et Tyndall, la théorie de ces sources curieuses a fait de tels progrès qu'on peut, avec la plus grande facilité, reproduire dans les laboratoires les moindres phases du phénomène. Dans cette nouvelle théorie, plus n'est besoin de réservoir souterrain ; les Geysers sont des sources thermales , qui ne diffèrent des sources thermales ordinaires que par la manière différente dont elles débouchent à l'air et par la température plus élevée des roches, à tra- vers lesquelles leurs eaux circulent. (613) On sait que la température de l'ébullition est d'autant plus élevée que la pression exercée sur l'eau qu'on veut faire bouillir, est elle-même plus élevée : ainsi l'eau bout à 100 degrés sous la pression ordinaire de l'atmosphère (0 m ,76 de mercure) ; elle ne bout qu'à 120 degrés, sous une pression de deux atmosphères; à 134 degrés, sous une pression de trois atmosphères, etc. Or, que se passe-t-il dans le puits érupteur du Gey- ser? Au niveau du sol , la pression que supporte l'eau est celle de l'at- mosphère : l'eau peut donc y bouillira la température qui correspond à cette pression. A A mètres de profondeur, l'eau, outre la pression de l'atmosphère, supporte celle de l'eau superposée; la pression qu'elle éprouve étant par conséquent plus forte que celle qui s'exerce a l'orifice, la température de son point d'ébullilion sera également plus forte qu'à l'orifice. C'est, en effet, ce que M. Bunsen a démontré, en mesurant la tempé- rature du puits du Geyser, depuis son orifice jusqu'au fond , peu d'ins- tants avant une grande éruption ; de plus , il a constaté que , à ce mo- ment, non-seulement la température croissait avec la profondeur, mais qu'à aucune profondeur l'eau n'atteignait la température d'ébullition de ce point. Maintenant que se passe-t-il dans les éruptions des Geysers? Le puits et le bassin sont remplis d'eau chaude ; des détonations qui ébranlent le sol se font entendre par intervalles, et chacune est suivie d'une violente agitation des eaux du bassin; en même temps l'eau est soulevée dans le puits, de manière à former au-dessus de lui un monticule liquide qui se déverse dans le bassin. En reproduisant ces divers phénomènes dans son laboratoire, M. Bunsen a prouvé que les détonations sont dues à la production de la vapeur dans les conduits qui alimentent le Geyser, vapeur qui soulève d'abord la masse liquide, puis rencontrant de l'eau moins chaude qu'elle, s'y condense brusquement, en élève la température et produit une explosion. A mesure que les détonations se succèdent, la température de l'eau du puits, aune profondeur quelconque, doit donc nécessairement augmenter, et il arrive un moment où , à une cer- taine profondeur, la température de l'eau n'est plus guère inférieure que de un ou deux degrés à celle qu'elle devrait avoir pour entrer en ébullition. Si, alors , cette eau est soulevée par la vapeur à une hau- teur suffisante au-dessus de son niveau pour que la pression exercée sur elle corresponde à son point d'ébullition , cette ébullition s'y produira soudainement , et l'eau superposée , mélangée avec une ( 614 ) quantité considérable de vapeur, sera violemment projetée dans l'at- mosphère, La diminution de pression, nécessaire à la production du phénomène, peut être obtenue artificiellement, en faisant un vide relatif au-dessus du hassin, soit en tirant des coups de fusil, soit en allumant de grands feux, etc. L'eau bouillante projetée par le Geyser se refroidit par son contact avec l'air et retombe dans le bassin. Quelques détonations se font encore entendre , mais sans déterminer d'éruption ; ce ne sera que lorsque l'eau aura de nouveau atteint, dans le puits, une température assez voisine de l'ébullition, qu'une nouvelle éruption se produira. Cette théorie , ajoute M. Linder, n'est pas comme celle de lord Duffe- rin, une simple hypothèse rendant plus ou moins bien compte des phé- nomènes qui accompagnent les éruptions des Geysers ; elle est le résultat d'observations minutieuses, faites avec beaucoup de soin et combinées avec une rare sagacité. Non-seulement elle rend parfaitement compte des phénomènes qui accompagnent ou qui précèdent les éruptions des CJeysers, mais elle permet d'en reproduire à volonté les moindres détails dans les cabinets de physique, de manière à prouver expérimentalement que les Geysers sont eux-mêmes la cause efficiente de leurs éruptions. Séance du 15 avril. — Géologie. — M. Delfortrie place sur le bureau deux cornes de cerf qu'il a trouvées , à Bordeaux , rue des Her- bes, au milieu de débris de poterie de l'époque gallo-romaine, mises au jour par les fouilles entreprises pour la construction du canal de dérivation du grand égoùt collecteur du Peugue. Zoologie — M. Jardin lit une note sur la faune et la flore de l'Islande, dont l'impression dans les Actes est votée (t. XXVI, 6 e livraison). Botanique. — M. Durieu rappelle que le Lagenaria vulgaris, dont le fruit est vulgairement connu sous le nom de gourde des pèlerins, a pen- dant longtemps été considéré comme monotype; mais récerifment on a trouvé deux autres plantes (L. sphœrica E. Mey. et L. angolensis Ndn.), qui paraissent devoir être classées dans le même genre, ces plantes ayant donné des hybrides avec L. vulgaris. On sait, en effet, que deux plantes ne produisent d'hybrides que s'il existe entre elles des affinités assez grandes: ainsi l'hybridation a souvent lieu entre plantes d'un même genre, mais elle est tort incertaine entre genres différents d'une même famille, et lout-à-fait impossible entre plantes de familles distinctes. Lorsque les hybrides produisent des graines , cas qui se présente assez ( 615 ) fréquemment, elles se reproduisent, mais avec une tendance marquée à revenir d'elles-mêmes graduellement à l'une des formes-mères. Dans tous les cas, les graines de ces hybrides sont toutes les mêmes dans un même plant. L'hybride résultant de la fécondation, l'un par l'autre, de Lagenaria vulgaris Ser. et de L. sphœrica E. Mey., fait exception à cette règle. Les graines de sa germination ont produit des fruits qui contiennent à la fois des graines des deux types générateurs. M. Durieu pense que ce fait prouve que la disjonction des types y est effectuée déjà; que, par conséquent, les graines présentant les caractères de celles du Lagenaria vulgaris reproduiront cette plante, tandis que des autres naîtront des L. sphœrica. —Le savant Directeur du Jardin des Plantes de Bordeaux s'assurera, par des expériences directes, de l'exac- titude de ses prévisions. — Il ajoute que les trois cucurbitacées, dont il vient d'entretenir ses collègues , ont des caractères tellement tranchés, tellement distincts, que, suivant lui, elles devraient être classées dans des genres différents; mais M. Naudin y a reconnu des affinités qui l'ont engagé à les maintenir dans le genre Lagenaria. Séance du 7 mai. — Zoologie. — M. Des Moulins donne lecture d'une note de M. Al. Lafont, relative aux organes de la génération de 1' ' Ommaslrephes sagiltatus Lamk. (Cette note a été insérée dans la 5 e li- vraison des Actes, t. XXVI, et dans le Bulletin hebdomadaire, n° 70, du 31 mai 1868 , de l'Association scientifique de France). — Dans la lettre qui accompagne cette note, notre collègue nous annonce que, grâce à des pêches heureuses, il a pu étudier récemment plusieurs faits intéres- sants relatifs aux cétacés et particulièrement au Phocœna communis Cuv., dont un spécimen mâle a été pris , le l août, au large des passes d'Ar- cachon ; ce cétacé avait l m 64 de longueur et son estomac contenait , avec quelques débris de poissons de petite taille, plusieurs centaines de cristallins ayant appartenu à des poissons également de petite dimen- sion. M. Lafont écrit que l'Aquarium d'Arcachon regorge , en ce moment , d'animaux intéressants : il contient une femelle de Squalus canicula qui pond, des axolotls qui ont pondu et dont les œufs vont éclore , une magnifique Holothurie, de fort belles Anémones de la Manche, Cereus coriaceus Edw., etc. Géologie. — M. Des Moulins communique une lettre de M. d'Abzac, sur les terrains crétacés des environs de Poitiers. Ces terrains , qui ( 616 ) appartiennent à l'étage bajocien, sont remarquables par leur structure grossière et sableuse, parfois sablameilaire, constellée de fragments à'encrines plus ou moins nombreux, et par des bancs de silex intercalés, souvent fondus avec la pâte de la roche. On y trouve : Ammonites macro- cephalus, Phasianella slriala, Plearotomaria conoidea , Pleurotoma- ria sp ?, (espèce de taille gigantesque) , Panopœa Jurassi , Pholadomya oblusa, Trigonia coslata, Lima proboscidea , Hinniles velatus , Terebra- tula perovalis et T. sphœroidalis , divers fossiles appartenant aux genres Belemnites , Peclen , Mylilus , Ceromya , Cardium , Oslrœa , Isocardia , Gervilia , etc. Botanique. — M. Le Roy dépose sur le bureau une collection de plantes et de graines de la Californie. Cette collection se compose des plantes suivantes : Platystemon Califomicum Ben th., filineare, prov 1 de Santa-Cruz ; Hosakia subpinnala Torr. et Grey, — Crystal-Iake. Sierras; Callichroa plalylossa Fisch. et May. ? — Pescadore, Santa-Cruz; Achillœa mille folium DC. ! — San-Francisco ; EriogonmncomposilumDous].'} — Crystal-lake, Sierras; Sidalcca malvœflora A. Gray ! — Pescadore, Santa-Cruz ; Myosotis ? — Sierras; Cynoglossum grande ! — myosotis ? Anagallis arvensis L. ! Orthocarpus erianlhus Dougl. — Alemeda , — purpurascens Ben th. ! — San-Francisco; Gilia coronopifolia ! — Santa-Cruz. M. Le Roy fait remarquer combien il est regrettable qu'aucun détail n'accompagne cet envoi et qu'on ne puisse savoir si Y Achillœa est indigène en Californie , ou si le plant qui figure dans la collection provient simplement de quelque graine échappée d'un navire venant d'Europe. M. Durieu appelle l'attention de ses collègues sur les deux Orthocar- pus, et particulièrement 0. purpurascens; mais, d'après la'forme de cette plante et la nature de ses racines , il pense qu'elle doit être très-difficile à cultiver. Paléontologie. — M. Linder rappelle que jusqu'à présent on n'a signalé dans le terrain tertiaire miocène qu'une seule espèce du genre Cœlo- pleurus , le G. Delbosi Desor, décrit par M. Colteau et signalé par ce ( 617 ) paléontologue comme un fossile rare. — M. Linder vient de trouver ce fossile , en certaine abondance , à Cambes, dans le calcaire à Astéries. Dans le même gîte , il a rencontré un Periaster qui lui paraît nouveau. L'échantillon , qu'il dépose sur le bureau , est un peu fissuré , mais pas assez pour masquer les caractères du fossile. Il est assez petit, subcirculaire, trapu, fortement échancré en avant; sa face supérieure, un peu déclive de l'arrière à l'avant, est marquée, dans sa région postérieure, d'une carène dorsale qui s'étend du sommet au périprocte; la face postérieure est sensiblement tronquée; la face inférieure est presque plane. Le sommet arnbulacraire est légèrement excentrique vers l'avant. Le sillon impair est large, assez profond , presque plan vers le som- met et concave vers l'ambitus; il se prolonge jusqu'au péristome. Les ambulacres pairs sont assez étroits, pétalloïdes, concaves; les anté- rieurs , de longueur à-peu-près double des postérieurs. Les zones pori- fères sont égales à la bande intermédiaire. Les aires interambulacraires sont saillantes et renflées aux approches du sommet. L'angle des ambu- lacres antérieurs est obtus ; le postérieur est aigu. Fascioles ? La hauteur du test, dans la région postérieure , est de 14 millimètres; son plus grand diamètre transversal est de 24 millimètres; le diamètre antéro-postérieur est également de 24 millimètres. Ce fossile se rapproche du Periaster Orbignyanus par la disposition de son ambalacre impair (sillon) et du P. pyrenaicus par les ambulacres pairs. Séance du 20 mai. — Paléontologie. — M. De Folin, membre cor- respondant, et l'un des auteurs des Fonds de la mer, dans une lettre adressée à M. le Président, demande si l'on connaît des Enlomostracés fossiles. Suivant lui , il doit y en avoir indubitablement , et il est proba- ble que des recherches convenablement dirigées ne tarderaient pas à en faire découvrir un certain nombre. 11 prie ceux de ses collègues qui s'occupent de paléontologie de vouloir bien , dans leurs explorations des terrains de la Gironde , porter leur attention sur cette classe de crus- tacés. M. Souverbie rappelle que, depuis longtemps, les géologues et les paléontologistes considèrent une valve, allongée en forme de carène coudée, qu'on trouve assez fréquemment dans les faluns de Salles, comme la pièce dorsale d'une Anatife , que d'Orbigny, dans son Cours élémentaire de paléontologie et de géologie sir ali graphiques , a désignée (618 ) sous le nom d'Anatifa Burdigalensis d'Orb. Bien que plusieurs auteurs aient considéré jusqu'à présent, comme fort douteuse, l'existence des anatifes à l'état fossile, l'assimilation de la pièce dont il s'agit à la pièce dorsale de la coquille d'un cirrhipède appartenant à ce genre n'a pas été ouvertement contestée. Il ne peut plus en être de même aujour- d'hui : M. Al. Lafont a recueilli , à Arcachon , un Smilium, composé de 13 pièces, dont la pièce dorsale a une très-grande analogie avec celle de Salles; son verticille inférieur a quatre valves et les stries d'accrois- sement des diverses pièces de la coquille présentent une disposition tout- à-fait spéciale. En cherchant , soit dans les débris qu'il possède des faluns de Salles, soit dans les collections de ses collègues, M. Souverbie a re- cueilli un certain nombre de pièces, dont la forme et les caractères exté- rieurs offrent également une grande analogie avec certaines valves du Smilium d'Arcachon. Il croit donc être autorisé à penser que, en conti- nuant les recherches qu'il a commencées , il pourra reconstituer le cirrhipède auquel appartient la valve dorsale de la prétendue Analifa Burdig demis. M. Des Moulins pense que la géniculation de la valve dorsale de celte coquille n'est pas un caractère suffisamment net pour pouvoir en con- clure que la détermination de d'Orbigny est erronée, ce caractère se retrouvant non-seulement dans des Pouce-pieds et des Smilium, mais encore dans une Anatife vivante, VA. vilrœa. M. Souverbie répond que le fait est vrai; mais dans VA. vilrœa, la géniculation est à la base de la valve dorsale; encore n'est-ce pas une véritable géniculation, mais plutôt une courbure terminale, tandis que dans la valve de Salles et le Smilium d'Arcachon , la géniculation est for- tement accusée et placée à-peu-près aux 2/5 de la valve, comptés à partir de la base. La conclusion, à laquelle est arrivé le savant Directeur du Muséum, n'est pas tirée d'ailleurs de la seule forme de la valve en ques- tion : M. Souverbie a considéré le Smilium d'Arcachon dans son ensem- ble , et il en a comparé les valves à des pièces analogues des faluns de Salles, qui semblent devoir permettre la reconstitution d'une coquille du même genre. Au surplus, il n'a pas pris à cet égard de conclusion for- melle; il la donne seulement comme une supposition logique à soumettre au contrôle de recherches postérieures, consistant surtout en l'élude du mode d'accroissement des valves du fossile, ainsi que des formes que les valves du cirrhipède d'Arcachon présentent au contact de l'animal ( 619 ) M. Delfortrie dépose sur le bureau un maxillaire supérieur complet de Myliobale (sp. ?) , qu'il a recueilli dans la mollasse ossifëre de Léognan. Séance du 3 juin. — Paléontologie. — M. Cotteau écrit qu'il a ter- miné un travail sur cinq échinides nouveaux du calcaire à Astéries t auxquels il donne les noms suivants : Cœlopleurus Tournouëri , Nucleoliles Delfortrii, Brissus Moulinsius, Periaster Souverbii , Eupatagus Guestieri. Ce travail sera inséré dans le tome XXVII des Actes. M. Main expose qu'une société d'amis de la science, dont il fait partie,, a entrepris des fouilles dans la grotte de Loubeau , près Melle (Deux- Sèvres). Ces travaux ont conduit à la découverte de nombreux ossements et de quantités considérables de coprolithes, dont il dépose des échan- tillons sur le bureau. Un remblai épais, composé de blocs éboulé* du cerveau, recouvre le sol de la grotte, formé sur les deux tiers- environ de sa profondeur , d'une stalagmite dont l'épaisseur varie deO m ,15 à m ,40. Cette stalagmite est légèrement inclinée vers le fond de la grotte , comme le sol à ossements sur lequel elle repose; elle est soudée aux parois au Nord et au Sud , et se termine en biseau dans les deux autres directions cardinales. Les coprolithes forment, sur certains points, au-dessous de ce dépôt calcaire, des amas qui ont jusqu'à m ,40 d'épaisseur. Les ossements sont aussi très-nom- breux : on y a reconnu ceux des quadrupèdes suivants : Hyœna spelœa, Ursus spelœus , Canis, le lion des cavernes, Gérons , le renne, le cheval, et en moindre proportion, le bœuf, le mouton et le che- vreuil. — Les coprolithes sont entièrement composés de débris d'os d'herbivores et accidentellement de carnivores, ce qui conduit à suppo- ser que ces coprolithes se réfèrent à des animaux essentiellement car- nassiers (hyène ou felis) et non d'ours. M. Main pense que le dépôt ossi- fère de Loubeau a été un repaire de carnassiers, à une époque géologique où l'homme n'avait sans doute pas encore fait son apparition dans cette localité. Sériciculture. — M. le Président informe la Société que , depuis la dernière séance, M. Gergerès , avocat à Bordeaux , lui ayant demandé de vouloir bien nommer une commission pour examiner une éducation de vers-à-soie qui se faisait dans sa propriété, à Caudéran, dans les condi- tions de réussite les plus heureuses , il avait délégué d'urgence MM. de Kercado, Jardin et Trimoulet ., pour procéder à l'examen demandé. Ces Messieurs ont terminé leur travail et déposé leur rapport. M. le Président ( 620 ) donne la parole à M. Jardin, pour que, en l'absence de M. Trimoulet, rapporteur, il donne lecture de ce document : « Monsieur le Président, Messieurs , » La Commission nommée par M. le Président pour examiner l'éduca- tion des vers à soie de M me Gergerès et composée de MM. de Kercado , Jardin et Trimoulet , s'est réunie le 30 mai et s'est transportée à Caudé- ran, dans la propriété de M. Gergerès. Ce dernier s'est mis aussitôt à la disposition de la Commission et lui a fait longuement examiner cette éducation qui est arrivée à la fin de la quatrième mue sans aucune ma- ladie Les vers étant au moment de filer sont très-forts et bien consti- tués; quelques cocons sont même commencés et la soie en est d'une finesse remarquable. » L'élève, quoique faite, on peut le dire, en plein air, a été menée, grâce aux chaleurs que nous venons de traverser , avec une promptitude étonnante; car ces vers, élevés dans une chambre toujours ouverte et dont la température n'a guère varié que de 18 à 23 degrés centigrades, avaient commencé à éclore , le 4 et successivement les 5 et 6 mai. » La première mue a eu lieu du 12 au 15 mai ; » La deuxième — — — 17 — 19 — ; y> La troisième — — — 22 — 25 — ; » La quatrième — — — 27 — 30 — ; et aujourd'hui, 30 mai, les premiers vers commencent à monter. » Il est à remarquer que l'éducation, faite par M me Gergerès, a duré 28 à 29 jours environ; tandis que, dans les magnaneries chauffées , elle dure . en saison ordinaire , 34 et même 40 jours. » Cette éducation est composée spécialement: !• de graines de vers- à-soie, à cocon jaune, provenant de Montauban ; 2° de graines de vers-à-soie , à cocon blanc, jaune nankin et vert, provenant du Japon. » D'après les observations ci-dessus, » La Commission , » Vu la bonne qualité de la soie des cocons , dont les chenilles ont été exemptes de toutes maladies ; » Vu l'intérêt que l'industrie séricicole pourrait en retirer ; > Après avoir félicité M mc Gergerès de la réussite qui a couronné ses soins assidus, engage fortement celle dame à conserver toute sa récolte pour la reproduction, la plupart des magnaneries manquant de graines exemptes de toutes maladies. ( 621 ) » Elle propose en outre à la Société Linnéenne de décerner une mé- » daille d'argent et une médaille de bronze grand module aux deux sérici- » eulteurs de la Gironde qui, l'année prochaine, élèveront avec le plus de » succès, dans une chambre aérée, une certaine quantité de vers-à-soie , » réservée spécialement pour la reproduction et dont la bonne qualité et » l'absence de toute maladie auront été constatées.» M. Delfortrie demande la parole pour combattre ces conclusions. Il y a trois ans, pendant son séjour à Monségur, il a déposé des œufs d'Espagne, parfaitement sains, dans un corridor bien aéré. L'éclosion s'est faite dans d'excellentes conditions et aucun des vers, qui en sont provenus, n'a eu ia maladie. La graine, produite par ces vers, était fort belle et promettait une réussite si certaine que , dans l'intérêt de la sériculture dans nos régions, il s'empressa d'en envoyer à diverses per- sonnes, entr'autres au baron d'Arbalestier (Drôme). Or, malgré les soins les plus minutieux , ce dernier n'a pu faire arriver son éducation au-delà de la troisième mue. A cette phase de l'éducation , tous les vers se sont trouvés infectés par la maladie et n'ont plus laissé le moindre espoir de récolte. Ce fait contredit les conséquences que la Commission semble admettre en principe et démontre qu'avec des graines saines, on peut obtenir des produits infectés. M. Jardin répond que le fait qui vient d'être signalé ne prouve rien contre les conclusions du rapport, la magnanerie de M. d'Arbalestier ayant été fortement infectée les années précédentes, et celte circonstance suffisant pour expliquer l'infection des vers provenant des graines très- saines qu'on y a fait écîore. M. Delfortrie ne partage pas cette opinion et persiste à penser que le vice radical de la plupart de nos magnaneries consiste dans ce que l'élève des vers-à-soie s'y fait en grand, tandis qu'elle devrait avoir lieu par petites éducations , toujours beaucoup plus faciles à surveiller. A la suite de ces observations , une discussion s'engage entre di- vers membres ; puis les conclusions du rapport sont mises aux voix et adoptées. Botanique. — M. Durieu rappelle que, il y a cinq ou six ans , il fit , en compagnie de plusieurs de ses collègues, parmi lesquels se trouvait M. Main, membre correspondant présent à la séance, une excursion sur l'étang de Parentis (Landes). L'année étant exceptionnellement sèche, des bas-fonds, ordinairement couverts d'eau et d'une abondante végéta- tion lacustre, se trouvèrent suffisamment à sec pour qu'on pût y aborder Tome XXVI. 49 ( 622 ) avec assez de facilité. Sur l'un de ces bas-fonds émergés s'étalaient de magnifiques fougères arborescentes, Osmunda regalis L., assurément plus que séculaires, car leur tige avait l m 50 de hauteur et m 15 à m 20 de diamètre., et leurs frondes pennatiséquées, d'une grande longueur, formaient à leur sommet une couronne de verdure d'une ampleur consi- dérable. C'est, à sa connaissance, le seul exemple, en France, d'une fougère de cette espèce, ayant atteint les dimensions d'un véritable arbre. Géologie. — A l'occasion de la prochaine Fête Linnéenne, M. Linder donne une description sommaire de la coupe des terrains de la rive droite de la Garonne , entre Langoiran et La Réole , telle qu'elle résulte de ses observations. Aux environs de Langoiran, près du lieu dit Courcouyal, affleurent des mollasses ossifères , dont les couches supérieures passent graduelle- ment au calcaire à Astéries, en formant des alternances irrégulières de molasse remaniée et de calcaire, riches en huîtres et en anomies et en- tièrement semblables aux couches analogues qui, dans le Blayais, sont à la base du calcaire à Astéries ; mais dans les escarpements qui bordent la Garonne , on ne remarque que cette dernière formation dont les assises s'inclinent vers le Sud-Est, à mesure qu'on s'éloigne de Langoiran, en re- montant le fleuve, de façon que, à Rions, elle forme la base des coteaux, tandis qu'un calcaire lacustre gris de fumée , contenant de nombreux planorbes, deslymnées, etc. , affleure dans les régions moyennes, sur- monté par un calcaire grossier, caractérisé par quelques-uns des fossiles- types du falun de Bazas. — M. Linder dépose quelques échantillons à l'appui de son dire. A partir de Rions , les affleurements du sous-sol deviennent plus nombreux et les couches continuent à s'abaisser. A Beguey et à Cadillac , le calcaire à Astéries ne dépasse plus que de quelques mètres le niveau des rives de la Garonne; une molasse sableuse alternant avec des argiles marneuses et des marnes blanchâtres le recouvrent et sont elles-mêmes recouvertes par un calcaire lacustre, caractérisé par des lymnées et des planorbes. Ces successions se retrouvent en un grand nombre de points de la vallée qui descend de Targon vers Cadillac et dans les vallons la- téraux de Laroque, Donzac, Omet, etc., où le calcaire lacustre apparaît souvent surmonté par le calcaire de Bazas, avec cérites , Ostrœa pro- ducta , Corbula carinata, etc. — La même coupe se retrouve le long de la rou te de Cadillac à Sauveterre. ( 623 ) Au sud-est de Cadillac, on observe les coupes bien connues de Violle et de Sainte-Croix-du-Mont, qui reproduisent les précédentes, mais surmontées par un deuxième calcaire lacustre. Les couches de calcaire à Astéries y sont à un niveau plus bas encore que dans les localités pré- cédentes et forment fond de bateau, car elles se relèvent' vers Verdelais, Saint-Maixent, etc. , où elles se montrent de nouveau à une certaine hauteur au-dessus du fond de la vallée de la Garonne, recouvertes succes- sivement par des couches de molasse et'de marne, puis par le premier calcaire lacustre (un peu au-dessous du moulin de Bel-Air), et enfin par le calcaire de Bazas. A Caudrot, au lieu dit Pas-Saint-Georges, le calcaire à Astéries, composé d'alternances calcaires et molassiques, caractérisées par Cre- naster lœvis et Scutella slriatula, repose sur un banc marneux, éocène, d'apparence lacustre, non fossilifère;, et sous des couches puissantes de molasse miocène, argilo-calcaire, semblable à celle des environs de Cadillac et de Saint-Maixent. A l'entrée de la vallée du Drot, près de Casseuil , on retrouve le nouveau banc lacustre à la base des coteaux, mais avec une épaisseur plus grande qu'à Caudrot, et on ne le quitte plus, en remontant le Drot, jusqu'au-delà des limites du déparlement de la Gironde , partout recouvert par le eal- caire à Astéries et celui-ci , sur quelques sommets limitrophes de la vallée de la Garonne , par des couches de molasse ou d'argile marneuse. A La Réole enfin reparaît la série miocène complète , reposant sur les couches marneuses éocènes , qui affleurent à la partie inférieure des escarpements , au bas desquels coule la Garonne. Ainsi , la formation éocène , qui se montre une première fois à la base des coteaux, dans la vallée de la Gironde, pour disparaître près de Bourg, reparaît un instant à Langoiran , puis de nouveau aux environs de La Réole. Elle offre donc , dans son développement, de vastes sinuo- sités , sur lesquelles se sont moulées les formations postérieures , dont l'ensemble des couches présente l'apparence d'une mer légèrement ondulée. M. Linder ajoute qu'il avait l'intention de parler du calcaire de Bourg, considéré comme formation distincte du calcaire de Saint- Macaire ; mais M. Raulin n'assistant pas à la séance , il croit devoir remettre sa communication à un autre jour, Quelques membres ayant fait observer que M. Raulin aurait connais- sance des observations dont il s'agit par la lecture du procès-verbal ( 624 ) à la prochaine séance, M. le Président invite M. Linder à développer sa communication. M. Linder rappelle que M. Raulin , frappé de la différence des altitu- des auxquelles se présentent les calcaires à Astéries , dans la vallée de la Basse-Dordogne, crut devoir partager ces calcaires en deux étages : l'un éocène (calcaire de Bourg) , l'autre miocène, dont il plaçait le type à Saint-Macaire. Cette division étant contestée par la plupart des géolo- gues, M. Linder a repris l'étude de la question pour se former à cet égard une opinion motivée. Il a donc recherché : 1° Si la faune du calcaire de Bourg diffère de celle du calcaire des autres contrées où l'on observe le calcaire de Saint-Macaire incontesté; 2° S'il existe des faits stratigraphiques qui nécessitent la séparation du calcaire à Astéries en deux étages distincts. I. — Au point de vue paléontologique, M. Linder a comparé la faune du calcaire à Astéries s'étendant de Roque-de-Tau à Saint-André-de- Cubzac , et de Saint-André à Fronsac , avec celle des mêmes calcaires à Saint-Émilion , dans les coteaux de l'Entre-deux-Mers et , sur la rive gauche de la Garonne , entre Bordeaux et Saint-Macaire. Partout il a trouvé les mêmes fossiles, et particulièrement les suivants : Turritella Desmarestina Bast. Chemnilzia Grateloupi d'Orb. Natica crassalina Desh. — angustala Gratt. — gibberosa Gratt. Deshayesia neritoides Gratt. Turbo Parhinsoni Bast. Delphinula scobina Gratt. Trochus Labarum Bast. Phorus Deshayesi Michell. Phorus s p. ? Turbinella submuricala d'Orb. Cassis mamillaris Gratt. Cerithium Charpentieri Bast. Cerilhium pseudo-obeliscum Gratt. Venus Aglaurœ Brong. Crassatella lumida Desh. Cardium girundicum Math. Peclunculus oblileralusl Lilhodomus lilhophagus Lamk. — cordatus Lamk. Pecten Billaudellii Des Moul. Pecten sp. ? Echinocyamus pyriformis Agass. Echinocyamus sp. ? Sculella strialula M. de Serres. Palœocarpilius aquitanicus M. Edw. Etc. L'identité de faune est complète, et, à ce point de vue, il n'existe aucune différence entre le calcaire à Astéries du Bourgeais ou celui qui couronne les coteaux de la rive droite de la Dordogne , et le calcaire qui constitue la masse des coteaux de l'Entre-deux-Mers, ou celui qui s'étend le long de la rive gauche de la Garonne jusqu'à Langon. M. Linder dépose sur le bureau , à l'appui de son dire , quelques-uns des fossiles qu'il vient de citer. ( 625 ) II. — Au point de vue stratigraphique et minéralogique , il n'y a pas davantage de distinction à établir entre les calcaires à Astéries des di- verses régions. M. Linder fait remarquer que le fond , sur lequel s'est déposé le calcaire à Astéries, a été souvent très-irrégulier. Ainsi, dans la com- mune de Villeneuve, près de Blaye, cette formation couronne le coteau de Ferrait , et y repose sur des couches de molasse à huîtres et à ano- mies , passant graduellement au calcaire lacustre dePlassac , qui affleure au fond du vallon, tandis qu'à moins de cinquante mètres de là , dans le vallon voisin , le calcaire à Astéries occupe toute la hauteur du coteau situé en face de Ferran. Semblables irrégularités peuvent être observées en d'autres points encore. Entre Villeneuve et Bourg, les couches plon- gent peu à peu vers le Sud-Est, et au Pain-de-Sucre, il ne reste plus trace du calcaire lacustre au pied des hauteurs : il a disparu sous les eaux de la Dordogne, et le calcaire à Astéries, qu'un puits de carrière, à Plouquey (commune de Saint-Seurin-de-Bourg), a traversé sur une épaisseur de 48 mètres, apparaît seul dans les escarpements qui bordent la rive droite de ce cours d'eau. La formation se poursuit, au-dessous du fond du puits de Plouquey, à une profondeur d'une dizaine de mètres au moins , en partie à l'état de calcaire, en partie à l'état de marne , ce qui en porte l'épaisseur totale à près de 60 mètres. A sa base, le calcaire de Bourg présente une analogie complète avec le calcaire à Astéries de Saint-Emilion et des contrées situées en amont de Bordeaux; à sa partie supérieure, il est terminé par des alternances de plaquettes calcaires et de couches marneuses (ces dernières, dans le haut , renfermant en abondance des huîtres, des anomies , des nodules de calcaire concrétionné), et offre un aspect semblable à celui des cou- ches alternantes de marne et de calcaire qui , dans les coteaux situés au nord de Saint-Macaire , marquent le passage du calcaire à Astéries aux marnes à Oslrœa producta. Le calcaire à Astéries se compose, en plusieurs lieux , de pareil assem- blage de couches, ayant, dans leur ensemble, une épaisseur assez con- sidérable ; mais en d'autres, la dénudation par l'action des courants dilu- viens a réduit cette épaisseur à quelques mètres , de sorte qu'on voit parfois, en des points très-rapprochés, la formation dont il s'agit s'arrêter à des altitudes très-différentes : c'est ce qu'on observe, par exemple " autour de Saint-André-de-Cubzac. Le sommet de la colline de Montalon , au pied de laquelle s'étend la ( 626 ) petite ville de Saint-André-de-Cubzac , est à 74 mètres au-dessus du niveau de la mer , (carte de l'Etat- Major). Les puits y ont rencontré le calcaire à Astéries, à 7 mètres de profondeur environ. A 1 ,400 mètres de Montalon, apparaissent à fleur d'eau les marnes qui, à Roque-de-Tau , surmontent la formation lacustre. Dans les tranchées et la carrière, qu'on observe autour dePort-Augé (mamelon de Peyrelavade), les couches cal- caires à Astéries, qui les recouvrent, ont des inclinaisons variables vers les coteaux , le minimum étant de sept millimètres par mètre, et le maxi- mum de 35 millimètres environ. En admettant que l'inclinaison minima soit l'inclinaison moyenne des couches, la base du calcaire â Astéries, au-dessous de Montalon, serait donc à 10 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire que l'épaisseur de la formation en ce point serait au plus de 57 mètres , ou à très-peu près celle qu'elle a à Saint- Seurin-de-Bourg. — L'ensemble des couches visibles qui composent les coteaux voisins de Montalon , reproduisant d'ailleurs plusieurs des cou- pes du Bourgeais , avec leur double et leur triple étage de carrières , il n'y a pas plus de raison pour scinder en deux le calcaire à Astéries de Saint-André-de-Cubzac, qu'il n'y en a eu pour établir une semblable scission dans le calcaire de Bourg. De grandes épaisseurs du calcaire à Astéries ont encore été observées en d'autres points : 48 mètres à Lormont , 40 mètres à Talence et à Saint-Selve, (v. Act. Soc. Lin. t. XXVI, p. 242, les coupes géologiques des sondages exécutés par M. Billiot, revues par M. Raulin); envi- ron 60 mètres à Langoiran, etc. Du reste, quelle que soit la direction que l'on suive à partir de Bourg , sans quitter le calcaire à Astéries , on voit ce calcaire , nonobstant une stratification locale souvent irrégulière, des inclinaisons de couches quel- quefois assez grandes , une constitution pétrologique variable , conser- ver des caractères généraux tellement constants, qu'il ne peut être per- mis d'y voir deux étages géologiques appartenant à des formations réel- lement distinctes. On ne voit pas davantage le calcaire de Bourg passer latéralement à la molasse du Fronsadais ; partout au contraire il repose sur cette mo- lasse ou son équivalent dans toutes les coupes où sa base apparaît, soit dans la vallée de la Garonne , soit dans celle de la Dordogne. M. Lindeu pense donc qu'en considérant le calcaire de Bourg comme l'équivalent marin de la molasse du Fronsadais , M. Raulin a été induit en erreur par une anomalie apparente, dont de nouvelles observations lui feront reconnaître la non-existence. ( 627 ) A la suite de cette communication , M. Linder rappelle les phases qu'ont traversées les travaux du sondage du château de la Bégorce. Ceux- ci ont atteint aujourd'hui une profondeur de 77 mètres et l'eau dépasse dans le puits le niveau du sol naturel. Le débit est de 21 litres à la mi- nute, soit environ 30 mètres cubes par 24 heures. Quoique le résultat désiré soit atteint , il est permis d'espérer qu'en approfondissant le forage, on obtiendra un jaillissement plus considérable : c'est aussi l'avis de M. Perret , qui dirige les travaux de sondage du château de la Bégorce, et qui est déterminé à les poursuivre, fût-ce même aux frais de l'entreprise. Les nouvelles couches traversées par la sonde sont : Numéros Prorondeur Epaisseur des de la des couches. base des couches. couches. 25. Calcaire renfermant de nombreux grains de quartz hyalin, des fragments d'échinides et des fora- minifères des mêmes espèces que celles des cou- ches précédentes 64", 00 2 m , 40 26. Calcaire dur, gris, compact, avec mêmes forami- nifères que ceux du n° 25, fragments d'Echino- lampas [affinis ou ovalis), d'huîtres et de Peclen indéterminables 66, 71 2 71 27. Calcaire argileux gris, avec grains de quartz hyalin et fragments de coquilles indéterminables 72 10 5 39 M. Linder n'a pas encore examiné les échantillons des couches infé- rieures à cette dernière. Malacologie. — M. Gassies fait part à la Société de la découverte du Dreissena polymorpha dans la Garonne, à Pailiet. ïî rappelle que M. Guestier l'avait déjà trouvé à Meilhan (Lot-et-Garonne), puis à Castets, dans le canal latéral; il pense que l'on peut aujourd'hui consi- dérer ce mollusque camme naturalisé dans la Gironde. Séance du 16 juin. — Géologie. — M. Raulin, à l'occasion de la partie du procès-verbal de la dernière séance, relative à la communi- cation de M. Linder sur le calcaire de Bourg , fait observer que l'identité des êtres organisés de ce calcaire et de celui de Saint-Macaire, l'un éocène , l'autre miocène , n'a rien de plus extraordinaire qu'une identité semblable qu'on a constatée dans le bassin de Paris , «Mitre les espèces de la base du sable de Fontainebleau et celles de la marne marine inter- calée dans l'étage gypseux d'Argenteuil. — Il ajoute, en ce qui con- cerne les considérations stratigraphiques présentées par son collègue, ( 628 ) qu'il les examinera à loisir, lorsque le procès-verbal en aura été imprimé. M. Raulin demande à M. Linder à quelle formation il rapporte la couche à Anomies , qui affleure sur la route de Blaye à Bourg près du château de Barbe. — M. Linder répond qu'il la considère comme la base du calcaire à Astéries et provenant en partie du remaniement, par les vagues de la mer miocène, des molasses lacustres (molasse du Fronsadais) qui sont situées dans le voisinage vers l'Est et dont elle renferme quelquefois des fragments d'os roulés. Il a du reste observé cette couche en d'autres lieux et dans la même position, près de Lan- goiran notamment; dans cette dernière localité, c'est sur la molasse même que la couche à Anomies repose. — M. Raulin constate que, pour lui également, la couche à Anomies est la base du calcaire à Astéries. Paléontologie. — M. Linder rappelle ensuite que, dans la séance du 20 Mai précédent, il a été donné lecture d'une lettre de M. de Folin , relative à l'existence d'Entomostracés fossiles. M. Linder, en parcou- rant la revue des travaux de géologie, publiés, en 1866 et 1867 , par MM. Delesse et Lapparent, a trouvé que M. Young a recueilli dans la formation carbonifère un grand nombre d'Entomostracés , qui sont sur- tout abondants au milieu des schistes calcaires d'origine marine. Quel- ques schistes oléifères du terrain houiller semblent en être exclusivement constitués, et M. Young incline à penser que l'huile contenue dans les schistes pourrait bien résulter en partie de la décomposition de ces petits crustacés. On retrouve aussi ces animaux dans les coprolithes de certains poissons carbonifères, qui paraissent en avoir fait leur pâture. M. Young a décrit 13 genres d'Entomoslracès, appartenant tous au ter- rain houiller d'Ecosse. (Géol. Mag. III, 123). Fête Linnéenne. — Il est décidé que la FêteLinnéenne aura lieu cette année à Sainte-Croix-du-Mont. Séance du 1 er juillet. — Fêle Linnéenne. M. le Président donne lec- ture de la lettre suivante qui lui a été adressée par M. Raulin , vice- président, chargé de présider la Société durant l'excursion à Sainte- Croix-du-Mont. « Aujourd'hui (25 juin 1868), nous avons célébré la Fête Linnéenne, » comme il avait été convenu. — Le train de 6 heures 20 minutes , remmenait huit membres, (MM. Gassies, Trimoulet, Souverbie , »Motelay, Samy, Benoist, Lambertie et moi), auxquels s'étaient » adjoints quatre de mes élèves. ( 629 ; » En montant à Sainte-Croix-du-Mont par le grand chemin, nous » avons vu successivement le grand système de molasse et de marne » grises probablement d'eau douce de l'Agenais, avec un lit de calcaire » d'eau douce blanc; et par-dessus, la grande assise de calcaire jaune » marin , dans les parties supérieures de laquelle se trouvent les bancs » à Ostrœa undala. j> Après le déjeûner, à la fin duquel votre lettre a été lue, le thermo- ï mètre, vers midi, marquait 25 degrés; ciel presque couvert. ï> En remontant sur le coteau de Violle, on a retrouvé le calcaire » d'eau douce , mais gris , rempli de Lijmnèes , Planorbes et Hélix , » absolument semblables à ceux de l'Agenais; puis les sources, et » par-dessus, le grand système du calcaire marin. Du côté opposé du » coteau, on retrouvait le banc de calcaire d'eau douce, mais très- » blanc. » A Loupiac , la fontaine marquait 44,7 degrés. » Arrivés à Cadillac, à 2 heures, nous nous sommes rafraîchis , puis » séparés. Sept membres de la Société , réunis à trois de mes élèves, » sont allés faire des recherches botaniques et zoologiques au bord de la » Garonne, en attendant 5 heures et demie, heure fixée pour le dîner, » pour la présidence duquel j'avais délégué M. Gassies, et auquel devait » assister notre correspondant M. Barreyre. Moi et un de mes élèves , » nous sommes allé visiter les carrières de Cérons , ouvertes dans le » calcaire à Astéries , en attendant le train qui nous a ramenés à Bor- » deaux à 4 heures 44 minutes. j> Zoologie. — M. Des Moulins donne ensuite lecture de la note sui- vante , que lui a adressée M. Al. Lafont , au sujet de nouvelles obser- vations relatives à divers Céphalopodes (1) . « En continuant mes recherches sur le mode de fécondation des Cé- phalopodes de nos côtes , j'ai constaté les faits suivants : Genre OMMASTBEPHES. L'animal sur lequel MM. Lieber et Robin ont trouvé en 1845 un paquet de spermatophores (voir Annales des sciences naturelles, 1845, Zoologie, 3 e série, t. IV, p. 95) n'appartient pas au genre Loligo, mais bien au genre Ommaslrephes. L'étude anatomique, que j'ai pu faire simultanément (1) Un extrait de cette note a été inséré dans le bulletin de l'Association scienti- fique de France, t IV, n« 21 , du 16 août 1868 , p. 120. ( 630 ) d'animaux appartenant à ces deux genres, ne me laisse aucun doute à cet égard , et la comparaison des organes de la génération avec ceux de l'animal figuré dans les Annales (loc. cit.) montre clairement que ces naturalistes ont eu entre leurs mains une femelle à'Ommastrephes sagit- latus Lk. Genre LOLIGO. J'ai fait l'autopsie de plusieurs centaines de Loligo vulgaris Lk. à tous les élats, mais jamais je n'ai trouvé de spermatophores dans l'inté- rieur du sac des femelles. Une seule fois , j'ai trouvé des spermatozoïdes morts dans l'oviducte et dans l'ovaire d'une femelle, dont tous les œufs étaient devenus trans- parents et dont l'ovaire était gonflé outre mesure; dans cet état, l'ovi- ducte était terminé par un pavillon très-développé analogue au pavillon des trompes des mammifères et pouvant atteindre le milieu de l'entonnoir. Genre SEPIA Depuis le commencement du mois de Mai , j'ai eu à ma disposition, soit morts , soit vivants dans les bacs de l'Aquarium de la Société scientifi- que , un certain nombre d'individus d'une Sepia que je crois distincte de la Sepia officinalis L. Cette espèce est caractérisée par la largeur proportionnellement plus grande de l'osselet, dont les couches sont déposées à partir du tiers infé- rieur , tandis que dans la S. officinalis elles commencent vers le tiers supérieur. De plus, l'arrivée dans le bassin d'Arcachon et la ponte sont plus pré- coces, d'environ deux mois, pour cette espèce que pour la S. officinalis, qui ne fait que se montrer depuis quelques jours , dont les organes de la génération sont encore en voie de développement assez peu avancé et qui ne commencera à pondre que dans le courant de Juillet. Pour éviter toute confusion possible, je désignerai désormais cette espèce sous le nom de Sepia Fillouxii; c'est à elle seule que s'appli- quent les observations suivantes : Parmi les mâles que j'ai pu disséquer, deux portaient un paquet de spermatophores sortis de la poche de Needham , où ils restaient cepen- dant fixés par la base, qui était assez fortement retenue entre les lèvres charnues de l'orifice pénial. Un d'eux portait en outre, diversement espacés dans la moitié supé- rieure de la poche de Needham , trois autres paquets de spermatophores ( 634 ) enroulés les uns autour des autres ; ces paquets pouvaient se dérouler et formaient alors un ruban plat, gélatineux , long de deux centimètres environ , et strié en travers par les spermatophores. La moitié inférieure de la poche était remplie de spermatophores fixés, comme à l'ordinaire , sur un ruban en spirale. Les spermatophores réunis en paquets sont peu transparents et très- fragiles , par suite de la ténuité extrême de la membrane qui forme l'étui ; ils n'éclatent qu'excessivement rarement, soit à l'air libre, soit après un séjour prolongé dans l'eau de mer, tandis que ceux encore fixés sur le ruban en spirale éclatent spontanément, soit à l'air libre, soit au contact de l'eau ; dans ce cas , l'éjaculation a lieu par l'extrémité opposée au réservoir à sperme. Au contraire, quand on exerce une pression sur les spermatophores réunis naturellement en paquets, l'éjaculation se fait presque toujours par une déchirure ouverte à la partie supérieure de l'étui , elle a lieu sous la forme d'un cylindre vermiforme contourné sur lui-même et très- compact. Ce cylindre est lormé en entier de spermatozoïdes fortement agglu- tinés les uns contre les autres, et conserve sa forme primitive tant qu'il reste exposé à l'air libre sur une lame de verre. Si , au contraire , on laisse tomber quelques gouttes d'eau de mer sur la lame, de façon à baigner le cylindre, on voit les spermatozoïdes, dont il est formé, se dissoudre très-lentement et s'agiter rapidement; il faut plusieurs heures pour que le cylindre soit entièrement désagrégé , et l'on n'aperçoit alors sur la plaque que des spermatozoïdes libres, sans trace de fil ou d'axe central. En examinant l'étui ainsi vidé, on voit que le connectif s'est rompu et que toutes les parties contenues dans la base du spermatophore ont subi une légère déformation produite par leur allongement, mais qu'elles sont restées en place. J'ai été assez souvent témoin de l'accouplement des seiches; deux fois j'ai vu un mâle introduire les bras de la 3 e et 4 e paire gauche dans l'in- térieur du sac par l'ouverture branchiale ou aquifère; une autre fois, c'était le bras tentaculaire gauche qui était ainsi introduit. Dans l'accouplement, le mâle et la femelle se saisirent par les bras , les enlacent, el restent ainsi bouche contre bouche pendant un temps variable qui peut durer plusieurs minutes. Le 13 juin, vers cinq heures du soir, j'observais une femelle et un ( 632 ) mâle qui s'étaient accouplés trois fois dans l'après-midi, lorsqu'un autre mâle se précipita sur cette femelle , et après l'accouplement , vint se placer à toucher la glace du bac; pendant cinq ou six minutes, il rejeta des débris très-minces, que je pense, d'après ce qui suivit , avoir été des débris d'étuis de spermatophores; enfin , après des efforts multipliés, il lança un paquet blanchâtre qui fut aussitôt péché avec une pipette. Ce paquet était formé d'une matière gélatineuse semblable à celle qui entoure les spermatophores réunis en faisceau ; on y voyait à l'intérieur quelques spermatozoïdes vivants, quelques débris d'étui , et enfin un spermatophore entier, mais dont les spermatozoïdes étaient tous morts-' et ne s'agitaient pas au contact de l'eau de mer. Le lendemain matin, à sept heures, je tuais la femelle qui s'était ac- couplée la veille, et après l'avoir ouverte , je constatais que presque tous les œufs étaient transparents , mais il me fut impossible de trouver d'une manière certaine des spermatozoïdes, soit dans l'oviducte, soit dans la poche contenant l'ovaire. Enfin, en voulant écarter la branchie droite pour faire contracter le ganglion paléal , je fis tomber d'entre la branchie et le pilier une boule ronde du volume d'un gros pois ; cette boule était composée de plusieurs cylindres blancs pelotonnés ensemble et composés de spermatozoïdes vivants ; ceux de la périphérie étaient presque dissociés , tandis que ceux du centre étaient encore réunis en masse compacte. En les déroulant et en les baignant d'eau de mer, ils continuèrent à se désagréger, et une heure et demie après , la lame de verre, sur laquelle je les avais placés, était remplie de spermatozoïdes vivants, tandis quelles cylindres con- servaient encore leur forme primitive et avaient seulement diminué de volume. D'après ce qui précède, je crois pouvoir conclure que la fécondation de la S. Fillouxii doit avoir lieu de la manière suivante : Le mâle et la femelle accouplés et bouche contre boucbe , \e mâle doit faire éclater un paquet de spermatophores disposé à l'entrée de l'orifice de la poche de Needham , en pressant la base des spermatophores entre les lèvres charnues de cet engin, qui peut alors facilement atteindre le milieu de l'entonnoir ; les cylindres éjaculés doivent se rouler en boule, que le courant d'eau sortant par l'entonnoir doit entraîner hors du sac du mâle, tandis que le courant d'eau entrant par les ouvertures branchiales de la femelle, doit l'entraîner dans l'intérieur du sac de celle-ci , où cette boule doit être désagrégée lentement par l'eau servant à la respi- ( 633 ) ration , de façon à ce que les spermatozoïdes puissent pénétrer peu à peu dans l'oviducte pour féconder les œufs. Dans aucun des animaux appartenant aux trois genres dont je viens de parler, je n'ai pu trouver trace d'heclocotylisation. Arcaclion, le 17 juin 1888. A. Lafont. » Séance du 19 Août. — Paléontologie. - M. Delfortrie donne com- munication à la Société de croquis reproduisant, sous trois faces diffé- rentes , une mâchoire inférieure *, directeur du Jardin des Plantes, place et hôtel Bardineau. Gust. LESPJNASSE, rue de la Croix-Blanche, 25. J.-B. GASS1ES, naturaliste, allées de Tourny, 24. J. COMME, rueBelleville, -15. Léonce MOTELAY, rue Guillaume-Brochon , 7 bis. H. BERT, rue de la Croix-Blanche, 29. Alex. LAFONT, directeur de V Aquarium , villa Bon-Abri , place de la Mairie, à Arcachon. G. de NERV1LLE Jjfc, ingénieur en chef des mines, cours du XXX Juillet , n» 48. ( 636 ) MM. F. LADEVI, rue Villedieu, 13. Eue DELFORTRIE père, juge de paix à Labrôde. (S'adresser rue Monba- zon, 35, à Bordeaux. ) E. BENOIST, cours Napoléon, 100. DUMONT, ingénieur civil, rueProsper, 3. Jules LAMBERTIE, conservateur adjoint du Musée d'Histoire naturelle, à Caudéran. (S'adresser audit Musée, Jardin des Plantes, à Bor- deaux). AUDITEUR. M. H. DELFORTRIE fils, rue Monbazon, 35. HONORAIRES RÉSIDANTS S. Ém. Ms* le Cardinal DONNET (G. 0. &), archevêque de Bordeaux, séna- teur. MM. l'abbé BLATAIROU, chanoine honoraire, doyen honoraire de la Faculté de Théologie, rue du Hâ, 41. Adolphe CHARROPPIN, ancien adjoint de maire, rue de Condé, 6. W. MANES $t, ingénieur en chef des mines, en retraite, membre du Conseil municipal, chemin des Cossus, 10 (au Bouscat). E. GAUTIER (0. # C. igt), ancien maire de Bordeaux, rue Blanc-Du- trouilh, 1 4. HONORAIRES WON RÉSIDANTS. S. G. Me» DE LANGALERIE #, évoque de Belley. MM. MILLET de LA TURTAUD1ÈRE, naturaliste, à Angers. Le baron de MENTQUE , ( G. O. & ) , sénateur, ancien préfet de la Gironde, à Paris. G. -P. ÎJESHAYES, D. -M. , membre de la Commission scientifique de l'Algérie, place Royale, 18, à Paris. ADMISSIONS ET MUTATIONS Du ter Juin 18GG uu 3fl Octobre *8©8. ( Voir le tableau qui termine, à la première de ces dates, le Tome XXV.) Ont été admis comme membres TITULAIRES résidants : MM. le D r Paul BEBT, professeur à la Faculté des sciences, nommé le G juin 1866. G. de NERVILLE &, ingénieur en chef des mines, nommé le 2 janvier 1867. (637 ) MM. Ecjg. DELFORTRIE père, juge de paix, nommé le 6 mars 4 867. Édelestan JARDIN $, inspecteur de la marine, nommé le 6 novembre 4 867. E. BENOIST, nommé le 4 5 janvier 4 868. DUMONT, ingénieur civil, nommé le 4 8 mars 4 868. Jules LAMBERTIE, conservateur-adjoint du Musée, nommé le 47juiu 4868. Ont perdu la qualité de membres TITULAIRES : MM. le D r Paul BERT, nommé professeur chargé de cours, au Muséum de Paris, et devenu correspondant. Le D r P. MÉTADIER, démissionnaire (du 4" janvier 4 868). Ont été nommés membres CORRESPONDANTS : MM. le D r BERT ci-dessus désigné. Ch. CONTEJEAN, professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, nommé le 5 décembre 4 866. Pascal JOURDAN , ingénieur civil, garde-mines à Alger, nommé le 6 fé- vrier 4867. PESLIN, ingénieur ordinaire des mines, à Tarbes, nommé le 6 mars 4867. Le D r Carl. MAYER, à Zurich (Suisse), nommé le 4 mars 4 86S. Le D» BRADY, à Sunderland (Angleterre), nommé le 4 4 mars 4 868. NÉCROLOGE Du fer Juin 4S69 au 31 Octobre *SO». [Voir le tableau qui termine, à la première de cet dates, le Tome XXV. ) MM. JAN (Giorgio), professeur de botanique à l'Université de Parme, corres- pondant, mort le 7 mai 4866. T. RILLIOT, secrétaire du Conseil, mort le 27 juillet 4866. Le baron J. Ch. H. AUCAPITAINE, correspondant , mort du choléra dans le fort (qu'il commandait) des Beni-Mansours, en Kabylie, le 25 sep- tembre 4867. Le D 1 C.-H. SCHULTZ Bipontinus , correspondant à Deidesheim (Palati- nat-Bavarois), mort le 47 décembre 4 867. Et. 0. DEBEAUX père, correspondant à Agen, mort le 5 janvier 4 868. H.-F. SOYER-WILLEMET, bibliothécaire de Nancy, correspondant, mort le 45 janvier 4 868. G.-D. WESTENDORP , vice-président de la Société royale de Botanique de Belgique, correspondant , à Courtrai, mort le 34 janvier 4868. Tome XXVI. 50 LISTE DES SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES DE EA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE BORDEAUX ( Par échange de publications ) Au 1 er Novembre 1868. Deux exemplaires sont adressés à S. Exe. M. le Ministre de l'Instruction publique. FRANCE. Académie des Sciences de l'Institut de France. — impériale des Sciences, Belles-lettres et Arts de Bordeaux. — — — etc. , de Lille. — — — etc., de Metz. — — — etc., de Lyon. — — — etc., de La Rochelle. — ■ — — Inscriptions et Belles-lettres de Toulouse. Société impériale et centrale d'Agriculture. — — — d'Horticulture. — — d'Émulation d'Abbeville- — — des Sciences naturelles de Cherbourg. — d'Histoire naturelle de la Moselle, à Metz. — — — de Colmar. — — — de Toulouse. — des Sciences naturelles de Strasbourg. — — — de l'Yonne, à Auxerre. — — physiques et naturelles de Bordeaux. — des Amis des Sciences naturelles de Rouen. — de Statistique de Marseille. — Philomathique de Bordeaux. — de Médecine de Bordeaux. — de Pharmacie de Bordeaux. — d'Agriculture de la Gironde. — d'Agriculture , Sciences et Arts, de la Sarthe , au Mans. — — — de la Haute-Loire, au Puy. ( 639 ) Société Polymathique de Morbihan, à Vannes. ~- Linnéenne de Normandie, à Caen. — — de Maine-et-Loire, à Angers. — — de Lyon. — — du nord de la France, à Amiens. — Académique d'Angers. — de l'Aube, à Troyes. Bibliothèque du Muséum , à Paris. — de la ville de Bordeaux. Journal de Conchyliologie, à Paris. AUTRICHE. Académie impériale et royale des Sciences de Vienne. Institut impérial et royal géologique de Vienne, — — géographique de Vienne. Société impériale et royale zoologico-botanique de Vienne. — — d'Histoire naturelle de Drùnn, en Moravie. Ami Boue, à Vienne ( pour la Revue annuelle des Sciences naturelles ). ÉTATS D'ALLEMAGNE Académie royale des Sciences de Munich (Bavière ). D r C. Schultz Bipont. (Pour la Société Pollichia, à Diedesheim , Palatinat bavarois). Société des Sciences naturelles de la Haute-Hesse, à Giessen. — — — de Kônisberg (Prusse). — — ^- d'Histoire naturelle de Brème. ÉTATS DU NORD DE L'EUROPE. Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg (Russie). Société impériale des naturalistes de Moscou ( Russie ). — royale des Sciences de Copenhague ( Danemarck ). Académie royale des Sciences de Stockholm ( Suède ). Société des Sciences naturelles d'Helsingfors, en Finlande ( Suède). AUTRES ÉTATS DEUROPE. Société géologique de Londres (Angleterre). Académie royale des Sciences de Madrid (Espagne). Société de Physique et d'Histoire naturelle de Genève (Suisse). — des Sciences naturelles de Zurich (Suisse). — d'Histoire naturelle de Neuchâlel (Suisse). ( 640 ) Société royale de Botanique de Belgique, à Bruxelles. — des Sciences naturelles de Liège (Belgique). — d'Histoire naturelle de Dublin (Irlande). ÉTATS-UNIS d' AMÉRIQUE. Institut Smithsonien , à Washington. Académie des Sciences naturelles de Philadelphie. — — — de Saint-Louis ( Missouri Lyceum d'Histoire naturelle de New- York. Société d'Histoire naturelle de Boston ( Massachusets ). FIN DU TOME XXVI. TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUME GÉOLOGIE Projet de sondage artésien à Liboume; par MM. 0. Linder, T. Billiot; V. Raulin , rapporteur. — Appendice : Notes de M. T. Billiot. — Additions par M. Raulin 1 Étude sur les cailloux roulés de la Dordogne (1865); par M. Charles Des Mou- lins, président 27 Notice géologique sur le canton de Monségur; par M. E. Delfortrie , corres- pondant 104 Note sur le grès infraliasique du département delà Meurthe; par M. Benoist .. 389 Étude sur les terrains de transport du département de la Gironde ; par M. Lin- der, ingénieur des mines, secrétaire-général 385 Coupes géologiques des sondages exécutés dans le sud-ouest de la France par feu Timothée Billiot, revues par V. Raulin 241 Excursion de la Société Linnéenne à Bazas (Gironde). (Procès- verbal de la 49e Fête Linnéenne, 28 juin 1866.) 89 Excursion de la Société Linnéenne à Cazeneuve (Gironde). (Procès-verbal de la 50° Fête Linnéenne (27 juin 1867) ; par M. Linder, secrétaire-général. .... 281 Notes pour servir à l'étude des Étages jurassiques inférieurs des environs de Nancy , par M. Benoist 561 BOTANIQUE Découverte dans les Pyrénées d'une espèce présumée nouvelle de Clypeola; par M. Henry Bordère , instituteur primaire *»5 Transformation d'un grain de raisin en rameau; par M. Durieu de Maisonneuve. 354 Lettre à M. François Crépin; par M. Ch. Des Moulins 343 De la Zoologie et de la Botanique appliquées à l'économie domestique en Islande; par M. Ed. Jardin, inspecteur-adjoint de la marine, membre titulaire, .... 550 642 ) MALACOLOGIE Malacologie terrestre et d'eau douce de la région intra-littorale de l'Aquitaine ; par M. J.-B. Gassies 109 De la classification de certains opercules de gastéropodes; par M. Ch. Des Mou- lins , président. . . .■ 273 Appendice au procès-verbal de la Fête Linnéenne de 1867 : Liste des prin- cipaux fossiles recueillis à Cazeneuve; par M. Ch. Des Moulins , président. . 293 Descriptions et figures de quelques coquilles fossiles du terrain tertiaire et de la craie; — Note sur une forme allongée du Venus aurea Gm.; par M. Ch. Des Moulins 375 Note sur quelques spongiaires fossiles de la craie , appartenant au groupe des Géodies; par M. leD r .P. Fischer 233 Note sur le Litnnea variabilis Millet, etc.; par M. l'abbé Lud. Bardin 269 Note pour servir à la faune de la Gironde , contenant la liste des animaux ma- rins dont la présence à Arcachon a été constatée pendant les années 1867 et 1868; par M. Alexandre Lafont 518 Note sur les organes de la génération de VOmmasCrephes sagillalus Lk. ; par le même 532 Aquarium d'eau douce de l'Exposition universelle de 1867. — Faits biologiques ; par M. J.-B. Gassies 533 VARIÉTÉS Quelques vues générales sur les variations séculaires du magnétisme terrestre; par M. V. Raulin, secrétaire-général 157 Sur la loi de variation annuelle de la déclinaison de l'aiguille aimantée à Paris ; par M. Peslin , membre correspondant 229 Extraits des procès-verbaux des séances de la Société; par M. Linder, secré- taire-général 575 Tableau du personnel de la Société Linnéenne de Bordeaux, aul er novembre 1868 635 — des admissions et mutations depuis le 1 er juin 1866 656 Nécrologe de la Société, du l ,r juin 1866 au 31 octobre 1868 637 Tableau des Sociétés correspondantes 658 IMPR. DE F. DEGRÉTEAU ET C ie . ♦^Tm^'' AMNH LIBRARY 100137381 w o o H H* CD CD* £ Q\ CD* cz> ex? H* CD* CD